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	<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
	<link>https://psychanalyste-paris.com/</link>
	<description>Psychanalyste-paris.com propose des articles et &#233;ditoriaux sur la psychanalyse et les formations de l'inconscient freudien : histoire de la naissance de la psychanalyse, d&#233;finitions de la psychanalyse freudienne et lacanienne, psychanalyse des contes de f&#233;es, consultations et formations du psychanalyste. La psychanalyse est une m&#233;thode d'investigation de l'inconscient et de ses formations : par l'analyse des r&#234;ves, des lapsus et des actes manqu&#233;s, par la rem&#233;moration et l'analyse des souvenirs infantiles, la m&#233;thode psychanalytique de la libre association et de la cure par la parole d&#233;noue progressivement les inhibitions, les sympt&#244;mes et les angoisses et nous lib&#232;re d&#233;finitivement de toutes nos souffrances psychiques.
Christophe Bormans, Psychanalyste
&#8211; 8, rue de Florence - 75008 Paris
&#8211; Secteur Nord-Ouest : 2e, 8e, 9e, 17e et 18e arrondissements de Paris
&#8211; T&#233;l. : 01 40 41 07 27
&#8211; M&#176; : Place Clichy, Europe, Rome ou Li&#232;ge
&#8211; RER ou SNCF : Gare Haussmann / Saint-Lazare</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
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		<title>Contes de f&#233;es, d&#233;sirs anim&#233;s et fantasmes inconscients</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Contes-de-fees-desirs-animes-et.html</link>
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		<dc:date>2018-02-17T15:16:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ainsi, les tr&#233;sors du folklore, les mythes, les l&#233;gendes et les contes se transmettent-ils encore, aujourd'hui comme hier, de g&#233;n&#233;rations en g&#233;n&#233;rations. Car &#8220;ils sont, comme le dit Freud, les reliquats d&#233;form&#233;s des fantasmes de d&#233;sir de nations enti&#232;res, les r&#234;ves s&#233;culaires de la jeune humanit&#233;&#8221;.&lt;br /&gt;
Fantasmes, r&#234;ves et d&#233;sirs : r&#234;ves de voir, d&#233;sirs d'entendre, plaisirs de dire et de raconter, fantasmes d'entendre et de tendre l'oreille. Rappelons-nous de cette merveilleuse fin du &lt;i&gt;Petit Chaperon rouge&lt;/i&gt;, o&#249; la petite fille demande au loups :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grands bras ? C'est pour mieux t'embrasser, ma fille. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes jambes ? C'est pour mieux courir, mon enfant. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes oreilles ? C'est pour mieux &#233;couter, mon enfant. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grands yeux ? C'est pour mieux voir, mon enfant. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes dents. C'est pour te manger !&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
La chute est cruelle : &lt;i&gt;Et en disant ces mots, ce m&#233;chant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea&lt;/i&gt;. R&#233;jouissons-nous ! Nous avons l&#224;, le morc&#232;lement, le d&#233;membrement, l'effeuillage pulsion par pulsion, membre par membre (bras, jambes, oreilles, &#339;il, dents) de l'image de l'unit&#233; psychique de notre fameux h&#233;ros : le Moi.&lt;br /&gt;
Ainsi d&#233;sarticul&#233;, morcel&#233;, le Moi plonge, avec le conte, dans le tr&#233;fonds de son inconscient, o&#249; il retrouve les fantasmes et les d&#233;sirs avec lesquels il peut enfin se r&#233;concilier. Car puisque c'est un autre qui en est anim&#233;, de ces d&#233;sirs et fantasmes inavouables, nous pouvons alors en jouir &#8220;sans scrupule, ni honte&#8221;, comme le dit Freud &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-des-contes-de-fees-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse des contes de f&#233;es&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton82-a008e.gif?1757670363' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/artoff82.jpg?1757437147&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Contes de f&#233;es, d&#233;sirs anim&#233;s et fantasmes inconscients &#187;, Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes), Psychanalyste-paris.com, Paris, f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONTES DE F&#201;ES, D&#201;SIRS ANIM&#201;S ET FANTASMES INCONSCIENTS&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Les mots nous prennent par la main&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les personnages des dessins anim&#233;s sont, par d&#233;finition, anim&#233;s ; certes, mais anim&#233;s par qui ? Qui tire les ficelles d'un Pinocchio ? D'o&#249; vient ce comique ou cette tristesse dans les gestes d&#233;sarticul&#233;s de la marionnette qui, soudain, comme par magie, s'anime sous nos yeux &#233;merveill&#233;s ? Subitement, c'est nous, spectateurs, qui sommes suspendus &#224; ce spectacle f&#233;&#233;rique, &#224; cet enchantement cin&#233;matographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui tire les ficelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;alit&#233;, c'est le dessinateur, bien entendu, qui tire les ficelles ; mais les spectateurs, petits ou grands, rigolent &#8212; et rigolent tellement, que les commentateurs, les analystes et psychanalystes, en viennent &#224; se demander : pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rire, l'effet comique, ne provient-t-il pas de ce sentiment bizarre, de cette &#233;trange sensation de plaisir que nous &#233;prouvons &#224; &#234;tre l&#224;, bien cal&#233;s dans notre fauteuil, alors que l&#224;-bas, sur l'&#233;cran blanc o&#249; se projette ces dr&#244;les d'images, le pantin, lui, semble s'emm&#234;ler &#8212; crayons, pinceaux et tout ce qui va avec, en vrac &#8212;, dans un sc&#233;nario catastrophe o&#249; il feint de n'&#233;prouver que pur d&#233;plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rire, l'effet comique, ne vient-il pas de cette diff&#233;rence entre le d&#233;plaisir &#233;prouv&#233; par la marionnette et le gain de plaisir dont b&#233;n&#233;ficie celui ou celle qui en est le t&#233;moin ? Alfred Hitchcock savait que l'effet de suspense &#233;tait &#224; son comble lorsque le spectateur savait ce qui allait arriver &#224; l'acteur, mais que l'acteur, lui, ne le savait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet comique n'est-il pas du m&#234;me ressort ? Quelque part, le spectateur se fait toujours cette m&#234;me r&#233;flexion idiote et se dit toujours : &lt;i&gt;heureusement que moi, je ne suis pas anim&#233; de cette m&#234;me mani&#232;re ! Heureusement que personne ne me tire les ficelles &#224; moi&lt;/i&gt;&#8230; Et plus il se fait cette r&#233;flexion, plus il rigole&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, le dessin anim&#233; nous renseigne sur nous-m&#234;me : sur ce qui nous fait rire aussi bien que sur ce qui nous fait pleurer. Bref, sur ce qui nous anime, au plus profond de nous. Ce qui nous anime, bien entendu, ce sont nos pulsions, nos fantasmes et nos d&#233;sirs inconscients, que nous sommes incapables de reconna&#238;tre en nous autrement que projet&#233;s sur un autre ou sur cette autre sc&#232;ne : en l'occurrence celle de l'&#233;cran blanc o&#249; la marionnette, elle, se ridiculise &#224; notre place et pour notre plus grande satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous fait rire ou pleurer, c'est donc cette projection de nous-m&#234;me, ce moi, cet &#171; &#233;go&#239;sme &#187; ou ce &#171; narcissisme na&#239;f &#187;, dont parle Freud dans la c&#233;l&#232;bre conclusion de la dix-huiti&#232;me le&#231;on de ses cours d'introduction &#224; la psychanalyse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Dans le cours des si&#232;cles, la science a inflig&#233; &#224; l'&#233;go&#239;sme na&#239;f de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; profess&#233;s en 1916. Freud nous invite &#224; y reconna&#238;tre qu'en dernier ressort, celui qui tire les ficelles, c'est bien l'inconscient et que notre m&#233;galomanie &#8212; notre Moi avec un grand &#171; M &#187; &#8212; est ici remise en question : ce dr&#244;le de petit bonhomme qu'est le Moi n'est pas le ma&#238;tre dans sa propre maison&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le moi n'est pas ma&#238;tre dans sa propre maison &#187; (Sigmund Freud, &#171; Une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme dans les r&#234;ves, les romans ou les films, les dessins anim&#233;s mettent en sc&#232;ne le Moi, cette projection de nous-m&#234;me, cette image fuyante de nous-m&#234;me que nous pensons pouvoir rattraper &#224; chaque instant, pour mieux la ma&#238;triser et l'articuler en toutes circonstances. C'est lui, le h&#233;ros des dessins anim&#233;s : tant dans le comique que dans leur tragique. &#171; Sa majest&#233; le moi, h&#233;ros de tous les r&#234;ves diurnes comme de tous les romans &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La cr&#233;ation litt&#233;raire et le r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187; (1908), traduit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avoue Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le po&#232;te le sait, lui aussi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Mais dis-moi tout &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Marionnettiste &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'ai des ficelles &#224; mon destin &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tu me fais faire un tour de piste &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais o&#249; je vais je n'en sais rien&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que chantait Pierre Bachelet, juste avant de mourir, dans l'une de ses plus belles chansons d'amour. Croyez-vous qu'il soit le seul ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus la ficelle est grosse, plus on se fait manipuler : Jacques Lacan illustrait cela par le th&#233;&#226;tre japonais du &lt;i&gt;Bunraku&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D'apr&#232;s nos habitudes, rien ne communique moins de soi qu'un tel sujet qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, th&#233;&#226;tre de marionnettes o&#249; les manipulateurs, bien que v&#234;tus de noirs, sont parfaitement visibles pour les spectateurs. L'inconscient nous manipule comme si nous n'&#233;tions qu'une marionnette. Le Moi, cette marionnette est constamment manipul&#233;e et tiraill&#233;e entre le &#199;a et le Surmoi, les deux des principales instances psychiques de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, c'est d'abord le sc&#233;nariste, le producteur, celui qui dessine l'histoire, qui manipule. Il n'en n'est pas moins homme lui-m&#234;me. Qui est-il en l'occurrence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'Isigny &#224; Disney&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walt Disney, ce sc&#233;nariste, dessinateur, illustrateur et conteur d'histoire en h&#233;rite d'une, lui aussi. D'origine irlandaise, le nom de Disney proviendrait d'une anglicisation d'Isigny &#8212; de la petite commune fran&#231;aise d'Isigny-sur-Mer, situ&#233;e dans le d&#233;partement du Calvados, en Basse-Normandie ; de lointains anc&#234;tres de Walt, selon la petite histoire, en seraient originaires : des soldats normands partis &#224; la conqu&#234;te de l'Angleterre aux c&#244;t&#233;s de Guillaume le Conqu&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me fils d'une vieille famille d'immigr&#233;s irlandais, Walt apprend les rudiments du dessin au &lt;i&gt;Art Institute&lt;/i&gt; de Chicago, la ville o&#249; il &#233;tait n&#233;, seize ans plus t&#244;t, le 5 d&#233;cembre 1901. Apr&#232;s de nombreux petits boulots, le jeune homme quitte l'&#233;cole &#224; l'&#226;ge de seize ans : fascin&#233; par le th&#233;&#226;tre de la guerre qui se joue au pays de ses anc&#234;tres, Walt falsifie son passeport et s'engage dans le corps des conducteurs volontaires d'ambulances de la Croix-Rouge am&#233;ricaine en France, au lendemain de l'armistice, en 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour aux Etats-Unis, il devient illustrateur et travaille &#224; des animations pour des films publicitaires. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es vingt, Walt commence &#224; produire de petits courts-m&#233;trages anim&#233;s bas&#233;s sur les contes populaires et les histoires pour enfants. Arriv&#233;s &#224; Hollywood, le jeune entrepreneur cr&#233;e en 1923 des studios d'animation avec son fr&#232;re Roy : les &lt;i&gt;Disney Brothers Studio&lt;/i&gt; ; d&#232;s lors, les studios Disney ne cesseront de s'agrandir pour devenir la &lt;i&gt;Walt Disney Productions&lt;/i&gt; en 1929 et, enfin, la c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Walt Disney Company&lt;/i&gt; en 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand tournant, bien s&#251;r, c'est lorsque Walt dessine sa fameuse petite souris, Mickey mouse, avec ses deux fameuses oreilles toutes rondes et un simple coup de crayon en guise de queue. Deux ronds et une queue : le personnage le plus populaire de la plan&#232;te, dont tous les enfants s'arrachent l'appendice vert&#233;bral, est n&#233; le 18 novembre 1928, date de la premi&#232;re projection publique et sonore du dessin anim&#233; : &lt;i&gt;Steamboat Willie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Court m&#233;trage de sept minutes, on y d&#233;couvre d&#232;s le d&#233;but du film, Mickey mouse, cette maligne petite souris, siffler &#224; la barre du &lt;i&gt;Steamboat Willie&lt;/i&gt;, qu'il semble manier de mains de ma&#238;tre. Lorsque le fameux Pat Hibulaire arrive bient&#244;t par derri&#232;re : et l'on comprend alors que le simple moussaillon avait jusque-l&#224; usurp&#233; le r&#244;le du capitaine en prenant les commandes du c&#233;l&#232;bre bateau de marchandises. D'embl&#233;e donc, cette petite souris insignifiante, ce simple matelot m&#233;galomane se fait remonter les bretelles : se fait tirer les ficelles, oui ! Et, en repr&#233;sailles, se voit astreint &#224; briquer le pont. Il se vengera bien s&#251;r, en tirant lui-m&#234;me les ficelles du palan pour hisser une vache &#224; bord, puis en embarquant Minnie avec sa guitare et ses partitions, arriv&#233;e en retard pour l'embarquement. Mais bient&#244;t la ch&#232;vre mange partitions et guitare (les cordes avec) et Mickey, fort de sa trouvaille, incite sa petite amie &#224; actionner la queue de l'animal pour lui faire recracher la musique : la ch&#232;vre se m&#233;tamorphose alors en un phonographe dont Minnie actionne la queue comme d'une manivelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui actionne ces personnages ? Qui tire les ficelles ? C'est bien l&#224;, d&#232;s le d&#233;but du genre cin&#233;matographique, la question principale des dessins anim&#233;s : de Mickey mouse et des animations de Walt Disney.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oscar du meilleur court-m&#233;trage d'animation en 1932 (le premier du genre) avec &lt;i&gt;Des Arbres et des fleurs&lt;/i&gt;, Walt re&#231;oit la m&#234;me ann&#233;e un Oscar d'honneur pour la cr&#233;ation de sa c&#233;l&#232;bre souris. &#192; partir de 1934, cependant, Walt Disney envisage un changement de format : passer du court au long m&#233;trage. C'est ainsi que &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt; est projet&#233; pour la premi&#232;re fois au &lt;i&gt;Carthay Circle Theater&lt;/i&gt; de Hollywood et sort dans les salles le 21 d&#233;cembre 1937. La suite est connue : &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; succ&#232;de &#224; &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt; dans les cin&#233;mas et les succ&#232;s des classiques d'animation en format long m&#233;trage sortis des studios de Walt Disney se font, chaque ann&#233;e, attendre de pied ferme dans les salles par les jeunes spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jusqu'au XVIIe et XVIIIe si&#232;cle, les contes de f&#233;es &#233;taient racont&#233;s &#8212; et ils le sont encore dans certains foyers isol&#233;s de civilisation primitive &#8212; aux adultes aussi bien qu'aux enfants &#187;, observe Marie-Louise von Franz, dans son &lt;i&gt;Interpr&#233;tation des contes de f&#233;es&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marie-Louise von Franz, L'Interpr&#233;tation des contes de f&#233;es, &#201;d. J. Renard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Depuis 1937 et Walt Disney, ils sont projet&#233;s sur les &#233;crans des salles de cin&#233;mas et, chaque ann&#233;e, vus par les petits et les grands, de sept &#224; soixante-dix-sept ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque sortie d'un dessin anim&#233; de Walt Disney au cin&#233;ma, enfants, parents et grands-parents s'engouffrent dans les salles obscures pour assister &#224; la mise en sc&#232;ne d'une histoire l&#233;gendaire, d'un conte ou d'un r&#233;cit issu du folklore populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contes, mythes et l&#233;gendes : mises en sc&#232;ne de nos d&#233;sirs et fantasmes inconscients&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les tr&#233;sors du folklore, les mythes, les l&#233;gendes et les contes se transmettent-ils encore, aujourd'hui comme hier, de g&#233;n&#233;rations en g&#233;n&#233;rations. Car &#171; ils sont, comme le dit Freud, les reliquats d&#233;form&#233;s des fantasmes de d&#233;sir de nations enti&#232;res, les r&#234;ves s&#233;culaires de la jeune humanit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La cr&#233;ation litt&#233;raire et le r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187; (1908), traduit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fantasmes, r&#234;ves et d&#233;sirs : r&#234;ves de voir, d&#233;sirs d'entendre, plaisirs de dire et de raconter, fantasmes d'entendre et de tendre l'oreille. Rappelons-nous de cette merveilleuse fin du &lt;i&gt;Petit Chaperon rouge&lt;/i&gt;, o&#249; la petite fille demande au loups :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grands bras ? C'est pour mieux t'embrasser, ma fille. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes jambes ? C'est pour mieux courir, mon enfant. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes oreilles ? C'est pour mieux &#233;couter, mon enfant. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grands yeux ? C'est pour mieux voir, mon enfant. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes dents. C'est pour te manger ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La chute est cruelle : &#171; Et en disant ces mots, ce m&#233;chant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea. &#187; R&#233;jouissons-nous ! Nous avons l&#224;, le morc&#232;lement, le d&#233;membrement, l'effeuillage pulsion par pulsion, membre par membre (bras, jambes, oreilles, &#339;il, dents) de l'image de l'unit&#233; psychique de notre fameux h&#233;ros : le Moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi d&#233;sarticul&#233;, morcel&#233;, le Moi plonge, avec le conte, dans le tr&#233;fonds de son inconscient, o&#249; il retrouve les fantasmes et les d&#233;sirs avec lesquels il peut enfin se r&#233;concilier. Car puisque c'est un autre qui en est anim&#233;, de ces d&#233;sirs et fantasmes inavouables, nous pouvons alors en jouir &#171; sans scrupule, ni honte &#187;, comme le dit Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Notre &#226;me se trouve par elle soulag&#233;e de certaines tensions. Peut-&#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont ces d&#233;sirs et ces fantasmes inconscients refoul&#233;s ? Ce sont essentiellement les d&#233;sirs &#339;dipiens et les fantasmes de curiosit&#233; sexuelle infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous y entendons d'abord le complexe d'&#338;dipe du petit gar&#231;on et celui de la petite fille. Ainsi, le jeune lionceau de la savane africaine anim&#233; par Walt Disney, n'est-il qu'un &#338;dipe moderne, s'appr&#234;tant &#224; tuer son p&#232;re sans jamais l'avoir sciemment projet&#233;, mais dans le but avou&#233; de monter sur le tr&#244;ne et d'embrasser la Terre-m&#232;re de ses anc&#234;tres. Blanche-neige, quant &#224; elle, n'est qu'une jeune &#200;ve, aussi d&#233;sireuse qu'affol&#233;e &#224; l'id&#233;e de croquer la pomme et de convoler en justes noces avec son jeune Adam : elle ne voit pas que sur ce chemin, le paradis terrestre de la maison des nains s'&#233;loigne et le retour de la rivalit&#233; avec la m&#232;re (si belle en son miroir et dans son souvenir), se fait soudain plus pressant et la terrorise. Si l'apparent bonheur de Blanche-neige dans la maison des nains tourne finalement au cauchemar, c'est que le d&#233;sir &#339;dipien qu'il sous-tendait &#233;tait ignor&#233; de celle-ci. Certes, d'un point de vue psychologique, tout &#233;tait pour le mieux dans le meilleur des mondes et la petite fille s'exer&#231;ait &#224; devenir m&#232;re. C'&#233;tait sans compter sur l'inconscient et sa logique &#339;dipienne implacable. Au vu du cauchemar qui surgit, la prise de possession de la maison des sept nains doit rapidement se r&#233;interpr&#233;ter comme l'expression d'un violent d&#233;sir &#339;dipien &#224; l'encontre de celle qui fait retour : la m&#232;re. Le retour de la m&#232;re d&#233;guis&#233;e, c'est, pour mieux dire, le retour d'un d&#233;sir jusque-l&#224; d&#233;guis&#233; &#224; l'encontre la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons ensuite, comment l'enfant &#8212; fille ou gar&#231;on &#8212;, s'int&#233;resse d&#232;s son plus jeune &#226;ge &#224; sa sexualit&#233; naissante et conna&#238;t, notamment entre trois et cinq ans, une intense p&#233;riode de recherche sexuelle. Si l'on comprend qu'il faut attendre la fin d'une phrase pour en lire le sens, l'on comprend comment la sc&#232;ne finale de &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; permet de r&#233;interpr&#233;ter la sc&#232;ne primitive et la f&#233;&#233;rie de son &#233;trange animation : si la sortie du ventre de la baleine symbolise la sortie du ventre maternel et la vraie naissance de Pinocchio, il devient d'autant plus &#233;vident que l'animation par le coup de baguette de la f&#233;e repr&#233;sente bien la sc&#232;ne extatique originaire, celle du co&#239;t o&#249; l'enfant est con&#231;u. Le temps du film peut alors &#234;tre compris comme celui de la maturation de Pinocchio jusqu'&#224; son arriv&#233;e &#224; terme en tant qu'enfant viable. Quant &#224; Alice, affol&#233;e par le destin qu'elle entrevoit soudain d'avoir la t&#234;te tranch&#233;e comme les roses rouges de la Reine-m&#232;re de son r&#234;ve (c'est-&#224;-dire d'&#234;tre d&#233;flor&#233;e), elle part, aussi curieuse que Pinocchio, au pays des merveilles de la sexualit&#233; inconsciente, &#224; la d&#233;couverte de sa f&#233;minit&#233; prometteuse et dans le but courageux de se r&#233;concilier avec ses zones &#233;rog&#232;nes naissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce gros b&#234;ta de Quasimodo, c&#233;l&#232;bre carillonneur bossu de Notre-Dame tout frais &#233;moulu de son &#338;dipe, nous fait comprendre combien l'adolescence est une p&#233;riode difficile &#224; n&#233;gocier pour le jeune adulte naissant : en particulier de par la transformation physique et psychologique qu'elle occasionne et les choix amoureux auxquels elle confronte, r&#233;activant pour les filles comme pour les gar&#231;ons, les complexes &#339;dipiens qu'ils croyaient morts et enterr&#233;s depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dessin anim&#233;, au c&#339;ur de l'histoire vue et racont&#233;e, nous sommes &#233;l&#233;ment &#224; part enti&#232;re de ce c&#233;r&#233;monial de la projection dans la salle de cin&#233;ma. Outre l'effet cathartique, il y a l'effet b&#233;n&#233;fique, voir th&#233;rapeutique, de la mise en sc&#232;ne qui soudain rend &#224; l'inconscient toute la dynamique o&#249; il se recompose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour preuve : dans nos propres r&#233;cits, dans nos propres souvenirs, tel moment du conte, telle sc&#232;ne, tel arr&#234;t sur image du dessin anim&#233;, vient prendre la place ou se confondre avec nos propres souvenirs d'enfances : c'est justement ce que l'on appelle, nous psychanalystes, un &lt;i&gt;souvenir-&#233;cran&lt;/i&gt;. Souvenir qui masque autant qu'il r&#233;v&#232;le le v&#233;ritable souvenir qui se cache derri&#232;re celui-ci et qui demeure, lui, refoul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces souvenirs, ces &#233;l&#233;ments de contes, ces histoires enfantines et ces dessins anim&#233;s se retrouvent &#233;galement dans nos r&#234;ves ou dans les associations qu'ils &#233;voquent. Est-ce &#233;tonnant ? Non si l'on admet que depuis sa plus tendre enfance l'enfant transf&#232;re ses &#233;motions et ses affects sur les objets anim&#233;s ou inanim&#233;s qui l'entourent. L'enfance est le r&#232;gne de la toute-puissance de la pens&#233;e et celle-ci continue &#224; op&#233;rer, en sourdine, &#224; notre insu : elle d&#233;place et se joue de nos logiques conscientes. C'est bien ainsi que les dessins anim&#233;s proc&#232;dent : par la pens&#233;e magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Psychanalyse de comptoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'aucuns pourraient se demander ce que la psychanalyse a &#224; voir avec pareilles infantilit&#233;s. Les grands noms de la litt&#233;rature classique pour enfant ou les contes c&#233;l&#232;bres de la litt&#233;rature populaire passent encore, mais de l'audio-visuel &#8212; et qui plus est des dessins anim&#233;s populaires &#8212;, cela semble bien &#233;loign&#233; des consid&#233;rations s&#233;rieuses et intellectuelles de notre temps. Soutenons-le clairement : la psychanalyse n'est pas un intellectualisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse ne doit pas avoir peur, ni rougir d'aimer s'int&#233;resser aux discussions de caf&#233; de commerce. Bien au contraire, comme l'a d&#232;s le d&#233;but soulign&#233; Freud, c'est dans les songes les plus fous ou les plus saugrenus (&lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;), dans les plaisanteries les plus triviales (&lt;i&gt;Le Mot d'esprit et sa relation &#224; l'inconscient&lt;/i&gt;), bref dans notre vie de tous les jours et ce qu'elle v&#233;hicule de rat&#233;s, de lapsus et d'actes manqu&#233;s (&lt;i&gt;Psychopathologie de la vie quotidienne&lt;/i&gt;) que l'inconscient se donne le mieux &#224; entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse aime &#224; s'inviter aux comptoirs et dans les caf&#233;s du commerce. &#171; Ceux qui n'ont pas d'amour habitent les caf&#233;s, la boule de nickel est leur conte de f&#233;es &#187; dit Aragon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Aragon, Le Roman inachev&#233;, Gallimard, Paris, 1956.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le titre du po&#232;me est r&#233;v&#233;lateur : &lt;i&gt;Les mots m'ont pris par la main&lt;/i&gt;. Et soudain le po&#232;te, comme par enchantement, nous donne la r&#233;ponse &#224; la question que nous nous posions plus haut, au d&#233;but de cette r&#233;flexion : qui tire les ficelles ? Ne serait-ce donc pas, dans nos contes de f&#233;es modernes que sont les dessins anim&#233;s, les mots &#8212; nos mots (ou maux) de m&#244;mes &#8212;, qui nous prennent, encore une fois, par la main ? C'est ce que nous avons souhait&#233; d&#233;velopper dans l'&#233;tude de cinq des plus c&#233;l&#232;bres dessins anim&#233;s de Walt Disney : &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Blanche-neige-et-les-sept-nains-L.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Pinocchio-Scene-primitive.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pinocchio&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Alice-au-pays-des-merveilles-de-l.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; et enfin &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Bossu-de-Notre-Dame-Adolescence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Bossu de Notre-Dame&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Dans le cours des si&#232;cles, la science a inflig&#233; &#224; l'&#233;go&#239;sme na&#239;f de l'humanit&#233; deux graves d&#233;mentis. La premi&#232;re fois, ce fut lorsqu'elle a montr&#233; que la terre, loin d'&#234;tre le centre de l'univers, ne forme qu'une parcelle insignifiante du syst&#232;me cosmique dont nous pouvons &#224; peine nous repr&#233;senter la grandeur. Cette premi&#232;re d&#233;monstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait d&#233;j&#224; annonc&#233; quelque chose de semblable. Le second d&#233;menti fut inflig&#233; &#224; l'humanit&#233; par la recherche biologique, lorsqu'elle a r&#233;duit &#224; rien les pr&#233;tentions de l'homme &#224; une place privil&#233;gi&#233;e dans l'ordre de la cr&#233;ation, en &#233;tablissant sa descendance du r&#232;gne animal et en montrant l'indestructibilit&#233; de sa nature animale. Cette derni&#232;re r&#233;volution s'est accomplie de nos jours, &#224; la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, travaux qui ont provoqu&#233; la r&#233;sistance la plus acharn&#233;e des contemporains. Un troisi&#232;me d&#233;menti sera inflig&#233; &#224; la m&#233;galomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas ma&#238;tre dans sa propre maison, qu'il en est r&#233;duit &#224; se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique &#187; (Sigmund Freud, &lt;i&gt;Introduction &#224; la psychanalyse&lt;/i&gt;, &#201;d. Payot, Paris, 1921).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le moi n'est pas ma&#238;tre dans sa propre maison &#187; (Sigmund Freud, &#171; Une difficult&#233; de la psychanalyse &#187; (1917), &lt;i&gt;&#338;uvres Compl&#232;tes&lt;/i&gt;, vol. XV, Paris, PUF, p. 50).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La cr&#233;ation litt&#233;raire et le r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187; (1908), traduit de l'Allemand par Marie Bonaparte et Mme E. Marty (1933), &lt;i&gt;Essais de psychanalyse appliqu&#233;e&lt;/i&gt;, Gallimard, Coll. &#171; Id&#233;es &#187; (NRF n&#176; 263), Paris, 1971, pp. 69-81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; D'apr&#232;s nos habitudes, rien ne communique moins de soi qu'un tel sujet qui en fin de compte ne cache rien. Il n'a qu'&#224; vous (manipuler) : vous &#234;tes un &#233;l&#233;ment entre autres du c&#233;r&#233;monial o&#249; le sujet se compose justement de pouvoir se d&#233;composer. Le &lt;i&gt;bunraku&lt;/i&gt;, th&#233;&#226;tre des marionnettes, en fait voir la structure toute ordinaire pour ceux &#224; qui elle donne leurs m&#339;urs elles-m&#234;mes &#187; (Jacques Lacan, &#171; Lituraterre &#187;, &lt;i&gt;Litt&#233;rature&lt;/i&gt;, n&#176; 3, Paris, Larousse, 1971).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marie-Louise von Franz, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des contes de f&#233;es&lt;/i&gt;, &#201;d. J. Renard, Coll. &#171; La Fontaine de Pierre &#187;, Paris, 1990, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La cr&#233;ation litt&#233;raire et le r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187; (1908), traduit de l'Allemand par Marie Bonaparte et Mme E. Marty (1933), &lt;i&gt;Essais de psychanalyse appliqu&#233;e&lt;/i&gt;, Gallimard, Coll. &#171; Id&#233;es &#187; (NRF n&#176; 263), Paris, 1971, pp. 69-81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Notre &#226;me se trouve par elle soulag&#233;e de certaines tensions. Peut-&#234;tre m&#234;me le fait que le cr&#233;ateur nous met &#224; m&#234;me de jouir d&#233;sormais de nos propres fantasmes sans scrupule ni honte contribue-t-il pour une large part &#224; ce r&#233;sultat ? &#187; (Sigmund Freud, &#171; La cr&#233;ation litt&#233;raire et le r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187; (1908), traduit de l'Allemand par Marie Bonaparte et Mme E. Marty (1933), &lt;i&gt;Essais de psychanalyse appliqu&#233;e&lt;/i&gt;, Gallimard, Coll. &#171; Id&#233;es &#187; (NRF n&#176; 263), Paris, 1971, pp. 69-81).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Aragon, &lt;i&gt;Le Roman inachev&#233;&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1956.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Contes de f&#233;es, d&#233;sirs anim&#233;s et fantasmes inconscients &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt; (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes), Psychanalyste-paris.com, Paris, f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Zazie dans le m&#233;tro : diff&#233;rence des sexes, Zizi et Queue-no</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Zazie-dans-le-metro-difference-des-sexes-Zizi-et-Queue-no-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/Zazie-dans-le-metro-difference-des-sexes-Zizi-et-Queue-no-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84-84.html</guid>
		<dc:date>2014-02-16T16:02:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; Le coup de couteau port&#233; &#224; la femme en arri&#232;re-plan, alors que Zazie vient d'&#233;chouer une nouvelle fois devant la grille du m&#233;tro s'interpr&#232;te de la suivante : Zazie comprend que l'homme est dot&#233; d'un p&#233;nis (le m&#233;tro auquel elle n'a pas acc&#232;s) et que la femme, &#224; cet &#233;gard, est &#8220;poignard&#233;e dans le dos&#8221;, autrement dit Zazie est d&#233;&#231;ue de ne pas avoir le p&#233;nis convoit&#233;.&lt;br /&gt;
Zazie n'a pas acc&#232;s au m&#233;tro, elle est frustr&#233;e et pleure. Le satyre vient la consoler avec un mouchoir, certes, mais pli&#233; en forme de lapin. C'est-&#224;-dire qu'il lui propose de la faire rire en faisant appara&#238;tre et dispara&#238;tre le lapin, l'oiseau, etc., c'est-&#224;-dire le phallus en tant qu'il n'est jamais l&#224; o&#249; on croit le trouver. D'imaginaire (de l'autre c&#244;t&#233; de la grille), il en devient symbolique : &#8220;il est pass&#233; par-ici&#8221;, &#8220;il repassera par-l&#224;&#8221;.&lt;br /&gt;
Le comique du phallus se met en place : Zazie rit, mais ne s'y laisse pas prendre. Elle traite Trouscaillon de vieux salaud et, de ne pas l'avoir, elle semble imm&#233;diatement comprendre qu'elle peut l'&#234;tre. C'est elle qui d&#233;sormais se met &#224; courir, et tel &#8220;le furet du bois mesdames&#8221;, &#224; passer par ici et repasser par-l&#224;. On entre alors de plain-pied dans le burlesque : les sc&#232;nes se succ&#232;dent et le Satyre court apr&#232;s Zazie, tentant d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de la rattraper. Lui qui &#233;tait sens&#233; l'avoir, court apr&#232;s celle qui, d&#233;sormais, semble l'&#234;tre. C'est l&#224; toute la dialectique du burlesque.&lt;br /&gt;
Observons ici que si Zazie est bien, dans le conscient, le diminutif d'Isabelle, de Zaza ou de quel qu'autre pr&#233;nom, dans l'inconscient, il est bien le diminutif par excellence : c'est-&#224;-dire l'&#233;quivalent du &#8220;petit bout&#8221;, du fameux &#8220;zizi&#8221;. D'&#234;tre d&#233;&#231;ue de ne pas l'avoir, elle s'y identifie au plein sens du terme.&lt;br /&gt;
Zazie semble alors d&#233;ployer tout son exhibitionnisme ant&#233;rieur de petite fille pour faire tourner sa jupe sous couvert de vouloir une paire de pantalon (blue-jeans). Bref, elle se &#8220;d&#233;-robe&#8221;. Femme-enfant, Lolita, cette &#8220;girl=phallus&#8221; fait tourner la t&#234;te au satyre. Au final, c'est bien lui qui est vol&#233;, d&#233;pouill&#233; de l'attribut qu'il comptait exhiber, tel le bon vieil arroseur-arros&#233; des burlesques &lt;i&gt;master-clowns&lt;/i&gt; am&#233;ricains &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Zazie dans le m&#233;tro : diff&#233;rence des sexes, Zizi et Queue-no&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton84-a8fa3.gif?1757669577' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Zazie dans le m&#233;tro : diff&#233;rence des sexes, Zizi et Queue-no &#187;, R&#233;sum&#233; d'une intervention &#224; un groupe de travail sur &#171; La Psychanalyse, le cin&#233;ma et les contes modernes &#187;, Paris, 25 octobre 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Zazie dans le m&#233;tro&lt;br /&gt;
&lt;small&gt;Diff&#233;rence des sexes, Zizi et Queue-no&lt;/small&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zazie dans le m&#233;tro est un film de Louis Malle, sortit dans les salles en 1960, d'apr&#232;s le roman de Raymond Queneau publi&#233; aux &#233;ditions Gallimard un an auparavant en 1959. &#192; mi-chemin entre le conte moderne et le roman d'apprentissage, le film met magnifiquement en sc&#232;ne la pulsion de recherche que l'enfant m&#232;ne vers sa quatri&#232;me ann&#233;e : la fameuse p&#233;riode des &#8220;pourquoi&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pist&#233;mophilie infantile se sublime g&#233;n&#233;ralement &#224; la p&#233;riode de latence, apr&#232;s l'&#338;dipe, et se manifeste alors dans des int&#233;r&#234;ts plus socialis&#233;s tels que les maquettes, les jeux de soci&#233;t&#233;, le dessin ou l'art en g&#233;n&#233;ral. Ici, chez Zazie la pr&#233;-adolescente &#8212; comme on dirait aujourd'hui &#8212;, c'est le m&#233;tro qui int&#233;resse soudainement. Le m&#233;tro qui trahit le monde sous-terrain de l'inconscient et constitue la trame principale des recherches de Zazie, le m&#233;tro qui reste pour elle, tout au long du film, l'&#233;nigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me principal du film est donc l'&#233;nigme de la Sphinge : la curiosit&#233; sexuelle infantile, le fameux &#8220;comment fait-on les enfants ?&#8221; si cher &#224; Freud. Zazie est men&#233;e par la qu&#234;te d&#233;sesp&#233;r&#233;e de comprendre les choses sexuelles des adultes surtout la question de la diff&#233;rence des sexes : qui est &#8220;&lt;i&gt;hormosessuel&lt;/i&gt;&#8221;, qui ne l'est pas ? qui est homme, qui est femme ? etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'observe Freud, cette qu&#234;te est n&#233;cessairement destin&#233;e &#224; s'enliser, car l'enfant est inlassablement frustr&#233; par les r&#233;ponses des adultes. L'effet comique du film en est d'ailleurs renforc&#233; par l'embarras grandissant des adultes (Gabriel, Charles, Trouscaillon, etc.) face au questionnement incessant de Zazie. En lui renvoyant inlassablement des fins non-recevoir, les &#8220;grands&#8221; tentent eux-m&#234;mes de se persuader que les enfants ne peuvent rien comprendre aux choses sexuelles, mais ce n'est l&#224; que l'effet de leur propre refoulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;In fine&lt;/i&gt;, malgr&#233; l'intensit&#233; du d&#233;sir et l'excitation manifeste de Zazie d'en conna&#238;tre les moindres recoins, le monde souterrain de l'inconscient et du sexuel reste d&#233;sesp&#233;r&#233;ment ferm&#233;, comme pour mieux proposer aux spectateurs les images scopiques et acoustiques de ses rejetons. Analysons-les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. &#8212; L'HISTOIRE ET LES PERSONNAGES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zazie, une jeune fille de huit-neuf ans, arrive par le train avec sa m&#232;re &#224; Paris. D&#232;s l'arriv&#233;e &#224; la gare, sa m&#232;re (Jeanne) confie Zazie &#224; son fr&#232;re (l'oncle Gabriel) et part de son c&#244;t&#233; prendre du bon temps avec son &#171; Jules &#187; pour un week-end amoureux. Alors que Zazie &#233;tait si heureuse et si contente de visiter Paris et s'appr&#234;tait &#224; prendre le m&#233;tro, ses employ&#233;s sont gr&#232;ve et les grilles de la station restent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment ferm&#233;es. Gabriel et son ami Charles (taxi de son m&#233;tier), la ballade dans Paris jusqu'&#224; chez lui. Gabriel habite au-dessus d'un caf&#233;. Zazie soupe avec son oncle et sa tante Albertine, une femme d'int&#233;rieur jeune et moderne (&#171; la gentillesse m&#234;me &#187; comme dit Gabriel), puis va se coucher pendant que son oncle s'appr&#234;te &#224; aller travailler &#224; 23h. Mais Turandot, le patron du caf&#233; et le propri&#233;taire de l'appartement de Gabriel, la r&#233;veille en s'indignant aupr&#232;s de Gabriel du langage de Zazie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin, r&#233;veill&#233;e avant tout le monde, Zazie s'habille seule, trompe la vigilance de Turandot, sort dans la rue Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle et s'engage dans les passages commer&#231;ants des grands boulevards. Turandot la poursuit, mais au moment o&#249; il la rattrape, Zazie fait croire aux passants que celui-ci est un satyre qui la poursuit. Zazie s'&#233;chappe &#224; nouveau &#224; son monde pour se pr&#233;cipiter dans le m&#233;tro : mais en vain, celui-ci reste ferm&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle pleure et se fait consoler par un inconnu qui lui offre un mouchoir auquel il avait fait un n&#339;ud. Cette fois-ci, c'est bel et bien un satyre, qui aime les enfants (&#171; les petites filles et les petits gar&#231;ons &#187;). Alors que le satyre r&#233;ajuste son n&#339;ud de cravate &#224; la glace d'un vitrier qui passe dans la rue, &#224; quelques pas, en arri&#232;re-plan et sur le m&#234;me trottoir, un homme poignarde une femme par derri&#232;re. Au moment o&#249; la femme s'&#233;croule, Zazie se l&#232;ve et, toujours derri&#232;re la grille du m&#233;tro, vient faire face au satyre. Pendant que l'homme se fait cirer les chaussures, Zazie le traite de &#171; vieux salaud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se rend alors avec le satyre &#224; la foire aux puces, o&#249; celui-ci lui ach&#232;te des blue-jeans et l'invite &#224; manger des moules et des frites dans un caf&#233;. Avalant ses frites, Zazie compare le satyre &#224; son p&#232;re et alors que celui-ci l'interroge sur celui-l&#224;, elle lui apprend que son p&#232;re et mort. Pire, pendant qu'elle d&#233;guste ses moules, elle lui apprend que sa m&#232;re a assassin&#233; son p&#232;re et lui raconte l'histoire en d&#233;tail. D&#233;&#231;ue par l'attitude de son interlocuteur, Zazie &#233;clabousse son costume avec le jus des coquillages : celui-ci interloqu&#233;, se recroqueville, tandis Zazie s'enfuit avec sa paire de jeans et finalement poursuivit par le satyre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Pedro Surplus la rattrape, Zazie crie &#171; au secours &#187; et provoque &#224; nouveau l'attroupement. Cette fois, le satyre est plus malin et accuse Zazie de lui avoir vol&#233; la paire de jeans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zazie revient dans l'appartement de son oncle accompagn&#233;e par un agent de police : l'agent de police Trouscaillon. Celui-ci interroge Gabriel sur son m&#233;tier tandis que Zazie essaye son blue-jeans : &#171; artiste &#187;, r&#233;pond Gabriel. Loin d'&#234;tre veilleur de nuit comme il le faisait croire &#224; Zazie, Gabriel fait son num&#233;ro dans une bo&#238;te de nuit, habill&#233; en femme, en danseuse espagnole plus pr&#233;cis&#233;ment. Accus&#233; d'homosexualit&#233; par l'agent Trouscaillon, Zazie entend derri&#232;re la porte le mot et demande &#224; sa tante qu'est-ce qu'un &#171; &lt;i&gt;hormosessuel&lt;/i&gt; &#187; &#8212; comme elle l'entend d&#233;form&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'agent commence &#224; tomber amoureux de la tante Albertine et insiste &#224; l'interroger en lui demandant sa profession (m&#233;nag&#232;re), l'agent est finalement jet&#233; dehors par Gabriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouscaillon m&#232;ne son enqu&#234;te de voisinage sur Gabriel, tandis que Mado P'tits-Pieds, la serveuse du caf&#233; tombe dans les bras de Charles, le taxi, qui vient manger chez Turandot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d&#233;jeuner, Gabriel et Charles emm&#232;ne Zazie dans leur taxi pour une visite de la tour Eiffel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ascenseur est plein &#224; craquer et un brouhaha terrible s'y fait entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au deuxi&#232;me &#233;tage, Gabriel perd ses lunettes. Ne voyant rien, il commence &#224; faire des acrobaties &#224; tous les &#233;tages de la Tour Eiffel comme s'il &#233;tait dans un r&#234;ve&#8230; (&#171; et toute cette histoire le songe d'un r&#234;ve &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en redescend en ballon sur un tas de sable, alors qu'un conducteur d'autocar pour touriste lui propose de l'emmener &#224; la Sainte Chapelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En descendant de la tour Eiffel par les escaliers avec Charles, Zazie l'assaille de question sur la sexualit&#233; et l'homosexualit&#233;. Charles ne sait plus quoi r&#233;pondre et s'en va seul dans son taxi, n'en pouvant plus de Zazie et de ses questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zazie et Gabriel se retrouvent tous les deux, dans la circulation parisienne typique des jours de gr&#232;ve de m&#233;tro. Gabriel a sa r&#233;p&#233;tition de 18h et tous les deux se faufilent entre les voitures. Zazie continue de poser ses questions et demande &#224; Gabriel s'il est homosexuel, tandis qu'une jeune veuve se m&#234;le &#224; la conversation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant les quais, Gabriel se lamente de ne pas arriver &#224; l'heure &#224; sa r&#233;p&#233;tition, quand tout &#224; coup il est pris par un car de touristes et est emmen&#233; &#224; l'int&#233;rieur par quatre jeunes filles qu'il avait crois&#233; &#224; la tour Eiffel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agent de police Trouscaillon croit reconna&#238;tre en la jeune veuve, une certaine Albertine et rejoint le petit groupe au moment o&#249; Gabriel se fait enlever. Le jeune veuve, qui d&#233;cline enfin son identit&#233; &#8212; Madame Mouaque &#8212;, emm&#232;ne Zazie et Trouscaillon dans sa d&#233;capotable. Debout dans la d&#233;capotable, Trouscaillon d&#233;gage la route &#224; l'aide de son sifflet. Le car arrive enfin &#224; destination : la Sainte Chapelle (&#201;glise Saint Vincent de Paul) suivit par la voiture de la veuve, avec &#224; son bord Zazie et Trouscaillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gabriel arrive enfin &#224; sa r&#233;p&#233;tition dans le cabaret qui jouxte la fameuse Sainte Chapelle. Gabriel t&#233;l&#233;phone au Turandot, o&#249; Mado petit pied se fiance avec Charles. Charles demande &#224; Albertine de soigner sa robe de revue et invite tout le monde &#224; son num&#233;ro de ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dehors, la veuve courtise Trouscaillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zazie rentre au Turandot accompagn&#233;e par la veuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'Albertine prend son v&#233;lo pour apporter la robe de Gabriel au cabaret, Zazie fl&#226;ne sur les grands boulevards, attendant le spectacle du soir. Fatigu&#233;e, Zazie s'endort sur le capot d'une voiture et r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se r&#233;veille et tout le monde accourt au cabaret de Gabriel pour voir le spectacle : Zazie, Albertine, Trouscaillon dans la voiture de la veuve, Charles dans son taxi, qui am&#232;ne Mado et Gridoux, Turandot et la veuve et, finalement, le car de touristes. Tout le monde accourt dans la loge de Gabriel, qui a le trac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un brouhaha, on entend distinctement le dialogue suivant :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il faut voir un psycha-cho-analyste&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; J'ai d&#233;j&#224; essay&#233; d'analyser mes r&#234;ves&#8230; eh bah ils sont morts hein !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et de quoi r&#234;vez-vous ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De nourrice !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Gabriel entre en sc&#232;ne, Pedro-surplus-Trouscaillon entre dans la loge de Gabriel, o&#249; Albertine se trouve seule : il lui avoue son b&#233;guin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre finalement Zazie, tandis qu'Albertine va chercher la valise de sa ni&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du num&#233;ro, les comp&#232;res repartent en faisant grand bruit. &#201;chappant &#224; l'intervention de la police pour tapage nocturne, tout le monde &#8212; c'est-&#224;-dire Gabriel et ses spectateurs et spectatrices &#8212;, se retrouvent pour manger une soupe &#224; l'oignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soupe &#224; l'oignon, muscadet, bonne franquette, tout ce beau monde finit par &#234;tre saoul et la petite f&#234;te se termine en une gigantesque bagarre g&#233;n&#233;rale au cours de laquelle les d&#233;cors sont d&#233;molis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouscaillon arrive en Mussolini pour embarquer tout le monde. Au sortir du caf&#233;, tous s'engouffrent dans le m&#233;tro pour aller &#224; la gare de l'Est, mais Zazie, endormie dans les bras d'Albertine, ne profite pas de l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa m&#232;re, &#224; peine r&#233;veill&#233;e de sa derni&#232;re nuit avec son amant, la rejoint &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; sur le quai de la gare, tandis que le train d&#233;marre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Zazie n'a pas vu le m&#233;tro, elle a vieillit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. &#8212; LE LANGAGE DE L'INCONSCIENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la forme, d&#233;j&#224;, observons d'abord que le film met avant tout en sc&#232;ne le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, en m&#234;lant hardiment l'argot, le n&#233;o-fran&#231;ais, les gros-mots et le surr&#233;alisme des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le langage des r&#234;ves et de l'inconscient&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait depuis Freud, condensation et d&#233;placement mettent en sc&#232;ne le langage des r&#234;ves et de l'inconscient. Lacan a traduit cela &#224; sa mani&#232;re, par la m&#233;taphore et la m&#233;tonymie, les figures de style fond&#233;es sur l'analogie et/ou la substitution. Mais le proc&#233;d&#233; reste le m&#234;me, identique &#224; celui du travail du r&#234;ve, dans lequel le contenu latent inconscient (pulsions, d&#233;sirs) se transforme en un contenu manifeste du r&#234;ve. C'est alors la figuration proprement dite, c'est-&#224;-dire l'histoire, f&#251;t-elle parfois abracadabrante, telle qu'elle se pr&#233;sente au r&#234;veur. Le r&#234;ve est hi&#233;roglyphe, r&#233;bus, dont le but est d'exprimer des contenus refoul&#233;s, interdit &#224; la repr&#233;sentation consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparent sans-queue-ni-t&#234;te de la mise-en-sc&#232;ne de Louis Malle est &#224; d&#233;chiffrer comme un r&#234;ve et donne &#224; entendre un contenu latent riche en pulsions et en d&#233;sirs inconscients. Le style surr&#233;aliste et le parl&#233; n&#233;o-fran&#231;ais de Queneau ne sont que condensation et d&#233;placement qui mettent en sc&#232;ne l'inconscient en mettant &#224; mal le rapport bi-univoque du signifiant au signifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le n&#233;o-fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que Qu&#233;neau est &#224; l'origine de travaux pionniers en mati&#232;re de litt&#233;rature, notamment lorsqu'il fonde, d&#232;s d&#233;cembre 1960, un s&#233;minaire de litt&#233;rature exp&#233;rimentale (Selitex), qui allait tr&#232;s vite devenir l'Oulipo (Ouvroir de litt&#233;rature potentielle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage parl&#233;, condens&#233; et phon&#233;tique du n&#233;o-fran&#231;ais de Queneau, illustre ici &#224; merveille les condensations et d&#233;placements &#224; l'&#339;uvre dans le langage des r&#234;ves. Queneau &#233;tait persuad&#233; que le n&#233;o-fran&#231;ais finirait par s'imposer et progressivement remplacer le fran&#231;ais &#233;crit traditionnel. Au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, il fait le triste constat que son pari est rat&#233;. On serait tent&#233; de dire aujourd'hui qu'il n'a pas v&#233;cu assez longtemps&#8230; Car avec le d&#233;veloppement des &lt;i&gt;sms&lt;/i&gt; et le parl&#233; des jeunes (notamment des banlieues), force est de reconna&#238;tre que l'&#233;crit utilis&#233; dans les &lt;i&gt;textos&lt;/i&gt; et autres messages &#233;lectroniques ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; son anc&#234;tre : le n&#233;o-fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Argot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re que dans le r&#234;ves, les r&#233;bus, condensations et d&#233;placements, servent &#224; exprimer les pulsions et d&#233;sirs inconscient interdits &#224; la repr&#233;sentation consciente, dans le langage courant, l'argot sert &#224; exprimer des id&#233;es taboues et socialement interdites par la soci&#233;t&#233;. Un dictionnaire d'argot renvoie inlassablement &#224; des mots qui &#233;voquent la sexualit&#233;, la criminalit&#233;, la drogue, etc. On comprend que l'argot dont se sert Zazie tout au long du film, renvoie au langage des r&#234;ves et du sexuel inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en sc&#232;ne de Malle est la meilleure qui soit pour nous introduire aux effets de signifiants et au langage de l'inconscient. En ce sens, le th&#232;me du m&#233;tro inaccessible est particuli&#232;rement bien choisi pour &#233;voquer tout ce qui, habituellement, nous rebute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le m&#233;tro et l'inconscient : du r&#233;bus au rebut&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que repr&#233;sente le m&#233;tro ? C'est d'abord, bien s&#251;r, le refoul&#233;, l'inconscient, ce qui est sous la cro&#251;te, sous la cro&#251;te consciente, sous la cro&#251;te terrestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard il y a un d&#233;tail du film qui est int&#233;ressant, c'est lorsque Zazie se r&#233;veille apr&#232;s sa premi&#232;re nuit : il y a sur elle un plan serr&#233;, o&#249; elle a la t&#234;te appuy&#233;e contre ce que l'on pense &#234;tre le carrelage du m&#233;tro : r&#234;ve-t-elle quelle y est ? Mais soudain le plan s'&#233;largit et le spectateur constate qu'il n'en est rien, qu'elle est toujours dans l'appartement de Gabriel, mais aux toilettes. L'association entre le d&#233;cors du m&#233;tro (fait de carrelage blanc) et le d&#233;cors usuel des toilettes est tout &#224; fait pertinente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les toilettes, c'est l&#224; o&#249; l'on jette (ou rejette), tout comme le m&#233;tro, c'est ce que l'on cache, sous terre, ce que l'on enfouie, ce que l'on refoule. D'ailleurs d&#232;s la premi&#232;re sc&#232;ne, dans le hall de la gare de l'Est, Gabriel sent les odeurs des gens qu'attendent les trains &#224; l'arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le fameux &#8220;&lt;i&gt;Doukipudonktan&lt;/i&gt;&#8221;, le premier mot &#8212; mot-valise, mot &#233;nigme &#8212; du roman. C'est un peu le &#8220;&lt;i&gt;riverrun&lt;/i&gt;&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. James Joyce, Finnegans Wake.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Qu&#233;neau. Gabriel se plaint (&#8220;ils se nettoient jamais&#8221;) que les gens n'utilisent pas leurs salles de bains : &#171; dans le journal on dit qu'il n'y a pas 11% des appartements &#224; Paris qu'ont des salles de bains. &#199;a m'&#233;tonne pas, mais on peut se laver sans. Tous ceux-l&#224; qui m'entourent doivent pas faire de grands efforts &#187; se lamente-t-il. Tandis que lui se vante de sentir bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'odeur de son parfum indispose justement une femme qui attend sur le quai en m&#234;me temps que lui. Alors que la femme lui demande qu'est-ce qui empeste comme &#231;a, Gabriel lui r&#233;torque fi&#232;rement le nom de son parfum, qui &#233;voque de mani&#232;re &#233;l&#233;gante tout une palette de mauvaises odeurs et illustre &#224; merveille le retour du refoul&#233; : &#171; Barbouze, un parfum de chez &lt;i&gt;Fior&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs l'une des premi&#232;re r&#233;flexions de Zazie, dans les bras de son oncle : &#171; tu sens rien bon ? &#187; Et Zazie demande &#224; son oncle si il acceptera de lui en mettre un peu derri&#232;re les oreilles, de ce fameux &#8220;Barbouze de chez &lt;i&gt;Fior&lt;/i&gt;&#8221;. Il lui r&#233;pond que c'est un parfum d'homme, renvoyant chaque sexe &#224; ses odeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. &#8212; COMMENT FAIT-ON LES ENFANTS ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, on s'aper&#231;oit que Zazie n'arr&#234;te pas de questionner son oncle et les adultes en g&#233;n&#233;ral : on comprend alors que le film met en sc&#232;ne une pr&#233;-adolescente qui tente de sublimer la fameuse p&#233;riode des &#8220;pourquoi&#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la p&#233;riode des &#8220;pourquoi&#8221; connait au moins deux temps majeurs : un premier temps &#224; l'av&#232;nement de la pulsion phallique, vers trois ans, qui signe l'entr&#233;e dans l'&#338;dipe, puis un deuxi&#232;me temps avec la p&#233;riode de latence, vers sept-huit ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Signe de cette pulsion &#233;pist&#233;mophile de la p&#233;riode de latence, les enfants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &#224; cette seconde p&#233;riode qu'est confront&#233;e Zazie. C'est une p&#233;riode o&#249; l'enfant sublime ses premi&#232;res pulsions curieuses en cherchant &#224; comprendre les grandes inventions techniques ou artistiques, le caract&#232;re des grands personnages de l'histoire, etc. La curiosit&#233; purement sexuelle se sublime en un int&#233;r&#234;t socialement reconnu et m&#234;me g&#233;n&#233;ralement flatt&#233; par les adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait &#233;galement qu'au-del&#224; de la curiosit&#233; purement sexuelle, un int&#233;r&#234;t purement &#233;go&#239;ste motive aussi l'enfant dans ses questions : la crainte d'avoir un petit fr&#232;re ou une petite s&#339;ur et d'avoir &#224; partager ainsi l'amour maternel. Au vu de l'emploi du temps de sa m&#232;re durant ce week-end, il semble que les craintes de Zazie soient ici grandement justifi&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous aurons l'occasion d'y revenir en conclusion lors de l'analyse du r&#234;ve (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enqu&#234;te et &#233;pist&#233;mophilie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cependant quelque chose de paradoxale dans notre hypoth&#232;se : Zazie est manifestement dans sa p&#233;riode des &#8220;pourquoi&#8221;, mais pourtant, rien ne l'int&#233;resse, a-t-on envie de dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son oncle lui propose de visiter les Invalides avec le tombeau de Napol&#233;on, Zazie refuse cat&#233;goriquement : &#8220;Napol&#233;on mon cul, y m'int&#233;resse pas du tout cette enflure avec son chapeau &#224; la con&#8221;. &#8220;Mais qu'est-ce qui t'int&#233;resse alors ?&#8221; demande Gabriel. Pour unique r&#233;ponse, Zazie mart&#232;le : &#8220;Le m&#233;tro !&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce &#8220;rien ne l'int&#233;resse&#8221; except&#233;e une seule chose, prouve l'affirmation de Freud selon laquelle, finalement, l'enfant ne souhaite entendre qu'une seule et unique r&#233;ponse, mais n'ose pas poser la seule question qui la convoquerait : &#8220;comment fait-on les enfants&#8221; ou &#8220;est-ce que je risque d'avoir un petit fr&#232;re ou une petite s&#339;ur&#8221;. Faute de pouvoir clairement oser la poser, l'enfant continue d'enqu&#234;ter &#224; sa mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs l'occasion de pr&#233;ciser ici, qu'&#224; l'origine du livre, Raymond Queneau souhaitait faire un roman policier. Il reste d'ailleurs des traces du projet initial dans les interrogatoires multiples de l'agent de police Trouscaillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le style de l'enqu&#234;te polici&#232;re correspond parfaitement bien aux enqu&#234;tes &#233;labor&#233;es par l'enfant pouss&#233; par sa pulsion &#233;pist&#233;mophile. Freud lui-m&#234;me n'a d'ailleurs jamais cach&#233; que son travail analytique &#233;tait en partie le r&#233;sultat d'une sublimation r&#233;ussie de ses pulsions de recherches infantiles. Et ce n'est pas pour rien qu'on l'a souvent compar&#233; &#224; un fin limier, Freud menant g&#233;n&#233;ralement ses analyses &#224; la mani&#232;re d'une enqu&#234;te polici&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On verra une excellente illustration de cette th&#232;se dans l'excellent film (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant continue donc d'enqu&#234;ter, avec ent&#234;tement, sur le sexuel. Dans la tour Eiffel Zazie demande &#224; Charles s'il s'y conna&#238;t en &#171; sessualit&#233; &#187;. &#8220;Ils pensent tous qu'&#224; &#199;a&#8221; s'&#233;crie alors Charles &#8212; au moins le reconna&#238;t-il !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ent&#234;tement et l'insistance &#224; provoquer les adultes s'entend &#233;galement dans le vocabulaire grivois de Zazie, qui n'h&#233;site pas &#224; employer ce que l'on appelle des &#8220;gros-mots&#8221;. Le plus connus est le fameux &#8220;Sacrebleu, merde alors !&#8221;, que Zazie bougonne au d&#233;but du film lorsqu'elle tombe sur la grille du m&#233;tro. Mais elle n'h&#233;site pas non plus &#224; traiter son oncle et son ami Charles de deux &#171; vieux cons &#187;, l'agent Trouscaillon de vieux d&#233;gueulasse, de vieux salaud, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Freud et Ferenczi l'ont tous les deux remarqu&#233;s, les mots obsc&#232;nes contraignent l'auditeur &#224; se repr&#233;senter l'objet, ou l'organe &#233;voqu&#233;. Avec les gros mots, l'adulte est convoqu&#233;, somm&#233; de r&#233;pondre, l&#224; o&#249;, g&#233;n&#233;ralement, il se d&#233;bine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La perte de confiance dans les adultes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#8220;d&#233;robade&#8221; de l'adulte face au questionnement incessant de l'enfant cherchant &#224; conna&#238;tre la v&#233;rit&#233; de l'&#233;nigme du sexuelle est magnifiquement illustr&#233;e d&#232;s les premi&#232;res sc&#232;nes du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s apr&#232;s la garde de l'Est, lorsque Zazie insiste pour voir le m&#233;tro, son oncle pense pouvoir &#233;chapper au questionnement de Zazie et croit avoir trouv&#233; la bonne id&#233;e, celle de lui montrer le m&#233;tro a&#233;rien, et de s'&#233;crier : &#171; Le voil&#224; le m&#233;tro ! &#187; Zazie ne comprend plus et s'indigne : &#171; le m&#233;tro c'est sous-terre non mais ! &#187; &#171; Celui-l&#224; c'est l'a&#233;rien &#187; r&#233;pond Gabriel. Rien n'y fait : &#171; alors c'est pas le m&#233;tro &#187; r&#233;torque Zazie. Gabriel lui propose de lui expliquer : &#171; Quelque fois il sort de terre et ensuite il re-rentre &#187;. &#171; Des histoires, tu dis jamais la v&#233;rit&#233; ! &#187; Piqu&#233;, Gabriel l&#226;che alors sa c&#233;l&#232;bre tirade :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La v&#233;rit&#233;, comme si tu savais ce que c'est [&lt;i&gt;cex&#233;&lt;/i&gt;] la v&#233;rit&#233;&#8230; Comme si quelqu'un au monde savait ce que c'est [&lt;i&gt;cex&#233;&lt;/i&gt;]&#8230; Tout &#231;a, tout &#231;a c'est du bidon ! Le panth&#233;on, les invalides, la caserne Reuilly, la Madeleine&#8230; Tout, oui du bidon ! Ah l&#224; l&#224; quelle mis&#232;re ! Quelle mis&#232;re ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, &#224; nous, &#231;a nous &#233;voque la fameuse phrase par laquelle Lacan introduit son &lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dis toujours la v&#233;rit&#233; : pas toute, parce que toute la dire, on n'y arrive pas. La dire toute, c'est impossible, mat&#233;riellement : les mots y manquent. C'est m&#234;me par cet impossible que la v&#233;rit&#233; tient au r&#233;el &#187; (Jacques Lacan, &lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, 1973).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle v&#233;rit&#233; s'agit-il ici ? De l'impossible v&#233;rit&#233; du rapport entre les sexes, de la diff&#233;rence radicale entre des sexes, ou dit autrement, de l'impossible rapport bi-univoque du signifiant au signifi&#233; que Queneau et Malle mettent si bien en sc&#232;ne ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un sursaut, Zazie demande : &#171; Et &#231;a qu'est-ce que c'est ? &#187; C'est en remontant la rue d'Hauteville et la voiture tombe, cette fois, face au frontispice de l'&#233;glise Saint Vincent de Paul. &#171; &#199;a ? &#187; reprend Gabriel : &#171; On sait pas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zazie exprime dans cette sc&#232;ne la d&#233;ception qu'ont cruellement ressentie les enfants, lorsque les adultes r&#233;pondent par approximation ou par m&#233;taphore &#224; la question du &#8220;comment on fait les b&#233;b&#233;s ?&#8221; La petite graine, la cigogne, les choux, etc. sont autant de r&#233;ponses qui tiennent un temps l'enfant en haleine, mais celui-ci finit t&#244;t ou tard par comprendre, en recoupant les r&#233;ponses, que les explications donn&#233;es sont erron&#233;es, &#171; bidon &#187; comme dit ici Gabriel. Bref, l'enfant comprend que l'adulte le trompe et commence &#224; lui en vouloir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On dit pas toujours la v&#233;rit&#233; aux enfants &#187; dira un moment Gabriel &#224; l'agent de police Trouscaillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surmoi et sadisme des enfants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment de d&#233;ception dit Freud, que l'enfant commence &#224; se forger son propre caract&#232;re. Comme pour apporter ici une preuve de ce qu'avance Freud, Zazie-l'effront&#233;e, Zazie-l'ent&#234;t&#233;e, n'en manque justement pas de caract&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tromp&#233;e et ridiculis&#233;e par les adultes, l'enfant quitte son statut d'enfant cr&#233;dule et se forge son propre ses propres convictions en voulant ressembler aux adultes, quitte &#224; &#234;tre aussi cruel qu'eux. Il s'en veut d'avoir &#233;t&#233; cr&#233;dule et s'ent&#234;te d&#233;sormais &#224; punir l'enfant cr&#233;dule qu'il &#233;tait. C'est le surmoi qui se forge par identification &#224; l'adulte qui l'a bless&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zazie veut &#234;tre institutrice &#171; pour faire chier les m&#244;mes &#187; (&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;) : elle se venge &#224; la fois des adultes et des enfants : elle se venge des adultes avec son franc-parler et de l'enfant qu'elle &#233;tait en le punissant. Sinon elle sera &#171; Astronaute &#187;, mais &#171; Astronaute, pour faire chier les martiens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se forger son nouveau caract&#232;re, l'enfant-Zazie s'appuie sur ses pulsions sadiques orales et anales ant&#233;rieures, pulsions qu'elle avait refoul&#233;, mais qu'elle motive ici &#224; nouveau :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toujours des gosses &#224; emmerder&#8230; Je leur ferai l&#233;cher le parquet, je leur ferai manger les X du tableau noir, je leur enfoncerai des compas dans le derri&#232;re, je leur botterai les fesses. Parce que j'aurai des bottes en hiver, avec de grands &#233;perons pour leur larder la peau du derche ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de ce qui a trait &#224; la sexualit&#233; (et au sexuel) va certes &#234;tre refoul&#233; dans l'inconscient, que ce soit par honte, pudeur ou d&#233;go&#251;t, mais une autre partie va &#234;tre conserv&#233;e dans le conscient. Cette derni&#232;re va tout de m&#234;me &#234;tre gard&#233;e secr&#232;te, car l'enfant est d&#233;sormais d&#233;&#231;u par la non-r&#233;ponse de l'adulte. Cette d&#233;ception et le &#8220;garder secret&#8221; qui en d&#233;coule va permettre &#224; l'enfant d'acqu&#233;rir son autonomie psychique et d'affirmer son caract&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La diff&#233;rence des sexes : Zazie, zizi et Queue-no&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode des &#8220;pourquoi&#8221; est la p&#233;riode de la pulsion dite &#8220;phallique&#8221;, celle o&#249; gar&#231;ons et filles ont une activit&#233; masturbatoire, et sp&#233;cifiquement celle o&#249; la petite fille va se rendre compte que sur ce versant, elle ne peut gu&#232;re rivaliser avec le petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse d'Alice qui se glisse de mani&#232;re phallique dans le terrier du lapin, Zazie n'a pas acc&#232;s au m&#233;tro. Le m&#233;tro en tant que train, ou wagons, c'est bien s&#251;r l'&#233;quivalent du lapin qui se glisse dans les trous et serpente dans les tunnels. Pour l'inconscient, il est bien l'&#233;quivalent du p&#233;nis. Peut-&#234;tre est-ce pour cette raison que Zazie le convoite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne avec le satyre est ici &#233;loquente. Apr&#232;s avoir tent&#233; une nouvelle fois d'acc&#233;der au m&#233;tro, Zazie pleure et se fait consoler par un inconnu. Celui-ci lui offre un mouchoir auquel il a fait un n&#339;ud, comme pour un tour de passe-passe &#224; venir. Quel est ce tour de passe-passe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une premi&#232;re fausse alerte, cette fois-ci, elle a bel et bien &#224; faire avec un satyre, qui aime &#171; les petites filles et les petits gar&#231;ons &#187;. Pendant que le satyre r&#233;ajuste son n&#339;ud de cravate &#224; la glace d'un vitrier qui passe incidemment par-l&#224;, &#224; quelques pas, en arri&#232;re-plan et sur le m&#234;me trottoir, un homme poignarde une femme par derri&#232;re. Au moment o&#249; la femme s'&#233;croule, Zazie se l&#232;ve et vient faire face au satyre (bien qu'&#233;tant toujours derri&#232;re la grille du m&#233;tro). Pendant que l'homme se fait cirer les chaussures, Zazie le traite de &#171; vieux salaud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup de couteau port&#233; &#224; la femme en arri&#232;re-plan, alors que Zazie vient d'&#233;chouer une nouvelle fois devant la grille du m&#233;tro s'interpr&#232;te de la suivante : Zazie comprend que l'homme est dot&#233; d'un p&#233;nis (le m&#233;tro auquel elle n'a pas acc&#232;s) et que la femme, &#224; cet &#233;gard, est &#8220;poignard&#233;e dans le dos&#8221;, autrement dit Zazie est d&#233;&#231;ue de ne pas avoir le p&#233;nis convoit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zazie n'a pas acc&#232;s au m&#233;tro, elle est frustr&#233;e et pleure. Le satyre vient la consoler avec un mouchoir, certes, mais pli&#233; en forme de lapin. C'est-&#224;-dire qu'il lui propose de la faire rire en faisant appara&#238;tre et dispara&#238;tre le lapin, l'oiseau, etc., c'est-&#224;-dire le phallus en tant qu'il n'est jamais l&#224; o&#249; on croit le trouver. D'imaginaire (de l'autre c&#244;t&#233; de la grille), il en devient symbolique : &#8220;il est pass&#233; par-ici&#8221;, &#8220;il repassera par-l&#224;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comique du phallus se met en place : Zazie rit, mais ne s'y laisse pas prendre. Elle traite Trouscaillon de vieux salaud et, de ne pas l'avoir, elle semble imm&#233;diatement comprendre qu'elle peut l'&#234;tre. C'est elle qui d&#233;sormais se met &#224; courir, et tel &#8220;le furet du bois mesdames&#8221;, &#224; passer par ici et repasser par-l&#224;. On entre alors de plain-pied dans le burlesque : les sc&#232;nes se succ&#232;dent et le Satyre court apr&#232;s Zazie, tentant d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de la rattraper. Lui qui &#233;tait sens&#233; l'avoir, court apr&#232;s celle qui, d&#233;sormais, semble l'&#234;tre. C'est l&#224; toute la dialectique du burlesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons ici que si Zazie est bien, dans le conscient, le diminutif d'Isabelle, de Zaza ou de quel qu'autre pr&#233;nom, dans l'inconscient, il est bien le diminutif par excellence : c'est-&#224;-dire l'&#233;quivalent du &#8220;petit bout&#8221;, du fameux &#8220;zizi&#8221;. D'&#234;tre d&#233;&#231;ue de ne pas l'avoir, elle s'y identifie au plein sens du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zazie semble alors d&#233;ployer tout son exhibitionnisme ant&#233;rieur de petite fille pour faire tourner sa jupe sous couvert de vouloir une paire de pantalon (blue-jeans). Bref, elle se &#8220;d&#233;-robe&#8221;. Femme-enfant, Lolita, cette &#8220;girl=phallus&#8221; fait tourner la t&#234;te au satyre. Au final, c'est bien lui qui est vol&#233;, d&#233;pouill&#233; de l'attribut qu'il comptait exhiber, tel le bon vieil arroseur-arros&#233; des burlesques &lt;i&gt;master-clowns&lt;/i&gt; am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;s-identification et des identifications sexu&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le phallus symbolique pos&#233;, d&#232;s lors une seule question insiste : qui est homme qui est femme ? Qui est &#8220;hormosessuel&#8221;, qui ne l'est pas ? Avec le phallus symbolique, Zazie semble bien comprendre que la question va au-del&#224; des apparences et des plumes phalliques de l'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pied de la tour Eiffel, Gabriel lui-m&#234;me, ne manque pas de se demander pourquoi on repr&#233;sente toujours la ville de Paris comme une femme ? Le Panth&#233;on, l'&#233;glise de la Madeleine, les Invalides (&#171; chouette comme architecture &#187;), la caserne Reuilly-Diderot sont autant d'insignes phalliques, et autres monuments-turgescents qui la repr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;s-identification est &#224; son comble dans la sc&#232;ne o&#249; l'agent de Police Trouscaillon ne sait plus ni son nom ni son &#226;ge, tandis que Madame Mouaque (mo&#239;que) s'appelle &#8220;mo&#239;que&#8221; comme tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tournant de l'&#338;dipe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce vacillement des identifications, le jeu sexuel peut se recomposer : Zazie semble d&#233;sormais d&#233;cid&#233;e &#224; sortir du complexe d'&#338;dipe en proposant &#224; Charles de l'&#233;pouser (dans la tour Eiffel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que jusque l&#224;, elle &#233;tait emp&#234;tr&#233;e dans cette question &#339;dipienne. C'est particuli&#232;rement criant au moment o&#249; Trouscailllon l'emm&#232;ne &#224; la foire aux puces et lui ach&#232;te des blue-jeans. Plus exactement, c'est au moment o&#249; il l'invite &#224; manger des moules et des frites dans un caf&#233;. Avalant ses frites, Zazie compare le satyre &#224; son p&#232;re et alors que celui-ci l'interroge sur celui-l&#224;, elle lui apprend que son p&#232;re est mort. Pire, pendant qu'elle d&#233;guste ses moules, elle lui apprend que sa m&#232;re a assassin&#233; son p&#232;re et lui raconte l'histoire en d&#233;tail. Pendant qu'elle &#233;clabousse le costume de son interlocuteur avec le jus des coquillages, Trouscaillon interloqu&#233;, se recroqueville. D&#233;&#231;u par l'attitude de son interlocuteur, Zazie s'enfuit avec sa paire de jeans : la provocation r&#233;ussit puisque le satyre se lance &#224; sa poursuite pour le plus grand bonheur de Zazie. Autrement dit, de la fixation &#224; la m&#232;re pos&#233;e comme toute puissante au d&#233;but de la sc&#232;ne de la conversation avec le satyre, Zazie semble d&#233;sormais accepter l'&#338;dipe et le d&#233;sir du p&#232;re, au travers des sc&#232;nes burlesques du &#8220;cours-apr&#232;s-moi-que-je-t'attrappe&#8221;, puis dans la tour Eiffel en proposant &#224; Charles de l'&#233;pouser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tournant signe &#233;galement l'abandon de la masturbation pour la petite fille, merveilleusement mis en sc&#232;ne par la perle trouv&#233;e dans les coquillages, que Zazie jette nonchalamment par-dessus son &#233;paule. Les &#8220;puces&#8221;, c'est ce qui gratte bien s&#251;r, et cela repr&#233;sente ici la masturbation infantile, tandis que la perle repr&#233;sente le clitoris. En se d&#233;tachant de sa m&#232;re et en entrant de plain-pied dans son &#339;dipe, Zazie abandonne de fait sa masturbation infantile au profit d'int&#233;r&#234;ts non-r&#233;prim&#233;s et socialement admis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV. &#8212; LE R&#202;VE, SC&#200;NE PRIMITIVE ET CASTRATION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zazie r&#234;ve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1h11mn03s.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est la nuit dans les rues de Paris illumin&#233;es des n&#233;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une farandole se forme autour d'un jet d'eau. Sept personnages la forment : Mado petit pied, Turandot, Ferdinand Gridoux (le cordonnier de la rue du Turandot), Albertine, Gabriel, la veuve et Trouscaillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis elle voit la veuve dans un &lt;i&gt;rocking-chair&lt;/i&gt; : lui succ&#232;de Mado, Turandot avec sur ses genoux, son perroquet dans sa cage, et Fernand Gridoux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle voit Gabriel dans la voiture d&#233;capot&#233;e et d&#233;soss&#233; de la veuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferdinand Gridoux en cyclomoteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veuve fait la circulation (&#224; la place de Trouscaillon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouscaillon, habill&#233; en agent de la circulation est en v&#233;lomoteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, dans un bus, Mado et Albertine se font face. Derri&#232;re, Gabriel et Trouscaillon, face &#224; face, joue &#224; se prendre le pouce. Encore derri&#232;re, Charles donne des bonbons &#224; manger dans la bouche de la veuve. Derri&#232;re encore, Turandot et Gridoux joue &#224; se frapper dans les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouscaillon passe devant un caf&#233;, le Cyrano, puis traverse la rue. Turandot le suit, puis Gabriel passe en Albertine lui court apr&#232;s, suivit de Gridoux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une salle de billard, Trouscaillon et Gabriel joue &#224; la table du fond, tandis qu'&#224; une table au premier plan, la m&#232;re de Zazie regarde son amant r&#233;aliser un coup d'exception. La boule blanche vient frapper l'autre boule blanche, puis en r&#233;tro tourne autour de la craie et vient percuter la boule rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zazie applaudit, mais l'amant lui dit : &#171; Attendez, encore plus fort &#187;. Derri&#232;re Zazie, les aiguilles de la pendule tournent &#224; grande vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde s'approche de la table de billard : Gabriel, Trouscaillon, la veuve, Gridoux, Turandot, Charles, Mado et Albertine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'amant, assis sur la table en tentant de faire un coup en passant la canne derri&#232;re son dos, finit par d&#233;chirer le tapis vert.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Zazie se r&#233;veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;chiffrement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit, c'est l'inconscient. La circulation, c'est la libido. Dans le r&#234;ve, tout le monde se court apr&#232;s. Le r&#234;ve met donc en sc&#232;ne, repr&#233;sente, la libido qui anime et illumine l'inconscient et, en particulier, l'inconscient de Zazie, intrigu&#233;e par les jeux de libido et la question de la diff&#233;rence des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;rocking-chair&lt;/i&gt;, c'est le balancement auto-&#233;rotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeux de mains des acteurs dans le bus, sont des jeux infantiles, du type : &#171; je te tiens tu me tiens par la barbichette &#187;. Ce sont des jeux enfantins qui permettent aux enfants d'exprimer leur libido.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tapis vert = la virginit&#233;. Le billard, jeux avec les trois boules et une queue (craie = liquide s&#233;minale masculin ou f&#233;minin, sperme ou cyprine, qui favorise la glisse et le jeu), figure bien &#233;videmment l'acte sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acte est celui de la m&#232;re de Zazie avec son amant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on se souvient que la visite de Zazie dans Paris est motiv&#233;e par l'escapade amoureuse de sa m&#232;re, l'acte mis en sc&#232;ne dans le r&#234;ve est celui que Zazie souhaiterait observer, pour voir comment on fait les enfants. C'est en quelque sorte la sc&#232;ne primitive, celle qui motive la visite de Zazie &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;chirure du tapis vert est la castration de la m&#232;re par le p&#232;re-amant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est &#233;galement compatible dans une telle condensation, que Zazie s'identifie &#233;galement &#224; sa m&#232;re dans ce r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve exprime donc en m&#234;me temps le d&#233;sir de Zazie d'avoir un rapport et exprime &#233;galement la peur de la d&#233;floration que la jeune fille redoute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Zazie n'a pas vu le m&#233;tro, elle a vieilli. Le temps (chronos) nous castre, tout comme l'impossibilit&#233; de r&#233;pondre &#224; l'&#233;nigme du &#171; comment on fait les enfants &#187;, tout comme l'impossibilit&#233; de voir ainsi &#8212; et rejoindre &#8212; la sc&#232;ne primitive qui nous engendre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. James Joyce, &lt;i&gt;Finnegans Wake&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Signe de cette pulsion &#233;pist&#233;mophile de la p&#233;riode de latence, les enfants d&#233;vorent les livres de la &lt;i&gt;Biblioth&#232;que rose&lt;/i&gt; ou de la &lt;i&gt;Biblioth&#232;que verte&lt;/i&gt;, dans lesquels le sc&#233;nario repose exclusivement sur une enqu&#234;te polici&#232;re men&#233;e par des enfants pr&#233;-adolescents : &lt;i&gt;Club des 5&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Clan des 7&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous aurons l'occasion d'y revenir en conclusion lors de l'analyse du r&#234;ve de Zazie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On verra une excellente illustration de cette th&#232;se dans l'excellent film d'Herbert Ross : &lt;i&gt;Sherlock Holmes attaque l'Orient-Express&lt;/i&gt; (sorti en 1976).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1h11mn03s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse, le cin&#233;ma et les contes modernes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Zazie dans le m&#233;tro : diff&#233;rence des sexes, Zizi et Queue-no &#187;, R&#233;sum&#233; d'une intervention &#224; un groupe de travail sur &#171; La Psychanalyse, le cin&#233;ma et les contes modernes &#187;, Paris, 25 octobre 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Syndrome de Peter Pan et complexe de castration</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Syndrome-de-Peter-Pan-et-complexe.html</link>
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		<dc:date>2013-12-01T14:48:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; Pour le lecteur, d&#233;sormais rompu au langage des r&#234;ves et de l'inconscient (en tout cas nous l'esp&#233;rons), cela ne doit plus faire aucun doute : la lecture du dessin anim&#233; Peter Pan se donne &#224; entendre limpide comme les tranquilles gazouillis de l'eau claire des rives du &lt;i&gt;Neverland&lt;/i&gt; : Jean et Michel aiment leur s&#339;ur Wendy mais, dans ce nouveau choix d'objet amoureux, qui succ&#232;de &#224; la m&#232;re et signe leur volont&#233; de sortir de leur complexe d'&#338;dipe, il y a un &lt;i&gt;hic&lt;/i&gt; (ou un &lt;i&gt;Ics&lt;/i&gt;) : Wendy, quant &#224; elle plus grande, r&#234;ve d&#233;j&#224; d'un gar&#231;on plus vieux &#8212; prince charmant ou mauvais gar&#231;on &#8212; qui l'emm&#232;nerait loin d'un p&#232;re d&#233;j&#224; &#233;pous&#233; par sa m&#232;re. En se prenant pour Peter Pan, les gar&#231;ons r&#233;ussissent certes &#224; sublimer leurs d&#233;sirs et pulsions primitives (les indiens sauvages), mais en choisissant sur ce chemin un objet d'amour encore teint&#233; d'inceste, ils r&#233;activent ainsi leur complexe de castration : le conflit est patent et les petits gar&#231;ons ont soudain et de nouveau tr&#232;s peur de leur p&#232;re (le Capitaine crochet) et r&#233;clament la bienveillance de leur m&#232;re (la f&#233;e clochette). Les gar&#231;ons r&#233;gressent &#224; un stade o&#249; la m&#232;re est une, bienveillante et munie d'une baguette magique ; c'est-&#224;-dire r&#233;gressent &#224; un stade o&#249; ils ne font pas (ou nient) la diff&#233;rence entre les sexes, tandis que Wendy ne voit en cette f&#233;e maternelle et dans les copines sir&#232;nes de Peter, que rivales pr&#234;tent &#224; la faire tr&#233;bucher au moindre faux-pas. Bref, les gar&#231;ons demeurent, dans l'inconscient, prisonniers de leurs fantasmes de castration et Wendy de la rivalit&#233; maternelle.&lt;br /&gt;
La f&#233;e clochette sous cloche, le capitaine crochet fait d'une pierre deux coups : il prive les gar&#231;ons de leur m&#232;re et contr&#244;le Peter Pan, le fianc&#233; de Wendy. Les enfants sont condamn&#233;s &#224; rester des enfants par la menace de castration personnifi&#233;e par le Capitaine-crocodile &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-des-contes-de-fees-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse des contes de f&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton83-e0dda.jpg?1757670363' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Syndrome de Peter Pan et complexe de castration &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt; (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes), Psychanalyste-paris.com, Paris, d&#233;cembre 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SYNDROME DE PETER PAN ET COMPLEXE DE CASTRATION&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;L'inconscient est heureux !&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, le psychologue am&#233;ricain form&#233; &#224; l'Universit&#233; de l'Illinois, Dan Kiley, popularise un profil psychologique d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre et connu du grand public sous le nom de complexe ou &lt;i&gt;syndrome de Peter Pan&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Kiley, Le Syndrome de Peter Pan : ces hommes qui ont refus&#233; de grandir, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'auteur y d&#233;crit un type d'homme qui se complairait de mani&#232;re faussement &#224; l'aise dans un monde de fantaisies, &#224; la limite de l'enfantin voire de l'infantile. Le sous-titre de l'ouvrage est &#224; cet &#233;gard explicite : &lt;i&gt;Ces hommes qui ont refus&#233; de grandir&lt;/i&gt;, pr&#233;cise une couverture aguichante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s du concept a surf&#233; sur la vague &lt;i&gt;psycho-pop&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;pop-psychology&lt;/i&gt; en am&#233;ricain), abr&#233;viation de l'expression psychologie populaire. C'est ce courant de la psychologie, en provenance d'outre-Atlantique, qui s'emploie &#224; forger et renouveler aussi r&#233;guli&#232;rement que possible, des concepts qui se veulent &#224; chaque fois plus parlants et novateurs, les exposant largement dans les m&#233;dias et les ouvrages grand public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; de ce type d'&#233;tude psychologique n'est pas tant le c&#244;t&#233; pratique, simplificateur ou vulgarisateur des concepts qu'elle d&#233;veloppe, mais bien le fait de ne pas s'int&#233;resser &#224; l'inconscient alors m&#234;me que les auteurs se r&#233;clament de la discipline analytique et que le conte enfantin auquel ils se r&#233;f&#232;rent en l'occurrence, parle le langage des r&#234;ves si cher &#224; Freud. En effet, la v&#233;ritable sc&#232;ne du conte britannique n'est-elle pas le &lt;i&gt;Neverland&lt;/i&gt;, le nulle-part de l'inconscient, que les enfants rejoignent le soir en s'endormant ? Nous sommes plus pr&#233;cis&#233;ment au pays des r&#234;ves et de leurs repr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;placer un concept inconscient dans le conscient peut faire des ravages. Interpr&#233;ter ce qui est du ressort du syst&#232;me inconscient comme &#233;tant de l'ordre d'un profil psychologique conscient n'est pas vraiment heureux. Disons-le tout de go : l'inconv&#233;nient d'une telle psychologie est qu'elle d&#233;culpabilise &#224; peu de frais ceux qui croient quotidiennement avoir affaire au type de profil qui est ici cens&#233; &#234;tre d&#233;crypt&#233;, tandis qu'elle culpabilise ceux qui redoutent de s'y reconna&#238;tre. Or, la psychanalyse en particulier et l'&#233;tude de la psych&#233; en g&#233;n&#233;ral, n'ont ni &#224; culpabiliser ni &#224; d&#233;culpabiliser. La psychanalyse a uniquement &#224; d&#233;lier et d&#233;nouer les n&#339;uds et ficelles dont nous parlions pr&#233;c&#233;demment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christophe Bormans, &#171; Contes de f&#233;es, d&#233;sirs anim&#233;s et fantasmes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si ces n&#339;uds sont g&#233;n&#233;ralement d'ordre sexuels et inconscients, ce n'est justement pas parce que l'on fantasme que l'on doit se sentir coupable ; au contraire, c'est par la travers&#233;e, en parole, des fantasmes, que l'on se lib&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien de cela dont il s'agit dans le conte enfantin original et dans le dessin anim&#233; de Walt Disney &lt;i&gt;Peter Pan&lt;/i&gt;. Le h&#233;ros est prisonnier d'un fantasme et c'est parce qu'il n'en comprend pas la port&#233;e inconsciente, qu'il tourne ce fantasme en parole ou dessins et, finalement, qu'il r&#233;ussit &#224; en &#233;laborer une issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Capitaine crochet, c'est bien entendu le p&#232;re castrateur de la mythologie : Cronos. Ce n'est pas le temps en tant que chronologique, mais un temps logique qui effraye Peter Pan : celui de la castration. En d'autres termes, ce n'est pas la peur de la mort (le temps chronologique et conscient), mais celle de la castration (le temps mythologique et inconscient). &#192; confondre les deux temps &#8212; &#224; confondre le conscient et l'inconscient &#8212;, l'on ne peut durablement d&#233;nouer les conflits n&#233;vrotiques et lib&#233;rer la psych&#233;. L'on est contraint de d&#233;culpabiliser et rassurer sans cesse, en engageant le patient dans une relation d'aide o&#249; l'assistanat scelle sa d&#233;pendance. Sans complaisance aucune, mais sans jamais culpabiliser qui que ce soit, la psychanalyse arrive, par la parole, les transferts et l'interpr&#233;tation des r&#234;ves, des d&#233;sirs et des fantasmes, &#224; lib&#233;rer totalement le sujet de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le lecteur, d&#233;sormais rompu au langage des r&#234;ves et de l'inconscient (en tout cas nous l'esp&#233;rons), cela ne doit plus faire aucun doute : la lecture du dessin anim&#233; Peter Pan se donne &#224; entendre limpide comme les tranquilles gazouillis de l'eau claire des rives du &lt;i&gt;Neverland&lt;/i&gt; : Jean et Michel aiment leur s&#339;ur Wendy mais, dans ce nouveau choix d'objet amoureux, qui succ&#232;de &#224; la m&#232;re et signe leur volont&#233; de sortir de leur complexe d'&#338;dipe, il y a un &lt;i&gt;hic&lt;/i&gt; (ou un &lt;i&gt;Ics&lt;/i&gt;) : Wendy, quant &#224; elle plus grande, r&#234;ve d&#233;j&#224; d'un gar&#231;on plus vieux &#8212; prince charmant ou mauvais gar&#231;on &#8212; qui l'emm&#232;nerait loin d'un p&#232;re d&#233;j&#224; &#233;pous&#233; par sa m&#232;re. En se prenant pour Peter Pan, les gar&#231;ons r&#233;ussissent certes &#224; sublimer leurs d&#233;sirs et pulsions primitives (les indiens sauvages), mais en choisissant sur ce chemin un objet d'amour encore teint&#233; d'inceste, ils r&#233;activent ainsi leur complexe de castration : le conflit est patent et les petits gar&#231;ons ont soudain et de nouveau tr&#232;s peur de leur p&#232;re (le Capitaine crochet) et r&#233;clament la bienveillance de leur m&#232;re (la f&#233;e clochette). Les gar&#231;ons r&#233;gressent &#224; un stade o&#249; la m&#232;re est une, bienveillante et munie d'une baguette magique ; c'est-&#224;-dire r&#233;gressent &#224; un stade o&#249; ils ne font pas (ou nient) la diff&#233;rence entre les sexes, tandis que Wendy ne voit en cette f&#233;e maternelle et dans les copines sir&#232;nes de Peter, que rivales pr&#234;tent &#224; la faire tr&#233;bucher au moindre faux-pas. Bref, les gar&#231;ons demeurent, dans l'inconscient, prisonniers de leurs fantasmes de castration et Wendy de la rivalit&#233; maternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#233;e clochette sous cloche, le capitaine crochet fait d'une pierre deux coups : il prive les gar&#231;ons de leur m&#232;re et contr&#244;le Peter Pan, le fianc&#233; de Wendy. Les enfants sont condamn&#233;s &#224; rester des enfants par la menace de castration personnifi&#233;e par le Capitaine-crocodile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le revirement de clochette et la d&#233;faite de Crochet permettent &#224; Wendy de s'&#233;manciper du p&#232;re (&#233;poux de la m&#232;re) et aux gar&#231;ons d'abandonner sans dommage ce choix d'objet incestueux : &#224; tous, de symboliser la mort du p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui tire les ficelles ? S'identifier &#224; Peter Pan, c'est certes avant tout &#234;tre dans cet entre-deux de l'adolescence. Dans la mythologie grecque, Pan est une divinit&#233; protectrice de la Nature, avec un grand N. Pan signifie &#171; Tout &#187;. Ainsi, se d&#233;tacher de Peter Pan, c'est se d&#233;tacher du grand Tout et admettre la subjectivit&#233; et la castration symbolique. C'est, en un sens, d&#233;passer le stade phallique-&#339;dipien et la fl&#251;te par lequel il peut &#234;tre symbolis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons-en assur&#233;s, les dessins anim&#233;s ne sont pas l&#224; pour pointer, fixer, ni m&#234;me d&#233;noncer nos complexes (ni pour nous faire rester, ali&#233;n&#233;, dans l'enfance) ; bien au contraire, ils sont l&#224; pour nous r&#233;concilier avec notre inconscient &#8212; avec nos d&#233;sirs et nos fantasmes &#8212; et pour nous lib&#233;rer des n&#339;uds et ficelles dont nous sommes prisonniers. Quant &#224; la &#171; psychologie populaire &#187;, la &lt;i&gt;psycho-pop&lt;/i&gt;, on la d&#233;signe en Angleterre (le pays de Peter Pan), par l'expression : psychologie na&#239;ve &#8212; &lt;i&gt;folk psychology&lt;/i&gt; en anglais. Malgr&#233; leurs allures na&#239;ves, les dessins anim&#233;s ne sont pas l&#224; pour stigmatiser mais pour offrir une solution : &lt;i&gt;l'inconscient est heureux !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jacques Lacan, T&#233;l&#233;vision, Seuil, Paris, 1974, page 40.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;That's all folks !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Kiley, &lt;i&gt;Le Syndrome de Peter Pan : ces hommes qui ont refus&#233; de grandir&lt;/i&gt;, Robert Laffont, coll. R&#233;ponses, Paris, 1996. 310 pages. [Dan Kiley, &lt;i&gt;The Peter Pan Syndrome : Men Who Have Never Grown Up&lt;/i&gt;, Dodd, Mead, New York, 1983. xvii, 281 p.].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Christophe Bormans, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyste-paris.com/Contes-de-fees-desirs-animes-et.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contes de f&#233;es, d&#233;sirs anim&#233;s et fantasmes inconscients&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt; (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jacques Lacan, &lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1974, page 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Syndrome de Peter Pan et complexe de castration &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt; (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes), Psychanalyste-paris.com, Paris, d&#233;cembre 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Bossu de Notre-Dame : Adolescence et vie amoureuse</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Bossu-de-Notre-Dame-Adolescence.html</link>
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		<dc:date>2012-12-02T13:55:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Quelle diff&#233;rence y-a-t-il entre un h&#233;ros et un anti-h&#233;ros ? Aucune ! En tant qu'anti-h&#233;ros, Quasimodo partage le destin premier d'un h&#233;ros : et tout le g&#233;nie de Freud est justement de nous avoir fait comprendre que ce destin est de tuer le p&#232;re et de s'unir avec sa m&#232;re. Quasimodo n'y manque pas. La diff&#233;rence avec le mod&#232;le original n'est qu'une diff&#233;rence de temps logique. Alors que toute la trame dramatique temporelle du h&#233;ros tend &#224; r&#233;aliser son destin parricide et incestueux, l'anti-h&#233;ros est, d&#232;s le d&#233;but, comme marqu&#233; au fer rouge par l'inceste qu'il r&#233;alise de par sa naissance m&#234;me.&lt;br /&gt;
&#192; peine n&#233;, le p&#232;re de Quasimodo est ex&#233;cut&#233; par les gardes de Frollo et l'enfant est recueilli dans l'enceinte de la Cath&#233;drale. Allons droit au but : de par sa naissance, Quasimodo scelle le destin de son p&#232;re et s'unit avec sa m&#232;re. Car que repr&#233;sente Notre-Dame ? Sinon le ventre de la m&#232;re, l'enceinte sacr&#233;e, dans laquelle Quasimodo se complait.&lt;br /&gt;
&#192; cet &#233;gard, Quasimodo ne veut pas tant dire &lt;i&gt;difforme&lt;/i&gt;, qu'&lt;i&gt;informe&lt;/i&gt;. &#8220;Informe&#8221;, au sens de &#8220;pas encore arriv&#233; &#224; maturit&#233;&#8221;, comme encore &#8220;en formation&#8221;, encore dans le ventre de la m&#232;re, dont il peine &#224; sortir pour trouver sa forme d&#233;finitive.&lt;br /&gt;
Comprenons-le d'embl&#233;e : la monstruosit&#233; de Quasimodo, c'est aussi le d&#233;sir incestueux dont il est marqu&#233; et affubl&#233; de par son histoire m&#234;me, et qui sonne comme un oracle antique. &#8220;Si tu as un fils, il te tuera et il couchera avec sa m&#232;re&#8221;, annonce l'oracle &#224; La&#239;os, le p&#232;re d'&#338;dipe. &#8220;Un b&#233;b&#233; ? Ah ! Il est monstrueux&#8221; s'exclame Claude Frollo. L'oracle &#8220;sonne&#8221;, car en tant que &#8220;sonneur&#8221;, Quasimodo ne parle pas. C'est d'ailleurs ce que lui fait remarquer son ma&#238;tre, Claude Frollo, lorsqu'il lui rend visite pour la premi&#232;re fois dans le film : &#8220;Cher enfant, &#224; qui donc parlais-tu ?&#8221; &#8220;&#192; mes amis&#8221; r&#233;pond Quasimodo, en faisant allusion &#224; des gargouilles de pierre. &#8220;Est-ce que les pierres parlent ?&#8221; r&#233;torque alors Frollo. &#8220;Non, elles ne disent rien&#8221;, avoue honteusement le carillonneur. Bref, Quasimodo n'a pas acc&#232;s &#224; la parole de son inconscient (&#199;a), il se contente de sonner les cloches et de parler &#224; son surmoi. La seule parole qui peut sortir de son inconscient est un lapsus. Lorsque Frollo lui demande de r&#233;viser son alphabet, interrog&#233; &#224; la lettre &#8220;F&#8221;, Quasimodo r&#233;pond &#8220;festival&#8221; au lieu de &#8220;faute&#8221;. Par le lapsus, c'est soudain le &#199;a, le d&#233;sir inconscient qui parle et passe par-dessus la parole du surmoi, la parole des cloches et de son ma&#238;tre. Car le Festival des fous, c'est bien la parole de l'inconscient, le charivari, le grand bruit, le chaos du &#199;a.&lt;br /&gt;
Toute l'histoire, tout l'enjeu du sc&#233;nario, c'est que Quasimodo ait acc&#232;s &#224; cette parole du &#199;a, cette parole de son d&#233;sir inconscient, autrement dit que Quasimodo r&#233;ussisse &#224; parler cet inceste qui est &#224; son origine, qu'il tait depuis trop longtemps et qui le taraude et l'&#233;touffe en sourdine. Ainsi Quasimodo aura-t-il enfin acc&#232;s &#224; sa v&#233;ritable histoire, qu'il ne conna&#238;t toujours pas, puisqu'il ne conna&#238;t que celle, consciente et surmo&#239;que que Frollo lui a racont&#233;e &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-des-contes-de-fees-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse des contes de f&#233;es&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Interpretation-des-reves-+.html" rel="tag"&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton81-3ee94.jpg?1757670363' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Le Bossu de Notre-Dame : Adolescence et vie amoureuse &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, d&#233;cembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE BOSSU DE NOTRE-DAME&lt;br /&gt;
Adolescence et complexit&#233; du choix d'objet dans la vie amoureuse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt; est le trente-quatri&#232;me classique d'animation produit par les studios Disney en format long-m&#233;trage. Sorti en 1996 aux Etats-Unis ainsi que dans les principaux pays occidentaux, le film devient rapidement num&#233;ro un du box-office en France. Nomin&#233; &#224; l'Oscar et au Golden Globe de la meilleure musique de film en 1997, le sc&#233;nario a donn&#233; lieu &#224; de nombreuses adaptations en com&#233;die musicale et son compositeur, Alan Menken, sera r&#233;compens&#233; la m&#234;me ann&#233;e aux BMI Film &amp; TV Awards, prix distribu&#233; par la soci&#233;t&#233; de gestion des droits d'auteur am&#233;ricaine &lt;i&gt;Broadcast Music Incorporated&lt;/i&gt; (BMI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du sc&#233;nario, le film s'inspire largement du roman &lt;i&gt;Notre-Dame de Paris&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1831 par le c&#233;l&#232;bre po&#232;te et dramaturge fran&#231;ais Victor Hugo, m&#234;me si des diff&#233;rences notables peuvent &#234;tre remarqu&#233;es, notamment quant &#224; l'issue finale et au d&#233;nouement de l'intrigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'histoire consciente est un r&#233;quisitoire pour le droit &#224; la diff&#233;rence, l'&#233;galit&#233; des chances et la justice sociale, du point de vue psychanalytique, le sc&#233;nario du film de Disney met surtout en &#233;vidence toute la difficult&#233; et la complexit&#233; du socle de la vie amoureuse pour l'adulte naissant qu'est l'adolescent d'aujourd'hui. D&#232;s la pubert&#233;, le petit d'homme est d'embl&#233;e soumis &#224; un difficile et conflictuel choix d'objet d'amour, lui imposant dans l'inconscient, une mise &#224; distance n&#233;cessaire et continue de l'objet incestueux. Ce choix est d'autant plus douloureux qu'il s'effectue au milieu d'une m&#233;tamorphose pubertaire souvent ressentie comme d&#233;formante, voire &#171; difformante &#187;. C'est le th&#232;me psychanalytique principal du &lt;i&gt;Bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HISTOIRE ET LES PERSONNAGES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un Paris de la fin du XVe si&#232;cle, aux alentours du parvis de la Cath&#233;drale de Notre-Dame, tandis que les cloches tintent de mille couleurs et sonorit&#233;s, un marionnettiste gitan du nom de Clopin harangue les enfants autour de son th&#233;&#226;tre ambulant en racontant l'histoire du myst&#233;rieux sonneur de cloches qui vit, tout l&#224;-haut, dans l'un des clochers du majestueux monument. Qui est donc cette cr&#233;ature ? Comment est-elle ? Pourquoi demeure-t-elle l&#224;-haut ? Ceci est l'histoire d'un homme et d'un monstre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une sombre nuit hivernale, une barque s'avance &#224; la rame sur la Seine et entre dans Paris. &#192; son bord, quatre gitans abordent les quais de Notre-Dame et se rendent vite compte qu'un pi&#232;ge leur a &#233;t&#233; tendu par leur passeur. &#192; peine mettent-ils un pied sur la berge, que le juge Claude Frollo, puritain au c&#339;ur froid comme l'acier, s'appr&#234;te &#224; l&#226;cher ses gardes et passer les fers aux boh&#233;miens afin de les d&#233;ferrer au Palais de Justice. Parmi les quatre gitans, une femme cache en son sein un enfant : elle r&#233;ussit &#224; s'enfuir au travers des ruelles &#233;troites de la ville. Lanc&#233; &#224; sa poursuite, Claude Frollo la rattrape sur les marches de la cath&#233;drale de Notre-Dame o&#249; elle comptait demander asile et lui arrache son b&#233;b&#233;. S'apercevant que l'enfant est monstrueux, le terrible juge s'appr&#234;te &#224; le jeter au fond d'un puits, lorsque l'Archidiacre de Paris surgit et l'en emp&#234;che. Frollo prend pr&#233;texte de la monstruosit&#233; de l'enfant pour l&#233;gitimer son acte odieux ; mais aux yeux de l'homme d'&#233;glise, Frollo est coupable et, pour le punir d'avoir voulu en toute impunit&#233;, souiller ce lieu sacr&#233; qu'est le parvis de Notre-Dame, du sang d'un enfant innocent, l'Archidiacre somme le juge de l'&#233;lever lui-m&#234;me, comme s'il &#233;tait sa propre prog&#233;niture. Le juge n'accepte d'avoir son destin encha&#238;n&#233; &#224; cet &#234;tre monstrueux qu'&#224; la seule condition que celui-ci reste cach&#233; dans l'&#233;glise, &#224; l'abri des regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que Frollo abandonne la garde de l'enfant &#224; l'Archidiacre, non sans l'avoir baptis&#233; du nom de Quasimodo, en raison de sa difformit&#233;. Quasimodo grandit ainsi, servant de petite main et d'homme &#224; tout faire, et principalement &#224; faire sonner les cloches dans les tours de la Cath&#233;drale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prot&#233;g&#233; par cette enceinte sacr&#233;e, Quasimodo est coup&#233; du monde et de la r&#233;alit&#233; par les deux tours de Notre-Dame qui lui servent de sanctuaire ; n'ayant comme seuls amis les gargouilles de pierre de la Cath&#233;drale : du haut de ses deux tours d'ivoire, il regarde vivre &#171; les gens d'en bas &#187;. Jusqu'au jour o&#249;, ayant grandit et pr&#234;t &#224; voler de ses propres ailes, Quasimodo souhaite ardemment participer &#224; la F&#234;te des fous, c&#233;l&#232;bre f&#234;te organis&#233;e autour de la Cath&#233;drale, et durant laquelle les saltimbanques chantent, dansent, donnent des repr&#233;sentations th&#233;&#226;trales et mille autres divertissements. Quasimodo sait cependant que son ma&#238;tre, le juge Claude Frollo, qui s'est toujours employ&#233; &#224; ce que son &#233;l&#232;ve ne fasse jamais un pas hors de la tour, lui interdira d'y aller ; d'autant qu'il d&#233;teste au plus haut point la f&#234;te des fous, qu'il juge une abjecte rencontre de tous les rebus de l'humanit&#233; se vautrant subitement dans le stupre et l'alcool. Celui-ci lui confirme d'ailleurs son point de vue, lors de la visite hebdomadaire qu'il rend, comme &#224; l'accoutum&#233;e, &#224; son fils. Pour asseoir sa position, Frollo rappelle &#224; Quasimodo qu'il lui doit tout, allant m&#234;me jusqu'&#224; lui raconter la fausse histoire selon laquelle sa m&#232;re l'aurait abandonn&#233; de mani&#232;re indigne, alors que lui, Frollo, l'aurait recueilli et &#233;lev&#233; alors que tout autre l'aurait noy&#233;. Le juge laisse entendre &#224; Quasimodo que le monde est cruel, intol&#233;rant et m&#233;prisant et qu'au regard de sa difformit&#233; et de sa laideur, il ne rencontrerait &#171; en bas &#187; que haine et calomnies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, un jeune et beau cavalier entre dans Paris. S'avan&#231;ant vers un petit groupe de boh&#233;miens saltimbanques qui font la qu&#234;te, il croise le regard enflamm&#233; d'une jeune &#201;gyptienne qui danse en frappant sur son tambourin. Le jeune homme tombe imm&#233;diatement sous le charme, tandis celle-ci se fait accoster par deux lieutenants de la garde qui soup&#231;onne sa mendicit&#233; et lui reprochent d'avoir vol&#233; les pi&#232;ces d'or tomb&#233;es dans son escarcelle. Souhaitant l'emprisonner, le jeune homme s'oppose &#224; son arrestation et se fait conna&#238;tre des deux gardes : c'est Ph&#339;bus, le capitaine de la garde, qui revient de la guerre et s'appr&#234;te &#224; prendre ses nouvelles fonctions sous les ordres du juge Frollo. Arriv&#233; au Palais de Justice, le juge lui expose sa politique : mener une lutte sans merci &#224; l'&#233;gard des boh&#233;miens, accus&#233;s de pratiques h&#233;r&#233;tiques et de corrompre les bonnes m&#339;urs du peuple ; le juge entend les traquer jusqu'au lieu secret o&#249; ils vivent en toute impunit&#233;, cach&#233;s au c&#339;ur de la cit&#233; : la cour des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Quasimodo, outrepassant l'interdit, d&#233;cide de se rendre &#224; la f&#234;te des fous, &#171; en bas &#187;. Pour cela, il se d&#233;guise et s'affuble d'une longue cape d'&#233;toffe qui lui recouvre la t&#234;te comme d'une capuche. Se promenant inconnu sous les confettis et dans le charivari de la f&#234;te, Quasimodo croise lui aussi l'&#201;gyptienne, qui est en train de se pr&#233;parer pour son spectacle de danse. Tentant de se cacher, &lt;i&gt;Le bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt; tombe sous le regard de l'&#201;gyptienne, qui croit que le visage de Quasimodo est simple un masque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les regards crois&#233;s du juge Frollo (qui pr&#233;side au spectacle) et de Quasimodo (qui y assiste, anonyme, dans la foule), l'&#201;gyptienne entame sa danse endiabl&#233;e, s&#233;duisant le p&#232;re et le fils, aussi bien que le capitaine de la garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin Clopin, en Monsieur Loyal, se hisse sur l'estrade afin de d&#233;signer, comme chaque ann&#233;e, le roi des fous : il s'agit de sacrer le personnage le plus laid de la f&#234;te. Alors que les concurrents d&#233;filent, l'&#201;gyptienne propulse Quasimodo sur le devant de la sc&#232;ne, lequel est &#233;lu et sacr&#233; le roi des fous, tandis que l'&#201;gyptienne s'aper&#231;oit trop tard que le visage du carillonneur n'&#233;tait pas un masque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au beau milieu de la f&#234;te, devant toute l'assembl&#233;e qui le reconna&#238;t soudain comme le sonneur de Notre-Dame et s'appr&#234;te &#224; le prendre pour cible de ses quolibets, Quasimodo tr&#244;ne &#224; visage d&#233;couvert sous les yeux de son ma&#238;tre Frollo, qui assiste impuissant &#224; ce sacre odieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ligot&#233; au beau milieu de la foule, Quasimodo implore son ma&#238;tre de le d&#233;livrer, mais celui-ci s'y refuse pr&#233;textant que cette le&#231;on lui serve &#224; l'avenir. Seule et d&#233;fiant l'attitude du juge, l'&#201;gyptienne s'avance pour stopper ce lynchage et lib&#233;rer Quasimodo de ses liens. R&#233;clamant la justice pour le difforme carillonneur (associant l'image difforme et d&#233;grad&#233;e au sort cruel subit par son peuple), l'&#201;gyptienne prend la parole et harangue la foule en s'adressant au juge injuste. Frollo d&#233;cide alors de lui faire payer son insolence et ordonne &#224; Ph&#339;bus et sa garde d'arr&#234;ter la boh&#233;mienne sur le champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jouant de ses charmes et de sa souplesse, elle r&#233;ussit cependant &#224; s'enfuir. Tandis qu'accabl&#233; et repentant, Quasimodo regagne ses tours, l'&#201;gyptienne se glisse incognito dans l'enceinte sacr&#233;e de la Cath&#233;drale. Mais Ph&#339;bus, l'a suivi ; il ne l'arr&#234;te cependant pas et l'assure de sa loyaut&#233; ; il lui demande juste son nom : Esm&#233;ralda. C'est alors que le juge Frollo fait son entr&#233;e en r&#233;clamant son arrestation. Esm&#233;ralda croit que Ph&#339;bus l'a tromp&#233; et lui a tendu un pi&#232;ge, tandis que l'Archidiacre exige le droit d'asile pour Esm&#233;ralda et demande &#224; Frollo de partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, elle aussi prisonni&#232;re de Notre-Dame, Esm&#233;ralda en profite pour s'excuser aupr&#232;s de Quasimodo et d&#233;couvre son int&#233;rieur. Timide, celui-ci se prend au jeu et tombe amoureux. Quasimodo l'aide finalement &#224; sortir et &#224; &#233;chapper &#224; la vigilance des archers de la garde qui veillent et guettent tout faux pas d'Esm&#233;ralda en dehors du lieu sacr&#233;. La prenant dans ses bras, &lt;i&gt;Le bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt; et Esm&#233;ralda volent de gargouilles en gargouilles sur l'architecture gothique. Esm&#233;ralda se retrouve libre et pour remercier Quasimodo, lui donne le talisman qu'elle avait son cou : la cl&#233; de la cit&#233; des gitans, afin que lui aussi, un jour, trouve asile s'il en avait besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'il rentre dans sa tour, Quasimodo tombe nez &#224; nez avec Ph&#339;bus, qu'il prend pour un ennemi d'Esm&#233;ralda. Celui-ci tente alors de le convaincre de sa bonne foi et de sa loyaut&#233; &#224; l'&#233;gard de l'&#201;gyptienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Frollo apprend par un garde qu'Esm&#233;ralda s'est &#233;chapp&#233;e de Notre-Dame. Devant son d&#233;sespoir et sa d&#233;ception, l'on comprend alors que Frollo est d&#233;vor&#233; par une passion secr&#232;te qu'il tente en vain d'&#233;touffer : un amour fou pour la boh&#233;mienne Esm&#233;ralda, d&#233;sirant ardemment qu'elle s'offre &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frollo se jure alors de retrouver Esm&#233;ralda m&#234;me s'il doit mettre tout Paris &#224; feu et &#224; sang. Et il s'y emploie, br&#251;lant et r&#233;duisant en cendres les maisons de centaines d'innocents soup&#231;onn&#233;s de cacher l'&#201;gyptienne. Devant une telle injustice, Ph&#339;bus, le capitaine de la garde, se rebelle et Frollo le condamne &#224; mort pour insubordination. R&#233;ussissant cependant &#224; s'&#233;chapper, Ph&#339;bus est atteint dans sa fuite par la fl&#232;che d'un des archers de Frollo. Bless&#233;, Ph&#339;bus parvient n&#233;anmoins, avec l'aide d'Esm&#233;ralda et des boh&#233;miens, &#224; rejoindre Notre-Dame dans laquelle il trouve asile, cach&#233; par Quasimodo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frollo flaire le coup et subodore la complicit&#233; de Quasimodo ; il se rend imm&#233;diatement dans la Cath&#233;drale pour fouiner. Sous la pression du juge, Quasimodo avoue &#224; Frollo sa culpabilit&#233; dans l'&#233;vasion d'Esm&#233;ralda mais r&#233;ussit &#224; d&#233;rober Ph&#339;bus au regard de son ma&#238;tre. Frollo s'en va, non sans avoir pr&#233;venu Quasimodo qu'il devine la cachette d'Esm&#233;ralda et qu'il part sur le champ avec un millier d'homme la d&#233;busquer. Apr&#232;s son d&#233;part, Quasimodo r&#233;alise que le talisman qu'Esm&#233;ralda lui avait donn&#233; rec&#233;lait la cl&#233; de son repaire et part imm&#233;diatement avec Ph&#339;bus, pr&#233;venir Esm&#233;ralda et les siens de l'imminence du danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parvenus &#224; la cour des miracles en d&#233;codant le message cach&#233; du talisman, les deux comp&#232;res se glissent dans les catacombes o&#249; ils tombent nez &#224; nez avec Clopin et ses gitans qui, les prenant pour deux espions, les font imm&#233;diatement prisonniers. Quasimodo et Ph&#339;bus sont sur le point d'&#234;tre ex&#233;cut&#233;s lorsqu'Esm&#233;ralda parvient &#224; les lib&#233;rer en expliquant aux siens qu'ils sont deux amis qui l'ont aid&#233; &#224; s'&#233;chapper de la Cath&#233;drale et des griffes de Frollo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Ph&#339;bus pr&#233;vient les boh&#233;miens que Frollo attaquera &#224; l'aube, le juge fait justement irruption dans la cour des miracles. Il se fait fort d'expliquer alors qu'il a tout bonnement tendu un pi&#232;ge &#224; Quasimodo en feignant de savoir o&#249; se trouvait Esm&#233;ralda. Faisant suivre son &#233;l&#232;ve, Quasimodo l'aura finalement conduit malgr&#233; lui &#224; la cour des miracles, condamnant du m&#234;me coup Esm&#233;ralda, Ph&#339;bus et le peuple boh&#233;mien des bas-fonds de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faite prisonni&#232;re et instamment condamn&#233;e pour sorcellerie, Esm&#233;ralda est conduite sur un b&#251;cher construit &#224; la h&#226;te sur le parvis de Notre-Dame. Au moment de mettre le feu au b&#251;cher, Frollo s'approche d'Esm&#233;ralda et lui propose de devenir sa ma&#238;tresse. Mais sur le refus de la boh&#233;mienne, qui le repousse en lui crachant au visage, Frollo embrase le b&#251;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encha&#238;n&#233; par Frollo dans sa tour, Quasimodo semble observer, impuissant, Esm&#233;ralda l&#233;ch&#233;e par les flammes. Dans un acc&#232;s de rage, il r&#233;ussit n&#233;anmoins &#224; briser ses cha&#238;nes et descend par les gargouilles de Notre-Dame jusqu'au b&#251;cher pour enlever Esm&#233;ralda aux flammes de l'enfer, et finalement brandir le corps agonisant de la boh&#233;mienne du haut de la Cath&#233;drale, devant la foule venue en nombre pour assister &#224; l'ex&#233;cution : Quasimodo r&#233;clame une nouvelle fois le droit d'asile pour la jeune femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pouvant cette fois se r&#233;primer, Frollo ordonne &#224; ses hommes d'enfoncer les portes de Notre-Dame et de br&#251;ler le saint &#233;difice. La foule se rebelle alors contre la garde pour prot&#233;ger ce lieu sacr&#233;. Alors qu'un soul&#232;vement populaire et une terrible lutte s'engagent au dehors, Frollo p&#233;n&#232;tre &#224; l'int&#233;rieur de l'enceinte et tente d'assassiner Quasimodo qui veille le corps d'Esm&#233;ralda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apercevant l'ombre de Frollo brandir par derri&#232;re lui un poignard, Quasimodo se retourne pour la premi&#232;re fois contre son ma&#238;tre, le projette &#224; terre et s'enfuit avec le corps d'Esm&#233;ralda. Frollo les poursuit, tandis que Quasimodo risque &#224; chaque recoin sa vie pour sauver l'&#201;gyptienne. Frollo lui apprend alors la v&#233;ritable histoire de son abandon, lui avouant qu'il y a vingt ans, sa m&#232;re est morte en tentant de le sauver. Frollo r&#233;ussit &#224; pr&#233;cipiter Quasimodo dans le vide, mais ce dernier parvient &#224; s'agripper &#224; son ma&#238;tre et s'appr&#234;te &#224; le pr&#233;cipiter &#224; son tour en contre-bas : mais au dernier moment, Quasimodo &#233;pargne son ma&#238;tre et le sauve d'une chute mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;tablit, Frollo ne s'embarrasse d'aucun remerciement et, au contraire, s'appr&#234;te en retour &#224; brandir son &#233;p&#233;e pour ex&#233;cuter Esm&#233;ralda et Quasimodo ; mais la gargouille sur laquelle Frollo se tenait c&#232;de, ce qui le pr&#233;cipite aux pieds de l'&#233;difice sacr&#233;, son corps gisant sur le parvis de Notre-Dame. Quasimodo, agripp&#233; &#224; une gargouille, est sauv&#233; in extremis par Ph&#339;bus qui r&#233;ussit &#224; le hisser dans la tour. Esm&#233;ralda les rejoint et Quasimodo comprend alors l'amour qui les unit. Les trois h&#233;ros sortent finalement triomphant par les portes de Notre-Dame devant la foule qui les acclame sur le parvis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; M&#201;TAMORHOSE ADOLESCENTE ET MONSTRUOSIT&#201; DE L'INCESTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de la monstruosit&#233;, v&#233;hicul&#233; par Quasimodo, le personnage principal du dessin anim&#233; &lt;i&gt;Le bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt;, permet d'aborder deux th&#232;mes essentiels du psychisme inconscient : d'abord celui de la m&#233;tamorphose adolescente, souvent v&#233;cue comme difforme et traumatisante, ensuite, et d'un point de vue plus &#339;dipien, celui de la monstruosit&#233; de l'inceste et du sentiment d'inf&#233;riorit&#233; h&#233;rit&#233; du complexe de castration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monstruosit&#233; et m&#233;tamorphose adolescente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de Quasimodo est d'abord et avant tout celle d'un adolescent des temps modernes. Alors qu'il avait &#233;t&#233; jusque-l&#224; &#233;lev&#233; et prot&#233;g&#233; par sa m&#232;re nourrici&#232;re Notre-Dame de Paris, il s'appr&#234;te d&#233;sormais, en ce fameux jour de la F&#234;te des fous, &#224; s'envoler de ses propres ailes, tel un oiseau qui sort de son nid : c'est la premi&#232;re sc&#232;ne du film succ&#233;dant au g&#233;n&#233;rique du d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le revers de la m&#233;daille, c'est que Quasimodo va alors &#234;tre confront&#233; aux probl&#232;mes sp&#233;cifiques de son &#226;ge, qui sont notamment ceux de la m&#233;tamorphose adolescente et de la pubert&#233;. Cette m&#233;tamorphose, si elle semble avant tout corporelle, n'en est pas moins renforc&#233;e par une dynamique psychique inconsciente donnant son plein &#233;cho traumatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasimodo ne se sent pas &#171; normal &#187;, avoue-t-il aux gargouilles, il est tourment&#233; par son aspect physique. &#171; Je suis difforme et je suis tr&#232;s laid &#187;, &#171; Je suis un monstre&#8230; oui, rien qu'un monstre &#187; chante-t-il avant de se rendre, d&#233;guis&#233;, au Festival.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on conna&#238;t les principales m&#233;tamorphoses physiques de l'adolescence : croissance des parties g&#233;nitales externes (poitrine, testicules, organes g&#233;nitaux), modification des parties sexuelles internes (glandes sexuelles, accumulation des semences dans les r&#233;servoirs des produits sexuels, menstruation), stimulations et excitation des zones g&#233;nitales, multiplication des zones &#233;rog&#232;nes, etc. &#192; cela, s'ajoutent autant de m&#233;tamorphoses physiques secondaires comme l'acn&#233; ou la mue de la voix. Cette soudaine m&#233;tamorphose peut &#234;tre saisie de prime abord comme un subit d&#233;veloppement disgracieux, voire monstrueux. La difformit&#233; de Quasimodo va ainsi parler directement au jeune spectateur pr&#233;-adolescent qui va s'identifier &#224; ce h&#233;ros soucieux comme lui de s'&#233;manciper de l'autorit&#233; des adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La monstruosit&#233; de l'inceste : l'oracle, le h&#233;ros et son destin &#339;dipien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle diff&#233;rence y-a-t-il entre un h&#233;ros et un anti-h&#233;ros ? Aucune ! En tant qu'anti-h&#233;ros, Quasimodo partage le destin premier d'un h&#233;ros : et tout le g&#233;nie de Freud est justement de nous avoir fait comprendre que ce destin est de tuer le p&#232;re et de s'unir avec sa m&#232;re. Quasimodo n'y manque pas. La diff&#233;rence avec le mod&#232;le original n'est qu'une diff&#233;rence de temps logique. Alors que toute la trame dramatique temporelle du h&#233;ros tend &#224; r&#233;aliser son destin parricide et incestueux, l'anti-h&#233;ros est, d&#232;s le d&#233;but, comme marqu&#233; au fer rouge par l'inceste qu'il r&#233;alise de par sa naissance m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine n&#233;, le p&#232;re de Quasimodo est ex&#233;cut&#233; par les gardes de Frollo et l'enfant est recueilli dans l'enceinte de la Cath&#233;drale. Allons droit au but : de par sa naissance, Quasimodo scelle le destin de son p&#232;re et s'unit avec sa m&#232;re. Car que repr&#233;sente Notre-Dame ? Sinon le ventre de la m&#232;re, l'enceinte sacr&#233;e, dans laquelle Quasimodo se complait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, Quasimodo ne veut pas tant dire &#171; difforme &#187;, qu'&#171; informe &#187;. &#171; Informe &#187;, au sens de &#171; pas encore arriv&#233; &#224; maturit&#233; &#187;, comme encore &#171; en formation &#187;, encore dans le ventre de la m&#232;re, dont il peine &#224; sortir pour trouver sa forme d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprenons-le d'embl&#233;e : la monstruosit&#233; de Quasimodo, c'est aussi le d&#233;sir incestueux dont il est marqu&#233; et affubl&#233; de par son histoire m&#234;me, et qui sonne comme un oracle antique. &#171; Si tu as un fils, il te tuera et il couchera avec sa m&#232;re &#187;, annonce l'oracle &#224; La&#239;os, le p&#232;re d'&#338;dipe. &#171; Un b&#233;b&#233; ? Ah ! Il est monstrueux &#187; s'exclame Claude Frollo. L'oracle &#171; sonne &#187;, car en tant que &#171; sonneur &#187;, Quasimodo ne parle pas. C'est d'ailleurs ce que lui fait remarquer son ma&#238;tre, Claude Frollo, lorsqu'il lui rend visite pour la premi&#232;re fois dans le film : &#171; Cher enfant, &#224; qui donc parlais-tu ? &#187; &#171; &#192; mes amis &#187; r&#233;pond Quasimodo, en faisant allusion &#224; des gargouilles de pierre. &#171; Est-ce que les pierres parlent ? &#187; r&#233;torque alors Frollo. &#171; Non, elles ne disent rien &#187;, avoue honteusement le carillonneur. Bref, Quasimodo n'a pas acc&#232;s &#224; la parole de son inconscient (&#199;a), il se contente de sonner les cloches et de parler &#224; son surmoi. La seule parole qui peut sortir de son inconscient est un lapsus. Lorsque Frollo lui demande de r&#233;viser son alphabet, interrog&#233; &#224; la lettre &#171; F &#187;, Quasimodo r&#233;pond &#171; festival &#187; au lieu de &#171; faute &#187;. Par le lapsus, c'est soudain le &#199;a, le d&#233;sir inconscient qui parle et passe par-dessus la parole du surmoi, la parole des cloches et de son ma&#238;tre. Car le Festival des fous, c'est bien la parole de l'inconscient, le charivari, le grand bruit, le chaos du &#199;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'histoire, tout l'enjeu du sc&#233;nario, c'est que Quasimodo ait acc&#232;s &#224; cette parole du &#199;a, cette parole de son d&#233;sir inconscient, autrement dit que Quasimodo r&#233;ussisse &#224; parler cet inceste qui est &#224; son origine, qu'il tait depuis trop longtemps et qui le taraude et l'&#233;touffe en sourdine. Ainsi Quasimodo aura-t-il enfin acc&#232;s &#224; sa v&#233;ritable histoire, qu'il ne conna&#238;t toujours pas, puisqu'il ne conna&#238;t que celle, consciente et surmo&#239;que que Frollo lui a racont&#233;e, celle selon laquelle sa m&#232;re l'aurait abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'inceste est bien au commencement pour chacun de nous. &#171; Ce n'est qu'une cr&#233;ature d&#233;moniaque que je renvoie &#224; l'enfer auquel elle appartient &#187;, s'exclame Frollo alors qu'il s'appr&#234;te &#224; jeter l'enfant dans le puits : c'est-&#224;-dire qu'il s'appr&#234;te &#224; refouler cette parole incestueuse au plus profond des tr&#233;fonds de l'inconscient. L'enjeu du dessin anim&#233; est de faire parler ce p&#233;ch&#233;, ce sexuel, bref cet inceste inconscient qui nous constitue tous. Car plus Frollo tente de refouler l'enfant dans le puits, plus le refoul&#233; va faire retour et r&#233;appara&#238;tre au grand jour, aux yeux de tous, jusqu'&#224; s'exhiber en haut des deux tours de Notre-Dame pour se faire entendre, par le tintement des cloches, par toute la ville et finalement s'exhiber au beau milieu du Festival, consacr&#233; comme roi des fous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inceste nous constitue d'autant plus que le premier choix d'objet de l'enfant s'&#233;taye, on le sait, sur la m&#232;re. Nous savons en effet (nous l'avons d&#233;j&#224; vu dans les articles pr&#233;c&#233;dents), que les premiers objets d'amour infantiles se portent sur les personnes qui nous nourrissent, nous prot&#232;gent et nous prodiguent nos premiers soins : le premier objet sexuel est donc la m&#232;re ou son substitut. Au fur et &#224; mesure de son d&#233;veloppement, l'enfant va certes s'en &#233;loigner, mais comme le souligne Lacan, &#171; la m&#232;re reste contaminer la femme pour le petit d'homme ; le reste s'ensuit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'ordre familial ne fait que traduire que le P&#232;re n'est pas le g&#233;niteur, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, le choix d'objet d'amour ult&#233;rieur s'effectue &#233;galement sur le mod&#232;le de la m&#232;re. Que ce choix d'objet se fasse par &#233;tayage ou sur un mode narcissique, l'objet d'amour reste intimement li&#233; &#224; la peste incestueuse &#339;dipienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monstruosit&#233; et sentiment d'inf&#233;riorit&#233; : surmoi, id&#233;al du moi et moi id&#233;al&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on a vu pr&#233;c&#233;demment que la disparition du complexe d'&#338;dipe laisse des traces ind&#233;l&#233;biles dans le psychisme inconscient : elle a comme h&#233;ritier un surmoi qui s'&#233;rige comme un id&#233;al plus ou moins exigeant et, comme s&#233;quelle, un sentiment d'inf&#233;riorit&#233; plus ou moins marqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on englobe habituellement sous le vocable de surmoi, trois instances psychiques inconscientes qui pr&#233;sentent pour notre sujet des subtilit&#233;s int&#233;ressantes : le surmoi &#224; proprement parler, l'id&#233;al du moi et le moi id&#233;al. Le surmoi &#224; proprement parler est l'instance psychique par excellence, en ce sens qu'elle est totalement d&#233;sincarn&#233;e, aveugle et culpabilisante. L'id&#233;al du moi est quant &#224; elle une instance, certes &#233;galement interdictrice, en ce qu'elle occupe une fonction d'auto-observation, mais &#224; laquelle on peut &#233;galement se soumettre par amour ; en ce sens, l'id&#233;al du moi peut se donner comme un mod&#232;le &#224; imiter. Le moi id&#233;al doit plus s'entendre comme un id&#233;al narcissique ant&#233;rieur au complexe d'&#338;dipe, que le surmoi reprendrait &#224; son compte et engloberait dans un deuxi&#232;me temps. Pour mieux faire comprendre les choses, le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Le Bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt; pr&#233;sente justement cet &#233;norme avantage d'incarner ces deux derni&#232;res instances psychiques inconscientes : Frollo repr&#233;sente ind&#233;niablement l'id&#233;al du moi, interdicteur certes, mais auquel on se soumet volontiers par amour, car on l'admire pour son haut degr&#233; de moralit&#233; ; tandis que Ph&#339;bus repr&#233;sente quant &#224; lui le moi id&#233;al, auquel Quasimodo se compare en silence et auquel il souhaiterait secr&#232;tement ressembler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le moi id&#233;al a tendance &#224; galvaniser Quasimodo, l'id&#233;al du moi le culpabilise et l'abaisse. En se comparant &#224; ce qu'il croit &#234;tre un mod&#232;le d'int&#233;grit&#233;, Quasimodo se diminue par amour pour Frollo, son ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car dans notre lecture de l'inconscient, la monstruosit&#233; de Quasimodo est d'abord et avant tout l'expression de ce sentiment d'inf&#233;riorit&#233; que Quasimodo ressent en se comparant &#224; ses juges. C'est d'abord l'id&#233;al du moi, le juge Claude Frollo, qui lui apprend qu'il est un monstre. C'est le premier th&#232;me de la chanson Rien qu'un jour, o&#249; Quasimodo reprend en ch&#339;ur les paroles de son ma&#238;tre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Frollo : Rappelle-toi ce que je t'ai appris, Quasimodo&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Tu es difforme &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Je suis difforme&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : Et tu es tr&#232;s laid&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Et je suis tr&#232;s laid&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Ce sont des crimes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Aux yeux des hommes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Qui sont sans piti&#233;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : Mais tu ne comprends rien &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Vous &#234;tes mon d&#233;fenseur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	En bas, ils te traiteront&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : De monstre &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Je suis un monstre&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	En bas, c'est la haine&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : Et le m&#233;pris &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Oui, rien qu'un monstre...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Tu dois fuir leurs calomnies&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Leur intol&#233;rance&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Reste ici&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : Reste-moi fid&#232;le&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que tant l'id&#233;al du moi que le sentiment d'inf&#233;riorit&#233; sont extr&#234;mement prononc&#233;s chez notre anti-h&#233;ros Quasimodo. Sa pudeur, ses inhibitions, sa compassion, tous ces traits t&#233;moignent de la violence du refoulement de Quasimodo au sortir de son &#338;dipe, violence du refoulement de sa sexualit&#233; infantile, n&#233;cessaire pour garder l'amour de son p&#232;re-adoptif Frollo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Osons ici encore parler de sexualit&#233; infantile puisque si les jeux de Quasimodo avec ses statuettes peuvent bien s&#251;r &#234;tre compris, d'un point de vue conscient, comme une tentative de vivre par procuration &#8212; une vie domin&#233;e par la timidit&#233; &#8212;, ils sont d'abord et avant tout, dans l'inconscient, l'expression de ses manifestations sexuelles infantiles, auto&#233;rotiques et masturbatoires, d&#233;sormais refoul&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu avec &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Pinocchio-Scene-primitive.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pinocchio&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, que les fantasmes de fustigation constituaient autant de r&#233;sidus du complexe de castration li&#233; &#224; l'&#338;dipe. Sous l'influence du surmoi et la culpabilit&#233; qu'il instaure, les pulsions sexuelles r&#233;gressent &#224; un stade ant&#233;rieur d'organisation g&#233;nitale o&#249; le sadisme infantile refoul&#233; s'exprime, d&#233;guis&#233;e, retourn&#233; en masochisme. Celles-ci culminent alors que Quasimodo est lynch&#233; sur le parvis de Notre-Dame. Alors qu'&#338;dipe-roi est fustig&#233; par la peste et la foule th&#233;baines, Quasimodo-roi des fous est lynch&#233; pour s'&#234;tre trop longtemps pendus aux cloches de Notre-Dame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monstruosit&#233; et honte de l'inceste : les gargouilles et les mamelles de Notre-Dame&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons en effet depuis l'&lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt; de Freud, que les fa&#231;ades de maisons, grands b&#226;timents et monuments repr&#233;sentent dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient le corps des adultes. Lorsqu'en r&#234;ve l'on se laisse glisser, que l'on grimpe ou s'agrippe le long de leurs parois, c'est que l'on se rem&#233;more le petit enfant que l'on &#233;tait, s'agrippant aux corps des adultes que l'on affectionnait tout particuli&#232;rement. Si les murs lisses repr&#233;sentent g&#233;n&#233;ralement des hommes, les murs pr&#233;sentant des balcons, moulures ou autres saillies auxquelles on se rattrape (non sans angoisse), repr&#233;sentent le corps des femmes et, en particulier, celui de la m&#232;re. Ainsi les gargouilles aux gueules ouvertes repr&#233;sentent-elles ici autant de mamelles (et fentes f&#233;minines) dont l'illustre monument est symboliquement affubl&#233; et sur lesquelles Quasimodo va, butinant de mamelons en mamelons, se complaisant all&#233;grement dans cette volupt&#233; maternelle incestueuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu, avec &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, comment le sentiment d'inf&#233;riorit&#233; correspond &#224; une cicatrice narcissique, un &#171; h&#233;ritage archa&#239;que &#187; du complexe d'&#338;dipe contemporain de la formation du surmoi. Nous voyons avec &lt;i&gt;Le Bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt;, et notamment avec la sc&#232;ne o&#249; Quasimodo est &#233;lu Roi des fous, comment ce complexe d'inf&#233;riorit&#233; flirte avec le masochisme et l'exhibitionnisme. &#192; cet &#233;gard, le romancier et po&#232;te suisse Gottfried Keller&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; le 19 juillet 1819 et d&#233;c&#233;d&#233; le 15 juillet 1890 &#224; Zurich.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;crit dans son roman &lt;i&gt;Henri le vert&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne vous souhaite pas, mon cher Lee, d'avoir &#224; ressentir par exp&#233;rience directe ce qu'il y a de v&#233;rit&#233; raffin&#233;e et piquante dans la situation d'Ulysse, lorsqu'il appara&#238;t, nu et couvert de vase, devant Nausicaa et ses compagnes de jeu ! Voulez-vous savoir comment cela se passe ? Tenons&#8209;nous&#8209;en &#224; notre exemple. Si un jour, s&#233;par&#233; de votre patrie et de tout ce qui vous est cher, vous allez, errant, en pays &#233;tranger, et si vous avez beaucoup vu et beaucoup appris, si vous avez du chagrin et du souci, si vous &#234;tes tout mis&#233;rable et abandonn&#233;, il vous viendra la nuit immanquablement en r&#234;ve que vous vous approchez de votre patrie ; vous la voyez resplendir et briller des plus belles couleurs, de douces figures, exquises et ch&#232;res, viennent &#224; votre rencontre ; alors vous d&#233;couvrez soudain que vous errez en guenilles, nu et couvert de poussi&#232;re. Une honte et une angoisse sans nom vous saisissent, vous cherchez &#224; vous couvrir, &#224; vous cacher, et vous vous r&#233;veillez baign&#233; de sueur. Tel est bien, aussi longtemps qu'il y aura des humains, le r&#234;ve de l'homme en proie au chagrin et &#224; l'errance, et c'est ainsi qu'Hom&#232;re a tir&#233; cette situation de l'essence de l'humanit&#233;, dans ce qu'elle a de plus profond et d'&#233;ternel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel Ulysse errant en guenilles &#224; l'approche de la m&#232;re-patrie, les haillons dont Quasimodo se parent nous renseignent sur la proximit&#233; de son d&#233;sir incestueux qui, &#224; fleur de peau de son psychisme inconscient, menace sans cesse de faire surface et de s'&#233;taler au grand jour pour lui faire honte sur la place publique. Si la salet&#233; participe ind&#233;niablement d'une r&#233;gression &#224; la jouissance anale impos&#233;e par une culpabilit&#233; incestueuse de l'objet du stade d'organisation phallique, l'exhibitionnisme dont il est l'effet est ind&#233;niablement teint&#233; d'une subtile dose de masochisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Angoisse de la foule et attachement &#224; la m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasimodo a peur d'affronter le monde, et plus exactement d'affronter la foule. Or cette angoisse de la foule, n'est rien d'autre, on le sait, que l'angoisse de ne pas reconna&#238;tre le visage de la m&#232;re dans le visage de l'autre. Le ph&#233;nom&#232;ne de la m&#233;connaissance chez les b&#233;b&#233;s, aux alentours du huiti&#232;me mois en est l'exemple frappant : l'enfant se met alors &#224; hurler d&#232;s qu'on le place dans des bras autres que ceux de la m&#232;re. Si le b&#233;b&#233; hurle, c'est tout simplement qu'il s'aper&#231;oit que celui &#224; qui il a &#224; faire, n'est pas la m&#232;re. Sa libido perd imm&#233;diatement son objet : se retrouvant sans objet, elle erre, reconvertie en angoisse. Il en va d'ailleurs de m&#234;me pour la peur du noir ou l'angoisse de l'obscurit&#233;. Ce n'est parce que l'enfant a peur du noir qu'il hurle, mais c'est parce que dans le noir, il ne voit pas l'objet aim&#233;, la m&#232;re ; au contraire, il s'apaise lorsque celle-ci r&#233;appara&#238;t soudain, ne serait-ce qu'en lui tenant la main&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud a &#224; cet &#233;gard une anecdote int&#233;ressante : &#171; Je dois l'explication de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasimodo aborde l'&#233;tranger avec angoisse tout simplement parce qu'il ne reconna&#238;t pas le visage de sa m&#232;re dans la foule anonyme. La libido premi&#232;re est alors transform&#233;e en angoisse. Comme le dit Freud, l'angoisse est &#224; la libido ce que le vinaigre est au vin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, Trois essais sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; QUASIMODO OU LE RABAISSEMENT DE LA VIE AMOUREUSE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du film, Quasimodo souhaite se rendre au Festival des fous, mais pour cela, il doit imp&#233;rativement s'&#233;manciper de l'autorit&#233; du juge Frollo ; n'osant le faire, il se d&#233;guise, c'est-&#224;-dire opte pour une solution de compromis, un sympt&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pulsion sexuelle et qu&#234;te d'objet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue strictement psychique, il est important de comprendre que la tension sexuelle accrue de la pubert&#233; est d'abord et avant tout ressentie comme du d&#233;plaisir. En effet, dans le psychisme, c'est la d&#233;charge, autrement dit, l'abaissement de la tension, qui est associ&#233; au plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#234;te, c'est bien entendu la jouissance et la F&#234;te des fous sonne comme un imp&#233;ratif, un imp&#233;rieux besoin de d&#233;charge de cette tension sexuelle accumul&#233;e. Jusque-l&#224;, en tant qu'enfant bien au chaud dans les jupons de m&#232;res, les pulsions sexuelles pouvaient s'exprimer de mani&#232;re auto-&#233;rotique. Avec la m&#233;tamorphose de la pubert&#233;, les pulsions sexuelles vont d&#233;sormais aller en qu&#234;te d'un objet sexuel ext&#233;rieur. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, la pulsion sexuelle est en quelque sorte appel&#233;e &#224; devenir &#171; altruiste &#187;. Quasimodo veut sortir, allez &#171; en bas &#187;, il veut aller &#224; la rencontre des gens : comment s'y prendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le choix d'objet d'amour : la voie narcissique ou par &#233;tayage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Freud nous le pr&#233;cise, deux voies sont possibles dans le choix d'objet pr&#233;sent et futur : la voie par &#233;tayage et la voie narcissique. Selon la voie par &#233;tayage, c'est la femme qui nourrit et qui apporte les soins qui donne l'empreinte premi&#232;re. Selon le mode narcissique, on aime ce que l'on est, ce que l'on a &#233;t&#233; ou que l'on voudrait &#234;tre, c'est-&#224;-dire soi-m&#234;me ou une personne qui a &#233;t&#233; une partie de soi-m&#234;me, encore une fois ici, la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux voies ne sont pas &#233;tanches ou cloisonn&#233;es et l'on peut ais&#233;ment passer de l'une &#224; l'autre. Contempler l'auto-&#233;rotisme du nourrisson est, par exemple pour les parents, source d'un intense plaisir et d'un amour profond et touchant : pourtant, ne s'agit-il pas avant tout dans cet amour parental, d'un amour infantile et narcissique premier qui se rappelle soudain &#224; la m&#233;moire de l'adulte et qui, revivifi&#233;, se m&#233;tamorphose d&#233;sormais en un amour d'objet pour leur propre enfant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &#338;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, chez Quasimodo, son narcissisme infantile perdu, qui semble, dans un premier temps, &#234;tre transf&#233;r&#233; sur l'objet sexuel &#233;lu, Esm&#233;ralda. La libido du moi est &#233;vinc&#233;e au profit de la libido d'objet : c'est le m&#233;canisme de l'&#233;tat amoureux qui place certes l'amoureux dans un &#233;tat extatique, mais qui peut &#233;galement le conduire dans des &#233;tats de contrainte proche de la n&#233;vrose, avec des raisonnement du type : &#171; je ne suis rien, elle est tout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le type par &#233;tayage, la m&#232;re de Quasimodo est ind&#233;niablement Notre-Dame de Paris : c'est elle qui l'a prot&#233;g&#233; et nourrit. Selon le type narcissique, on retrouve celui de la belle Esm&#233;ralda, sauvage et autonome, n'en faisant qu'&#224; sa t&#234;te. Elle est affubl&#233;e de la ch&#232;vre, qui est certes l'image du diable (le grand bouc), mais aussi celle, maternelle, du lait et du pi nourricier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De par sa rencontre avec Esm&#233;ralda, Quasimodo est &#233;cartel&#233; entre deux objets d'amour et entre deux types de choix d'objet : d'un c&#244;t&#233;, son attachement &#224; Notre-Dame de Paris qui repr&#233;sente la m&#232;re nourrici&#232;re et un type de choix d'objet par &#233;tayage ; de l'autre, Esm&#233;ralda, qui repr&#233;sente la m&#232;re dans la splendeur de sa geste et qui v&#233;hicule un choix d'objet de type narcissique. D'un c&#244;t&#233;, un objet de type symbolique et apaisant, de l'autre, un objet de type imaginaire et exaltant : le conflit est patent, tandis que Quasimodo voit soudain son image flatt&#233;e et se voit surnomm&#233; &#171; Gueule d'amour &#187; par ses amies les Gargouilles. &#171; T'es un vrai tombeur &#187; lui disent-elles. Le narcissisme retrouv&#233; de Quasimodo culmine avec la chanson &#171; Un gars comme toi &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Un gars comme toi gagne &#224; tous les coups&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Parce que t'as tous les atouts de ton charme fou &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;T'es l'as des as&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quand on te voit, on ne t'oublie pas&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tu as d' l'allure, j' te jure, c'est s&#251;r&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Reste que dans le choix d'objet de type narcissique, le but premier est d'&#234;tre aim&#233; et la satisfaction se fait plus pressante sous sa forme fantasmatique : le fantasme incestueux n'est pas loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esm&#233;ralda et le fantasme de la m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des traits caract&#233;ristiques de l'adolescence est que m&#234;me si la vie sexuelle de l'adolescent est en plein d&#233;veloppement et en pleine effervescence, elle n'est justement pas encore arriv&#233;e, par d&#233;finition, &#224; sa pleine maturit&#233;. Ainsi, son choix d'objet ne serait &#234;tre d&#233;finitif et les flots de sa pouss&#233;e sexuelle ne peuvent d'abord se d&#233;verser que dans un torrent de fantasmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de ce torrent, les fantasmes &#339;dipiens sont bien &#233;videmment les plus remuants. C'est ainsi que le conflit &#339;dipien r&#233;appara&#238;t entre, d'une part, la sexualit&#233; d&#233;bordante et la forte pouss&#233;e libidinale caract&#233;ristique de cette p&#233;riode pubertaire et, d'autre part, la condamnation de ces repr&#233;sentations fantasmatiques par l'instance surmo&#239;que d&#233;sormais solidement instaur&#233;e dans le psychisme. C'est &#224; ce conflit que l'adolescent doit advenir, et c'est ce conflit qu'il doit trancher afin de s'affranchir d&#233;finitivement de l'autorit&#233; parentale et effectuer le saut g&#233;n&#233;rationnel qui l'attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on voit ainsi dans un premier temps du film, un Quasimodo incapable de s'affranchir de Notre-Dame et de surmonter l'autorit&#233; du juge Frollo. Un Quasimodo emp&#234;tr&#233; dans des motions tendres vis-&#224;-vis de ces deux objets d'amour non-sexuels et, de ce fait, incapable d'acc&#233;der &#224; plein d&#233;veloppement de sa sexualit&#233; et, partant, de ses relations avec le monde qui l'entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa sexualit&#233; est anesth&#233;si&#233;e par une fixation infantile de sa libido et celle-ci n'arrive &#224; s'&#233;couler que sous la forme de fantasmes inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esm&#233;ralda, malgr&#233; sa gentillesse, repr&#233;sente l'objet fantasmatique par excellence du jeune adolescent : celui d'une femme s&#233;duisante d'&#226;ge m&#251;r repr&#233;sentant tout aussi bien la s&#233;duction que l'autorit&#233;, faisant ainsi &#233;minemment office de la m&#232;re. Comme le souligne Freud, le jeune homme est avant tout &#171; en qu&#234;te de l'image mn&#233;sique de sa m&#232;re, image qui le domine depuis les d&#233;buts de son enfance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, Trois essais sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit &#339;dipien ainsi raviv&#233; &#224; la pubert&#233;, le conflit de l'adolescence se comprend comme un choix d'objet qui doit n&#233;cessairement s'effectuer dans la douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant du film, en acceptant d'abandonner Esm&#233;ralda comme objet sexuel &#224; Ph&#339;bus, Quasimodo traverse son fantasme et r&#233;ussit &#224; s&#233;parer le conscient de l'inconscient. &#171; Je suis fatigu&#233; d'&#234;tre ce que je ne suis pas &#187; s'exclame Quasimodo, r&#233;alisant qu'il n'est ni d&#233;termin&#233; par son surmoi, ni par son fantasme. Il abandonne la m&#232;re comme objet unique de sa pulsion sexuelle et s'assume libre de d&#233;sormais choisir un autre objet d'amour conforme &#224; l'ordre g&#233;n&#233;rationnel. Il acc&#232;de ainsi &#224; un plein amour d'objet selon le type par &#233;tayage, c'est-&#224;-dire &#171; d&#233;-narcissis&#233; &#187;, ce qui est le type de choix d'objet caract&#233;ristique de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plac&#233; devant le principe de r&#233;alit&#233;, Quasimodo accepte, dans la douleur : il d&#233;chire la carte qu'il avait sur le c&#339;ur, mais prot&#232;ge la vie d'Esm&#233;ralda. Quasimodo r&#233;ussit &#224; se d&#233;faire de son fantasme et &#224; mobiliser son &#233;nergie psychique sur une cause plus noble : la libert&#233; du peuple boh&#233;miens. Il acc&#232;de &#224; la sublimation de sa pulsion sexuelle et fait le choix d&#233;lib&#233;r&#233; en faveur de la vie. L'adolescent-Quasimodo se r&#233;concilie avec son conflit, d&#233;code le langage de son inconscient (le talisman) et acc&#232;de au &#199;a : les bas-fonds de la cour des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, le surmoi accroit sa pression : Frollo l'a suivi et tente de s'emparer du monde pulsionnel pour le mieux juger et le refouler. Quasimodo ne r&#233;ussira &#224; trancher et r&#233;soudre son conflit &#339;dipien r&#233;activ&#233;, que lorsqu'il r&#233;ussira &#224; s'&#233;manciper d&#233;finitivement de son ma&#238;tre et du conflit &#339;dipien dont il a h&#233;rit&#233; de Frollo. Car le premier foyer du conflit n&#233;vrotique de Quasimodo est bien l&#224;, chez Frollo, r&#233;v&#233;l&#233; et paraissant au grand jour dans sa relation conflictuelle et tortur&#233;e &#224; l'&#201;gyptienne Esm&#233;ralda.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. &#8212; FROLLO ET LE TYPE PARTICULIER DE CHOIX D'OBJET&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que le juge Frollo repr&#233;sentait le surmoi aveugle et l'id&#233;al du moi. En tant que repr&#233;sentant de cette instance psychique aveugle et interdictrice, Frollo est souvent contradictoire, voire incompr&#233;hensible et lui m&#234;me soumis &#224; une grave contradiction. &#192; la fois fascin&#233; et d&#233;go&#251;t&#233; par Esm&#233;ralda, il semble autant vouloir la s&#233;duire que la combattre et la condamner. Qu'est-ce qui le fascine tant chez cette boh&#233;mienne, comment comprendre la contradiction &#224; laquelle il semble violemment confront&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le narcissisme fascinant d'Esm&#233;ralda&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esm&#233;ralda est le st&#233;r&#233;otype de la femme-narcissique dans toute la splendeur de la surestimation de son potentiel sexuel. D'o&#249; provient cette apparente suffisance dont la boh&#233;mienne semble faire preuve d'une mani&#232;re insoutenable et provocante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on sait que par la violente d&#233;ception li&#233;e &#224; la sp&#233;cificit&#233; de son &#338;dipe, la petite fille pr&#233;sente deux tendances : retirer son amour &#224; l'objet premier (la m&#232;re) et se d&#233;tourner de toute activit&#233; sexuelle (masturbatoire). Sur cette voie, le d&#233;samour et la d&#233;sexualisation de l'objet premier peuvent conduire, &#224; la pubert&#233;, &#224; une solution particuli&#232;re, un type particulier de d&#233;veloppement qui consiste, chez la femme, en un transfert de l'amour et du choix d'objet premier par &#233;tayage sur le narcissisme infantile originel qui fait alors retour. Pouss&#233;e par une qu&#234;te &#233;perdue de sa beaut&#233;, la jeune fille semble soudain retrouver sa toute-puissance infantile perdue : c'est l&#224; que s'instaure alors, comme le dit Freud, &#171; un &#233;tat o&#249; la femme se suffit &#224; elle&#8209;m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renforcement du narcissisme originel est bien entendu antinomique d'un choix d'objet d'amour par &#233;tayage. L'amour est alors possible, mais le choix va vers l'homme qui les aime, non celui qu'elle serait susceptible d'aimer. C'est en quelque sorte un choix qui s'effectue avant tout par complaisance, non par d&#233;sir. D'ailleurs Frollo ne s'y trompe pas : il est persuad&#233; qu'Esm&#233;ralda l'aimera puisque c'est lui, l'homme qui la d&#233;sire le plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de leurs charmes et de leur beaut&#233;, c'est le narcissisme de telles femmes qui fascine avant tout les hommes comme Frollo. Car comme le souligne Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est bien le narcissisme qui en lui m&#234;me fascine. Le narcissisme, dans toute son inaccessibilit&#233;, fait r&#234;ver l'homme n&#233;vros&#233;, en proie aux conflits de la vie quotidienne. Ainsi, l'enfant qui ne se soucie gu&#232;re du monde des adultes et joue sans pr&#234;ter la moindre attention &#224; ce qui l'entoure ; le caract&#232;re hautain des chats ou de certains grands animaux de proie qui s'avancent, majestueux, sans se soucier de quiconque ; le criminel qui ne s'embarrasse d'aucun emp&#234;chement pour parvenir &#224; son but, ou l'artiste (humoriste, chanteur ou acteur) qui s'avance seul contre tous sur la sc&#232;ne, tenant son public &#224; distance ; tous ces h&#233;ros de notre mythologie moderne, nous les envions pour leur narcissisme, pour la s&#251;ret&#233; et le bonheur qu'ils semblent afficher (quand bien m&#234;me celui-ci ne serait que fa&#231;ade) alors m&#234;me que nous nous sentons incapable d'atteindre &#224; un tel &#233;tat d'autosatisfaction libidinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, Esm&#233;ralda excelle et ensorcelle. &#192; mesure que Frollo tombe sous le charme, il doit repousser d'autant l'objet, en le rabaissant : &#171; Vous voyez cet &#233;c&#339;urant spectacle &#187; s'exclame le juge Claude Frollo en assistant &#224; la danse d'Esm&#233;ralda le jour de la F&#234;te des fous. &#171; Cette fille sort de l'enfer &#187; r&#233;p&#232;te-t-il &#224; la fin du spectacle. Un peu plus tard, alors qu'Esm&#233;ralda se r&#233;fugie une premi&#232;re fois dans l'enceinte de Notre-Dame de Paris pour r&#233;clamer le droit d'asile, Frollo qui l'avait poursuivit et s'&#233;tait cach&#233; derri&#232;re un pilier, la surprend finalement en arrivant par derri&#232;re elle en lui saisissant le bras. &#171; Tu crois m'avoir abus&#233; &#187;, lui dit-il &#224; l'oreille, &#171; mais sache que je suis patient &#187;. Il enfoui alors ses narines dans l'&#233;paisse chevelure de la Gitane et s'enivre de son parfum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment un tel double discours est-il possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frollo et l'amour de la putain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frollo aime autant Esm&#233;ralda qu'il semble la d&#233;tester et la combattre. Obs&#233;d&#233; par la lutte entre bien et le mal, le juge est manifestement en proie &#224; un combat n&#233;vrotique aig&#252;e, &#224; une s&#233;v&#232;re n&#233;vrose. Celle-ci, on le sait, se d&#233;finit par un conflit entre le Surmoi moraliste et le &#199;a pulsionnel. Si ce conflit prend sa source dans le psychisme et le sexuel inconscient, il semblerait que pour l'homme soumis &#224; un tel conflit psychique, l'&#233;tat amoureux et la vie amoureuse ne soient possibles qu'&#224; la seule condition que l'objet d'amour remplisse un certain nombre de crit&#232;res pour le moins surprenants s'agissant du sujet d'&#233;tude en question : l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier rang de ces conditions surprenantes se trouve la condition dite du &#171; tiers l&#233;s&#233; &#187; : il s'agit de la condition selon laquelle la femme &#233;lue comme objet d'amour ne soit pas libre, mais appartienne &#224; un tiers &#8212; ce tiers pouvant tout aussi bien &#234;tre un mari, un fianc&#233;, un ami ou un parent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud pr&#233;cise que &#171; cette condition se montre en de nombreux cas si (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, alors que la femme seule n'exerce aucune influence sur l'homme en proie &#224; solide un conflit n&#233;vrotique, la femme d&#233;j&#224; &#171; poss&#233;d&#233;e &#187; exerce elle un fort attrait et en vient &#224; le poss&#233;der en retour. Dans le cas d'Esm&#233;ralda, l'&#201;gyptienne appartient avant tout, on le sait, &#224; sa communaut&#233; : les boh&#233;miens. Elle n'a aucune chance d'&#234;tre un jour en couple : &#171; Les gitans jamais ne durent derri&#232;re les murs &#187;, selon l'adage que mart&#232;le Frollo. Esm&#233;ralda, comme tous les gitans, n'appartient &#224; personne, surtout pas &#224; celui qui l'aime : le juge Claude Frollo. La condition du tiers l&#233;s&#233; est donc remplie, d'autant qu'Esm&#233;ralda se lie secr&#232;tement d'amiti&#233; avec Quasimodo et ne tardera pas &#224; d&#233;couvrir son amour pour Ph&#339;bus. &#192; cet &#233;gard, le contraste avec l'attitude de Quasimodo est frappant, notamment au moment crucial du film, lorsque Quasimodo devine qu'Esm&#233;ralda ne l'aime que d'amiti&#233; et qu'elle porte son amour sur Ph&#339;bus. Alors que Frollo est galvanis&#233; par la rivalit&#233; avec Ph&#339;bus et a tendance &#224; nier l'amour qu'Esm&#233;ralda lui porte, Quasimodo accepte, dans la douleur, la r&#233;alit&#233; de l'autre : il d&#233;chire la carte qu'il avait sur le c&#339;ur, mais prot&#232;ge la vie de Ph&#339;bus. Quasimodo r&#233;ussit &#224; se d&#233;faire de son fantasme et &#224; mobiliser son &#233;nergie psychique sur une cause plus noble : prot&#233;ger la vie d'Esm&#233;ralda et la libert&#233; des boh&#233;miens. Quasimodo r&#233;ussit &#224; sublimer sa pulsion sexuelle et fait le choix en faveur de la vie, tandis que Frollo reste emp&#234;tr&#233; dans son fantasme mortif&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me condition, encore plus surprenante, est la condition de mauvaise r&#233;putation : en d'autres termes, ce type d'homme n&#233;vrotique ne tombe pas amoureux d'une femme chaste, fid&#232;le et digne de confiance, mais au contraire d'une femme qui pr&#233;sente la r&#233;putation d'&#234;tre volage et infid&#232;le. En termes crus, cette condition a depuis longtemps &#233;t&#233; baptis&#233;e : &#171; l'amour de la putain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette condition est bien remplie par Esm&#233;ralda&#8230; Tout du moins aux yeux de Frollo, pour qui l'&#201;gyptienne est menteuse, trompeuse, fourbe et ensorceleuse. Elle a la r&#233;putation, en tant qu'h&#233;r&#233;tique, d'avoir commerce (sous-entendu : sexuel) avec le Diable lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambivalence de l'amour de Claude Frollo pour Esm&#233;ralda est magnifiquement chant&#233;e dans la chanson &#171; Infernale &#187;, dans laquelle toutes les conditions de ce choix d'objet particulier se retrouve merveilleusement illustr&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Beata Maria&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je clame que mon &#226;me est pure&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De ma vertu j'ai droit d'&#234;tre fier&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Beata Maria&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon c&#339;ur a bien plus de droiture&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'une comme une vulgaire foule tra&#238;ne-mis&#232;re&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais pourquoi Maria ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quand elle danse l'insolente&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ses yeux de feu m'embrasent et me hantent&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quelle brulure, quelle torture&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les flammes de sa chevelure&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D&#233;vore mon c&#339;ur d'obsc&#232;nes fl&#233;trissures&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Infernal, bacchanale&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'enfer noircit ma chair&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Du p&#233;ch&#233;, de d&#233;sir &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le ciel doit me punir&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Est-ce ma faute ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pourquoi ce bl&#226;me ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est cette sorci&#232;re-gitane par qui mon c&#339;ur s'enflamme&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Est-ce ma faute ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si notre P&#232;re &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;A fait les hommes moins puissants que Lucifer&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Par piti&#233; Maria&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Prot&#232;ge moi du mauvais sort&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De cette fleur du mal et de son corps&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D&#233;truit Esm&#233;ralda, qu'un rideau de feu soit son linceul&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ou fait qu'elle soit &#224; moi et &#224; moi seule&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Infernal, bacchanale&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Diabolique sorci&#232;re&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Soit mienne, ma passion&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Te m&#232;nera en Enfer&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Seigneur piti&#233; pour elle&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Seigneur piti&#233; pour moi&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Fait qu'elle s'offre &#224; moi&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ou elle brulera&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer ces traits tout &#224; fait caract&#233;ristiques de la vie amoureuse de certains hommes n&#233;vros&#233;s ? Tout simplement en expliquant comment ces traits sont d'abord caract&#233;ristiques d'une fixation &#339;dipienne extr&#234;mement forte &#224; la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le type de choix d'objet de Quasimodo &#8212; qui est, rappelons-le, celui de l'attrait pour une femme d'&#226;ge plus m&#251;r &#8212;, est caract&#233;ristique d'un choix d'objet dont le prototype est maternel, il n'en reste pas moins que dans ce cas, la libido semble s'&#234;tre d&#233;tach&#233;e de la m&#232;re assez t&#244;t dans l'enfance. &#171; L'amour de la femme m&#251;re &#187;, en ce qu'il r&#233;v&#232;le la diff&#233;rence d'&#226;ge, confirme en lui-m&#234;me l'&#226;ge tendre &#224; laquelle la libido pour la m&#232;re s'est fix&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de &#171; l'amour de la putain &#187; au contraire, l'intense lutte contre la libido que ce mod&#232;le trahit, semble indiquer que celle-ci s'est attard&#233;e chez la m&#232;re assez longtemps dans l'enfance, voire tard dans l'adolescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est en effet qu'&#224; la p&#233;riode de l'adolescence, que l'enfant &#8212; on l'a vu avec &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Pinocchio-Scene-primitive.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pinocchio&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#8212;, ne r&#233;ussit &#224; acqu&#233;rir une pleine connaissance du d&#233;roulement complet des rapports sexuels et de l'acte du co&#239;t. Cette connaissance acquise, l'enfant pub&#232;re a n&#233;anmoins du mal &#224; admettre que ses propres parents se livrent &#224; de tels rapports et r&#233;siste souvent &#224; associer l'image infantile qu'il garde encore de la m&#232;re &#224; l'image de tels &#233;bats sexuels. &#192; de semblables r&#233;v&#233;lations, faites par un camarade plus &#226;g&#233; ou un cousin, le jeune adolescent s'empresse souvent de r&#233;torquer : &#171; Peut-&#234;tre que tes parents font cela, mais les miens ne le font pas ! &#187; Malheureusement pour lui, la m&#232;re n'y fait g&#233;n&#233;ralement pas exception et s'engage alors dans l'inconscient, un s&#233;v&#232;re conflit entre la m&#232;re chaste de l'enfance, la m&#232;re aimante et nourrici&#232;re dont il a longtemps gard&#233; l'image, et la m&#232;re de la pubert&#233;, capable de l'acte du co&#239;t. Dans ce conflit, l'image de la m&#232;re est salement d&#233;grad&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c'est g&#233;n&#233;ralement au m&#234;me &#226;ge que l'enfant apprend ce qui se cache dans l'expression du &#171; plus vieux m&#233;tier du monde &#187; et apprend qu'il existe des femmes qui font commerce avec les hommes pour de l'argent, cette image de la m&#232;re dans l'acte sexuel est refoul&#233;e dans l'inconscient et associ&#233;e &#224; un m&#233;lange de m&#233;pris et de d&#233;sir. &#171; D&#233;sir &#187;, car l'adolescent n'est pas sans savoir qu'une telle &#171; cocotte &#187; peut le faire passer de l'autre c&#244;t&#233; de la pubert&#233; et lui faire perdre son innocence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#338;dipe et le conflit &#339;dipien viennent d'&#234;tre brutalement r&#233;activ&#233;s : le d&#233;sir infantile pour la m&#232;re se teinte d&#233;sormais d'une couleur sexuelle nouvelle et d'une force attractive suppl&#233;mentaire, alors que la rivalit&#233; avec l'homme qui la poss&#232;de d&#233;j&#224; est exalt&#233;e sous la forme de la vengeance : la condition du tiers l&#233;s&#233; et l'amour de la putain sont pr&#234;ts &#224; &#233;clore en un amour aussi fou que passionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la domination de l'&#338;dipe, le sc&#233;nario r&#233;clame autant l'infid&#233;lit&#233; de la femme que le besoin de la sauver (et s'accompagne souvent, dans la r&#233;alit&#233; psychique de l'adolescence, d'une intense p&#233;riode masturbatoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons en outre avec Freud que &#171; le plus &#233;tonnant [&#8230;], chez les amants de ce type, c'est la tendance manifeste &#224; sauver la femme aim&#233;e. L'homme est convaincu que la femme aim&#233;e a besoin de lui, que sans lui, elle perdrait tout contr&#244;le moral et tomberait rapidement &#224; un niveau d&#233;plorable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Un type particulier de choix d'objet chez l'homme &#187; (1910), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; il prononce lui m&#234;me la sentence (la mort), Frollo offre &#224; Esm&#233;ralda de la sauver : &#171; Si tu le veux, il n'est pas encore trop tard, je peux te sauver des flammes de ce monde &#187; ; &#233;tant ici sous-entendu que ces flammes, sont celles du feu de l'infid&#233;lit&#233; qui est sens&#233; anim&#233; Esm&#233;ralda l'ensorceleuse. Refusant, Esm&#233;ralda reste la diabolique sorci&#232;re, fantasme de la m&#232;re incestueuse d&#233;prav&#233;e, fantasme qui pousse Frollo vers la mise &#224; mort de son propre objet d'amour, alors que Quasimodo qui, on le sait, a d&#233;j&#224; tranch&#233; dans le vif de son conflit &#339;dipien, a en ce sens fait le choix de la vie et sauve Esm&#233;ralda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment final o&#249; Frollo est sur le point d'ex&#233;cuter Esm&#233;ralda et Quasimodo, le ma&#238;tre est finalement trahit par le retour du refoul&#233;. Alors m&#234;me qu'il prononce les paroles du Jugement dernier, la gargouille maternelle sur laquelle il prenait appui c&#232;de et s'accrochant un temps &#224; elle, le juge fait face &#224; l'effrayante gueule ouverte. Le trou b&#233;ant de la castration maternelle s'offre alors &#224; lui et le plonge dans ce qu'il avait jusque-l&#224; ni&#233; de toutes ses forces : &#171; l'infernal abysse &#187; f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre le d&#233;s&#233;quilibr&#233; et le boiteux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les deux attitudes pathologiques de Quasimodo et du juge Frollo, il est difficile de se prononcer sur ce que serait une vie amoureuse &#171; normale &#187; : celle-ci, nous dit Freud, r&#233;unirait id&#233;alement tendresse et sensualit&#233; (pulsion sexuelle) sur un m&#234;me objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu que Frollo tentait de tenir &#224; distance l'objet incestueux en le rabaissant moralement (Frollo traite Esm&#233;ralda comme une d&#233;vergond&#233;e). Le rabaissement est ici moral, mais il peut-&#234;tre &#233;galement intellectuel, esth&#233;tique, social, etc. Comme Freud le souligne, &#171; on observe tr&#232;s fr&#233;quemment, chez les hommes appartenant aux classes sociales les plus &#233;lev&#233;es, le penchant &#224; garder longtemps pour ma&#238;tresse et m&#234;me &#224; choisir pour &#233;pouse une femme de condition inf&#233;rieure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur le plus g&#233;n&#233;ral des rabaissements de la vie amoureuse &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'amour de la putain &#224; son plein &#233;cho dans l'amour de la paysanne ou de la femme de chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on a vu qu'au contraire, Quasimodo accepte de perdre son fantasme et transfert sa libido sur une cause plus noble, le risque est qu'il n'arrive jamais &#224; d'autre d&#233;charge de sa pulsion sexuelle que celle de la sublimation. En d'autres termes, qu'il reste chaste &#224; jamais et que sa tendresse et la surestimation de l'objet vienne le titiller en retour sous la forme d'une &#233;ternelle frustration sexuelle. C'est l'histoire du cheval de Schilda que Freud raconte dans la derni&#232;re des cinq le&#231;ons qu'il a prononc&#233;es en 1904 &#224; la Clark University de Worcester Massachusetts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, Cinq le&#231;ons sur la Psychanalyse, Traduction de l'Allemand par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; trop fortement r&#233;primer l'instinct sexuel, nous partagerons le destin du fameux cheval de la petite ville de Schilda, que l'on habituait progressivement &#224; se passer d'avoine, mais que l'on retrouve finalement mort le lendemain du jour o&#249; le dernier grain fut supprim&#233;. En d'autres termes, une partie incompressible des excitations libidinales refoul&#233;es doit pouvoir trouver une satisfaction directe sous peine de d&#233;p&#233;rissement total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, dans cette n&#233;cessaire mise &#224; distance de l'objet incestueux, le risque est que la vie amoureuse des hommes se trouve cliv&#233;e entre l'amour et la tendresse d'une part, et la sexualit&#233; et la sensualit&#233; de l'autre. C'est en quelque sorte le pendant de la sp&#233;cificit&#233; de leur &#338;dipe. Alors que chez la petite fille, l'&#338;dipe semble dans un premier temps plus d&#233;licat &#224; n&#233;gocier, en contrepartie, l'objet incestueux semble, chez elle, d&#232;s le d&#233;but mis &#224; l'&#233;cart, puisqu'&#233;tant invit&#233;e &#224; &#233;lire un nouveau choix d'objet de sexe masculin, elle abandonne d&#233;finitivement le premier objet d'amour (la m&#232;re) et &#233;carte ainsi tout risque de confusion avec l'objet incestueux premier : le choix d'objet concilie chez elle plus facilement tendresse et sensualit&#233; sur le nouvel objet (masculin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, si l'&#338;dipe du petit gar&#231;on semble au d&#233;part plus simple &#224; n&#233;gocier, en ce que son choix d'objet n'a qu'&#224; glisser le long d'une &#233;quation &#224; un seul degr&#233; et de sexe f&#233;minin (d'une m&#232;re &#224; une femme), le choix d'objet d&#233;finitif de l'homme reste, lui, toujours plus d&#233;licat, en ce qu'il sera justement toujours teint&#233; de la m&#234;me couleur (m&#234;me sexe) que celui du premier objet d'amour (la m&#232;re). Dans son choix d&#233;finitif, l'homme reste &#224; jamais soumis au spectre d'un retour de l'objet incestueux, contre lequel il semble condamner &#224; sans cesse &#233;riger des barri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune voie droite ou toute trac&#233;e ne se profile, pour l'homme, dans son choix d'objet : il semble d&#233;finitivement condamn&#233; &#224; la tourmente. Le triste horizon de la vie amoureuse des hommes semble d&#233;finitivement se sceller dans la tristement c&#233;l&#232;bre maxime de Freud : &#171; L&#224;, o&#249; ils aiment, ils ne d&#233;sirent pas et l&#224; o&#249; ils d&#233;sirent, ils ne peuvent aimer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur le plus g&#233;n&#233;ral des rabaissements de la vie amoureuse &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Entre les deux, leur c&#339;ur balance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'ordre familial ne fait que traduire que le P&#232;re n'est pas le g&#233;niteur, et que la M&#232;re reste contaminer la femme pour le petit d'homme ; le reste s'ensuit. &#187; Jacques Lacan, &lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, &#201;d. Seuil, Paris, 1973, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233; le 19 juillet 1819 et d&#233;c&#233;d&#233; le 15 juillet 1890 &#224; Zurich.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 286.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud a &#224; cet &#233;gard une anecdote int&#233;ressante : &#171; Je dois l'explication de l'origine de l'angoisse enfantine &#224; un gar&#231;on de trois ans que j'entendis un jour supplier du fond d'une chambre obscure : &#8220;Tante, parle&#8209;moi ; j'ai peur, parce qu'il fait si noir.&#8221; la tante r&#233;pliqua : &#8220;&#192; quoi cela te servira&#8209;t&#8209;il, puisque tu ne peux pas me voir ?&#8221; &#8220;&#199;a ne fait rien, r&#233;pondit l'enfant, du moment que quelqu'un parle, il fait clair.&#8221; &#8212; Il n'avait donc pas peur de l'obscurit&#233;, mais parce qu'il lui manquait une personne aim&#233;e, et il pouvait promettre de se calmer d&#232;s qu'il aurait re&#231;u la preuve de sa pr&#233;sence. &#187; (Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; (1905), Gallimard, Coll. &#171; Folio-essais &#187;, Paris, 1987, pp. 141-175).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; (1905), Gallimard, Coll. &#171; Folio-essais &#187;, Paris, 1987, pp. 141-175).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245 : &#171; L'amour parental, si touchant et, au fond, si enfantin, n'est rien d'autre que le narcissisme des parents qui vient de rena&#238;tre et qui, malgr&#233; sa m&#233;tamorphose en amour d'objet, r&#233;v&#232;le &#224; ne pas s'y tromper son ancienne nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; (1905), Gallimard, Coll. &#171; Folio-essais &#187;, Paris, 1987, pp. 141-175.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud pr&#233;cise que &#171; cette condition se montre en de nombreux cas si inexorable que la m&#234;me femme peut d'abord passer inaper&#231;ue ou m&#234;me &#234;tre d&#233;daign&#233;e aussi longtemps qu'elle n'appartient &#224; personne, tandis qu'elle devient l'objet d'une passion amoureuse aussit&#244;t qu'elle entre dans l'une des relations d&#233;sign&#233;es avec un autre homme &#187; (Sigmund Freud, &#171; Un type particulier de choix d'objet chez l'homme &#187; (1910), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-55).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Un type particulier de choix d'objet chez l'homme &#187; (1910), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur le plus g&#233;n&#233;ral des rabaissements de la vie amoureuse &#187; (1912), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 55-66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;Cinq le&#231;ons sur la Psychanalyse&lt;/i&gt;, Traduction de l'Allemand par Yves Le Lay, &#201;d. Payot, Paris, 1965.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur le plus g&#233;n&#233;ral des rabaissements de la vie amoureuse &#187; (1910), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 55-66&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Le Bossu de Notre-Dame : Adolescence et vie amoureuse &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, d&#233;cembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Alice au pays des merveilles de l'inconscient</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Alice-au-pays-des-merveilles-de-l.html</link>
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		<dc:date>2012-09-09T15:40:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; C'est par ce langage, le langage de l'inconscient, si bien parl&#233; par Lewis Carroll avec ses fameux mots-valises, qu'Alice va r&#233;ussir &#224; sonder les tr&#233;fonds de son inconscient, faire volte-face &#224; ses angoisses les plus profondes et finalement retrouver le chemin qui est le sien.&lt;br /&gt;
Alice arrive alors au moment o&#249; le Chapelier-toqu&#233;, le Li&#232;vre de mars et le loir f&#234;tent r&#233;ciproquement leurs non-anniversaires, pour finalement proposer &#224; Alice de f&#234;ter le sien.&lt;br /&gt;
Il s'agit-l&#224;, bien entendu, d'une d&#233;s-identification, particuli&#232;rement d'une d&#233;s-identification sexuelle. Jusqu'&#224; la rencontre avec la chenille, nous avons vu qu'Alice se croyait identifi&#233;e sexuellement &#224; un petit gar&#231;on : elle se mesurait &#224; un point fixe, le p&#233;nis-membre masculin infantile. D&#233;sormais d&#233;barrass&#233;e de ce rep&#232;re spatio-temporel, elle d&#233;couvre une jouissance (f&#234;te) non-phallique encore plus grande que celle qu'elle vient de quitter.&lt;br /&gt;
Le th&#233;-liquide qui coule de th&#233;i&#232;res en th&#233;i&#232;res et de tasses en tasses, figure explicitement et symboliquement dans le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, la jouissance du vase-r&#233;ceptacle f&#233;minin : la jouissance vaginale nouvelle.&lt;br /&gt;
Tel un psychanalyste chevronn&#233;, le Chapelier-toqu&#233; (qui travaille du chapeau) invite Alice &#224; raconter son histoire : &lt;i&gt;Maintenant ma ch&#232;re, j'ai l'impression que vous avez une pr&#233;occupation. Voulez-vous nous dire ce qui vous ennuie ?&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Racontez-nous du d&#233;but &#224; la fin&lt;/i&gt; pr&#233;cise le Li&#232;vre de mars. Arr&#234;tant subjectivement le r&#233;cit d'Alice, le Chapelier-toqu&#233;, le Li&#232;vre de mars et le Loir ponctuent l'histoire de signifiants (entendant par exemple th&#233; pour la lettre t) et de devinettes, de mani&#232;re &#224; lui faire acc&#233;der au versant inconscient de celle-ci.&lt;br /&gt;
Surtout, le Chapelier-toqu&#233;, en s'emparant de la montre du lapin blanc sous pr&#233;texte de la r&#233;parer (mais gu&#233;rir n'est pas le but premier de la psychanalyse), la casse et lib&#232;re ainsi Alice de son angoisse de castration (et/ou angoisse de perte de virginit&#233;). Comme le disait Jacques Lacan, &lt;i&gt;on ne gu&#233;rit pas parce qu'on se rem&#233;more, on se rem&#233;more parce qu'on gu&#233;rit&lt;/i&gt; &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-des-contes-de-fees-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse des contes de f&#233;es&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Interpretation-des-reves-+.html" rel="tag"&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton80-4358e.gif?1757670836' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Alice au pays des merveilles de l'inconscient &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, septembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ALICE AUX PAYS DES MERVEILLES DE L'INCONSCIENT&lt;br /&gt;
Promenade au pays de la sexualit&#233; f&#233;minine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt; est le treizi&#232;me classique d'animation produit par les studios Disney en format long-m&#233;trage. Sorti le 28 juillet 1951 aux Etats-Unis, le film est imm&#233;diatement s&#233;v&#232;rement critiqu&#233; par la presse qui n'appr&#233;cie gu&#232;re cette adaptation qu'elle juge infantilisante de l'&#339;uvre originale. Le film est en effet une adaptation assez libre combinant les deux c&#233;l&#232;bres romans &lt;i&gt;Les Aventures d'Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Alice's Adventures in Wonderland&lt;/i&gt;) et sa suite, &lt;i&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du miroir&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Through the Looking-Glass&lt;/i&gt;), publi&#233;s successivement en 1865 et 1871 par le c&#233;l&#232;bre romancier et math&#233;maticien Charles Lutwidge Dodgson, &lt;i&gt;alias&lt;/i&gt; Lewis Carroll. Auteur culte de la logique, du paradoxe et de l'absurde, la critique am&#233;ricaine n'appr&#233;cie pas les libert&#233;s prises par Disney avec ce chef-d'&#339;uvre de la litt&#233;rature anglaise du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue technique et graphique, Walt Disney et l'&#233;quipe des cr&#233;ateurs du film ne sont d'ailleurs pas eux-m&#234;mes enti&#232;rement satisfaits du r&#233;sultat &#224; l'&#233;cran. Il faudra attendre le d&#233;but des ann&#233;es soixante et le d&#233;veloppement du mouvement hippie pour que le film soit hiss&#233; au rang de culte, notamment avec la fameuse sc&#232;ne de la chenille fumant du narguil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les studios Disney essayeront d'ailleurs de se rattraper cinquante ans plus tard, en confiant &#224; Tim Burton le soin de r&#233;aliser une suite moderne, &#233;galement intitul&#233;e &lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt;, m&#233;langeant prises de vues r&#233;elles et images de synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue psychanalytique, la curiosit&#233; d'Alice n'a rien &#224; envier &#224; celle de Pinocchio et le pays des merveilles, lieu d'exc&#232;s r&#233;pondant &#224; celui de l'&#238;le enchant&#233;e, est d'abord un monde de gourmandise o&#249; tout se boit et se mange. Nous sommes introduit encore une fois ici dans le lieu du &#199;a, o&#249; les pulsions (orales notamment) pourront s'exprimer sans retenue aucune. Le th&#232;me principal du sc&#233;nario est bien encore une fois la curiosit&#233; sexuelle infantile, ici d&#233;clin&#233;e au f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HISTOIRE ET LES PERSONNAGES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un parc anglais, au beau milieu d'une pelouse verdoyante et d'un parterre de fleurs, une jeune fille de bonne famille pr&#233;nomm&#233;e Alice, &#233;coute sa s&#339;ur lui faire une le&#231;on d'histoire sur l'accession de Guillaume le Conqu&#233;rant au tr&#244;ne d'Angleterre. Assise sur une branche d'arbre et tressant une couronne de p&#226;querettes, Alice n'&#233;coute que d'une oreille distraite en taquinant son chat Dinah. Elle n'aime pas les livres sans images et pr&#233;f&#232;re divaguer dans un monde imaginaire, celui de l'univers de ses r&#234;ves o&#249; les petits chats et les gentils lapins habiteraient des maisons merveilleuses et seraient dou&#233;s de paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que surgit un lapin blanc v&#234;tu d'une veste, portant sous le bras un parapluie : consultant une &#233;norme montre &#224; gousset il d&#233;clare haut et fort &#234;tre en retard et dispara&#238;t soudain dans un terrier. Hallucin&#233;e, Alice se met &#224; plat ventre et s'appr&#234;te &#224; le suivre dans une galerie souterraine lorsqu'elle d&#233;gringole brutalement &#224; pic dans un gouffre qui semble sans fin. En chute libre, Alice n'en finit pas de tomber, tandis que sa robe, qui se gonfle au fur et &#224; mesure de sa folle descente, l'aide &#224; s'orienter et lui sert de parachute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa chute elle croise meubles, miroirs et autre mobilier qui flottent autour d'elle comme en apesanteur. Arriv&#233;e en bas la t&#234;te &#224; l'envers, elle aper&#231;oit le lapin qui s'engouffre par une porte manifestement beaucoup trop petite pour elle. La poign&#233;e qui lui parle, lui conseille de boire une bouteille qui se trouve sur une table au beau milieu de la pi&#232;ce et sur laquelle est &#233;crit : &#171; Buvez-moi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle rapetisse alors suffisamment pour avoir juste la bonne taille pour pouvoir emprunter la porte, alors que la poign&#233;e lui rappelle que ce faisant, elle a oubli&#233; la cl&#233; pour l'ouvrir sur la table. &#201;tant d&#233;sormais trop petite pour atteindre la table, la poign&#233;e lui recommande d'ouvrir une bo&#238;te contenant des biscuits sur lesquels il est &#233;crit : &#171; Mangez-moi &#187;. Elle grandit alors et, r&#233;alisant qu'elle ne pourra plus emprunter la porte, elle se met &#224; pleurer. Les larmes se transforment en eaux sur lesquelles le flacon initial vogue comme une bouteille &#224; la mer : elle s'en saisit, le boit, rapetissit &#224; nouveau et tombe dans le flacon miniature qui franchit la serrure dans les eaux de ses propres larmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice croise alors l'oiseau Monsieur Dodo qui fume la pipe en pleine mer et qui, arriv&#233; sur le sable ferme, chante sur un rocher en faisant danser tout autour de lui tout un tas d'animaux marins sur un rythme cadenc&#233; et saugrenu. Pour se s&#233;cher, Alice entre dans la danse jusqu'&#224; ce qu'elle aper&#231;oive le lapin blanc qui, voguant sur son parapluie, atteint &#224; son tour le rivage. &#192; peine &#233;chou&#233; sur le sable, celui-ci poursuit sa course infernale contre le temps en s'engouffrant dans la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lanc&#233;e &#224; sa poursuite, Alice tombe sur les jumeaux Tweedle Dee et Tweedle Dum qui, en mal de compagnie, lui demande de rester et de s'int&#233;resser &#224; eux par politesse. Alice se pr&#233;sente et s'appr&#234;te &#224; partir lorsque, pour la retenir, les jumeaux lui proposent de jouer &#224; cache-cache, au furet, d'assister &#224; une belle bagarre. Alice ne semble pas int&#233;ress&#233;e et les jumeaux ne manquent pas de lui demander : &#171; pourquoi ? &#187; Alice r&#233;pond qu'elle est tout simplement curieuse de savoir o&#249; le lapin blanc court si vite ! Pour la faire rester les deux jumeaux attirent justement sa curiosit&#233; avec une histoire qui serait arriv&#233;e &#224; des hu&#238;tres, elles aussi, trop curieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la navrante histoire des petites hu&#238;tres trop curieuses qui raconte comment un certain Charpentier proposant &#224; un certain Monsieur Morse de balayer tout le sable de la plage, ce dernier lui r&#233;pond en lui proposant un frugal repas de fruit de mer. Sur ce, le Charpentier d&#233;niche par hasard au fond de l'eau une petite famille d'hu&#238;tres. Tandis que le Charpentier construit sur la plage une cabane &#224; hu&#238;tres improvis&#233;e, le Morse s&#233;duit la petite douzaine d'hu&#238;tres en les invitant &#224; un go&#251;ter. Les jeunes filles suivent le joueur de canne-fl&#251;te qui, comme un siffleur de rats s&#233;ducteur, d&#233;tourne les jeunes filles du droit chemin. Tandis que le Charpentier en cuisine, pr&#233;pare le citron, le vinaigre et le pain, n&#233;cessaires &#224; une d&#233;gustation d&#233;licate et dans les r&#232;gles de l'art, le Morse avale toutes crues les pauvres petites hu&#238;tres sans d&#233;fense. La s&#233;quence se termine sur l'image du Charpentier, son marteau &#224; la main, courant le long de la plage &#224; la poursuite du Morse gobeur d'hu&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux jumeaux se lancent alors dans la narration d'une nouvelle histoire, celle du p&#232;re Fran&#231;ois, afin d'inciter Alice &#224; rester un peu plus longtemps aupr&#232;s d'eux. Celle-ci ne s'y laisse pas prendre deux fois et leur fausse compagnie, s'enfon&#231;ant toujours plus dans la for&#234;t &#224; la recherche de son lapin blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La charmante enfant tombe alors sur une curieuse maison blanche qui semble &#234;tre celle du lapin blanc, puisqu'on l'aper&#231;oit s'y affairer par la fen&#234;tre. Il en sort soudain, plus press&#233; que jamais, et croise Alice qu'il semble prendre pour sa gouvernante : une certaine Marianne. Le lapin lui demande alors d'aller &#224; l'int&#233;rieur chercher ses gants qu'il ne trouve d&#233;sesp&#233;r&#233;ment pas. P&#233;n&#233;trant dans la maison, Alice arrive dans la chambre du lapin et, apr&#232;s avoir ouvert quelques tiroirs, tombe sur des biscuits sur lesquels est &#233;crit : &#171; Mangez-moi &#187;. Elle ne se fait gu&#232;re prier, mais sit&#244;t le biscuit aval&#233;, elle se met &#224; nouveau &#224; grandir, jusqu'&#224; ce que ses pieds sortent par la porte et que sa t&#234;te &#233;pouse le grenier : bref, Alice est prisonni&#232;re de la maison, tandis que le lapin, criant au monstre, part chercher de l'aide. Revenant avec le Dodo, celui-ci entend faire sortir le monstre par la chemin&#233;e. Le l&#233;zard Bill, muni de son &#233;chelle passe justement par-l&#224;, et Dodo lui propose de se glisser par la chemin&#233;e afin de d&#233;loger le monstre hors de la maison. D'abord pris de panique &#224; la vue de la g&#233;ante Alice, le l&#233;zard surmonte sa peur en s'engouffrant par le conduit de chemin&#233;e ; mais la suie qui s'en d&#233;gage fait &#233;ternuer Alice et exp&#233;die de l&#233;zard dans les airs. Tout est &#224; recommencer et le Dodo d&#233;cide d'enfumer le monstre et de br&#251;ler la maison. C'est &#224; ce moment qu'Alice entrevoit le jardin potager et passant son bras par la fen&#234;tre arrache une carotte qu'elle mange : elle rapetisse aussit&#244;t, passe par la porte et se lance &#224; nouveau &#224; la poursuite du lapin en retard tandis que le Dodo envisage de finir sa sale besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice rencontre alors successivement, un &#171; papillon-tartines-beurr&#233;es &#187;, un &#171; hippocampe-papillon &#187; et des fleurs dou&#233;es de paroles qui lui proposent de lui chanter &#171; Un matin de mai fleuri &#187;. Tandis que les papillons butinent et que les mille-pattes grimpent le long des vertes tiges, l'&#233;trange chorale de fleurs, sous la baguette d'une rose rouge, ouvrent grandes leurs coroles. Alice finit par se m&#234;ler aux narcisses, violettes, lys, pens&#233;es et p&#226;querettes et chanter en ch&#339;ur cette chanson ravissante. La chanson finie, les fleurs demandent &#224; Alice de quelle vari&#233;t&#233; de fleur est-elle et dans quel jardin la cultive-t-on. Comprenant soudain le malentendu, Alice r&#233;pond qu'elle est du genre humain, vari&#233;t&#233; : Alice. Prenant sa robe pour des p&#233;tales et ses jambes pour de dr&#244;les de tiges, les fleurs assimilent Alice &#224; quelques mauvaises herbes des champs ou du chiendent et la poussent hors de leur territoire de peur qu'elle ne monte en graine dans leur propre jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'enfon&#231;ant dans la for&#234;t, Alice aper&#231;oit quelques &#233;paisses fum&#233;es s'&#233;vader du plus profond de la v&#233;g&#233;tation. C'est une chenille bleue qui, avachie sur un champignon, fume nonchalamment le narguil&#233; en chantant quelques m&#233;lop&#233;es orientales. Sa m&#233;lodie est scand&#233;e par de maladroits toussotements provoqu&#233;s par sa pipe &#224; eau et elle laisse &#233;chapper de sa bouche d'&#233;tranges volutes qui, une fois libres comme l'air, &#233;pousent la forme de toutes les voyelles de l'alphabet : a, e, i, o, u, y. Alice s'approche et lui explique qu'elle ne sait plus qui elle est, ou en tout cas, lui confie qu'elle n'est plus elle-m&#234;me. Incapable de lui r&#233;citer la le&#231;on qu'elle a apprise, Alice &#233;coute la chenille lui r&#233;citer une po&#233;sie surr&#233;aliste, laquelle se double d'un r&#233;bus de volutes. La chenille lui demande alors quel est son probl&#232;me : Alice lui r&#233;pond qu'elle souhaiterait &#234;tre un peu plus grande que les dix centim&#232;tre auxquels elle est r&#233;duite. Mesurant elle-m&#234;me dix centim&#232;tres, la chenille se f&#226;che pour se transformer imm&#233;diatement en papillon qui, en s'envolant, confie &#224; Alice qu'un c&#244;t&#233; du champignon sur lequel elle est assise la fera grandir, tandis que l'autre la fera rapetisser. Croquant le c&#244;t&#233; droit, Alice grandit jusqu'&#224; la cime des arbres, avant de manger le c&#244;t&#233; gauche et rapetisser jusqu'&#224; recouvrer sa taille originelle premi&#232;re. Elle continue alors son chemin tout en prenant bien soin de garder les restes des deux c&#244;t&#233;s du champignon dans son tablier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un carrefour multidirectionnel, elle rencontre le chat-foin Chester, avec son sourire en forme de croissant de lune, qui lui entonne sur le champ une chanson des plus excentriques. Le chat-foin lui indique ensuite le chemin par o&#249; un lapin vient de passer, avant d'imm&#233;diatement se r&#233;tracter pr&#233;textant n'avoir vu ni conna&#238;tre aucun lapin. Il conseille cependant &#224; Alice d'interroger le Chapelier toqu&#233; et le li&#232;vre de mars qui, eux aussi &#8212; mais comme tout le monde dans cette for&#234;t &#8212; sont compl&#232;tement fous. Sur ce, le chat-foin indique &#224; Alice la direction qu'elle doit prendre pour trouver le fameux duo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice finit donc par tomber sur la maison du Chapelier et du li&#232;vre de mars, o&#249; les deux comp&#232;res n'en finissent pas de mutuellement se f&#234;ter leurs &#171; non-anniversaires &#187; autour d'une table dispos&#233;e dans le jardin sur laquelle se trouve des th&#233;i&#232;res &#233;tranges qui dansent et sifflent par leurs becs verseurs. Alice s'assoit &#224; leur table et les &#233;coute avant d'&#234;tre officiellement convi&#233;e &#224; prendre une tasse de th&#233; et &#224; f&#234;ter elle aussi son propre &#171; non-anniversaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice est alors invit&#233;e &#224; raconter son histoire : cesse entrecoup&#233;e par les trois amis qui se chamaillent, se posent des devinettes absurdes et se versent des tasses dans de plus en plus &#233;tranges services &#224; th&#233; (certaines th&#233;i&#232;res sont &#224; triple becs et d'autres sans bec verseur aucun). La jeune enfant commence &#224; comprendre qu'elle perd ici son temps et aper&#231;oit justement le lapin blanc qui sort de la maison du chapelier, se plaignant &#224; nouveau d'&#234;tre en retard. Coupant court &#224; ses j&#233;r&#233;miades, le chapelier entreprend de r&#233;parer sur le champs la montre du lapin blanc, pr&#233;textant que celle-ci est d&#233;traqu&#233;e et qu'elle retarde de deux jours et dix secondes. Le chapelier se saisit de la montre, la trempe dans le th&#233;, l'ouvre pour y mettre du sel, la d&#233;monte avec une fourchette, tartine le m&#233;canisme de beurre, y verse du th&#233;, deux cuill&#233;r&#233;es de sucre, un pot de confiture, un zeste de citron et la referme : la montre se met alors &#224; sonner et &#224; exploser en mille morceaux, le li&#232;vre de mars lui ass&#233;nant le coup fatal de son marteau. Pour couper court &#224; toutes r&#233;clamations, le chapelier et le li&#232;vre de mars s'emparent alors du lapin blanc et le projette hors de leur jardin pour ne plus entendre parler de lui ni de sa montre, non sans lui avoir pr&#233;alablement souhait&#233; un joyeux &#171; non-anniversaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atterr&#233;e par autant de cr&#233;atures stupides et lass&#233;e par toutes ces sottises, Alice se d&#233;cide &#224; quitter au plus vite le monde des merveilles et rentrer enfin chez elle. S'engouffrant alors dans la for&#234;t de Tulgey, Alice croise d'&#233;tranges cr&#233;atures : des oiseaux-yeux et des oiseaux-miroirs, des canards-klaxonnes, des grenouilles-percussions, des oiseaux-pelles et des oiseaux-cages, des chouettes-accord&#233;ons, des oiseaux-marteaux et des oiseaux-crayons et enfin des &lt;i&gt;mome-raths&lt;/i&gt; qui lui indiquent un sentier qu'elle prend pour &#234;tre celui du retour &#224; la maison, avant qu'un chien-balai efface ce chemin. Perdue et d&#233;sesp&#233;r&#233;e Alice s'assoit, tente de se repentir en se rem&#233;morant les paroles de sa s&#339;ur : elle se d&#233;couvre trop curieuse et la curiosit&#233; est, croit-elle enfin le comprendre, un vilain d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que tel un croissant de lune dans un ciel de nuit noire, le sourire &#233;clatant de blancheur du Chat-foin lui appara&#238;t et l'&#233;claire : il lui conseille d'aller voir la Reine rouge et lui pousse la porte d'un raccourci au travers d'un arbre qui soudain s'entrouvre. Alice s'engouffre par cette porte et se retrouve au beau milieu d'un labyrinthe qui visiblement m&#232;ne &#224; un ch&#226;teau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce d&#233;dale, elle croise des cartes &#224; jouer qui peignent des rosiers blancs en rouge, sous pr&#233;texte que la Reine n'aime que les rosiers rouges et que si elle s'aper&#231;oit que, par erreur, les cartes ont plant&#233; des rosiers blancs, elle n'h&#233;sitera pas &#224; leur trancher la gorge. Sa majest&#233; vient d'ailleurs d'&#234;tre annonc&#233;e par le lapin blanc (qui fait office de grand chambellan) et elle appara&#238;t finalement, aussi gauche qu'imposante, timidement suivie par un roi de c&#339;ur petit et fr&#234;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Reine s'aper&#231;oit imm&#233;diatement de la supercherie de la peinture rouge sur les rosiers blancs et r&#233;clame haut et fort que l'on coupe la t&#234;te aux coupables sur le champ. Alors qu'Alice tente de s'interposer, la Reine lui impose la r&#233;v&#233;rence et l'embrigade dans une folle partie de croquet dans laquelle les arceaux sont les cartes &#224; jouer, les maillets sont des flamants roses et les boules de dr&#244;les d'h&#233;rissons : tous ont int&#233;r&#234;t &#224; faire gagner la Reine qui n'h&#233;site pas &#224; r&#233;clamer la t&#234;te de quiconque, h&#233;risson, flamant rose ou carte, ne la fait pas gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le flamant rose d'Alice lui joue de mauvais tours, le Chat-foin ach&#232;ve d&#233;finitivement de mettre la Reine en col&#232;re en accrochant le flamant &#224; sa jupe royale, ce qui a pour effet de la faire tr&#233;bucher et tomber la t&#234;te la premi&#232;re dans le gazon. Se relevant, la Reine r&#233;clame imm&#233;diatement la t&#234;te d'Alice qu'elle tient pour responsable de sa chute. Le Roi obtient n&#233;anmoins un proc&#232;s, bien que celui-ci s'annonce totalement d&#233;loyal. Le verdict est sans surprise et la sentence pr&#233;f&#233;r&#233;e de la Reine tombe une nouvelle fois : &#171; coupez lui la t&#234;te ! &#187; Le Roi obtient &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; un sursis en faisant compara&#238;tre des t&#233;moins &#224; la barre : mais le li&#232;vre de mars, qui s'avance le premier, ne sait rien et n'a rien &#224; dire ; le loir qui sort de sa th&#233;i&#232;re ne demande, lui, qu'&#224; faire dodo ; et le chapelier toqu&#233; ne fait que s'empresser de f&#234;ter &#224; la Reine son &#171; non-anniversaire &#187; en lui offrant une bo&#238;te &#224; chapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Reine n'a pas sit&#244;t fait de d&#233;baller son cadeau et de mettre son chapeau sur la t&#234;te que celui-ci s'av&#232;re n'&#234;tre rien d'autre qu'une m&#233;tamorphose du Chat-foin qui fait une nouvelle apparition inopin&#233;e sur la t&#234;te de la Reine. Le loir affol&#233; court dans tous les sens poursuivit par ses deux amis qui envisagent de le calmer en le recouvrant de confiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette confusion g&#233;n&#233;rale, la Reine, exasp&#233;r&#233;e, r&#233;clame une nouvelle fois la t&#234;te d'Alice lorsque celle-ci, enfon&#231;ant ses deux mains dans sa robe, se souvient des deux morceaux de champignons qu'elle avait gliss&#233; dans ses poches. Mangeant les deux morceaux, Alice commence par grandir d&#233;mesur&#233;ment et snober la cour royale avant de rapetisser subitement et de s'offrir &#224; nouveau &#224; la sentence de la t&#234;te coup&#233;e. Elle s'enfuie alors dans le labyrinthe poursuivit par toutes les cartes dans un final rocambolesque o&#249; elle croise &#224; nouveau et successivement tous les acteurs du pays des merveilles, jusqu'&#224; ce qu'elle se retrouve face &#224; la poign&#233;e de porte par o&#249; elle &#233;tait entr&#233;e. S'approchant du trou de la serrure elle s'aper&#231;oit alors, au-dehors, dans le jardin du d&#233;but du film, endormie au pied d'un arbre. Se sommant de se r&#233;veiller, elle entend la voix de sa s&#339;ur qui lui r&#233;clame d'avoir l'obligeance de r&#233;citer sa le&#231;on d'histoire. Au lieu de cela, elle bredouille quelques phrases incoh&#233;rentes manifestement toutes droit sorties de ses aventures au pays des merveilles. Sur ce, sa s&#339;ur l'invite &#224; go&#251;ter et l'emm&#232;ne prendre&#8230; le th&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; &#192; LA D&#201;COUVERTE D'UNE NOUVELLE ZONE &#201;ROG&#200;NE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le &lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt; de Disney, aussi bien que le roman original, pr&#233;sente au spectateur un sc&#233;nario &#233;nigmatique, c'est peut-&#234;tre parce que le v&#233;ritable sujet qu'il entend traiter est lui-m&#234;me le sujet &#233;nigmatique par excellence. Pour Freud, nous le savons, il n'y a qu'une seule et v&#233;ritable &#233;nigme : la f&#233;minit&#233;. Faisons donc l'hypoth&#232;se que le v&#233;ritable enjeux inconscient du dessin anim&#233; de Disney est : la sexualit&#233; f&#233;minine et sa d&#233;couverte. Ainsi, interpr&#233;tons d'embl&#233;e le saut qu'effectue Alice dans le terrier, comme un saut &#224; la d&#233;couverte de la sexualit&#233; f&#233;minine inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions laiss&#233; notre petite fille en Blanche-neige, traversant le miroir de la f&#233;minit&#233; et le complexe d'&#338;dipe et, finalement, pr&#234;te &#224; &#234;tre r&#233;veill&#233;e &#224; la sexualit&#233; par son prince charmant. Les choses ne sont pas si simples. Si nous avions longuement expos&#233; le changement d'objet dont l'&#338;dipe de la petite fille se complique, passant de la m&#232;re au p&#232;re comme objet d'amour, il est une autre complication que nous n'avions fait qu'effleurer. Il s'agit du changement de zone &#233;rog&#232;ne. Si, &#224; l'acm&#233; de sa phase phallique, la petite fille subit de plein fouet la d&#233;ception de ne pas avoir de p&#233;nis, nous nous souvenons que cette d&#233;ception entra&#238;ne deux cons&#233;quences majeures qui se manifestent avec beaucoup d'acuit&#233; : un sentiment de pudeur accru et le d&#233;tournement de l'activit&#233; sexuelle masturbatoire clitoridienne. Il nous restait n&#233;anmoins une chose cruciale &#224; aborder, qui est la d&#233;couverte d'une nouvelle zone &#233;rog&#232;ne : la zone vaginale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette d&#233;couverte, &#224; la d&#233;couverte d'une nouvelle volupt&#233;, de ce nouveau pays des merveilles, que va s'employer Alice dans le dessin anim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au pied de l'arbre : la d&#233;prime infantile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet en pleine d&#233;ception, en pleine d&#233;prime infantile de la p&#233;riode de latence, que nous rencontrons Alice. Assise l&#224;, au pied de son arbre, plus rien ne l'int&#233;resse : elle est d&#233;&#231;ue par la m&#232;re dont elle a perdu l'amour et avec qui elle est entr&#233;e en rivalit&#233; ; le monde des adultes l'a d&#233;&#231;u &#224; cause des explications fausses et insuffisantes que les grandes personnes lui ont donn&#233; sur l'&#233;nigme de la sphinge et du &#171; comment fait-on les enfants ? &#187; ; enfin, Alice est d&#233;&#231;ue de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes et d'avoir &#233;t&#233; faite fille, &#171; castr&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la m&#232;re est ici tenu par la s&#339;ur a&#238;n&#233;e d'Alice et les histoires qu'elle lui raconte n'int&#233;ressent plus la petite fille : elle contemple, pleine d'ennui, son image &#171; troubl&#233;e &#187; de petite fille &#171; castr&#233;e &#187; dans l'eau du lac. C'est d&#233;j&#224; &#224; travers ce &#171; trouble &#187; qu'elle entr'aper&#231;oit le lapin blanc. C'est ici le premier indice qui nous fait deviner que la castration va faire op&#233;rer &#224; Alice un quart de tour cr&#233;ateur et que l'acc&#232;s &#224; sa symbolisation va peut-&#234;tre finir par faire sortir notre petite h&#233;ro&#239;ne de sa d&#233;prime infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La couronne de p&#226;querette et la toison du lapin blanc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e tente de l'int&#233;resser &#224; la couronne du futur roi d'Angleterre Guillaume le Conqu&#233;rant, Alice tresse, elle, une autre couronne : une couronne de p&#226;querettes. Nous sommes l&#224;, plong&#233;s au c&#339;ur d'une r&#233;flexion apparemment anodine et fantaisiste que Freud se faisait dans sa cinqui&#232;me conf&#233;rence d'introduction &#224; la psychanalyse et dont le sujet, faut-il le rappeler, &#233;tait la f&#233;minit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La F&#233;minit&#233; &#187;, Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (r&#233;flexion que Jacques Lacan poursuivra &#224; sa mani&#232;re et mettra en quelque sorte en acte dans sa topologie des n&#339;uds). Freud observant que l'on a coutume d'attribuer &#224; l'homme et non &#224; la femme, les grandes conqu&#234;tes techniques et intellectuelles de l'humanit&#233;, souhaitait &#233;quilibrer la balance en soulignant qu'il faut attribuer &#224; la femme, l'invention d'une technique peut-&#234;tre plus anodine, mais non moins fondamentale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Or si l'on observe la R&#233;volution industrielle du milieu du XVIIIe si&#232;cle, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : celle du tissage et du tressage. Or justement, Freud attribue &#224; la pudeur et &#224; la d&#233;ception sp&#233;cifiquement f&#233;minine cette activit&#233;. En s'adonnant &#224; cette activit&#233; de tissage, la femme exprime une activit&#233; inconsciente d'enlacement et de tressage des poils pubiens qui consiste &#224; symboliquement dissimuler l'inf&#233;riorit&#233; de ses organes g&#233;nitaux et son manque de p&#233;nis. Cette activit&#233; nonchalante et enjou&#233;e compense ici la d&#233;prime infantile sp&#233;cifiquement f&#233;minine. C'est l&#224;, le second indice qui nous fait comprendre qu'Alice commence &#224; entrevoir la castration comme cr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fourrure du lapin blanc et le temps de la castration cr&#233;atrice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice est lasse, Alice est lass&#233;e par le monde du conscient des adultes (qui est celui de la morale victorienne &#224; son &#233;poque) ; Alice est d&#233;&#231;ue de ne pas &#234;tre un gar&#231;on, lorsque tout &#224; coup, une lueur d'espoir surgit comme un &#233;clair : elle aper&#231;oit un lapin blanc affubl&#233; d'une montre gigantesque et qui court apr&#232;s le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre avec le lapin blanc et cette montre va lui ouvrir une nouvelle question : cette diff&#233;rence des sexes, cette castration dont elle se croit affubl&#233;e, ne serait-elle pas cr&#233;atrice ? C'est la question principale du film de Disney et du roman de Lewis Carroll.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la montre, le chronom&#232;tre, c'est bien s&#251;r Cronos qui d&#233;vore les petits enfants, Cronos le castrateur qui coupe les bourses de son p&#232;re. Dans la mythologie grecque en effet, Cronos, c'est le temps, la destin&#233;e. Plus jeune des fils d'Ouranos (le Ciel), c'est lui qui, &#224; l'aide d'une faucille que lui fournit sa m&#232;re, Ga&#239;a (la Terre), la venge en coupant les testicules de son p&#232;re. Une fois sur le tr&#244;ne &#8212; et afin d'&#233;chapper &#224; sa destin&#233;e royale qui veut que chaque roi soit renvers&#233; par un de ses fils &#8212;, Cronos exige de son &#233;pouse qu'elle lui livre tous ses nouveau-n&#233;s pour les d&#233;vorer. Ainsi Cronos est-il le temps castrateur et mangeur d'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette castration est n&#233;anmoins f&#233;conde et cr&#233;atrice. Dans la tradition populaire grecque, par exemple, c'est du sperme tomb&#233; du Ciel &#8212; du sexe d'Ouranos &#8212;, au moment de sa castration par son propre fils Cronos, que na&#238;t la V&#233;nus-Aphrodite, d&#233;esse de l'amour, de la beaut&#233; et de la f&#233;condit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors, s'&#233;lan&#231;ant de sa retraite, Cronos le saisit de la main gauche, et, de la droite, agitant sa faux immense, longue, ac&#233;r&#233;e, d&#233;chirante, il le mutile, et jette au loin derri&#232;re lui sa honteuse d&#233;pouille. [&#8230;] Cependant ces divins d&#233;bris, que le tranchant du fer avait d&#233;tach&#233;s, &#233;taient tomb&#233;s dans la vaste mer ; longtemps, ils flott&#232;rent &#224; sa surface, et, tout autour, une blanche &#233;cume s'&#233;leva, d'o&#249; naquit une jeune d&#233;esse &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;siode, &#171; La Th&#233;ogonie &#187;, Po&#232;tes moralistes de la Gr&#232;ce, traduit par M. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au lapin blanc, il symbolise tout &#224; la fois l'image de la fourrure du sexe f&#233;minin et celle de la blancheur de son innocence. Le lapin blanc, c'est bien s&#251;r la virginit&#233; f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par condensation, l'association de la virginit&#233; de la toison f&#233;minine et du temps castrateur et d&#233;voreur d'enfant, symbolise ici la destin&#233;e derni&#232;re d'Alice : en tant que femme, elle est promise, d'un point de vue social et conscient, &#224; la fin de l'innocence de l'enfance, au mariage et &#224; la suj&#233;tion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La suj&#233;tion est d'ailleurs le th&#232;me de la le&#231;on de la s&#339;ur : &#171; la soumission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et, d'un point de vue strictement sexuel, &#224; la menstruation et plus tard &#224; la d&#233;floration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'Alice aper&#231;oit le lapin blanc courir avec sa montre, elle entrevoit sa destin&#233;e, et sa destin&#233;e non pas tant sociale que sexuelle : elle s'en montre curieuse et d&#233;cide de satisfaire &#224; cette curiosit&#233; sexuelle de petite fille en plongeant la t&#234;te la premi&#232;re dans le trou de l'inconscient, dans le trou du &#199;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le saut dans le terrier et l'entr&#233;e dans le pays des fantasmes sexuels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on sait que voler, descendre ou monter (escaliers, &#233;chelles, etc.) exprime, dans le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, la volupt&#233; sexuelle, l'interpr&#233;tation du saut dans le terrier du lapin blanc ne doit faire aucun doute : il symbolise et doit s'interpr&#233;ter comme un saut dans le monde de la fantaisie et des fantasmes sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce saut est sp&#233;cifique de la f&#233;minit&#233;, dans la mesure o&#249; l'entr&#233;e sp&#233;cifique de la petite fille dans l'&#338;dipe, on s'en souvient, la pousse en dehors du domaine de la sexualit&#233; consciente et des jeux sexuels. Tenue &#224; l'&#233;cart des jeux sexuels, la petite fille s'en trouve d'autant plus &#233;veill&#233;e et s'attarde d'autant plus au domaine de la fantaisie et des fantasmes. Alors que la fin de la p&#233;riode de latence et le d&#233;but de la p&#233;riode de la pubert&#233; est, pour le jeune gar&#231;on, une p&#233;riode d'essais, de transgressions et de jeux sexuels, la petite fille est, de part la configuration sp&#233;cifique de son &#338;dipe, plus dispos&#233;e &#224; la r&#234;verie et au monde des merveilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apercevant le terrier et le lapin blanc affair&#233; s'y pr&#233;cipiter, plus que jamais curieuse, Alice p&#233;n&#232;tre dans le trou du sexuel, non en acte comme le petit gar&#231;on, mais en r&#234;verie. Nous retrouvons la curiosit&#233; sexuelle de Pinocchio, sous la forme ici sp&#233;cifiquement f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La jupe qui s'ouvre comme un parachute et l'exhibitionnisme des petites filles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La magnifique descente d'Alice dans le trou du sexuel n'est pas sans &#233;voquer l'exhibitionnisme sp&#233;cifique des petites filles. Elles aussi, connaissent, bien s&#251;r, un stade exhibitionniste, comme les petits gar&#231;ons. Soulevant leur jupe, elles montrent leur culotte &#224; tous les passants comme le dit la comptine :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Quand j'&#233;tais petit&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je n'&#233;tais pas grand.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je montrais mes fesses&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; tous les passants.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon papa disait :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Veux-tu le cacher ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je lui r&#233;pondais :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Veux-tu l'embrasser ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On sait comment Lewis Carroll a &#233;crit son ouvrage : tout commence un &#233;t&#233; 1862, la journ&#233;e du 4 juillet plus pr&#233;cis&#233;ment. Ce jour-l&#224;, Charles Dodgson (&lt;i&gt;alias&lt;/i&gt; Lewis Carroll) et un de ses coll&#232;gues de l'Universit&#233; d'Oxford o&#249; il enseigne les math&#233;matiques, invitent trois charmantes petites filles, Alice Liddel et ses deux s&#339;urs Lorina et Edith, &#224; une partie de canot sur une petite rivi&#232;re en amont de la Tamise, l'Isis, r&#233;put&#233;e pour ses courses d'aviron et ses magnifiques promenades en barque. Alice Liddel est alors &#226;g&#233;e de dix ans et l'histoire raconte comment Lewis Carroll, charm&#233; par cette petite fille &#233;veill&#233;e, la courtis&#226;t chastement en lui racontant des histoires &#224; dormir debout. L'on imagine Alice assise et faisant virevolter sa jupe face &#224; un Lewis Carroll improvisant les devinettes abracadabrantes tout en magnant l'aviron. Une fois descendue du canot, la petite fille pleine de vivacit&#233; lui demande d'&#233;crire toutes ces histoires. Il s'y att&#232;le et accomplit son chef-d'&#339;uvre : il le signe de son nom d'emprunt et l'offre &#224; sa muse inspiratrice deux ans plus tard, le 26 novembre 1864.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En regardant cette superbe descente dans le terrier du lapin, l'on imagine l'exhibitionnisme des petites filles ramant dans la barque. Une c&#233;l&#232;bre photo d'Alice Liddell par Lewis Carroll datant de 1858 la montre d'ailleurs, les pieds nus, en train de l&#233;g&#232;rement retrousser ses jupes. Il faut ici louer tout le g&#233;nie de Lewis Carroll, qui a su, &#224; sa mani&#232;re, saisir et d&#233;peindre l'essence de la sexualit&#233; f&#233;minine &#224; partir de l'observation d'une petite fille : il a su faire preuve, &#224; la mani&#232;re des po&#232;tes, d'une perspicacit&#233; pr&#233;-analytique hors du commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La porte de la passe-impossible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;e en bas, Alice se trouve vite d&#233;sempar&#233;e, lorsque lanc&#233;e &#224; la poursuite du lapin blanc, elle tombe sur une petite porte cach&#233;e derri&#232;re le rideau rouge. S'avan&#231;ant vers ce tableau qui n'est pas sans nous rappeler celui de &lt;i&gt;L'Origine du monde&lt;/i&gt; de Gustave Courbet, Alice tombe face &#224; la platine de la porte : si la poign&#233;e ressemble &#224; un nez, surplombant le trou de la serrure, l'ensemble n'est pas sans &#233;voquer la sp&#233;cificit&#233; du sexe f&#233;minin. D'ailleurs, la vulve et l'entr&#233;e du vagin sont souvent consid&#233;r&#233;es comme le seuil de la matrice humaine, dont elle prot&#232;ge l'ouverture par une &#171; double porte &#187; : les grandes puis les petites l&#232;vres, pr&#233;c&#233;d&#233;e par ce que l'on appelle &#233;galement &#171; le vestibule vulvaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice n'a manifestement pas la cl&#233; : elle n'est pas porteuse du fameux p&#233;nis-membre masculin. L'&#233;nigme de sa sexualit&#233; s'offre &#224; elle. La porte &#8212; &#171; impassable &#187; mais pas &#171; impossible &#187; &#8212; lui donne alors une &#233;nigme &#224; r&#233;soudre qui n'est pas sans nous rappeler celle que la passeuse de sorci&#232;re pose &#224; Blanche-neige. Elle lui envoie une table, sur laquelle est pos&#233;e un flacon, sur l'&#233;tiquette du quel est &#233;crit : &#171; Buvez-moi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crainte d'&#234;tre empoisonn&#233;e et la r&#233;gression orale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice est alors face &#224; sa pulsion orale et &#224; sa libido premi&#232;re : la libido maternelle. &#192; la fois tendres et hostiles, les d&#233;sirs oraux sont agressifs et peuvent soudain surgir, transform&#233;s en repr&#233;sentations angoissantes. Le parall&#232;le avec Blanche-neige face &#224; la pomme de la sorci&#232;re est flagrant. Au moment de s'emparer du flacon que la porte lui a conseill&#233;, notre petite fille se met &#224; lire attentivement l'&#233;tiquette. &#171; Il faut &#234;tre tr&#232;s prudent &#187;, dit Alice, &#171; regardons bien s'il n'y pas marqu&#233; : poison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crainte d'&#234;tre empoisonn&#233;e, c'est la libido de la fille pour la m&#232;re qui, renvers&#233;e en son contraire, s'exprime ici de mani&#232;re angoissante. Cette angoisse s'associe au ressentiment que la petite fille garde de la d&#233;ception d'avoir perdu l'amour maternel, laquelle s'exprime &#233;galement plus facilement de mani&#232;re orale, en un reproche que l'enfant adresse &#224; la m&#232;re, de ne pas lui avoir pas donn&#233; assez de lait dans son enfance. En d'autres termes, le &#171; Buvez-moi &#187; condense ici l'angoisse de la libido maternelle et des d&#233;sirs sadiques oraux pour la m&#232;re, avec la d&#233;ception &#339;dipienne d'avoir &#233;t&#233; fa&#238;te fille (&#171; castr&#233;e &#187;) par la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En buvant, Alice r&#233;tr&#233;cit : c'est-&#224;-dire qu'elle r&#233;gresse &#224; des stades ant&#233;rieurs du d&#233;veloppement de sa libido, avant de grandir en mangeant quelque chose d'un peu plus consistant et solide. Alice &#171; passe &#187; : elle passe de mani&#232;re plastique d'un stade de la libido &#224; l'autre. Boire le liquide du flacon, d'abord, repr&#233;sente ici le stade oral s'organisant autour du sein maternel ; manger le g&#226;teau repr&#233;sente ensuite le stade anal, dans lequel l'enfant entre au moment o&#249; il mange des aliments solides, ses f&#232;ces devenant elles-m&#234;mes consistantes ; enfin, lorsqu'elle s'empare de la cl&#233; &#8212; et sachant que le mot &#171; clitoris &#187; est tir&#233; du mot grec &lt;i&gt;kleitoris&lt;/i&gt; qui signifie &#171; petite clef &#187; &#8212; Alice passe alors au stade phallique organis&#233; autour de la jouissance masturbatoire clitoridienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les larmes de la jouissance et la plasticit&#233; de la libido d'Alice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ces stades ne lui procure pour autant pleine et totale satisfaction. Inconsolable, Alice pleure autant la perte de l'amour et du sein maternel (elle gardera d'ailleurs tout au long de ses p&#233;rip&#233;ties, une faim inapaisable en souvenir de l'aliment premier qu'il l'a nourrit : le sein), que la perte de la cl&#233;, c'est-&#224;-dire la perte du fameux p&#233;nis, le membre masculin dont elle se r&#233;alise qu'elle n'est pas porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les pleurs d'Alice repr&#233;sentent &#233;galement la plasticit&#233; des stades de sa libido et par cons&#233;quent de sa jouissance. Comme le souligne Freud dans &lt;i&gt;l'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, dans le langage de l'inconscient, les s&#233;cr&#233;tions du corps humain peuvent se symboliser les unes par les autres par condensation ou m&#233;tonymie. Ainsi, le liquide spermatique par exemple, peut-il &#234;tre repr&#233;sent&#233; par l'urine et r&#233;ciproquement. Dans notre cas, les larmes (mucosit&#233;s des yeux) qui d&#233;bordent expriment &#233;galement la jouissance de la libido &#224; chaque stade d'organisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pleurs d'Alice peuvent aussi s'interpr&#233;ter comme une tentative d'uriner (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est gr&#226;ce &#224; cette plasticit&#233; de sa libido (au fait qu'elle ne reste pas fix&#233;e en un point pr&#233;cis du d&#233;veloppement de la fonction sexuelle) qu'Alice se sort de cette premi&#232;re emb&#251;che. Redevenue petite apr&#232;s avoir r&#233;gress&#233;e au stade oral et bu le flacon pris sur la table (jouissance orale), elle tombe comme un d&#233;chet dans un r&#233;cipient ad&#233;quat (stade de la jouissance anale) et passe par le trou de la serrure (jouissance phallique). La topologie des jouissances qui s'interp&#233;n&#232;trent est magnifiquement mise en sc&#232;ne par le dessin anim&#233; : avec Disney, l'inconscient parle au spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette topologie est d'ailleurs explicitement chant&#233;e par le Dodo, dans sa &lt;i&gt;Course saugrenue&lt;/i&gt;, o&#249; se succ&#232;dent &#171; avant-arri&#232;re &#187;, &#171; dessous-dessus &#187;, &#171; en bas-en haut &#187; et : &#171; un pas de c&#244;t&#233;, sautez, glissez &#187;. D&#233;placement m&#233;tonymique et condensation sont ici &#224; l'&#339;uvre et repr&#233;sentent les m&#233;tamorphoses de la libido de l'inconscient. C'est &#171; gai &#187; et &#171; rigolo &#187;, c'est la libido &#8212; pourrait-on dire. L'inconscient avec ses r&#233;p&#233;titions (&#171; on en a jamais assez &#187;) et son plaisir cadenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu perdue au milieu de cet oc&#233;an de jouissance et de ses r&#233;p&#233;titions, Alice s'&#233;choue finalement sur le sable o&#249; elle ass&#232;che sa libido en rencontrant le lapin blanc munit de la montre du temps castrateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tweedle Dee et Tweedle Dum : &#171; Que les gar&#231;ons sont b&#234;tes ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle fois lanc&#233;e &#224; sa poursuite, Alice tombe sur les jumeaux &lt;i&gt;Tweedle Dee&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Tweedle Dum&lt;/i&gt; qui, en mal de compagnie, lui demande de rester et de s'int&#233;resser &#224; eux. Alice se pr&#233;sente et s'appr&#234;te &#224; passer son chemin lorsque, pour la retenir, les jumeaux lui proposent de jouer &#224; cache-cache, au furet, d'assister &#224; une belle bagarre. Joueurs et faisant tout pour se rendre int&#233;ressants, les jumeaux repr&#233;sentent ici les gar&#231;ons. Alice a d&#233;j&#224; pass&#233; l'&#226;ge et ne semble plus int&#233;ress&#233;e. Comme Freud le souligne, &#224; &#226;ge &#233;gal les filles sont plus intelligentes et plus vives que les gar&#231;ons. Comme nous l'avons &#233;galement vu, cela tient &#224; la configuration particuli&#232;re de leur &#338;dipe et notamment &#224; la d&#233;ception et un d&#233;tournement de la sexualit&#233; plus important chez elles. Les filles se tournent plus t&#244;t vers le monde ext&#233;rieur et vers les activit&#233;s intellectuelles. Alors que les jumeaux de gar&#231;ons en sont encore &#224; la bagarre et &#224; la p&#233;riode des &#171; pourquoi &#187; (ils posent plusieurs fois cette question &#224; Alice), la petite fille n'est quant &#224; elle plus int&#233;ress&#233;e et souhaite passer son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identifiant enfin comme appartenant &#224; l'autre sexe, les jumeaux la trouvent &#171; curieuse &#187;. &#192; cet &#226;ge, les gar&#231;ons sont quant &#224; eux d&#233;&#231;us par les filles qui se d&#233;sint&#233;ressent des jeux &#224; forte d&#233;charge libidinale (bagarre, cache-cache, etc.). Les deux jumeaux se mettent alors &#224; lui raconter une histoire de fille : l'histoire du Morse et du Charpentier ou la navrante histoire des petites hu&#238;tres trop curieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fantasme de s&#233;duction et l'histoire de Monsieur Morse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Morse, avec ses d&#233;fenses en forme de longues dents, c'est bien s&#251;r le vieux monsieur affam&#233;, qui veut jouer avec les petites filles. Le r&#244;le des petites filles est jou&#233; ici par les hu&#238;tres, dont la forme envelopp&#233;e du coquillage &#233;voque ind&#233;niablement la structure du sexe f&#233;minin : les membranes de ce mollusque bivalves d&#233;peignent la vulve et l'imbrication des petites et grandes l&#232;vres, surmont&#233;es d'une perle : le clitoris. Elles sont encore au berceau lorsque le Morse s'adresse &#224; elles et leur tient ce langage : &#171; Ch&#232;res hu&#238;tres, comme vous &#234;tes jolies et m&#234;me app&#233;tissantes, faisons un tour en bons amis &#224; mar&#233;e descendante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le symbolisme de l'hu&#238;tre ne doit laisser planer aucun doute : c'est la jouissance du sexe f&#233;minin, myst&#233;rieuse et cach&#233;e. Pour revenir &#224; Cronos et &#224; la mythologie grecque, c'est &#8212; selon la l&#233;gende &#8212; port&#233;e par une conque d'hu&#238;tre qu'Aphrodite &#233;mergea de l'oc&#233;an, pour voguer, pouss&#233;e par les vents, jusqu'aux rivages de l'&#238;le de Cyth&#232;re. Quant au c&#244;t&#233; myst&#233;rieux et cach&#233; du symbolisme de l'hu&#238;tre, n'oublions pas que le terme ostracisme vient du grec &lt;i&gt;ostrakon&lt;/i&gt;, d&#233;clin&#233; en &lt;i&gt;ostr&#230;&lt;/i&gt; en latin, signifiant originellement la coquille d'hu&#238;tre. Lorsque l'assembl&#233;e des citoyens d'Ath&#232;nes choisissait de bannir et de condamner &#224; l'exil un individu de la cit&#233;, la coutume voulait que l'on inscrive son nom dans une coquille d'hu&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Associ&#233;e &#224; la f&#233;condit&#233;, &#224; l'amour et la beaut&#233;, autant qu'au myst&#232;re, l'hu&#238;tre est le symbole par excellence du sexe f&#233;minin et de sa perle, le clitoris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire du Morse et du Charpentier ou la navrante histoire des petites hu&#238;tres trop curieuses, nous reconnaissons le fantasme de s&#233;duction, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; au masculin dans &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;, ici d&#233;clin&#233; au f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la crainte d'&#234;tre empoisonn&#233;e se rapporte &#224; la m&#232;re et &#224; l'histoire pr&#233;&#339;dipienne de la petite fille, la crainte d'&#234;tre s&#233;duite se rapporte quant &#224; elle au p&#232;re et &#224; l'entr&#233;e de plein pied de la petite fille dans l'&#338;dipe : c'est ce qu'on appelle le fantasme de s&#233;duction qui existe aussi pour les fillettes des contes enfantins qui s'effrayent &#224; la vue du loups, de sa longue queue &#233;paisse et de ses longues dents : &#171; Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes dents. C'est pour te manger. Et en disant ces mots, ce m&#233;chant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea &#187; (&lt;i&gt;Le petit Chaperon rouge&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du strict point de vue de la dynamique inconsciente, ce fantasme est incontournable et structurant dans la mesure o&#249; il permet de symboliser la dimension sexu&#233;e du d&#233;sir dans la demande d'amour que l'enfant encore immature adresse &#224; l'adulte. Comme le souligne Guy Rosolato&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Rosolato, La port&#233;e du d&#233;sir, PUF, Paris, 1996, p. 81 et suiv.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;nigme du sexuel et de l'amour se donne &#224; entendre, par le fantasme, sous la forme d'une r&#233;v&#233;lation, voire d'une &#233;lection. C'est ce m&#234;me fantasme de s&#233;duction qui est &#224; l'&#339;uvre et sous-jacent &#224; tout mythe ou religion. Tel Jacob en lutte avec l'ange ou saint Paul frapp&#233; par la foudre de Dieu, sainte Th&#233;r&#232;se est elle aussi s&#233;duite et d&#233;flor&#233;e par la fl&#232;che de l'ange tel que Le Bernin la repr&#233;sente en son extase&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Transverb&#233;ration de sainte Th&#233;r&#232;se ou L'Extase de Sainte Th&#233;r&#232;se de Gian (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au-del&#224; de toute s&#233;duction r&#233;elle &#8212; dont le caract&#232;re condamnable n'a jamais &#233;t&#233; remis en cause par Freud et la psychanalyse &#8212; le fantasme de s&#233;duction est un temps fort et structurant de la dynamique sexuelle inconscient, o&#249; l'enfant fille ou gar&#231;on entraper&#231;oit &#224; la fois son destin et son origine sexu&#233;e. Le caract&#232;re structurant du fantasme est d'ailleurs soulign&#233; par les jumeaux, lesquels s'empressent de pr&#233;ciser qu'il y a une moralit&#233; &#224; tirer de cette histoire, m&#234;me si Alice la trouve bien triste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au vieux monsieur Morse, tout cyanos&#233; apr&#232;s son bon repas, il est autant poursuivit par sa propre culpabilit&#233; que par le Charpentier jaloux. Tel le p&#232;re Fran&#231;ois qui marche sur la t&#234;te, il a la sexualit&#233; d&#233;traqu&#233;e ; et comme le chantent les jumeaux &#224; propos de cette nouvelle histoire qui n'a gu&#232;re l'air d'int&#233;resser Alice : &#171; &#192; votre &#226;ge croyez-vous que c'est bien ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La grossesse d'Alice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette &#233;tape de la s&#233;duction, Alice arrive devant la maison du lapin blanc qui, affair&#233; &#224; la recherche de ses gants, crie par la fen&#234;tre : &#171; Marianne &#187;. Si l'on se rappelle que le lapin symbolise la toison externe du sexe f&#233;minin, la maison doit logiquement en symboliser l'int&#233;rieur, &#224; savoir : le vagin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste Marianne est le pr&#233;nom maternel par excellence associant Marie et Anne, les deux pr&#233;noms maternels du Christ ; aussi, depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, Marianne ne repr&#233;sente-t-elle pas la nourrici&#232;re au sein nu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les gants blancs (que le lapin demande &#224; Alice d'aller chercher &#224; l'int&#233;rieur) sont symboles de puret&#233;, le doigt du gant, en ce qu'il sert &#224; repr&#233;senter l'invagination, symbolise avant tout l'ut&#233;rus et la paroi ut&#233;rine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En p&#233;n&#233;trant dans la maison du lapin, Alice p&#233;n&#232;tre &#224; l'int&#233;rieur du sexe f&#233;minin, plus pr&#233;cis&#233;ment dans l'ut&#233;rus maternel. Se saisissant d'un g&#226;teau qu'elle trouve dans un recoin de la maison, Alice le mange comme une maman est sens&#233;e manger la petite graine et grandit comme le b&#233;b&#233; dans le ventre f&#233;cond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; maturit&#233; et occupant tout l'espace ut&#233;rin, la question est alors, encore une fois, celle de l'&#233;nigme de la sphinge : &#171; comment sortent les b&#233;b&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lapin blanc appelle alors le Dodo &#224; la rescousse, qui en accoucheur de fortune, ne semble pas plus avanc&#233; sur la question, ou alors joue bien son r&#244;le de grande personne qui semble ne rien savoir et ne rien vouloir dire sur la fameuse &#233;nigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se reposant sur la plus connue des th&#233;ories infantiles de la naissance, l'ing&#233;nu Dodo &#233;met alors l'hypoth&#232;se d'une sortie par la chemin&#233;e, autrement dit d'un accouchement par l'anus. C'est la fameuse th&#233;orie cloacale de la naissance, la chemin&#233;e symbolisant l'anus par o&#249; sort une suie noire et malodorante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ternuement d'Alice, ainsi que le feu qui prend dans la maison, n'en symbolisent pas moins l'orgasme du co&#239;t initial o&#249; Bill le l&#233;zard, avec sa fameuse queue qui repousse d&#232;s qu'on l'arrache et son &#233;chelle &#233;rectile, vient en lieu et place du membre p&#233;nien paternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'impasse d'une telle th&#233;orie cloacale de la naissance, manger la carotte et r&#233;gresser au stade phallique qu'elle repr&#233;sente devient la seule solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des fleurs dou&#233;es de parole et la question de l'identit&#233; sexuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chemin faisant, Alice entre ensuite dans un champ de fleurs qui parlent et qui chantent. Les fleurs, c'est bien s&#251;r le sexe f&#233;minin et la pulsion sexuelle, qui s'associant &#224; la pulsion orale si ch&#232;re &#224; Alice, s'expriment par des papillons tartines-beurr&#233;es qui butinent de-ci de-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pulsions se distinguant d'abord par leur &#233;tonnante capacit&#233; &#224; &#233;changer leurs objets et leurs buts, c'est-&#224;-dire par leur &#233;tonnante capacit&#233; &#224; se condenser et &#224; se d&#233;placer, la pulsion orale et la pulsion sexuelle sont ici associ&#233;es dans le papillon-tartine beurr&#233;e o&#249; la pulsion sexuelle est repr&#233;sent&#233;e par le papillon (papillonner signifie en effet au sens figur&#233; : aller sans attache d'un objet d'amour &#224; l'autre) et la pulsion orale par l'objet app&#233;tissant qu'est la tartine beurr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'hippocampe-papillon, il symbolise magnifiquement, de par sa forme et son allure virevoltante, la jouissance f&#233;minine clitoridienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fleurs chantent le joli mois de mai, mois qui symbolise le printemps et par cons&#233;quent la f&#233;condit&#233;, l'abondance et la sexualit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Corn&#233;lies et ailes d'or dansent et volent&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le soleil est encore endormi&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et les fleurs entrouvrent leurs corolles&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un matin de mai fleuri&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de cette ode &#224; la sensualit&#233; renaissante du printemps, les fleurs prenant Alice pour une fleur, lui demandent de quelle vari&#233;t&#233; est-elle ? Bref, on l'aura compris, du point de vue de l'inconscient, est ici pos&#233;e la question principale du genre sexu&#233;. Lorsque les fleurs demandent &#224; Alice de quel genre est-elle, elle lui demande si elle est fille ou gar&#231;on ? On sait en effet que la question principale que se pose la petite fille &#224; la fin de la phase phallique (&#224; son entr&#233;e dans l'&#338;dipe) est celle de savoir si elle est fille ou gar&#231;on. On se souvient que se prenant tout d'abord pour un gar&#231;on et soutenant la comparaison p&#233;nis-clitoris, elle est ensuite repouss&#233;e et exclue comme non-d&#233;tentrice du membre viril, lorsqu'elle s'aper&#231;oit que son clitoris ne soutient pas la comparaison avec celui du petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui arrive ici &#224; Alice, de mani&#232;re imag&#233;e, lorsqu'elle n'arrive pas &#224; se faire comprendre par les fleurs : elle est repouss&#233;e, et les fleurs prenant sa robe pour des p&#233;tales et ne sentant aucun parfum s'en d&#233;gager, Alice est assimil&#233; &#224; quelques mauvaises herbes des champs, du chiendent ! Bien qu'elle refuse tout d'abord d'en convenir, niant tout d'abord sa &#171; castration &#187; et sa f&#233;minit&#233;, Alice est d&#233;&#231;ue et finalement bannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice rejoint un instant le destin des femmes de nombreuses soci&#233;t&#233;s primitives. S'appuyant sur les travaux de Crawley, Freud souligne en effet que dans de nombreuses soci&#233;t&#233;s tribales, &#171; la femme dans son entier est tabou &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Constatant la diff&#233;rence des sexes et ne sachant que faire face &#224; ce qu'il interpr&#232;te comme une &#171; castration &#187; sp&#233;cifiquement f&#233;minine, l'homme primitif n'h&#233;site pas &#224; poser un tabou sur les femmes en g&#233;n&#233;ral et, en quelque sorte, craint d'&#234;tre contamin&#233; par la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tabou g&#233;n&#233;ral de la femme est bien &#233;videmment &#224; attribuer au complexe de castration dans lequel l'homme est emp&#234;tr&#233; et &#224; bien du mal &#224; se sortir &#224; l'or&#233;e de l'histoire de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repouss&#233;e, bannie, pour sortir de sa phase d'organisation phallique, Alice ne peut plus &#233;lud&#233;e la question de son identit&#233; sexuelle. Elle doit affront&#233;e la sphinge et l'&#233;nigme de son avenir sexu&#233;. Elle la rencontre sous la forme de la chenille, d'allure &#233;minemment clitoridienne, amen&#233;e &#224; se transformer en papillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La chenille : de la jouissance clitoridienne &#224; la d&#233;couverte d'une nouvelle zone &#233;rog&#232;ne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, la chenille repr&#233;sente bien s&#251;r le clitoris : elle est petite, de forme phallique et poss&#232;de enfin une plasticit&#233; corporelle &#233;rectile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux m&#233;lop&#233;es de cette chenille bleue, observons que par opposition aux consonnes &#8212; qui se caract&#233;risent par une obstruction au passage de l'air dans la cavit&#233; buccale et les fosses nasales &#8212;, les voyelles repr&#233;sentent l'extase et la jouissance de la vocalisation et du libre passage de l'air (le souffle de la vie) dans les cavit&#233;s buccale et nasales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du reste, l'on sait que chez de nombreux peuples de l'Antiquit&#233; et tout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si le caract&#232;re phallique du champignon ne fait aucun doute, se retrouvant d'ailleurs explicitement dans le nom de nombreuses vari&#233;t&#233;s (&lt;i&gt;Phallus impudicus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Phallales&lt;/i&gt;, etc.), le narguil&#233; et ses vapeurs repr&#233;sentent bien entendu la jouissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sum&#233; : la chenille (clitoridienne) qui fait des voyelles (jouissance) sur un champignon (stade phallique) en fumant (jouissance orale) va poser la v&#233;ritable &#233;nigme &#224; Alice, l'&#233;nigme de son sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; &#187; demande la sphinge &#224; &#338;dipe ; anticipant la question, Alice ne sait plus qui elle est et se plaint de n'&#234;tre plus elle-m&#234;me. L'identit&#233; dont il est ici question est bien entendu l'identit&#233; sexuelle : &#171; Quel est ton sexe ?&#8230; &#187; demande ici la chenille &#224; Alice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que dans sa phase phallique, la petite fille conna&#238;t, &#224; l'instar des petits gar&#231;ons, une intense p&#233;riode masturbatrice. Si le petit gar&#231;on manipule son p&#233;nis avec une grande excitation et la petite fille se procure de voluptueuses sensations avec son clitoris, ni l'un ni l'autre ne semble reconna&#238;tre l'existence du vagin. L'on sait &#233;galement que la question de la diff&#233;rence des sexes semble tout d'abord se poser pour l'un et pour l'autre dans les termes du complexe de castration. C'est l&#224;, ce que parle la chenille avec son histoire &#233;nigmatique de long crocodile, toutes &#233;cailles et griffes dehors, qui ouvre grand sa gueule pour avaler les poissons-phalliques :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;C'est l'heure o&#249; le long crocodile&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Languissamment s'&#233;tire et b&#226;ille&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et fait glisser les eaux du Nil&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sur l'armure de ses &#233;cailles&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il ouvre gaiement sa gueule mutine&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et sort une griffe ainsi qu'un gros chat&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Avale trois poissons qui passaient par l&#224;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et va dig&#233;rer sur l'onde opaline&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#238;tes-moi avec exactitude quel est votre probl&#232;me ? &#187; demande la chenille &#224; Alice. R&#233;pondant d'une mani&#232;re on ne peut plus freudienne, la petite fille r&#233;torque qu'elle est trop petite (dix centim&#232;tres) et qu'elle voudrait &#234;tre un peu plus grande : en d'autres termes, elle voudrait vouloir rivaliser avec le p&#233;nis du petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce, la chenille lui donne la solution de l'&#233;nigme en une m&#233;tamorphose des plus symboliques : le vol en V des ailes d&#233;ploy&#233;es du papillon succ&#232;de &#224; la chenille, ce qui peut se traduire &#8212; dans le langage de l'inconscient &#8212; par : la jouissance du vagin (V comme vase f&#233;minin) doit succ&#233;der &#224; la jouissance clitoridienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit Freud, si le clitoris est bien tout d'abord, pour la petite fille, la zone &#233;rog&#232;ne pr&#233;dominante, celui-ci est appel&#233; &#224; c&#233;der &#171; tout ou partie de sa sensibilit&#233; &#187; au vagin et c'est l&#224;, la principale difficult&#233;, sp&#233;cifique &#224; son sexe, que la petit fille rencontre sur le chemin qui est le sien : celui de la maturit&#233; sexuelle (et qui est celui d'Alice dans le conte de Lewis Carroll).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chenille est cependant bien moins intransigeante que Freud. Dans une derni&#232;re &#233;nigme, elle lui r&#233;v&#232;le qu'un c&#244;t&#233; du champignon lui fera devenir plus grande, tandis que l'autre c&#244;t&#233; au contraire la fera rapetisser. Autrement dit, la petite fille qu'est Alice a d&#233;sormais, potentiellement, deux cordes &#224; son arc, c'est-&#224;-dire deux jouissances : l'une clitoridienne, l'autre vaginale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Go&#251;tant pour la premi&#232;re fois &#224; sa nouvelle zone &#233;rog&#232;ne, Alice &#171; monte au ciel &#187; et d&#233;passe la cime des arbres, pr&#233;cisant qu'elle n'est pas un serpent, c'est-&#224;-dire que sa jouissance n'est pas ici phallico-clitoridienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette jouissance extatique est encore repr&#233;sent&#233;e par les phrases sans queue ni t&#234;te que le Chat-foin d&#233;clame. C'est l&#224;, en effet, que le Chat-foin lui appara&#238;t avec son sourire en croissant de lune. Si le chat est le symbole du sexe f&#233;minin, que le sourire (par sa fente) et le croissant (par sa forme) symbolise &#233;galement la vulve et la partie apparente du sexe f&#233;minin, la condensation de ces trois &#233;l&#233;ments ne fait aucun doute sur la d&#233;couverte que fait ici Alice : il s'agit bien de cette nouvelle volupt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que comme le souligne Freud dans son &lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, dans le langage des r&#234;ves et de la symbolique inconsciente, les mots ou expressions incompr&#233;hensibles, comme c'est le cas des n&#233;ologismes, des d&#233;rivations impropres ou autres formations de mots si chers &#224; Lewis Carroll, sont l&#224; pour repr&#233;senter une signification sexuelle qui reste &#233;nigmatique au monde de la morale consciente. Ne doutons pas qu'il s'agit ici de la nouvelle jouissance qu'Alice d&#233;couvre dans son pays des merveilles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Fleurpageons les rhododendroves&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Gyrait et vomblait dans les vabes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;On frimait vers les p&#233;tunias&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et les momerates embradent&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Incapable de s'exprimer autrement que par &#233;nigmes, r&#233;p&#233;titions, oublis et contradictions, le Chat du Cheshire parle le langage du &#199;a et de la jouissance. C'est le langage de l'inconscient, le langage de la folie au sens de la plasticit&#233; totale (&#171; Tout le monde est fou &#187; ici pr&#233;cise le Chat-foin).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; ANGOISSE DE D&#201;FLORATION-CASTRATION : LE JABBERWOCKY ET LA VORPALINE &#201;P&#201;E&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est par ce langage, le langage de l'inconscient, si bien parl&#233; par Lewis Carroll avec ses fameux mots-valises, qu'Alice va r&#233;ussir &#224; sonder les tr&#233;fonds de son inconscient, faire volte-face &#224; ses angoisses les plus profondes et finalement retrouver le chemin qui est le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le non-anniversaire et la d&#233;s-identification (sexuelle)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice arrive alors au moment o&#249; le Chapelier-toqu&#233;, le Li&#232;vre de mars et le loir f&#234;tent r&#233;ciproquement leurs non-anniversaires, pour finalement proposer &#224; Alice de f&#234;ter le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit-l&#224;, bien entendu, d'une d&#233;s-identification, particuli&#232;rement d'une d&#233;s-identification sexuelle. Jusqu'&#224; la rencontre avec la chenille, nous avons vu qu'Alice se croyait identifi&#233;e sexuellement &#224; un petit gar&#231;on : elle se mesurait &#224; un point fixe, le p&#233;nis-membre masculin infantile. D&#233;sormais d&#233;barrass&#233;e de ce rep&#232;re spatio-temporel, elle d&#233;couvre une jouissance (f&#234;te) non-phallique encore plus grande que celle qu'elle vient de quitter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;-liquide qui coule de th&#233;i&#232;res en th&#233;i&#232;res et de tasses en tasses, figure explicitement et symboliquement dans le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, la jouissance du vase-r&#233;ceptacle f&#233;minin : la jouissance vaginale nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel un psychanalyste chevronn&#233;, le Chapelier-toqu&#233; (qui travaille du chapeau) invite Alice &#224; raconter son histoire : &#171; Maintenant ma ch&#232;re, j'ai l'impression que vous avez une pr&#233;occupation. Voulez-vous nous dire ce qui vous ennuie ? &#187; &#171; Racontez-nous du d&#233;but &#224; la fin &#187; pr&#233;cise le Li&#232;vre de mars. Arr&#234;tant subjectivement le r&#233;cit d'Alice, le Chapelier-toqu&#233;, le Li&#232;vre de mars et le Loir ponctuent l'histoire de signifiants (entendant par exemple th&#233; pour la lettre t) et de devinettes, de mani&#232;re &#224; lui faire acc&#233;der au versant inconscient de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, le Chapelier-toqu&#233;, en s'emparant de la montre du lapin blanc sous pr&#233;texte de la r&#233;parer (mais gu&#233;rir n'est pas le but premier de la psychanalyse), la casse et lib&#232;re ainsi Alice de son angoisse de castration (et/ou angoisse de perte de virginit&#233;). Comme le disait Jacques Lacan, &#171; on ne gu&#233;rit pas parce qu'on se rem&#233;more, on se rem&#233;more parce qu'on gu&#233;rit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Lacan, &#171; La direction de la cure &#187;, &#201;crits, Seuil, Paris, 1966, p. 624.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La for&#234;t de Tulgey et la gu&#233;rison d'Alice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir racont&#233;e son histoire &#224; ce psychanalyste de Chapelier-toqu&#233;, celui-ci l'a symboliquement d&#233;barrass&#233; du lapin et de la montre : en d'autres termes, par les coupures et devinettes qu'il a introduit dans son r&#233;cit, le Chapelier-toqu&#233; a fait comprendre &#224; Alice que si sa qu&#234;te &#233;tait l&#233;gitime (recherche sexuelle infantile), elle doit d&#233;sormais apprendre &#224; s&#233;parer le conscient de l'inconscient et revenir &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la for&#234;t o&#249; elle croit se perdre, Alice comprend d&#233;sormais, apr&#232;s-coup, sa curiosit&#233; : sa curiosit&#233; &#233;tait &#233;minemment de nature sexuelle. &#201;tait-elle pour autant un d&#233;faut ? Nous avons vu que non. Bien au contraire, elle est incontournable, pour autant qu'on sache s'arr&#234;ter et y mettre un terme, c'est-&#224;-dire que l'on sache &#224; un moment donn&#233;, s&#233;parer l'inconscient du conscient, que l'on sache s&#233;parer le sexuel du non-sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment revenir &#224; la r&#233;alit&#233; du monde conscient ? C'est encore une fois le Chat-foin (l'&#233;nigme du &#199;a inconscient) qui lui indique la voie et le chemin en lui ouvrant une porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le labyrinthe et le ch&#226;teau de la m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice se retrouve alors dans un labyrinthe. Or, comme le souligne Freud, dans le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, le labyrinthe et le ch&#226;teau sont deux symboles du ventre maternel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple Sigmund Freud, Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La question est encore ici celle d'en sortir, c'est-&#224;-dire une nouvelle fois la question de l'&#233;nigme de la sphinge : &#171; comment fait-on les enfants &#187; ou plut&#244;t, ici, &#171; par o&#249; sortent les enfants ? &#187; Le mythe du labyrinthe pouvant tout aussi bien s'accommoder d'une th&#233;orie cloacale, c'est-&#224;-dire d'une th&#233;orie anale de la naissance (dans laquelle l'enroulement du parcours figure la sinuosit&#233; de l'intestin) ou d'une th&#233;orie plus classique, dans laquelle le fil d'Ariane repr&#233;sente le cordon ombilical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, les roses et le rouge sanguin que notre h&#233;ro&#239;ne rencontre dans les tortueux chemins qui la m&#232;nent &#224; la Reine de c&#339;ur, nous confirme la th&#232;se selon laquelle Alice a acc&#233;der &#224; la diff&#233;rence des sexes et comprendre le ventre maternel comme &#233;tant le vase sacr&#233;, l'ut&#233;rus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tabou de la virginit&#233; et l'angoisse de la d&#233;floration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rose &#233;tant en effet le symbole du sexe f&#233;minin et le rouge celui du sang, Alice s'inqui&#232;te d&#233;sormais de son destin le plus imm&#233;diat. Ayant d&#233;couvert au cours de son p&#233;riple au pays des merveilles qu'elle &#233;tait une petit fille dot&#233;e non d'un p&#233;nis mais d'un sexe f&#233;minin, il reste &#224; Alice &#224; s'affronter &#224; une derni&#232;re angoisse : celle du sang et de la d&#233;floration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cartes (qui symbolisent le destin, la destin&#233;e) le chantent clairement &#224; Alice :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Peignons les roses en rouge &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et pleurons du fond du c&#339;ur &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ces tendres fleurs assassin&#233;es &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce soir seront fan&#233;es&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les roses (le sexe f&#233;minin) qui &#233;taient blanches (vierges) vont &#234;tre assassin&#233;es et rouges : c'est-&#224;-dire d&#233;flor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;floration, cet acte sexuel, est bien entendu symbolis&#233;e par le jeu du croquet que la Reine va imposer &#224; Alice. Le flamant rose et les deux h&#233;rissons, dont Alice est embarrass&#233;e, symbolisent l'appareil g&#233;nital masculin, dont la Reine sait ind&#233;niablement se servir (avec l'aide du roi) ; tandis qu'Alice, pour sa premi&#232;re fois, a du mal &#224; tenir son flamant rose en &#233;rection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re fois, Alice assimile cet acte &#224; la castration : &#171; coupons-lui la t&#234;te &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le pr&#233;cise Freud : &#171; Nous savons bien que la d&#233;capitation est le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne cesse de clamer la Reine de c&#339;ur, ce qui ne manque pas d'affoler Alice. Devant l'inconnu qui se profile, Alice a tendance &#224; r&#233;gresser et se voit confront&#233;e &#224; la rivalit&#233; premi&#232;re avec la m&#232;re. La Reine d&#233;bonnaire se transforme soudain en la figure col&#233;rique et mal&#233;fique de la sorci&#232;re r&#233;clamant la t&#234;te de quiconque se met sur son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Captiv&#233;e par cette identification premi&#232;re, le p&#232;re a bien du mal &#224; la tirer d'affaire : &#171; Pensez-vous que ce soit un carreau ? &#187; demande-t-il &#224; la Reine. &#171; Mais non, c'est une petite fille &#187; r&#233;pond cette derni&#232;re. &#171; Levez la t&#234;te, parlez distinctement et ne tortillez pas vos doigts &#187;, Alice est oblig&#233;e de faire la r&#233;v&#233;rence devant la figure maternelle qui lui apprend les bonnes mani&#232;res, captiv&#233;e qu'elle est par le miroir de la f&#233;minit&#233;. Nous retrouvons-l&#224; le motif de la captation par la figure de la Reine-m&#232;re tel qu'expos&#233; dans Blanche-neige et les sept nains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, c'est l'acte manqu&#233; du Chat-foin qui va faire tr&#233;bucher la Reine ; c'est-&#224;-dire que c'est en faisant parler son inconscient par dessus le discours conscient (acte manqu&#233;), qu'Alice va r&#233;ussir &#224; se d&#233;barrasser de son image au miroir de la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le proc&#232;s, l'acc&#232;s au symbolique et la diff&#233;rence entre le conscient et l'inconscient&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'engage alors un proc&#232;s : c'est-&#224;-dire que l'ordre symbolique vient couper l'imaginaire de la menace de castration et de la captation maternelle. C'est le r&#244;le du p&#232;re, si maigre semble-t-il &#224; premi&#232;re vue, qui est ici crucial. C'est lui qui convainc d'abord la Reine de faire &#171; rien qu'un gentil petit proc&#232;s &#187; et de faire ensuite entendre les t&#233;moignages, autant d'interventions qui retardent l'issue et s&#233;pare Alice de sa captation imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention du Chapelier-toqu&#233;-psychanalyste, notamment, est cruciale puisque c'est lui qui fait appara&#238;tre le Chat-foin dans le cadeau de non-anniversaire qu'il offre &#224; la Reine. Les pirouettes du langage de l'inconscient qu'ex&#233;cute le Chat-foin sur la t&#234;te de la Reine pr&#233;cipitent l'issu du proc&#232;s dont l'enjeu est, bien entendu, qu'Alice r&#233;ussisse &#224; faire la diff&#233;rence entre la castration et la d&#233;floration, entre le sexuel et le non-sexuel. C'est-&#224;-dire avoir acc&#232;s &#224; la loi, &#224; la castration symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement &#224; ce moment, qu'Alice se voyant dedans-dehors, endormie, r&#233;ussit &#224; se r&#233;veiller : c'est-&#224;-dire qu'elle r&#233;ussit &#224; faire la diff&#233;rence entre le conscient et l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant cette diff&#233;rence, elle symbolise la castration : par le r&#234;ve et l'inconscient elle a parl&#233; sa sexualit&#233;. Pour r&#233;sumer, on peut m&#234;me aller jusqu'&#224; dire que le saut dans le terrier et tout le voyage d'Alice symbolise non seulement la d&#233;couverte d'une nouvelle zone &#233;rog&#232;ne, mais &#233;galement l'angoisse d'Alice devant la d&#233;floration et la perte de sa virginit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tim Burton et le Jabberwocky&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Jabberwocky est le po&#232;me du premier chapitre du roman De l'autre c&#244;t&#233; du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs la th&#232;se implicite du sc&#233;nario du film r&#233;alis&#233; par Tim Burton en 2010, produit et distribu&#233; par &lt;i&gt;Walt Disney Pictures&lt;/i&gt;, puisqu'il place en pr&#233;ambule au saut dans le terrier et au d&#233;roulement de l'histoire de la d&#233;couverte du pays des merveilles, la demande en mariage qu'un jeune Lord aussi ridicule qu'arrogant, Hamish Ascot, adresse &#224; Alice Kingsely, jeune fille de bonne famille, bien peu empress&#233;e d'abandonner si vite l'insouciance et les belles ann&#233;es de sa jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apercevant un lapin blanc courir dans le d&#233;dale du jardin &#224; l'anglaise dans lequel a lieu la r&#233;ception mondaine, Alice pr&#233;texte un l&#233;ger temps de r&#233;flexion pour s'enfuir &#224; la recherche du fameux lapin : on conna&#238;t la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment de r&#233;flexion que se donne Alice, sonne comme un temps d'angoisse devant le destin qui l'attend : celui-ci s'exprime de mani&#232;re consciente et sociale par l'angoisse devant le mariage, mais de mani&#232;re inconsciente, comme angoisse devant un premier rapport sexuel et la perte de sa virginit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette angoisse de d&#233;floration s'explique bien s&#251;r en premier lieu par la perte de sang qu'elle occasionne et la crainte inconsciente que le sang v&#233;hicule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; elle s'explique ensuite &#8212; et d'un point de vue purement physique &#8212;, par la douleur de la d&#233;floration en elle-m&#234;me ; mais, surtout, cette angoisse s'explique par un autre motif inconscient, encore plus subtil &#224; comprendre que le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu avec &lt;i&gt;Blanche-neige&lt;/i&gt; qu'il semblait que la sexualit&#233; f&#233;minine vaginale pr&#233;sentait cette sp&#233;cificit&#233; qu'elle ne s'instaurait pas du jour au lendemain mais, qu'au contraire, elle demandait un certain temps de r&#233;p&#233;tition de l'acte, dans la confiance et l'habitude avec le partenaire, afin de s'&#233;tablir et s'&#233;panouir pleinement et d'aboutir &#224; une pleine satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes et comme le souligne Freud, la femme reste un certain temps &#171; froide et insatisfaite &#187; et une certaine &#171; frigidit&#233; &#187; destin&#233;e &#224; &#234;tre passag&#232;re, accompagne la perte de la virginit&#233; et les d&#233;buts des relations sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ici les v&#233;ritables motifs de cet endormissement sp&#233;cifique et de cette &#171; frigidit&#233; passag&#232;re &#187; lors des premiers rapports sexuels de la femme. Le v&#233;ritable motif est &#224; rechercher, dans les couches les plus profondes de l'inconscient et reposent sur le complexe de castration que l'angoisse de la d&#233;floration ne manque pas de r&#233;activer. L'hypoth&#232;se la plus probable est que la volont&#233; infantile de la petite fille de rivaliser avec l'homme et son membre viril est r&#233;activ&#233;e dans cet acte premier ; et ce d'une mani&#232;re tellement pressante, que la femme ne peut la refouler que par un endormissement caract&#233;ristique et une frigidit&#233; passag&#232;re premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, Freud cite le cas du r&#234;ve d'une jeune mari&#233;e, qu'il pouvait interpr&#233;ter comme une r&#233;action violente &#224; sa d&#233;floration, pr&#233;sentant le d&#233;sir non-voil&#233; de ch&#226;trer et de conserver par devers elle le p&#233;nis du nouveau mari en &#233;change de l'acte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est par rapport &#224; ce motif inconscient qu'il faut comprendre l'usage des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce motif que reconna&#238;t Freud comme organisateur de la trag&#233;die Judith du dramaturge allemand Friedrich Hebbel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Judith est une jeune femme dont la virginit&#233; est prot&#233;g&#233;e par un tabou. Son premier mari a &#233;t&#233; paralys&#233; lors de la nuit de noces par une myst&#233;rieuse angoisse et n'a plus os&#233; depuis lors l'approcher. &#8220;Ma beaut&#233; est celle de la belladone&#8221;, dit&#8209;elle. &#8220;En jouir c'est &#234;tre frapp&#233; de d&#233;lire ou de mort&#8221;. Le g&#233;n&#233;ral assyrien assi&#233;geant sa ville, elle projette de le s&#233;duire et de le perdre par sa beaut&#233;, utilisant ainsi un motif patriotique pour cacher un motif sexuel. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;flor&#233;e par cet homme puissant, c&#233;l&#232;bre par sa force et son manque de d&#233;licatesse, elle puise dans son indignation la force de lui trancher la t&#234;te et devient ainsi la lib&#233;ratrice de son peuple. Nous savons bien que la d&#233;capitation est le substitut symbolique de la castration ; ainsi Judith est la femme qui ch&#226;tre l'homme qui l'a d&#233;flor&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le film de Tim Burton, Alice qui combat le monstre est habill&#233;e d'une mani&#232;re sp&#233;cifique, comme munie d'une armure &#224; la Jeanne d'Arc : on peut interpr&#233;ter ce combat final comme celui de la pucelle (favorite de la Reine blanche) qui castre le monstre. &#192; l'acm&#233; de son endormissement, le refoul&#233; fait retour dans le moment cl&#233; du r&#234;ve d'Alice : la volont&#233; de s'emparer du p&#233;nis du mari et de le castrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec dans le r&#244;le du membre masculin, le fameux Jabberwocky, et dans celui du &#171; venin de pucelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'interpr&#233;tation freudienne du titre de la pi&#232;ce de Ludwig Anzengruber (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la c&#233;l&#232;bre vorpaline &#233;p&#233;e : &#171; Six &#187;, dit Alice, &#171; je peux tuer le Jabberwocky ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;capitation d'Holopherne par Judith a inspir&#233;e plusieurs &#339;uvres d'art et les plus grands noms de la peinture (Donatello, Botticelli, Mantegna, Le Titien, Rubens, Le Caravage, etc.). La sc&#232;ne derni&#232;re du film r&#233;alis&#233;e par Tim Burton, o&#249; Alice s'envole dans les airs d'un cr&#233;puscule apocalyptique (&#171; frabieux jours &#187;) pour retomber d&#233;capiter le Jabberwocky, restera &#224; n'en pas douter, un grand moment esth&#233;tique de l'histoire du cin&#233;ma. Tel la sphinge de Th&#232;bes pr&#233;cipit&#233;e de son rocher par la fulgurante r&#233;ponse d'&#338;dipe, le monstre est pr&#233;cipit&#233; du haut de se son rocher en ruine par le tranchant de la vorpaline &#233;p&#233;e d'Alice : sa virginit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Reine blanche lui remettant dans un flacon, un peu de sang du Jabberwocky : telles les gouttes des &#171; divins d&#233;bris &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;siode, &#171; La Th&#233;ogonie &#187;, Po&#232;tes moralistes de la Gr&#232;ce, traduit par M. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tomb&#233;e du sexe d'Ouranos au moment de sa castration absorb&#233;e par la mer, Alice boit le flacon et rena&#238;t en v&#233;nus Aphrodite, voguant vers l'Orient de nouveaux d&#233;sirs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La F&#233;minit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse&lt;/i&gt; (Cinqui&#232;me conf&#233;rence), traduit de l'Allemand par Anne Berman, Gallimard, Coll. &#171; Id&#233;es &#187;, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Or si l'on observe la R&#233;volution industrielle du milieu du XVIIIe si&#232;cle, et si l'on met &#224; part l'&#233;nergie et les moyens de transport, les deux secteurs cl&#233;s de cette r&#233;volution sont le textile et la m&#233;tallurgie. Si la seconde est, depuis les alchimistes et forgerons de l'&#226;ge de fer, l'apanage des hommes (Cf. M. Eliade, &lt;i&gt;Forgerons et alchimistes&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 1977), celui du tissage et du tressage est ind&#233;niablement, comme le souligne Freud, celui des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#233;siode, &#171; La Th&#233;ogonie &#187;, &lt;i&gt;Po&#232;tes moralistes de la Gr&#232;ce&lt;/i&gt;, traduit par M. Patin de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, &#201;d. Garnier Fr&#232;res, Paris, 1892, pp. 49-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La suj&#233;tion est d'ailleurs le th&#232;me de la le&#231;on de la s&#339;ur : &#171; la soumission &#187; des Anglais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les pleurs d'Alice peuvent aussi s'interpr&#233;ter comme une tentative d'uriner debout en signe de protestation virile. Priv&#233;e de p&#233;nis et engag&#233;e dans le complexe de castration, les petites filles entrent parfois dans une phase de d&#233;n&#233;gation o&#249; elle tentent de d&#233;montrer qu'elles peuvent elles aussi faire comme les petits gar&#231;ons. (Cf. Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187;). Navr&#233;e de ne pas avoir la cl&#233;-p&#233;nis, Alice urine debout en signe de protestation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Rosolato, &lt;i&gt;La port&#233;e du d&#233;sir&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1996, p. 81 et suiv.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Transverb&#233;ration de sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'Extase de Sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt; de Gian Lorenzo Bernini : Statue en marbre de l'&#233;glise Santa Maria Della Vittoria de Rome. La sculpture prend son origine dans un passage l'autobiographie de Th&#233;r&#232;se d'Avila, publi&#233;e sous le titre la &lt;i&gt;Vie de sainte Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus, une mystique clo&#238;tr&#233;e, carm&#233;lite d&#233;chauss&#233;e, r&#233;formatrice et religieuse&lt;/i&gt; : &#171; J'ai vu dans sa main une longue lance d'or, &#224; la pointe de laquelle on aurait cru qu'il y avait un petit feu. Il m'a sembl&#233; qu'on la faisait entrer de temps en temps dans mon c&#339;ur et qu'elle me per&#231;ait jusqu'au fond des entrailles ; quand il l'a retir&#233;e, il m'a sembl&#233; qu'elle les retirait aussi et me laissait toute en feu avec un grand amour de Dieu. La douleur &#233;tait si grande qu'elle me faisait g&#233;mir ; et pourtant la douceur de cette douleur excessive &#233;tait telle, qu'il m'&#233;tait impossible de vouloir en &#234;tre d&#233;barrass&#233;e. L'&#226;me n'est satisfaite en un tel moment que par Dieu et lui seul. La douleur n'est pas physique, mais spirituelle, m&#234;me si le corps y a sa part. C'est une si douce caresse d'amour qui se fait alors entre l'&#226;me et Dieu, que je prie Dieu dans Sa bont&#233; de la faire &#233;prouver &#224; celui qui peut croire que je mens &#187; (Chapitre XXIX-17).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Du reste, l'on sait que chez de nombreux peuples de l'Antiquit&#233; et tout particuli&#232;rement chez les anciens H&#233;breux, le nom de dieu &#233;tait tabou et ne devait &#234;tre ni prononc&#233; ni &#233;crit (Cf. par exemple Freud, &#171; La signification de l'ordre des voyelles &#187;, &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes I&lt;/i&gt;, PUF, Paris, p. 169). On peut ainsi &#233;mettre l'hypoth&#232;se que si les voyelles &#233;taient exclues du t&#233;tragramme, c'est tr&#232;s probablement en raison de leur caract&#232;re de jouissance interdite qu'elles v&#233;hiculent dans la symbolique inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Lacan, &#171; La direction de la cure &#187;, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966, p. 624.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple Sigmund Freud, &lt;i&gt;Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le pr&#233;cise Freud : &#171; Nous savons bien que la d&#233;capitation est le substitut symbolique de la castration &#187; (Sigmund Freud, &#171; Contributions &#224; la psychologie de la vie amoureuse &#187; (1908), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 79).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Jabberwocky est le po&#232;me du premier chapitre du roman &lt;i&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du miroir&lt;/i&gt;. Dans l'histoire originale, il est imprim&#233; &#224; l'envers et Alice a besoin d'une glace pour parvenir &#224; le lire. Lewis Carroll rend palpable cette inversion par un proc&#233;d&#233; litt&#233;raire subtil qui consiste &#224; &#233;crire le po&#232;me avec des mots-valises, c'est-&#224;-dire avec des n&#233;ologismes form&#233;s par condensations et inversions de plusieurs mots. C'est une version fran&#231;aise d'une partie de ce po&#232;me qui est chant&#233;e par le Chat-foin dans le classique Disney (cf. plus haut) :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Fleurpageons&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les rhododendroves&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Gyrait et vomblait dans les vabes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;On frimait vers les p&#233;tunias&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et les momerates embradent.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
Tim Burton, quant &#224; lui, donne corps au Jabberwocky en le mettant en sc&#232;ne sous les traits d'un monstre difforme et parlant un langage incompr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est par rapport &#224; ce motif inconscient qu'il faut comprendre l'usage des primitifs qui veut qu'on confie &#224; un tiers (vieillard, pr&#234;tre ou saint homme), la d&#233;floration des jeunes filles, usage qui a tr&#232;s certainement donn&#233; lieu &#224; l'imaginaire v&#233;hicul&#233; par le fameux droit de cuissage du seigneur du Moyen-&#226;ge (&lt;i&gt;Jus primae noctis&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 78-79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon l'interpr&#233;tation freudienne du titre de la pi&#232;ce de Ludwig Anzengruber : &lt;i&gt;Jungferngift&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#233;siode, &#171; La Th&#233;ogonie &#187;, &lt;i&gt;Po&#232;tes moralistes de la Gr&#232;ce&lt;/i&gt;, traduit par M. Patin de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, &#201;d. Garnier Fr&#232;res, Paris, 1892, pp. 49-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Pinocchio : Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, septembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pinocchio : Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Pinocchio-Scene-primitive.html</link>
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		<dc:date>2012-05-06T11:57:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Pulsions et destins des pulsions</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Toute la fabrication de Pinocchio r&#233;sume et symbolise cet acte de la p&#233;n&#233;tration du membre viril du p&#232;re dans le ventre maternel : Pinocchio est un pantin de bois, certes, mais c'est d'abord, dans le conte, un morceau de bois &#224; br&#251;ler destin&#233; &#224; &#234;tre jet&#233; &#224; la va-vite dans un po&#234;le ou dans la chemin&#233;e et qu'au dernier moment, le p&#232;re-menuisier Geppetto d&#233;cide de sauver du feu et de sculpter pour lui-m&#234;me. Si nous avons vu que l'expression &lt;i&gt;avoir un Polichinelle dans le tiroir&lt;/i&gt; signifie avoir un enfant dans le ventre, celle d'&lt;i&gt;avoir une brioche au four&lt;/i&gt; lui est &#233;quivalente et l&#8216;expression populaire sait que le four ou la chemin&#233;e sont synonymes, dans l'inconscient, du r&#233;ceptacle maternel. Ainsi, si la b&#251;che &#224; l'&#233;tat brut repr&#233;sente symboliquement et dans l'inconscient le membre viril du p&#232;re et la chemin&#233;e le r&#233;ceptacle (ou ventre maternel), ce morceau de bois d&#233;sormais sculpt&#233; et baptis&#233; Pinocchio est bien l'enfant issu d'un acte sublim&#233; &#233;chappant ainsi au feu de l'orgasme sadique et purement sexuel.&lt;br /&gt;
Le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; nous pr&#233;sente donc une th&#233;orie sexuelle de la conception et de la naissance extr&#234;mement aboutie et dans laquelle la p&#233;n&#233;tration et le r&#244;le du p&#232;re sont pleinement symbolis&#233;s et, comme tels, soumis aux yeux des jeunes spectateurs ravis.&lt;br /&gt;
En t&#233;moigne une derni&#232;re fois, &#224; la toute fin du film, l'activit&#233; manifeste du p&#232;re dans le ventre de la baleine, au moment o&#249; les thons entrent par bancs entiers dans le ventre du monstre marin. S'affairant soudain avec sa canne &#224; p&#234;che qui subitement s'arcboute et n'en peu plus de fr&#233;tiller, l'entr&#233;e des thons m&#233;taphorise manifestement l'activit&#233; sexuelle du p&#232;re et l'entr&#233;e des spermatozo&#239;des dans le ventre de la m&#232;re. De passif qu'il &#233;tait, le p&#232;re devient soudain actif et ce revirement figure magnifiquement comment l'enfant peut v&#233;ritablement anticiper le r&#244;le du p&#232;re dans le co&#239;t.&lt;br /&gt;
L'enfant comprend enfin comment il entre dans le ventre de la m&#232;re : non pas tant comme une petite graine, mais bien comme Pinocchio dans le dessin anim&#233; : c'est-&#224;-dire comme un thon-spermatozo&#239;de au bout de la canne &#224; p&#234;che du p&#232;re, spermatozo&#239;de qui sera finalement &#233;lu pour la f&#233;condation et sa rencontre avec l'ovule. Il y s&#233;journera ensuite le temps n&#233;cessaire &#224; sa maturation et le probl&#232;me sera alors d'en sortir.&lt;br /&gt;
L&#224; encore, la m&#233;taphore du bois et de la b&#251;che est pouss&#233;e jusqu'&#224; sa derni&#232;re logique. Si Pinocchio est un enfant issue d'une b&#251;che de bois qui &#233;tait pr&#233;destin&#233;e &#224; se consumer dans l'orgasme du co&#239;t au sein du ventre f&#233;cond, c'est en acceptant cet orgasme, symbolis&#233; par le feu qu'il allume dans le ventre de la baleine, que Pinocchio arrivera &#224; sortir du ventre maternel.&lt;br /&gt;
Enfin, les &#233;ternuements successifs de la baleine symbolisent bien &#233;videmment la perte des eaux, les contractions ut&#233;rines et finalement l'expulsion de l'enfant de l'ut&#233;rus maternel et la d&#233;livrance ultime. Juste un court laps de temps d'adaptation &#224; la vie extra-ut&#233;rine et d'un coup de baguette magique (de la f&#233;e bleue), le souffle de la vie anime le nouveau-n&#233; Pinocchio qui s'&#233;veille : cette fois, tout le processus du &#171; comment fait-on les enfants &#187; est symbolis&#233; du d&#233;but jusqu'&#224; la fin. L'&#233;nigme de la sphinge est magnifiquement m&#233;taphoris&#233;e par le c&#233;l&#232;bre dessin anim&#233; de Walt Disney, &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;, pour le plus grand plaisir du jeune spectateur &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-des-contes-de-fees-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse des contes de f&#233;es&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Pulsions-et-destins-des-pulsions-+.html" rel="tag"&gt;Pulsions et destins des pulsions&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton79-37f5a.gif?1757670837' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Pinocchio : Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, mai 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PINOCCHIO : &#171; UN POLICHINELLE DANS LE TIROIR &#187;&lt;br /&gt;
Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; est le deuxi&#232;me dessin anim&#233; produit par le studio d'animation &lt;i&gt;Walt Disney Pictures&lt;/i&gt; en format long-m&#233;trage (classique d'animation). D'un point de vue strictement technique, le film am&#233;liore consid&#233;rablement les performances pr&#233;c&#233;dentes en mati&#232;re d'animation et, &#224; cet &#233;gard, il est consid&#233;r&#233; par Walt Disney comme son chef-d'&#339;uvre ultime. D'un point de vue commercial cependant, le succ&#232;s n'est pas au rendez-vous pour une raison bien ind&#233;pendante de la volont&#233; de son concepteur : sorti le 7 f&#233;vrier 1940 aux Etats-Unis, le succ&#232;s du film est d'embl&#233;e terni par la Seconde Guerre mondiale qui vient juste d'&#233;clater six mois plus t&#244;t. Alors m&#234;me que le vieux continent repr&#233;sente, &#224; l'&#233;poque, un peu moins de la moiti&#233; du march&#233; des Studios Disney, le film ne sortira qu'une fois la Guerre termin&#233;e dans la plupart des pays europ&#233;ens : le 22 mai 1946 en France, le 13 juin 1946 en Belgique et aux Pays-Bas, et il faudra attendre les ann&#233;es cinquante pour voir sa sortie officielle en Autriche, en Allemagne de l'Ouest et au Japon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du sc&#233;nario, l'histoire est tir&#233;e d'un conte de f&#233;e moderne, d'un monument classique de la litt&#233;rature pour enfant : &lt;i&gt;Les Aventures de Pinocchio. Histoire d'un pantin&lt;/i&gt;, &#233;crit sous son nom de plume par le journaliste et &#233;crivain italien originaire de Toscane, Carlo Collodi. En tant que personnage de fiction, Pinocchio est le digne h&#233;ritier de la tradition italienne de la Commedia dell'arte et, &#224; ce titre, le v&#233;ritable petit fr&#232;re des Arlequins et autres Polichinelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'un point de vue conscient, le dessin anim&#233; semble vanter les m&#233;rites de la famille, de l'&#233;cole, du travail et de l'amour du m&#233;tier, et semble r&#233;solument moralisateur et dou&#233; d'un esprit de conservatisme in&#233;gal&#233;, d'un point de vue psychanalytique l'histoire d&#233;veloppe largement le th&#232;me des fantasmes et des th&#233;ories sexuelles infantiles qu'il contribue &#224; consid&#233;rablement enrichir pour le plus grand plaisir du jeune spectateur avide de satisfaire son insatiable curiosit&#233;. Rappelons tout d'abord l'histoire et les personnages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HISTOIRE ET LES PERSONNAGES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un grillon qui va de foyer en foyer, raconte au spectateur l'histoire rare mais v&#233;ridique d'un souhait qui se r&#233;alise. Au beau milieu d'un d&#233;cor de carte postale, dans un singulier petit village ialien, le grillon p&#233;n&#232;tre &#224; la nuit tomb&#233;e, dans l'atelier d'un sculpteur sur bois, nomm&#233; Geppetto, vieil homme qui vit apparemment seul avec son chat, Figaro, et son poisson rouge, Cl&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au beau milieu d'un entassement d'horloges &#233;tonnantes, de surprenantes pendules, d'extraordinaires coucous, d'adorables bo&#238;tes &#224; musique et de jouets sculpt&#233;s, le vieil homme s'appr&#234;te &#224; mettre une derni&#232;re couche de peinture &#224; un pantin de bois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marionnette termin&#233;e et fier de son &#339;uvre, le vieil homme parach&#232;ve son ouvrage en lui donnant un nom : Pinocchio. Ainsi baptis&#233;, Geppetto laisse sa marionnette sur son &#233;tabli, va se coucher avec son chat et divague en allumant sa pipe : il r&#234;vasse &#224; l'air presque vivant de son pantin, se disant qu'il serait vraiment trop beau si celui-ci pouvait &#234;tre un vrai petit gar&#231;on&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le chat Figaro entrouvre la fen&#234;tre pour son ma&#238;tre, le vieil homme aper&#231;oit, dans le ciel clair de la nuit, l'&#233;toile des souhaits. S'agenouillant sur le rebord de sa fen&#234;tre, le vieillard fait alors un v&#339;u fou : celui que Pinocchio devienne un vrai petit gar&#231;on !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pleine nuit, emp&#234;ch&#233; de dormir par le bruit des nombreux tic-tacs des m&#233;caniques et horloges de l'atelier, ainsi que par les ronflements sonores du vieil homme, le grillon observe une sc&#232;ne &#233;trange : comme si l'astre des souhaits entrait par la fen&#234;tre en une longue tra&#238;n&#233;e de poussi&#232;re d'&#233;toile pour finalement venir se mat&#233;rialiser, au beau milieu de la pi&#232;ce, en une majestueuse et resplendissante f&#233;e bleue. &#201;rig&#233;e au milieu de l'atelier endormi, la bonne f&#233;e d&#233;cide de r&#233;compenser Geppetto pour sa bravoure et le bien qu'il a fait autour de lui sa vie durant, en exau&#231;ant le v&#339;u du vieil homme : d'un coup de baguette magique, elle accorde le don de la vie au charmant petit pantin de bois qui s'&#233;veille soudain comme sorti d'un profond sommeil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t anim&#233; et dou&#233; de la parole, la r&#233;alisation d&#233;finitive du v&#339;u de Geppetto est n&#233;anmoins subordonn&#233;e &#224; la conduite future de Pinocchio et, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; l'acquisition d'une bonne et solide conscience : s'il agit &#224; l'avenir de mani&#232;re brave, franche, loyale et ob&#233;issante, alors seulement il pourra un jour devenir un vrai petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devra &#224; tout moment, choisir entre la bonne et la mauvaise voie ; mais devant l'apparent caract&#232;re superficiel du raisonnement du pantin et l'embarras d'ores et d&#233;j&#224; manifeste de Pinocchio pour les questions de morale, la f&#233;e charge le grillon de devenir sa conscience, de veiller sur Pinocchio et de l'aider &#224; toujours trancher en faveur du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flatt&#233; et habill&#233; pour la circonstance comme un sous neuf et &#233;tincelant, Jiminy Cricket &#8212; puisque c'est ainsi qu'il se nomme et se pr&#233;sente &#224; la f&#233;e &#8212; devient cette gentille petite voix que personne ne veut entendre. La f&#233;e dispara&#238;t comme elle &#233;tait apparue, en faisant promettre &#224; Pinocchio de devenir un brave petit gar&#231;on et de toujours &#233;couter la voix de sa conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentant de faire la le&#231;on &#224; Pinocchio, le grillon et son &#233;l&#232;ve conviennent d'un signal : lorsque le petit gar&#231;on aura besoin de sa conscience, Pinocchio n'aura qu'&#224; siffler et Jiminy Cricket appara&#238;tra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;veill&#233; en pleine nuit par la danse du pantin et de Jiminy Cricket, Geppetto croit d'abord &#224; un mauvais r&#234;ve lorsqu'il entend la voix de Pinocchio qui lui r&#233;pond du tac au tac. L'enfant de bois raconte &#224; son p&#232;re adoptif comment la f&#233;e bleue est venue durant la nuit pour l'animer et lui donner une conscience. Geppetto pr&#233;sente Pinocchio &#224; son chat Figaro et &#224; son poisson rouge Cl&#233;o et tous se mettent &#224; danser pour f&#234;ter l'heureux &#233;v&#233;nement avant de retourner se coucher pour dormir et se reposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain matin, &#224; peine les cloches sonn&#233;es, Pinocchio doit aller &#224; l'&#233;cole comme les autres petits enfants &#171; pour apprendre des tas de choses et devenir savant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le chemin, il croise le renard Grand Coquin et le chat G&#233;d&#233;on qui s'&#233;tonnent tous deux de voir cet &#171; enfant en bois &#187; marcher sans ficelle. R&#233;fl&#233;chissant, les deux comp&#232;res flairent le bon coup en envisageant de vendre le pantin anim&#233; au marionnettiste Stromboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accostant Pinocchio, Grand Coquin et G&#233;d&#233;on lui font miroiter une grande carri&#232;re d'acteur et lui promettent succ&#232;s, applaudissements et renomm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la mise en garde de Jiminy Cricket, Pinocchio vole vers le th&#233;&#226;tre et la vie d'artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marionnette dou&#233;e de vie se donne ainsi en spectacle sans main ni ficelle, au grand &#233;tonnement des spectateurs qui affluent au spectacle de Stromboli, pour le plus grand bonheur financier du roi du marionnettiste qui engrange les pi&#232;ces d'or dans son escarcelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, Geppetto attend et s'inqui&#232;te. &#192; juste titre puisqu'au moment o&#249; Pinocchio veut retourner dormir chez son p&#232;re, Stromboli l'en emp&#234;che et l'enferme dans une cage d'oiseau qu'il cadenasse &#224; double tour et part dans une roulotte tir&#233;e par un vieux cheval vers le prochain village et un prochain spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyant Pinocchio partir en tourn&#233;e, Jiminy Cricket venu &#224; l'improviste pour lui faire ses adieux, d&#233;couvre son prot&#233;g&#233; enferm&#233;. Il se glisse dans la serrure afin de l'en lib&#233;rer, mais en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que dans la nuit noire et sous une &#233;paisse pluie battante, Geppetto, arm&#233;e d'une lanterne, hurle en vain le pr&#233;nom de son fils adoptif, la roulotte de Stromboli emm&#232;ne l'enfant de bois loin de la maison du p&#232;re aimant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assis dans leur cage, Pinocchio et Jiminy pleurent sur leur sort, mais aper&#231;oivent bient&#244;t l'&#233;toile de la f&#233;e bleue, d&#233;crivant un arc dans le ciel et s'appr&#234;tant &#224; entrer par la fen&#234;tre de la roulotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pinocchio se rappelle alors les ultimes recommandations de la f&#233;e et appr&#233;hende de lui avouer ne pas les avoir suivi. Celle-ci ne manque d'ailleurs pas de lui demander pourquoi il n'a pas &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole comme son p&#232;re lui avait demand&#233;. Pour &#233;chapper &#224; sa faute, Pinocchio commence par raconter une histoire abracadabrante &#224; la f&#233;e : s'appr&#234;tant par la meilleure des volont&#233;s &#224; aller &#224; l'&#233;cole, il en aurait &#233;t&#233; violemment emp&#234;ch&#233; par deux &#233;normes monstres effrayant qui les auraient mis de force, lui et Jiminy, l'un dans un grand sac, l'autre dans un petit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure qu'il raconte son histoire mensong&#232;re, le nez de Pinocchio s'allonge jusqu'&#224; devenir une v&#233;ritable branche de bois sur laquelle des oiseaux peuvent faire leur nid et &#233;lever leurs petits. Alors que Pinocchio jure ne dire que la v&#233;rit&#233;, la f&#233;e lui apprend qu'un mensonge en appelle toujours un autre et qu'il finit par se voir comme le nez au milieu de la figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jiminy s'&#233;tant fait l'avocat de Pinocchio, la f&#233;e pardonne pour cette fois, non sans avoir rappel&#233; que le mensonge a vite fait de faire de nous sa marionnette. D'un coup de baguette magique, le nez de Pinocchio reprend sa taille normale et la porte de la cage dans laquelle il &#233;tait enferm&#233; s'ouvre miraculeusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la bi&#232;re coule &#224; flot &#224; la &#171; Taverne du Homard rouge &#187;, o&#249; Grand Coquin et G&#233;d&#233;on, cigare &#224; la bouche, racontent comment ils ont bern&#233;s le vieux Stromboli. Les pintes se succ&#232;dent et les deux comp&#232;res complotent une nouvelle fois. Un cocher leur propose de les embaucher pour effectuer une bien sale besogne : ramasser dans tous les coins les enfants errants et les petits gar&#231;ons qui font l'&#233;cole buissonni&#232;re, afin de les embarquer pour l'&#238;le enchant&#233;e, o&#249; ils viendront former les bataillons d'une main-d'&#339;uvre bon march&#233; : &#171; Ils ne seront jamais plus des enfants &#187;. Bien qu'eux m&#234;mes effray&#233;s par cette sale besogne, Grand Coquin et G&#233;d&#233;on ne r&#233;sistent pas &#224; la perspective d'engranger de l'or &#224; pleins sacs et se mettent &#224; fureter et chercher tout ce qu'ils pourront trouver comme chair fra&#238;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, Pinocchio, plein de bonne r&#233;solution, se dirige de nouveau vers l'&#233;cole : r&#233;solu &#224; d&#233;finitivement abandonner la carri&#232;re d'acteur, il souhaite d&#233;sormais devenir savant. Sur ce chemin, il est n&#233;anmoins rattrap&#233; par la culotte, du pommeau de la canne de Grand Coquin. La course de Pinocchio vers les plus hauts sommets du monde savant patine et le docteur Grand Coquin, apr&#232;s avoir diagnostiqu&#233; une allergie au travail, recommande express&#233;ment &#224; Pinocchio des vacances au grand air : sur l'&#238;le enchant&#233;e, l&#224; o&#249; tous les jours sont sens&#233;s &#234;tre des jours de f&#234;te. Cr&#233;dule, Pinocchio part sur le champ, tandis que Jiminy Cricket assistant encore une fois impuissant &#224; l'embrigadement de son &#233;l&#232;ve, se faufile sous la roulotte du cocher qui fouette ses chevaux &#224; vive allure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Embarqu&#233; sur un bateau &#224; vapeur avec un chargement de pauvres enfants des environs ramass&#233;s de-ci de-l&#224; par l'inf&#226;me cocher, Pinocchio d&#233;barque bient&#244;t au beau milieu d'une f&#234;te foraine o&#249; tout est gratuit et o&#249; les pires vices sont permis : g&#226;teaux, bonbons, glaces, tabac et cigares sont offert &#224; volont&#233; et les bagarres et autres jeux de destruction sont ici autoris&#233;s et encourag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jiminy Cricket finit par retrouver Pinocchio dans un sombre lieu de d&#233;bauche : l'arri&#232;re-salle d'une taverne o&#249; son &#233;l&#232;ve est en train de se d&#233;vergonder en compagnie d'un mauvais gar&#231;on surnomm&#233; Crapule. Les deux &lt;i&gt;bad boys&lt;/i&gt; boivent de la bi&#232;re &#224; qui mieux-mieux, fument cigares sur cigares et jouent au billard en s'arcboutant bassement sur leurs cannes. Entendant vivre selon le dicton : &#171; on ne vit qu'une fois &#187;, Pinocchio fait une nouvelle fois la sourde oreille &#224; sa bonne conscience, tandis que Crapule r&#233;pudie Jiminy Cricket qu'il traite comme une vulgaire sauterelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le somptueux spectacle de f&#234;te laisse bient&#244;t la place &#224; la triste r&#233;alit&#233; : le d&#233;cor f&#233;&#233;rique n'&#233;tait qu'un app&#226;t pour attirer les enfants dans un pi&#232;ge et les faire travailler. Les m&#233;chants petits gar&#231;ons sont chang&#233;s en &#226;nes et ensuite envoy&#233;s sous cette forme dans les mines de sel o&#249; ils sont destin&#233;s &#224; tirer les wagonnets et servir de main-d'&#339;uvre bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jiminy Cricket qui d&#233;couvre le pot aux roses r&#233;ussit &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; &#224; sauver Pinocchio alors que la transformation en &#226;ne n'a pas encore finit d'op&#233;rer sur son &#233;l&#232;ve. Affubl&#233; de grandes oreilles et d'une queue d'&#226;ne, Pinocchio suit enfin le chemin que lui fraye Jiminy : il r&#233;ussit &#224; sortir de l'&#238;le et &#224; sauter d'un rocher escarp&#233; jusqu'en contre-bas dans l'eau froide et glac&#233;e. Apr&#232;s un magnifique plongeon, Pinocchio regagne le rivage et se r&#233;signe enfin &#224; rentrer chez son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; la maison qu'il d&#233;couvre vide, Jiminy Cricket et Pinocchio re&#231;oivent par &#171; fax c&#233;leste &#187;, le message selon lequel Geppetto est toujours en vie, mais habite dans le ventre de la baleine g&#233;ante, au fond de l'oc&#233;an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que pendant ce temps, le vieil homme est parti avec son chat Figaro et son poisson rouge Cl&#233;o &#224; la recherche de Pinocchio : s'&#233;tant malheureusement embarqu&#233;e sur l'oc&#233;an &#224; bord d'un bateau de fortune, la petite famille a &#233;t&#233; aval&#233;e par une baleine terrifiante : &lt;i&gt;Monstro&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plongeant une nouvelle fois au fond de l'oc&#233;an glac&#233;e, Pinocchio est r&#233;sign&#233; &#224; aller chercher son p&#232;re adoptif. Lest&#233;s par une lourde pierre et marchant ainsi au fond de l'eau, Pinocchio et Jiminy rencontrent poissons, hippocampes, hu&#238;tres et autres animaux marins &#224; qui ils demandent leur chemin. &#192; chaque fois, la r&#233;putation de la baleine la pr&#233;c&#232;de et tous fuient &#224; la seule prononciation du nom de &lt;i&gt;Monstro&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux amis finissent n&#233;anmoins par tomber nez &#224; nez avec l'horrible monstre marin. Celui-ci avait aval&#233; tout de go Geppetto et l'&#233;quipage de son bateau qui, au fond du ventre du monstre endormi, se meurent d&#233;sormais de faim et tentent de p&#234;cher les poissons. R&#233;ussissant &#224; se faire avaler avec un banc de thon par un Monstro soudain r&#233;veill&#233; et revigor&#233;, Pinocchio retrouve enfin son p&#232;re qui le rep&#234;che comme un thon, dans le ventre de la baleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d'&#233;mouvantes retrouvailles, le fils pr&#233;pare un plan pour s'&#233;chapper du ventre du monstre : faire un grand feu afin de faire &#233;ternuer la baleine. Tandis qu'ils s'approchent de la bouche du c&#233;tac&#233; avec un radeau de fortune pr&#233;alablement construit par Geppetto avec les restes de sa propre embarcation, la fum&#233;e commence &#224; s'&#233;chapper de l'orifice sup&#233;rieur de la baleine qui bient&#244;t rel&#226;che la petite famille dans un formidable et retentissant &#233;ternuement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ponctu&#233; d'un &#171; &#224; vos souhaits &#187; de JIminy Cricket, le radeau finit par s'&#233;chapper de la baleine qui, folle de rage replonge &#224; la recherche de la cause de ses irritations nasales et de sa sternutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les flux et les reflux provoqu&#233;s par le mammif&#232;re marin, Pinocchio regagne finalement la c&#244;te o&#249; il s'&#233;choue, naufrag&#233;, &#233;chappant d&#233;finitivement &#224; la baleine : il sauve certes son p&#232;re de la noyade, mais semble-t-il au p&#233;ril de sa propre vie, puisqu'il g&#238;t d&#233;sormais inerte sur le sable mouill&#233; du rivage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier acte de bravoure rach&#232;te n&#233;anmoins tous ses pr&#233;c&#233;dents agissements et lui vaut une fin heureuse puisque la f&#233;e, au vue de sa conduite et son attitude loyale et ob&#233;issante, l'&#233;veille en le faisant, d&#233;finitivement cette fois, un vrai petit gar&#231;on en chair et en os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film s'ach&#232;ve sur la danse de la petite famille qui c&#233;l&#232;bre le miracle de cet &#233;trange enfantement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; LES TH&#201;ORIES SEXUELLES INFANTILES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;trange enfantement &#187;, car comme nous l'avons pr&#233;c&#233;demment &#233;voqu&#233;, sous ses aspects moralistes et conservateurs, le th&#232;me principal du dessin anim&#233; de Walt Disney est, sans conteste, la curiosit&#233; sexuelle infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La curiosit&#233; sexuelle des enfants se manifeste tr&#232;s t&#244;t et, g&#233;n&#233;ralement, d&#232;s l'&#226;ge tendre de trois ans. Si &#224; cette p&#233;riode, les premi&#232;res intrigues se nouent autour de la diff&#233;rence des sexes, la recherche sexuelle infantile atteint son point culminant avec la question reine de la p&#233;riode phallique : comment fait-on les enfants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs si Pinocchio est l'h&#233;ritier direct d'Arlequin et de Polichinelle, n'est-ce pas d'abord en vertu de son pr&#233;nom ? L'expression populaire ne fait-elle pas elle-m&#234;me le lien entre ce personnage de la &lt;i&gt;commedia dell'arte&lt;/i&gt; et l'enfantement ? L'expression populaire &#171; avoir un polichinelle dans le tiroir &#187; renvoie ind&#233;niablement &#224; cette question, mais &#224; l'&#233;poque o&#249; l'enfant s'int&#233;resse aux marionnettes, il ne peut y apporter de r&#233;ponse satisfaisante en raison de son immaturation physique et psychique. Plus pr&#233;cis&#233;ment, la r&#233;ponse &#224; l'&#233;nigme du comment fait-on les enfants vient buter sur une double ignorance : celle de l'existence de l'orifice sexuel f&#233;minin (le vagin) et celle du r&#244;le f&#233;condant du liquide spermatique. Pour y rem&#233;dier, l'enfant va utiliser sa pulsion de savoir pour inventer des th&#233;ories de la conception et de l'enfantement &#224; la hauteur de son activit&#233; pulsionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pulsion de savoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La curiosit&#233; sexuelle de l'enfant se fait d'abord entendre dans cet inlassable plaisir de questionner l'adulte, qui le prend aux alentours de sa troisi&#232;me ann&#233;e : c'est la p&#233;riode des &#171; pourquoi ? &#187; Si l'adulte se lasse rapidement de r&#233;pondre et ne comprend g&#233;n&#233;ralement pas l'essence et la v&#233;ritable motivation du questionnement enfantin, la r&#233;ponse a &#233;t&#233; popularis&#233;e par une g&#233;niale publicit&#233; pour une c&#233;l&#232;bre marque de bouteilles de lait : si les questions incessantes des enfants semblent tourner en rond, c'est parce qu'&#224; la v&#233;rit&#233; elles n'en cachent qu'une seule, que celle-l&#224; ils n'osent pas poser : &#171; comment on fait les b&#233;b&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud estime d'ailleurs que la fameuse &#233;nigme qu'&#338;dipe se voit pos&#233;e aux abords de la Th&#232;bes antique &#8212; &#171; quel est l'&#234;tre qui, le matin marche sur trois pattes, le midi sur deux et le soir sur trois ? &#187; &#8212; n'est jamais, sous une forme d&#233;j&#224; d&#233;tourn&#233;e, que cette m&#234;me et unique question, l'&#233;ternelle &#233;nigme infantile, l'&#233;nigme de la sphinge : &#171; comment fait-on les enfants ? &#187; Cette question est donc bel et bien la question &#339;dipienne par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est manifestement &#224; cette toute premi&#232;re p&#233;riode de recherche et d'investigation sexuelle infantile qu'en est le jeune Pinocchio : lorsque Geppetto lui demande de dormir, Pinocchio lui demande &#171; pourquoi ? &#187; ; lorsqu'il apprend qu'il doit aller &#224; l'&#233;cole, Pinocchio demande encore &#171; pourquoi ? &#187;. Geppetto lui r&#233;pond alors que c'est &#171; pour apprendre des tas de choses et devenir savant &#187;. En bon p&#232;re, Geppetto tente de canaliser la pulsion de savoir de son fils, en l'incitant &#224; aller en classe. Au lieu de contraindre Pinocchio &#224; inhiber ou &#224; refouler cette pulsion de savoir, Geppetto invite son fils adoptif &#224; s'en servir et &#224; sublimer sa qu&#234;te incessante. Mais encore une fois, Pinocchio demande &#171; pourquoi &#187; : &#171; pourquoi &#187; il doit devenir savant et Geppetto, lass&#233;, finit par l&#226;cher l'in&#233;vitable &#171; parce que &#187; avec lequel tout parent finit par clore la conversation, pressentant la dimension infinie du questionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; encore, la v&#233;ritable question que souhaite poser l'enfant est celle de l'investigation sexuelle : comment fait-on les enfants ? D'ailleurs Pinocchio n'est pas int&#233;ress&#233; par le savoir intellectuel. Au contraire, il fait l'&#233;cole buissonni&#232;re et souhaite s'int&#233;resser &#224; ce qui se passe sur la sc&#232;ne d'un th&#233;&#226;tre de marionnette. Si l'on traduit cela dans le langage de l'inconscient : il s'agit pour Pinocchio de savoir comment et surtout sur quelle sc&#232;ne les enfants s'animent, c'est-&#224;-dire sont con&#231;us. Nous sommes bien au c&#339;ur de l'&#233;nigme de la Sphinge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi cette question devient-elle la question cruciale de la recherche sexuelle infantile ? Essentiellement parce qu'elle est nodale et se trouve &#224; la crois&#233;e des principales pr&#233;occupations de l'enfant : d'abord, l'enfant est toujours inquiet de voir survenir un autre enfant, fr&#232;re ou s&#339;ur, qui viendrait lui disputer l'amour maternel. Il s'agit-l&#224; d'un premier int&#233;r&#234;t purement &#233;go&#239;ste, int&#233;r&#234;t qui n'est qu'&#224; peine dissimul&#233; dans le film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;orie de la naissance et l'&#233;go&#239;sme infantile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est quelque peu masqu&#233;e, puisque le premier-n&#233; est en l'occurrence un animal : le chat Figaro. Cette rivalit&#233; fraternelle est d'autant plus masqu&#233;e dans le dessin anim&#233; que la premi&#232;re de ces rivalit&#233;s s'explique par un antagonisme en quelque sorte &#171; naturel &#187; avec le fr&#232;re adoptif : Cl&#233;o. Par la mise en sc&#232;ne de cet antagonisme animal entre le chat et le poisson rouge, le jeune spectateur peut symboliser plus facilement son &#233;go&#239;sme infantile, m&#234;me s'il n'en demeure pas moins qu'il s'agit bien dans ce cas d'une rivalit&#233; fraternelle entre les deux premiers-n&#233;s de Geppetto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, lorsque Geppetto trouve soudain un pr&#233;nom pour son pantin de bois, il se tourne successivement vers le chat et le poisson rouge pour obtenir leur approbation : mais le nom de Pinocchio ne pla&#238;t ni &#224; Figaro, qui fait une moue des plus d&#233;plaisantes, ni &#224; Cl&#233;o qui renvoie la m&#234;me rebuffade &#224; Geppetto. Le vieil artisan doit bien comprendre une chose : Pinocchio n'est pas le bienvenu pour ceux qui sont d&#233;j&#224; l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la fameuse sc&#232;ne de la danse, alors que Geppetto tenant les ficelles de la marionnette, fait approcher le pantin pr&#232;s du bocal de Cl&#233;o, celui-ci voit d'abord le pantin difforme sous le prisme du verre qui l'emprisonne, avant d'accepter timidement les pr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Figaro, il se prend d'embl&#233;e un coup de pied dans le derri&#232;re par le nouvel imp&#233;trant, ce qui ne le r&#233;jouit gu&#232;re, et le chat r&#233;pond d'un coup de patte qui laisse entrevoir une rivalit&#233; durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, au moment d'aller ouvrir la fen&#234;tre lors du coucher, Figaro, habituellement si ob&#233;issant et docile, boude ostensiblement son ma&#238;tre, manifestement en raison de son d&#233;sir trop ardent d'avoir un enfant. En revenant, Figaro s'empresse bien d'occuper la place dans le lit de son ma&#238;tre afin que personne ne vienne l'en d&#233;loger, malgr&#233; le v&#339;u fou de Geppetto de faire de Pinocchio un vrai petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figaro est d'ailleurs le premier inquiet et apeur&#233; lorsque Geppetto, se levant au beau milieu de la nuit, s'appr&#234;te &#224; descendre dans on atelier pour savoir d'o&#249; vient le bruit fabuleux qu'il a entendu et qui l'a r&#233;veill&#233;. On voit Figaro miauler entre les pattes de Geppetto, ne plus quitter son ma&#238;tre d'une semelle. C'est d'ailleurs Figaro que Pinocchio touche et agace en premier, jusqu'&#224; lui faire pousser un cri d'effroi qui fait tomber &#224; terre Geppetto. Le chat ne se calme que lorsque le vieux p&#232;re Geppetto laisse exploser sa joie de voir son v&#339;u r&#233;alis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc d'abord une inqui&#233;tude qui conduit le petit enfant &#224; s'int&#233;resser &#224; la question de la conception des enfants : l'inqui&#233;tude &#233;go&#239;ste de voir venir un autre enfant le d&#233;loger de son propre confort et la crainte de perdre l'amour de ses parents suite &#224; cet &#233;v&#233;nement que l'enfant &#8212; quant &#224; lui &#8212; est bien loin de qualifier d'heureux. Au contraire, c'est &#224; cette occasion qu'on le voit songeur et qu'il commence &#224; aiguiser sa perspicacit&#233; voire sa fourberie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude est &#233;go&#239;ste est tr&#232;s facile &#224; observer lorsqu'il est jeune : l'enfant a&#238;n&#233; ne fait pas de mani&#232;re pour dissimuler son hostilit&#233; manifeste &#224; l'&#233;gard de son cadet ; il demande sans d&#233;tour &#224; ce que la cigogne remporte le &#171; cadeau &#187;, ou n'h&#233;site pas &#224; dire vouloir &#233;touffer le nourrisson encore au berceau. Lorsque l'enfant est encore dans le sein maternel, l'agressivit&#233; &#224; l'&#233;gard du ventre de la m&#232;re se manifeste par une volont&#233; de donner des coups de pied ou poing dans ce &#171; punching-ball &#187; occasionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant anticipe devoir partager les soins et la vie affective que lui prodigue ses parents et voit cette naissance d'un tr&#232;s mauvais &#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; l'&#226;ge &#339;dipien (de deux-trois ans &#224; cinq-six ans), l'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard d'un nouveau-n&#233; a cependant tendance &#224; diminuer et &#224; laisser la place au d&#233;sir apais&#233; de trouver un futur compagnon de jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pinocchio : la petite graine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir comment naissent les petits fr&#232;res et les petites s&#339;urs est une question &#224; laquelle l'enfant n'est pas en mesure de r&#233;pondre &#224; l'&#226;ge de trois ou quatre ans. Il n'est pas assez d&#233;velopp&#233; ni physiologiquement (sexuellement), ni intellectuellement pour y apporter une r&#233;ponse satisfaisante. La question se r&#233;v&#232;le donc &#224; lui sous la forme d'une &#233;nigme qu'il s'efforce de r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce chemin, il met &#224; contribution toute son imagination et envisage les r&#233;ponses en fonction des pulsions auxquelles il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; confront&#233;. La pulsion orale est d'abord mise &#224; contribution. N'&#233;tant pas persuad&#233; que seules les femmes peuvent enfanter, le petit gar&#231;on ou la petite fille pense d'abord que les enfants viennent de l'absorption d'un aliment sp&#233;cifique ou d'une substance caract&#233;ristique. C'est la fameuse th&#233;orie de la petite graine que l'on mange ou que l'on donne par un baiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, soulignons que le nom de Pinocchio provient de l'italien &lt;i&gt;pinolo&lt;/i&gt;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, en vieux toscan, Pinocchio signifie &#171; pignon &#187; que l'on peut traduire par le &#171; pignolat &#187; ou &#171; pigne &#187; en proven&#231;al. C'est la fameuse graine comestible du pin parasol que l'on nomme plus couramment &#171; pignon &#187; ou pignon de pin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Pinocchio signifie-t-il petit pignon, en d'autres termes : petite graine. Par son nom m&#234;me, Pinocchio &#233;voque la th&#233;orie de la conception par la petite graine que l'on mange. Cette conception n'est pas &#233;tonnante si l'on con&#231;oit que l'enfant a &#233;t&#233; introduit &#224; l'&#233;rotisme par la t&#233;t&#233;e et donc par la bouche qui demeure longtemps encore la premi&#232;re des zones &#233;rog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c'est en mangeant ou par un baiser qu'une petite graine est mise dans le ventre de la maman, reste &#224; savoir comment le b&#233;b&#233; en sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;orie anale de la naissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ignorant le r&#244;le et l'existence du vagin et de l'ut&#233;rus, les enfants pensent tout d'abord que la naissance se fait par le derri&#232;re et plus pr&#233;cis&#233;ment par l'anus. Pour aussi extraordinaire que cela nous paraisse &#224; nous adultes, cela est pourtant tout &#224; fait logique pour l'enfant. Si on lui communique facilement que le b&#233;b&#233; se trouve dans le ventre de la maman et qu'il finit par en sortir, en toute rigueur, cela ne peut se faire que par une seule voie, un seul chemin, celui que suivent les excr&#233;ments dans le conduit intestinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne nous &#233;tonnons donc pas qu'au sortir de sa phase anale et au sommet du d&#233;veloppement de sa libido, l'enfant compare tout au caca (enfant, aliments, comportement, etc.). L'&#233;rotisme anal de l'enfant se trouve r&#233;activ&#233; par ses sp&#233;culations sur la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une th&#233;orie l&#233;g&#232;rement plus avanc&#233;e peut concevoir le nombril comme un orifice pouvant s'ouvrir sp&#233;cialement &#224; cet effet et laisser ainsi passer le petit fr&#232;re ou la petite s&#339;ur. Sans m&#234;me aller jusque-l&#224;, la simple ouverture du ventre apr&#232;s ingestion n'est une l&#233;g&#232;re variante de la th&#233;orie cloacale de la naissance. C'est d'ailleurs celle qui est &#224; l'&#339;uvre dans beaucoup de contes d'enfants, comme par exemple celui du &lt;i&gt;Loup et des sept chevreaux&lt;/i&gt; dans lequel le loup, apr&#232;s avoir mang&#233;, peut accoucher des sept chevreaux par simple incision du ventre que l'on prend ensuite soin de recoudre. Une paire de ciseaux, du fil et une aiguille et le tour est jou&#233; : la magie de la conception et de la naissance est &#224; la port&#233;e d'un petit enfant de trois ans. Ce que l'on mange par un trou ressort de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant qu'avec cette th&#233;orie, la femme perd le douloureux privil&#232;ge de l'accouchement qu'elle a pourtant bel et bien dans la r&#233;alit&#233;. Si les b&#233;b&#233;s sortent par l'anus, l'homme peut aussi bien que la femme, mettre au monde un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en venons-l&#224; &#224; l'une des questions centrales du sc&#233;nario de &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; : le r&#244;le de l'homme et sp&#233;cifiquement du p&#232;re dans la conception et la naissance d'un nouvel enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le du p&#232;re et la th&#233;orie du co&#239;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure qu'il grandit, l'enfant pressent que le r&#244;le du p&#232;re est primordial dans la conception, bien qu'il soit encore incapable de savoir quel est le r&#244;le exact que le ma&#238;tre de maison est appel&#233; &#224; tenir. La fameuse th&#233;orie de la petite graine est alors coupl&#233;e avec quelques sp&#233;culations concernant ce r&#244;le &#233;nigmatique : c'est le papa qui mettrait la petite graine dans le ventre de la maman, soit par un baiser magique, soit par un processus autre qu'il ignore encore mais qu'il commence &#224; percevoir. La th&#233;orie du baiser est tr&#232;s largement r&#233;pandue dans les contes de f&#233;es et &#8212; on l'a vu &#8212; nous pouvons facilement interpr&#233;ter le fameux baiser que le prince donne &#224; Blanche-neige comme un baiser f&#233;condateur puisque la suite de l'histoire ne le cache pas, bien au contraire : &#171; ils eurent beaucoup d'enfants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est manifestement &#224; ce stade o&#249; l'enfant se demande quel est le r&#244;le exact du p&#232;re dans la conception d'un petit fr&#232;re ou d'une petite s&#339;ur, que nous trouvons Pinocchio dans sa recherche sexuelle infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant qui pressent le r&#244;le du p&#232;re pressent &#233;galement le r&#244;le du membre viril de celui-ci. Ce r&#244;le est d'autant mieux per&#231;u que l'enfant &#8212; gar&#231;on ou fille &#8212;, sent monter l'excitation sexuelle qui ne manque pas d'accompagner son travail de recherche, laquelle excitation se manifeste indiff&#233;remment au niveau des organes g&#233;nitaux que sont le p&#233;nis ou le clitoris. Si l'enfant n'en est pas &#224; l'&#233;laboration du vagin, il commence &#224; percevoir le ventre de la m&#232;re comme le r&#233;ceptacle accueillant le membre du p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ignorance du vagin d'un c&#244;t&#233;, le pressentiment du r&#244;le du p&#232;re de l'autre, ces deux arguments font que l'enfant commence g&#233;n&#233;ralement par &#233;laborer ce que l'on appelle une conception sadique du co&#239;t, dans la mesure o&#249; sans l'organe f&#233;minin, l'enfant ne peut que saisir l'entr&#233;e du membre viril du p&#232;re comme un for&#231;age de l'entr&#233;e du ventre maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant qu'&#224; cette &#233;poque, le petit &#234;tre ne manque jamais d'entrapercevoir et d'observer avec minutie les positions respectives de son p&#232;re et de sa m&#232;re en telle ou telle circonstance : alors qu'ils se donnent un tendre baiser, au lit avant de se coucher, au repos sur le canap&#233;, etc. En rapprochant peut-&#234;tre certains &#233;clats de voix au cours de soudaines disputes (ou certains gestes d'hostilit&#233;s), de ce qu'il per&#231;oit de r&#233;alit&#233; ou de traces mn&#233;siques &#233;manant de la chambre des parents, l'enfant peut facilement r&#233;interpr&#233;ter l'acte sexuel et le co&#239;t comme un acte sadique prof&#233;rer par le p&#232;re sur la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le co&#239;t est ainsi souvent per&#231;u comme un acte que le plus fort fait subir au plus faible. Il n'est d'ailleurs pas rare &#224; cette &#233;poque, de voir l'enfant s'abandonner &#224; des impulsions qui tendent &#224; symboliser cette p&#233;n&#233;tration : percer des trous dans les murs, casser certains objets, etc., ou tout simplement les jeux de bagarres qui apportent une excitation sexuelle suppl&#233;mentaire &#224; peine masqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la fabrication de Pinocchio r&#233;sume et symbolise cet acte de la p&#233;n&#233;tration du membre viril du p&#232;re dans le ventre maternel : Pinocchio est un pantin de bois, certes, mais c'est d'abord, dans le conte, un morceau de bois &#224; br&#251;ler destin&#233; &#224; &#234;tre jet&#233; &#224; la va-vite dans un po&#234;le ou dans la chemin&#233;e et qu'au dernier moment, le p&#232;re-menuisier Geppetto d&#233;cide de sauver du feu et de sculpter pour lui-m&#234;me. Si nous avons vu que l'expression &#171; avoir un Polichinelle dans le tiroir &#187; signifie avoir un enfant dans le ventre, celle d'&#171; avoir une brioche au four &#187; lui est &#233;quivalente et l&#8216;expression populaire sait que le four ou la chemin&#233;e sont synonymes, dans l'inconscient, du r&#233;ceptacle maternel. Ainsi, si la b&#251;che &#224; l'&#233;tat brut repr&#233;sente symboliquement et dans l'inconscient le membre viril du p&#232;re et la chemin&#233;e le r&#233;ceptacle (ou ventre maternel), ce morceau de bois d&#233;sormais sculpt&#233; et baptis&#233; Pinocchio est bien l'enfant issu d'un acte sublim&#233; &#233;chappant ainsi au feu de l'orgasme sadique et purement sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; nous pr&#233;sente donc une th&#233;orie sexuelle de la conception et de la naissance extr&#234;mement aboutie et dans laquelle la p&#233;n&#233;tration et le r&#244;le du p&#232;re sont pleinement symbolis&#233;s et, comme tels, soumis aux yeux des jeunes spectateurs ravis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le p&#232;re dans le ventre de la baleine et l'expulsion finale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En t&#233;moigne une derni&#232;re fois, &#224; la toute fin du film, l'activit&#233; manifeste du p&#232;re dans le ventre de la baleine, au moment o&#249; les thons entrent par bancs entiers dans le ventre du monstre marin. S'affairant soudain avec sa canne &#224; p&#234;che qui subitement s'arcboute et n'en peu plus de fr&#233;tiller, l'entr&#233;e des thons m&#233;taphorise manifestement l'activit&#233; sexuelle du p&#232;re et l'entr&#233;e des spermatozo&#239;des dans le ventre de la m&#232;re. De passif qu'il &#233;tait, le p&#232;re devient soudain actif et ce revirement figure magnifiquement comment l'enfant peut v&#233;ritablement anticiper le r&#244;le du p&#232;re dans le co&#239;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant comprend enfin comment il entre dans le ventre de la m&#232;re : non pas tant comme une petite graine, mais bien comme Pinocchio dans le dessin anim&#233; : c'est-&#224;-dire comme un thon-spermatozo&#239;de au bout de la canne &#224; p&#234;che du p&#232;re, spermatozo&#239;de qui sera finalement &#233;lu pour la f&#233;condation et sa rencontre avec l'ovule. Il y s&#233;journera ensuite le temps n&#233;cessaire &#224; sa maturation et le probl&#232;me sera alors d'en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, la m&#233;taphore du bois et de la b&#251;che est pouss&#233;e jusqu'&#224; sa derni&#232;re logique. Si Pinocchio est un enfant issue d'une b&#251;che de bois qui &#233;tait pr&#233;destin&#233;e &#224; se consumer dans l'orgasme du co&#239;t au sein du ventre f&#233;cond, c'est en acceptant cet orgasme, symbolis&#233; par le feu qu'il allume dans le ventre de la baleine, que Pinocchio arrivera &#224; sortir du ventre maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les &#233;ternuements successifs de la baleine symbolisent bien &#233;videmment la perte des eaux, les contractions ut&#233;rines et finalement l'expulsion de l'enfant de l'ut&#233;rus maternel et la d&#233;livrance ultime. Juste un court laps de temps d'adaptation &#224; la vie extra-ut&#233;rine et d'un coup de baguette magique (de la f&#233;e bleue), le souffle de la vie anime le nouveau-n&#233; Pinocchio qui s'&#233;veille : cette fois, tout le processus du &#171; comment fait-on les enfants &#187; est symbolis&#233; du d&#233;but jusqu'&#224; la fin. L'&#233;nigme de la sphinge est magnifiquement m&#233;taphoris&#233;e par le c&#233;l&#232;bre dessin anim&#233; de Walt Disney, &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;, pour le plus grand plaisir du jeune spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; FANTASME, MASTURBATION INFANTILE ET MENACE DE CASTRATION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle qu'offre Disney reste cependant f&#233;&#233;rique et il est rare que l'enfant, au sortir de l'&#338;dipe, acc&#232;de &#224; une th&#233;orie sexuelle aussi aboutie. Aussi lorsque les recherches de l'enfant s'enlisent et ne d&#233;bouchent pas sur un r&#233;sultat aussi achev&#233;, elles laissent g&#233;n&#233;ralement derri&#232;re elles des traces, qui constituent autant de points de fixations sur lesquels la libido n'a de cesse de tenter de revenir se satisfaire. Car rappelons-le, ces recherches sont toujours accompagn&#233;es d'une grande excitation sexuelle et d'une activit&#233; masturbatoire ostensible. Le revers de la m&#233;daille donc, ce sont tous ces points d'interrogation, toutes ces questions inexpliqu&#233;es ou laiss&#233;es sans r&#233;ponses et o&#249; la libido de l'enfant reste fix&#233;e, comme en suspend. Les investigations sexuelles avort&#233;es laissent derri&#232;re ses propres avortons : c'est ce que nous appelons les fantasmes inconscients. Les fantasmes inconscients, qui sont &#224; distinguer des fantaisies conscientes, sont des &lt;i&gt;sc&#233;narii&lt;/i&gt; plastiques servant de bouche trou &#224; toute question laiss&#233;e en suspend. Ces sc&#233;narios peuvent ais&#233;ment se regrouper sous l'expression de &#171; fantasmes fondamentaux &#187;, lesquels sont au nombre de trois. Ces trois fantasmes sont magnifiquement mis en sc&#232;ne par Walt Disney dans &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; : il s'agit du fantasme de la sc&#232;ne originaire ou sc&#232;ne primitive, du fantasme de s&#233;duction et enfin du fantasme de castration, lesquels sont tous trois li&#233;s &#224; une activit&#233; masturbatoire excessive qui ne manque pas d'&#234;tre &#233;voqu&#233;e dans le dessin anim&#233; lors des deux c&#233;l&#232;bres sc&#232;nes de m&#233;tamorphose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pulsion voyeuriste et la f&#233;&#233;rie de la sc&#232;ne primitive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pulsion de savoir qui anime l'enfant entre trois et cinq ans s'accompagne la plupart du temps, d'une pulsion de voir : &#224; cet &#233;gard, les psychanalystes aiment &#224; &#233;voquer et &#233;crire cette pulsion de &lt;i&gt;savoir&lt;/i&gt; comme pulsion de &lt;i&gt;&#231;a-voir&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire : &#171; voir le &#231;a &#187;. &#192; vrai dire, l'on ne peut rigoureusement parler de pulsion s'agissant du savoir, que dans la mesure o&#249; cette qu&#234;te infantile, cette investigation sexuelle infantile, s'appuie bel et bien sur deux autres pulsions v&#233;ritables : la pulsion d'emprise (sadique) et la pulsion scopique (voyeuriste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la pulsion d'emprise, elle est ici manifeste, puisqu'il s'agit, durant tout le film, d'un enfant-marionnette, lequel souhaite justement ne plus &#234;tre sous l'emprise d'un autre, marionnettiste en l'occurrence, qui tire les ficelles, mais souhaite recouvrer l'emprise sur lui-m&#234;me. Cette volont&#233; d'emprise de l'enfant est &#233;galement manifeste dans son activit&#233; masturbatoire sur laquelle nous reviendrons bient&#244;t plus en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant maintenant de la pulsion scopique, la pulsion voyeuriste, elle est magnifiquement repr&#233;sent&#233;e et v&#233;hicul&#233;e par l'un des h&#233;ros du film : le grillon Jiminy Cricket. Jiminy Cricket, ce h&#233;ros micro-&lt;i&gt;scopique&lt;/i&gt; qui entre dans tous les foyers et scrute dans tous les recoins ; tellement petit, il peut voir sans &#234;tre vu ; tellement petit qu'il rentre dans tous les trous de serrure, comme dans la c&#233;l&#232;bre sc&#232;ne o&#249; il se bas contre les ressorts du cadenas de la cage de Pinocchio, prisonnier dans la roulotte de Stromboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lui qui, en tant que repr&#233;sentant de la pulsion scopique, va voir la fameuse sc&#232;ne de la conception de l'enfant-Pinocchio. Or que repr&#233;sente cette sc&#232;ne dans l'inconscient ? Sinon la sc&#232;ne primitive, celle du co&#239;t originaire des parents en train de concevoir l'enfant qui va na&#238;tre, l'enfant que nous allons nous-m&#234;me devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le fantasme premier de l'enfant se posant la question de l'&#233;nigme de la sphinge : ne pouvant y r&#233;pondre par la logique consciente, il finit par lui-m&#234;me &#234;tre fabriqu&#233;, dans le r&#233;el inconscient, par une sc&#232;ne dont il est lui-m&#234;me le t&#233;moin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, dans la r&#233;alit&#233;, il n'est pas rare que &#8212; dans les familles modestes notamment, o&#249; il n'est pas toujours possible d'avoir des chambres s&#233;par&#233;es pour les enfants &#8212;, l'enfant ait v&#233;ritablement &#233;t&#233; t&#233;moin de rapports sexuels entre ses parents. M&#234;me &#224; un tr&#232;s jeune &#226;ge, l'enfant peut r&#233;agir aux impressions re&#231;ues lors d'une telle sc&#232;ne et peut s'en souvenir ne serait-ce que sous la forme de traces mn&#233;siques. Ces traces peuvent ressurgir et &#234;tre r&#233;interpr&#233;t&#233;es plus tard, lors de l'observation d'actes d'accouplement entre des animaux domestiques ou des animaux de ferme. L'enfant malicieux sait en outre traquer n'importe quelle sc&#232;ne sexuelle et la r&#233;interpr&#233;ter comme sc&#232;ne primitive afin de construire son propre roman familial et r&#233;pondre &#224; la question de sa propre provenance : &#171; d'o&#249; est-ce que je viens ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, loin d'&#234;tre la conscience de l'enfant-Pinocchio, Jiminy Cricket est d'abord, dans l'inconscient, son &#339;il : il repr&#233;sente sa pulsion scopique voyeuriste, en tant que t&#233;moin oculaire de la sc&#232;ne primitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette sc&#232;ne est bien une sc&#232;ne primitive. De par sa scansion d'abord : alors que tout le monde dort, Jiminy Cricket est d&#233;rang&#233; par le bruit, saccad&#233;, des m&#233;caniques de l'atelier. Ce bruit saccad&#233;, ce rythme, nous introduit tout d'abord au rythme de l'acte sexuel, lorsque tout &#224; coup, la poussi&#232;re d'&#233;toile p&#233;n&#232;tre par la fen&#234;tre. Dans un halo de lumi&#232;re, une femme, &#224; la voix douce, et munie d'une baguette magique, effleure l'enfant de bois. La f&#233;&#233;rie de cette sc&#232;ne, par la p&#233;n&#233;tration, &#224; l'int&#233;rieur du foyer, d'une femme munie d'une baquette magique, repr&#233;sente ind&#233;niablement dans l'inconscient, l'acte du co&#239;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le chapeau d'une femme doit &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme le membre masculin, la baguette magique de la f&#233;e bleue ne doit laisser aucun doute sur le caract&#232;re viril du membre ainsi symbolis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus g&#233;n&#233;ralement, dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, l'on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La condensation de la f&#233;&#233;rie ne laisse planer aucun doute : la baguette magique symbolise le membre masculin, la poussi&#232;re d'&#233;toile figure le liquide spermatique, la p&#233;n&#233;tration dans l'int&#233;rieur du foyer repr&#233;sente l'acte &#224; proprement parler et, enfin, la f&#233;e et sa voix douce d&#233;peint &#224; merveille la m&#232;re en extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne finale du film permet d'ailleurs de correctement r&#233;interpr&#233;ter la sc&#232;ne premi&#232;re : si la sortie du ventre de la baleine symbolise la sortie du ventre maternel et la vraie naissance de Pinocchio, il devient d'autant plus &#233;vident que l'animation par le coup de baguette de la f&#233;e repr&#233;sente bien la sc&#232;ne primitive : celle o&#249; l'enfant est con&#231;u. Tout le temps du film est d'ailleurs con&#231;u comme le temps de la maturation de Pinocchio, le temps de son arriv&#233;e &#224; terme en tant qu'enfant viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; psychique fantasmatique de l'enfant lui permet d'&#233;chapper au principe de r&#233;alit&#233; et permet de compenser le renoncement au plaisir qu'impose la morale sexuelle civilis&#233;e. Cette activit&#233; fantasmatique lui permet de satisfaire les tendances sexuelles que des contraintes ext&#233;rieures lui ont tr&#232;s t&#244;t impos&#233;es de refouler et qui font d&#233;sormais retour sous la forme de fantasmes inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si ces sc&#233;narios viennent parfois se m&#234;ler &#224; des r&#234;veries diurnes (r&#234;ves &#233;veill&#233;s) qu'ils sous-tendent, ces fantasmes sont bien plus que de simples fantaisies conscientes dans la mesure o&#249; ils agissent la plupart du temps &#224; notre insu et qu'ils peuvent entrer en conflit avec notre instance morale consciente, &#224; tel point que pour se frayer un chemin, ils peuvent g&#233;n&#233;rer de la souffrance et &#234;tre synonymes de douleurs psychiques. C'est le cas, par exemple, des fantasmes de s&#233;duction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rencontre avec Grand coquin et G&#233;d&#233;on et le fantasme de la s&#233;duction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fantasmes de s&#233;ductions pr&#233;sentent tout d'abord, eux aussi, un but &#233;conomique et l&#233;gitimant : il s'agit avant tout pour l'enfant de justifier d'une activit&#233; sexuelle essentiellement auto-&#233;rotique et masturbatoire. En projetant sur l'adulte et en lui attribuant la responsabilit&#233; de l'acte sexuel, l'enfant r&#233;ussi &#224; se frayer un chemin vers une satisfaction sexuelle tout en &#233;chappant &#224; la censure : ce n'est pas lui, mais l'adulte, qui se d&#233;tourne et le d&#233;tourne du droit chemin de la morale sexuelle civilis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;misses d'un tel acte de s&#233;duction ne manquent jamais dans la r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comprenons-nous bien : il ne s'agit pas ici de nier la r&#233;alit&#233; des actes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puisqu'un certain degr&#233; de sensualit&#233; est toujours pr&#233;sent, au quotidien, dans les relations entre un enfant et un adulte. L'enfant peut ainsi se baser sur un souvenir r&#233;el pour asseoir ses r&#234;veries et fantasmes inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les cas d'introduction &#224; la sexualit&#233; par des enfants plus &#226;g&#233;s ou du m&#234;me &#226;ge sont extr&#234;mement fr&#233;quents dans la vie quotidienne infantile. Jouer au docteur, &#224; l'infirmi&#232;re, au papa et &#224; la maman, etc., que ce soit avec des camarades du m&#234;me &#226;ge ou des compagnons de jeux plus vieux, le petit fr&#232;re ou la petite s&#339;ur, des cousins ou des cousines, etc., ces jeux sensuels sont m&#234;mes les jeux les plus pris&#233;s par les enfants en pleine phase phallique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux types de s&#233;duction sont envisag&#233;s dans le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; : si Grand Coquin et G&#233;d&#233;on apparaissent bien plus sous les traits de grands enfants (grands fr&#232;res protecteurs m&#234;me), Stromboli et le cocher repr&#233;sentent la s&#233;duction par des adultes peu scrupuleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car on reconna&#238;t bien s&#251;r tout d'abord le motif du fantasme de s&#233;duction et d'introduction &#224; l'interdit dans le motif de la rencontre avec le renard Grand Coquin et le chat G&#233;d&#233;on. Ce sont eux qui vont tout d'abord d&#233;tourner Pinocchio du droit chemin afin de l'introduire &#224; la sc&#232;ne th&#233;&#226;trale dont on a vu qu'elle &#233;tait elle-m&#234;me la m&#233;taphore de la sc&#232;ne primitive. Ce sont eux, surtout, qui vont conduire Pinocchio au cocher et, partant, &#224; l'&#238;le enchant&#233;e, l&#224; o&#249; tous les plaisirs sont permis, entendons, dans l'inconscient : &lt;i&gt;libido illimited&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, par ces fantasmes fondamentaux et motifs fantasmatiques secondaires, l'enfant &#233;chappe au principe de r&#233;alit&#233; et acc&#232;de &#224; une satisfaction auto-&#233;rotique imm&#233;diate&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;cisons que plus tard, lorsque dans la vie adulte la libido ne trouve plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et accompagne une activit&#233; masturbatoire qui ne peut &#234;tre occult&#233;e. Celle-ci est d'ailleurs magnifiquement repr&#233;sent&#233;e dans ce qui constitue peut-&#234;tre le point d'orgue du dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Masturbation infantile, menace de castration et fantasme de fustigation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tous les objets qui s'allongent, comme le parapluie, la cane &#224; p&#234;che, le stylo-bille, le cran-d'arr&#234;t, etc., repr&#233;sentent dans la symbolique des r&#234;ves et dans l'inconscient, l'&#233;rection du membre masculin, allons droit au but : le nez de Pinocchio, loin de trahir un mensonge, trahit bien plut&#244;t son &#233;rection et, partant, son activit&#233; masturbatoire. Il en va d'ailleurs de m&#234;me des oreilles et de la queue d'&#226;ne qui lui poussent soudain au beau milieu de l'&#238;le enchant&#233;e ; ne dit-on pas d'ailleurs : &#171; &#234;tre mont&#233;e comme un &#226;ne &#187; ou &#171; bander comme un &#226;ne &#187; pour parler d'une solide &#233;rection ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au nid d'oiseau, qui appara&#238;t au bout de la branche en laquelle le nez de Pinocchio est transform&#233;e, et dans lequel sont deux petits oisillons piaffant, il trahit tout simplement le motif de l'activit&#233; masturbatoire, qui est toujours le m&#234;me : &#171; comment fait-on les enfants ? &#187;, en d'autres termes il s'agit encore une fois de curiosit&#233; sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adulte d&#233;couvre toujours, d'une mani&#232;re ou d'une autre, l'activit&#233; masturbatoire de l'enfant. Surtout celle du petit gar&#231;on qui, la plupart du temps, a du mal &#224; dissimuler son activit&#233; et n'h&#233;site pas &#224; tripoter ind&#233;cemment son organe au nez et &#224; la barbe de tous. D'ailleurs, au d&#233;but de son activit&#233;, il ne sait pas encore que c'est l&#224; une excitation qu'il doit cacher. Les parents ou les adultes qui en sont les spectateurs ne manquent pas de lui faire quelques observations sur cette pratique qu'ils jugent ind&#233;cente. Ces mises en garde, m&#234;me si elle ne sont pas, la plupart du temps, suivies d'une menace v&#233;ritable d'amputation du membre ou de la main coupable, valent bient&#244;t pour telle dans l'inconscient. De la m&#234;me mani&#232;re que l'enfant qui suce son pouce se voit menac&#233; de l'amputation du doigt fautif, l'enfant qui joue ind&#233;cemment avec son organe se voit menac&#233; (par d&#233;placement) de l'amputation de celui-ci. Si c'est la m&#232;re qui prof&#232;re l'avertissement, elle manque rarement de se r&#233;f&#233;rer &#224; un tiers (p&#232;re ou m&#233;decin) qui viendrait ex&#233;cuter la castration redout&#233;e. Tel le mensonge qui grandit jusqu'&#224; ce qu'il se voit comme le nez au milieu de la figure, l'activit&#233; onaniste ne manque jamais d'&#234;tre d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le film, la f&#233;e bleue joue ind&#233;niablement le r&#244;le de cette m&#232;re qui surprend Pinocchio en pleine activit&#233; interdite, bien que la r&#233;primande soit ici mise en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste de cette op&#233;ration se retrouve, encore une fois, sous la forme d'un fantasme : le fantasme de castration ou de fustigation par le p&#232;re. La menace se retrouve &#233;voqu&#233;e &#224; plusieurs endroits du dessin anim&#233; : c'est d'abord la menace de redevenir du bois br&#251;l&#233; dans la roulotte de Stromboli. Stromboli le gitan, le juif, Stromboli le &#171; mangeur d'enfants &#187; : c'est encore une fois ici l'image d'Ouranos, le p&#232;re de la horde, immortalis&#233; par Goya en train de d&#233;vorer ses enfants. C'est ensuite la menace d'&#234;tre d&#233;sint&#233;gr&#233; et transform&#233; en &#226;ne par le cocher de l'&#238;le enchant&#233;e, qui r&#233;uni son monde &#224; la &#171; Taverne du Homard rouge &#187;, qui arbore sur son enseigne de superbes pinces &#233;voquant l'op&#233;ration tant redout&#233;e. C'est enfin, subtilement distill&#233; &#224; plusieurs reprises dans le dessin anim&#233; de Disney, la menace d'&#234;tre battu par le p&#232;re qui surgit de l'horloge, en lieu et place d'un coucou, et qui pr&#233;sente une sc&#232;ne o&#249; un enfant re&#231;oit une fess&#233;e &#224; califourchon sur les genoux du bon p&#232;re de famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici au c&#339;ur du dernier fantasme fondamental, dont la c&#233;l&#232;bre m&#233;tamorphose scopique se d&#233;cline sous le fameux fantasme d'assister &#224; une sc&#232;ne o&#249; un enfant est battu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; On bat un enfant &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observant que ce fantasme est facilement avou&#233; et se retrouve tr&#232;s fr&#233;quemment dans les r&#233;cits des souvenirs infantiles de ses patients, Freud d&#233;couvre bient&#244;t que l'&#233;vocation d'une telle sc&#232;ne est li&#233;e &#224; des sensations voluptueuses et conduit tr&#232;s souvent &#224; une activit&#233; masturbatoire intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est g&#233;n&#233;ralement &#224; l'&#226;ge de cinq ou six ans, notamment &#224; partir du d&#233;but de la p&#233;riode scolaire, que ces fantasmes de fustigation fleurissent, l'enfant &#233;tant tr&#232;s probablement excit&#233; par des sc&#232;nes o&#249; un camarade d'&#233;cole est battu par l'instituteur. En outre, toute une s&#233;rie de livres appartenant &#224; une litt&#233;rature s'adressant sp&#233;cifiquement &#224; la jeunesse, mettent en sc&#232;ne de tels fantasmes : c'est le cas par exemple de &lt;i&gt;La Case de l'oncle Tom&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;Malheurs de Sophie&lt;/i&gt; et de bon nombre d'ouvrages de la Biblioth&#232;que rose mettant en sc&#232;ne des enfants d&#233;gourdis et quelques peu effront&#233;s &#233;lev&#233;s dans des milieux o&#249; une &#233;ducation s&#233;v&#232;re n'h&#233;site pas &#224; avoir recours aux ch&#226;timents corporels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menant son enqu&#234;te, Freud d&#233;couvre que ce fantasme se d&#233;compose en trois phases, alternativement sadique et masochiste, o&#249; l'enfant observe le p&#232;re battre un enfant rival, puis fantasme d'&#234;tre lui-m&#234;me battu par le p&#232;re, avant d'&#233;prouver un plaisir sadique &#224; voir un enfant quelconque battu par un quelconque repr&#233;sentant de l'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, la source d'un tel fantasme se trouve dans l'anticipation de la rivalit&#233; et de la jalousie fraternelle &#224; l'&#233;gard d'un fr&#232;re (ou d'une s&#339;ur) qui viendrait soudain ravir l'amour des parents &#224; l'a&#238;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut lire en creux de ce fantasme et entendre &#224; demi-mots dans cette sc&#232;ne, c'est la phrase grammaticale ou le phras&#233; logique suivant : &#171; Papa n'aime pas cet autre enfant, il n'aime que moi &#187;. On peut facilement y lire, sous forme invers&#233;e, une v&#233;ritable d&#233;claration d'amour pour le p&#232;re et voir poindre ainsi un fort &#233;rotisme incestueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propre du sc&#233;nario fantasmatique &#233;tant de proposer au spectateur de jouir et d'occuper tous les r&#244;les du sc&#233;nario, l'enfant peut jouir de mani&#232;re sadique de l'humiliation impos&#233;e en public &#224; son rival, ou de mani&#232;re masochiste en s'identifiant &#224; l'enfant puni par culpabilit&#233; de son amour incestueux pour le p&#232;re : ce dernier motif reste alors refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'amour pour le p&#232;re et l'&#338;dipe dit &#171; invers&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est bien cet amour du p&#232;re qui est mis en sc&#232;ne dans le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;. Cet amour du p&#232;re, qui doit rester cach&#233; pour son motif incestueux et sa composante hautement &#233;rotique : car si l'on r&#233;fl&#233;chit, c'est bien Pinocchio, finalement, qui en &#233;tant bon petit gar&#231;on, donne un enfant au p&#232;re. Nous aboutissons l&#224; au d&#233;veloppement dernier de la th&#233;orie du co&#239;t et de la naissance o&#249; l'enfant est lui-m&#234;me tous les personnages du co&#239;t fantasm&#233; de la sc&#232;ne primitive : le membre viril du p&#232;re sous la forme du morceau de bois brut qui sera sculpt&#233; ; dans son propre r&#244;le, l'enfant qui va na&#238;tre ; enfin la m&#232;re qui va enfanter pour donner l'enfant au p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;sormais temps de pr&#233;ciser que le complexe d'&#338;dipe offre &#224; l'enfant deux possibilit&#233;s de satisfaction : l'une masculine et l'autre f&#233;minine. Comme nous l'avons vu avec &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, la voie classique pour l'enfant m&#226;le est d'entrer en rivalit&#233; avec le p&#232;re afin de gagner la m&#232;re ; mais le petit gar&#231;on peut &#233;galement envisager parall&#232;lement de se mettre &#224; la place de la m&#232;re afin de se faire aimer par le p&#232;re. Freud parle alors de complexe d'&#338;dipe invers&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), La Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons cependant que la r&#233;solution et la disparition du complexe d'&#338;dipe invers&#233; est identique &#224; celle du complexe positif. &#192; la suite de la menace de castration, corrobor&#233;e par la constatation de l'absence de p&#233;nis de la m&#232;re, le petit gar&#231;on m&#232;ne toujours le m&#234;me raisonnement : si la satisfaction &#339;dipienne doit se payer par l'amputation du p&#233;nis, l'int&#233;r&#234;t narcissique qu'il porte &#224; cette partie de son anatomie le pousse &#224; refouler l'investissement libidinal qu'il porte &#224; l'objet parental, quel qu'il soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que, dans le film, la f&#233;e bleue est munie d'une baguette magique et qu'&#224; son stade, Pinocchio n'est pas encore pr&#234;t &#224; accepter la diff&#233;rence des sexes. Tout au plus il s'y pr&#233;dispose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;nigme du p&#232;re : &#171; P&#232;re ne vois-tu pas que je br&#251;le ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessin anim&#233; Pinocchio pose, en m&#234;me temps que l'&#233;nigme de la sphinge, l'&#233;nigme du p&#232;re. Qu'est-ce qu'un p&#232;re ? Freud pose magnifiquement cette question &#233;nigmatique dans son &lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, d&#232;s l'ann&#233;e 1900, sous la forme d'un r&#234;ve qu'il baptise : &lt;i&gt;le r&#234;ve de l'enfant qui br&#251;le&lt;/i&gt;. Or il se trouve que le sc&#233;nario original de Pinocchio met en sc&#232;ne de mani&#232;re on ne plus fid&#232;le ce r&#234;ve fondateur. Le r&#234;ve original est le suivant : alors qu'il veille le cadavre de son enfant d&#233;c&#233;d&#233; des suites d'une longue maladie infantile, un p&#232;re r&#234;ve que son fils bien-aim&#233; se l&#232;ve, vient aupr&#232;s de lui et lui tire le bras en lui murmurant pleins de reproches : &#171; P&#232;re, ne vois&#8209;tu donc pas que je br&#251;le ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;veillant, le p&#232;re observe au m&#234;me moment qu'un des cierges qui entouraient le lit du d&#233;funt, s'est renvers&#233; et br&#251;le les draps du lit de mort et menace d'embraser un bras de la d&#233;pouille mortuaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, c'est le feu qui a r&#233;veill&#233; le p&#232;re, &#233;puis&#233; d'avoir, des jours et des nuits durant, veill&#233; aupr&#232;s de son fils agonisant de sa longue maladie ; mais si le motif du r&#233;veil est &#233;vident, le r&#234;ve, lui, reste &#233;nigmatique. En d'autres termes, l'on ne saurait confondre le motif du r&#233;veil avec celui du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, le r&#234;ve &#233;tant d'abord et avant tout l'accomplissement d'un d&#233;sir inconscient, celui-ci prolonge un moment la vie de l'enfant, tout comme le r&#234;ve fou de Geppetto anime le morceau de bois jusque-l&#224; inerte au beau milieu de l'atelier du sculpteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parall&#232;le avec le dessin anim&#233; de Walt Disney est frappant : Pinocchio, la b&#251;che de bois, destin&#233; &#224; &#234;tre br&#251;l&#233; et sans cesse menac&#233; de l'&#234;tre (par Stromboli notamment), se substitue ais&#233;ment &#224; l'enfant hallucin&#233; vivant qui br&#251;le aupr&#232;s du p&#232;re endormi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le dessin anim&#233; n'est-il finalement qu'un r&#234;ve ? Ou bien tout le r&#234;ve mis en sc&#232;ne par le dessin anim&#233; nous pr&#233;sente-t-il le d&#233;sir inconscient &#224; l'&#233;tat pur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de m&#234;me qu'en tant que r&#234;veur, nous sommes tous les personnages du r&#234;ve, en tant que spectateur, nous sommes tous les personnages du dessin anim&#233;. Tout comme le p&#232;re qui r&#234;ve est lui-m&#234;me l'enfant qui pose la question &#233;nigmatique : &#171; P&#232;re, ne vois-tu pas que je br&#251;le ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Br&#251;ler, c'est bien s&#251;r ici, br&#251;ler de d&#233;sir : br&#251;ler du d&#233;sir du p&#232;re. Voil&#224; l'&#233;nigme que pr&#233;sente le r&#234;ve : quel est le d&#233;sir du p&#232;re ? &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; met donc ici magnifiquement en sc&#232;ne l'une des questions majeures de l'inconscient et de la psychanalyse, la question du d&#233;sir et de la loi, c'est-&#224;-dire la question du p&#232;re : qu'est-ce qu'un p&#232;re ? Ou quel est ce d&#233;sir qui m'a un jour donn&#233; vie et qui, toujours, quelque part en moi, m'anime encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les d&#233;placements m&#233;tonymiques des questions-r&#233;ponses propos&#233;es et envisag&#233;es par l'enfant semblent sans fin, l'important ici, est qu'au bout du film, le jeune spectateur aura jou&#233; tous les r&#244;les et tous les personnages, et qu'il sera ainsi d'autant plus disposer &#224; proposer un jour &#224; cette question inconsciente des m&#233;taphores venant pleinement satisfaire sa curiosit&#233; sexuelle d&#233;sormais sublim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La curiosit&#233; (sexuelle) est-elle un vilain d&#233;faut ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus que le mensonge, c'est bien la curiosit&#233; sexuelle et la masturbation qui sont mises en sc&#232;ne dans &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;. Le petit enfant de bois (n'est donc pas si de bois que &#231;a), n'est pas tant puni pour avoir menti que pour avoir &#233;t&#233; curieux : sexuellement curieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Freud le soulignait en son temps, malgr&#233; toute leur bonne volont&#233;, les enfants n'arrivent pas &#224; croire &#224; la th&#233;orie de la cigogne. Pour cette question d'importance cruciale qu'est l'&#233;nigme de la conception, nos petites t&#234;tes blondes &#233;prouvent bien vite qu'ils sont bern&#233;s et tromp&#233;s par les r&#233;ponses qu'on leur sugg&#232;re. Aussi s'efforcent-ils d'obtenir par eux-m&#234;mes, en &#233;chafaudant leurs th&#233;ories sexuelles successives, les secrets de la recette que les adultes semblent garder par devers eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tiraill&#233;s entre, d'une part, les r&#233;ponses propos&#233;es par les grandes personnes &#8212; l&#233;gitim&#233;es qu'elles sont par leur autorit&#233; d'adultes qu'ils savent devoir respecter &#8212; et, d'autre part, le peu de cr&#233;dit qu'ils leur accordent effectivement (auquel s'ajoute la p&#233;nible impression de se sentir bern&#233;s), les enfants &#233;prouvent &#224; cette occasion le noyau de leur premier v&#233;ritable conflit psychique. Cas de conscience d'autant plus motiv&#233;, que leurs pulsions sexuelles et la satisfaction de leur libido est en jeu. C'est bien ce &#171; cas de conscience &#187; qui est le ressort dramatique du dessin anim&#233; de Walt Disney, o&#249; Pinocchio loin d'accepter les r&#233;ponses pr&#233;m&#226;ch&#233;es et le savoir qu'on lui propose par la voie scolaire, pr&#233;f&#232;re faire l'&#233;cole buissonni&#232;re et se forger seul sa propre opinion. Si ce chemin pr&#233;sente le risque ind&#233;niable d'un isolement de l'enfant, il m&#232;ne &#233;galement s'il est bien n&#233;goci&#233;, au d&#233;veloppement d'une activit&#233; intellectuelle &#233;panouie et contribue &#224; forger l'ind&#233;pendance de l'enfant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, l'on peut consid&#233;r&#233; que tous les objets ou outils en longueur, cannes, piques, morceaux de bois, veulent repr&#233;senter le membre masculin. (Cf. Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 280-317).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comprenons-nous bien : il ne s'agit pas ici de nier la r&#233;alit&#233; des actes de p&#233;dophilie et condamnables p&#233;nalement ; cela rel&#232;ve du juridique et n'entre nullement dans le cadre des fantasmes inconscients que nous abordons ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;cisons que plus tard, lorsque dans la vie adulte la libido ne trouve plus &#224; s'exprimer, celle-ci, par voie de r&#233;gression, retrouve le chemin de ces voies anciennes de satisfaction et de d&#233;charge. Si les formations inconscientes et morales de l'adulte n'admettent plus ces modes de satisfaction infantiles de la libido, celle-ci entre alors en conflit avec le moi et les objets et sc&#233;narios imaginaires doivent alors &#234;tre sans cesse refouler dans l'inconscient. L'&#233;nergie psychique est occup&#233;e &#224; lutter contre ces retours du refoul&#233; et des formations de compromis, appel&#233;s sympt&#244;mes, doivent t&#244;t ou tard appara&#238;tre afin de laisser la libido s'exprimer sous une forme d&#233;tourn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, in &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome VI, n&#176; 3-4, &#201;d. Deno&#235;l et Steele, Paris 1933, pp. 274-275.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 120.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Pinocchio : Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, mai 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Blanche-neige et les sept nains : L'&#338;dipe de la petite fille et la rivalit&#233; avec la m&#232;re</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Blanche-neige-et-les-sept-nains-L.html</link>
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		<dc:date>2012-02-05T11:33:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Lorsque Blanche-neige s'&#233;rige en reine du petit logis, elle prend en charge de mani&#232;re active sa f&#233;minit&#233; et se r&#233;concilie ainsi avec la jalousie maternelle qui l'a fait quitter la demeure royale. En outre, Blanche-neige se pr&#233;pare &#224; assumer sa sexualit&#233; f&#233;minine future et son pouvoir de s&#233;duction, en se rendant compte que les nains sont &#233;galement de &lt;i&gt;petits hommes&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes lorsque, soudain, des tr&#233;fonds de l'inconscient, le refoul&#233; fait brusquement retour et se rappelle &#224; la belle enfant.&lt;br /&gt;
L&#224; o&#249; le complexe d'&#338;dipe de la petite fille semblait en bonne voie ; l&#224; o&#249; Blanche-neige semblait avoir fait le grand m&#233;nage psychique n&#233;cessaire &#224; l'&#233;volution de sa maturit&#233; ; l&#224; o&#249; la libido de la petite fille semblait lentement glisser le long de l'&#233;quation symbolique p&#233;nis = enfant ; l&#224; o&#249; la petite fille semblait avoir r&#233;ussi &#224; surmonter le motif de la jalousie avec la m&#232;re ; l&#224; o&#249; la petite fille &#233;tait d&#233;j&#224; une petite femme&#8230; Soudain : &lt;i&gt;Adieu veau, vache, cochon, couv&#233;e&lt;/i&gt;, comme le disait La Fontaine.&lt;br /&gt;
C'est ce que l'on appelle, en psychanalyse, le retour du refoul&#233;. Et ce qui &#233;tait refoul&#233;, rappelons-nous, c'est l'ambivalence, la haine-jalouse pour la m&#232;re, qui fait suite &#224; la d&#233;ception due au constat de la diff&#233;rence des sexes. Ce qui &#233;tait refoul&#233;, en d'autres termes, c'est tout simplement l'amour premier pour la m&#232;re, c'est la m&#232;re comme premier objet d'amour.&lt;br /&gt;
[&#8230;] Si l'apparent bonheur de Blanche-neige dans la maison des sept nains tourne finalement au cauchemar, c'est que le d&#233;sir &#339;dipien qu'il sous-tendait &#233;tait ignor&#233; de Blanche-neige. D'un point de vue psychologique, tout &#233;tait pour le mieux dans le meilleur des mondes et la petite fille s'exer&#231;ait &#224; devenir m&#232;re. C'&#233;tait sans compter sur l'inconscient et sa logique &#339;dipienne implacable. Au vu du cauchemar qui surgit, il nous est permis de r&#233;interpr&#233;ter la prise de possession de la maison des sept nains comme l'expression d'un violent d&#233;sir &#339;dipien &#224; l'encontre de celle qui fait retour : la m&#232;re. Le retour de la m&#232;re d&#233;guis&#233;e, c'est, pour mieux dire, le retour d'un d&#233;sir d&#233;guis&#233; contre la m&#232;re.&lt;br /&gt;
En s'appuyant sur les brillantes d&#233;couvertes de M&#233;lanie Klein, il est possible de r&#233;interpr&#233;ter la prise de possession par Blanche-neige de la petite maison &#224; l'or&#233;e du bois, comme la prise de possession, par la petite fille, du ventre de la m&#232;re et des enfants qui s'y trouvent &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-des-contes-de-fees-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse des contes de f&#233;es&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton78-749d3.gif?1757670837' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Blanche-neige et les sept nains : L'&#338;dipe de la petite fille et la rivalit&#233; avec la m&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;BLANCHE-NEIGE ET LES SEPT NAINS&lt;br /&gt;
L'&#338;dipe de la petite fille et la rivalit&#233; avec la m&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Blanche-Neige et les Sept Nains&lt;/i&gt; est le premier dessin anim&#233; produit par le studio d'animation &lt;i&gt;Walt Disney Pictures&lt;/i&gt; en format long-m&#233;trage (classique d'animation). Sorti le 21 d&#233;cembre 1937 aux &#201;tats-Unis, le film conna&#238;t un impact m&#233;diatique consid&#233;rable aussi bien sur le sol am&#233;ricain qu'&#224; l'&#233;tranger, au niveau international. En Europe, le film sort six mois plus tard et re&#231;oit d&#232;s 1938 un prix &#224; la &lt;i&gt;Mostra&lt;/i&gt; de Venise. En 1939, &lt;i&gt;Blanche-Neige et les Sept Nains&lt;/i&gt; re&#231;oit un Oscar d'honneur &#224; Hollywood pour avoir charm&#233; des millions de spectateurs et, surtout, pour avoir su faire &#233;merger le dessin anim&#233; comme nouveau genre cin&#233;matographique et comme un grand domaine du divertissement artistique. Un &lt;i&gt;Academy Award&lt;/i&gt; et sept petites statuettes remises en mains propres &#224; Walt Disney par Shirley Temple, viennent, cette ann&#233;e-l&#224;, couronner son importante innovation et consacrer son travail pionnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du sc&#233;nario, le film est l'adaptation d'un conte allemand publi&#233; pour la premi&#232;re fois en 1812 en Allemagne dans le livre pour enfants des deux fr&#232;res Jacob et Wilhelm Grimm, sous le titre &lt;i&gt;Schneewittchen&lt;/i&gt;. La traduction fran&#231;aise la plus connue demeure aujourd'hui encore celle de F&#233;lix Frank et E. Alsleben publi&#233;e en 1869 dans les &lt;i&gt;Contes allemands du temps pass&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacob et Wilhelm Grimm, &#171; Blanche-Neige &#187;, Contes allemands du temps pass&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du motif psychanalytique, le th&#232;me de la rivalit&#233; &#339;dipienne avec la m&#232;re est largement exploit&#233; et nous permet de mettre en &#233;vidence les temps logiques fondamentaux et toutes les subtilit&#233;s de l'&#233;mergence du complexe d'&#338;dipe de la petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Histoire et les personnages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous semblons tous conna&#238;tre par c&#339;ur le d&#233;but de cette histoire que l'on a maintes fois entendu raconter. &#171; Il &#233;tait une fois&#8230; &#187; une belle princesse nomm&#233;e Blanche-Neige : sa m&#232;re est morte et son p&#232;re est d&#233;sormais remari&#233; avec une femme, fi&#232;re et hautaine, qui lui jalouse sa grande beaut&#233;. Cette belle-m&#232;re, la cruelle et m&#233;chante reine, craignant qu'un jour la beaut&#233; de Blanche-Neige ne d&#233;passe la sienne, force la petite princesse &#224; s'habiller en haillons et &#224; travailler comme une souillon. Chaque jour, cependant, la reine vient consulter son miroir magique : &#171; Miroir magique au mur, qui a beaut&#233; parfaite et pure ? &#187; Aussi longtemps que le miroir r&#233;pondait que la beaut&#233; de la reine &#233;tait la plus c&#233;l&#233;br&#233;e, Blanche-Neige &#233;tait &#224; l'abri de la jalousie cruelle de la reine&#8230; Mais le d&#233;but du conte laisse pr&#233;sager qu'un jour arrivera, o&#249; un avenir encore plus sombre menacera de s'abattre sur le destin de la jeune princesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce jour, que commence le sc&#233;nario du dessin anim&#233; de Disney. Dans une pi&#232;ce d&#233;rob&#233;e d'un magnifique ch&#226;teau, une reine consulte son miroir magique pour savoir si elle est toujours et encore la plus belle de son royaume. Louant sa beaut&#233; majestueuse, celui-ci lui renvoie pourtant qu'&#171; une jeune fille en loques, dont les haillons ne peuvent dissimuler la gr&#226;ce &#187; est encore plus belle qu'elle. Sur la demande de la reine, le miroir renvoie une description flatteuse de la belle enfant : l&#232;vres rouges comme la rose, cheveux noirs comme l'&#233;b&#232;ne, teint blanc comme la neige. Dans cette fid&#232;le description, la reine reconnait sa fille adoptive : Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-neige vaque le plus souvent de son temps &#224; des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res, r&#234;vant qu'un prince charmant vienne l'emmener loin de cet ennuyeux quotidien. Celui-ci existe bel et bien : il l'adore et la courtise en chanson, mais timide, Blanche-neige se d&#233;robe &#224; ses yeux et se refuse encore &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reine charge son fid&#232;le et loyal serviteur de conduire Blanche-neige en un lieu isol&#233; de la for&#234;t et, sans autre proc&#232;s, de la tuer. La reine demande en outre &#224; son serviteur de lui rapporter le c&#339;ur de Blanche-neige dans un &#233;crin, afin qu'elle soit assur&#233;e du bon d&#233;roulement et de la r&#233;ussite totale de sa funeste entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le serviteur s'ex&#233;cute, mais au beau milieu de la for&#234;t, au moment fatidique, il d&#233;faille et ne peut se r&#233;soudre &#224; plonger son couteau dans le c&#339;ur de la belle enfant. Lui r&#233;v&#233;lant la teneur du complot et le commanditaire, le chasseur lui intime l'ordre de partir, de courir se cacher dans les bois et de ne jamais revenir au ch&#226;teau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de sa course, aval&#233;e par les branchages de l'&#233;paisse et noire for&#234;t, Blanche-neige tombe &#233;puis&#233;e et se r&#233;veille dans une clairi&#232;re, sous les yeux &#233;bahis des lapins, &#233;cureuils, biches, petits oiseaux et autres animaux de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant Blanche-neige par la main, les animaux la conduisent jusqu'&#224; une adorable petite maison o&#249; la charmante enfant semble pouvoir se r&#233;fugier et passer la nuit &#224; l'abri. D&#233;couvrant la maison vide, Blanche-neige s'&#233;tonne que tout le mobilier s'y pr&#233;sente en miniature et par sept. Pensant tout d'abord que la maison est habit&#233;e par sept enfants, Blanche-neige constate &#233;galement que son int&#233;rieur est couvert de poussi&#232;re, que le moindre recoin est assailli de toiles d'araign&#233;es et que des piles d'assiettes sales et de la vaisselles restent p&#234;le-m&#234;le &#233;parpill&#233;s sur la table. Blanche-neige en conclut d'abord que les enfants n'ont pas de m&#232;re pour faire leur m&#233;nage et laver leurs v&#234;tements sales qui trainent partout ; bref, qu'ils doivent &#234;tre orphelins. Sur leurs lits, sont cependant grav&#233;s leurs surnoms : Prof, Joyeux, Atchoum, Simplet, Grincheux, Timide et Dormeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-neige entreprend alors de nettoyer l'int&#233;rieur de fond en comble et de mettre un peu d'ordre dans la maison avec l'aide f&#233;&#233;rique des animaux de la for&#234;t ; elle anticipe qu'&#224; leur retour, les propri&#233;taires des lieux seront d'autant plus enclins &#224; l'accueillir dans leur foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, sept nains travailleurs, &#224; grands coups de pioches, cherchent infatigablement des pierres pr&#233;cieuses, diamants et rubis, au fond d'une mine abandonn&#233;e dans la montagne. Rentrant de cet harassant &#171; boulot &#187; ils d&#233;couvrent que la lumi&#232;re brille dans leur maison, que la porte est ouverte et que la chemin&#233;e fume. Croyant d'abord &#224; un fant&#244;me ou autre farfadet, ils d&#233;couvrent finalement l'adorable princesse, allong&#233;e en travers de trois de leurs petits lits mis c&#244;te &#224; c&#244;te, endormie et lasse de son &#233;puisant travail m&#233;nager. Elle est en train de s'&#233;tirer et de doucement s'&#233;veiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pr&#233;sentant, Blanche-neige, d&#233;couvre que les propri&#233;taires des lieux sont finalement des petits-hommes : sept nains qui, t&#244;t le matin partent &#224; la mine, loin dans les montagnes, et n'en reviennent que tard le soir. Elle devine ais&#233;ment les surnoms de chacun en fonction de leurs mimiques et caract&#232;res propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;sentations termin&#233;es, les nains acceptent de garder la princesse pour la prot&#233;ger de la mal&#233;fique belle-m&#232;re, la reine. En &#233;change, Blanche-neige se propose de faire la lessive, la couture, le m&#233;nage et la cuisine. All&#233;ch&#233;s par la promesse de belles tartes aux prunes, les sept nains acceptent &#224; la quasi-unanimit&#233; des votes&#8230; &#224; l'exception de celui de Grincheux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'harmonie r&#232;gne dans l'adorable maisonn&#233;e, m&#234;me si Blanche-neige exige de la part des sept nains, une rude discipline en mati&#232;re de propret&#233; et de toilette quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e, Blanche-neige reste cependant seule, en proie &#224; l'inqui&#233;tant isolement de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, de l'autre c&#244;t&#233; de la for&#234;t, la m&#233;chante belle-m&#232;re, la reine, apprend avec surprise par la divination de son miroir magique, que Blanche-neige est toujours en vie et plus belle que jamais. Elle demeure &#171; au pied des sept collines des joyaux, par de-l&#224; la septi&#232;me chute, dans le logis des sept nains &#187;, lui pr&#233;cise le mal&#233;fique miroir. Pour preuve, le miroir lui apprend que son fid&#232;le serviteur l'a trahi et lui a apport&#233; le c&#339;ur d'une biche en lieu et place de celui de Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mal&#233;fique reine d&#233;cide alors de se rendre au logis des nains et d'accomplir elle-m&#234;me la sale besogne. Saisissant son grimoire, elle se met &#224; la recherche d'une formule magique qui transforme sa beaut&#233; en laideur et ses habits de souveraine en haillons. D&#233;guisant sa voie et vieillissant ses traits, elle se rend &#224; la maison des sept nains en vielle marchande de pommes. Au pr&#233;alable, la m&#233;chante sorci&#232;re a bien pris soin d'empoisonner la plus belle, la plus rouge et la plus croquante de ses pommes : celle qu'elle destine secr&#232;tement &#224; Blanche-neige. Plong&#233;e dans le chaudron de la mort, le poison est cens&#233; &#224; son tour plonger celle qui la croque dans un profond et &#233;ternel sommeil, &#224; moins qu'un premier baiser d'amour ne vienne la r&#233;veiller, ce qui statistiquement para&#238;t peu probable s'agissant de l'innocente Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Blanche-neige r&#234;ve na&#239;vement en chanson &#224; son prince charmant, qui un jour d'un lointain printemps viendra peut-&#234;tre pour l'emmener, la sorci&#232;re, elle, accoure &#224; grands pas jusqu'&#224; la cabane des sept nains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la mise en garde des nains de ne pas ouvrir aux inconnus, Blanche-neige se laisse s&#233;duire par la vieille marchande de pommes qui para&#238;t inoffensive et qui pr&#233;texte un malaise cardiaque pour entrer se reposer un instant dans la maison. Blanche-neige ne semble pas se m&#233;fier et lui propose un verre d'eau, tandis que la vielle marchande lui met sous les yeux de belles pommes pour les tartes qu'elle est en train de pr&#233;parer pour les nains. Pour mieux la convaincre et la s&#233;duire, la marchande lui propose de lui faire go&#251;ter la plus belle et la plus rouge de ses pommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sorci&#232;re affirme que cette pomme est cens&#233;e exaucer les v&#339;ux les plus chers de celle qui la croque. Blanche-neige tombe dans le pi&#232;ge et croque la pomme fatale : sa respiration s'arr&#234;te, son sang se glace et Blanche-neige tombe finalement &#224; terre, la pomme roulant jusqu'&#224; la vieille sorci&#232;re qui &#233;clate alors en un rire sardonique, jubilant d'&#234;tre d&#233;sormais et sans conteste la plus belle femme sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;venus du danger imminent par les animaux de la for&#234;t, les nains se lancent &#224; la poursuite de la sorci&#232;re sous les &#233;clairs de la foudre qui s'abat, &#224; la nuit tomb&#233;e, sur l'&#233;paisse for&#234;t noire. Tentant de se d&#233;barrasser de ses poursuivants, la sorci&#232;re parvient par un chemin escarp&#233; jusqu'&#224; un rocher haut perch&#233;, mais touch&#233; par la foudre, celui-ci c&#232;de et projette la m&#233;chante reine au bas de la falaise dans une chute qui s'av&#232;re mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour dans leur maison, les sept nains ne peuvent rien faire d'autre que de constater le sommeil de mort de la belle et jolie princesse ; ils dressent alors une chapelle ardente pour lui rendre un dernier hommage et veiller sur son corps. Aussi belle &#224; la vie que dans la mort, Blanche-neige est mis dans un cercueil de verre o&#249; les nains peuvent continuer de l'adorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un jour, le prince charmant, parti &#224; la poursuite de sa bien-aim&#233;e, arrive enfin &#224; la terre des sept nains. Le prince se penche sur le corps de la belle princesse endormie et lui donne spontan&#233;ment sur ses l&#232;vres encore rouges un premier baiser d'amour. Les yeux de Blanche-neige s'animent et voil&#224; que la belle enfant s'&#233;tire &#224; nouveau : elle se r&#233;veille enfin de son sommeil de mort, enlace son prince et quitte la maison des sept nains sur le cheval blanc du son jeune et bel amant pour s'&#233;loigner enfin vers son destin royal.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; LA RIVALIT&#201; ET LE MOTIF DE LA M&#200;RE PR&#201;-&#338;DIPIENNE MORTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons commenc&#233; par exposer le complexe d'&#338;dipe du petit gar&#231;on&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christophe Bormans, &#171; Le Roi lion : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, car celui de la petite fille &#171; rec&#232;le un probl&#232;me de plus &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme le souligne Freud, que celui du petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on est en droit d'appeler le complexe d'&#338;dipe de la petite fille est structurellement diff&#233;rent de celui du petit gar&#231;on. Pour le comprendre, il est d'abord n&#233;cessaire d'avoir en t&#234;te les deux similitudes premi&#232;res du d&#233;veloppement de la sexualit&#233; et des recherches sexuelles dans l'un et l'autre cas : premi&#232;rement, tout comme le petit gar&#231;on, la petite fille a pour premier objet d'amour la m&#232;re ; deuxi&#232;mement, tout comme le petit gar&#231;on, elle atteint un m&#234;me stade d'organisation de la sexualit&#233; que l'on peut qualifier de g&#233;nital, et plus pr&#233;cis&#233;ment de phallique. Quant &#224; la diff&#233;rence, mais elle est radicale, elle intervient &#224; l'apog&#233;e de ce stade phallique : l&#224; o&#249;, sous la menace de castration, le petit gar&#231;on va devoir abandonner l'investissement libidinal pour sa m&#232;re pour sauver l'organe phallique avec lequel il a d&#233;couvert la volupt&#233; sexuelle (le p&#233;nis), la question ne se r&#233;sout pas aussi facilement pour la petite fille pour les motifs que l'on comprend ais&#233;ment. Si le clitoris remplit de mani&#232;re voluptueuse la sexualit&#233; naissante de la petite fille, la question que l'on est en droit de se poser dans le cas de la petite fille est la suivante : n'ayant rien &#224; perdre, qu'est-ce qui am&#232;ne la petite fille &#224; renoncer &#224; la m&#232;re comme objet libidinal et &#224; finalement opter pour un nouveau choix d'objet, celui du p&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute la difficult&#233; de la r&#233;solution du complexe d'&#338;dipe pour la petite fille et c'est toute cette difficult&#233; que le dessin anim&#233; de Walt Disney met particuli&#232;rement bien en sc&#232;ne dans &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt; : l&#224; o&#249; le constat de la diff&#233;rence des sexes a pour effet premier de rendre r&#233;elle la menace de castration et ainsi de mettre fin au complexe d'&#338;dipe pour le petit gar&#231;on, le constat de cette diff&#233;rence des sexes constitue pour la petite fille une porte d'entr&#233;e dans le complexe qui l'am&#232;nera &#224; la sexuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons cette question de la diff&#233;rence des sexes au moment o&#249; le spectateur rencontre Blanche-neige : le moment de la sc&#232;ne autour du puits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le puits et la diff&#233;rence des sexes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dessin anim&#233;, la premi&#232;re rencontre entre le spectateur et le personnage principal du film, Blanche-neige, s'effectue lorsque la jeune princesse, habill&#233;es de haillons, quitte les marches du perron qu'elle &#233;tait en train de laver pour aller au puits. Elle va y puiser l'eau pour ses t&#226;ches m&#233;nag&#232;res et, juste &#224; ce moment, quelques colombes se posent sur le rebord du puits. Blanche-neige s'adresse aux oiseaux et leur apprend qu'un pouvoir magique est dans ce puits. Lorsque l'on y fait un v&#339;u, si l'&#233;cho du puits vous r&#233;pond, le v&#339;u est exauc&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Faire un v&#339;u d&#233;sire-t-on,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au puits il faut le dire.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si l'&#233;cho sans tarder r&#233;pond,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;On a ce qu'on d&#233;sire.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le spectateur rompu avec le langage de l'inconscient aura tout de suite compris que le motif du puits est ici celui du trou, du creux, bref de l'absence de p&#233;nis. En d'autres termes, nous rencontrons Blanche-neige au moment de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment ne se n&#233;gocie pas de la m&#234;me mani&#232;re chez la petite fille que chez le petit gar&#231;on. L&#224; o&#249; nous avons vu que le petit gar&#231;on, mis en face de la diff&#233;rence des sexes, pr&#233;sentait une tendance &#224; ne pas en tenir compte, &#224; en rire, voire &#224; la d&#233;nier jusqu'&#224; ce que la menace de castration prenne le relais de cette am&#232;re constatation, la petite fille n'a g&#233;n&#233;ralement pas besoin de tergiverser. &#171; D'embl&#233;e elle a jug&#233; et d&#233;cid&#233; &#187;, nous dit Freud : &#171; Elle a vu cela, sait qu'elle n'en a pas et veut l'avoir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D'embl&#233;e elle a jug&#233; et d&#233;cid&#233;. Elle a vu cela, sait qu'elle ne l'a pas et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, il ne s'agit pas pour la petite fille d'un complexe de castration, mais &#224; proprement parler, d'un complexe de masculinit&#233;. La petite fille se sent tout d'abord diminu&#233;e, un sentiment d'inf&#233;riorit&#233; s'installe dans le psychisme de la jeune princesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La diff&#233;rence des sexes et le sentiment d'inf&#233;riorit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce sentiment d'inf&#233;riorit&#233; de la petite fille qui est particuli&#232;rement bien mis en &#233;vidence dans le dessin anim&#233; de Walt Disney, &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt;. Devant l'am&#232;re constat de la diff&#233;rence des sexes et l'absence de p&#233;nis, ici symbolis&#233; par le trou du puits, la petite fille se sent diminu&#233;e, &#224; la fois dans l'image inconsciente de son corps, et &#224; la fois dans le destin qui est le sien : Blanche-neige est mal habill&#233;e, en haillons, elle est assign&#233;e &#224; de basses besognes et &#224; des t&#226;ches basses et d&#233;gradantes. Dans son inconscient, la petite fille se consid&#232;re comme d&#233;grad&#233;e, diminu&#233;e par cette absence de p&#233;nis. Bless&#233;e narcissiquement, elle se r&#234;ve &#224; l'inverse : d'une grande beaut&#233; et d'&#234;tre muni de phallus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'image du beau et pur visage que le puits lui renvoie lorsqu'elle s'y mire. Quant &#224; la multiplication des colombes, ne doutons pas qu'elle repr&#233;sente ici le p&#233;nis manquant. L'on sait en effet que dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, les animaux qui se glissent dans les trous, ou ceux qui s'envolent, sont g&#233;n&#233;ralement les repr&#233;sentants des organes g&#233;nitaux masculins : ne dit-on pas d'ailleurs &#224; un petit gar&#231;on que &#171; le petit oiseau va sortir &#187;, lorsque l'on veut faire allusion au fait que sa braguette est ouverte ? En outre, si l'on se rappelle que c'est le souffle de l'Esprit saint (g&#233;n&#233;ralement repr&#233;sent&#233; par une colombe dans la symbolique chr&#233;tienne), qui vient mettre la vierge Marie enceinte du P&#232;re du Christ, on ne doutera plus que la Colombe est tout particuli&#232;rement un excellent repr&#233;sentant de l'organe masculin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce temps logique de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes (le puits et la Colombe) est fondamental, car si l'on suit Freud &#224; la lettre, c'est &#224; partir de cette d&#233;couverte que la petite fille va s'orienter vers son propre complexe d'&#338;dipe. Sur cette voie, trois possibilit&#233;s s'offrent &#224; elle : d'abord, tenant la m&#232;re comme responsable de son inf&#233;riorit&#233; constitutionnelle (comme responsable de l'avoir faite femme), la petite fille s'en d&#233;tourne afin de prendre le p&#232;re ou un de ses substituts comme objet d'amour ; ensuite, elle se d&#233;tourne de la sexualit&#233; en g&#233;n&#233;ral et de son onanisme en particulier ; enfin, elle s'oriente lentement, et parfois de mani&#232;re sinueuse, vers sa f&#233;minit&#233; future dans l'espoir d'accueillir un jour pleinement l'objet phallique tant convoit&#233;. Voyons successivement ces trois temps fondamentaux du complexe d'&#338;dipe de la petite fille avec la pr&#233;sentation que nous en fait Walt Disney dans son dessin anim&#233; &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le miroir de la f&#233;minit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-neige se mire au fond du puits. Cette sc&#232;ne fait bien s&#251;r &#233;cho &#224; la sc&#232;ne premi&#232;re du dessin anim&#233; : celle o&#249; la reine vient, comme chaque jour, contempler son miroir magique au mur. L'on comprend maintenant que la jalousie de la belle-m&#232;re est ici une mise en sc&#232;ne qui masque en m&#234;me temps qu'elle d&#233;couvre le motif sous-jacent : le motif &#339;dipien de la petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le miroir est d'ailleurs le symbole de l'inversion : dans la r&#233;alit&#233; psychique, c'est bien la petite fille qui, devant l'am&#232;re constat de la diff&#233;rence des sexes, se retourne contre sa m&#232;re, la tient comme responsable de son inf&#233;riorit&#233; organique et l'abandonne finalement comme objet d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le motif de la m&#232;re morte est si r&#233;pandu dans les contes d'enfant, c'est parce que c'est d'abord dans l'inconscient que la m&#232;re meurt comme premier objet d'amour. &lt;i&gt;Blanche-neige&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Belle et la B&#234;te&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Bambi&lt;/i&gt;, etc. : la liste est longue et nous tenterons d'y revenir tout au long de ce travail. Une fois morte (comme objet d'amour), la m&#232;re devient tr&#232;s vite une rivale pour la petite fille qui part imm&#233;diatement &#224; l'assaut du p&#232;re pour tenter de gagner son amour : c'est-l&#224; le motif premier de la jalousie, qui condens&#233; avec celui de l'inf&#233;riorit&#233; organique projet&#233; par l'image inconsciente du corps, donne finalement &#224; cette rivalit&#233; f&#233;minine ce caract&#232;re ravageur qu'il prend s'agissant de la beaut&#233; respective de la m&#232;re et de la fille et qui est particuli&#232;rement bien mis en &#233;vidence dans le conte de &lt;i&gt;Blanche-neige&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, apr&#232;s avoir constat&#233; l'insupportable diff&#233;rence des sexes et son absence constitutive de p&#233;nis, la petite fille va tenir la m&#232;re comme responsable de cette inf&#233;riorit&#233; et s'en d&#233;tourner : &#171; cette m&#232;re qui a lanc&#233; l'enfant dans la vie avec un &#233;quipement aussi insuffisant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dit Freud. La petite fille en veut terriblement &#224; sa m&#232;re de l'avoir fait manquante, s'en d&#233;tourne pour finir par la jalouser de recevoir l'objet du p&#232;re et pas elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons cependant quelque chose de fondamental pour comprendre le complexe d'&#338;dipe de la petite fille : c'est que dans l'inconscient, les choses et les temps ne sont pas chronologiques, mais bien logiques. En d'autres termes, il faut comprendre qu'avant sa propre fille, la m&#232;re est d'abord elle-m&#234;me une petite fille ; en ce sens, elle v&#233;hicule elle-m&#234;me son propre complexe d'&#338;dipe, c'est-&#224;-dire son propre complexe de masculinit&#233; qu'elle transmet de mani&#232;re souvent inconsciente et brute &#224; sa fille. C'est en ce sens chronologique, que le th&#232;me de la m&#233;chante belle-m&#232;re qui jalouse la beaut&#233; de Blanche-neige est tout &#224; fait recevable. D'un point de vue logique cependant, c'est bien la diff&#233;rence des sexes et sa d&#233;couverte qui est la cause premi&#232;re de l'abandon de la m&#232;re comme objet d'amour et du d&#233;tournement de la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;tournement de la sexualit&#233; (premi&#232;re rencontre avec le prince)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la petite fille constate au miroir de la rencontre avec le p&#233;nis du petit gar&#231;on sa propre inf&#233;riorit&#233;, non seulement elle en veut &#224; sa m&#232;re dans un premier temps et s'en d&#233;tourne dans un second, mais surtout, d&#233;&#231;ue, elle abandonne toute recherche sexuelle et toute volupt&#233; dans le domaine de la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;tournement est particuli&#232;rement bien mis en &#233;vidence dans la sc&#232;ne de la premi&#232;re rencontre avec le prince. Apr&#232;s la constatation de la diff&#233;rence des sexes, la petite fille se d&#233;tourne de la m&#232;re comme objet d'amour afin de prendre un substitut du p&#232;re : elle se met &#224; d&#233;sirer voir un jour venir celui qu'elle aime. C'est la chanson que chante Blanche-neige aux colombes assembl&#233;es autour du puits :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Je souhaite (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Voir celui que j'aime. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et qu'il vienne (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bient&#244;t. (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je l'attends, (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je r&#234;ve aux doux mots, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aux mots tendres (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'il dira. (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je souhaite (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Voir celui que j'aime. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'il me trouve (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bient&#244;t.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si Blanche-neige r&#234;ve au prince charmant, au moment pr&#233;cis o&#249; celui-ci escalade le mur pour la rejoindre aupr&#232;s du puits, elle prend peur et s'enfuit : pourquoi ? Si, comme on l'a d&#233;j&#224; soulign&#233;, l'escalade est le symbole, dans l'inconscient, de l'acte sexuel, l'on a ici la confirmation que la petite fille qu'est Blanche-neige n'est pas pr&#234;te : la d&#233;ception de sa f&#233;minit&#233; la d&#233;tourne dans un premier temps de toute sexualit&#233; et la conduit &#224; r&#234;ver d'une mani&#232;re lascive et, en quelque sorte, passive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se cache derri&#232;re les rideaux rouges, rougit elle-m&#234;me, est plong&#233;e dans une &#233;trange volupt&#233;, mais celle-ci est totalement d&#233;sexualis&#233;e. Elle semble avoir abandonn&#233; toute sexualit&#233;. En a-t-elle d'ailleurs jamais eu une ? Apr&#232;s tout, devant autant de pudeur, est-on v&#233;ritablement en droit d'affirmer que, tout comme le petit gar&#231;on, la petite fille a connu auparavant un d&#233;veloppement de sa recherche sexuelle et d'une activit&#233; onaniste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cueillette des fleurs et la masturbation infantile de la petite fille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue psychanalytique, l'on est effectivement en droit d'affirmer que, tout comme le petit gar&#231;on, la petite fille conna&#238;t g&#233;n&#233;ralement, au moment culminant de sa phase phallique, une intense activit&#233; onaniste. C'est avec son propre organe, le clitoris, que la petite fille atteint au plaisir masturbatoire durant cette p&#233;riode. Le clitoris se comporte &#224; cet &#233;gard comme le p&#233;nis et la petite fille ne manque d'ailleurs pas de rivaliser avec le petit gar&#231;on dans cette p&#233;riode masturbatoire. Est-ce par cette voie et par comparaison qu'elle en vient &#224; percevoir son propre organe comme inf&#233;rieur et entrer ainsi dans son propre complexe de masculinit&#233; ? C'est, &#224; n'en pas douter, une piste &#224; retenir, d'autant qu'une telle d&#233;ception par comparaison faciliterait sans aucun doute l'abandon de la sexualit&#233; et l'inhibition de l'onanisme. Car la masturbation existe bien chez la petite fille et le dessin anim&#233; de &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt; ne manque pas d'en &#233;voquer les contenus inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenons-nous que dans le dessin anim&#233; de Walt Disney, le premi&#232;re fois que nous rencontrons Blanche-neige, c'est lorsqu'elle est train de laver des marches. Or, si l'on sait que monter ou descendre des marches ou escaliers est dans l'inconscient, le symbole certain du co&#239;t et de l'acte sexuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Marches, &#233;chelles, escaliers, en l'occurrence le fait de s'y d&#233;placer, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'est pas permis de douter que les frotter est le symbole de la masturbation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous ensuite la mani&#232;re dont la m&#233;chante belle-m&#232;re ordonne &#224; son serviteur d'exposer Blanche-neige. Elle ordonne de conduire Blanche-neige dans la for&#234;t, dans un lieu isol&#233; o&#249; elle cueillera des fleurs sauvages. Si les fleurs sont le repr&#233;sentant symbolique du sexe f&#233;minin, souvent butin&#233;es, le c&#244;t&#233; sauvage ent&#233;rine le c&#244;t&#233; cach&#233; et voluptueux de l'activit&#233; ici symbolis&#233;e. L'endroit isol&#233;, bien entendu, pr&#233;pare &#224; l'activit&#233; que l'on fait en cachette. Enfin, la cueillette se situe dans la droite lign&#233;e symbolique des activit&#233;s de l'arrachage et du d&#233;tachement, dont l'exp&#233;rience psychanalytique montre qu'elle symbolise ouvertement la masturbation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'arrachage des poils (de l'herbe), qui prend ici la place de la souillure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux, le fantasme masturbatoire de la petite fille est ici d&#233;voil&#233; dans la sc&#232;ne avec le fid&#232;le serviteur de la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le c&#339;ur arrach&#233; et le fantasme de l'inceste avec p&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que viendrait repr&#233;senter ici ce fid&#232;le serviteur de la m&#232;re, si ce n'est le p&#232;re lui-m&#234;me ? Nous avons ici le motif du fameux fantasme que Freud expose dans son c&#233;l&#232;bre article : &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; On bat un enfant &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Rencontrant avec une &#233;tonnante fr&#233;quence chez ses patients et patientes, le souvenir de voire ou de croire avoir d&#233;j&#224; vu une sc&#232;ne o&#249; un enfant est battu, Freud en d&#233;duit qu'un tel souvenir est celui d'un sc&#233;nario avant tout fantasmatique servant de base &#224; une activit&#233; masturbatoire fortement investie libidinalement. Toujours pr&#233;sent avec une &#233;tonnante vivacit&#233;, ce sc&#233;nario fantasmatique, bien qu'il prenne ses racines dans des stades d'organisation de la sexualit&#233; ant&#233;rieurs et notamment sadiques, conna&#238;t son point de culminance avec la mont&#233;e en puissance de l'organisation g&#233;nitale phallique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la petite fille, derri&#232;re ces fantasmes de fustigation, se cache le d&#233;sir incestueux d'avoir des relations sexuelles et d'obtenir un enfant du p&#232;re. Si l'on admet que le fid&#232;le serviteur de la m&#232;re est le substitut parfait du p&#232;re, l'on ne peut que reconna&#238;tre que le motif de l'arrachage du c&#339;ur symbolise celui de la prise de la virginit&#233;. Lorsque l'on sait que tout objet oblongue et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; toutes armes allong&#233;es ou tranchantes telles les couteaux ou poignards repr&#233;sentent, dans l'inconscient, le membre masculin en &#233;rection&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple : Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'est plus permit d'avoir aucun doute sur le symbolisme de l'instrument brandi par le chasseur, au moment m&#234;me o&#249; son ombre s'avance sur l'innocente h&#233;ro&#239;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, on ne peut que reconna&#238;tre dans la sc&#232;ne de la cueillette des fleurs dans la for&#234;t, le fantasme primordial qui guide l'activit&#233; masturbatoire de la petite fille en sa phase phallique &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;. Comme le r&#233;sume Freud :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'enfant qui est alors battu-caress&#233; peut n'&#234;tre au fond rien d'autre que le clitoris, si bien que cette d&#233;claration, dans ce qu'elle a de plus profond, contient l'aveu de la masturbation qui, d&#232;s le d&#233;but, dans la phase phallique, jusqu'&#224; une &#233;poque tardive est attach&#233;e au contenu de cette formule &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, ce fantasme, &#171; r&#233;sidu de la p&#233;riode phallique de la petite fille &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en signant sa r&#233;surgence contient &#233;galement la preuve de l'activit&#233; masturbatoire intense de la petite fille &#224; l'&#233;poque de sa phase phallique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; la suite de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes et de son inf&#233;riorit&#233; constitutionnelle pr&#233;sum&#233;e, la petite fille pr&#233;sente une tendance tr&#232;s marqu&#233;e &#224; se r&#233;volter contre la masturbation. L&#224; o&#249; le gar&#231;on pourra continuer &#224; obtenir satisfaction par cette voie nonobstant l'&#233;ventuel sentiment de culpabilit&#233; associ&#233; &#224; cette activit&#233;, la petite fille, profond&#233;ment bless&#233;e dans son narcissisme, aura tendance &#224; associer la masturbation, fut-elle clitoridienne, &#224; une activit&#233; typiquement masculine, et &#224; vouloir s'en d&#233;tourner d&#233;finitivement afin d'acc&#233;der &#224; une sexualit&#233; diff&#233;rente et typiquement f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le motif du refoulement de la sexualit&#233; mis en sc&#232;ne par le motif de la fuite au travers de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refoulement de la sexualit&#233;, initi&#233; par la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes, semble d&#233;sormais redoubl&#233; par la crainte de l'inceste. Dans la sc&#232;ne de la cueillette des fleurs, la petite fille qu'est Blanche-neige semble &#233;galement faire de la castration la cons&#233;quence d'une punition de l'activit&#233; masturbatoire et semble attribuer cette punition au p&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fuite dans la for&#234;t : le refoulement de la masculinit&#233; et le motif de la m&#232;re morte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'horreur cumul&#233;e de la diff&#233;rence des sexes (sc&#232;ne du puits) et de l'inceste (sc&#232;ne dans la for&#234;t avec le serviteur), la petite fille va se d&#233;tourner de sa m&#232;re et refouler son activit&#233; sexuelle, notamment celle qu'elle associe &#224; la masculinit&#233;. Encore une fois, c'est l'humiliation narcissique subie et son inf&#233;riorit&#233; organique pr&#233;sum&#233;e lors de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes qui plonge la petite fille dans un tel d&#233;sarroi. Puisqu'on ne peut pas, sur ce terrain, tenir t&#234;te aux gar&#231;ons, mieux vaut s'abstenir de rivaliser et refouler toute sexualit&#233;, notamment masculine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce refoulement dans les tr&#233;fonds de l'inconscient qui est ici repr&#233;sent&#233; par la sc&#232;ne de la fuite dans la for&#234;t. Cette fuite signe &#224; la fois le d&#233;tournement de la sexualit&#233; et l'abandon de la m&#232;re comme objet d'investissement libidinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;pargn&#233;e par le chasseur, Blanche-neige fuit dans l'&#233;paisse for&#234;t noire : la m&#232;re, tout comme Blanche-neige dans la for&#234;t, est d&#233;finitivement perdue. Le motif de la m&#232;re morte est ici redoubl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, cette sc&#232;ne repr&#233;sente &#233;galement les dangers de la r&#233;gression. Blanche-neige risque d'&#234;tre aval&#233;e par la for&#234;t. Nous rencontrons une nouvelle fois ici le fantasme sadique-oral invers&#233; : celui d'&#234;tre d&#233;vor&#233;e par la m&#232;re nourrici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette travers&#233;e du fantasme oral, se joint la travers&#233;e du fantasme scopique. On cache, on refoule, de peur d'&#234;tre d&#233;couvert : la for&#234;t a des yeux, elle regarde fixement tout comme l'enfant a vu la diff&#233;rence des sexes et est fix&#233; &#224; la castration tant redout&#233;e. Les troncs d'arbres se transforment en crocodiles, les feuilles mortes en chauves-souris, &#233;puis&#233;e par sa lutte contre la castration fantasm&#233;e, Blanche-neige tombe inanim&#233;e au beau milieu de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; LE D&#201;SIR D'ENFANT ET LE MOTIF DE LA S&#201;DUCTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce refoulement semble r&#233;ussir : &#171; J'ai le c&#339;ur en f&#234;te &#224; pr&#233;sent, je suis persuad&#233;e que tout ira bien et que les choses vont s'arranger d'une fa&#231;on ou d'une autre &#187; d&#233;clare Blanche-neige aux animaux de la for&#234;t. L'on reconna&#238;t-l&#224; encore une fois le motif des animaux secourables, lesquels conduisent Blanche-neige jusqu'&#224; la maison des sept nains. Blanche-neige y entreprend le grand m&#233;nage psychique n&#233;cessaire &#224; son &#233;volution : salet&#233;, toile d'araign&#233;e, poussi&#232;res et d&#233;sordre c&#232;dent la place &#224; la propret&#233;, l'&#233;clat de la brillance, &#224; l'ordre et &#224; l'organisation. Un grand coup de balai est pass&#233; dans le psychisme de la petite fille : activit&#233; masturbatoire et inceste semble oubli&#233;s. Fatigu&#233;e, Blanche-neige s'endort et se r&#233;veillera face &#224; un nouveau d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#224; partir de ce refoulement r&#233;ussi, la libido de la petite fille &#233;volue. Selon la c&#233;l&#232;bre formule de Freud, la libido de la petite fille glisse alors le long de l'&#233;quation symbolique p&#233;nis = enfant. Ne pouvant poss&#233;der le p&#233;nis, la petite fille renonce &#224; ce d&#233;sir pour y substituer un nouveau : un d&#233;sir d'enfant. Entr&#233;e en jalousie avec la m&#232;re, elle lui dispute d&#233;sormais le d&#233;sir d'avoir un enfant du p&#232;re. Par ce biais, elle est d&#233;j&#224; une petite femme. C'est ce double motif du d&#233;sir d'enfant et de femme d&#233;j&#224; accomplie que condense &#224; merveille le th&#232;me de &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nains et le d&#233;sir de p&#233;nis de la petite fille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel le &lt;i&gt;Rumpelstilzchen&lt;/i&gt; allemand, ce petit bonhomme farceur des contes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Mat&#233;riaux de contes dans les r&#234;ves &#187;, &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, capable des plus extraordinaires prouesses, le nain est le lointain descendant du p&#233;nis longtemps convoit&#233; par la petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#234;ves, par exemple, les enfants ne signifient souvent rien d'autre que des organes g&#233;nitaux. &#192; cet &#233;gard, Freud nous rappelle que les hommes comme les femmes sont habitu&#233;s &#224; d&#233;signer d'une mani&#232;re quelque peu coquine leur organe g&#233;nital comme leur &#171; petite chose &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Stekel, quant &#224; lui, rappelle dans son c&#233;l&#232;bre ouvrage sur &lt;i&gt;La langue du r&#234;ve&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W. Stekel, Die Sprache des Traumes, Wiesbaden, J. F. Bergmann, 1911.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que le &#171; petit fr&#232;re &#187; doit s'entendre dans l'inconscient comme le repr&#233;sentant symbolique du p&#233;nis. Et Freud d'enfoncer le clou en d&#233;clarant que jouer avec des enfants, les chamailler ou les battre, est tr&#232;s fr&#233;quemment une pr&#233;sentation onirique de l'activit&#233; masturbatoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant &#234;tre d'abord saisis comme les repr&#233;sentants du p&#233;nis (ou du clitoris), les sept nains du dessin anim&#233; de Walt Disney apportent un plaisir libidinal non dissimul&#233; &#224; la petite fille Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailleurs infatigables comme le membre masculin id&#233;al, ils piochent inlassablement dans la terre. Au fond de la mine et ses galeries, ils d&#233;couvrent des pierres pr&#233;cieuses : diamants et rubis qui serviront &#224; faire les plus beaux bijoux et parures f&#233;minines, constituant autant de tr&#233;sors symbolisant la jouissance f&#233;minine qui d&#233;coule de cette activit&#233; souterraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les sept nains apportent un plaisir libidinal &#224; Blanche-neige, cela est flagrant dans &lt;i&gt;La Tyrolienne des nains&lt;/i&gt;, o&#249; les sept, tour &#224; tour, dansent, pirouettent et perdent l'&#233;quilibre. Enivr&#233;s de plaisir par la pr&#233;sence de la jeune princesse, Blanche-neige se joint &#224; leurs chants et, flatt&#233;e, danse all&#232;grement dans la maisonn&#233;e en faisant la r&#233;v&#233;rence. La contrebasse de Prof, la voix dansante d'Atchoum, la mandoline de Joyeux, l'accord&#233;on de Timide, le piano de Grincheux, la fl&#251;te de Dormeur et la batterie de Simplet : autant d'instruments que les sept nains manient &#224; merveille et dont ils se servent pour tenter de faire vibrer Blanche-neige jusqu'&#224; l'orgasme. Simplet, tel l'enfant phallique, va jusqu'&#224; se faire plus grand qu'il n'est et s'&#233;riger sur les &#233;paules d'Atchoum pour la ravir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technique du &lt;i&gt;Yodel&lt;/i&gt;, technique de chant typique du Tyrol, symbolise merveilleusement la jouissance ici partag&#233;e par Blanche-neige et les sept nains. Passant en un &#233;clair de la voix de corps &#224; la voix de t&#234;te en faisant r&#233;sonner les voyelles, telle Europe vocalisant sous les assauts de Zeus, Blanche-neige s'extasie de jouissance devant les prouesses des sept nains :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Oh l&#224; l&#224; youdy, oh l&#224; l&#224; youdy&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; L&#224; l&#224; youdirl&#224;, l&#224; l&#224; l&#224; youdirley&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;hioley hirley, hioley hirley hi&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'amour, Blanche-neige, &#233;puis&#233;e, raconte son histoire. Elle chante ensuite la chanson du prince charmant, anticipant le passage de la jouissance infantile aux plaisirs partag&#233;s des adultes. Quant aux nains, en acceptant d'aller se coucher et en c&#233;dant leur lit &#224; Blanche-neige, ils acceptent l'abstinence apr&#232;s la jouissance (choses toujours difficile pour les enfants en jeune &#226;ge).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nains = enfants de la petite femme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sept nains permettent &#233;galement &#224; Blanche-neige d'assumer son r&#244;le de femme en devenir. Ils permettent &#224; Blanche-neige d'endosser, si l'on peut dire de mani&#232;re active, son r&#244;le de future femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le souligne Freud, dans le domaine de la libido comme dans tous les domaines de la vie inconsciente, toute stimulation &#233;prouv&#233;e passivement fournit &#224; l'enfant l'irr&#233;pressible d&#233;sir de r&#233;agir en retour de mani&#232;re active. L'enfant cherche toujours &#224; r&#233;p&#233;ter sur autrui ce qui a &#233;t&#233; op&#233;r&#233; sur lui. &#171; Travail de maitrise du monde ext&#233;rieur &#187;, certes, ce travail sert &#233;galement &#224; l'enfant &#224; att&#233;nuer l'agression du monde ext&#233;rieur sur son monde int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Freud le souligne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand le docteur a ouvert la bouche de l'enfant qui se rebelle pour voir sa gorge, d&#232;s que le m&#233;decin est parti l'enfant va jouer au docteur et r&#233;p&#233;ter cette &#233;preuve de force sur un fr&#232;re ou une s&#339;ur plus petits que lui et qui sont autant sans d&#233;fense &#224; son &#233;gard qu'il l'a &#233;t&#233; lui&#8209;m&#234;me avec le m&#233;decin. On ne peut m&#233;conna&#238;tre ici une r&#233;volte contre la passivit&#233; et une pr&#233;f&#233;rence pour le r&#244;le actif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce m&#234;me sc&#233;nario que l'on voit se d&#233;velopper dans la maison des sept nains. Si la m&#232;re allaite, nourrit, lave et habille l'enfant, tous ces soins qui sont associ&#233;s &#224; un intense plaisir libidinal, l'enfant va tenter de les r&#233;p&#233;ter. Si le petit gar&#231;on joue au docteur, la petite fille joue avec sa poup&#233;e : elle l'habille, lui apprend la propret&#233; et la nourrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-neige prend les nains pour ses enfants : elle leur fait la lessive, la couture, le m&#233;nage et la cuisine, leur promet massepains et tartes aux prunes comme ultimes douceurs et sucreries. La marmite ne manque pas de bouillir &#224; gros bouillons et la soupe d&#233;borde : la jouissance est &#224; son comble pour les sept nains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Blanche-neige s'&#233;rige en reine du petit logis, elle prend en charge de mani&#232;re active sa f&#233;minit&#233; et se r&#233;concilie ainsi avec la jalousie maternelle qui l'a fait quitter la demeure royale. En outre, Blanche-neige se pr&#233;pare &#224; assumer sa sexualit&#233; f&#233;minine future et son pouvoir de s&#233;duction, en se rendant compte que les nains sont &#233;galement de &#171; petits hommes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pomme et le motif de la s&#233;duction primaire par la m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes lorsque, soudain, des tr&#233;fonds de l'inconscient, le refoul&#233; fait brusquement retour et se rappelle &#224; la belle enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; le complexe d'&#338;dipe de la petite fille semblait en bonne voie ; l&#224; o&#249; Blanche-neige semblait avoir fait le grand m&#233;nage psychique n&#233;cessaire &#224; l'&#233;volution de sa maturit&#233; ; l&#224; o&#249; la libido de la petite fille semblait lentement glisser le long de l'&#233;quation symbolique p&#233;nis = enfant ; l&#224; o&#249; la petite fille semblait avoir r&#233;ussi &#224; surmonter le motif de la jalousie avec la m&#232;re ; l&#224; o&#249; la petite fille &#233;tait d&#233;j&#224; une petite femme&#8230; Soudain : &#171; Adieu veau, vache, cochon, couv&#233;e &#187;, comme le disait La Fontaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que l'on appelle, en psychanalyse, le retour du refoul&#233;. Et ce qui &#233;tait refoul&#233;, rappelons-nous, c'est l'ambivalence, la haine-jalouse pour la m&#232;re, qui fait suite &#224; la d&#233;ception due au constat de la diff&#233;rence des sexes. Ce qui &#233;tait refoul&#233;, en d'autres termes, c'est tout simplement l'amour premier pour la m&#232;re, c'est la m&#232;re comme premier objet d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re, on le sait, est le premier objet d'amour pour l'enfant. Qu'il soit fille ou gar&#231;on, c'est la m&#232;re qui introduit l'enfant &#224; la volupt&#233; et aux premi&#232;res sensations g&#233;nitales par les toilettes et les soins corporels et qui introduit en quelque sorte l'enfant aux pr&#233;misses de sa phase phallique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la petite fille plus pr&#233;cis&#233;ment, c'est sur la relation originaire &#224; la m&#232;re que se construit la relation secondaire au p&#232;re, puis plus tard, au mari. Comme le souligne Freud, &#171; le report sur l'objet paternel des liens affectifs avec l'objet maternel forme bien le contenu principal du d&#233;veloppement en femme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que pour la petite fille, le d&#233;tournement de l'objet premier est plus ravageur : elle doit non seulement changer d'objet d'amour, mais doit en outre changer d'objet-sexu&#233;. Alors que le sexe de l'objet d'amour reste identique pour le petit gar&#231;on, la petite fille doit faire un effort suppl&#233;mentaire pour porter sa libido vers l'homme, c'est-&#224;-dire vers l'autre sexe : le sexe masculin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'&#224; la sortie de l'&#338;dipe et de sa rivalit&#233; avec le p&#232;re, lorsqu'il se d&#233;tourne de la m&#232;re comme objet libidinal, le petit gar&#231;on peut n&#233;anmoins conserver cette derni&#232;re comme objet d'amour (et il ne s'en prive d'ailleurs pas), la petite fille, elle, au moment o&#249; elle se d&#233;tourne de la m&#232;re comme objet libidinal, la perd &#233;galement comme objet d'amour par le jeux de la rivalit&#233; &#339;dipienne dans laquelle elle ne fait qu'entrer. La situation est d&#233;s&#233;quilibr&#233;e : la perte est double pour la petite fille qui se retrouve en quelque sorte en d&#233;sh&#233;rence amoureuse. D'o&#249; peut-&#234;tre ce narcissisme sp&#233;cifique que l'homme-Freud croit d&#233;celer chez la femme. Ce narcissisme qui fait que la relation au miroir de sa f&#233;minit&#233; est, chez elle, le sympt&#244;me de la sp&#233;cificit&#233; de son complexe d'&#338;dipe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est devant le retour, au grand jour, de cette difficile d&#233;sh&#233;rence et ce d&#233;sarroi que Blanche-neige est plac&#233;e au surgissement de la marchande de pomme. C'est le motif de l'horreur de cet arrachement &#224; ce premier objet d'amour, &#224; ce d&#233;sir premier, qui r&#233;appara&#238;t grim&#233; sous les traits de la vilaine sorci&#232;re marchande de pomme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette marchande de pomme se pr&#233;sente d'abord comme bonne, &#171; une vieille marchande inoffensive &#187;. Son apparition dans l'encadrement de la fen&#234;tre signe l'inqui&#233;tant du fantasme, mais les mots sont d'abord doux : &#171; mon bijou &#187;, &#171; ch&#233;rie &#187;, sont les expressions employ&#233;es par la vieille femme qui se montre aimante. Elle donne des conseils &#224; Blanche-neige sur ce que les hommes pr&#233;f&#232;rent (des pommes). Son c&#339;ur est fatigu&#233; et elle demande asile &#224; Blanche-neige comme une vieille m&#232;re aimante demande &#224; sa fille de l'aider. Elle lui demande un peu d'eau, son dessein semble pur. Elle flatte Blanche-neige la remerciant d'&#234;tre si gentille pour elle, pauvre vieille. Elle propose &#224; Blanche-neige d'exaucer ses v&#339;ux, notamment les v&#339;ux qui font des jeunes filles des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les th&#232;mes du c&#339;ur, du d&#233;sir, de l'amour profond qui est ici motiv&#233; par la vieille grand-m&#232;re qui conna&#238;t le c&#339;ur des jeunes filles. Au moment o&#249; Blanche-neige pense &#224; son prince, l'on reconna&#238;t d'o&#249; ce d&#233;sir tient son &#233;lan premier : il le puise de son premier objet d'amour, de l'amour maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pomme est bien &#233;videmment le symbole par excellence de la s&#233;duction. Elle est &#233;galement le symbole de la f&#233;condit&#233; et de la f&#233;minit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple Karl Abraham, &#171; R&#234;ve et mythe. Contribution &#224; l'&#233;tude de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est avec la pomme qu'&#200;ve, la femme, s&#233;duit Adam et lui donne une prog&#233;niture. C'est toute la complexit&#233; de l'&#338;dipe f&#233;minin et de la f&#233;minit&#233; qui est ici condens&#233; sous les traits de la sorci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici, comme le souligne Freud, &#171; le fantasme si fr&#233;quent qui fait de la m&#232;re, de la nourrice ou de la bonne d'enfants la s&#233;ductrice &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, fantasme qui est &#224; l'&#339;uvre aussi bien chez le petit gar&#231;on que chez la petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pomme, c'est bien s&#251;r l'objet oral et la petite fille peut retrouver par-l&#224; les premiers motifs de sa d&#233;ception maternelle : le sevrage. Le reproche de l'absence de p&#233;nis se renforce d'un autre reproche, ant&#233;rieur, adress&#233; &#224; la m&#232;re : celui de n'avoir pas donn&#233; assez de lait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pomme, pr&#233;alablement plong&#233;e dans le chaudron et impr&#233;gn&#233;e de poison, est d&#233;sormais devenue rouge pour tenter Blanche-neige et lui donner envie de la croquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;interpr&#233;tation de la prise de possession de la maison des sept nains&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question demeure cependant &#224; la lecture &#339;dipienne du conte de Blanche-neige : pourquoi le motif de la m&#232;re revient-il hanter Blanche-neige alors m&#234;me qu'un premier refoulement avait eu lieu avec le d&#233;part de la for&#234;t ? Le premier d&#233;part dans la for&#234;t n'avait en fait &#233;t&#233; qu'une fuite. Le retour du refoul&#233; est identique au refoul&#233;. La pomme condense le d&#233;sir &#339;dipien de Blanche-neige, mais celui-ci est d&#233;guis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car une lecture psychanalytique du conte ne peut passer sous silence, que ce n'est pas tant la m&#232;re qui est d&#233;guis&#233;e en sorci&#232;re, m&#234;me si la formule magique est subtile :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Poussi&#232;re de momie, pour me vieillir ; pour changer ma tenue, du noir de nuit ; pour vieillir ma voix, un caquet de vieille m&#233;g&#232;re ; pour blanchir mes cheveux, un hurlement d'effroi ; un vent de temp&#234;te attisera ma haine ; ajoutons encore la foudre au m&#233;lange final &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re son allure toute rapetiss&#233;e et sa d&#233;marche ramass&#233;e, la sorci&#232;re &#233;voque bien s&#251;r la menace de castration et complexe de masculinit&#233; par le rabougrissement du p&#233;nis qu'elle mat&#233;rialise par sa silhouette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, encore une fois, dans la logique de l'inconscient et du cauchemar que va mettre en sc&#232;ne le dessin anim&#233;, ce qui est v&#233;ritablement d&#233;guis&#233;, ce n'est pas tant la m&#232;re que le d&#233;sir &#339;dipien de la petite fille Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'apparent bonheur de Blanche-neige dans la maison des sept nains tourne finalement au cauchemar, c'est que le d&#233;sir &#339;dipien qu'il sous-tendait &#233;tait ignor&#233; de Blanche-neige. D'un point de vue psychologique, tout &#233;tait pour le mieux dans le meilleur des mondes et la petite fille s'exer&#231;ait &#224; devenir m&#232;re. C'&#233;tait sans compter sur l'inconscient et sa logique &#339;dipienne implacable. Au vu du cauchemar qui surgit, il nous est permis de r&#233;interpr&#233;ter la prise de possession de la maison des sept nains comme l'expression d'un violent d&#233;sir &#339;dipien &#224; l'encontre de celle qui fait retour : la m&#232;re. Le retour de la m&#232;re d&#233;guis&#233;e, c'est, pour mieux dire, le retour d'un d&#233;sir d&#233;guis&#233; contre la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'appuyant sur les brillantes d&#233;couvertes de M&#233;lanie Klein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;lanie Klein, &#171; Les premiers stades du complexe d'&#338;dipe &#187;, dans la Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est possible de r&#233;interpr&#233;ter la prise de possession par Blanche-neige de la petite maison &#224; l'or&#233;e du bois, comme la prise de possession, par la petite fille, du ventre de la m&#232;re et des enfants qui s'y trouvent. Si la maison &#224; l'or&#233;e du bois repr&#233;sente le ventre de la m&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les rites d'initiation des primitifs confirment cette interpr&#233;tation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la for&#234;t en repr&#233;sente l'aspect ext&#233;rieur (autrement dit le ventre-sexe f&#233;minin) et la maison son int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour M&#233;lanie Klein, si le petit gar&#231;on poss&#232;de bien le p&#233;nis avec lequel il tente de rivaliser avec le p&#232;re (comme nous l'avons vu dans &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;), la petite fille n'a elle qu'un d&#233;sir insatisfait, celui de la maternit&#233;, pour mat&#233;rialiser (&lt;i&gt;mater&lt;/i&gt;-ialiser) la rivalit&#233; avec la m&#232;re. En d'autres termes, la petite fille manque d'un &#171; support puissant &#187; dans l'anticipation de la sexuation. Une pleine maternit&#233; &#233;tant encore improbable au sortir de l'enfance, la petite fille vit ce d&#233;sir de maternit&#233; comme une tentative usurpatrice de s'emparer des enfants de la m&#232;re, c'est-&#224;-dire des enfants potentiellement contenus dans son ut&#233;rus. S'&#233;tayant sur des pulsions sadiques pr&#233;&#339;dipiennes dirig&#233;es contre le corps de la m&#232;re, le d&#233;sir &#339;dipien de la petite fille g&#233;n&#232;re rapidement anxi&#233;t&#233; et sentiment de culpabilit&#233;, celle-ci s'attendant &#224; la peine du talion lorsqu'elle tente de satisfaire ce d&#233;sir de maternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;lanie Klein y voit d'ailleurs la &#171; racine &#187; de l'int&#233;r&#234;t &#171; constant &#187; et &#171; souvent excessif &#187; des femmes pour leur beaut&#233; personnelle, car elles craignent que leur corps ne soit d&#233;truit par leur m&#232;re en retour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au fond du d&#233;sir de se parer et de s'embellir, il y a toujours le motif de restaurer la beaut&#233; endommag&#233;e, et ceci a son origine dans l'anxi&#233;t&#233; et dans le sentiment de culpabilit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;lanie Klein, &#171; Les premiers stades du complexe d'&#338;dipe &#187;, dans la Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le gar&#231;on tire de la possession de son p&#233;nis un &#171; support puissant &#187; &#224; la rivalit&#233; &#339;dipienne et &#224; l'acceptation de son sexe, la petite fille manque cruellement d'un support dans sa rivalit&#233; maternelle et est souvent contrainte de n'anticiper sa maternit&#233; qu'avec anxi&#233;t&#233; et sentiment de culpabilit&#233; vis-&#224;-vis de sa m&#232;re. Cette anxi&#233;t&#233; de la femme au sujet de sa f&#233;minit&#233; et de sa f&#233;condit&#233; peut &#234;tre finalement saisie comme le pendant du complexe de castration du petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce complexe de castration et cette anxi&#233;t&#233; ne peuvent &#234;tre mis &#224; l'&#233;cart et refoul&#233;s, ils contribuent alors &#224; mettre en &#233;chec les pulsions &#339;dipiennes et, par cons&#233;quent, l'&#233;volution vers l'assomption de son sexe et le d&#233;veloppement d'une maturation de la fonction sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;veloppant le sc&#233;nario de la prise de possession du ventre maternel et des enfants qui s'y trouvent, le conte de Blanche-neige permet &#224; la petite fille de se r&#233;concilier avec ses pulsions &#339;dipiennes inconscientes et, par cons&#233;quent, de symboliquement surmonter l'anxi&#233;t&#233; et le sentiment de culpabilit&#233; qu'elles g&#233;n&#232;rent. D'un point de vue purement scopique, la diminution du d&#233;plaisir qui d&#233;coule de la mise en sc&#232;ne d'un tel sc&#233;nario, met l'enfant en joie devant ce spectacle f&#233;&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une patiente me racontait comment enfant, elle s'imaginait &#233;voluer et nager (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommeil et co&#239;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En croquant la pomme, symbole de f&#233;condit&#233; et de f&#233;minit&#233;, Blanche-neige plonge dans le tr&#233;fonds de son d&#233;sir &#339;dipien inconscient. Or dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, croquer la pomme c'est bien s&#251;r et avant tout le symbole du co&#239;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d'autant plus que l'enfant, dans l'effervescence de ses premi&#232;res recherches sexuelles et l'&#233;laboration de ses premi&#232;res th&#233;ories sexuelles infantiles, associe souvent les fonctions de nutrition et de s&#233;cr&#233;tion aux fonctions g&#233;nitales : notamment du co&#239;t et de l'accouchement. Nous le verrons plus en d&#233;tail plus tard avec les dessins anim&#233;s de &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt;, mais l'une des th&#233;ories sexuelles les plus abouties de l'enfant est que la conception se fait par l'absorption d'une petite graine que le Papa met dans la bouche de la Maman par l'interm&#233;diaire d'un baiser d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on retrouve d'ailleurs ces th&#233;ories sexuelles infantiles dans les sympt&#244;mes n&#233;vrotiques hyst&#233;riques qui se concentrent tr&#232;s souvent sur la zone buccale et la pulsion orale. Les d&#233;go&#251;ts alimentaires et vomissements hyst&#233;riques, la gourmandise et l'absorption d'aliments indigestes, malsains ou attirants l'&#339;il (tout ce qui est habituellement qualifi&#233; de &#171; cochonneries &#187;) trahissent le d&#233;placement et la concentration des pulsions sexuelles refoul&#233;es et des pulsions orales sur la zone buccale. Sandor Ferenczi va m&#234;me jusqu'&#224; avancer que &#171; les envies diverses et &#233;tranges des femmes enceintes que l'on peut &#233;galement constater en dehors de la grossesse au moment des r&#232;gles, peuvent s'expliquer par la r&#233;pression d'une libido exacerb&#233;e par le processus biologique, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire par un &#233;tat hyst&#233;rique transitoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandor Ferenczi, &#171; Transfert et introjection &#187;, (1909), in &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, le double motif oral du baiser d'amour du prince et de la pomme s'associent et se renforcent pour repr&#233;senter, dans la symbolique inconsciente, le co&#239;t tant d&#233;sir&#233; que redout&#233; par la jeune princesse Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi le sommeil de mort ? Que repr&#233;sente-t-il ? L'on conna&#238;t, bien s&#251;r, l'effet d'endormissement et d&#233;tendant du co&#239;t, mais il n'explique en rien pourquoi ce sommeil est ici associ&#233; &#224; la mort. Pour le comprendre, il est n&#233;cessaire d'aller un peu plus loin dans l'&#233;lucidation des myst&#232;res des couches les plus profondes de la psych&#233; inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort, c'est bien s&#251;r la rigidit&#233; (cadav&#233;rique), la froideur. Or si l'on associe le th&#232;me de la rigidit&#233; et de la froideur &#224; l'acte du co&#239;t, nous d&#233;bouchons logiquement et imm&#233;diatement sur le motif de la frigidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud a depuis longtemps mis en &#233;vidence que le premier rapport sexuel d'une femme est souvent synonyme de d&#233;ception et d'insatisfaction. En d'autres termes, il existe chez les deux sexes mais peut-&#234;tre de mani&#232;re plus prononc&#233;e chez la femme, au d&#233;but des relations, une &#171; frigidit&#233; passag&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Le Tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il faut un peu d'habitude et de temps, et surtout de r&#233;p&#233;tition fr&#233;quente de l'acte, pour surmonter, avant que s'instaure une pleine satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'aspect purement physique, li&#233; &#224; ce que l'on pourrait ranger sous le th&#232;me de la douleur de la d&#233;floration, il existe un motif psychologique plus profond &#224; cette &#171; frigidit&#233; passag&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que dans le premier rapport sexuel de la femme, la blessure narcissique premi&#232;re de la petite fille se trouve r&#233;activ&#233;e. Le sentiment d'inf&#233;riorit&#233; h&#233;rit&#233; de son complexe de masculinit&#233; se trouve r&#233;activ&#233; et l'envie de p&#233;nis, secondairement &#233;labor&#233; par la petite fille, se r&#233;v&#232;le et se transforme d'abord en une &#171; amertume hostile &#187; envers l'homme et son membre viril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Freud qualifie de &#171; r&#233;action paradoxale de la femme &#224; la d&#233;floration &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Le Tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette r&#233;action paradoxale prend la forme d'un violent d&#233;sir de ch&#226;trer le jeune amant et de conserver pour elle et en elle son p&#233;nis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partag&#233;e entre l'amour envers l'homme qui lui fait conna&#238;tre le premier acte sexuel et sa r&#233;action paradoxale &#224; l'acte, le conflit inhibe et paralyse la jouissance de la jeune fille et l'emp&#234;che d'atteindre &#224; la pleine satisfaction : c'est ce qui explique la frigidit&#233; passag&#232;re des d&#233;buts des relations sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sommeil de mort, que l'on retrouve au c&#339;ur du conte de &lt;i&gt;La Belle au bois dormant&lt;/i&gt;, en condensant le motif de la rigidit&#233; et de la froideur, repr&#233;sente donc, dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, la d&#233;floration et la &#171; frigidit&#233; passag&#232;re &#187; de la jeune fille dans le premier co&#239;t. La jeune fille doit ainsi passer de l'autre c&#244;t&#233; de cette angoisse et de ce fantasme de d&#233;floration afin de s'&#233;panouir dans une vie sexuelle adulte et accomplie. Voil&#224; pourquoi le sommeil de mort peut &#234;tre &#233;galement per&#231;u comme un rite initiatique, ou comme un rite de passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mort, refoulement et p&#233;riode de latence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En traversant ce fantasme et l'angoisse qui lui est li&#233;e, Blanche-neige passe par une porte incontournable : la porte de l'inconscient. Sur ce chemin elle n'est pas seule mais guid&#233;e. &#192; cet &#233;gard, l'image de la sorci&#232;re descendant dans le fleuve souterrain pour se rendre aupr&#232;s de Blanche-neige prend soudain une valeur nouvelle et toute autre. &#192; l'instar de Charon, la sorci&#232;re-passeuse avance dans sa barque sur les flots de l'enfer. Renouvelant la coutume mortuaire grecque qui voulait que l'on glisse une pi&#232;ce de monnaie dans la bouche des morts, la sorci&#232;re glisse sa pomme (obole symbolique) dans la bouche de Blanche-neige afin de la faire passer sur l'autre rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autre rive, c'est bien s&#251;r la rive adulte, celle de l'&#234;tre sexu&#233;. Blanche-neige se r&#233;veillera par un baiser : apr&#232;s la p&#233;riode de latence, o&#249; la sexualit&#233; de Blanche-neige est comme gel&#233;e, mise entre les parenth&#232;ses du cercueil de verre, la jeune princesse s'&#233;veillera &#224; la pubert&#233;. Le baiser repr&#233;sente l'objet (le prince charmant, l'amant qui l'initie &#224; la sexualit&#233;), que Blanche-neige accepte d&#233;sormais pleinement. L&#224; o&#249; le refoulement premier de la sexualit&#233; s'effectuait par la pudeur, l&#224; o&#249; la sexualit&#233; infantile &#233;tait essentiellement masturbatoire et, partant, auto-&#233;rotique, le r&#233;veil &#224; la sexualit&#233; se fait d&#233;sormais en pleine acceptation de l'objet. &#192; la pubert&#233;, comme dit Freud, &#171; la pulsion sexuelle se met &#224; pr&#233;sent au service de la fonction de reproduction ; elle devient pour ainsi dire altruiste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, Trois essais sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes &#8212; et selon la formule consacr&#233;e : ils se mari&#232;rent et eurent beaucoup d'enfants !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacob et Wilhelm Grimm, &#171; Blanche-Neige &#187;, &lt;i&gt;Contes allemands du temps pass&#233;&lt;/i&gt;, Extraits des recueils des fr&#232;res Grimm et de Simrock, Bechstein, Franz Hoffmann, etc., traduit par F&#233;lix Frank et E. Alsleben, &#201;d. Didier et Cie, Paris, 1869, pp. 7-18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Christophe Bormans, &#171; &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; D'embl&#233;e elle a jug&#233; et d&#233;cid&#233;. Elle a vu cela, sait qu'elle ne l'a pas et veut l'avoir &#187; (Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Marches, &#233;chelles, escaliers, en l'occurrence le fait de s'y d&#233;placer, et ce aussi bien vers le haut que vers le bas, sont des pr&#233;sentations symboliques de l'acte sexu&#233;. &#187; Cf. Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'arrachage des poils (de l'herbe), qui prend ici la place de la souillure [&#8230;], se trouve mentionn&#233; &#224; c&#244;t&#233; de celle-ci dans le r&#234;ve suivant. L'exp&#233;rience psychanalytique montre qu'il est issu du cercle symbolique de l'onanisme (arracher, d&#233;tacher en arrachant) &#187; (Sigmund Freud, &#171; R&#234;ves dans le folklore &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, vol. XI (1911-1913), PUF, Paris, 1998, pp. 76).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, in &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome VI, n&#176; 3-4, &#201;d. Deno&#235;l et Steele, Paris 1933, p. 290.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple : Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395-453.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 139-154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Mat&#233;riaux de contes dans les r&#234;ves &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 26-33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W. Stekel, &lt;i&gt;Die Sprache des Traumes&lt;/i&gt;, Wiesbaden, J. F. Bergmann, 1911.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 150.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 139-154. Et Freud de pr&#233;ciser que le mari ne fait finalement trop souvent qu'h&#233;riter de la relation premi&#232;re &#224; la m&#232;re : &#171; Par exemple, nous avons depuis longtemps remarqu&#233; que beaucoup de femmes qui ont choisi leur mari selon le prototype paternel, ou lui ont donn&#233; la place du p&#232;re, r&#233;p&#232;tent sur lui dans le mariage leur mauvaise relation avec leur m&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245. (Nous reviendrons sur ce sujet au dernier chapitre).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple Karl Abraham, &#171; R&#234;ve et mythe. Contribution &#224; l'&#233;tude de la psychologie collective &#187; (1909), &#338;uvres compl&#232;tes, tome 1 : 1907-1914, Payot, 1989, pp. 68-118.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 139-154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;lanie Klein, &#171; Les premiers stades du complexe d'&#338;dipe &#187;, dans la &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome IV, n&#176; 4, &#201;d. G. Doin et Cie, 1930, pp. 634-649.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les rites d'initiation des primitifs confirment cette interpr&#233;tation ancestrale. La cabane initiatique, dans laquelle l'initi&#233; (ou l'initi&#233;e) doit se pr&#233;parer, repr&#233;sente le ventre de la m&#232;re et la r&#233;gression qu'il doit y op&#233;rer avant la nouvelle naissance qui l'attend durant son initiation. (Cf. Mircea Eliade, &lt;i&gt;Mythes, r&#234;ves et myst&#232;res&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, &#171; Les Essais &#187;, 1957 ; r&#233;&#233;d. &#171; Id&#233;es &#187;, 1972.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;lanie Klein, &#171; Les premiers stades du complexe d'&#338;dipe &#187;, dans la &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome IV, n&#176; 4, &#201;d. G. Doin et Cie, 1930, pp. 645. M&#233;lanie Klein fait d'ailleurs de cette remarque une des principales causes de la pr&#233;disposition des femmes &#224; l'hyst&#233;rie de conversion : &#171; II est probable que cette crainte profonde de la destruction des organes internes peut &#234;tre la cause psychique de la susceptibilit&#233; plus grande des femmes, en comparaison de celle des hommes, &#224; l'hyst&#233;rie de conversion, et aux maladies organiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une patiente me racontait comment enfant, elle s'imaginait &#233;voluer et nager avec les dauphins comme dans le film de Luc Besson, &lt;i&gt;Le grand bleu&lt;/i&gt;. Elle se r&#233;conciliait ainsi avec un fantasme sadique-anal fort qu'elle m'avait pr&#233;sent&#233; quelques minutes auparavant, dans la m&#234;me s&#233;ance, en me racontant un r&#234;ve d'&#233;ventration. En libre association, le souvenir infantile suivant &#233;merge : elle se souvient qu'un jour, furieuse contre sa m&#232;re, elle avait perc&#233; avec un stylo, un gros ballon gonflable sur lequel les enfants rebondissaient comme des kangourous : il n'en restait plus que des bouts de boyaux &#233;parses.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On sait que les premiers ballons &#233;taient fabriqu&#233;s avec des vessies de porc fra&#238;ches que l'on recouvraient d'une enveloppe de cuir, c'est-&#224;-dire qu'ils &#233;taient faits comme des ventres ; en outre, on reconna&#238;t le kangourou pour ostensiblement porter ses enfants dans une poche, sur leur ventre ; enfin les boyaux rappellent bien entendu les intestins.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout le r&#234;ve et les associations qui en d&#233;coulent et tournent autour, nous pr&#233;sente clairement le fantasme sadique-anal de l'enfant qui souhaite &#233;ventrer la m&#232;re afin de prendre possession de celui-ci (d&#233;sir pr&#233;&#339;dipien) et des enfants qui s'y trouvent. Comme la g&#233;nitalit&#233; n'est pas install&#233;e, la th&#233;orie du cloaque pr&#233;domine et l'enfant est persuad&#233; que les enfants sont fabriqu&#233;s dans le ventre intestinal et sortent par l'anus (d'o&#249; le ballon, les boyaux et les vessies).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandor Ferenczi, &#171; Transfert et introjection &#187;, (1909), in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse I (1908-1912), Paris, Payot, 1968, p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Le Tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Le Tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; (1905), Gallimard, Coll. &#171; Folio-essais &#187;, Paris, 1987, p. 143&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Blanche-neige et les sept nains : L'&#338;dipe de la petite fille et la rivalit&#233; avec la m&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Roi lion : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html</link>
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		<dc:date>2011-12-11T09:26:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Freud nous a depuis longtemps donn&#233; la cl&#233; de cette pathologique h&#233;sitation : si le prince Hamlet tout comme Simba, h&#233;site, c'est parce qu'inconsciemment, il croise dans le regard de l'oncle qu'il doit assassiner, son propre d&#233;sir &#339;dipien refoul&#233;. S'il ne peut se r&#233;soudre &#224; tuer son oncle, c'est parce qu'il se reconna&#238;t en lui : le tuer, c'est se tuer puisque c'est tuer le plus profond d&#233;sir qui, dans l'inconscient, le constitue. Le neveu partage avec son oncle ce d&#233;sir fou d'avoir voulu tuer son p&#232;re :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#8220;Hamlet peut tout, sauf accomplir la vengeance sur l'homme qui a &#233;limin&#233; son p&#232;re et pris sa place aupr&#232;s de sa m&#232;re, cet homme qui lui montre la r&#233;alisation de ses souhaits d'enfance refoul&#233;s&#8221; (Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 307).&lt;br /&gt;
Plus la vengeance se fait pressante, plus le d&#233;sir &#339;dipien refoul&#233; fait retour et plus la culpabilit&#233;, les auto-reproches et les scrupules qu'engendre ce d&#233;sir se font forts et paralysent cette vengeance. Hamlet est plong&#233; dans le cercle vicieux de l'inhibition.&lt;br /&gt;
Simba r&#233;ussit &#224; rompre ce cercle vicieux gr&#226;ce &#224; Rafiki. En bon psychanalyste, celui-ci l'aide &#224; reconna&#238;tre en lui ce qu'il ignorait et refoulait jusque-l&#224; : son destin et son d&#233;sir &#339;dipien. C'est d'ailleurs son propre reflet que Simba aper&#231;oit dans l'eau, alors que Rafiki, perch&#233; sur son arbre, secoue les branchages et les feuillages en pronon&#231;ant sarcastiquement des onomatop&#233;es incompr&#233;hensibles. Le psychanalyste-Rafiki arrive &#224; brouiller la r&#233;flexion narcissique de Simba dans l'eau calme, en lan&#231;ant un caillou dans sa mare, pierre dont l'onde finit par brouiller le reflet imaginaire du h&#233;ros.&lt;br /&gt;
Alors que Simba, &#233;nerv&#233; par cette pr&#233;sence troublante, demande &#224; Rafiki : &#8220;qui es-tu ?&#8221;, celui-ci lui r&#233;pond du tac au tac : &#8220;dis-moi plut&#244;t qui tu es ?&#8221; Le psychanalyste-Rafiki reprend &#224; son compte le fameux &lt;i&gt;Connais-toi toi-m&#234;me&lt;/i&gt;, le c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Gnothi seauton&lt;/i&gt; grec, le plus ancien des trois pr&#233;ceptes grav&#233;s sur le fronton du temple de Delphes, o&#249; &#338;dipe lui-m&#234;me &#233;tait venu consulter l'oracle. &#8220;Je croyais le savoir, je n'en suis plus tr&#232;s s&#251;r&#8221;, reconna&#238;t l'analysant Simba. En lui faisant rencontrer le p&#232;re qui vit en lui, Rafiki invite Simba &#224; reconna&#238;tre son d&#233;sir &#339;dipien. Le singe-psychanalyste n'h&#233;site d'ailleurs pas &#224; ass&#233;ner un coup de b&#226;ton &#224; Simba qui h&#233;siterait &#224; faire face &#224; son conflit. Il proc&#232;de ainsi comme le ma&#238;tre bouddhiste inspir&#233; de la technique zen, interrompant le silence par un coup de pied ou un coup de b&#226;ton. Le psychanalyste se contente d'un sarcasme qui invite l'analysant &#224; trouver les r&#233;ponses &#224; leurs propres questions et &#224; trancher d'eux-m&#234;mes leurs propres conflits. La psychanalyse-expresse du h&#233;ros est salvatrice et Simba repart affronter victorieusement son destin et reprendre sa place dans le cycle de la vie &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-des-contes-de-fees-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse des contes de f&#233;es&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton77-53c9d.gif?1757670837' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE ROI LION&lt;br /&gt;
L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est le quarante-troisi&#232;me dessin anim&#233; produit par le studio d'animation &lt;i&gt;Walt Disney Pictures&lt;/i&gt; en format long-m&#233;trage (classique d'animation). Sorti le 15 juin 1994 aux &#201;tats-Unis, il devient rapidement le second plus gros succ&#232;s d'animation de l'histoire du cin&#233;ma, aussi bien en termes financiers qu'en nombre de spectateurs (plus de 10 millions d'entr&#233;es en France, 42 millions d'entr&#233;es dans le monde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue graphique, le film s'inspire largement de la bande dessin&#233;e japonaise (&lt;i&gt;manga&lt;/i&gt;), Le Roi L&#233;o, cr&#233;&#233;e en 1951 par le dessinateur nippon Osamu Tezuka. Du point de vue du sc&#233;nario, le motif de la trag&#233;die de l'&lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt; de Sophocle et le motif shakespearien d'Hamlet sont habilement entrem&#234;l&#233;s par les sc&#233;naristes de Disney et constituent le principal ressort psychanalytique de son succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Histoire et les personnages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un matin dans la savane africaine, au tout premier rayon du soleil, l'ensemble du r&#232;gne animal accoure pour c&#233;l&#233;brer la naissance d'un nouvel h&#233;ritier au lion Mufasa, roi incontest&#233; des animaux. Sa femme, la Reine Sarabi vient de mettre au monde Simba, destin&#233; &#224; r&#233;gner un jour sur la Terre des lions. Alors que tous s'inclinent devant la pr&#233;sentation du nouveau-n&#233; sur le rocher surplombant le royaume, un membre de la famille royal brille par son absence : Scar, fr&#232;re du roi Mufasa et oncle de l'h&#233;ritier, esprit fourbe au physique efflanqu&#233;, boude ostensiblement la c&#233;r&#233;monie et ronge sa col&#232;re. Cette naissance l'&#233;carte d&#233;finitivement de la succession et balaye en lui tout espoir d'acc&#233;der un jour au tr&#244;ne de mani&#232;re l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Mufasa s'applique &#224; parfaire l'&#233;ducation de Simba en lui apprenant l'art de la chasse, Scar conspire avec les hy&#232;nes et fomente un complot qui vise &#224; se servir de Simba comme d'un app&#226;t afin d'attirer Mufasa dans une embuscade. Le pi&#232;ge tendu vise &#224; faire d'une pierre deux coups : &#233;liminer conjointement le p&#232;re et le fils. Apr&#232;s une premi&#232;re tentative avort&#233;e dans le cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants, le sc&#233;nario diabolique est &#224; nouveau mis &#224; l'&#233;preuve dans les gorges. Attir&#233; puis aussit&#244;t abandonn&#233; par Scar sur une piste d&#233;serte, Simba erre un moment seul au pied des hauts-plateaux de la savane, attendant le retour de son oncle. Pendant ce temps, celui-ci donne l'ordre aux hy&#232;nes de d&#233;chainer le troupeau de gnous, lequel s'engouffre en contre-bas dans le d&#233;fil&#233; o&#249; se prom&#232;ne Simba et menace dans sa course folle d'&#233;craser le lionceau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feignant d'&#234;tre pris au d&#233;sarroi, Scar appelle Mufasa &#224; la rescousse. Le p&#232;re risque instantan&#233;ment sa vie pour sauver son fils. Simba hors de danger, Mufasa est lui m&#234;me sur le point de se sortir des gorges, lorsque Scar, lui refusant son aide, le pr&#233;cipite sciemment du haut de la paroi en d&#233;clamant un macabre : &#171; Longue vie au roi &#187; ! La chute de Mufasa est mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans avoir vu de ses propres yeux la sc&#232;ne, Simba ne peut que constater, apr&#232;s coup, la chute de son p&#232;re et d&#233;ambule un long moment pr&#232;s du corps inerte qu'il croit d'abord endormi. Arrivant par surprise, Scar le persuade de sa culpabilit&#233; dans cet accident tragique et lui conseille de s'enfuir, avant de lancer perfidement les hy&#232;nes &#224; sa poursuite. Si Simba r&#233;ussit &#224; &#233;chapper aux charognards et s'enfuir &#224; travers le d&#233;sert, Scar quant &#224; lui monte enfin sur le tr&#244;ne tant convoit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur du d&#233;sert, Simba est secouru par un suricate, Timon, et un phacoch&#232;re, Pumbaa, qui voient tous deux en ce lionceau un alli&#233; de taille pour leurs frasques futures. Vivant au jour le jour et adoptant pour seule devise de ne se faire aucun souci pour l'avenir (&lt;i&gt;Hakuna matata&lt;/i&gt;), Simba, Timon et Pumbaa deviennent vite les meilleurs amis du monde. Se nourrissant de-ci de-l&#224;, dormant &#224; la belle &#233;toile, se baignant dans les mares et poches d'eau qui fleurissent &#224; la saison des pluies, ils grandissent tous trois au del&#224; de la Terre des lions, dans la savane sauvage o&#249; Simba oublie vite son pass&#233; douloureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci se rappelle cependant &#224; lui lorsqu'un beau jour, les trois amis s'&#233;garent tout pr&#232;s de la fronti&#232;re de la Terre des lions : Pumbaa, parti chasser en &#233;claireur se fait soudain attaquer par une jeune lionne pleine de fougue. Tentant de sauver le phacoch&#232;re, Simba reconna&#238;t bient&#244;t Nala, son amie d'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233;es les joyeuses retrouvailles, celle-ci lui r&#233;v&#232;le que depuis qu'il s'est enfui du royaume, la Terre des lions ne connait que famine et d&#233;solation : les lionnes ne chassent plus et Scar a laiss&#233; aux hy&#232;nes le soin de g&#233;rer le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mettant face &#224; ses responsabilit&#233;s, Nala implore Simba de revenir au royaume, afin d'aider les lions &#224; retrouver leur dignit&#233; : l'accession du jeune prince au tr&#244;ne est leur seule chance d'un retour &#224; l'&#226;ge d'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simba semble d'abord s'ent&#234;ter &#224; oublier son pass&#233; et d&#233;cid&#233; &#224; d&#233;finitivement tourner le dos au tr&#244;ne, lorsque l'oracle vient &#224; sa rencontre sous la forme du sage et sorcier mandrill, Rafiki. Rafiki lui rappelle l'image de son p&#232;re qui brille au firmament et le remet face &#224; son destin. Le spectre de son p&#232;re Mufasa lui appara&#238;t et l'exhorte &#224; reprendre sa place dans le cycle de la vie. Simba part alors d&#233;fier son oncle Scar pour devenir roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Nala, partie en &#233;claireur avertir Sarabi et rassembler les lionnes, Simba, Timon et Pumbaa parviennent &#224; la Terre des lions avec grand fracas. Tout est enfin pr&#234;t pour la confrontation finale, lorsque Scar mettant de nouveau Simba face &#224; sa culpabilit&#233; dans le meurtre de son p&#232;re, semble prendre une nouvelle fois l'ascendant psychologique sur son jeune neveu. Mais au moment de pr&#233;cipiter Simba du haut d'un rocher, r&#233;p&#233;tant ainsi la sc&#232;ne du meurtre primitif, l'oncle orgueilleux ne peut cependant s'emp&#234;cher de r&#233;v&#233;ler au prince h&#233;ritier la v&#233;rit&#233; sur le meurtre de son p&#232;re : c'est lui, Scar, qui a tu&#233; Mufasa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jusqu'auboutisme narcissique signe sa perte, car c'est dans cette r&#233;v&#233;lation que Simba va chercher son dernier sursaut et puiser les forces n&#233;cessaires pour renverser le rapport qui lui &#233;tait jusque-l&#224; d&#233;favorable. Simba, d&#233;finitivement d&#233;gag&#233; de sa culpabilit&#233;, reprend le combat &#224; son compte et Scar finit malencontreusement pr&#233;cipit&#233; au fond d'un gouffre, o&#249; les hy&#232;nes affam&#233;es se retournent contre leur ancien ma&#238;tre et tyran pour le d&#233;vorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simba devient roi de la Terre des lions et &#233;pouse Nala. Au matin d'un nouveau jour, les premiers rayons du soleil guident les animaux de la savane vers le rocher surplombant la Terre des lions, qui accourent une nouvelle fois pour c&#233;l&#233;brer la naissance d'une nouvelle h&#233;riti&#232;re : la princesse Kiara, fille du nouveau couple royal, Simba et Nala.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; LE ROI LION ET LA MISE EN SC&#200;NE&lt;br /&gt;
DU COMPLEXE D'&#338;DIPE DU PETIT GAR&#199;ON&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; du sc&#233;nario et du succ&#232;s du dessin anim&#233; Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est sans conteste une mise en sc&#232;ne savamment orchestr&#233;e du complexe majeur de la psychanalyse et de l'inconscient freudien : le complexe d'&#338;dipe. L'histoire de ce jeune prince fougueux et d&#233;sireux d'acc&#233;der au tr&#244;ne, et qui commence par tuer son p&#232;re pour y parvenir, ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; la l&#233;gende du h&#233;ros grec immortalis&#233; par Sophocle dans son &lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le lionceau semble ici se distinguer du h&#233;ros grec dans la mesure o&#249; il ne tue pas lui-m&#234;me son p&#232;re, d'une part et, d'autre part, sauve sa propre m&#232;re l&#224; o&#249; &#338;dipe l'&#233;pouse. &#192; y regarder de plus pr&#232;s, la diff&#233;rence est-elle s'y flagrante ? N'oublions pas que dans la l&#233;gende grecque elle-m&#234;me, le d&#233;sir &#339;dipien est justement d&#233;rob&#233; au h&#233;ros, dans la mesure o&#249; c'est en souhaitant &#233;viter son destin funeste qu'il le r&#233;alise pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous apprend d'abord l'&#233;tude de l'inconscient, c'est que le sc&#233;nario &#339;dipien est toujours d&#233;plac&#233;, grim&#233;, m&#233;tamorphos&#233; et c'est tout le travail de l'analyse psychanalytique que de savoir le d&#233;masquer sous les traits, parfois difformes, derri&#232;re lesquels il se cache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas du &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt;, le sc&#233;nario se cache d&#233;j&#224; sous les traits de l'anthropomorphisme. Le premier masque que le sc&#233;nario &#339;dipien emprunte ici est un masque animal : un masque de lion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dessin anim&#233; anthropomorphe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la mise en sc&#232;ne, Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est en effet ce que l'on appelle un dessin anim&#233; anthropomorphe. L'anthropomorphisme consiste &#224; attribuer des comportements humains &#224; des formes non-humaines, le plus souvent des objets ou des animaux. Souvent dou&#233;s de parole, les animaux de ce type de dessins anim&#233;s ou de contes adoptent &#233;galement une morphologie et des mimiques proprement humaines, sans jamais pour autant prendre d&#233;finitivement la forme d'un &#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est &#224; cet &#233;gard le seul classique de Walt Disney dans lequel il n'est &#224; aucun moment fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'homme. Contrairement &#224; &lt;i&gt;Bambi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les 101 Dalmatiens&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Livre de la jungle&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Les Aristochats&lt;/i&gt; &#8212; qui bien qu'&#233;tant bas&#233;s sur des sc&#233;narios anthropomorphes, r&#233;ussissent toujours &#224; mettre en sc&#232;ne et &#233;voquer, ne serait-ce qu'en arri&#232;re-plan, l'homme et son existence terrestre &#8212;, ici, aucune pr&#233;sence humaine n'est, ne serait-ce qu'entre-aper&#231;ue ou mentionn&#233;e, &#224; aucun moment du sc&#233;nario.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme ici mis &#224; contribution est celui de la projection. Tout comme la cam&#233;ra projette sur l'&#233;cran blanc de la salle de cin&#233;ma, la s&#233;rie d'images que d&#233;roule la pellicule, les sc&#233;naristes et les t&#233;l&#233;spectateurs ne manquent pas de projeter sur les animaux leurs propres contenus psychiques conscients et inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le jeune spectateur, l'int&#233;r&#234;t de l'anthropomorphisme est double : non seulement il int&#233;resse spontan&#233;ment les enfants, qui restent longtemps fascin&#233;s par l'autonomie, la totale libert&#233; et le c&#244;t&#233; instinctif de l'animal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud souligne &#224; cet &#233;gard l'attrait irr&#233;sistible, le charme et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais il permet &#233;galement une certaine mise &#224; distance de nos pulsions les plus primitives et les plus inqui&#233;tantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Louise von Franz, grande sp&#233;cialiste de l'interpr&#233;tation des contes de f&#233;es, a pu par exemple constater que les plus jeunes enfants ont toujours tendance &#224; pr&#233;f&#233;rer les contes d'animaux et &#224; pr&#233;f&#233;rer &#233;couter les histoires de chiens et de chats que ceux qui mettent directement en sc&#232;ne des &#234;tres humains. Elle &#233;met aussi l'hypoth&#232;se que les contes d'animaux sont le &#171; mat&#233;riel de base, la forme la plus profonde et la plus ancienne du conte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marie-Louise von Franz, L'Interpr&#233;tation des contes de f&#233;es, &#201;d. J. Renard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces contes permettent surtout de prendre une distance symbolique suffisante avec les pulsions que nous avons du mal &#224; admettre au sein de notre organisation psychique consciente, celles que l'on qualifie justement d'&#171; animales &#187;. Ce sont par exemple le sadisme, le cannibalisme ou l'avarice. On dira facilement d'un homme qui est vorace, qu'il a l'app&#233;tit d'un tigre. On lui attribue une qualit&#233; animale afin de mettre &#224; une distance symbolique suffisante une qualit&#233; qui est profond&#233;ment enfouie dans notre inconscient et que l'on ne souhaite pas reconna&#238;tre aussi facilement. C'est l&#224;, &#224; proprement parler, le zoomorphisme, &#8212; qui est ant&#233;rieur &#224; l'anthropomorphisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple sur ce sujet : Salomon Reinach, &#171; Aetos Prometheus &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212;, et qui consiste en cette tendance &#224; attribuer &#224; quelqu'un des caract&#233;ristiques que l'on croit typiquement animales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune spectateur est ici rassur&#233; par une formation de compromis : les pulsions et motions psychiques mises en sc&#232;ne par le dessin anim&#233; semblent tr&#232;s &#233;loign&#233;s de celles des hommes, alors m&#234;me que le symbolisme utilis&#233; redouble d'effort pour d&#233;crire les qualit&#233;s et rapports familiaux typiquement humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, non seulement le lion est consid&#233;r&#233; comme le roi des animaux, mais le lion mis en sc&#232;ne par Disney (Mufasa et plus tard Simba) est roi des lions. Il s'agit l&#224;, dans ce roi des rois, d'un redoublement de la figure royale dont la symbolique &#233;minemment paternelle ne peut &#233;chapper &#224; aucun jeune spectateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En outre, comme le fait habilement remarquer Gabrielle Rubin, les animaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le soulignait Freud d&#232;s son &lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, les personnages de rois et de reines, d'empereurs ou d'imp&#233;ratrices, et plus g&#233;n&#233;ralement tous les personnages connus et c&#233;l&#232;bres, ont toujours vocation &#224; repr&#233;senter dans la symbolique inconsciente des r&#234;ves, les parents et le couple parental. Ici, le symbolisme du p&#232;re est renforc&#233; par cette association redoubl&#233;e entre le lion-roi des animaux et le roi-lion. Mufasa, est bien le roi des rois : le p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, avec d'une part, la suffisante mise &#224; distance des pulsions inconscientes primitives par l'habile proc&#233;d&#233; de l'anthropomorphisme et, d'autre part, l'adoption d'un cadre hautement symbolique de la triangulation cellulaire familiale, tout est d&#233;sormais pr&#234;t pour que le drame majeur de l'inconscient se joue sous nos yeux candides et &#233;merveill&#233;s. Les trois coups sont frapp&#233;s et le rideau peut s'ouvrir sur la trag&#233;die-reine de la psych&#233; : l'&#338;dipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La l&#233;gende d'&#338;dipe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende d'&#338;dipe raconte l'histoire de ce fils de La&#239;os et de Jocaste qui devint roi de Th&#232;bes apr&#232;s avoir, &#224; son insu, tu&#233; son p&#232;re et &#233;pous&#233; sa m&#232;re. Aussi connue qu'elle puisse &#234;tre, il n'est pas superflu de nous la remettre en m&#233;moire en pr&#233;ambule &#224; l'interpr&#233;tation analytique du drame du &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sireux d'avoir un enfant, le roi et la reine de Th&#232;bes, La&#239;os et Jocaste, consultent l'oracle d'Apollon, qui leur r&#233;pond sans d&#233;tour et de la mani&#232;re la plus abrupte, que s'ils avaient un fils, celui-ci tuerait son p&#232;re et &#233;pouserait sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; sa naissance, La&#239;os et Jocaste s'empressent d'exposer l'enfant &#8212; c'est-&#224;-dire de l'abandonner &#8212; et charge un serviteur de l'emmener, pieds et chevilles li&#233;s, sur le Mont Cith&#233;ron, &#224; mi-distance entre Th&#232;bes et Ath&#232;nes. Des bergers faisant pa&#238;tre leur b&#233;tail sur les p&#226;turages alentours, d&#233;couvrent l'enfant et le conduisent &#224; la cour de leur roi Polybe, roi de Corinthe, qui le recueille et l'&#233;l&#232;ve comme son propre fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En grandissant, &#338;dipe a bient&#244;t des doutes sur sa v&#233;ritable parent&#233; : il craint d'&#234;tre un fils adopt&#233;. Consultant &#224; son tour l'oracle d'Apollon &#224; Delphes, le dieu le renvoie &#224; son destin en lui rendant pour seule r&#233;ponse qu'il tuera son p&#232;re et &#233;pousera sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souhaitant &#224; tout prix &#233;viter ce futur tragique, &#338;dipe d&#233;cide de quitter Corinthe et de partir vers l'Est pour Th&#232;bes. C'est sur ce chemin qu'il rencontre un groupe d'hommes par lequel il est pris &#224; partie et, perdant patience, il finit par tuer leur chef, qui n'est autre que La&#239;os, son p&#232;re biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non conscient de l'affreux crime qu'il vient de perp&#233;trer, &#338;dipe arrive aux abords de Th&#232;bes, o&#249; il se confronte &#224; la Sphinge, ce monstre au buste de femme, au corps de lion et aux ailes d'aigle, qui assi&#232;ge la ville et d&#233;vore les passants qui ne r&#233;pondent pas &#224; ses &#233;nigmes. &#171; Quel est l'&#234;tre qui, le matin, marche sur quatre pattes, le midi, sur deux et sur trois le soir ? &#187; interroge l'ignoble chanteuse. &#171; L'Homme &#187;, r&#233;pond &#338;dipe &#224; juste titre. Et pour le remercier d'avoir d&#233;livr&#233; la ville de la chienne rhapsode, les Th&#233;bains lui donnent pour femme leur reine veuve, Jocaste. &#338;dipe &#233;pouse ainsi sa m&#232;re et devient roi &#224; la place de son propre p&#232;re, dont il ignore encore qu'il est le meurtrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ignorance de leur crime incestueux, Jocaste et &#338;dipe con&#231;oivent quatre enfants (&#201;t&#233;ocle, Polynice, Antigone et Ism&#232;ne), tandis que la peste s'abat bient&#244;t sur Th&#232;bes. L'oracle &#224; nouveau consult&#233;, &#338;dipe apprend qu'elle ne cessera que lorsque le meurtre de La&#239;os sera &#233;lucid&#233; et le crime veng&#233;. S'acharnant &#224; d&#233;couvrir le coupable, le jeune roi ne tarde pas &#224; s'apercevoir qu'il est lui-m&#234;me le meurtrier tant recherch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'elle apprend l'inf&#226;me nouvelle, Jocaste, de d&#233;sespoir, se donne la mort par pendaison. &#338;dipe, quant &#224; lui, se cr&#232;ve les yeux avec la broche de sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraint d'abdiquer et chass&#233; de Th&#232;bes, &#338;dipe erre aveugle, guid&#233; par les mains de sa fille Antigone, qui le conduira jusqu'&#224; sa derni&#232;re demeure, &#224; Colone, aux abords d'Ath&#232;nes. Sa s&#233;pulture restera &#224; jamais un lieu sacr&#233; et d'abondance pour la capitale de l'Attique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende d'&#338;dipe fut immortalis&#233;e au Ve si&#232;cle avant J.-C. par le dramaturge grecque Sophocle, dont les deux pi&#232;ces, &lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#338;dipe &#224; Colone&lt;/i&gt;, forment le diptyque de la trag&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Complexe d'&#338;dipe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le destin tragique d'&#338;dipe, que Freud, d&#232;s 1897&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, Lettre &#224; Wilhelm Fliess du 15 octobre 1897, La Naissance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, reconna&#238;t non seulement son propre complexe inconscient, mais attribue une valeur de port&#233;e universelle aux sentiments d'amour envers la m&#232;re et de jalousie envers le p&#232;re, que chaque enfant &#233;labore pr&#233;cocement d&#232;s l'&#226;ge tendre de trois ans, et finit par refouler d&#233;finitivement dans les tr&#233;fonds de son inconscient &#224; partir de sa sixi&#232;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant six ans, en effet, les enfants n'ont pas encore acquis toute la capacit&#233; de jugement par laquelle ils se distingueront plus tard en tant qu'adultes. On les voit souvent &#233;go&#239;stes, amorales, les &#233;ducateurs n'h&#233;sitant d'ailleurs pas &#224; qualifier de &#171; vilains &#187; certains des gestes qu'ils peuvent commettre spontan&#233;ment ou en premi&#232;re intention. Comme le pr&#233;cise Freud, &#171; &#224; cette &#233;poque de la vie, les enfants sont capables d'une jalousie des plus fortes et des plus nettes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, in &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils sont capables d'une forte hostilit&#233; non seulement envers les fr&#232;res ou les s&#339;urs, mais &#233;galement envers les parents eux-m&#234;mes. Pour l'enfant, cette hostilit&#233; peut facilement aller jusqu'&#224; s'exprimer par un souhait de mort envers le parent du m&#234;me sexe que lui, tandis qu'il nourrit un fort d&#233;sir, soutenu par sa sexualit&#233; naissante, &#224; l'&#233;gard du parent du sexe oppos&#233; au sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que Freud reconna&#238;t d&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle dans le destin d'&#338;dipe, voil&#224; ce qu'il soutient &#224; l'encontre de toute morale m&#233;dicale viennoise (et internationale) de son &#233;poque : tout enfant forme &#224; son insu des souhaits parricides et incestueux envers ses parents. Ces souhaits sont d'ailleurs attest&#233;s par les enfants des trois premi&#232;res g&#233;n&#233;rations de la mythologie grecque, enfants qui de Cronos &#224; Zeus, castrent leur p&#232;re et con&#231;oivent des mariages incestueux. &#192; sa d&#233;charge, l'enfant ignore que ses souhaits offensent la morale et, tel l'&lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt; exposant &#224; ciel ouvert le destin de son h&#233;ros, l'enfant n'h&#233;site pas &#224; les avouer et les clamer haut et fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que fait Simba dans la premi&#232;re partie du film, lorsque tout juste sorti du sein maternel, il chante &#224; celui qui veut bien l'entendre, qu'il d&#233;sire remplacer son p&#232;re. C'est le titre du premier morceau musical du dessin anim&#233;, juste apr&#232;s le g&#233;n&#233;rique du d&#233;but du film, tr&#232;s clairement intitul&#233; : &lt;i&gt;Je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre roi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre roi&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chanson de Simba r&#233;v&#232;le la montr&#233;e inexorable du d&#233;sir &#339;dipien pour le petit enfant qui s'&#233;veille &#224; sa troisi&#232;me ann&#233;e. Dans ce &lt;i&gt;Je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre roi&lt;/i&gt;, il faut bien s&#251;r entendre ce qui est ici clairement sous-entendu : &lt;i&gt;&#192; la place de mon p&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout enfant, Simba est insouciant et, surtout, n'est absolument pas conscient qu'il pr&#233;sume grandement de ses forces ; et Zazu, le Calao &#224; bec rouge, majordome de Mufasa, tente de le rappeler &#224; l'ordre : &lt;i&gt;Majest&#233;, tu ne te mouches pas du coude&lt;/i&gt;, mais rien n'y fait, Simba entame son infatigable refrain : &lt;i&gt;Je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre Roi !&lt;/i&gt; Le ressort du drame se situe bien entendu dans le &#171; d&#233;j&#224; &#187; qui pr&#233;cipite et anticipe, dans l'insistance du d&#233;sir, la mort du p&#232;re, bien que ce p&#232;re soit aim&#233; du fils. C'est d'ailleurs, dans cette ambivalence, que r&#233;side &#224; proprement parler le qualificatif de &#171; complexe &#187; qui sied si bien &#224; l'&#338;dipe. &#171; Complexe &#187;, car les deux motions, tendre d'une part et hostile de l'autre, coexistent bel et bien au m&#234;me moment dans le psychisme du jeune enfant. Mais le jeune enfant n'y voit encore aucune contradiction et Simba mart&#232;le inlassablement : &lt;i&gt;Je veux faire ce qui me pla&#238;t !&lt;/i&gt; Autrement dit, dans ses r&#234;ves les plus chers, il souhaite prendre la place de son p&#232;re sur le tr&#244;ne, bien qu'il n'a aucune conscience de ce que cela implique : un souhait de mort &#224; l'&#233;gard de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souhait de mort &#224; l'&#233;gard du p&#232;re va de pair avec une volont&#233; de poss&#233;der la m&#232;re. Si dans le dessin anim&#233;, la m&#232;re est repr&#233;sent&#233;e comme tendre et aimante (Sarabi), une terre est n&#233;anmoins interdite &#224; Simba et l'interdit &#233;mane du p&#232;re lui-m&#234;me (Mufasa). Lorsque le roi pr&#233;sente le royaume &#224; son fils, celui sur lequel il est destin&#233; &#224; r&#233;gner, c'est le royaume qui est dans la lumi&#232;re dont il est question, mais l'endroit qui est dans l'ombre demeure lui, interdit &#224; Simba : &#171; notre royaume s'arr&#234;te &#224; cette fronti&#232;re, tu ne dois jamais y aller &#187;. Le p&#232;re lui-m&#234;me est soumis &#224; cette loi, pr&#233;sent&#233;e ici comme loi de la nature, mais Simba ne le comprend pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette terre de l'ombre repr&#233;sente la partie de la Terre-m&#232;re interdite &#224; Simba, &#8212; &#224; proprement parler la jouissance de la m&#232;re. C'est la terre des hy&#232;nes, le c&#244;t&#233; obscur de la terre, obscur &#224; l'enfant en pleine recherche sexuelle, qui cherche &#224; r&#233;soudre l'&#233;nigme de la Sphinge : &#171; Comment fait-on les enfants ? &#187; Cette recherche jouissive est g&#233;n&#233;ralement partag&#233;e avec les enfants du m&#234;me &#226;ge et du sexe oppos&#233;. Nala, l'accompagne dans cette qu&#234;te du c&#244;t&#233; du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario du dessin anim&#233; du &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; met donc particuli&#232;rement bien en &#233;vidence comment le d&#233;sir de possession de la terre-m&#232;re et le souhait de mort &#224; l'&#233;gard du p&#232;re vont de pair et son ins&#233;parable. Encore faut-il nuancer notre propos, en pr&#233;cisant que cette relation biunivoque n'est valable que dans l'inconscient, car dans le conscient, force est de constater que l'enfant ne sait pour l'instant rien de ce qu'est v&#233;ritablement la mort et son souhait parricide lui semble dans un premier temps sans cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que la mort pour un enfant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lors de son premier grand ouvrage sur &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt; publi&#233; en 1900, que Freud expose pour la premi&#232;re fois publiquement son c&#233;l&#232;bre complexe d'&#338;dipe. Plus pr&#233;cis&#233;ment, c'est &#224; l'occasion du paragraphe sur les r&#234;ves typiques que sont les r&#234;ves o&#249; nous voyons mortes les personnes qui nous sont pourtant les plus ch&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; Les r&#234;ves de la mort de personnes ch&#232;res &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Freud y explique que ce type de r&#234;ve, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; paradoxal, est motiv&#233; par un d&#233;sir infantile : celui que nous avons tous eu, au moins une fois &#233;tant enfant, de voire mourir ces personnes qui pourtant nous semblent aujourd'hui si ch&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ma&#238;tre viennois prend cependant le soin de longuement pr&#233;ciser ce que recouvre exactement cette motivation. Lorsque l'enfant souhaite la mort d'un rival, fraternel ou paternel, il ne sait pas encore ce que la mort implique v&#233;ritablement dans la r&#233;alit&#233;. Pour l'enfant, la mort est d'abord un mot. L'enfant ne sait rien des processus de putr&#233;faction, de l'effroi de la guerre, du n&#233;ant, de l'infini. Ne sachant pas ce qu'est la mort, il n'en conna&#238;t pas la peur et joue avec ce mot et toutes ses d&#233;clinaisons en en retirant un plaisir non dissimul&#233;, comme l'a d'ailleurs si bien montr&#233; le r&#233;alisateur fran&#231;ais de Ren&#233; Cl&#233;ment dans son c&#233;l&#232;bre film Jeux interdits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons &#224; cet &#233;gard que Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est le premier dessin anim&#233; de Walt Disney dans lequel on voit directement mourir l'un des personnages principaux du film, ici le p&#232;re du h&#233;ros : Mufasa. Dans &lt;i&gt;Bambi&lt;/i&gt;, la mort de la m&#232;re n'est que sugg&#233;r&#233;e par le coup de feu fatal, la sc&#232;ne est d&#233;rob&#233;e aux yeux du spectateur. Cela tranche singuli&#232;rement avec les longs travelings et les gros plans autour du corps mort du p&#232;re de Simba. Si le c&#244;t&#233; morbide r&#233;ussit cependant &#224; passer au second plan, c'est justement parce que Simba, &#224; l'instar des jeunes enfants d&#233;crits par Freud, ne comprend pas, lui non plus, la mort. Cela confirme l'hypoth&#232;se de Freud, selon laquelle la mort n'a pas d'existence autre que verbale pour l'enfant : c'est, &#224; la limite, un d&#233;part en voyage prolong&#233; ou un long sommeil. Simba tente d'ailleurs de r&#233;veiller son p&#232;re et pense na&#239;vement qu'il est endormi : il se blotti contre son corps inerte en esp&#233;rant que celui-ci se r&#233;veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme l'enfant ne comprend pas la mort, Simba ne semble pas comprendre l'inertie du corps paternel. Il lui demande instamment de se lever, de venir avec lui et de rentrer &#224; la maison. Le quotidien semble &#234;tre immuable et ne jamais devoir s'arr&#234;ter pour l'enfant. Ce n'est que dans un second temps, dans un apr&#232;s-coup, que le lionceau appelle &#224; l'aide, semble comprendre qu'il se passe quelque chose d'inhabituel et commence &#224; pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, souhaiter la mort d'un rival, fr&#232;re ou p&#232;re, c'est donc d'abord souhaiter, &#224; un moment ponctuel, que ce rival s'en aille. Ce souhait d'abord na&#239;f, ne frappe s&#233;v&#232;rement le psychisme de l'enfant que dans un second temps. Ce n'est que dans un apr&#232;s-coup, une fois le complexe d'&#338;dipe refoul&#233; et le Surmoi instaur&#233;, que l'horreur du d&#233;sir primitif se fait entendre : et cet apr&#232;s-coup ne manque jamais d'avoir lieu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; LA DISPARITION DU COMPLEXE D'&#338;DIPE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#226;ge tendre de cinq ou six ans, le complexe d'&#338;dipe est vou&#233; &#224; la disparition, ou plus exactement, au refoulement dans l'inconscient. Les motifs de cette disparition peuvent certes &#234;tre envisag&#233;s d'une mani&#232;re ontog&#233;n&#233;tique : le complexe d'&#338;dipe serait vou&#233; &#224; s'&#233;teindre du fait m&#234;me du d&#233;veloppement progressif du petit homme, de son cerveau ou plus g&#233;n&#233;ralement de son aspect corporel, d&#233;veloppement qui irait de l'enfance &#224; l'&#226;ge adulte, en passant par la pubert&#233; et l'adolescence. Cette conception seule ne permettrait cependant pas de comprendre l'existence d'une p&#233;riode cruciale qui s'intercale et vient ponctuer ce sch&#233;ma, p&#233;riode que Freud a mis en &#233;vidence d&#232;s ses premi&#232;res recherches sur la sexualit&#233; infantile : la p&#233;riode de latence. Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette p&#233;riode qui est mise en sc&#232;ne dans la rencontre majeure du film : celle de Simba avec Timon et Pumbaa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire, les motifs les plus probables de la disparition du complexe d'&#338;dipe sont d'ordre interne et ses causes sont endog&#232;nes. La dynamique interne des processus psychiques invite en effet l'enfant &#224; &#233;voluer et se d&#233;doubler en deux sens oppos&#233;s : d'une part, vers la recherche incessante et croissante d'une jouissance d'ordre &#233;minemment sexuelle et, d'autre part, du fait de l'&#233;ducation et d'un d&#233;veloppement purement physiologique, vers la reconnaissance grandissante d'un principe de r&#233;alit&#233;. Le jeune enfant se trouve bient&#244;t pris en tenaille. Au carrefour de sa cinqui&#232;me ann&#233;e, l'enfant va logiquement &#234;tre amen&#233; &#224; confronter son souhait le plus tenace &#224; la r&#233;alit&#233; la plus incontournable : l'enfant peut difficilement rivaliser avec le p&#232;re dans la dimension sexuelle de son d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par confrontation &#224; ce principe de r&#233;alit&#233;, la grande d&#233;ception de ne pouvoir r&#233;ellement rivaliser avec le p&#232;re et emporter la jouissance de la m&#232;re entra&#238;ne une telle frustration et une telle blessure narcissique que le complexe d'&#338;dipe vole litt&#233;ralement en &#233;clat pour &#234;tre refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient, d'o&#249; il agira d&#233;sormais d'une mani&#232;re sourde et souvent impr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette disparition subite du complexe d'&#338;dipe, &#224; la crois&#233;e de ces deux moment cruciaux que sont la mont&#233;e du d&#233;sir &#339;dipien et sa confrontation au principe de r&#233;alit&#233;, que Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; met particuli&#232;rement bien en sc&#232;ne au premier tournant du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'organisation phallique et le complexe d'&#338;dipe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons bien au pr&#233;alable que la disparition subite du complexe d'&#338;dipe r&#233;pond point par point &#224; la mont&#233;e en puissance d'un stade de la sexualit&#233; infantile pr&#233;curseur de la g&#233;nitalit&#233; : le stade phallique. La disparition du premier est d'autant plus subite que la mont&#233;e en puissance du second est intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la quatri&#232;me ou cinqui&#232;me ann&#233;e de l'enfance, le d&#233;veloppement d'une sexualit&#233; pr&#233;coce passe par un stade d'organisation que l'on peut d&#233;j&#224; qualifier de g&#233;nital : c'est le stade phallique de l'organisation sexuelle. Ce stade est caract&#233;ris&#233; par une phase durant laquelle l'organe g&#233;nital masculin, le p&#233;nis, joue le r&#244;le majeur et guide la sexualit&#233; et les recherches sexuelles infantiles &#8212; tout en ne pouvant cependant pas assumer une sexualit&#233; adulte pleinement satisfaisante. C'est au cours de cette phase que le complexe d'&#338;dipe va culminer et atteindre sa tension maximale jusqu'&#224; &#234;tre pr&#233;cipit&#233; dans sa brusque disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, le p&#233;nis joue ind&#233;niablement un r&#244;le dans la sexualit&#233; en tant qu'organe d&#233;j&#224; sensitif. Une masturbation infantile ou une manipulation ostensible est facilement observable. Elle est du reste effectivement observ&#233;e par de nombreux parents et &#233;ducateurs qui, pour preuve de cette observation, n'h&#233;sitent pas &#224; menacer d'une mani&#232;re ou du autre le petit gar&#231;on : de la perte de cette partie intime, par exemple, ou de la main qui s'y exerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le petit gar&#231;on, l'anticipation de perdre cette partie du corps qu'il avait jusque-l&#224; investit de mani&#232;re narcissique se r&#233;sout en une angoisse telle, qu'il est l&#233;gitime de la qualifier d'angoisse de castration. Elle constitue ind&#233;niablement l'un des plus puissants motifs d'abandon de la rivalit&#233; &#339;dipienne et des investissements libidinaux des objets parentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;En avant la zizique !&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est manifestement dans cette phase d'organisation phallique que Simba est emp&#234;tr&#233; &#224; l'entr&#233;e de la sc&#232;ne dite du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants. Si la mont&#233;e en puissance de la phase phallique de l'organisation sexuelle passe relativement inaper&#231;u dans le dessin anim&#233;, c'est en grande partie &#224; cause de la tournure de &#171; com&#233;die musicale &#187; qu'adoptent de mani&#232;re tr&#232;s habile les sc&#233;naristes aux moments-cl&#233;s de ce sc&#233;nario &#339;dipien. Le r&#244;le crucial et incontournable de l'organe g&#233;nital masculin se donne pourtant &#224; voir &#224; qui veut bien l'entendre ; les sc&#232;nes se suivent et ne trompent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement Simba d&#233;clame vouloir d&#233;j&#224; &#234;tre roi, mais c'est d'abord Zazu, le majordome du p&#232;re, qui est qualifi&#233; de &#171; bec de banane &#187; au moment o&#249; il semble s'opposer &#224; la grande jubilation de Simba. Si la banane est le fruit phallique par excellence, la volont&#233; est ici manifeste de minimiser la puissance de l'organe du p&#232;re au travers de son majordome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la musique adoucit les m&#339;urs, elle sert surtout ici &#224; mettre en sc&#232;ne l'ambition phallique de Simba. Le ton est donn&#233; au tout d&#233;but de la chanson, lorsque Zazu r&#233;torque &#224; Simba :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;C'est la premi&#232;re fois qu'on voit un Roi avec si peu de poils !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'intervient le superbe tableau sc&#233;nique, au moment o&#249; Simba passe la t&#234;te dans un feuillage rouge flamboyant qui lui fait une crini&#232;re de lion adulte digne de celle de son p&#232;re. &#171; Si votre ramage se rapporte &#224; votre plumage, vous &#234;tes le Ph&#233;nix des h&#244;tes de ces bois &#187; faisait dire Monsieur de La Fontaine &#224; son flatteur renard dans le but d'exacerber le narcissisme du corbeau : il lui ravi ce faisant son fromage &#224; son nez et &#224; sa barbe. La crini&#232;re intervient bien entendu ici comme substitut des poils pubiens, atours de l'attribut viril. Par double d&#233;placement m&#233;tonymique, de ce qui est en bas &#224; ce qui est en haut et de la partie pour le tout, Simba tente clairement de s'affirmer comme possesseur d'un organe m&#226;le comparable &#224; celui de son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lionceau va cependant &#234;tre s&#233;v&#232;rement rabrou&#233; &#224; trois reprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord par Nala, qui le bat par deux fois &#224; la lutte. Au &#171; Gagn&#233; ! &#187; et &#171; Regagn&#233; ! &#187; de Nala, Simba r&#233;torque un : &#171; &#199;a suffit laisse-moi ! &#187; d'un ton boudeur. Moins fort qu'une femme est &#233;quivalent, dans l'inconscient, &#224; &#234;tre f&#233;minis&#233; et donc &#224; &#234;tre castr&#233; ; en tout cas, &#224; &#234;tre identifi&#233; comme non-possesseur du p&#233;nis tant convoit&#233; : la pilule est am&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, au moment de rugir dans le but d&#233;sesp&#233;r&#233; de faire fuir les hy&#232;nes, force est de constater pour Simba que son ramage &#224; lui n'est pas &#224; la hauteur. Les hy&#232;nes s'en moquent d'ailleurs en comparant le lionceau &#224; un chat et son rugissement avort&#233; &#224; un miaulement. Le lionceau est l&#224; encore s&#233;rieusement &#233;prouv&#233; dans son narcissisme et le principe de r&#233;alit&#233; commence &#224; se faire de plus en plus pressant. Pire, tentant &#224; nouveau sa chance, Simba croit enfin parvenir &#224; rugir comme un grand, lorsqu'il constate malheureusement &#8212; mais heureusement pour sa vie &#8212;, que le rugissement viril entendu n'est pas le sien, mais bien celui du roi, arriv&#233; &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; &#224; la rescousse. Le p&#232;re reste le possesseur de &#171; la grosse voix &#187;, celui qui soumet les hy&#232;nes &#224; sa puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous le d&#233;sir chant&#233; juste avant la sc&#232;ne du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Je vais faire dans la cour des grands une entr&#233;e triomphale,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;En poussant tr&#232;s royalement un rugissement bestial !&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La comparaison de ce rugissement imaginaire avec le principe de r&#233;alit&#233; est d&#233;sormais d'autant plus cruelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup fatal sera port&#233; par la comparaison avec l'empreinte de la patte du roi laiss&#233; sur le sol meule de la savane africaine. La patte de Simba est bien trop petite pour soutenir la comparaison, elle s'enfonce dans celle d&#233;j&#224; creus&#233;e de son p&#232;re. Le pied est, bien entendu ici, le symbole phallique par excellence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple sur ce sujet Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation au principe de r&#233;alit&#233; est impitoyable : Simba ne soutient pas la comparaison avec la virilit&#233; de son p&#232;re. Le complexe d'&#338;dipe semble d&#233;j&#224; s'engouffrer dans une impasse, lorsqu'un autre motif inconscient, encore plus radicale, vient forcer son destin et sa dissolution radicale : la constatation de l'absence de p&#233;nis chez la m&#232;re et l'am&#232;re constat de la diff&#233;rence des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants et la castration maternelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; est difficile &#224; s'imposer &#224; l'enfant, mue, co&#251;te que co&#251;te, par le d&#233;sir &#339;dipien. L'enfant s'ent&#234;te souvent et pr&#233;sente cette f&#226;cheuse tendance &#224; nier l'&#233;vidence jusqu'&#224; ce qu'une observation radicale, agissant la plupart du temps apr&#232;s-coup, finisse par avoir raison de son &#171; incroyance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), La Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette observation d&#233;cisive, c'est celle de l'organe g&#233;nital f&#233;minin : un jour ou l'autre, celui-ci ne manque pas d'appara&#238;tre dans toute sa nudit&#233; &#224; l'enfant de quatre ou cinq ans. Les occasions de cette contemplation sont nombreuses : lors de jeux avec des enfants filles de son &#226;ge, ou d'observation de la m&#232;re ou de femmes plus &#226;g&#233;es, au d&#233;tour d'une salle de bains, &#224; la plage ou ailleurs. C'est &#224; cette occasion que l'absence de p&#233;nis peut enfin &#234;tre repr&#233;sent&#233;e et la menace de castration faire effet dans l'intensit&#233; de son apr&#232;s-coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on peut reconna&#238;tre ce motif dans la sc&#232;ne du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants. &#192; peine parvenus dans ce lieu interdit, Simba et Nala tombent nez &#224; nez devant un cr&#226;ne d'&#233;l&#233;phant. Celui-ci a conserv&#233; ses deux d&#233;fenses et, lorsqu'ils devront s'enfuir &#224; la h&#226;te, les deux comp&#232;res vont finir par glisser comme sur un toboggan. La question de Nala est d'embl&#233;e tr&#232;s claire : &#171; Je me demande si sa cervelle est encore dans la carcasse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le cr&#226;ne (ou bo&#238;te cr&#226;nienne) est ici le symbole du contenant maternel, les deux d&#233;fenses pouvant ais&#233;ment repr&#233;senter symboliquement les trompes de Fallope. Nous avons-l&#224; l'ensemble de l'appareil g&#233;nital maternel, le sexe f&#233;minin &#224; proprement parler, tandis que la cervelle, ou cervelet, est le repr&#233;sentant symbolique du contenu, c'est-&#224;-dire de l'organe m&#226;le. &#192; l'instar du pied repr&#233;sentant symboliquement le membre viril et la chaussure l'ut&#233;rus, le contenant repr&#233;sente toujours, dans l'inconscient, l'organe f&#233;minin et le contenu, l'organe masculin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de Nala prend d&#233;sormais tout son sens du point de vue de l'inconscient et peut se traduire simplement : la m&#232;re est-elle castr&#233;e ? &#171; Il n'y a pas trente-six moyens de le savoir &#187; r&#233;pond Simba : &#171; Suis-moi on va v&#233;rifier &#187;. Cette v&#233;rification de la castration de la m&#232;re est tellement terrifiante, qu'elle peut &#234;tre ni&#233;e ou tourn&#233;e en d&#233;rision. &#171; Bec de banane est terrifi&#233; &#187; se moque Simba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs &#224; ce moment que les trois hy&#232;nes, Shenzi, Banza&#239; et Ed, sortent du cr&#226;ne comme un diable sort de sa bo&#238;te ou comme les reptiles sortent de la t&#234;te de m&#233;duse. Les trois hy&#232;nes rappellent ici le creux de l'appareil g&#233;nital f&#233;minin et l'effroi d'y d&#233;couvrir l'absence de p&#233;nis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient qu'&#224; partir de l'analyse des r&#234;ves et de leurs libres associations, Ferenczi a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; interpr&#233;ter la t&#234;te de M&#233;duse comme le symbole effrayant de la r&#233;gion g&#233;nitale f&#233;minine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sandor Ferenczi, &#171; Symbolisme de la t&#234;te de m&#233;duse &#187;, Psychanalyse III, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon le principe de la repr&#233;sentation par le contraire, les nombreux serpents qui s'enroulent autour de la t&#234;te peuvent ais&#233;ment sugg&#233;rer l'absence du p&#233;nis et r&#233;p&#233;ter la terrible impression que produisent sur l'enfant les organes g&#233;nitaux qui en sont d&#233;pourvus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des hy&#232;nes, ce symbolisme de la castration et de son horreur est renforc&#233; par les particularit&#233;s anatomiques et organisationnelles des hy&#233;nid&#233;s, dont on sait que les femelles poss&#232;dent un clitoris extr&#234;mement d&#233;velopp&#233; ressemblant &#224; un v&#233;ritable p&#233;nis et que leurs meutes adoptent une organisation de type matriarcal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le complexe de castration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre le fil du processus de dissolution du complexe d'&#338;dipe, le d&#233;roulement du sc&#233;nario du dessin anim&#233; confirme que ce sont bien les effets combin&#233;s de l'&#233;preuve de r&#233;alit&#233; (comparaison de sa propre anatomie par rapport &#224; celle de son p&#232;re) et de la menace de castration &#224; la suite de la masturbation infantile (menace renforc&#233;e par l'observation de l'absence de p&#233;nis chez la femme ou la fillette), qui vont r&#233;ussir &#224; faire monter l'angoisse de castration, pour finir par emporter avec elle les d&#233;sirs &#339;dipiens de l'enfant et les refouler dans les tr&#233;fonds de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si les d&#233;sirs &#339;dipiens doivent finalement co&#251;ter la perte du p&#233;nis, le raisonnement est simple et il n'y a g&#233;n&#233;ralement pas &#224; tergiverser : le petit gar&#231;on pr&#233;f&#232;rera toujours &#171; mettre le petit au bout &#187; comme on dit au Tarot, c'est-&#224;-dire sacrifier ses d&#233;sirs &#339;dipiens pour sauver cette partie du corps qu'il a fortement investit narcissiquement : le p&#233;nis. C'est ainsi que, logiquement et inconsciemment, &#171; le moi de l'enfant se d&#233;tourne du complexe d'&#338;dipe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), La Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; aux alentours de la cinqui&#232;me ou sixi&#232;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;preuve laisse n&#233;anmoins derri&#232;re-elle une trace, comme une cicatrice ind&#233;l&#233;bile. C'est cette cicatrice que porte et symbolise, Scar, l'oncle de Simba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cicatrice de Scar&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scar, rappelons-le clairement, veut litt&#233;ralement dire &#171; cicatrice &#187; en anglais. Cette cicatrice, qui menace ostensiblement l'&#339;il de l'oncle de Simba, rappelle tout d'abord le tragique destin d'&#338;dipe aux yeux crev&#233;s, aveugl&#233; par la contemplation, apr&#232;s-coup, de ses d&#233;sirs &#339;dipiens. En incarnant nominativement cette cicatrice, Scar personnifie la menace de castration et repr&#233;sente, dans l'imaginaire de son neveu &#8212; et &#224; n'en pas douter dans celui du jeune spectateur &#8212;, le terrible ogre des contes d'enfants, le terrifiant p&#232;re castrateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son imaginaire, le petit gar&#231;on craint en effet qu'un p&#232;re ne lui coupe l'organe tout puissant qui s'&#233;rige en grand ordonnateur du stade auquel il est parvenu dans le d&#233;veloppement de sa sexualit&#233;. La cicatrice dont il est question ici est la cicatrice laiss&#233;e par cette crainte inconsciente terrible. Inconsciente, car si Scar est cr&#233;dible comme repr&#233;sentant de cette menace, ce n'est pas tant en lui-m&#234;me, par le r&#233;el danger qu'il repr&#233;sente pour son neveu ; car de ce point de vue, force est de constater, bien au contraire, que Scar se montre toujours assez bienveillant avec son neveu. C'est surtout en tant que porteur de cette cicatrice dont il h&#233;rite de sa propre histoire infantile, en tant qu'enfant bless&#233; par de cette cicatrice narcissique, qu'il v&#233;hicule encore et toujours, que Scar rappelle la menace de castration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette cicatrice pr&#233;cipite les r&#233;sidus &#339;dipiens, cristallis&#233;s en sentiments d'inf&#233;riorit&#233; et fantasmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; On bat un enfant &#187;, traduit de l'allemand par Henri (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont est finalement prisonnier l'oncle malheureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but du film, Scar met en &#233;vidence ce sentiment d'inf&#233;riorit&#233; dont il est prisonnier. C'est la premi&#232;re sc&#232;ne apr&#232;s le g&#233;n&#233;rique, lorsque Scar s'adresse &#224; la souris : &#171; La vie n'est pas juste &#187; d&#233;clare-t-il, comme pour exprimer cette tristesse et cette injustice enfouie profond&#233;ment en lui. D'ailleurs Zazu n'&#233;voque-t-il pas sa m&#232;re ? &#171; Ta m&#232;re ne t'a jamais dit de ne pas jouer avec la nourriture ? &#187; Zazu lui rappelle-l&#224; ses tous premiers rapports avec sa m&#232;re et son impossibilit&#233; de se s&#233;parer de la nourriture premi&#232;re, de se s&#233;parer de la m&#232;re-nourrici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scar n'a probablement pas &#233;t&#233; totalement sevr&#233; et un attachement persiste comme une demande adress&#233;e &#224; l'Autre maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rivalit&#233; infantile avec son fr&#232;re se fait sentir d&#232;s la s&#233;quence suivante lorsque Mufasa entre en sc&#232;ne. &#171; Sur le plan de la force physique, j'ai bien peur que la g&#233;n&#233;tique n'ai pas jou&#233; en ma faveur &#187; avoue-t-il. Scar se sent inf&#233;rieur et probablement que Mufasa a &#233;t&#233; un fr&#232;re qui lui a &#233;t&#233; pr&#233;f&#233;r&#233; par sa propre m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, ce sentiment d'inf&#233;riorit&#233; provient d'abord d'une culpabilit&#233; issue de sa plus tendre enfance, durant laquelle il a du jalouser son fr&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; On bat un enfant &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, se faisant &#233;carter d'une m&#232;re qui lui a pr&#233;f&#233;r&#233; Mufasa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cicatrice de Scar repr&#233;sente cette blessure narcissique h&#233;rit&#233;e de son propre complexe d'&#338;dipe mal solutionn&#233;, qui persiste encore aujourd'hui sournoisement dans son inconscient malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fond, il n'est pas mauvais bougre, mais il ne sait que faire de ce sentiment de culpabilit&#233; dont il est porteur et qui le fait souffrir. Ne sachant se d&#233;barrasser de cette cicatrice, il tente de s'en d&#233;barrasser sur Simba en lui promettant le destin d'&#233;loignement que lui-m&#234;me a subi. Il r&#233;p&#232;te son propre trauma alors que selon toute probabilit&#233;, il aime son neveu. Son attitude est ambivalente et le jeune spectateur ne manque pas de le percevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste avant le drame, lorsque Scar attire son neveu dans les gorges, l'ambivalence de l'oncle atteint son point culminant. Scar semble tellement comprendre Simba, qu'il s'en moque comme pour se d&#233;tourner de quelque chose qui le touche de trop pr&#232;s. Il pique l&#224; o&#249; il est lui m&#234;me piqu&#233;, c'est-&#224;-dire dans son narcissisme, en lui rappelant l'&#233;pisode des hy&#232;nes et la petitesse de son rugissement. Simba s'y r&#233;essaye sur un petit l&#233;zard, juste avant l'accident fatal. Le rugissement se superpose d'ailleurs avec le bruit du troupeau qui s'engouffre dans les gorges, sous-entendant que c'est le d&#233;sir de rugissement de Simba, qui cause la perte de son p&#232;re, le pi&#232;ge se refermant ainsi sur l'ambition &#339;dipienne du fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Scar arrive, Simba ne peut plus faire face &#224; son d&#233;sir inconscient. Celui-ci questionne : &#171; Simba, qu'est-ce que tu as fait ? &#187; &#171; C'est un accident, je ne voulais pas ce qui est arriv&#233; &#187; r&#233;pond Simba. Scar insiste sur la difficult&#233; du refoulement : &#171; bien s&#251;r que tu ne le voulais pas. Personne ne peut vouloir des choses aussi horribles &#187;. Scar condense en lui le refoulement et le d&#233;sir refoul&#233;. Tout est redoubl&#233; comme pour mettre en &#233;vidence l'ambivalence du d&#233;sir premier. &#171; Qu'est-ce que ta m&#232;re dira ? Sauve-toi Simba, pars, pars tr&#232;s loin et ne reviens jamais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scar repr&#233;sente le p&#232;re imaginaire qui prive l'enfant de la m&#232;re (de sa jouissance, voire de l'organe de sa jouissance), et chasse le fils loin de la Terre-m&#232;re. Avec ce d&#233;part pr&#233;cipit&#233;, le triangle &#339;dipien form&#233; par l'enfant, le p&#232;re et la m&#232;re vole en &#233;clat au quatre coins de la savane et le complexe d'&#338;dipe est refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient tout comme Simba est projet&#233; de la lumi&#232;re des hauts-plateaux &#224; l'ab&#238;me du d&#233;sert, dans le clair-obscur de la tomb&#233;e du jour et du soleil couchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introjection et formation du Surmoi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image de la formation du Surmoi est d'ailleurs magnifiquement mise en sc&#232;ne par les sc&#233;naristes de Disney, juste apr&#232;s l'&#233;pisode du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants, o&#249; Simba outrepasse l'interdit paternel. Apr&#232;s que le p&#232;re ait donn&#233; une bonne le&#231;on &#224; son fils, &#224; nouveau copains, Mufasa lui montre le ciel, l&#224; o&#249; tous les rois (p&#232;res) des si&#232;cles pass&#233;s les contemplent du haut des &#233;toiles : &#171; Regarde le ciel, dit Mufasa, les rois des si&#232;cles pass&#233;s nous contemplent du haut des &#233;toiles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-l&#224; l'image de l'introjection de l'autorit&#233; du p&#232;re et des parents dans l'univers psychique du fils. L'image de l'introjection est particuli&#232;rement bien rendue, car l'introjection est, &#224; proprement parler, une extension du moi. Le ciel et les &#233;toiles qui le composent sont ici l'image de l'univers psychique de l'enfant qui s'agrandit et introjecte autant de nouvelles &#233;toiles qu'il est n&#233;cessaire &#224; la constitution de son moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition de Mufasa au ciel, comme une nouvelle &#233;toile, est la m&#233;taphore de l'identification et de la formation du Surmoi. Ou, pour pousser plus loin la m&#233;taphore, la constellation des &#233;toiles repr&#233;sente l'image du complexe d'&#338;dipe d&#233;sormais pass&#233;e dans l'univers psychique de l'inconscient et, en quelque sorte, sublim&#233;e par cette ascension et cette mont&#233;e au ciel. C'est-l&#224; une image magnifique de la disparition du complexe d'&#338;dipe volant en &#233;clat dans le ciel &#233;toil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;-haut, l'autorit&#233; du p&#232;re introject&#233;e dans l'univers psychique forme la partie de la constellation du Surmoi auquel l'enfant empruntera la rigueur et le jugement moral. Une double crainte contradictoire s'adoucit au m&#234;me moment, par la solution de cette identification au p&#232;re : celle de sa punition et celle de perdre son amour. Les deux seront anticip&#233;es et l'enfant n'aura pas, par l&#224;-m&#234;me, le d&#233;plaisir de la confrontation au dur principe de r&#233;alit&#233;. La m&#232;re, d&#233;sexualis&#233;e, deviendra la bonne &#233;toile, le p&#232;re, d&#233;-diabolis&#233;, l'&#233;toile du berger. La premi&#232;re oriente, le second guide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit Mufasa : &#171; Chaque fois que tu te sentiras seul, n'oublie pas que tous ces rois seront l&#224; pour te guider et que je serai parmi eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La castration symbolique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce Surmoi n'est pas pers&#233;cuteur, c'est que Mufasa affirme en m&#234;me temps son rapport &#224; la loi et &#224; son propre p&#232;re. Apr&#232;s l'&#233;pisode du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants, le p&#232;re admet lui aussi la castration et la symbolise en avouant qu'aujourd'hui il a eu peur pour son fils. &#171; M&#234;me les rois ont peur ? &#187; s'&#233;tonne Simba, d&#233;couvrant que nul n'&#233;chappe &#224; la loi du d&#233;sir et &#224; la castration symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simba fait ici la diff&#233;rence entre la castration et la mort, au profit de la vie. Alors que la n&#233;gation de la castration l'aurait conduit &#224; tenir t&#234;te aux hy&#232;nes et indubitablement &#224; la mort, l'acceptation de son immaturit&#233; &#233;quivaut &#224; l'acceptation symbolique de la castration, au profit de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous touchons-l&#224; &#224; la limite entre le normal et le pathologique. Si le complexe d'&#338;dipe &#233;tait v&#233;ritablement dissous, le Surmoi serait effectivement cette constellation id&#233;ale que l'on retrouve dans le ciel pur et &#233;toil&#233; du dessin anim&#233; de Walt Disney. Mais si le complexe n'est qu'&#224; peine refoul&#233;, alors il subsiste, dynamique comme une super nova, au-del&#224; de la galaxie, dans l'univers interstellaire de l'inconscient (le &#199;a), et le Surmoi devra plus tard d&#233;ployer tous les efforts n&#233;cessaires pour le cantonner au territoire qu'il lui avait pr&#233;c&#233;demment assign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, si comme le souligne Freud, &#171; le proc&#232;s dans son ensemble a, d'un c&#244;t&#233;, sauv&#233; l'organe g&#233;nital &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), La Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le revers de la m&#233;daille c'est que son fonctionnement s'en trouve d&#233;sormais suspendu jusqu'&#224; nouvel ordre. L'enfant se voit contraint d'interrompre le d&#233;veloppement sexuel qui jusque-l&#224; l'animait et rentre dans une longue p&#233;riode d'abstinence propice &#224; la camaraderie et &#224; la sublimation : la p&#233;riode de latence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. &#8212; LA SORTIE DE L'EDEN :&lt;br /&gt;
DE LA P&#201;RIODE DE LATENCE AU MONDE ADULTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le complexe d'&#338;dipe disparu dans les tr&#233;fonds de l'inconscient, le Surmoi d&#233;sormais form&#233;, s'ouvre alors ce que Freud appelle la p&#233;riode de latence. C'est la p&#233;riode de la vie de l'enfant qui va d'&#224; peu pr&#232;s cinq ou six ans et qui s'&#233;tend jusqu'&#224; celle que l'on nommerait aujourd'hui la pr&#233;adolescence. Elle est qualifi&#233;e de latence, au sens de latence de la sexualit&#233; infantile, dont les pulsions sexuelles viennent juste d'&#234;tre refoul&#233;es. Elles sont d&#233;sormais comme en sommeil et le Surmoi n'a pas besoin de forcer son talent et d'exercer son pouvoir de fa&#231;on tyrannique : la p&#233;riode est relativement paisible et favorable aux jeux de soci&#233;t&#233;, &#224; l'id&#233;alisation et &#224; la sublimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sortie de l'Eden et le motif des animaux secourables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette p&#233;riode qui est d&#233;crite par la rencontre avec Timon et Pumbaa, au-del&#224; de la Terre des lions. Le suricate Timon et le phacoch&#232;re Pumbaa repr&#233;sentent ici ce que l'on a coutume d'appeler dans les contes d'enfants, des animaux secourables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, classiquement, depuis la mythologie grecque et romaine, la louve recueillant &lt;i&gt;Remus et Romulus&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Chat bott&#233;&lt;/i&gt; des Contes de Perrault, les li&#232;vres, renards, loups, ours et lions dans celui des &lt;i&gt;Deux fr&#232;res&lt;/i&gt; des Contes de Grimm, le chimpanz&#233; Cheeta dans la version adapt&#233;e &#224; l'&#233;cran de &lt;i&gt;Tarzan&lt;/i&gt;, Raksha, la louve grise, m&#232;re adoptive de Mowgli, ou Baloo, l'ours bon-enfant du &lt;i&gt;Livre de la jungle&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'animal repr&#233;sente l'imago parentale secourable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce sujet Otto Rank et Hans Sachs, Psychanalyse et Sciences humaines, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parfois celle de la m&#232;re mais plus souvent celle du p&#232;re. C'est le bon-p&#232;re ou la bonne-m&#232;re, une fois la mauvaise m&#232;re ou le mauvais p&#232;re (Scar) refoul&#233; dans l'inconscient. Ainsi, &#224; la p&#233;riode de latence, le mauvais p&#232;re, Scar, repr&#233;sentant de la menace de castration, est-il refoul&#233; et laisse-t-il la place &#224; l'imago d'un bon p&#232;re sous la forme de l'animal secourable, par exemple Timon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pumbaa et les mots obsc&#232;nes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la m&#234;me &#233;poque, les pulsions sexuelles, nous l'avons dit, sont elles aussi refoul&#233;es. Cela ne veut pas dire pour autant que tout mode de satisfaction est banni. Au moment o&#249; les enfants r&#233;duisent consid&#233;rablement leurs pulsions perverses polymorphes afin d'entamer leur p&#233;riode de latence, un mode de satisfaction plus &#171; civilis&#233; &#187; se fait jour : c'est celui o&#249; l'enfant &#233;prouve un plaisir non dissimul&#233; &#224; entendre des mots obsc&#232;nes et, de mani&#232;re concomitante, l'envie irr&#233;pressible de les prononcer &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les parents sont relativement &#233;pargn&#233;s, les oncles et tantes et, plus g&#233;n&#233;ralement, toute la famille &#233;largie et les &#233;ducateurs deviennent les v&#233;ritables confidents des enfants qui testent les derniers mots appris &#224; la r&#233;cr&#233;ation dans la cour de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Ferenczi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sandor Ferenczi, &#171; Mots obsc&#232;nes. Contribution &#224; la p&#233;riode de latence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce besoin irr&#233;pressible de prononcer et de dessiner des obsc&#233;nit&#233;s doit se comprendre comme un &#171; stade pr&#233;liminaire &#187; &#224; l'inhibition d&#233;finitive des pulsions sexuelles infantiles, notamment les pulsions exhibitionnistes et voyeuristes. Cela constitue une premi&#232;re tentative d'apprivoiser ses pulsions sexuelles par le langage. Cette tentative est caract&#233;ristique de l'entr&#233;e dans la phase de latence proprement dite o&#249; sont &#233;labor&#233;es les forces psychiques qui vont venir s'opposer &#224; la sexualit&#233; infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie psychanalytique fait particuli&#232;rement allusion ici au d&#233;go&#251;t, &#224; la pudeur, &#224; la morale et aux aspirations &#224; l'esth&#233;tisme qui sont alors en voie de constitution. Les forces pulsionnelles sexuelles sont d&#233;tourn&#233;es de leurs buts sexuels par le Surmoi et les formations r&#233;actionnelles (d&#233;go&#251;t, pudeur, morale) ou la sublimation engagent le petit d'homme sur la voie d'aspirations esth&#233;tiques et id&#233;alistes : c'est &#224; ce moment que l'enfant recommence &#224; se passionner pour les jeux de soci&#233;t&#233;, la musique, la lecture, l'&#233;criture, la peinture et autres activit&#233;s artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme si la pulsion d&#233;sormais refoul&#233;e par le travail efficace du Surmoi, l'affect qui lui &#233;tait li&#233; se d&#233;place et s'associe d&#233;sormais au mat&#233;riel verbal et au vocabulaire sexuel. La prononciation de mots obsc&#232;nes est d&#233;sormais, &#224; elle seule, d&#233;charge de plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comportement, le franc-parler et plus pr&#233;cis&#233;ment le vocabulaire de Pumbaa illustre &#224; merveille ce stade d'entr&#233;e dans la p&#233;riode de latence : la gouaille de Pumbaa, ses mauvaises blagues et ses sous-entendus &#233;vocateurs. Pumbaa le &#171; crado &#187; comme l'appelle Timon dans la c&#233;l&#232;bre chanson Hakuna matata. C'est l&#224; que Pumbaa est d&#233;crit dans toute sa splendeur sadique-anale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Un jour, quelle horreur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il comprit que son odeur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au lieu de sentir la fleur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Soulevait les c&#339;urs.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais il y a dans tout cochon&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un po&#232;te qui sommeille.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quel martyr&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quand personne&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Peut plus vous sentir !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Disgr&#226;ce inf&#226;me&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Parfum d'inf&#226;me&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Inonde mon &#226;me&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Oh ! &#199;a pue le drame&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je d&#233;clenche une temp&#234;te&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Piti&#233;, arr&#234;te !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Chaque fois que je...&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non Pumbaa, pas devant les enfants ! &#187; arr&#234;te Timon. Certes on ne prononce pas de mots obsc&#232;nes devant les enfants, mais les mots obsc&#232;nes sont ici d&#233;sexualis&#233;s et renvoy&#233;s &#224; un stade d'organisation pr&#233;g&#233;nitale, en l'occurrence le stade anal, stade anal ici revisit&#233; puisqu'il y a jeu avec le plaisir de la transgression et l'au-del&#224; de la pudeur et du d&#233;go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Hakuna matata&lt;/i&gt;, qui veut dire, litt&#233;ralement, &#171; aucun souci &#187;, traduit l'oubli caract&#233;ristique de la p&#233;riode de latence. L'expression exprime un Surmoi qui n'a pas besoin d'&#234;tre tyrannique. &lt;i&gt;Hakuna matata&lt;/i&gt;, c'est l'anc&#234;tre du moderne &#171; &lt;i&gt;no soucy&lt;/i&gt; &#187;. On y entend tout &#224; la fois une reconnaissance de ces formations r&#233;actionnelles que sont la pudeur et le d&#233;go&#251;t, mais on y entend aussi, de mani&#232;re tr&#232;s nette, la transgression et la sublimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu avec le d&#233;go&#251;t est tr&#232;s bien illustr&#233; par le festin de larves dont se goinfrent d'embl&#233;e les trois comp&#232;res : &#224; la pr&#233;sentation par Timon d'une &#171; larve bien grasse &#187;, Pumbaa a le bon go&#251;t de pr&#233;ciser que tout cela est &#171; un peu gluant mais app&#233;tissant &#187;. &#171; Quelle horreur ! &#187; s'exclame aussit&#244;t Simba qui finira par surmonter ce d&#233;go&#251;t et se gaver comme ses h&#244;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la sublimation, elle se fait d&#233;j&#224; entendre dans la mani&#232;re d'exprimer la pulsion, puisqu'il s'agit, avec le couplet de Pumbaa, d'une tournure po&#233;tique : &#171; Il y a dans tout cochon un po&#232;te qui sommeille. &#187; Plus g&#233;n&#233;ralement, la po&#233;sie, la chanson, mais aussi l'&#233;criture argotique et les jeux de mots constituent autant de mode de sublimations des pulsions qui visent &#224; exprimer le mat&#233;riel inconscient refoul&#233; sur la sc&#232;ne sociale : la censure ainsi contourn&#233;e, le mat&#233;riel refoul&#233; (les pulsions du &#199;a) se voit socialement reconnu et valoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pumbaa vient d'ailleurs des langues bantoues et signifie &#171; &#233;tourdi &#187; en swahili. L'&#233;tourdi, c'est celui qui dit des &#233;tourderies, des choses plus grosses que lui. C'est ici, &#224; l'&#233;vidence, du &#199;a dont il est question. Le langage ordurier enfantin est toujours un langage argotique et le mot obsc&#232;ne en lui-m&#234;me est toujours un mot d'esprit. Tels les mots d'esprits et autres blagues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce sujet Sigmund Freud, Le mot d'esprit et ses rapports avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la prononciation des mots obsc&#232;nes procure d'autant plus de plaisir qu'elle permet d'att&#233;nuer la tension de la censure et rendre ainsi libre l'&#233;nergie psychique jusque-l&#224; utilis&#233;e &#224; refouler les motions et id&#233;es en provenance directe du &#199;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, cette p&#233;riode de d&#233;couverte et d'apprivoisement des pulsions vitales &#8212; pendant laquelle le Surmoi n'est pas encore tyrannique &#8212;, prend fin avec la p&#233;riode de la pr&#233;adolescence. C'est ce moment o&#249; l'on voit soudain la crini&#232;re de Simbaa prendre forme et s'&#233;toffer sans que celui-ci s'en rende compte. Cette crini&#232;re, tant convoit&#233;e par le lionceau lorsqu'il &#233;tait emp&#234;tr&#233; dans son complexe d'&#338;dipe, se d&#233;veloppe soudain &#224; son insu, et atteint bient&#244;t son plein &#233;panouissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la pubert&#233;, prend fin le paradis de la p&#233;riode de latence : la vie adulte pointe d&#233;j&#224; son nez avec ses gros tracas et ses petits soucis, parfois m&#234;me ses graves dilemmes et ses difficiles conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pubert&#233; et la rencontre avec Nala&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la pubert&#233;, les pulsions sexuelles sont r&#233;activ&#233;es et le tout nouvel adolescent se trouve &#224; nouveau confront&#233; au Surmoi. Ce moment est illustr&#233; par la rencontre avec Nala et l'amour qui s'y r&#233;v&#232;le. Un choix s'offre &#224; Simba : &#171; Je voudrai lui dire &lt;i&gt;Je t'aime&lt;/i&gt; mais comment lui avouer ? &#187; chante-t-il en silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il veut gagner son amour et suivre le &#199;a, il doit revenir sur la Terre des lions ; mais revenir sur la Terre des lions, c'est s'affronter &#224; nouveau au mat&#233;riel psychique qu'il a refoul&#233; et, surtout, &#224; l'instance qui l'a refoul&#233; : le Surmoi. Le conflit n&#233;vrotique entre le &#199;a et le Surmoi pointe son nez, et le Moi est &#233;cartel&#233;. C'est de la mani&#232;re dont le conflit va se d&#233;nouer que d&#233;pend l'avenir, n&#233;vrotique ou non, du jeune adolescent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire, Nala lui r&#233;v&#232;le que Scar a laiss&#233; les hy&#232;nes s'emparer du territoire. L&#224; o&#249; les lionnes, et Sarabi, sa propre m&#232;re en t&#234;te, organisaient la gestion et l'approvisionnement de la soci&#233;t&#233;, ce sont les hy&#232;nes qui d&#233;sormais sont les reines. La m&#232;re une fois en jeu, c'est l'&#338;dipe qui fait ici son grand retour et r&#233;appara&#238;t de mani&#232;re sournoise au travers de la rencontre avec le premier amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#232;re bafou&#233;e, sous la d&#233;pendance d'un oncle usurpateur, le doute, l'h&#233;sitation et la culpabilit&#233; qui assaillent le prince h&#233;ritier, le motif se reconna&#238;t ais&#233;ment : c'est celui de la c&#233;l&#232;bre pi&#232;ce de Shakespeare, &lt;i&gt;Hamlet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le motif hamletien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son premier grand ouvrage sur &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, Freud a su remarquer que la pi&#232;ce de Shakespeare s'enracinait sur le m&#234;me sol que celui de l'&lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt; de Sophocle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le rapprochement entre les motifs hamletiens et &#339;dipiens cf. &#233;galement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La diff&#233;rence, pour Freud, tient au progr&#232;s de la civilisation qui, en premier lieu, tient lui-m&#234;me, essentiellement, en un progr&#232;s du refoulement de la vie affective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce sujet Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, PUF, Paris, 1971.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui est r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour du destin du h&#233;ros &#338;dipe dans la pr&#233;histoire de la civilisation, est d&#233;sormais refoul&#233; dans les m&#233;andres des tergiversations du h&#233;ros moderne : Hamlet. Pour le d&#233;couvrir, il nous faut d&#233;sormais proc&#233;der &#224; la mani&#232;re de Freud, comme un fin limier de la cure analytique, traquant le retour du refoul&#233; au travers de toutes ses h&#233;sitations et formations de compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car toute la pi&#232;ce est construite autour de cette h&#233;sitation tragique dont personne ne comprend les v&#233;ritables motifs, tant l'&#233;vidence r&#233;clame d'accomplir la vengeance. Hamlet, le passionn&#233;, Hamlet le r&#233;solu, est soudain comme paralys&#233;, inhib&#233;, maladif et craintif devant la t&#226;che qu'il &#224; accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel Hamlet devant le spectre de son p&#232;re, Simba, r&#233;pugne lui aussi &#224; venger son p&#232;re, alors que celui-ci lui appara&#238;t au firmament et lui demande instamment de reprendre sa place dans le cycle de la vie. Alors que le spectre de Mufasa lui demande clairement de le venger et de d&#233;loger son oncle, Simba h&#233;site : &#171; Je sais ce que je dois faire, mais pour revenir, il me faut faire face &#224; mon pass&#233;, et je l'ai fuit depuis si longtemps&#8230; &#187; avoue-t-il aux jeunes spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le motif hamletien est d'autant plus rep&#233;rable qu'il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; par les sc&#233;naristes de Disney lorsque Scar, pr&#233;cipitant Mufasa dans sa chute mortelle, marmonne son &#171; Longue vie au roi ! &#187; faisant directement &#233;cho au &#171; Bonne nuit, doux prince &#187; d'Horatio, lorsqu'Hamlet meurt &#224; la fin de la pi&#232;ce, mortellement bless&#233; par la pointe de l'&#233;p&#233;e empoisonn&#233;e de La&#235;rte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre allusion directe &#224; la pi&#232;ce de Shakespeare est rep&#233;rable dans le dessin anim&#233; lorsque, Scar mont&#233; sur le tr&#244;ne, l'oncle usurpateur demande &#224; Zazu de chanter dans une cage improvis&#233;e dans le thorax d'un squelette de b&#234;te sauvage. Pendant ce temps, Scar tient en sa main droite un cr&#226;ne qui fait clairement r&#233;f&#233;rence &#224; celui de la c&#233;l&#232;bre sc&#232;ne o&#249; Hamlet joue avec le cr&#226;ne de Yorick (acte V, sc&#232;ne 1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud nous a depuis longtemps donn&#233; la cl&#233; de cette pathologique h&#233;sitation : si Hamlet tout comme Simba, h&#233;site, c'est parce qu'inconsciemment, il croise dans le regard de l'oncle qu'il doit assassiner, son propre d&#233;sir &#339;dipien refoul&#233;. S'il ne peut se r&#233;soudre &#224; tuer son oncle, c'est parce qu'il se reconna&#238;t en lui : le tuer, c'est se tuer puisque c'est tuer le plus profond d&#233;sir qui, dans l'inconscient, le constitue. Le neveu partage avec son oncle ce d&#233;sir fou d'avoir voulu tuer son p&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hamlet peut tout, sauf accomplir la vengeance sur l'homme qui a &#233;limin&#233; son p&#232;re et pris sa place aupr&#232;s de sa m&#232;re, cet homme qui lui montre la r&#233;alisation de ses souhaits d'enfance refoul&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, in &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus la vengeance se fait pressante, plus le d&#233;sir &#339;dipien refoul&#233; fait retour et plus la culpabilit&#233;, les auto-reproches et les scrupules qu'engendre ce d&#233;sir se font forts et paralysent cette vengeance. Hamlet est plong&#233; dans le cercle vicieux de l'inhibition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rencontre avec Rafiki et la psychanalyse r&#233;ussie de Simba&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simba r&#233;ussit &#224; rompre ce cercle vicieux gr&#226;ce &#224; Rafiki. En bon psychanalyste, celui-ci l'aide &#224; reconna&#238;tre en lui ce qu'il ignorait et refoulait jusque-l&#224; : son destin et son d&#233;sir &#339;dipien. C'est d'ailleurs son propre reflet que Simba aper&#231;oit dans l'eau, alors que Rafiki, perch&#233; sur son arbre, secoue les branchages et les feuillages en pronon&#231;ant sarcastiquement des onomatop&#233;es incompr&#233;hensibles. Le psychanalyste-Rafiki arrive &#224; brouiller la r&#233;flexion narcissique de Simba dans l'eau calme, en lan&#231;ant un caillou dans sa mare, pierre dont l'onde finit par brouiller le reflet imaginaire du h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Simba, &#233;nerv&#233; par cette pr&#233;sence troublante, demande &#224; Rafiki : &#171; qui es-tu ? &#187;, celui-ci lui r&#233;pond du tac au tac : &#171; dis-moi plut&#244;t qui tu es ? &#187; Le psychanalyste-Rafiki reprend &#224; son compte le fameux &lt;i&gt;Connais-toi toi-m&#234;me&lt;/i&gt;, le c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Gnothi seauton&lt;/i&gt; grec, le plus ancien des trois pr&#233;ceptes grav&#233;s sur le fronton du temple de Delphes, o&#249; &#338;dipe lui-m&#234;me &#233;tait venu consulter l'oracle. &#171; Je croyais le savoir, je n'en suis plus tr&#232;s s&#251;r &#187;, reconna&#238;t l'analysant Simba. En lui faisant rencontrer le p&#232;re qui vit en lui, Rafiki invite Simba &#224; reconna&#238;tre son d&#233;sir &#339;dipien. Le singe-psychanalyste n'h&#233;site d'ailleurs pas &#224; ass&#233;ner un coup de b&#226;ton &#224; Simba qui h&#233;siterait &#224; faire face &#224; son conflit. Il proc&#232;de ainsi comme le ma&#238;tre bouddhiste inspir&#233; de la technique zen, interrompant le silence par un coup de pied ou un coup de b&#226;ton. Le psychanalyste se contente d'un sarcasme qui invite l'analysant &#224; trouver les r&#233;ponses &#224; leurs propres questions et &#224; trancher d'eux-m&#234;mes leurs propres conflits. La psychanalyse-expresse du h&#233;ros est salvatrice et Simba repart affronter victorieusement son destin et reprendre sa place dans le cycle de la vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud souligne &#224; cet &#233;gard l'attrait irr&#233;sistible, le charme et la fascination qu'exercent sur nous les chats et f&#233;lins et plus g&#233;n&#233;ralement les grands animaux de proie (Cf. Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Psychanalyse, volume XII : 1913-1914&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marie-Louise von Franz, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des contes de f&#233;es&lt;/i&gt;, &#201;d. J. Renard, Coll. &#171; La Fontaine de Pierre &#187;, Paris, 1990, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple sur ce sujet : Salomon Reinach, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/Aetos-Prometheus.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Aetos Prometheus&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Cultes, Mythes et Religions&lt;/i&gt;, Tome III, &#201;d. Ernest Leroux, Paris, 1906, pp. 68-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En outre, comme le fait habilement remarquer Gabrielle Rubin, les animaux doivent &#171; une bonne partie de l'importance dont ils jouissent dans le mythe et la l&#233;gende &#224; la fa&#231;on ouverte dont ils montrent leurs organes g&#233;nitaux et leurs fonctions sexuelles au petit enfant humain d&#233;vor&#233; du d&#233;sir de savoir &#187;. Comme nous le verrons dans le troisi&#232;me et le quatri&#232;me chapitre de cet ouvrage, l'enfant se montre tr&#232;s t&#244;t extr&#234;mement curieux des questions sexuelles et se forge tr&#232;s t&#244;t ses propres th&#233;ories quant au co&#239;t et &#224; l'accouchement. Ainsi le petit Hans, apr&#232;s avoir vu un lion au zoo, s'&#233;crie-t-il joyeux et excit&#233; : &#171; J'ai vu le fait&#8209;pipi du lion ! &#187; &#171; Et le voil&#224; rassur&#233;, pr&#233;cise Gabrielle Rubin, il ne sait toujours pas si tout le monde poss&#232;de un p&#233;nis, mais le fait que le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; en ait un est d&#233;j&#224; satisfaisant pour son ego, car il est &#233;videmment plus valorisant de se comparer au roi des animaux qu'&#224; la vache de la ferme &#187; (Gabrielle Rubin, &lt;i&gt;&#201;loge de l'interdit. Interdit cr&#233;ateur et interdit castrateur&lt;/i&gt;, &#201;d. Eyrolles, Paris, 2011, p. 62).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, Lettre &#224; Wilhelm Fliess du 15 octobre 1897, &lt;i&gt;La Naissance de la Psychanalyse&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1956, p. 198&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 280-317.0&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; Les r&#234;ves de la mort de personnes ch&#232;res &#187;, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 280-317.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple sur ce sujet Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395 et suivantes ou l'article sur &#171; Le f&#233;tichisme &#187; (1927), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 133-138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 117-122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sandor Ferenczi, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/Symbolisme-de-la-tete-de-meduse-et.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Symbolisme de la t&#234;te de m&#233;duse&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse III, &#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Tome III : 1919-1926, Payot, Paris, 1974, p. 200.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 120.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, in &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome VI, n&#176; 3-4, &#201;d. Deno&#235;l et Steele, Paris 1933, pp. 287-288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, in &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome VI, n&#176; 3-4, &#201;d. Deno&#235;l et Steele, Paris 1933, p. 288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 117-122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sur ce sujet Otto Rank et Hans Sachs, &lt;i&gt;Psychanalyse et Sciences humaines&lt;/i&gt;, PUF, Collection &#171; Biblioth&#232;que de psychanalyse &#187;, Paris, 1980, note de bas de p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sandor Ferenczi, &#171; Mots obsc&#232;nes. Contribution &#224; la p&#233;riode de latence &#187;, (1910), in &lt;i&gt;Psychanalyse I, &#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; (1908-1912), Paris, Payot, 1968, pp. 132 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sur ce sujet Sigmund Freud, &lt;i&gt;Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le rapprochement entre les motifs hamletiens et &#339;dipiens cf. &#233;galement E. Jones, &lt;i&gt;&#338;dipe et Hamlet&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sur ce sujet Sigmund Freud, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 307.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, d&#233;cembre 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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