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	<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
	<link>https://psychanalyste-paris.com/</link>
	<description>Psychanalyste-paris.com propose des articles et &#233;ditoriaux sur la psychanalyse et les formations de l'inconscient freudien : histoire de la naissance de la psychanalyse, d&#233;finitions de la psychanalyse freudienne et lacanienne, psychanalyse des contes de f&#233;es, consultations et formations du psychanalyste. La psychanalyse est une m&#233;thode d'investigation de l'inconscient et de ses formations : par l'analyse des r&#234;ves, des lapsus et des actes manqu&#233;s, par la rem&#233;moration et l'analyse des souvenirs infantiles, la m&#233;thode psychanalytique de la libre association et de la cure par la parole d&#233;noue progressivement les inhibitions, les sympt&#244;mes et les angoisses et nous lib&#232;re d&#233;finitivement de toutes nos souffrances psychiques.
Christophe Bormans, Psychanalyste
&#8211; 8, rue de Florence - 75008 Paris
&#8211; Secteur Nord-Ouest : 2e, 8e, 9e, 17e et 18e arrondissements de Paris
&#8211; T&#233;l. : 01 40 41 07 27
&#8211; M&#176; : Place Clichy, Europe, Rome ou Li&#232;ge
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		<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
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		<title>&#201;change et travail</title>
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		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; La notion de ch&#244;mage ne fait son apparition que tr&#232;s tardivement dans le d&#233;bat &#233;conomique. En effet, il faut attendre le d&#233;but du XXe si&#232;cle, pour qu'une v&#233;ritable r&#233;flexion th&#233;orique s'organise autour de ce probl&#232;me. La raison peut sembler cruelle, elle a cependant le m&#233;rite d'&#234;tre simple : tant que la mort fait partie int&#233;grante de la vie, la notion de ch&#244;mage n'a aucune raison d'exister. En termes freudiens, l'on dirait qu'il faut attendre que les civilisations refoulent la mort, pour voir &#233;merger la notion de ch&#244;mage. Or, dans la pens&#233;e classique, rien de tel. Le raisonnement des &#233;conomistes classiques ne laisse subsister aucune ambigu&#239;t&#233; &#224; cet &#233;gard. (...) D'ailleurs, le r&#233;v&#233;rend T. R. Malthus ne m&#226;che pas ses mots lorsque, dans la pr&#233;face &#224; la premi&#232;re &#233;dition de son c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Essai sur le principe de population&lt;/i&gt;, il d&#233;clare : &#8220;Un homme qui est n&#233; dans un monde d&#233;j&#224; poss&#233;d&#233;, s'il ne peut obtenir de ses parents la subsistance qu'il peut justement lui demander, et si la soci&#233;t&#233; n'a pas besoin de son travail, n'a aucun droit de r&#233;clamer la plus petite portion de nourriture et, en fait, il est de trop au banquet de la nature ; il n'a pas de couvert vacant pour lui. Elle lui recommande de s'en aller et elle mettra elle-m&#234;me promptement ses ordres &#224; ex&#233;cution.&#8221; &#187; (Ch. Bormans, &lt;i&gt;&#201;change et travail&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-et-sciences-humaines-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse et sciences humaines&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton72-72214.gif?1757673670' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;change et travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre th&#232;se est que l'id&#233;e d'un march&#233; s'ajustant de lui-m&#234;me &#233;tait purement utopique. Une telle institution ne pouvait exister de fa&#231;on suivie sans an&#233;antir la substance humaine et naturelle de la soci&#233;t&#233;, sans d&#233;truire l'homme et sans transformer son milieu en d&#233;sert. &#187; Telle est la th&#232;se d&#233;fendue par le c&#233;l&#232;bre &#233;conomiste et anthropologue hongrois, Karl Polanyi, dans son remarquable ouvrage de 1944, &lt;i&gt;La grande transformation&lt;/i&gt;. En effet, la logique interne du syst&#232;me des &#233;changes de march&#233; r&#233;clame que celui-ci &#233;tende son emprise non seulement aux biens et aux services, mais &#233;galement aux trois &#233;l&#233;ments constitutifs du r&#233;el social lui-m&#234;me. Ces trois &#233;l&#233;ments, que Polanyi qualifie de &#171; marchandises fictives &#187;, sont l'homme, la terre et la monnaie. Elles peuvent &#234;tre qualifi&#233;es de fictives dans la mesure o&#249; l'imaginaire humain ne peut que difficilement admettre que le march&#233; vienne couper les liens respectifs qu'elles entretiennent : la terre, &#171; m&#232;re de tous les biens &#187; comme le diront les physiocrates, et la monnaie frapp&#233;e par le Souverain garant de l'ordre social, semblent avoir prot&#233;g&#233; l'homme de son milieu naturel et hostile depuis le berceau de la civilisation. Or, dans un syst&#232;me g&#233;n&#233;ralis&#233; d'&#233;changes, non seulement la terre et la monnaie doivent &#234;tre soumises &#224; la logique interne de l'&#233;conomie de march&#233;, mais le travail lui-m&#234;me, doit pouvoir s'&#233;changer comme toute autre marchandise. Bref, pour l'&#233;conomie orthodoxe, qu'elle soit classique ou n&#233;oclassique, le travail est une marchandise comme une autre. Or Adam Smith n'avait-il pas lui-m&#234;me mis en &#233;vidence que &#171; le travail est la source unique de la richesse &#187; ? Dans ces conditions, faut-il soumettre le travail au m&#234;me m&#233;canisme d'ajustement que celui des autres marchandises, ou un tel projet risque-t-il d'an&#233;antir d&#233;finitivement l'homme et sa vie en soci&#233;t&#233; ? C'est &#224; ces deux questions que nous tenterons successivement de r&#233;pondre dans ce chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le travail : une marchandise comme une autre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le raisonnement des &#233;conomistes classiques quant &#224; la mani&#232;re dont s'&#233;tablit l'&#233;quilibre sur le march&#233; du travail diff&#232;re quelque peu de celui men&#233; par A. C. Pigou et les &#233;conomistes n&#233;oclassiques. Cela est principalement d&#251; au fait que les th&#233;ories de la valeur de ces deux courants de pens&#233;e diff&#232;rent elles-m&#234;mes radicalement. En effet, rappelons que les &#233;conomistes classiques s'appuient essentiellement sur une th&#233;orie de la valeur travail. Le chemin avait du reste d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fray&#233; par les penseurs lib&#233;raux du XVIIe si&#232;cle qui, &#224; l'instar de John Locke, soutenaient que &#171; le travail donne, de loin, la plus grande partie de leur prix aux choses dont nous jouissons en ce monde &#187; (John Locke, &lt;i&gt;Trait&#233; du gouvernement civil&lt;/i&gt;, 1690). Or cette th&#233;orie de la valeur travail obscurcit quelque peu la bonne compr&#233;hension des m&#233;canismes d'ajustement sur le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les m&#233;canismes classiques d'ajustement sur le march&#233; du travail&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le travail, comme tout autre bien achet&#233; et vendu, et dont la quantit&#233; peut varier, a un prix naturel et un prix de march&#233;. &#187; C'est par cette sentence que David Ricardo, dans ses Principes de l'&#233;conomie politique et de l'imp&#244;t (1817), ent&#233;rine tout le raisonnement de l'&#233;conomie politique classique vis-&#224;-vis de cette marchandise, que d'aucuns consid&#232;rent comme sp&#233;cifique : le travail. Partisan inv&#233;t&#233;r&#233; de la th&#233;orie de la valeur travail ch&#232;re &#224; l'&#233;conomie politique classique, D. Ricardo distingue un prix naturel et un prix courant du travail, distinction qui, par la suite, ne sera pas reprise par l'&#233;conomie n&#233;oclassique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix naturel du travail d&#233;pend principalement du prix des subsistances et des choses utiles ou n&#233;cessaires &#224; l'entretien de l'ouvrier et de sa famille. Le prix naturel du travail varie non seulement au sein d'un m&#234;me pays, selon les &#233;poques et les niveaux de vie, mais il diff&#232;re &#233;galement, selon ces m&#234;mes crit&#232;res, d'un pays &#224; l'autre. Comme Marx le pr&#233;cise &#224; la suite de D. Ricardo, &#171; la valeur de la force de travail est d&#233;termin&#233;e par la valeur des moyens de subsistance n&#233;cessaires pour produire, d&#233;velopper, entretenir et perp&#233;tuer la force de travail. &#187; (Karl Marx, &lt;i&gt;Salaire, prix et profit&lt;/i&gt;, 1865). Pour Marx, la valeur de la force de travail varie &#233;galement en fonction des &#233;poques et des lieux, mais surtout, en fonction du niveau de d&#233;veloppement des forces productives, c'est-&#224;-dire en fonction de la richesse sociale de la soci&#233;t&#233; prise globalement. Par exemple, la valeur des moyens de subsistance n&#233;cessaires &#224; l'entretien de l'ouvrier et de sa famille peut, aujourd'hui, bien entendu, comprendre la valeur d'un r&#233;frig&#233;rateur, d'une voiture, etc., alors qu'au d&#233;but du si&#232;cle, le niveau de vie global de la population ne permettait pas d'envisager ces besoins comme indispensables &#224; la reproduction de la force de travail. Pr&#233;cisons que cette mani&#232;re d'envisager le travail et sa valeur, commune &#224; Marx et Ricardo, est &#233;galement tout &#224; fait conforme &#224; l'analyse du p&#232;re fondateur de l'&#233;conomie politique classique, A. Smith, qui d&#233;clare d&#232;s 1776 : &#171; il est tout simple que ce qui est d'ordinaire le produit de deux journ&#233;es ou de deux heures de travail, vaille le double de ce qui n'exige ordinairement qu'un jour ou une heure de travail. &#187; (Adam Smith, &lt;i&gt;Recherches sur les causes et la nature de la richesse des nations&lt;/i&gt;, 1776).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix courant du travail est, quant &#224; lui, le prix de march&#233; qui est r&#233;ellement pay&#233; &#224; l'ouvrier, en tant qu'il r&#233;sulte du pur fonctionnement du m&#233;canisme &#171; naturel &#187; de l'offre et de la demande : &#171; le travail est cher quand il est rare, explique Ricardo, et bon march&#233; quand il est abondant. &#187; Dans ces conditions, une seule question s'impose : la loi de l'offre et de la demande permet-elle de satisfaire aux besoins essentiels de l'homme ? En d'autres termes, le prix courant du travail se conforme-t-il au prix naturel du travail ? Ricardo, comme toute l'&#233;conomie politique classique, affiche une confiance sans limite dans les m&#233;canismes de march&#233;s : &#171; Quel que puisse &#234;tre l'&#233;cart entre le prix de march&#233; du travail et son prix naturel, affirme-t-il, comme pour les marchandises son prix de march&#233; a tendance &#224; se conformer au prix naturel. &#187; La raison en est simple : &#224; long terme, le salaire r&#233;el a toujours tendance &#224; s'&#233;galiser au salaire naturel, dans la mesure o&#249; si le salaire courant s'&#233;l&#232;ve, par exemple, &#224; un niveau sup&#233;rieur au salaire naturel, les ouvriers vont avoir tendance &#224; vivre dans l'opulence et &#224; se reproduire en nombre, de telle sorte qu'&#224; la p&#233;riode suivante, pour une quantit&#233; de travail demand&#233;e &#233;quivalente, la quantit&#233; de travail offerte aura augment&#233; et le prix courant du travail s'abaissera &#224; nouveau au niveau du prix naturel du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les m&#233;canismes d'ajustement n&#233;oclassiques sur le march&#233; du travail&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le raisonnement n&#233;oclassique, quant &#224; lui, ne s'embarrasse pas de telles subtilit&#233;s : &#171; en admettant la libre concurrence des travailleurs et la parfaite mobilit&#233; du travail, (...) les taux de salaires ont toujours tendance &#224; s'adapter &#224; la demande de telle fa&#231;on que tout le monde soit employ&#233;. Par cons&#233;quent, en condition de stabilit&#233;, chacun trouve normalement un emploi. &#187; (A. C. Pigou, &lt;i&gt;La th&#233;orie du ch&#244;mage&lt;/i&gt;, 1930).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. Pigou r&#233;sume &#224; merveille, en 1930, plus d'un si&#232;cle de r&#233;flexions th&#233;oriques sur les probl&#232;mes sp&#233;cifiques que posent les m&#233;canismes d'ajustement sur le march&#233; du travail. Le march&#233; du travail, pour les th&#233;oriciens n&#233;oclassiques, est &#233;galement un march&#233; comme les autres. S'y confronte une demande de travail, qui est le fait des entreprises, et une offre de travail, qui est le fait des ouvriers eux-m&#234;mes. La quantit&#233; offerte varie en fonction croissante du prix du travail, c'est-&#224;-dire du salaire, tandis que la quantit&#233; demand&#233;e varie en fonction inverse de ce m&#234;me salaire. Si la loi de l'offre et de la demande et les conditions de la concurrence sont parfaitement respect&#233;es, les m&#233;canismes d'ajustement par les prix d&#233;termineront un salaire d'&#233;quilibre pour lequel la quantit&#233; de travail offerte par les ouvriers sera juste &#233;gale &#224; la quantit&#233; de travail demand&#233;e par les entrepreneurs. Comme Pigou le pr&#233;cise, &#171; le plein emploi n'existe certes pas toujours, mais il tend toujours &#224; s'instaurer. &#187; (A. C. Pigou, &lt;i&gt;The Theory of unemployment&lt;/i&gt;, 1930).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette optique, le ch&#244;mage est synonyme d'une offre exc&#233;dentaire de travail &#233;mise par les travailleurs eux-m&#234;mes, par rapport &#224; la quantit&#233; de travail demand&#233;e par les entreprises. Or, si les conditions de la libre concurrence sont respect&#233;es, les travailleurs vont se faire concurrence et abaisser leurs pr&#233;tentions salariales jusqu'&#224; ce que les entrepreneurs jugent opportun d'embaucher d'avantage de main-d'oeuvre, le salaire &#233;tant d&#233;sormais moins &#233;lev&#233;. &#192; l'inverse, en situation de relatif exc&#233;dent de la quantit&#233; de travail demand&#233;e par les entreprises par rapport &#224; la quantit&#233; offerte, le salaire doit augmenter jusqu'&#224; ce que ce niveau d&#233;cide les travailleurs qui, auparavant, pour un salaire moins &#233;lev&#233;, ne souhaitaient pas travailler, &#224; se remettre finalement au travail. La conclusion de Pigou est simple : &#171; D&#232;s lors, le ch&#244;mage qui existe en r&#233;alit&#233; est enti&#232;rement d&#251; aux modifications constantes de la demande et &#224; la viscosit&#233; qui emp&#234;che l'ajustement du salaire d'&#234;tre imm&#233;diat. &#187; (A. C. Pigou, &lt;i&gt;The Theory of unemployment&lt;/i&gt;, 1930). En effet, dans ces conditions, le ch&#244;mage ne peut &#234;tre attribu&#233; qu'&#224; une unique cause : le non-respect de la libre concurrence. En d'autres termes, le ch&#244;mage est uniquement d&#251; au refus de la main-d'oeuvre de travailler pour le salaire d'&#233;quilibre, et donc de jouer le jeu de l'offre et de la demande. Les travailleurs n'acceptent pas les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de la libre concurrence, lesquelles stipulent qu'en situation d'offre exc&#233;dentaire de main-d'oeuvre, le salaire d'&#233;quilibre s'abaisse : le ch&#244;mage est qualifi&#233; de volontaire. Les travailleurs ne jouent pas le jeu et, en se groupant en syndicats dans l'unique but de r&#233;sister &#224; la baisse des salaires r&#233;clam&#233;e par les m&#233;canismes autor&#233;gulateurs du march&#233;, ils fuient la loi de l'offre et de la demande, ils fuient la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la mort au ch&#244;mage involontaire.&lt;br /&gt;
&lt;small&gt;Petit aper&#231;u des ajustements sp&#233;cifiques sur le march&#233; du travail&lt;/small&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En fait, contrairement &#224; ce que l'on aurait pu penser, la notion de ch&#244;mage ne fait son apparition que tr&#232;s tardivement dans le d&#233;bat &#233;conomique. En effet, il faut attendre le d&#233;but du XXe si&#232;cle, pour qu'une v&#233;ritable r&#233;flexion th&#233;orique s'organise autour de ce probl&#232;me. La raison peut sembler cruelle, elle a cependant le m&#233;rite d'&#234;tre simple : tant que la mort fait partie int&#233;grante de la vie, la notion de ch&#244;mage n'a aucune raison d'exister. En termes freudiens, l'on dirait qu'il faut attendre que les civilisations refoulent la mort, pour voir &#233;merger la notion de ch&#244;mage. Or, dans la pens&#233;e classique, rien de tel. Le raisonnement des &#233;conomistes classiques ne laisse subsister aucune ambigu&#239;t&#233; &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La mort comme m&#233;canisme d'ajustement sur le march&#233; du travail&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est que lorsque &#224; force de privations le nombre des ouvriers se trouve r&#233;duit, ou que la demande de bras s'accro&#238;t, que le prix courant du travail remonte de nouveau &#224; son prix naturel. L'ouvrier peut alors se procurer encore une fois les jouissances mod&#233;r&#233;es qui faisaient son bonheur. &#187; (David Ricardo, &lt;i&gt;Les Principes de l'&#233;conomie politique et de l'imp&#244;t&lt;/i&gt;, 1817). Lorsque le salaire courant tombe au-dessous du salaire naturel, &#171; le nombre d'ouvriers se trouve r&#233;duit &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils meurent. Du reste, avant que le syst&#232;me &#233;conomique du march&#233; ne prenne en charge la r&#233;gulation du syst&#232;me social dans son ensemble, la r&#233;gulation de la population se faisait essentiellement, comme le souligne T. R. Malthus, &#171; &#224; travers les famines, les maladies, les guerres &#187; (T. R. Malthus, &lt;i&gt;Essai sur le principe de population&lt;/i&gt;, 1798). Par cons&#233;quent, l'&#232;re industrielle et capitaliste ne change rien aux donn&#233;es fondamentales du probl&#232;me. Dans une &#233;conomie de march&#233;, le fait que le salaire tombe plus bas que le niveau de subsistance, &#233;quivaut aux famines aux guerres ou aux &#233;pid&#233;mies des &#233;conomies pr&#233;capitalistes. Il n'y a aucune raison que l'&#233;conomie politique classique pense un probl&#232;me sp&#233;cifique qui s'appellerait le ch&#244;mage. D'ailleurs, le r&#233;v&#233;rend T. R. Malthus ne m&#226;che pas ses mots lorsque, dans la pr&#233;face &#224; la premi&#232;re &#233;dition de son c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Essai sur le principe de population&lt;/i&gt;, il d&#233;clare : &#171; Un homme qui est n&#233; dans un monde d&#233;j&#224; poss&#233;d&#233;, s'il ne peut obtenir de ses parents la subsistance qu'il peut justement lui demander, et si la soci&#233;t&#233; n'a pas besoin de son travail, n'a aucun droit de r&#233;clamer la plus petite portion de nourriture et, en fait, il est de trop au banquet de la nature ; il n'a pas de couvert vacant pour lui. Elle lui recommande de s'en aller et elle mettra elle-m&#234;me promptement ses ordres &#224; ex&#233;cution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on conna&#238;t la fameuse loi de Malthus selon laquelle, &#171; lorsque la population n'est arr&#234;t&#233;e par aucun obstacle, elle double tous les vingt-cinq ans, et croit ainsi de p&#233;riode en p&#233;riode selon une progression g&#233;om&#233;trique. &#187; Or, la quantit&#233; optimale de la population d'un pays &#233;tant, selon Malthus &#233;galement, d&#233;termin&#233;e par la quantit&#233; d'occupation ou d'emploi qu'il est possible d'y mettre en oeuvre, la nature ne fait que son travail en recommandant au ch&#244;meur &#233;ventuel de s'abstenir de venir au monde, et elle se charge de l'en faire repartir s'il n'avait pas eu la bonne id&#233;e d'&#233;couter ses bons conseils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les raisonnements men&#233;s par les &#233;conomistes classiques sur les m&#233;canismes d'ajustement de long terme sur le march&#233; du travail, et notamment ceux de T. R. Malthus et de A. Smith, reposent sur deux hypoth&#232;ses qui s'av&#232;rent tr&#232;s vite hautement contestables : d'une part, la population croit avec le niveau de vie et, d'autre part, la croissance des subsistances n&#233;cessaires &#224; l'entretien de cette population se fait &#224; un rythme arithm&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas meilleure illustration de la premi&#232;re hypoth&#232;se, que celle que nous fournit la fameuse formule de Richard Cantillon, selon laquelle &#171; les hommes se multiplient comme des souris dans une grange, s'ils ont les moyens de subsister sans limitation. &#187; (Richard Cantillon, &lt;i&gt;Essai sur le commerce en g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;, 1755). Or cette hypoth&#232;se ne semble pas r&#233;sister &#224; l'&#233;preuve des faits, dans la mesure o&#249; on peut encore aujourd'hui constater que c'est justement dans les pays les plus riches, c'est-&#224;-dire connaissant un niveau de vie relativement &#233;lev&#233;, que la croissance de la population se fait au rythme le plus faible, tandis que c'est dans les pays les plus pauvres, que cette croissance est difficilement ma&#238;trisable. La premi&#232;re hypoth&#232;se du raisonnement classique para&#238;t donc largement r&#233;fut&#233;e par les faits historiques empiriques. Qu'en est-il de la seconde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde hypoth&#232;se &#233;mise par T. R. Malthus dans sa fameuse loi de la population, soutient que la croissance de la production ne s'effectue, contrairement &#224; celle de la population, qu'&#224; un rythme arithm&#233;tique. Or Ricardo semblait d&#233;j&#224; extr&#234;mement sceptique quant &#224; l'hypoth&#232;se pessimiste malthusienne : &#171; on a calcul&#233;, estime-t-il, que dans des circonstances favorables, la population pouvait doubler dans vingt-cinq ans. Mais, dans des circonstances tout aussi favorables, le capital national pourrait fort bien avoir doubl&#233; en moins de temps. &#187; (David Ricardo, &lt;i&gt;Les principes de l'&#233;conomie politique et de l'imp&#244;t&lt;/i&gt;, 1812). Les faits empiriques semblent ind&#233;niablement avoir donn&#233; raison &#224; Ricardo, n'en d&#233;plaise &#224; Malthus. Selon des chiffres tr&#232;s g&#233;n&#233;raux, mais suffisamment repr&#233;sentatifs pour notre propos, le taux de croissance annuel moyen du PIB total des principaux pays europ&#233;ens durant la p&#233;riode du capitalisme commercial (1700-1820) &#233;tait de 0,6 %, tandis que ce rythme s'est &#233;lev&#233; &#224; 2,5 % par an &#224; la p&#233;riode suivante (1820-1980) (A. Maddison, &lt;i&gt;Les phases du d&#233;veloppement capitaliste&lt;/i&gt;, Economica, 1981). D'un point de vue th&#233;orique, T. R. Malthus et les classiques dans leur ensemble, n'ont pas su entrevoir, &#224; l'inverse de D. Ricardo, l'extraordinaire potentiel de croissance que pr&#233;sentait le syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, si les deux hypoth&#232;ses qui sous-tendent le raisonnement des classiques en mati&#232;re de ch&#244;mage et d'emploi s'av&#232;rent invalid&#233;es, il est absolument n&#233;cessaire de revoir le probl&#232;me du travail au sein d'un corpus th&#233;orique apur&#233; des craintes populationnistes des penseurs du XVIIIe et du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La notion de &#171; ch&#244;mage involontaire &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En dehors du ch&#244;mage &#8220;de frottement&#8221; et du ch&#244;mage &#8220;volontaire&#8221; il n'y a pas de place pour aucune autre sorte de ch&#244;mage. Les postulats classiques n'admettent pas la possibilit&#233; d'une troisi&#232;me cat&#233;gorie, que nous d&#233;finirons par la suite, le ch&#244;mage &#8220;involontaire&#8221;. &#187; (J. M. Keynes, &lt;i&gt;La Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'emploi, de l'int&#233;r&#234;t et de la monnaie&lt;/i&gt;, 1936). C'est donc pr&#233;cis&#233;ment le raisonnement de son coll&#232;gue de l'universit&#233; de Cambridge, A. C. Pigou, que J. M. Keynes va prendre pour cible, lorsqu'en 1936, il va s'attaquer &#224; la th&#233;orie de l'emploi des &#233;conomistes n&#233;oclassiques, en tentant de d&#233;montrer qu'&#224; raisonner macro-&#233;conomiquement, c'est-&#224;-dire sur l'ensemble des comportements sociaux et en prenant en compte, simultan&#233;ment, l'ensemble des variables &#233;conomiques, le syst&#232;me du march&#233; n'est pas autor&#233;gulateur. J. M. Keynes introduit par l&#224; m&#234;me, au sein de l'analyse &#233;conomique, une troisi&#232;me cat&#233;gorie de ch&#244;mage, le ch&#244;mage involontaire. Le raisonnement est aussi sublime que limpide : &#171; Une baisse des salaires r&#233;els, due &#224; la hausse des prix non accompagn&#233;e d'une hausse des salaires nominaux, ne fait pas baisser, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, l'offre de main-d'oeuvre dont on dispose au salaire courant au-dessous de la quantit&#233; effectivement employ&#233;e avant la hausse des prix. Supposer qu'une hausse des prix puisse avoir ce r&#233;sultat, c'est supposer que toutes les personnes actuellement d&#233;pourvues d'emploi, quoique d&#233;sireuses de travailler au salaire courant cesseraient d'offrir leurs services en cas d'une hausse m&#234;me limit&#233;e du co&#251;t de la vie. C'est sur cette &#233;trange proposition que la Th&#233;orie du ch&#244;mage du Professeur Pigou para&#238;t reposer et c'est elle qu'admettent implicitement tous les membres de l'&#233;cole orthodoxe. &#187; (J. M. Keynes, &lt;i&gt;La Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'emploi, de l'int&#233;r&#234;t et de la monnaie&lt;/i&gt;, 1936).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le raisonnement de Pigou, rappelons-le, repose sur le fait que, dans un syst&#232;me o&#249; r&#232;gne la concurrence pure et parfaite sur tous les march&#233;s, la baisse des salaires accept&#233;e par les travailleurs ne leur est pas pr&#233;judiciable en termes de besoins fondamentaux, dans la mesure o&#249; la baisse du niveau g&#233;n&#233;ral des prix (ou simplement du rythme de l'inflation) qui pourra en r&#233;sulter, leur permettra tr&#232;s vite de retrouver un niveau de vie confortable, une fois l'&#233;conomie assainie. Cependant, Keynes observe que, puisque dans la r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire au quotidien, le salaire discut&#233; et &#233;tabli entre l'entrepreneur et la main-d'oeuvre est un salaire nominal, le salaire r&#233;el, lui, le seul que prend en compte la th&#233;orie n&#233;oclassique, n'est d&#233;termin&#233; qu'apr&#232;s-coup. Par cons&#233;quent, si la main-d'oeuvre a bien la possibilit&#233; de r&#233;sister &#224; la baisse des salaires nominaux, elle n'a aucun moyen de r&#233;sister &#224; l'augmentation de l'indice g&#233;n&#233;ral des prix des biens de consommation. Or, lorsque cet indice augmente, cela constitue bien la baisse du salaire r&#233;el r&#233;clam&#233;e &#224; corps et &#224; cris par la th&#233;orie n&#233;oclassique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que pose J. M. Keynes est alors la suivante : pourquoi, alors que le salaire r&#233;el diminue effectivement sous le coup de l'augmentation de l'indice g&#233;n&#233;ral des prix, le ch&#244;mage persiste-t-il ? La raison en est simple : c'est que les comportements pr&#234;t&#233;s aux agents par la th&#233;orie &#233;conomique orthodoxe dans ses mod&#232;les th&#233;oriques ne sont pas conformes &#224; ceux que l'on peut observer dans la r&#233;alit&#233; &#233;conomique. La courbe d'offre de travail &#233;tabli par la th&#233;orie n&#233;oclassique ne d&#233;crit en fait rien d'autre que le comportement suppos&#233; de la main-d'oeuvre. Elle stipule la quantit&#233; de main-d'oeuvre dispos&#233;e &#224; travailler en fonction des diff&#233;rents niveaux de salaire. Plus ce salaire est &#233;lev&#233;, plus le nombre de travailleurs dispos&#233; &#224; travailler est &#233;lev&#233;. &#192; l'inverse, cela suppose que, plus le salaire r&#233;el diminue, plus un nombre croissant de travailleurs prend le parti de ne pas travailler pour un salaire aussi faible. C'est, selon la th&#233;orie n&#233;oclassique, leur propre choix, et il est donc issu d'une attitude volontaire, et c'est pour cette raison que le ch&#244;mage qui lui est associ&#233; est lui-m&#234;me qualifi&#233; de cette m&#234;me mani&#232;re. Ainsi, dans le mod&#232;le th&#233;orique du march&#233; du travail, pour que la baisse du salaire r&#233;el puisse r&#233;tablir l'&#233;quilibre sur le march&#233; du travail, un type de comportement particulier doit n&#233;cessairement &#234;tre adopt&#233; de la part de la main-d'oeuvre : l'&#233;quilibre ne se r&#233;tablit que si et seulement si, un nombre suffisant de travailleurs se retire du march&#233; du travail parce que le salaire r&#233;el y est d&#233;sormais trop faible. Afin que les vues de la th&#233;orie &#233;conomique orthodoxe en mati&#232;re de ch&#244;mage soient valables, il faut que, toutes choses &#233;gales par ailleurs, &#224; chaque fois que l'indice g&#233;n&#233;ral des prix augmente, un nombre croissant de travailleurs se retire du march&#233; du travail en d&#233;clarant que le jeu n'en vaut pas la chandelle ! Autrement dit, &#233;tant donn&#233; ce que cela rapporte, cela ne vaut pas le coup de travailler ! Quelle &#233;trange supposition, d&#233;clare J. M. Keynes. Que chacun puisse mener un tel raisonnement dans son for int&#233;rieur, personne n'en doute, mais cela ne peut pas emp&#234;cher la main-d'oeuvre de se pr&#233;senter sur le march&#233; du travail, sinon comment ferait-elle pour gagner sa vie et acheter les subsistances n&#233;cessaires &#224; son entretien ? Le mod&#232;le th&#233;orique de l'&#233;conomie orthodoxe est un mod&#232;le id&#233;al et non conforme &#224; la r&#233;alit&#233; des faits &#233;conomiques et, pourrait-on dire, au &lt;br class='autobr' /&gt;
principe &#233;l&#233;mentaire de r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, J. M. Keynes nous d&#233;montre tout simplement que le march&#233; du travail tel que le d&#233;crit la th&#233;orie n&#233;oclassique, c'est-&#224;-dire celui o&#249; se d&#233;termine, simultan&#233;ment, par le jeu de l'offre et de la demande, le salaire r&#233;el et le plein-emploi, n'existe tout simplement pas : &#171; des raisons (...) nous emp&#234;chent d'admettre que le niveau g&#233;n&#233;ral des salaires r&#233;els puisse &#234;tre d&#233;termin&#233; par les n&#233;gociations de salaires. L'&#233;cole classique, en supposant que les contrats de salaire peuvent d&#233;terminer le salaire r&#233;el, a fait une hypoth&#232;se arbitraire. &#187; (J. M. Keynes, &lt;i&gt;La Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'emploi, de l'int&#233;r&#234;t et de la monnaie, 1936&lt;/i&gt;). &#192; la suite de ce constat keyn&#233;sien de l'inexistence tant du march&#233; du travail que de ses m&#233;canismes autor&#233;gulateurs d'ajustements, l'&#201;tat-providence, profitant &#224; la fois du nouveau contrat social que le sang vers&#233; durant les deux guerres mondiales semblait n&#233;cessiter et d'une conjoncture de croissance &#233;conomique exceptionnelle, s'est engag&#233; &#224; garantir &#224; l'individu un salaire minimum de subsistance, un salaire naturel auraient dit les &#233;conomistes classiques. Ce faisant, la notion d'emploi vient se substituer &#224; la notion de travail, laquelle est refoul&#233;e dans l'histoire &#233;conomique de l'industrialisation. Notre mod&#232;le actuel de soci&#233;t&#233; a-t-il pour autant, comme le souhaitait Keynes, ajourn&#233; d&#233;finitivement le probl&#232;me du travail ? Rien n'est moins s&#251;r. &#171; Trois heures de travail chaque jour par roulement ou une semaine de quinze heures peuvent ajourner le probl&#232;me pour un bon moment &#187;, &#233;crivait J. M. Keynes au lendemain de la Grande D&#233;pression (&lt;i&gt;Essais sur la monnaie et l'&#233;conomie&lt;/i&gt;, 1931). Si aujourd'hui nous semblons &#234;tre entr&#233;s, apr&#232;s l'&#232;re de la consommation de masse, dans celle de la consommation de loisirs, comme d'aucuns semblent s'en r&#233;jouir, le probl&#232;me du travail ne semble pas pour autant r&#233;solu, et ne semble pas pouvoir l'&#234;tre avant longtemps. Peut-&#234;tre est-ce tout simplement parce que comme le disait Voltaire, le travail, bien plus qu'une marchandise comme le soutient l'&#233;conomie politique, &#171; est souvent le prix du plaisir &#187; ; et Voltaire s'empressait d'en conclure : &#171; Je plains l'homme accabl&#233; du poids de son loisir. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte constitue une premi&#232;re version d'un article publi&#233; dans l'ouvrage intitul&#233; &#171; L'&#201;change &#187; (Studyrama, Collection &#171; Principes - Culture g&#233;n&#233;rale &#187;, Jeunes &#201;ditions, Paris, 2002, pp. 43-51).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>&#201;change et monnaie</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Echange-et-monnaie.html</link>
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		<dc:date>2006-10-03T11:35:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; La monnaie cristallise et, historiquement, &#233;merge, de notre rapport &#224; la mort, au d&#233;sir et &#224; la loi. Tant que ce rapport ne sera pas clarifi&#233; par les agents &#233;conomiques, cette monnaie, cet argent plus ou moins liquide comme de la confiture, sera amass&#233; dans un unique but, celui de se procurer une immortalit&#233; qui ne pourra &#234;tre qu'illusoire et factice, et les pires cons&#233;quences en sont &#224; craindre pour l'ensemble du syst&#232;me &#233;conomique. C'est ce que pr&#233;cise l'un des plus ardents disciples et fid&#232;les de J. M. Keynes, en rendant hommage &#224; son article de 1937 :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#8220;La possibilit&#233; d'un ch&#244;mage massif g&#233;n&#233;ral proc&#232;de du rapport d'une institution humaine, celle de la monnaie, &#224; la nature &#233;l&#233;mentaire de l'existence humaine, au voyage infini de l'&#234;tre humain dans le vide du temps.&#8221; (G. L. S. Shackle) &#187; (Ch. Bormans, &lt;i&gt;&#201;change et monnaie&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-et-sciences-humaines-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse et sciences humaines&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton71-7f71d.jpg?1757673670' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;change et monnaie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La monnaie est principe et fin de l'&#233;change &#187;, &#233;crivait d&#233;j&#224; Aristote, quatre si&#232;cles avant J.-C., au chapitre neuf de ses &lt;i&gt;Politiques&lt;/i&gt;. Il entendait par l&#224; d&#233;noncer une pratique qui gagnait de l'importance au sein de la cit&#233; grecque, eu &#233;gard &#224; l'&#233;conomie (&lt;i&gt;oeconomia&lt;/i&gt;) : la chr&#233;matistique. Or Aristote souhaitait une &#233;conomie se rapprochant d'une pratique paternaliste de bonne gestion du domaine familial, visant &#224; satisfaire aux besoins fondamentaux de tous ceux, femmes, esclaves et enfants, qui y vivaient. Garantir au mieux l'autonomie de ce microcosme et minimiser les rapports d'&#233;change que celui-ci entretenait avec l'ext&#233;rieur, et notamment avec les march&#233;s, tel &#233;tait l'objectif avou&#233; de l'&#233;conomie antique. Cette fa&#231;on pr&#233;-&#233;conomique d'envisager la monnaie et les &#233;changes va dominer la pens&#233;e occidentale jusqu'&#224; la r&#233;volution mercantile. Saint-Thomas-d'Aquin, fid&#232;le &#224; Aristote, r&#233;affirme plus de quinze si&#232;cles apr&#232;s le Stagirite, que cette fa&#231;on de s'enrichir par les &#233;changes, et notamment par les &#233;changes mon&#233;taires, est la plus contraire &#224; la nature, c'est-&#224;-dire, &#224; l'ordre social existant : &#171; On ne peut vendre l'argent et son usage &#187;, affirme-t-il dans sa &lt;i&gt;Somme th&#233;ologique&lt;/i&gt; en 1266. Plus pr&#233;cis&#233;ment, cette fa&#231;on d'acqu&#233;rir est en totale contradiction avec la justice divine. L'Ancien Testament le stipule clairement : &#171; l'homme qui pratique la droiture et la justice ne pr&#234;te pas &#224; int&#233;r&#234;t et ne tire point d'usure ; celui-l&#224; est juste, il vivra, dit le Seigneur, l'Eternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'avec le mercantilisme espagnol, que la recherche d'or et d'argent &#233;merge comme une priorit&#233; absolue pour les souverains. Pour cela, bien entendu, il aura d'abord fallu convaincre les grandes puissances catholiques. Apr&#232;s avoir &#233;chou&#233; aupr&#232;s de Jean II du Portugal et aupr&#232;s des rois d'Angleterre et de France, Christophe Colomb s&#233;duit finalement la Couronne espagnole, alors m&#234;me que l'Ancien Testament pr&#244;nait encore que &#171; la r&#233;putation est pr&#233;f&#233;rable &#224; de grandes richesses &#187; et que &#171; la gr&#226;ce vaut mieux que l'argent et l'or &#187;. On comprend mieux la subversion et la fascination qu'aura d&#251; op&#233;rer le grand navigateur : &#171; L'or est une chose merveilleuse, d&#233;clare-t-il, avec lui, on peut tout faire, on peut m&#234;me faire entrer des &#226;mes au Paradis.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Colomb, cit&#233; par G. Lelarge, Dictionnaire th&#233;matique de citations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; En effet, ce n'est qu'&#224; partir du XVIe si&#232;cle que la monnaie d'or et d'argent semble progressivement s'imposer comme une nouvelle divinit&#233; aux &#201;tats et aux nations du Vieux Continent. D'ailleurs, Diderot n'h&#233;sitera pas &#224; d&#233;noncer, &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle, que &#171; l'or qui m&#232;ne &#224; tout est devenu le lieu de la nation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Denis Diderot, Entretiens, 1798.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gardons-nous cependant de croire trop rapidement que le mercantilisme est le seul responsable de la promotion de l'or et l'argent au sein de l'&#233;chelle des valeurs des soci&#233;t&#233;s occidentales. Le mercantilisme industriel fran&#231;ais, ou le mercantilisme commercial anglais, plus tardif, tendent &#224; refuser &#224; la monnaie de m&#233;tal le r&#244;le divin que le mercantilisme espagnol semblait lui attribuer. Ainsi, Antoine de Montchrestien, &#224; qui l'on attribue l'invention de l'expression m&#234;me d'&#233;conomie politique, n'h&#233;site pas &#224; d&#233;clarer au tout d&#233;but du XVIIe si&#232;cle : &#171; Ce n'est pas l'abondance d'or et d'argent, la quantit&#233; de perles et de diamants, qui fait les &#201;tats riches et opulent. (...) Nous sommes devenus plus abondants d'or et d'argent que n'&#233;taient nos p&#232;res, poursuit-il, mais non pas plus ais&#233;s et plus riches.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine de Montchrestien, Trait&#233; d'&#233;conomie politique, 1615.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, d&#232;s son acte de naissance, l'&#233;conomie politique orthodoxe semble par r&#233;solue &#224; traiter et &#224; analyser la monnaie comme un simple moyen et non comme une fin, et par l&#224;, &#224; en revenir &#224; une conception plus aristot&#233;licienne de la monnaie, sans pour autant pouvoir d&#233;noncer, bien entendu, la formidable multiplication des &#233;changes dont elle semble pourtant &#234;tre la cause. Comment ce tour de force pourra-t-il &#234;tre op&#233;r&#233; par l'&#233;conomie politique ? C'est &#224; cette question que nous tenterons de r&#233;pondre dans une premi&#232;re partie de ce chapitre, avant de nous demander, dans une seconde partie, jusqu'&#224; quel point, ce tour de force est scientifiquement acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fabuleuse histoire des &#233;changes et de la monnaie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment exclure la monnaie du lieu fictif de la g&#233;n&#233;ralisation des marchandises, le march&#233;, tout en sachant qu'elle en est, effectivement, le principal instrument ? C'est &#224; ce v&#233;ritable tour de force topologique que se sont successivement employ&#233;s les &#233;conomistes orthodoxes, classiques et n&#233;oclassiques, depuis maintenant trois si&#232;cles. &#192; qui se refuse, &#224; l'instar des &#233;conomistes habitu&#233;s &#224; repr&#233;senter les courbes d'offre et de demande dans un plan &#224; deux dimensions (prix et quantit&#233;), de quitter d&#233;finitivement l'espace g&#233;om&#233;trique euclidien, le mythe est encore la meilleure pr&#233;sentation que l'on puisse trouver &#224; cette topologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fabuleuse et mythique histoire de la monnaie peut se r&#233;sumer en trois &#226;ges et deux fonctions principales : l'&#226;ge de la monnaie marchandise, celui de la monnaie papier (la monnaie fiduciaire) et, enfin, l'&#226;ge de la monnaie bancaire (la monnaie scripturale). Parall&#232;lement, la monnaie pr&#233;sente essentiellement deux fonctions principales : celle d'interm&#233;diaire des &#233;changes et d'unit&#233; de compte, et celle de r&#233;serve de valeur. En combinant les diff&#233;rentes fonctions de la monnaie &#224; travers ces trois &#226;ges, on obtient un superbe conte &#233;conomique que P. A. Samuelson, qui f&#251;t, en 1970, le premier Am&#233;ricain &#224; recevoir le prix Nobel d'&#233;conomie, nous raconte avec toute sa verve :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Historiquement, des marchandises extr&#234;mement vari&#233;es ont jou&#233;, &#224; telle ou telle &#233;poque, le r&#244;le d'interm&#233;diaire des &#233;changes et d'unit&#233; de valeur : b&#233;tail, tabacs, cuirs et peaux, fourrures, huile d'olive, bi&#232;re ou spiritueux, esclaves ou femmes, cuivre, fer, or, argent, anneaux, diamants, grains d'ambre, coquillages, gros rochers, bornes et m&#233;gots de cigarette. Chacun des objets &#233;num&#233;r&#233;s ci-dessus pr&#233;sente, du point de vue mon&#233;taire, certains avantages et certains inconv&#233;nients. Le b&#233;tail n'est pas divisible en petite monnaie mais, quand elle est th&#233;sauris&#233;e, cette monnaie a des chances de cro&#238;tre par le jeu de la reproduction. Le fer rouille, et sa valeur est si faible que l'on devrait le transporter dans une charrette. La valeur d'un diamant varie selon sa grosseur : c'est pourquoi une pierre perd de sa valeur si elle est fragment&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des sortes de monnaie tendaient nagu&#232;re &#224; avoir quelque valeur ou utilit&#233; propre. Ainsi l'ambre lui-m&#234;me servait &#224; des fins d&#233;coratives. Quant au papier-monnaie, il a pris au d&#233;but la forme d'un re&#231;u d&#233;livr&#233; contre une quantit&#233; donn&#233;e de m&#233;tal pr&#233;cieux par un orf&#232;vre ou par l'h&#244;tel des monnaies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#226;ge de la monnaie marchandise a succ&#233;d&#233; l'&#226;ge de la monnaie papier. L'essence de la monnaie, sa nature, est symbolis&#233;e par un billet de papier. La monnaie, en tant que monnaie, et non pas en tant que marchandise, est d&#233;sir&#233;e, non pas pour elle-m&#234;me, mais pour les choses qu'elle permet d'acheter ! Nous d&#233;sirons non pas faire directement usage de la monnaie, mais bien plut&#244;t l'utiliser en nous en d&#233;faisant. M&#234;me quand nous pr&#233;f&#233;rons l'affecter &#224; des fins de th&#233;saurisation, sa valeur provient du fait que nous pourrons la d&#233;penser ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'emploi de monnaie papier (monnaie fiduciaire) s'est g&#233;n&#233;ralis&#233; parce qu'il offre de nombreuses commodit&#233;s en tant qu'interm&#233;diaire des &#233;changes. Les billets de banque sont faciles &#224; transporter et &#224; conserver. En imprimant plus ou moins de z&#233;ros sur le recto du billet, on peut incorporer une quantit&#233; plus ou moins grande de valeur &#224; ce support l&#233;ger, peu encombrant et ais&#233;ment d&#233;pla&#231;able. En faisant un usage judicieux du syst&#232;me d&#233;cimal, on peut le diviser &#224; volont&#233;. En le gravant avec soin, on fait ressortir nettement sa valeur mon&#233;taire, tout en le prot&#233;geant contre la contre fa&#231;on et l'alt&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'&#232;re de la monnaie bancaire (ou scripturale) consistant en d&#233;p&#244;ts bancaires, bases des tirages de ch&#232;ques, s'est branch&#233;e sur l'&#232;re du papier-monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, aux &#201;tats-Unis, les neuf dixi&#232;mes (en valeur, sinon en nombre) de toutes les op&#233;rations de r&#232;glement s'effectuent par ch&#232;ques. Le traitement d'un professeur est vers&#233; directement &#224; son compte bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il paie son loyer ou son dentiste au moyen de ch&#232;ques, ses notes d'essence ou d'h&#244;tel avec une carte de cr&#233;dit. &#192; l'exception d'un peu d'argent de poche qui lui sert &#224; payer ses d&#233;jeuners et ses frais de transport, il se peut qu'il ne manipule pour ainsi dire pas d'esp&#232;ces tout au long de l'ann&#233;e.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul A. Samuelson, L'&#233;conomique, tome 1, collection &#171; U &#187;, Armand Colin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la monnaie bancaire ou scripturale que l'on conna&#238;t actuellement serait finalement n&#233;e de la rencontre du progr&#232;s des techniques bancaires d'une part, et de la rationalit&#233; &#233;conomique croissante de l'esprit humain d'autre part. L'hypoth&#232;se qui sous-tend cette d&#233;monstration est claire : c'est le d&#233;veloppement des &#233;changes marchands qui stimule la croissance et la rationalisation de la masse mon&#233;taire et surtout pas l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, en tant qu'&#233;l&#233;ment indispensable &#224; la g&#233;n&#233;ralisation des &#233;changes de marchandises, les pi&#232;ces et billets doivent cependant &#234;tre exclus de la repr&#233;sentation d'un tel ph&#233;nom&#232;ne, cette petite histoire de la monnaie nous en rappelle une autre, encore plus connue. Si Dieu a fait l'homme &#224; son image, nulle image de Dieu ne doit pouvoir se repr&#233;senter. C'est, du reste, l'&#233;volution logique de la monnaie, en ce qu'elle tend vers sa forme scripturale, celle d'une pure inscription immat&#233;rielle. Car le danger de toute repr&#233;sentation est mortel. Le fameux : &#171; tu ne te feras point d'idole &#187; est alors repris en choeur par les &#233;conomistes orthodoxes, dans les dangers clam&#233;s haut et fort, que repr&#233;sente le ph&#233;nom&#232;ne de l'inflation : &#171; La cause imm&#233;diate de l'inflation est toujours et partout la m&#234;me : un accroissement anormalement rapide de la quantit&#233; de monnaie par rapport au volume de la production.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Milton Friedman, Inflation et syst&#232;mes mon&#233;taires, Calmann-L&#233;vy, 1969&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La multiplication des signes mon&#233;taires devient, comme dans l'&#233;pisode du Veau d'or, la cause de la rupture des lois &#233;conomiques. Au Mo&#239;se de Michel-Ange, se substitue d&#233;sormais le professeur Irving Fisher : &#171; Ces deux maux &#233;conomiques, la maladie de la dette et la maladie de l'indice des prix, sont des causes plus importantes des grands booms et des grandes d&#233;pressions que toutes les autres causes r&#233;unies.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Irving Fisher, La th&#233;orie des grandes d&#233;pressions, 1933&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; En fait, Milton Friedman et Irving Fisher n'ont fait que r&#233;actualiser une analyse vieille de plus de trois si&#232;cles, et que Jean Bodin avait d&#233;j&#224; mise en &#233;vidence, lorsque r&#233;pondant &#224; M. de Malestroit, qui s'inqui&#233;tait d&#233;j&#224; au XVIe si&#232;cle de la d&#233;pr&#233;ciation de l'or et de l'argent, il d&#233;clarait : &#171; La principale cause de chert&#233; est l'abondance d'or et d'argent qui est en ce royaume plus grande qu'elle n'a &#233;t&#233; il y a quatre cents ans.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Bodin, R&#233;ponse aux paradoxes de Malestroit touchant &#224; l'enrichissement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Cependant, le grand m&#233;rite de I. Fisher et de M. Friedman est d'avoir formalis&#233; math&#233;matiquement cette loi fondamentale de l'&#233;conomie. Par la c&#233;l&#232;bre &#233;quation quantitative de la monnaie (M V = P T), I. Fisher pose l'hypoth&#232;se d'une parfaite identit&#233; entre d'une part la masse mon&#233;taire en circulation (M) que multiplie sa vitesse de circulation (V) et, d'autre part le volume des transactions (T) que multiplie l'indice g&#233;n&#233;ral des prix (P). C'est-&#224;-dire qu'en d&#233;montrant l'existence d'une relation biunivoque entre la masse mon&#233;taire et le volume de la production, la monnaie peut alors d&#233;finitivement &#234;tre stigmatis&#233;e par les &#233;conomistes orthodoxes, qui n'auront de cesse d'attribuer tous les maux de l'&#233;conomie aux excroissances de sa masse. M. Friedman revendique ouvertement le caract&#232;re immuable de cette loi &#233;conomique fondamentale. Si la quantit&#233; de monnaie en circulation augmente alors que le volume de la production stagne, les prix s'ajustent n&#233;cessairement &#224; la hausse. Cela constitue la cause unique du ph&#233;nom&#232;ne d&#233;crit sous le nom d'inflation. &#192; cause unique, rem&#232;de unique : M. Friedman conseille tout simplement aux gouvernements de &#171; fabriquer moins de monnaies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, le moyen d'&#233;change par excellence, la monnaie, doit &#234;tre exclu de la repr&#233;sentation th&#233;orique des &#233;changes, sous pr&#233;texte, qu'empiriquement, sa multiplication pourrait pr&#233;cipiter le syst&#232;me des &#233;changes vers le chaos. Cette repr&#233;sentation th&#233;orique est cependant suspendue &#224; cette fabuleuse histoire des &#233;changes et de la monnaie, que tous les &#233;conomistes orthodoxes semblent se raconter le soir avant de s'endormir. Mais, comme tout mythe, celui-ci appelle &#233;galement des interpr&#233;tations diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Auri Sacra Fames&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme le souligne Alain Caill&#233;, &#171; Contrairement &#224; ce que voudrait nous faire croire &#8220;la fable du troc&#8221;, ces soci&#233;t&#233;s [les soci&#233;t&#233;s dites primitives] n'ignorent pas l'usage de la monnaie (aucune soci&#233;t&#233; connue, apparemment, ne l'ignore) ; mais elles en font un usage tout autre que nous.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Caill&#233;, pr&#233;face &#224; P. Rospab&#233;, La Dette de vie. Aux origines de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; La fable du troc qu'&#233;voque ici A. Caill&#233; est bien s&#251;r celle que vient de nous raconter P. A. Samuelson. Cette si belle histoire de l'invention de la monnaie qui raconte que les hommes peu fut&#233;s des soci&#233;t&#233;s primitives auraient tout d'abord &#233;chang&#233; sous la forme du don contre don, c'est-&#224;-dire d'un troc purement utilitaire, avant de s'apercevoir que l'usage d'une monnaie simplifiait consid&#233;rablement les &#233;changes. Ils auraient alors ensuite tent&#233; d'utiliser toutes sortes de marchandises (boeufs, bi&#232;re, sel, etc.), avant de s'apercevoir cette fois-ci, qu'il n'&#233;tait tout de m&#234;me pas tr&#232;s pratique d'emmener son boeuf avec soi, &#224; chaque fois qu'on souhaitait aller au tabac du coin acheter des cigarettes. Leur intelligence se d&#233;veloppant au fur et &#224; mesure de la multiplication des &#233;changes, les hommes se seraient finalement rendu compte, avec l'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; capitaliste, qu'utiliser des m&#233;taux pr&#233;cieux, puis de la monnaie de papier &#233;tait tout de m&#234;me beaucoup plus rationnel. Le seul probl&#232;me de cette petite histoire est qu'elle ne constitue pas tant une fable, qu'un conte &#224; dormir debout, pourtant rab&#226;ch&#233; par la plupart des manuels d'&#233;conomie. D'abord, parce que l'on attribue une rationalit&#233; capitaliste &#224; des soci&#233;t&#233;s dites archa&#239;ques et que par l&#224; m&#234;me, on nie purement et simplement l'histoire, c'est-&#224;-dire le temps, ce qui est d'autant plus grave que l'on se propose d'analyser la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le rappelle le c&#233;l&#232;bre sociologue et &#233;conomiste fran&#231;ais Fran&#231;ois Simiand, &#171; On oppose souvent monnaie de m&#233;tal pr&#233;cieux et monnaie dite fiduciaire. Nous nous apercevons maintenant que toute monnaie est &#8220;fiduciaire&#8221;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Simiand, Annales sociologiques, 1934&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; En effet, le terme fiduciaire vient du latin &lt;i&gt;fiducia&lt;/i&gt;, qui signifie litt&#233;ralement &#171; confiance &#187;. Or, si nous remontons l'histoire des civilisations, on s'aper&#231;oit que les m&#233;taux pr&#233;cieux ont &#233;t&#233; utilis&#233;s comme monnaie, non pas en raison d'une valeur intrins&#232;que objectivement mesurable, mais bien parce qu'ils emportaient tout simplement la confiance des hommes qui les utilisaient. Pourquoi ? Tout simplement parce que les monnaies ont d'abord &#233;t&#233; utilis&#233;es sous une forme sacrificielle et c&#233;r&#233;monielle et somptueusement offertes aux divinit&#233;s et aux pr&#234;tres. En Gr&#232;ce ancienne, par exemple, l'animal sacrificiel, le taureau, &#233;tait r&#244;ti sur une broche rituelle appel&#233;e &lt;i&gt;obelos&lt;/i&gt;, qui fut la premi&#232;re unit&#233; de valeur utilis&#233;e par les pr&#234;tres qui &#233;changeaient ces broches entre eux dans le commerce de temple &#224; temple. C'est de l&#224; que vient le mot &lt;i&gt;obole&lt;/i&gt; que nous utilisons encore aujourd'hui pour d&#233;signer les pi&#232;ces de monnaie qui, faut-il le rappeler, sont toujours frapp&#233;es &#224; l'effigie d'un souverain ou d'un grand homme. Cette origine se retrouve &#233;galement dans de nombreuses autres civilisations, comme celle des Azt&#232;ques qui, &#224; l'&#233;poque o&#249; Ferdinand Cortez les a d&#233;couverts, en 1519, appelaient l'or &lt;i&gt;teocutla&lt;/i&gt;, qui signifie crottes des dieux &#187;. Cependant, on peut aller plus loin, puisque si la relation de l'homme et du dieu &#233;tait bien un rapport de cr&#233;ancier &#224; d&#233;biteur, on est en droit de renverser la fable traditionnelle qui explique l'apparition du cr&#233;dit par les phases de d&#233;veloppement successives de la monnaie, en soutenant &#224; l'inverse que c'est bien la monnaie qui provient du cr&#233;dit, en tant qu'elle est justement une tentative de remboursement, c'est-&#224;-dire un moyen de paiement de la dette de vie que chacun a contract&#233; &#224; l'&#233;gard de la divinit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du reste cette m&#234;me exp&#233;rience originelle de cr&#233;dit qui est renouvel&#233;e au moment m&#234;me o&#249;, au XIVe et XVe si&#232;cles, s'enclenche ce formidable essor, cette formidable g&#233;n&#233;ralisation des marchandises. Le c&#233;l&#232;bre historien fran&#231;ais Fernand Braudel a, &#224; cet &#233;gard, raison de pr&#233;ciser que &#171; la boutique, c'est l'&#233;change assorti du cr&#233;dit.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, 1985&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Qu'est-ce que cela veut dire ? Tout simplement que c'est encore une fois le cr&#233;dit qui fait la monnaie et non l'inverse. La pratique du cr&#233;dit, qui fut d'abord le fait des marchands eux-m&#234;mes, pr&#233;c&#232;de la cr&#233;ation mon&#233;taire telle qu'on la conna&#238;t actuellement, c'est-&#224;-dire pr&#233;c&#232;de le syst&#232;me bancaire. Auparavant, les &#233;changes ne se d&#233;roulant sur les march&#233;s ou les foires qu'&#224; un rythme qui, au mieux, n'atteignait qu'une &#224; deux fois par semaine, la pratique du cr&#233;dit ne pouvait pleinement se d&#233;velopper, et la masse mon&#233;taire s'en trouvait n&#233;cessairement limit&#233;e. Il faut donc attendre la cr&#233;ation d'un lieu fixe et r&#233;guli&#232;rement ouvr&#233;, pour voir l'&#233;mergence des pratiques d'achat et de vente &#224; cr&#233;dit, et par cons&#233;quent, la g&#233;n&#233;ralisation des &#233;changes. Aussi, avec l'apparition des boutiquiers qui ach&#232;tent et vendent leurs marchandises &#224; cr&#233;dit, toute une s&#233;quence de dettes et de cr&#233;ances commence &#224; se tramer au travers des &#233;changes marchands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois le processus des &#233;changes &#224; cr&#233;dit enclench&#233; par les boutiquiers, les banques n'ont plus qu'&#224; relayer, dans un premier temps, le syst&#232;me marchand, pour, dans un second temps, prendre l'initiative de la cr&#233;ation mon&#233;taire. &#192; l'origine de leur cr&#233;ation, au XVIIe si&#232;cle, les banques servaient essentiellement de lieu de d&#233;p&#244;ts pour les particuliers qui d&#233;siraient plus de s&#251;ret&#233;. Cette s&#251;ret&#233; &#233;tait d'autant plus garantie que, sur une simple instruction de la part de leurs propri&#233;taires, les d&#233;p&#244;ts pouvaient &#234;tre ais&#233;ment transf&#233;r&#233;s d'une banque &#224; l'autre en contrepartie d'op&#233;rations marchandes et ce, &#171; sous le seul effet d'un trait de plume &#187;, selon la judicieuse expression employ&#233;e par J. K. Galbraith. &#171; Il &#233;tait in&#233;vitable, poursuit Galbraith, que l'on d&#233;couvre qu'un autre trait de plume permettrait &#224; un d&#233;biteur de la banque de recevoir un pr&#234;t sur un d&#233;p&#244;t inemploy&#233; &#187;. Cependant, la r&#233;volution v&#233;ritable vient de ce que les banques se sont tout simplement aper&#231;u qu'un pr&#234;t ainsi consenti constituait un nouveau d&#233;p&#244;t. Ainsi, conclue J. K. Galbraith, &#171; la d&#233;couverte de cette capacit&#233; des banques &#224; ainsi cr&#233;er de l'argent se produisit tr&#232;s t&#244;t dans l'histoire de la banque &#187;, et selon l'expression populaire, ce sont bien les cr&#233;dits qui, aujourd'hui, font les d&#233;p&#244;ts, et non le contraire : &#171; Le processus par lequel les banques cr&#233;ent de l'argent est si simple que l'esprit en demeure confondu... Les cr&#233;dits font les d&#233;p&#244;ts.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Kenneth Galbraith, L'argent, 1994&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Ce qu'avait &#233;galement parfaitement su entrevoir J. A. Schumpeter, lorsqu'il observait qu'&#171; on ne peut devenir entrepreneur qu'en devenant d&#233;biteur. S'endetter appartient &#224; l'essence de l'entreprise et n'a rien d'anormal.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. A. Schumpeter, Th&#233;orie de l'&#233;volution &#233;conomique, 1912&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, aussi bien logiquement qu'historiquement, il appara&#238;t que ce n'est pas l'&#233;change en lui-m&#234;me qui n&#233;cessite la monnaie comme pur instrument, puis le cr&#233;dit, mais bien la dette et son corollaire le cr&#233;dit, qui cr&#233;ent, corr&#233;lativement, les &#233;changes et la monnaie. Par cette simple constatation, c'est, bien entendu, toute la pens&#233;e &#233;conomique classique qui se trouve prise en d&#233;faut, puisque dans cette optique, l'&#233;pargne ne peut plus &#234;tre envisag&#233;e comme un pr&#233;alable indispensable &#224; l'investissement. La porte doit d&#233;sormais s'ouvrir sur d'autres interpr&#233;tations de la dynamique d'ensemble des &#233;changes, h&#233;t&#233;rodoxes celles-l&#224;, telles que celles de J. M. Keynes ou de J. A. Schumpeter, prenant en compte toute la sp&#233;cificit&#233; des m&#233;canismes de cr&#233;dit au sein d'une &#233;conomie de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soutenant, comme J. S. Mill, que &#171; l'introduction de la monnaie ne modifie en rien l'action des lois de la valeur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Stuart Mill, Les Principes d'&#233;conomie politique, 1848&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, les &#233;conomistes orthodoxes pensent passer sous silence les pulsions et &#233;lever au rang de rationalit&#233;, ce qui n'est que passion : &#171; la monnaie, en tant que monnaie [...] est d&#233;sir&#233;e, non pas pour elle-m&#234;me, mais pour les choses qu'elle permet d'acheter &#187;, nous disait P. A. Samuelson en 1980. Une cinquantaine d'ann&#233;es plus t&#244;t, J. M. Keynes lui avait d&#233;j&#224; r&#233;pondu : &#171; J'accuse la th&#233;orie &#233;conomique classique d'&#234;tre elle-m&#234;me une de ces jolies techniques tr&#232;s raffin&#233;es qui tentent de parler du pr&#233;sent en faisant abstraction du fait que nous avons une connaissance limit&#233;e de l'avenir.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'emploi, 1937&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; En fait, J. M. Keynes accuse tout simplement la th&#233;orie &#233;conomique classique d'&#234;tre une jolie technique raffin&#233;e qui parle de la rationalit&#233; &#233;conomique en faisant abstraction de la r&#233;alit&#233; du comportement effectif des agents. Par exemple, la valeur d'&#233;change de la monnaie ne fait finalement que mesurer, selon Keynes, &#171; la renonciation &#224; la liquidit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire que le taux de l'int&#233;r&#234;t &#171; mesure la r&#233;pugnance des personnes qui poss&#232;dent la monnaie &#224; renoncer &#224; leur pouvoir inconditionnel d'en disposer &#187;. Et Keynes de pr&#233;ciser : &#171; c'est par cette voie et de cette mani&#232;re, que la quantit&#233; de monnaie p&#233;n&#232;tre dans le sch&#232;me &#233;conomique &#187;. L'ex&#233;crable faim de l'or (&lt;i&gt;Auri Sacra Fames&lt;/i&gt;), voil&#224; ce qu'il faut d'abord reconna&#238;tre chez l'homme pour asseoir une th&#233;orie &#233;conomique qui puisse &#234;tre efficace. C'est en effet ce vers de Virgile que J. M. Keynes choisira pour titre de l'un des chapitres de son c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Trait&#233; sur la monnaie&lt;/i&gt; de 1930, lorsqu'il entreprendra de combattre vigoureusement le programme &#233;conomique des grandes puissances occidentales, largement inspir&#233; de la vision orthodoxe du ph&#233;nom&#232;ne mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la monnaie constitue-t-elle le principal tabou de l'&#233;conomie politique ? Tel D&#233;mocrite comparant les avares aux abeilles (&#171; Les avares subissent le sort des abeilles : ils travaillent comme s'ils devaient vivre &#233;ternellement &#187;), J. M. Keynes compare &#224; son tour l'&#233;pargnant &#224; un homme qui ferait des pots de confiture pour, finalement, ne jamais les manger. Pour cet homme, &#233;crit-il en 1930, &#171; de la confiture n'est pas de la confiture, &#224; moins qu'il s'agisse d'une caisse de confiture pour demain et jamais de confiture pour aujourd'hui m&#234;me. Ainsi, en rejetant toujours sa confiture loin dans l'avenir, essaie-t-il d'assurer l'immortalit&#233; &#224; son &lt;br class='autobr' /&gt;
acte confiturier.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. M. Keynes, &#171; Perspectives &#233;conomiques pour nos petits enfants &#187;, Essais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monnaie cristallise et, historiquement, &#233;merge, de notre rapport &#224; la mort, au d&#233;sir et &#224; la loi. Tant que ce rapport ne sera pas clarifi&#233; par les agents &#233;conomiques, cette monnaie, cet argent plus ou moins liquide comme de la confiture, sera amass&#233; dans un unique but, celui de se procurer une immortalit&#233; qui ne pourra &#234;tre qu'illusoire et factice, et les pires cons&#233;quences en sont &#224; craindre pour l'ensemble du syst&#232;me &#233;conomique. C'est ce que pr&#233;cise l'un des plus ardents disciples et fid&#232;les de J. M. Keynes, en rendant hommage &#224; son article de 1937 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La possibilit&#233; d'un ch&#244;mage massif g&#233;n&#233;ral proc&#232;de du rapport d'une institution humaine, celle de la monnaie, &#224; la nature &#233;l&#233;mentaire de l'existence humaine, au voyage infini de l'&#234;tre humain dans le vide du temps. &#187; G. L. S. Shackle.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Colomb, cit&#233; par G. Lelarge, &lt;i&gt;Dictionnaire th&#233;matique de citations &#233;conomiques et sociales&lt;/i&gt;, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Denis Diderot, &lt;i&gt;Entretiens&lt;/i&gt;, 1798.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine de Montchrestien, &lt;i&gt;Trait&#233; d'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, 1615.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul A. Samuelson, &lt;i&gt;L'&#233;conomique&lt;/i&gt;, tome 1, collection &#171; U &#187;, Armand Colin, 1986, p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Milton Friedman, &lt;i&gt;Inflation et syst&#232;mes mon&#233;taires&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy, 1969&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Irving Fisher, &lt;i&gt;La th&#233;orie des grandes d&#233;pressions&lt;/i&gt;, 1933&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Bodin, &lt;i&gt;R&#233;ponse aux paradoxes de Malestroit touchant &#224; l'enrichissement de toutes choses et le moyen d'y rem&#233;dier&lt;/i&gt;, 1568&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Caill&#233;, pr&#233;face &#224; P. Rospab&#233;, &lt;i&gt;La Dette de vie. Aux origines de la monnaie&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 1995&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Simiand, &lt;i&gt;Annales sociologiques&lt;/i&gt;, 1934&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fernand Braudel, &lt;i&gt;La dynamique du capitalisme&lt;/i&gt;, 1985&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;John Kenneth Galbraith, &lt;i&gt;L'argent&lt;/i&gt;, 1994&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. A. Schumpeter, &lt;i&gt;Th&#233;orie de l'&#233;volution &#233;conomique&lt;/i&gt;, 1912&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;John Stuart Mill, &lt;i&gt;Les Principes d'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, 1848&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'emploi&lt;/i&gt;, 1937&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. M. Keynes, &#171; Perspectives &#233;conomiques pour nos petits enfants &#187;, &lt;i&gt;Essais sur la monnaie et l'&#233;conomie&lt;/i&gt;, 1930&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte constitue une premi&#232;re version d'un article publi&#233; dans l'ouvrage intitul&#233; &#171; L'&#201;change &#187; (Studyrama, Collection &#171; Principes - Culture g&#233;n&#233;rale &#187;, Jeunes &#201;ditions, Paris, 2002, pp. 34-42).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Esclavage moderne et id&#233;ologie antique</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Esclavage-moderne-et-ideologie.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/Esclavage-moderne-et-ideologie.html</guid>
		<dc:date>2004-02-25T10:47:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La notion d'&#171; esclavage moderne &#187;, aboutit bien &#224; son but en ce qu'elle s&#233;pare d&#233;finitivement les cons&#233;quences n&#233;gatives (portes ouvertes aux conditions d&#233;gradantes de mise au travail), de leurs causes (les recommandations faites aux &#201;tats par les institutions internationales de ne pas respecter leur propre droit) ; mais ce faisant, il en va de m&#234;me de &#171; l'abolition de l'esclavage &#187; tout comme de &#171; l'&#233;radication de la pauvret&#233; &#187; : comme le soulignait B. Lautier &#224; propos de la seconde, elles ne peuvent pas &#171; faire sens autrement que comme slogan &#187; (Bruno LAUTIER, &#171; Les malheureux sont les puissants de la terre... &#187;, &lt;i&gt;Revue Tiers Monde&lt;/i&gt;, n&#176; 142, p. 385).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-et-sciences-humaines-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse et sciences humaines&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton49-91af9.jpg?1757673670' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte que nous donnons ici constituait une premi&#232;re version d'un article publi&#233; dans la Revue Tiers-Monde en octobre 1996 sous le titre &#171; Esclavage moderne et id&#233;ologie antique &#187; (Revue Tiers-Monde, Tome XXXVII - n&#176; 148, &#171; Relations de travail et mondialisation &#187;, Octobre-D&#233;cembre 1996, PUF, Paris, pp. 787-802).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il est certain que se coltiner la mis&#232;re, comme vous dites, c'est entrer dans le discours qui la conditionne, ne serait-ce qu'au titre d'y protester.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien que dire ceci, me donne position - que certains situeront de r&#233;prouver la politique. Ce que, quant &#224; moi, je tiens pour quiconque exclu&lt;/i&gt; &#187; (Jacques LACAN, T&#233;l&#233;vision, Paris, Seuil, 1974, p. 25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici maintenant une quinzaine d'ann&#233;es, Moses I. Finley publiait un recueil de quatre conf&#233;rences, dont la premi&#232;re, intitul&#233;e &#171; Esclavage antique et id&#233;ologie moderne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M.I. Finley, Esclavage antique et id&#233;ologie moderne , Editions de Minuit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - et qui donnait son nom au livre -, se proposait de r&#233;pondre &#224; la question suivante : pourquoi &#171; au cours des vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es, l'&#233;tude de l'esclavage a atteint une intensit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent &#187; ? Concernant l'esclavage au Nouveau Monde, du XVIe au XIXe si&#232;cles (aux Etats-Unis, aux Cara&#239;bes et au Br&#233;sil), &#171; les motifs de cette &#233;volution &#187; lui apparaissaient clairement : cet &#171; esclavage moderne touchait des Noirs &#187;, et les &#171; tensions sociales et raciales actuelles &#187; avaient r&#233;anim&#233; le d&#233;bat. Concernant l'esclavage antique, qui n'offrait pas &#171; une signification aussi imm&#233;diate &#187;, selon l'auteur, il avait &#233;t&#233; le champ de pr&#233;dilection de l'affrontement entre les deux id&#233;ologies modernes, lib&#233;rale et marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'affrontement id&#233;ologique entre les deux grands courants de l'analyse &#233;conomique ne para&#238;t plus de mise tant le courant lib&#233;ral semble l'avoir emport&#233;. Pourtant, l'expression &#171; esclavage moderne &#187;, qui ne renvoie plus d&#233;sormais au d&#233;coupage traditionnel de l'histoire, autrement dit qui ne renvoie plus &#224; l'esclavage au Nouveau Monde (ni, a fortiori, &#224; l'esclavage antique) refleuri un peu partout, tant dans les publications des Organisations internationales de d&#233;fense des droits de l'homme et des travailleurs, que dans les m&#233;dias, r&#233;percussions qui du reste font partie int&#233;grante de l'objectif avou&#233; de ces organismes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pour atteindre le grand public, il faut faire appel aux grands m&#233;dias &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent article, dont le titre s'inspire de celui du c&#233;l&#232;bre ouvrage de Finley, propose de revenir sur les raisons qui font que depuis une dizaine d'ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1993 marque la date &#224; laquelle le BIT porte ce sujet sur le devant de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;tude de ce que l'on appelle l'&#171; esclavage moderne &#187; a elle aussi &#171; atteint une intensit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent &#187;. Il vise essentiellement &#224; r&#233;pondre &#224; deux questions : d'abord, qu'entendait-on &#224; l'origine par esclavage et &#171; esclavage moderne &#187; ? Ensuite, que recouvre cette expression aujourd'hui, et surtout, la r&#233;alit&#233; que l'on avait coutume de lui attribuer diff&#232;re-t-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous tenterons de d&#233;montrer que l'utilisation de l'expression &#171; esclavage moderne &#187; pour qualifier les conditions de travail actuelles de nombreux travailleurs du Tiers monde, rel&#232;ve bien d'une id&#233;ologie qualifi&#233;e par nous d'&#171; antique &#187;, au sens o&#249; nous pensons qu'elle participe d'une marche en arri&#232;re, par rapport aux premiers pas de ce que l'on a appel&#233; l'analyse du sous-d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. De l'esclavage &#171; antique &#187; &#224; l'esclavage &#171; moderne &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa volont&#233; d'&#233;claircir les d&#233;bats historiographiques sur l'esclavage, Moses I. Finley a toujours d&#233;plor&#233; le manque de rigueur de la classification des diff&#233;rents types de travail en g&#233;n&#233;ral, et l'absence d'une bonne d&#233;finition de l'esclavage en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, comme l'a soulign&#233; - non sans ironie - Finley, &#034;nous sommes esclaves d'une sociologie tr&#232;s primitive qui suppose qu'il n'existe que trois sortes de statuts du travail : celui du salari&#233; libre, contractuel ; du serf ; de l'esclave. D'une mani&#232;re ou d'une autre, il faut faire entrer tout le monde dans une de ces cat&#233;gories&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M.I. Finley, Economie et soci&#233;t&#233; en Gr&#232;ce ancienne , La D&#233;couverte, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Outre le fait que cette division tripartite poss&#232;de une connotation historique qui doit aujourd'hui &#234;tre rejet&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple sur ce sujet : Alessandro Stella, &#034;L'esclavage en Andalousie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le probl&#232;me est effectivement que, lorsqu'on n'assimile pas tout simplement servage et esclavage, l'une des deux cat&#233;gories a tendance &#224; servir de fourre-tout pour les cat&#233;gories a priori inclassables comme celle, la plus connue, de l'hilote de Sparte, tant&#244;t rang&#233;e parmi les serfs, tant&#244;t parmi les esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant plus particuli&#232;rement ces diff&#233;rentes cat&#233;gories proches de l'esclavage, et comme le souligne &#233;galement M.I. Finley, &#171; &#224; un extr&#234;me, on insiste si fortement sur des distinctions marginales qu'on r&#233;duit toutes les institutions &#224; une infinit&#233; de cas discontinus, rendant aussi vaine toute possibilit&#233; d'analyse ou de compr&#233;hension, tandis qu'&#224; l'autre extr&#234;me, c'est la tendance &#224; cr&#233;er un &#034;m&#233;lange supra-historique&#034;, qui &#034;d&#233;fie tous les principes scientifiques&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M.I. Finley, Op. Cit. , 1981, p 90.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, comme le pr&#233;cise Pierre Vidal-Naquet, autre et non moins &#233;minent sp&#233;cialiste de l'esclavage antique, parler de plusieurs types d'esclavage est &#034;un abus de langage, car pr&#233;cis&#233;ment, une des cat&#233;gories serviles, [...] a un statut parfaitement clair&#034;, tandis que les autres se refusent &#034;aux d&#233;finitions claires et distinctes&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Vidal-Naquet, &#034;R&#233;flexions sur l'historiographie grecque de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aurons dans la premi&#232;re section de cet article, l'ambition de d&#233;finir positivement l'esclave et l'esclavage. Nous partirons tout simplement de la d&#233;finition du Petit Robert, d&#233;finition qu'aucun sp&#233;cialiste ne saurait d'ailleurs s&#233;rieusement contester : l'esclave est une &#034;personne qui n'est pas de condition libre, qui est sous la puissance absolue d'un ma&#238;tre, soit du fait de sa naissance, soit par capture &#224; la guerre, vente, condamnation&#034;. Nous nous int&#233;resserons tout d'abord &#224; la premi&#232;re partie de cette d&#233;finition, mentionnant la condition &#034;non-libre&#034; de l'esclave et le caract&#232;re &#034;absolu&#034; de sa d&#233;pendance &#224; un ma&#238;tre, pour ensuite &#233;tudier les m&#233;canismes qui le m&#232;nent &#224; son esclavage, non pas lorsque celui-ci est enfin &#233;tabli en syst&#232;me social, mais lorsqu'il ne l'est pas encore, autrement dit, lors de sa gen&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gen&#232;se et d&#233;finition de l'esclavage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;ressons-nous d'abord &#224; la premi&#232;re partie de cette d&#233;finition courante : l'esclave est &#034;une personne qui n'est pas de condition libre&#034;. Il appara&#238;t imm&#233;diatement que cela est tr&#232;s insuffisant, puisque l'on ne saurait admettre une d&#233;finition qui n'est que la n&#233;gation d'un caract&#232;re que l'esclave ne poss&#232;de pas. &#192; l'inverse, l'on peut commencer par se demander ce qu'est un homme libre. Et cette d&#233;marche s'av&#232;re tout de suite beaucoup plus fructueuse. Dans &#034;Le vocabulaire des institutions indo-europ&#233;ennes&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Benveniste, Le vocabulaire des institutions indo-europ&#233;ennes , Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Emile Benveniste nous dit que l'homme libre est celui qui est &#034;n&#233; dans le groupe&#034; ; mais surtout, &#224; cet homme libre &#034;n&#233; dans le groupe&#034;, &#034;s'oppose l'&#233;tranger, c'est-&#224;-dire l'ennemi, susceptible de devenir mon h&#244;te ou mon esclave si je le capture &#224; la guerre&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Benveniste, Idem , p. 355.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voil&#224; qui est beaucoup plus int&#233;ressant, puisqu'&#224; notre d&#233;finition premi&#232;re, incontestable certes, mais n&#233;gative, s'ajoute d&#233;sormais un caract&#232;re positif que semble poss&#233;der l'esclave : il est &#034;n&#233;cessairement &#233;tranger&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Benveniste, Ibid., p. 355.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si l'esclave est &#034;n&#233;cessairement &#233;tranger&#034;, l'&#233;tranger lui, n'est pas n&#233;cessairement esclave ; et c'est l&#224;, &#224; notre avis, que doit intervenir le qualificatif d'&#034;absolu&#034;. Car, comme le souligne Claude Meillassoux, ce qui distingue l'esclave, c'est qu'il &#034;vient toujours de loin&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Meillassoux, Anthropologie de l'esclavage , PUF, Paris, 1986, p 68.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il &#034;n'est jamais un voisin&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Meillassoux, Op. Cit. , p 69.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens, ce n'est pas tant que l'esclave soit &#233;tranger qui importe, mais surtout qu'&#233;tranger, il l'est &#034;absolument&#034;. Il est, selon la c&#233;l&#232;bre expression de Finley, &#034;l'&#233;tranger absolu&#034;. Cette id&#233;e d'absolu est bien caract&#233;ristique de l'esclave et de l'esclavage, puisqu'on la retrouve tant dans la d&#233;finition du sp&#233;cialiste qu'est Moses I. Finley que dans celle, courante, du dictionnaire. Seulement une question demeure : qu'est-ce qu'un &#233;tranger &#034;absolu&#034; ? C'est ici dans la gen&#232;se de l'esclavage que nous allons r&#233;pondre &#224; cette question et achever de d&#233;finir positivement l'esclave et, de ce fait, l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il s'agit de faire la gen&#232;se d'un ph&#233;nom&#232;ne, ici l'esclavage, le biais m&#233;thodologique classique est de &#034;croire&#034;, car il s'agit bien d'une croyance comme le souligne Louis Althusser, que &#034;l'individu de la fin (qu'il s'agit d'engendrer) est contenu en germe dans l'origine de son proc&#232;s d'engendrement&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Althusser, Ecrits sur la psychanalyse , Stock / IMEC, Paris, 1993, pp. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ainsi que la plupart de ceux qui se sont int&#233;ress&#233;s &#224; la &#034;naissance&#034; de l'esclavage, et le sp&#233;cialiste qu'est M. I. Finley n'y fait pas exception, ont cru devoir supposer la pr&#233;-existence de ce ph&#233;nom&#232;ne : soit sous la forme de la pr&#233;-existence d'une demande d'esclaves, soit sous la forme de la pr&#233;-existence d'une offre d'esclaves, soit enfin, sous la forme de la pr&#233;-existence des deux, l'offre et la demande, la soit-disant &#034;loi&#034; du m&#234;me nom ayant &#224; charge de faire le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut &#233;viter ce biais m&#233;thodologique fondamental, il faut &#034;accepter, selon les propres termes de Louis Althusser, que ce qu'on va chercher, pour expliquer le m&#233;canisme par lequel surgit A, ne soit pas A, ni la pr&#233;figuration, ni le germe, ni l'esquisse, ni la promesse, etc. (toutes expressions qui ne sont que m&#233;taphores tendancieuses, [...] tendant &#224; faire croire que A ne peut na&#238;tre que de A, comme un petit homme na&#238;t d'un homme)&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Althusser, Idem , p 89.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de d&#233;crire la gen&#232;se de ce ph&#233;nom&#232;ne qu'est l'esclavage et, par cons&#233;quent, afin de d&#233;finir plus pr&#233;cis&#233;ment l'esclave, nous feront ici trois hypoth&#232;ses fondamentales concernant la situation historique pr&#233;-esclavagiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. C. Bormans, 1995, II&#232;me Partie, Chapitre IV : &#034;Anthropologie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, hypoth&#232;ses qui, d'une part sont communes aux deux &#233;poques pr&#233;-esclavagistes que sont la Gr&#232;ce archa&#239;que et la Renaissance et qui, d'autre part, ne pr&#233;supposent ni la pr&#233;existence d'une offre, ni celle d'une demande d'esclaves :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'abord, la pr&#233;existence de l'asservissement sur l'esclavage, avec ce corollaire que l'asservissement ne signifie pas privation totale des droits de l'asservi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Moses I. Finley, Op. Cit., 1984 (voir la deuxi&#232;me partie et, en particulier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ensuite, la pr&#233;existence de la pratique de l'achat et de celle de la vente d'hommes sur l'esclavage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emile Benveniste, Op. Cit. (en particulier le Livre I, section III : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, la pr&#233;existence, ou plut&#244;t la pr&#233;dominance du d&#233;veloppement du commerce au &#034;long cours&#034; sur le commerce &#034;tout court&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Polanyi, La grande transformation , Gallimard, Paris, 1983 (voir en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; avec ce corollaire que le commerce au &#034;long cours&#034; n'a pas besoin du commerce &#034;tout court&#034; pour se g&#233;n&#233;raliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois hypoth&#232;ses font qu'au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement de ce commerce au &#034;long cours&#034;, les ventes et achats d'hommes, dans le but de leur asservissement, vont concerner des hommes venant de contr&#233;es de plus en plus &#233;loign&#233;es, g&#233;ographiquement et socialement ; autrement dit, des hommes de plus en plus &#034;d&#233;socialis&#233;s&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression que nous empruntons &#224; C. Palloix, De la socialisation , F. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par le chemin m&#234;me et les conditions de vie sur ce chemin qui les m&#232;nent &#224; leur insertion au sein de la soci&#233;t&#233; acheteuse - car comme le souligne Serge Daget&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Daget avait parfaitement raison de souligner qu'y compris au Nouveau (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'on ne traite pas des esclaves, mais bien des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question pertinente est alors la suivante : comment et pourquoi, au bout du compte, c'est-&#224;-dire au moment de la vente de ces hommes au sein de la soci&#233;t&#233; acheteuse qui, certes, pratique l'asservissement, mais ne saurait &#234;tre esclavagiste avant l'heure, ces hommes deviennent-ils des esclaves ? La r&#233;ponse ne peut &#234;tre que c'est, justement, pendant le &#034;trajet&#034; ainsi parcouru, c'est-&#224;-dire, au cours et par la traite, que ces hommes vont perdre ce qui leur donne la possibilit&#233; d'avoir des droits, c'est-&#224;-dire, leur facult&#233; de d&#233;lib&#233;rer (ou personnalit&#233;), les faisant ainsi appara&#238;tre aux yeux de ceux qui les ach&#232;tent comme des &#234;tres humains auxquels on ne doit accorder aucun droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, comme le note Roland Surv&#233;lor, &#034;dans le double traumatisme caus&#233; par la perte de la Terre-M&#232;re&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Surv&#233;lor, &#034;El&#233;ments historiques pour une approche socio-culturelle&#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que le captif perd sa capacit&#233; de d&#233;lib&#233;rer. Dans la traite, qui fa&#231;onne cette perte, celui-ci est totalement d&#233;socialis&#233; : il est s&#233;par&#233; de la terre sur laquelle il a grandi, des hommes avec qui il a grandi et qui lui donnait jusqu'&#224; pr&#233;sent, pour en revenir &#224; la d&#233;finition premi&#232;re de la libert&#233;, tous ses rep&#232;res. De rep&#232;res, il n'en a plus. Les r&#233;cits des esclaves qui, captur&#233;s en Afrique noire, ont travers&#233;s l'Atlantique, dans les conditions que l'on sait, d&#233;montrent qu'&#224; en perdre ses rep&#232;res, l'esclave en perd sa capacit&#233; de d&#233;lib&#233;rer, sa personnalit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple : la v&#233;ridique histoire, par lui-m&#234;me, d'Olaudah Equiano, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; le d&#233;finir sur le mode occidental, mais positivement cette fois et pour utiliser une formule un peu paradoxale, l'esclave est celui chez qui le corps reprend ses droits. Le captif destin&#233; &#224; &#234;tre esclave n'est plus qu'un corps. Et &#224; supposer comme le fait &#233;galement Roland Surv&#233;lor, que &#034;nul&#034; n'est &#034;m&#233;chant volontairement&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Surv&#233;lor, Op. Cit., p 2182.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui qui ach&#232;te ce corps, ne fait que le reconna&#238;tre pour tel, c'est-&#224;-dire ne lui reconna&#238;t pas de personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que cette gen&#232;se s'est produite, l'esclave se retrouve exclu de tous les aspects du social qui induirait une reconnaissance de sa personnalit&#233;. &#192; commencer, bien s&#251;r, par son statut juridique, qui syst&#233;matise l'absence, chez lui, de ce que l'acheteur ne reconna&#238;t pas, et que du reste le captif d&#233;socialis&#233; ne donnait pas &#224; voir, c'est-&#224;-dire, l'absence de personnalit&#233;, ce statut juridique d&#233;finissant l'esclave en tant qu'instrument, corps, meuble, etc. L'aspect linguistique consacre &#233;galement cette s&#233;paration radicale entre d'un c&#244;t&#233; le ma&#238;tre et de l'autre l'esclave, &#224; travers une langue qui, &#224; l'origine, n'appartient ni &#224; l'un ni &#224; l'autre, une autre langue, de sorte qu'il n'y aurait encore ici, &#224; travers &#034;lalangue&#034;, aucune intersection sociale possible entre le ma&#238;tre et l'esclave, si tant est qu'il n'y a pas de &#034;m&#233;talangage&#034;, comme se complaisait &#224; le d&#233;clamer Jacques Lacan. Au-del&#224; de tous ces aspects du social donc, il en est un dont l'esclave est &#233;galement radicalement exclu, et ce n'est pas le moindre, c'est celui de l'&#233;conomique. Comme le souligne encore une fois Roland Surv&#233;lor, &#034;il n'y a pas du c&#244;t&#233; de l'esclave de participation rationnelle au travail&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Surv&#233;lor, Op. Cit., p 2182.&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#034;&#224; tous ces traumatismes, pr&#233;cise-t-il en effet, s'ajoute, chez l'esclave, comme une faille de l'&#234;tre, une non-structuration li&#233;e aux rapports de production eux-m&#234;mes. Du ma&#238;tre, l'esclave ne per&#231;oit aucun salaire, mais logement, nourriture et v&#234;tement. [...] Les soins du ma&#238;tre n'apparaissent donc pas comme forc&#233;ment li&#233;s au travail lui-m&#234;me, et [...] l'esclave, dans les premiers temps du moins, ne peut percevoir dans ce qu'il re&#231;oit la trace d'une r&#233;ciprocit&#233;, fut-elle in&#233;gale, au niveau d'un &#233;change de services&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Surv&#233;lor, Op. Cit., pp. 2178-2180.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour r&#233;sumer, nous pourrions dire que dans aucune des &#034;oppositions qui divisent artificiellement la science sociale&#034;, selon l'expression de Pierre Bourdieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Bourdieu, Le sens pratique , Minuit, Paris, 1980, p 43.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'esclave ne se voit reconna&#238;tre un embryon de personnalit&#233; ; et que finalement, l'esclave les r&#233;sout toutes dans ce qu'il a d'absolu et de radical, et qui lui est justement caract&#233;ristique, il n'est pas une personne, mais simplement un corps, humain certes, mais seulement un corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#034;tous les &#233;l&#233;ments d&#233;vastateurs ici relev&#233;s&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Surv&#233;lor, Op. Cit., pp. 2181-2182.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans cette premi&#232;re section, c'est-&#224;-dire, la &#034;d&#233;portation&#034;, la &#034;non-possession ancestrale de la terre&#034; et la &#034;non-rationalit&#233; &#233;conomique&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Surv&#233;lor, Ibid., pp. 2181-2182.&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, convergent-ils selon nous vers une d&#233;finition de l'esclavage dans laquelle la personnalit&#233; du travailleur est non pas seulement &#233;vinc&#233;e dans et par la mise au travail, mais bien absente d&#232;s l'origine de la mise au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les formes contemporaines d'esclavage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son rapport sur le travail dans le monde de 1993, le BIT nous introduit &#224; son sujet en prenant le public &#224; partie : &#034;en cette fin de XXe si&#232;cle, nous dit-il, nombreux sont ceux qui pensent que l'esclavage appartient au pass&#233;. Ils ont tort. L'esclavage subsiste, aussi bien sous ses formes traditionnelles que sous des formes plus modernes telles que la &#034;servitude pour dettes&#034; ou le travail auquel sont contraints, sous la menace, des hommes, des femmes ou des enfants arrach&#233;s &#224; leurs familles&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 1.&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce premier niveau, l'on voit donc imm&#233;diatement que le BIT distingue, au sein de cette cat&#233;gorie qu'est l'esclavage en g&#233;n&#233;ral, un esclavage &#034;traditionnel&#034;, dont il ne sera que tr&#232;s peu question dans la suite du rapport, et un esclavage &#034;moderne&#034;, qu'il assimile &#224; la &#034;servitude pour dettes&#034; et au travail &#034;forc&#233; ou obligatoire&#034;. S'ensuit une d&#233;finition g&#233;n&#233;rale de l'esclavage et une d&#233;finition de l'esclavage &#034;moderne&#034; en particulier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'esclavage, au sens ordinaire du terme, nous dit le Bureau international du travail, consiste &#224; faire travailler des gens sans les r&#233;mun&#233;rer, soit en utilisant la force, soit sous le couvert des traditions sociales ou culturelles&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 1.&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant &#224; la &#034;servitude pour dettes&#034;, &#034;ph&#233;nom&#232;ne qui touche des millions de travailleurs de par le monde&#034;, nous pr&#233;cise-t-il, &#034;le pi&#232;ge fonctionne de la fa&#231;on suivante : l'employeur verse une avance &#224; un travailleur. Celui-ci est cens&#233; rembourser sur son futur salaire mais il en est &#233;videmment incapable et, souvent, sa dette ne fait qu'augmenter. Il se trouve ainsi li&#233; &#224; son employeur jusqu'&#224; la fin de ses jours. Dans certains cas, ses enfants, voire ses petits-enfants, seront eux aussi forc&#233;s de travailler pour le m&#234;me cr&#233;ancier afin de rembourser la dette de la famille&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 1.&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pratique, nous dit le BIT, est &#034;surtout fr&#233;quente en Asie du Sud et en Am&#233;rique latine&#034;, par exemple en Inde ou au Pakistan (o&#249; on l'appelle pesghi) ou au P&#233;rou (enganche), les &#034;victimes&#034; se recrutant g&#233;n&#233;ralement &#034;parmi les gens les plus pauvres, souvent d'origine tribale&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 13.&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 1991, selon la commission d'experts de l'OIT et l'organisation Anti-Slavery International, &#034;5 millions d'adultes et 10 millions d'enfants se trouvaient r&#233;duits &#224; la condition d'esclave pour cause de dettes&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 13.&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, qu'une majorit&#233; d'enfants soient &#034;victimes de ce syst&#232;me&#034; rend cette forme d'esclavage &#034;d'autant plus choquante&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 15.&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; aux yeux du BIT. Le m&#233;canisme est ici l&#233;g&#232;rement diff&#233;rent, en ce que ce n'est pas la personne du travailleur, autrement dit l'enfant, mais bien les parents eux-m&#234;mes qui &#034;re&#231;oivent une avance en &#233;change du travail de leurs enfants&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 15.&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, &#034;comme ces derniers sont mal pay&#233;s et que les employeurs les mettent souvent &#224; l'amende, il est impossible de rembourser cette dette&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 15.&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les enfants, pr&#233;cise le BIT, &#034;doivent travailler comme de v&#233;ritables esclaves&#034;, de &#034;longues heures sous une surveillance constante et n'ont souvent pas le droit de sortir&#034; ; ceux qui parmi eux, tentent tout de m&#234;me de s'enfuir sont &#034;battus, voire tortur&#233;s&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 15.&#034; id=&#034;nh2-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son rapport de novembre 1995 sur le &#034;travail des enfants&#034;, le Conseil d'administration du BIT rappelle qu'encore r&#233;cemment, le groupe de travail de l'ONU sur les formes contemporaines d'esclavage ainsi que les organes de contr&#244;le de l'OIT, ont d'une part, amplement attest&#233; &#034;l'existence de l'esclavage des enfants aujourd'hui&#034; et, d'autre part, confirm&#233; qu'il faut &#034;estimer&#034; &#224; &#034;des dizaines de millions le nombre des enfants esclaves&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1995, p 7.&#034; id=&#034;nh2-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce rapport confirme &#233;galement, tout &#224; la fois l'existence de formes &#034;traditionnelles d'esclavage des enfants&#034; (notamment en Asie du Sud et &#034;dans la bande subsaharienne de l'Afrique de l'Est&#034;, ainsi qu'en Am&#233;rique latine) que l'existence de &#034;formes contemporaines d'esclavage d'enfants&#034; qui &#034;semblent se d&#233;velopper un peu partout dans le monde soit par l'instauration d'un lien entre le contrat de travail d'un adulte et la mise &#224; disposition d'un enfant, soit par l'&#233;change d'un enfant contre une somme d'argent souvent pr&#233;sent&#233;e comme une avance sur salaire&#034;. Mis &#224; part le &#034;kidnapping&#034;, le recrutement de ces enfants semble &#034;syst&#233;matique&#034;, nous pr&#233;cise le BIT, que ce soit dans les campagnes, o&#249; &#034;des rabatteurs d&#233;marchent les familles pauvres&#034;, ou dans les villes, o&#249; &#034;il existe des officines sp&#233;cialis&#233;es dans la vente des enfants et des adolescents&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 20.&#034; id=&#034;nh2-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces &#034;enfants esclaves&#034; se retrouvent en grand nombre dans les secteurs de l'activit&#233; &#233;conomique tels que &#034;l'agriculture, la domesticit&#233;, les industries du sexe, les industries du tapis et des textiles, les carri&#232;res et la fabrication de briques&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1995, pp. 7-8&#034; id=&#034;nh2-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'&#034;esclavage moderne&#034; des &#034;adultes&#034;, pourrait-on dire, on le rencontre un peu partout en Asie du Sud et en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au P&#233;rou &#034;ce syst&#232;me est notamment utilis&#233; dans les mines d'or de Puno et Cuzco. Les mineurs re&#231;oivent une avance pour un contrat de quatre-vingt-dix jours et doivent ensuite travailler de longues heures, pour un salaire de mis&#232;re, afin d'essayer de rembourser cette dette. A la fin du contrat, les employeurs sont cens&#233;s payer leur voyage de retour, mais, g&#233;n&#233;ralement, ils ne le font pas. Les orpailleurs de la r&#233;gion de Madre de Dios seraient victimes du m&#234;me proc&#233;d&#233;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 15.&#034; id=&#034;nh2-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au P&#233;rou &#034;comme ailleurs&#034;, nous pr&#233;cise le BIT, &#034;ce sont g&#233;n&#233;ralement les minorit&#233;s qui sont les plus touch&#233;es&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;]BIT, 1993, p 15.] par cette forme de mise au travail. Au Br&#233;sil, &#034;le BIT a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces travailleurs sont recrut&#233;s par des &#034;rabatteurs appel&#233;s gatos (chats) qui sillonnent le pays en faisant miroiter des salaires mirifiques et de bonnes conditions de travail. Ces gatos se chargent du transport des nouvelles recrues jusqu'&#224; leur lieu de travail, souvent situ&#233; &#224; des milliers de kilom&#232;tres. A leur arriv&#233;e, les travailleurs d&#233;couvrent non seulement qu'ils gagneront beaucoup moins que pr&#233;vu mais aussi qu'ils devront rembourser leur transport et, soit acheter aux gatos de quoi manger, soit accepter d'&#234;tre en partie pay&#233;s en nourriture. Ceux qui tentent de s'&#233;chapper sont poursuivis par des hommes de main (pistoleiros) ; s'ils sont rattrap&#233;s, ils sont battus, fouett&#233;s, mutil&#233;s, soumis &#224; des s&#233;vices sexuels&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 15. Pour plus de pr&#233;cisions sur ce sujet, l'on peut se r&#233;f&#233;rer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me traitement qui attend les Ha&#239;tiens qui viennent r&#233;sider, l&#233;galement ou ill&#233;galement, en R&#233;publique dominicaine au moment de la r&#233;colte. Si ces derniers sont des &#034;proies faciles&#034; pour les policiers et militaires qui organisent eux-m&#234;mes les &#034;rafles&#034;, les premiers sont, eux aussi, amen&#233;s &#224; &#034;alimenter en main-d'&#339;uvre les plantations de canne &#224; sucre&#034;, puisque les soldats n'h&#233;sitent pas &#224; leur &#034;confisquer leurs papiers&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le BIT nous pr&#233;cisant que &#034;la r&#233;mun&#233;ration&#034; des buscones est elle-m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En outre, des rabatteurs appel&#233;s buscones, vont jusqu'&#224; sillonner Ha&#239;ti afin de transporter par camions entiers les habitants jusqu'&#224; la fronti&#232;re dominicaine ; l&#224;, ils les remettent &#224; des buscones dominicains qui, le plus souvent, &#224; l'aide de &#034;soldats&#034; ou de &#034;civils arm&#233;s&#034;, les conduisent jusqu'aux plantations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 16.&#034; id=&#034;nh2-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le BIT nous pr&#233;cise qu'&#034;une fois sur place, les travailleurs d&#233;couvrent parfois que leur r&#233;mun&#233;ration et leurs conditions de travail n'ont rien &#224; voir avec ce qu'on leur avait promis&#034; ; or, &#034;ceux qui souhaitent partir travailler dans d'autres plantations ou ailleurs ne peuvent pas toujours le faire : les gardes leur confisquent leurs affaires (notamment leurs v&#234;tements) et les enferment pendant la nuit&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 16. &#034;Bien entendu, nous pr&#233;cise le BIT, les Ha&#239;tiens en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de ces formes d'esclavage dites &#034;modernes&#034;, le BIT affirme que des formes &#034;traditionnelles&#034; subsistent encore aujourd'hui dans certains pays, comme la Mauritanie, et en particulier au Soudan. &#034;Les premiers rapports d&#233;taill&#233;s sur la renaissance de l'esclavage, nous dit le BIT, ont &#233;t&#233; re&#231;us en 1988 par le Groupe de travail des Nations Unies (...) et ont &#233;t&#233; examin&#233;s en 1989 par la Conf&#233;rence internationale du Travail. Ces rapports affirmaient que le gouvernement avait livr&#233; des armes &#224; des milices pour leur permettre de razzier des villages de la tribu Dinka ; l'objectif &#233;tait de d&#233;peupler la r&#233;gion &#034;frontali&#232;re&#034; entre le nord et le sud de fa&#231;on &#224; priver les rebelles de l'Arm&#233;e de lib&#233;ration du peuple soudanais d'un soutien potentiel&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 13.&#034; id=&#034;nh2-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mis &#224; part quelques marchandises et du b&#233;tail, le butin de ces milices se compose d'esclaves, qu'elles conservent &#034;pour leur propre usage&#034; ou qu'elles revendent &#034;entre 30 et 60 dollars par t&#234;te&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 13.&#034; id=&#034;nh2-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les enfants servent la plupart du temps de domestiques ou de gardiens de troupeaux, tandis que les adultes m&#226;les travaillent directement la terre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 13.&#034; id=&#034;nh2-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le Soudan n'est pas non plus &#233;pargn&#233; par le d&#233;veloppement d'un &#034;esclavage moderne&#034;, dont les m&#233;canismes sont en tous points identiques &#224; ceux ci-dessus observ&#233;s : les familles d&#233;munies proposent &#224; des marchands de leur vendre leurs enfants ; &#034;en th&#233;orie, nous dit le BIT, les parents peuvent racheter leurs enfants (... deux fois leur prix). Mais ces derniers passent souvent de mains en mains, de sorte qu'il est impossible de les retrouver&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 13.&#034; id=&#034;nh2-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces enfants &#034;tenus en esclavage&#034; sont finalement, eux aussi, &#034;utilis&#233;s comme domestiques&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 13.&#034; id=&#034;nh2-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Esclavage &#171; moderne &#187;, secteur informel et Etat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il ne nous semble pas que toutes ces formes de mise au travail puissent &#234;tre raisonnablement qualifi&#233;es d'esclavage, et ce, surtout lorsque celui-ci se voit adjoindre l'adjectif de &#034;moderne&#034;. Ceci pour essentiellement deux raisons que nous allons successivement d&#233;velopper dans la seconde partie de cet article : d'une part, parce que toutes pr&#233;sentent une diff&#233;rence radicale avec l'esclavage &#224; proprement parler - et tel que nous l'avons d&#233;fini dans notre premi&#232;re section ; d'autre part, parce qu'elles ne pr&#233;sentent pas une diff&#233;rence radicale avec les autres formes actuelles de mise au travail dans les pays du Tiers Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esclavage et &#171; esclavage moderne &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de faire un proc&#232;s d'intention au Bureau International du Travail, ni &#224; quelqu'autre organisme international de d&#233;fense des droits de l'homme et des travailleurs. L'intention de ces organismes, en ce qu'elle contient de lutte contre les conditions de travail d&#233;gradantes pour l'homme est parfaitement respectable. Cependant, l'on ne peut parler d'esclavage &#224; chaque fois que l'homme au travail est maltrait&#233;. C'est ce que nous allons tenter de d'articuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'esclavage &#171; traditionnel &#187; contemporain&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le BIT commet &#224; notre avis une premi&#232;re approximation lorsqu'il nous introduit &#224; son sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans les temps anciens, nous dit-il en effet, l'esclavage &#233;tait monnaie courante dans beaucoup de soci&#233;t&#233;s. Certaines tribus ou cat&#233;gories sociales &#233;taient ainsi asservies par d'autres. De m&#234;me, les peuplades vaincues &#233;taient souvent r&#233;duites &#224; l'esclavage&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 1.&#034; id=&#034;nh2-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; proprement parler, l'esclavage n'a jamais &#233;t&#233; &#034;monnaie courante&#034; dans ces fameux &#034;temps anciens&#034; dont nous parle le BIT. Certes, nous avons vu d'une part, que les pratiques d'achat et de vente concernaient tr&#232;s souvent les hommes eux-m&#234;mes, et que d'autre part, la d&#233;pendance personnelle, ou si l'on veut la servitude, &#233;tait la r&#232;gle, mais de soci&#233;t&#233;s r&#233;ellement esclavagistes &#224; proprement parler, les sp&#233;cialistes de l'antiquit&#233; n'en d&#233;nombrent que deux : l'Ath&#232;nes dite &#034;classique&#034;, puis la Rome d'avant notre &#232;re. &#192; r&#233;sumer les &#034;temps anciens&#034; selon un mod&#232;le hautement sch&#233;matique, l'on pourrait dire avec Finley, que si &#034;le monde pr&#233;-grec - Sumer, Babylone, l'Egypte, l'Assyrie, et [...] Myc&#232;nes - &#233;tait, tr&#232;s profond&#233;ment, un monde d&#233;pourvu d'hommes libres, dans le sens o&#249; l'Occident en est venu &#224; comprendre ce concept&#034; s'empresse-t-il d'ajouter, c'&#233;tait &#233;galement un monde o&#249; l'esclavage n'avait qu'une &#034;importance marginale&#034;, et cet esclavage fut en fin de compte &#034;une invention grecque&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Finley, Op. Cit., 1984, p 171.&#034; id=&#034;nh2-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le souligne le BIT, des &#034;tribus&#034;, des &#034;cat&#233;gories sociales&#034; et des &#034;peuplades vaincues&#034; &#233;taient, &#224; n'en pas douter, asservies par d'autres, mais &#224; rejeter toutes ces formes de mise au travail dans l'esclavage, l'on en arriverait &#224; parler d'une seule et unique coupure radicale dans l'histoire de nos soci&#233;t&#233;s, celle qui instaure le travail libre salari&#233;, autrement dit, le capitalisme, encore que sous cet angle, faudrait-il comprendre cette &#233;mergence &#224; la mani&#232;re d'un coup de baguette magique pos&#233;e sur le monde par nous ne savons quelle force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, au Soudan, des milices arm&#233;es par le gouvernement effectuent des razzias dans les villages frontaliers afin de mettre hommes, femmes et enfants au travail. Peut-on parler pour autant d'esclavage ? Cette forme de mise au travail se rangerait, &#224; notre avis, plut&#244;t au c&#244;t&#233; d'une forme de servitude &#034;intercommunautaire&#034;, selon l'expression d'Y. Garlan, quitte &#224; y adjoindre le qualificatif d'individuelle. Servitude et non pas esclavage, car &#034;la guerre elle-m&#234;me produit des prisonniers et non des esclaves&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M.I. Finley, Ibid. , 1981, p 111 et 112. Bien loin de constituer une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et les m&#233;canismes qui y sont &#224; l'&#339;uvre ne rel&#232;vent pas d'un processus de d&#233;socialisation susceptible de mener &#224; la d&#233;personnalisation radicale du prisonnier n&#233;cessaire &#224; l'esclavage, puisque la guerre est en elle-m&#234;me un ph&#233;nom&#232;ne social et socialisant, en ce sens qu'elle impose la reconnaissance de l'ennemi en tant que groupe social ou en tant qu'Etat. Du reste, dans les soci&#233;t&#233;s v&#233;ritablement esclavagistes, comme le souligne encore une fois Y. Garlan, relativement peu &#233;lev&#233; &#233;tait le nombre d'&#034;anciens prisonniers de guerre parmi les esclaves&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Y. Garlan, Guerre et &#233;conomie en Gr&#232;ce ancienne , Editions La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme le fait &#233;galement remarquer M. I. Finley, ni les Am&#233;ricains, ni les trafiquants d'esclaves portugais, fran&#231;ais, puis anglais, &#034;ne firent la guerre en Afrique pour puiser dans ce r&#233;servoir&#034; ; &#034;les Grecs non plus ne firent pas syst&#233;matiquement la guerre &#224; leurs principales sources d'approvisionnement, les Barbares de l'Est et du Nord-Est&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M.I. Finley, Idem , 1981, p 110 et 111.&#034; id=&#034;nh2-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que ces prisonniers soient soumis &#224; un travail forc&#233; et d&#233;gradant, n'enl&#232;ve rien au fait qu'il est difficile de parler d'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste ceux des prisonniers, dont on ne sait pas s'ils sont &#034;vendus&#034;, mis en &#034;gage&#034;ou en &#034;location&#034;, la plupart du temps des enfants, passant &#034;de mains en mains, de sorte qu'il est impossible de les retrouver&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 13.&#034; id=&#034;nh2-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ceux-l&#224;, nous dit le BIT, sont en fait &#034;tenus en esclavage et utilis&#233;s comme domestiques&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 13.&#034; id=&#034;nh2-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#171; esclavage des enfants &#187; : une expression contradictoire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression m&#234;me d'&#034;esclavage des enfants&#034; utilis&#233;e par le BIT, est une expression &#224; notre avis extr&#234;mement ambigu&#235;, et ceci pour trois raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, parce que comme le souligne lui-m&#234;me le BIT, l'&#171; on pourrait dire que le travail des enfants est toujours un travail forc&#233; puisque les enfants sont rarement &#224; m&#234;me de donner librement leur consentement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 1.&#034; id=&#034;nh2-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; en effet, &#034;la plupart des d&#233;cisions les concernant sont prises pour eux par des adultes&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1993, p 20.&#034; id=&#034;nh2-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, dans la mesure o&#249; le BIT a tendance &#224; placer sur un m&#234;me plan, le travail &#034;forc&#233; ou obligatoire&#034; et l'esclavage, &#224; le suivre, l'on pourrait presque dire que le travail des enfants est toujours un esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, la d&#233;finition de l'expression &#034;esclavage des enfants&#034; que nous donne le BIT est elle-m&#234;me ambigu&#235;. Dans le rapport de la Commission de l'emploi et de la politique sociale sur le &#034;travail des enfants&#034;, rapport publi&#233; en novembre 1995&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1995, pp. 7-8.&#034; id=&#034;nh2-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le Conseil d'administration du BIT consacre, en effet, trois paragraphes &#224; ce th&#232;me de l'&#034;esclavage des enfants&#034;, et tente de d&#233;finir plus pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il entend par cette expression :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'esclavage d'un enfant, nous dit-il, est une situation dans laquelle un employeur exerce sur cet enfant, de fa&#231;on temporaire ou d&#233;finitive, les attributs du droit de propri&#233;t&#233;. L'enfant devient un bien, une chose, qui peut &#234;tre &#233;chang&#233;e. Le propri&#233;taire peut faire travailler cet enfant directement &#224; son service ou le confier &#224; un tiers qui utilisera son travail moyennant un loyer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1995, p 7.&#034; id=&#034;nh2-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la propri&#233;t&#233; se d&#233;finissant comme &#034;le droit de jouir et disposer des choses de la mani&#232;re la plus absolue&#034; (Art. 544 du Code civil), elle ne saurait &#234;tre, par cons&#233;quent, au niveau de sa d&#233;finition m&#234;me, &#034;temporaire ou d&#233;finitive&#034;, sauf finalement, &#224; ne plus &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'expression d'&#034;esclavage des enfants&#034; est &#224; notre avis une expression non pertinente, surtout parce que c'est en elle-m&#234;me qu'elle est contradictoire. En effet, au niveau m&#234;me o&#249; se place le BIT, c'est-&#224;-dire au niveau de la d&#233;finition la plus courante ou &#034;ordinaire&#034; de l'esclavage, le caract&#232;re &#034;absolu&#034;, et donc ind&#233;niablement d&#233;finitif, de la puissance du ma&#238;tre sur son esclave est incontournable. Or, si l'enfance n'est elle-m&#234;me qu'une p&#233;riode transitoire chez l'&#234;tre humain, que recouvre alors l'expression d'&#034;esclavage des enfants&#034; ? D'autant plus que le BIT ne nous dit absolument rien sur ce que deviennent ces &#034;enfants esclaves&#034; &#224; leur majorit&#233;. Peut-&#234;tre se confondent-ils tout simplement dans cette r&#233;alit&#233; que le BIT d&#233;signe par l'expression d'&#034;esclavage moderne&#034; ? Expression &#224; laquelle il faut alors ajouter le qualificatif d'&#171; adultes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#171; esclavage moderne &#187; des &#171; adultes &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre cette forme de mise au travail appel&#233;e &#034;esclavage moderne&#034; et l'esclavage &#224; proprement parler est radicale, tant du point de vue th&#233;orique que du point de vue empirique, ou disons plut&#244;t, du point de vue historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue th&#233;orique, en effet, le m&#233;canisme qui m&#232;ne l'adulte &#224; l'esclavage est finalement toujours le m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si bien d'ailleurs, que l'on ne saisit pas tr&#232;s bien la nuance que le BIT (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne s'agit pas ici, ni pour le &#034;rabatteur&#034; ni pour l'&#034;employeur&#034;, &#224; l'inverse du m&#233;canisme &#224; l'&#339;uvre dans l'esclavage, de &#034;capturer&#034; un homme &#224; la mani&#232;re d'une b&#234;te sauvage, mais bien de &#034;capter&#034; ou m&#234;me de &#034;captiver&#034; l'attention, l'esprit ou l'intelligence de ce futur travailleur, de le retenir en le s&#233;duisant, de chercher &#224; gagner ce quelqu'un par un quelconque artifice et, en l'occurrence, en lui faisant miroiter un salaire et des conditions de vie largement acceptables eu &#233;gard &#224; la situation dans laquelle il se trouve. Ce faisant, tout le m&#233;canisme de la mise au travail repose en fait sur, et fait appel &#224; la personnalit&#233; m&#234;me de ce travailleur, jouant du reste sur toutes ses faiblesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas &#224; s&#233;parer le syst&#232;me de recrutement par des &#034;chats&#034; au Br&#233;sil, de celui des agences de voyage aux Philippines, ou m&#234;me de celui des enganche au P&#233;rou ou des peshgi au Pakistan. &#192; la limite, la seule diff&#233;rence entre toutes ces formes de mise au travail, c'est une diff&#233;rence non de nature, mais de degr&#233; de cr&#233;dulit&#233; sur lequel jouent successivement le rabatteur, puis l'&#034;employeur&#034;, abusant ainsi invariablement le travailleur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encore qu'il faille pr&#233;ciser &#224; cet &#233;gard, que si &#034;la haine ainsi que l'amour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que d'une part, le salaire ne soit pas, au bout du compte, &#224; la hauteur des esp&#233;rances du travailleur, et qu'il ne soit, du reste, jamais clairement &#233;tabli, est justement ce qui fait la force du m&#233;canisme ; mais de r&#233;ciprocit&#233;, il y a toujours, f&#251;t-elle ici plus in&#233;gale qu'ailleurs. Ce travailleur participe par cons&#233;quent rationnellement au travail, m&#234;me si cette rationalit&#233; s'inscrit dans la violence. Que d'autre part, ce travail apparaisse ensuite comme forc&#233;, autrement dit, que le travailleur ne puisse plus &#034;s'en sortir&#034;, soit du fait du contrat moral qui le lie au ma&#238;tre, soit du fait de la puissance militaire de ce dernier, et que ce travail soit donc effectu&#233; et v&#233;cu dans des conditions particuli&#232;rement d&#233;gradantes pour cette personne est ind&#233;niable ; mais l'esclavage ne se situe pas &#224; ce niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau th&#233;orique donc, la diff&#233;rence radicale qui existe entre ce que le BIT appelle l'&#171; esclavage moderne &#187; et l'esclavage &#224; proprement parler est la suivante : alors que dans l'esclavage, le ma&#238;tre ne reconna&#238;t &#034;absolument&#034; pas la personnalit&#233; du travailleur, cette forme de mise au travail que le BIT nomme &#034;esclavage moderne&#034; n&#233;cessite de placer cette reconnaissance de la personne du travailleur au centre de la relation, afin que ce syst&#232;me puisse pleinement atteindre son but, c'est-&#224;-dire la mise au travail de cette personne. Bref, alors que le ma&#238;tre ne pr&#234;te aucune personnalit&#233; &#224; l'esclave, l'esclavagiste dit &#034;moderne&#034; ne peut pr&#234;ter qu'&#224; une personne susceptible de reconna&#238;tre ce pr&#234;t comme une dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue historique, cette forme de mise au travail ne saurait d'autant moins se confondre avec l'esclavage, que ces deux formes ont, la plupart du temps, co-exist&#233;. En effet, tant &#034;la servitude pour dettes&#034; dans l'Antiquit&#233; grecque par exemple, que le syst&#232;me des &#034;engag&#233;s&#034; au Nouveau Monde &#224; l'&#233;poque moderne, et plus particuli&#232;rement au Br&#233;sil, sont des syst&#232;mes contemporains de l'esclavage, avec lequel ils ne sauraient par cons&#233;quent se confondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Antiquit&#233;, les hommes et femmes soumis &#224; la &#034;servitude pour dettes&#034; n'en n'appartiennent pas moins &#224; la communaut&#233; familiale et politique dans laquelle ils sont asservis et dont ils sont issus, et leurs droits, qui ne sont pas tous supprim&#233;s, se situent entre ceux des hommes libres et ceux des esclaves, dont ils se distinguent par cons&#233;quent radicalement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple M. I. Finley, Op. Cit., 1984, p 175 ; ou Y. Garlan, Op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant &#224; l'&#233;poque moderne, ce syst&#232;me de mise au travail est en tout point identique &#224; celui des &#034;engag&#233;s&#034;, mis en place par la plupart des nations europ&#233;ennes afin de coloniser les Am&#233;riques. Le prix du voyage, que le colon ne pouvait se payer, constituait la dette initiale qu'il devait ensuite &#034;rembourser&#034; en travaillant &#034;gratuitement&#034; durant des p&#233;riodes plus ou moins longues selon les syst&#232;mes. En fait, comme le souligne Celso Furtado, ce syst&#232;me &#233;tait de fait une forme de servitude &#034;qui n'avait m&#234;me pas de limite fix&#233;e dans le temps&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Furtado, La formation &#233;conomique du Br&#233;sil - de l'&#233;poque coloniale aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il ne saurait, cependant, se confondre avec l'esclavage, avec lequel il a co-exist&#233; durant pr&#232;s de trois si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, observons que ces syst&#232;mes ont pris de l'ampleur et se sont g&#233;n&#233;ralis&#233;s &#224; la suite de l'abolition de l'esclavage, dont ils ne peuvent par cons&#233;quent appara&#238;tre comme issus logiquement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple sur ce sujet G. Mathias (1987) pour le Sud-Est br&#233;silien, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et c'est bien l&#224; que se trouve le second probl&#232;me, &#224; savoir que cette g&#233;n&#233;ralisation des relations de &#034;faveur&#034;, de &#034;client&#232;le&#034; ou de &#034;paternalisme&#034; est bien aujourd'hui l'un des traits les plus caract&#233;ristiques de la mise au travail dans les pays du Sud ; que ce soit d'ailleurs en Am&#233;rique latine, en Afrique ou en Asie. Dire, comme le font P. Dock&#232;s et B. Rosier, prenant l'exemple du Br&#233;sil, que &#034;ni l'accession &#224; l'ind&#233;pendance, ni l'abolition de l'esclavage en 1888, n'ont modifi&#233; le caract&#232;re profond&#233;ment in&#233;galitaire des structures agraires, qui constitue la trame de la formation sociale br&#233;silienne&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Dock&#232;s et Bernard Rosier, 1988, pp. 277-278.&#034; id=&#034;nh2-68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est une chose ; mais dire que ce &#034;caract&#232;re profond&#233;ment in&#233;galitaire des structures agraires&#034; n'a pas permis d'abolir l'esclavage, et que celui-ci s'y perp&#233;tue, f&#251;t-ce sous une forme &#034;moderne&#034;, en est une autre. De fait, qualifier ce type de mise au travail d'&#034;esclavage moderne&#034; ne saurait &#234;tre pertinent quant &#224; la r&#233;alit&#233; des syst&#232;mes socio-&#233;conomiques du tiers-monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus que, comme nous allons le voir d&#233;sormais, la d&#233;finition de l'&#034;esclavage moderne&#034; que le BIT en vient &#224; adopter, peut finalement arriver &#224; recouvrir une r&#233;alit&#233; beaucoup plus vaste que celle qu'il nous invitait &#224; d&#233;couvrir initialement, dans son rapport sur le travail dans le monde de 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Esclavage moderne &#187; et secteur informel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, au regard de la d&#233;finition de l'esclavage qu'en donne le BIT, une bonne partie des relations &#224; l'&#339;uvre dans ce qu'il a lui-m&#234;me qualifi&#233; de &#034;secteur informel&#034; est susceptible d'&#234;tre d&#233;crit en termes d'&#034;esclavage moderne&#034;, tant, comme le souligne A. Morice, le rapport non salarial est un rapport complexe reposant sur &#034;la mise en place (ou la persistance) de tout un syst&#232;me de droits et devoirs personnels entre les acteurs&#034;, entrem&#234;lant &#034;client&#233;lisme&#034; et relations de &#034;faveur&#034;, sur fond de &#034;paternalisme&#034; et d'&#034;all&#233;geance des femmes aux hommes et des jeunes aux vieux&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morice, 1987, pp. 48-49.&#034; id=&#034;nh2-69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en effet, &#034;l'esclavage, au sens ordinaire du terme&#034;, pour rappeler la d&#233;finition que nous en donne le BIT, &#034;consiste &#224; faire travailler des gens sans les r&#233;mun&#233;rer, soit en utilisant la force, soit sous le couvert des traditions sociales ou culturelles&#034;, il englobe une grande partie de ce que A. Morice et bien d'autres auteurs, qualifient de non-salariat. &#192; commencer par savoir ce que le BIT entend par &#034;r&#233;mun&#233;ration&#034;. Il n'y a, en effet, ni r&#233;mun&#233;ration ni contrat de travail &#224; proprement parler dans le non-salariat, mais il s'agit bien &#034;d'un pseudo-contrat o&#249; l'employ&#233; est astreint &#224; une disponibilit&#233; constante&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morice, 1987, pp. 54-55.&#034; id=&#034;nh2-70&#034;&gt;70&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'entrepreneur prenant l'ouvrier pour lui &#233;viter de &#034;tra&#238;ner dans la rue&#034;, lequel re&#231;oit comme contrepartie mais irr&#233;guli&#232;rement et selon le bon vouloir de l'homme qui l'emploie, dans le meilleurs des cas &#034;l'esp&#233;rance d'une reconnaissance ult&#233;rieure&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morice, 1987, p 58.&#034; id=&#034;nh2-71&#034;&gt;71&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la plupart du temps des &#034;cadeaux&#034; (cigarettes, v&#234;tements, etc.) et des &#034;pourboires&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morice, 1987, p 66 et suiv.&#034; id=&#034;nh2-72&#034;&gt;72&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parfois la nourriture et l'h&#233;bergement, le tout selon une rationalit&#233; plus ou moins bien &#233;tablie, c'est-&#224;-dire, afin de maintenir le travailleur dans la d&#233;pendance financi&#232;re, et surtout politique. &#034;L'ensemble de ce dispositif&#034;, nous assure Alain Morice, n'&#233;tant pas propre &#224; l'exemple de l'artisanat s&#233;n&#233;galais dont il s'inspire, &#034;ni m&#234;me &#224; la micro-entreprise africaine puisqu'on le rencontre partout&#034; dans ce qu'il appelle &#034;l'&#233;conomie domestique&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morice, 1987, p 69.&#034; id=&#034;nh2-73&#034;&gt;73&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le &#034;secret du non salaire&#034;, comme nous le d&#233;montre A. Morice, se trouve dans le fait qu'il est con&#231;u afin &#034;d'emp&#234;cher l'&#233;mergence de tendances individualistes&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morice, 1987, p 71.&#034; id=&#034;nh2-74&#034;&gt;74&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est d&#232;s lors vain de r&#233;interpr&#233;ter ce rapport dans le cadre de l'individualisme m&#233;thodologique, comme tend pourtant &#224; le faire le BIT et Michel Bonnet, qui compte au nombre de ses experts, dans le cas de la mise en servitude d'un enfant. Dire comme le fait cet auteur, que la servitude pour dette c'est &#034;deux adultes&#034; qui &#034;sont face &#224; face&#034; et qui font un &#034;&#233;change&#034; entre &#034;une somme d'argent et la force de travail d'un enfant&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bonnet, 1996, p 5.&#034; id=&#034;nh2-75&#034;&gt;75&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est d&#233;crire les relations &#224; l'&#339;uvre dans la servitude pour dette &#224; la lumi&#232;re de l'individualisme m&#233;thodologique, dans lequel deux adultes sont effectivement face &#224; face et font bien un &#233;change ; si la seule diff&#233;rence entre l'&#233;change de monnaie contre marchandise avec la servitude pour dette, est que l'&#233;change se fait sur le travail d'un enfant &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e, la servitude pour dette est peut-&#234;tre encore plus pr&#232;s du contrat de travail que le pense l'auteur. Cependant, c'est bien parce qu'il applique une grille d'analyse, celle de l'individualisme m&#233;thodologique, &#224; une situation sans aucune commune mesure avec celle de la soci&#233;t&#233; occidentale, qu'il semble plausible et l&#233;gitime au BIT de parler d'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tat et &#171; esclavage moderne &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme Claude de Miras l'analysait &#224; propos de la notion de &#034;secteur informel&#034;, l'&#233;mergence et le succ&#232;s de celle d'&#171; esclavage moderne &#187; provient bien plus du fait qu'elle refl&#232;te une notion id&#233;ologique, plut&#244;t qu'un concept analytique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. de Miras, &#171; L'informel : un mode d'emploi &#187;, dans L'Etat et l'informel , (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-76&#034;&gt;76&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, notion servant selon nous, &#224; l&#233;gitimer le projet &#233;conomique lib&#233;ral de d&#233;veloppement du tiers monde construit par les institutions internationales. Cette l&#233;gitimation impose en effet, comme toute l&#233;gitimation, une double exigence : mettre en avant les effets positifs d'une telle politique, tout en en excluant de son champ les effets n&#233;gatifs. Comme on le sait, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990, ces institutions clament les vertus tant &#233;conomiques et sociales que politiques, de l'informalit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lautier, 1995, p 24.&#034; id=&#034;nh2-77&#034;&gt;77&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; mais &#171; la mise en exergue des &#034;succ&#232;s&#034; de l'&#233;conomie informelle &#187; a, comme l'a soulign&#233; Bruno Lautier, des cons&#233;quences extr&#234;mement ambigu&#235;s, puisqu'en &#034;tirant argument des &#233;checs de l'intervention &#233;tatique sur l'&#233;conomie, ces institutions viennent &#224; recommander aux &#201;tats de pr&#244;ner le non-respect de leur propre droit&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-78&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lautier, 1994, p 112.&#034; id=&#034;nh2-78&#034;&gt;78&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une telle politique produit des &#034;effets d&#233;vastateurs&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-79&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lautier, 1995, p 29.&#034; id=&#034;nh2-79&#034;&gt;79&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : en mettant &#034;au centre de la reproduction sociale le couple corruption-client&#233;lisme&#034;, et en multipliant les ph&#233;nom&#232;nes &#034;destin&#233;es &#224; engendrer l'all&#233;geance&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-80&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lautier, 1995, pp. 29-30.&#034; id=&#034;nh2-80&#034;&gt;80&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ces politiques en viennent finalement, &#224; poser &#034;un v&#233;ritable probl&#232;me de souverainet&#233; de l'Etat&#034;, o&#249; &#034;la tol&#233;rance, pour des raisons tant politiques qu'&#233;conomiques, s'&#233;tend de plus en plus &#224; des activit&#233;s d&#233;lictueuses (contrebandes, narcotrafic)&#034;, &#034;des r&#233;gions enti&#232;res&#034; &#233;chappant &#034;au contr&#244;le de l'Etat&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-81&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lautier, 1995, pp. 29-30.&#034; id=&#034;nh2-81&#034;&gt;81&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, favorisant finalement toutes les formes de mise au travail d&#233;gradantes, comme c'est le cas (et nous l'avons vu ci-dessus) dans certaines r&#233;gions au Br&#233;sil et au P&#233;rou, formes de mise au travail que le BIT s'empresse ensuite de qualifier d'&#171; esclavage moderne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la majeure partie des institutions internationales ont &#034;reconnu l'existence du probl&#232;me des cons&#233;quences sociales&#034; des politiques lib&#233;rales d'&#171; ajustement &#187;, sans pour autant, comme l'a soulign&#233; B. Lautier, &#034;remettre en cause la n&#233;cessit&#233; de celui-ci&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-82&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lautier, 1991, p 264.&#034; id=&#034;nh2-82&#034;&gt;82&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette double exigence qui est, d'une part, de pr&#244;ner le non-respect du droit &#233;tatique et, d'autre part, d'en reconna&#238;tre les cons&#233;quences sociales sans en remettre en cause la n&#233;cessit&#233;, place ceux qui pr&#233;conisent une telle politique devant un dilemme apparemment insoluble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce dilemme que la notion d'&#171; esclavage moderne &#187;, utilis&#233;e par le BIT, est cens&#233;e apporter une r&#233;ponse. Il ne s'agit plus de se situer tant au niveau national du droit social ou &#233;conomique, qu'au niveau universel de celui de l'Homme, avec un grand &#171; H &#187;. L'on peut ainsi encourager la d&#233;r&#233;glementation et le d&#233;sengagement de l'&#201;tat de l'&#233;conomique et du social, au nom du soutien &#224; l'&#233;conomie informelle, tout en en critiquant les effets d&#233;vastateurs, en termes d'&#171; absolu &#187; et d'&#171; universel &#187;, tout comme l'on &#034;scinde&#034; la pauvret&#233; &#171; en deux ou trois, pour d&#233;limiter une pauvret&#233; &#034;absolue&#034; qu'il est n&#233;cessaire de supprimer en premier &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-83&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lautier, 1995, p 386.&#034; id=&#034;nh2-83&#034;&gt;83&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'aboutissement final de ce subterfuge est de boucler ces deux discours l'un sur l'autre, faisant de l'esclavage la cause de la pauvret&#233;, et inversement. D'ailleurs, le BIT n'y manque pas lorsqu'il nous pr&#233;cise que &#034;la pr&#233;dominance d'enfants esclaves correspond principalement &#224; l'existence de syst&#232;mes sociaux fond&#233;s sur l'exploitation de la pauvret&#233; tels que la servitude pour dettes&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-84&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, 1995, p 8.&#034; id=&#034;nh2-84&#034;&gt;84&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le subterfuge n'est donc pas complet tant que la r&#233;f&#233;rence au Droit est encore trop apparente. En effet, sachant que les relations de travail &#224; l'&#339;uvre dans le &#171; secteur informel &#187; peuvent toutes &#234;tre qualifi&#233;es d'ill&#233;gales, selon les propres crit&#232;res des institutions internationales, les conditions de travail jug&#233;es par ces derni&#232;res trop d&#233;gradantes pour l'&#234;tre humain ne peuvent plus elles-m&#234;mes l'&#234;tre en fonction de ce crit&#232;re du simple non-respect de la loi, sauf &#224; contredire leurs incantations en faveur de ce non-respect. Ces formes de mise au travail ne peuvent plus alors se d&#233;finir comme simplement ill&#233;gales, mais doivent l'&#234;tre soit doublement, comme dans le cas, si pris&#233; par le BIT, de l'&#171; esclavage &#187; des &#034;enfants&#034;, soit se d&#233;finir sans r&#233;f&#233;rence aucune au Droit. Dans le cas de l'&#034;esclavage des enfants&#034;, en effet, l'appellation d'&#034;esclavage&#034; semble d'autant plus l&#233;gitime, que non seulement les conditions de vie et de travail d&#233;gradantes ne respectent pas les conditions que le droit du travail impose entre un salari&#233; adulte et son employeur, mais en plus, le travail des enfants est de toute fa&#231;on lui-m&#234;me ill&#233;gal. Seulement, l&#224; o&#249; le BIT commet encore une fois, &#224; notre avis, une erreur d'analyse, c'est que partout o&#249; l'esclavage s'est r&#233;ellement d&#233;velopp&#233; et a r&#233;ellement pris de l'ampleur, que ce soit dans les fameux &#034;temps anciens&#034; ou dans ceux plus &#034;modernes&#034;, il n'a jamais &#233;t&#233; ill&#233;gal, ni doublement ni simplement. &#192; vrai dire, la seule diff&#233;rence certaine entre l'esclave &#224; proprement parler et le travailleur informel des pays du Tiers Monde soumis &#224; des formes d&#233;gradantes de mise au travail, est que le premier poss&#232;de, lui, un v&#233;ritable statut juridique, alors que c'est justement le second qui n'en poss&#232;de pas de v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas tant qu'il n'y a pas d'esclavage v&#233;ritable sans &#201;tat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-85&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la corr&#233;lation &#034;Etat-esclavagisme&#034;, voir P. Dock&#232;s, 1979 et C. Bormans, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-85&#034;&gt;85&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais bien que, comme le souligne Bruno Lautier, pour l'&#233;conomie lib&#233;rale, &#034;la forme des relations de travail (le travail salari&#233; &#233;tant seul pris en compte par la th&#233;orie &#233;conomique) est contingente, et donn&#233;e par la technique (&#224; travers les fonctions de production). L'&#201;tat n'intervient pas, au moins ne doit pas intervenir, dans la mise en forme des relations de travail, sinon en amont, &#224; travers la garantie de l'ex&#233;cution des contrats (ce qui implique, bien s&#251;r, que le rapport de mise au travail soit vu comme marchand)&#034;. Cependant, cette vision fait l'impasse sur un &#171; &#034;p&#233;ch&#233; originel&#034; : l'incapacit&#233; de la th&#233;orie &#233;conomique du salariat &#224; rendre compte de la mise au travail initiale, de l'imposition et de la naturalisation d'une forme de travail particuli&#232;re de relations de travail &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-86&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lautier, 1991, p 32.&#034; id=&#034;nh2-86&#034;&gt;86&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En France, si les deux premi&#232;res tentatives d&#233;mocratiques ont imm&#233;diatement avort&#233;, c'est bien parce que l'Etat ne se situait justement qu'au seul niveau des Droits de l'Homme, sans prendreencompte la r&#233;alit&#233; &#233;conomique et social des &#034;citoyens&#034;. Or, c'est bien par la r&#233;int&#233;gration de cette r&#233;alit&#233; &#224; travers &#034;l'invention du social&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-87&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet J. Donzelot, L'invention du social , Seuil, Paris, 1994.&#034; id=&#034;nh2-87&#034;&gt;87&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que la troisi&#232;me f&#251;t finalement la bonne. C'est peut-&#234;tre aussi en ce sens que l'on peut craindre pour les processus de d&#233;mocratisation actuellement &#224; l'&#339;uvre dans le Tiers Monde, qui passent dans de nombreux pays par &#034;une sorte d'exorcisation de l'Etat&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-88&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lautier, 1995, p 23.&#034; id=&#034;nh2-88&#034;&gt;88&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la notion d'&#171; esclavage &#187; est ici d'autant plus subtile qu'elle d&#233;croche radicalement les formes de mise au travail qu'elle est cens&#233;e d&#233;crire, de la r&#233;f&#233;rence au juridique, lieu de la contradiction du projet capitaliste lib&#233;ral et de sa conception de l'&#201;tat - projet dont elles sont n&#233;anmoins issues -, en les renvoyant finalement &#224; un syst&#232;me &#233;conomique et social s'inscrivant en n&#233;gatif de celui-ci, l'esclavage. Ce faisant, l'on en vient &#224; adopter une d&#233;finition de l'esclavage qui, &#224; &#234;tre trop g&#233;n&#233;rale, en arrive d'une part, &#224; quasiment se confondre avec celle m&#234;me du non respect des Droits de l'Homme, dont pourtant, &#224; l'origine, elle n'occupe qu'un mince article ; et d'autre part, &#224; &#234;tre tellement grossi&#232;re, qu'elle arrive &#224; englober une grande partie des relations de travail &#224; l'&#339;uvre dans le Tiers Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'&#171; esclavage moderne &#187;, aboutit cependant bien &#224; son but en ce qu'elle s&#233;pare d&#233;finitivement les cons&#233;quences n&#233;gatives (portes ouvertes aux conditions d&#233;gradantes de mise au travail), de leurs causes (les recommandations faites par les institutions internationales aux Etats de ne pas respecter leur propre droit) ; mais ce faisant, il en va de m&#234;me de &#171; l'abolition de l'esclavage &#187; tout comme de &#171; l'&#233;radication de la pauvret&#233; &#187; : comme le soulignait B. Lautier &#224; propos de la seconde, elles ne peuvent pas &#034;faire sens autrement que comme slogan&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-89&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lautier, Op. Cit., 1995, p 385.&#034; id=&#034;nh2-89&#034;&gt;89&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En sortant de son chapeau la notion d'&#171; esclavage moderne &#187;, le BIT et les m&#233;dias r&#233;ussissent ce triple tour de force : d'abord, de faire appara&#238;tre les conditions dans lesquelles s'effectue le processus d'industrialisation typiquement capitaliste et les adaptations sociales qu'il engendre dans les pays du Sud, comme relevant d'un autre syst&#232;me de mise au travail, en l'occurrence l'esclavagisme, ou dit autrement, comme &#233;tant non capitaliste ; ensuite et par extension, de faire appara&#238;tre le processus d'industrialisation occidental lui-m&#234;me, qui s'est effectu&#233; pour les ouvriers europ&#233;ens dans des conditions de travail elles-aussi d&#233;plorables et d&#233;gradantes pour l'&#234;tre humain (le travail des enfants, largement r&#233;pandu &#224; l'&#233;poque en est l'une des preuves susceptible d'&#234;tre parmi les plus ch&#232;res au BIT), comme &#233;tant elle aussi non typiquement capitaliste ; enfin, et ce n'est pas le moindre, en appliquant l'expression &#171; esclavage moderne &#187; &#224; une tout autre r&#233;alit&#233;, d'enlever sa sp&#233;cificit&#233; &#224; la mise au travail des Noirs sur le Nouveau continent entre le XVIe et le XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'esprit du BIT et du monde journalistique qui le reprend, ne restent plus que deux r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et sociale : d'un c&#244;t&#233;, celle du capitalisme, dont la vision devient d&#232;s lors totalement idyllique, de l'autre, l'esclavage, attirant sur lui tout le sang et la sueur des travailleurs de toutes les &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le subterfuge n'est pas nouveau. Philippe Steiner avait d&#233;j&#224; remarqu&#233; que les &#233;conomistes classiques, g&#234;n&#233;s qu'ils &#233;taient d'avoir &#224; discourir sur les formes d&#233;gradantes de mise au travail qui leurs &#233;taient contemporaines, pr&#233;f&#233;raient situer l'esclavage dans l'Antiquit&#233; et le ranger ainsi syst&#233;matiquement sous un registre &#171; historique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-90&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Steiner, 1995, p 166.&#034; id=&#034;nh2-90&#034;&gt;90&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me Jean Bart, dans un article aussi r&#233;cent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-91&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bart, 1995, pp. 27-29.&#034; id=&#034;nh2-91&#034;&gt;91&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous confiait que &#171; la pens&#233;e des Lumi&#232;res &#187; remontait &#171; plus facilement le temps &#187; qu'elle ne traversait &#171; l'Atlantique &#187;. L'on pourrait finalement en dire autant aujourd'hui de celle du BIT et des diff&#233;rents Organismes internationaux, encore que s'agissant de ces derniers, l'on puisse appliquer cette formule &#224; d'autres mers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le rappelait Bruno Lautier, &#171; en 1972, le Bureau International du Travail lan&#231;ait sur le march&#233; l'expression de &#034;secteur informel &#187; ; quatre ans plus tard, il lui substituait (...) celle de &#034;secteur non structur&#233;&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-92&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lautier, 1991, p 11.&#034; id=&#034;nh2-92&#034;&gt;92&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il semble qu'aujourd'hui, avec l'expression d'&#171; esclavage moderne &#187;, lanc&#233;e, elle, en 1993, le BIT ait finalement renou&#233; avec le succ&#232;s commercial. Cette expression est cependant elle aussi non pertinente lorsqu'il s'agit d'appr&#233;hender cette r&#233;alit&#233; que sont les formes de mise au travail dans les pays du Tiers Monde. &#171; Les mots semble-t-il, n'ont plus d'importance &#187;, d&#233;plorait Bruno Lautier ; nous dirions aujourd'hui, pour finir sur un des nombreux bons mots de celui avec lequel nous avions commenc&#233;, qu'&#171; &#224; chose inaper&#231;ue, le nom de &#034;partout&#034; convient aussi bien que de &#034;nulle part&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-93&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, T&#233;l&#233;vision , Seuil, 1974, p 15.&#034; id=&#034;nh2-93&#034;&gt;93&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M.I. Finley, Esclavage antique et id&#233;ologie moderne , Editions de Minuit, Paris, 1981, p 91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Pour atteindre le grand public, il faut faire appel aux grands m&#233;dias &#187; (BIT, 1995, p 15).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1993 marque la date &#224; laquelle le BIT porte ce sujet sur le devant de la sc&#232;ne internationale (cf. BIT, 1993). Puis la presse s'en est empar&#233;, &#224; commencer par l'Ev&#233;nement du jeudi qui, dans la semaine du 9 au 15 septembre 1993, suite au rapport du BIT et de plusieurs organismes mondiaux, titrait : &#171; l'esclavage aujourd'hui &#187;. R&#233;cemment, l'Humanit&#233; dimanche aussi bien que le mensuel f&#233;minin Marie-claire, n'h&#233;sitent pas &#224; d&#233;noncer le &#171; scandale de l'esclavage &#187;, &#224; propos du cas de la jeune philippine de seize ans, Sarah Balabagan, et de bien d'autres (L'humanit&#233; dimanche, n&#176; 291). Comme le souligne Michel Bonnet &#224; propos de &#171; la lutte contre le travail des enfants &#187;, la lutte contre les formes contemporaines d'esclavage est elle aussi &#171; devenu un cr&#233;neau porteur pour les m&#233;dias et, tout compte fait, un march&#233; lucratif &#187; (Bonnet, 96, p 4).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M.I. Finley, Economie et soci&#233;t&#233; en Gr&#232;ce ancienne , La D&#233;couverte, Paris, 1984, p 208.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple sur ce sujet : Alessandro Stella, &#034;L'esclavage en Andalousie &#224; l'&#233;poque moderne&#034;, Annales E.S.C. , janvier-f&#233;vrier 1992, n&#176;1, Armand Colin, Paris, 1992, p 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M.I. Finley, Op. Cit. , 1981, p 90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Vidal-Naquet, &#034;R&#233;flexions sur l'historiographie grecque de l'esclavage&#034;, dans J.-P. Vernant et P. Vidal-Naquet, Travail &amp; esclavage en Gr&#232;ce ancienne , Editions Complexe, Paris, 1988, p 98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Benveniste, Le vocabulaire des institutions indo-europ&#233;ennes , Les Editions de Minuit, Paris, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Benveniste, Idem , p. 355.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Benveniste, Ibid., p. 355.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Meillassoux, Anthropologie de l'esclavage , PUF, Paris, 1986, p 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Meillassoux, Op. Cit. , p 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Althusser, Ecrits sur la psychanalyse , Stock / IMEC, Paris, 1993, pp. 85-87.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Althusser, Idem , p 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. C. Bormans, 1995, II&#232;me Partie, Chapitre IV : &#034;Anthropologie de l'esclavage&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Moses I. Finley, Op. Cit., 1984 (voir la deuxi&#232;me partie et, en particulier le chapitre 6 : &#034;Entre l'esclavage et la libert&#233;&#034;, pp. 172-194).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emile Benveniste, Op. Cit. (en particulier le Livre I, section III : &#034;L'achat&#034;, pp. 123-147).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Polanyi, La grande transformation , Gallimard, Paris, 1983 (voir en particulier : &#034;L'&#233;volution du mod&#232;le du march&#233;&#034;, pp. 87-101) ; Emile Benveniste, Op. Cit. (en particulier le chapitre 11 : &#034;Un m&#233;tier sans nom : le commerce&#034;, pp. 139-147).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Expression que nous empruntons &#224; C. Palloix, De la socialisation , F. Masp&#233;ro, Paris, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Daget avait parfaitement raison de souligner qu'y compris au Nouveau Monde, &#034;une part nombreuse de l'effectif des cargaisons noires n'est pas constitu&#233;e d'esclaves confirm&#233;s mais de personnes fra&#238;chement captur&#233;es, actuellement en &#233;tat de captivit&#233; mais pas en &#233;tat d'esclavage, du moins selon l'acception juridique occidentale&#034; et que, g&#233;n&#233;ralement, m&#234;me les soci&#233;t&#233;s esclavagistes ne vendent pas volontiers leurs esclaves &#034;confirm&#233;s&#034;, &#034;lesquels, de diff&#233;rentes fa&#231;ons, participent de et &#224; la soci&#233;t&#233; parmi laquelle ils sont esclaves&#034; (S. Daget, La traite des Noirs , Ed. Ouest-France Universit&#233;, Paris, 1990, p 19). A cet &#233;gard, l'article 4 de la d&#233;claration universelle des Droits de l'Homme, en interdisant &#034;la traite des esclaves&#034;, r&#233;v&#232;le l'ambigu&#239;t&#233; th&#233;orique de son analyse, ambigu&#239;t&#233; n'apparaissant pas dans la Charte africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, qui interdit bien, elle, la &#034;traite des personnes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Surv&#233;lor, &#034;El&#233;ments historiques pour une approche socio-culturelle&#034;, Les Temps Modernes , 39e ann&#233;e, Avril-Mai 1983, n&#176; 441-442,pp. 2174-2176.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple : la v&#233;ridique histoire, par lui-m&#234;me, d'Olaudah Equiano, Africain, esclave aux Cara&#239;bes, homme libre , Editions Carib&#233;ennes, Paris, 1983 (en particulier les chapitres 2 et 3). Voir &#233;galement Gaston-Martin, Nantes au XVIIIe si&#232;cle - L'&#232;re des n&#233;griers - 1714-1774, Karthala, Paris, 1993 (en particulier le chapitre IV : &#034;De la captivit&#233; &#224; l'esclavage&#034;, pp. 110-135).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Surv&#233;lor, Op. Cit., p 2182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Surv&#233;lor, Op. Cit., p 2182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Surv&#233;lor, Op. Cit., pp. 2178-2180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Bourdieu, Le sens pratique , Minuit, Paris, 1980, p 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Surv&#233;lor, Op. Cit., pp. 2181-2182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Surv&#233;lor, Ibid., pp. 2181-2182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1995, p 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1995, pp. 7-8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;]BIT, 1993, p 15.] par cette forme de mise au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Br&#233;sil, &#034;le BIT a &#233;t&#233; saisi de beaucoup d'all&#233;gations faisant &#233;tat d'un &#034;esclavage blanc&#034; - escravidade branca - dont seraient victimes des milliers de travailleurs&#034;, dans le but de &#034;d&#233;fricher et convertir en p&#226;turages des milliers d'hectares de for&#234;ts&#034; [[BIT, 1993, p 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 15. Pour plus de pr&#233;cisions sur ce sujet, l'on peut se r&#233;f&#233;rer &#224; l'ouvrage de C. Geffray (1995), chapitre IV : &#171; Les camps de travail de &#034;l'esclavage blanc&#034; &#187;, pp. 53-63. En fait, les chats sillonnent les h&#244;tels et rach&#232;tent la dette des clients qui y vivaient &#224; cr&#233;dit depuis &#034;deux ou trois jours&#034;, ou &#034;deux ou trois semaines&#034; (Geffray, 1995, p 57), selon les cas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le BIT nous pr&#233;cisant que &#034;la r&#233;mun&#233;ration&#034; des buscones est elle-m&#234;me &#034;fonction du nombre de travailleurs qu'ils recrutent&#034; (BIT, 1993, p 16).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 16. &#034;Bien entendu, nous pr&#233;cise le BIT, les Ha&#239;tiens en situation irr&#233;guli&#232;re dans le pays peuvent difficilement porter plainte&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Finley, Op. Cit., 1984, p 171.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M.I. Finley, Ibid. , 1981, p 111 et 112. Bien loin de constituer une explication historique de l'esclavage, le fait que dans la guerre la personne du vaincu appartienne au vainqueur, constitue bien plus une des premi&#232;res justifications id&#233;ologiques de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Y. Garlan, Guerre et &#233;conomie en Gr&#232;ce ancienne , Editions La D&#233;couverte, Paris, 1989, p 79, et en particulier la section 2 du chapitre 4 intitul&#233;e &#034;Combien d'anciens prisonniers de guerre parmi les esclaves ?&#034;, pp. 79-83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M.I. Finley, Idem , 1981, p 110 et 111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1993, p 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1995, pp. 7-8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1995, p 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si bien d'ailleurs, que l'on ne saisit pas tr&#232;s bien la nuance que le BIT introduit entre l'&#171; esclavage moderne &#187;, la &#034;servitude pour dettes&#034; et le &#034;travail forc&#233; ou obligatoire&#034;, si ce n'est dans leurs rapports aux sph&#232;res priv&#233;e et publique, mais celles-ci sont souvent si &#233;troitement entrem&#234;l&#233;es que cette distinction est peu pertinente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Encore qu'il faille pr&#233;ciser &#224; cet &#233;gard, que si &#034;la haine ainsi que l'amour rend cr&#233;dule&#034;, comme le disait J.-J. Rousseau, la faim peut &#233;galement remplir ce r&#244;le &#224; merveille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple M. I. Finley, Op. Cit., 1984, p 175 ; ou Y. Garlan, Op. Cit., &#034;La servitude intra-communautaire&#034;, pp. 102-108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Furtado, La formation &#233;conomique du Br&#233;sil - de l'&#233;poque coloniale aux temps modernes -, Mouton, Paris, 1971, p 109 et suiv.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple sur ce sujet G. Mathias (1987) pour le Sud-Est br&#233;silien, et A. Garcia (1989) pour le Nord-Est.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Dock&#232;s et Bernard Rosier, 1988, pp. 277-278.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morice, 1987, pp. 48-49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-70&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-70&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;70&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morice, 1987, pp. 54-55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-71&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-71&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;71&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morice, 1987, p 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-72&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-72&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;72&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morice, 1987, p 66 et suiv.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-73&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-73&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;73&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morice, 1987, p 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-74&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-74&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;74&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morice, 1987, p 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-75&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-75&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;75&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bonnet, 1996, p 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-76&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-76&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;76&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. de Miras, &#171; L'informel : un mode d'emploi &#187;, dans L'Etat et l'informel , L'Harmattan, Paris, 1991, pp. 105-115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-77&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-77&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;77&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lautier, 1995, p 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-78&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-78&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-78&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;78&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lautier, 1994, p 112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-79&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-79&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-79&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;79&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lautier, 1995, p 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-80&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-80&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-80&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;80&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lautier, 1995, pp. 29-30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-81&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-81&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-81&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;81&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lautier, 1995, pp. 29-30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-82&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-82&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-82&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;82&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lautier, 1991, p 264.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-83&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-83&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-83&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;83&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lautier, 1995, p 386.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-84&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-84&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-84&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;84&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, 1995, p 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-85&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-85&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-85&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;85&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la corr&#233;lation &#034;Etat-esclavagisme&#034;, voir P. Dock&#232;s, 1979 et C. Bormans, 1995, pp. 342-348.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-86&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-86&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-86&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;86&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lautier, 1991, p 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-87&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-87&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-87&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;87&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet J. Donzelot, L'invention du social , Seuil, Paris, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-88&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-88&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-88&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;88&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lautier, 1995, p 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-89&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-89&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-89&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;89&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lautier, Op. Cit., 1995, p 385.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-90&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-90&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-90&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;90&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Steiner, 1995, p 166.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-91&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-91&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-91&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;91&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bart, 1995, pp. 27-29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-92&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-92&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-92&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;92&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lautier, 1991, p 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-93&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-93&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-93&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;93&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Lacan, T&#233;l&#233;vision , Seuil, 1974, p 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; AMIN Samir, &#034;Autour de l'abolition de l'esclavage par la premi&#232;re R&#233;publique&#034;, (Postface) dans Les abolitions de l'esclavage. De L. F. Sonthonax &#224; V. Sch&#339;lcher. 1793 - 1794 - 1848, Presses Universitaires de Vincennes et Editions UNESCO, Paris, 1995, pp. 397-402.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; BART Jean, &#034;Esclavage et servage tardif&#034;, dans Les abolitions de l'esclavage. De L. F. Sonthonax &#224; V. Sch&#339;lcher. 1793 - 1794 - 1848, Presses Universitaires de Vincennes et Editions UNESCO, Paris, 1995, pp. 27-29.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; BIT, Le travail dans le monde , Organisation internationale du Travail, Gen&#232;ve, 1985.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; BIT, Le travail dans le monde , Organisation internationale du Travail, Gen&#232;ve, 1993.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; BIT, Le travail des enfants , (Conseil d'administration - Commission de l'emploi et de la politique sociale), GB. 264/ESP/1, 264e session, Gen&#232;ve, novembre 1995.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; BORMANS Christophe, La r&#233;duction en esclavage et sa relation &#224; l'&#233;mancipation du concept d'&#233;conomie , Th&#232;se de doctorat de sciences &#233;conomiques, Universit&#233; de Picardie - Jules Verne, Amiens, 1995.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; CABANES Robert, COPANS Jean et SELIM Monique (sous la direction de), Salari&#233;s et entreprises dans les pays du Sud. Contribution &#224; une anthropologie politique des travailleurs, Karthala-ORSTOM, Paris, 1995.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; COPANS Jean, &#034;Remarques sur la nature du salariat en Afrique noire&#034;, Revue Tiers-Monde , Tome XXVIII, n&#176; 110, Avril-Juin 1987, PUF-IEDES, Paris, 1987, pp. 315-332.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; DOCKES Pierre, La lib&#233;ration m&#233;di&#233;vale , Flammarion, Paris, 1979.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; DOCKES Pierre et ROSIER Bernard, L'histoire ambigu&#235; , PUF, Paris, 1988.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; FINLEY Moses I., Esclavage antique et id&#233;ologie moderne , Paris, Ed. de Minuit, 1981.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; GARCIA Afri&#226;nio Jr., &#034;Libres et assujettis : la transition des travailleurs d&#233;pendants aux travailleurs libres dans le Nord-Est du Br&#233;sil&#034;, dans Acte de la Recherche en Sciences Sociales : &#034;La construction sociale de l'&#233;conomie&#034; , n&#176; 65, novembre 1986, Les Editions de Minuit, Paris, 1986, pp. 14-40.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; GARCIA Afri&#226;nio Jr., Libres et assujettis. March&#233; du travail et modes de domination au Nordeste , Editions de la Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 1989.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; GEFFRAY Christian, Chroniques de la servitudes en Amazonie br&#233;silienne. Essai sur l'exploitation paternaliste, Editions Karthala, Paris, 1995.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LAUTIER Bruno, &#034;L'&#233;conomie informelle, son r&#244;le social et la d&#233;mocratisation&#034;, dans les Cahiers Fran&#231;ais , n&#176; 270 : &#034;Les Tiers Mondes&#034;, mars-avril 1995, La Documentation fran&#231;aise, Paris, 1995, pp. 23-31.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LAUTIER Bruno, &#034;&#034;Les malheureux sont les puissants de la terre...&#034; (Repr&#233;sentations et r&#233;gulations &#233;tatiques de la pauvret&#233; en Am&#233;rique latine)&#034;, Revue Tiers Monde , Paris, PUF, Avril-Juin 1995, n&#176; 142, pp. 383-409.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LAUTIER Bruno, L'&#233;conomie informelle dans le tiers monde , La D&#233;couverte, coll. Rep&#232;res, Paris, 1994.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LAUTIER Bruno, &#034;Les travailleurs n'ont pas la forme. Informalit&#233; des relations de travail et citoyennet&#233; en Am&#233;rique latine&#034;, in LAUTIER Bruno, de MIRAS Claude et MORICE Alain, L'Etat et l'informel , Paris, L'Harmattan, 1991.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LEWIS Bernard, Race et esclavage au Proche-Orient , Gallimard, Paris, 1993.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; MATHIAS Gilberto, &#034;Etat et salarisation restreinte au Br&#233;sil&#034;, Revue Tiers-Monde , Tome XXVIII, n&#176; 110, Avril-Juin 1987, PUF-IEDES, Paris, 1987, pp. 333-346.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; MATHIEU Jean-Luc, La d&#233;fense internationale des Droits de l'Homme , PUF, coll. &#034;Que sais-je ?&#034;, Paris, 1993.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; MORICE Alain, &#034;Ceux qui travaillent gratuitement : un salaire confisqu&#233;&#034;, in AGIER M., COPANS J. et MORICE A. (coord.), Classes ouvri&#232;res d'Afrique noire , Karthala, Paris, 1987, pp. 45-76.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; POLLAUD-DULIAN Marcel, Aujourd'hui l'esclavage. Servitude et esclavage contemporains, Editions &#233;conomie et humanisme - Les Editions ouvri&#232;res, Paris, 1967.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ROLLAND P. ET TAVERNIER P., Textes sur la protection internationale des Droits de l'Homme , PUF, coll. &#034;Que sais-je ?&#034;, Paris, 1994.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; STEINER Philippe, &#034;L'esclavage chez les &#233;conomistes fran&#231;ais (1750-1803)&#034;, dans Les abolitions de l'esclavage , de L. F. Sonthonax &#224; V. Sch&#339;lcher - 1793-1794-1848, Presses Universitaires de Vincennes / Editions UNESCO, Paris, 1995.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; SURVELOR R., &#034;El&#233;ments historiques pour une approche socio-culturelle&#034;, Les Temps Modernes , 39e ann&#233;e, Avril-Mai 1983, n&#176; 441-442, pp. 2174-2208.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Croyance et &#201;conomie</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Croyance-et-Economie.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/Croyance-et-Economie.html</guid>
		<dc:date>2003-09-24T09:54:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Aussi l'&#233;conomie politique n'est-elle pas une science de calcul, mais une science morale. Elle &#233;gare quand on croit se guider par des nombres ; elle ne m&#232;ne au but que quand on appr&#233;cie les sentiments, les besoins et les passions des hommes &#187; (Sismondi). &lt;br class='autobr' /&gt; L'&#233;conomie moderne n&#233;oclassique semble tirer sa l&#233;gitimit&#233; de sa scientificit&#233;, &#224; laquelle elle oppose volontiers la croyance et l'id&#233;ologie. Comme Alfred Marshall, le p&#232;re fondateur de l'&#233;conomie n&#233;oclassique anglo-saxonne, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-et-sciences-humaines-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse et sciences humaines&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton48-aae3a.jpg?1757673670' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Aussi l'&#233;conomie politique n'est-elle pas une science de calcul, mais une science morale. Elle &#233;gare quand on croit se guider par des nombres ; elle ne m&#232;ne au but que quand on appr&#233;cie les sentiments, les besoins et les passions des hommes&lt;/i&gt; &#187; (Sismondi).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;conomie moderne n&#233;oclassique semble tirer sa l&#233;gitimit&#233; de sa scientificit&#233;, &#224; laquelle elle oppose volontiers la croyance et l'id&#233;ologie. Comme Alfred Marshall, le p&#232;re fondateur de l'&#233;conomie n&#233;oclassique anglo-saxonne, le soulignait dans ses c&#233;l&#232;bres Principes d'&#233;conomie politique, publi&#233;s en 1890 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [...] La plus grande partie des actions dues &#224; un sentiment de devoir et d'amour envers le prochain ne peuvent pas &#234;tre class&#233;es, ramen&#233;es &#224; des lois et mesur&#233;es. C'est pour cette raison, et non pour la raison qu'elles ne sont pas bas&#233;es sur l'int&#233;r&#234;t personnel, que l'&#233;conomie politique ne peut pas &#233;difier sur elles ses constructions &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Marshall, Principes d'&#233;conomie politique, Livre I, Chapitre cinqui&#232;me, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est pourtant d'une simplicit&#233; d&#233;concertante de d&#233;montrer que toute l'&#233;conomie politique classique tire quant &#224; elle sa l&#233;gitimit&#233; de l'&#233;thique de l'Ancien Testament. Les d&#233;veloppements men&#233;s afin de l&#233;gitimer les raisonnements &#233;conomiques concernant ces probl&#232;mes cruciaux pour l'&#233;conomie que sont la raret&#233; et la valeur, le probl&#232;me des facteurs de production (travail et capital) de la monnaie et de l'autor&#233;gulation du syst&#232;me &#233;conomique dans son ensemble d&#233;coulent, tr&#232;s nettement, de la Gen&#232;se et des dix commandements. Lorsque l'on sait que les &#233;conomistes n&#233;oclassiques ne tirent eux-m&#234;mes leur l&#233;gitimit&#233; que de leurs p&#232;res fondateurs, il est difficile de soutenir, comme le fait pourtant Alfred Marshall, que la croyance ou l'id&#233;ologie aient &#233;t&#233; &#224; jamais bannies de leur &#171; science &#187;. Est-ce &#224; dire que l'&#233;conomie ne va pas sans la croyance ? Disons plut&#244;t que le probl&#232;me fondamental est que la croyance sous jacente &#224; ses raisonnements est tout bonnement ni&#233;e par l'&#233;conomie scientifique moderne, que l'on pourrait d&#232;s lors accuser, sans jeu de mot, de mauvaise foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le Seigneur Dieu le fit sortir ensuite du jardin d&#233;licieux &#187;... La Fin de l'abondance et le d&#233;but de la raret&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du chapitre troisi&#232;me de la Gen&#232;se, se trouve l'&#233;pisode o&#249; Dieu chasse Adam et &#200;ve du paradis terrestre. Ayant eu peur de la voix de Dieu, Adam se cachait, sachant d&#233;sormais qu'il &#233;tait nu. Dieu l'appelle : &#171; O&#249; &#234;tes-vous ? &#187;, et comprend qu'ils ont mang&#233; du fruit de l'arbre d&#233;fendu (3, 11). Bien entendu, le serpent est lui-m&#234;me maudit entre tous les animaux et devra d&#233;sormais se contenter de ramper sur le ventre. Mais surtout, la terre elle-m&#234;me, est &#171; maudite &#187; (3, 17) : elle &#171; produira des &#233;pines et des ronces &#187; et les hommes devront se nourrir non pas de fruit, mais &#171; de l'herbe de la terre &#187; (3,18), c'est-&#224;-dire du &#171; pain &#187; (3,19). Et pour emp&#234;cher qu'Adam ne porte &#224; nouveau &#034;sa main &#224; l'arbre de la vie&#034;, et qu'en en mangeant &#224; nouveau &#171; il ne vive &#233;ternellement &#187;, c'est-&#224;-dire pour emp&#234;cher qu'il ne devienne l'&#233;gal de Dieu, il devra se contenter de conna&#238;tre &#171; le bien et le mal &#187; et, finalement, est chass&#233; du &#171; paradis de d&#233;lices &#187; que Dieu avait plant&#233; au commencement (2, 8) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Seigneur Dieu le fit sortir ensuite du jardin d&#233;licieux &#187; (3, 23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute du paradis et la terre d&#233;sormais maudite signent la fin du r&#232;gne de l'abondance et le d&#233;but de la raret&#233;. Or, ce qui est rare est cher. Qu'exprime donc la th&#233;orie de la valeur raret&#233;, si ch&#232;re, quant &#224; elle, aux &#233;conomistes classiques et n&#233;oclassiques, que cette chute du paradis ? C'est ce qu'exprime tr&#232;s clairement Auguste Walras (1800-1866), &#233;conomiste fran&#231;ais - et p&#232;re du fondateur de l'&#233;conomie n&#233;oclassique L&#233;on Walras (1834-1910) -, dans son c&#233;l&#232;bre trait&#233; d'&#233;conomie politique, &#171; De la nature de la richesse et de l'origine de la valeur &#187;, publi&#233; en 1831. Posant les fondements de l'&#233;conomie politique n&#233;oclassique en France, Auguste Walras commence par reconna&#238;tre que &#171; la limitation de certaines choses utiles &#187; fait sans aucun doute partie de &#171; l'ordre universel &#187; et rempli &#171; dignement &#187;, dit-il, &#171; la place qui lui a &#233;t&#233; assign&#233;e par l'auteur de la nature &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si Dieu avait voulu que tous nos besoins fussent satisfaits par des biens illimit&#233;s, sans doute il aurait pu le faire ; et, puisqu'il en a dispos&#233; autrement, il faut croire qu'il a eu un but : ce but m&#234;me n'est pas difficile &#224; saisir. La raret&#233; de certains biens, la valeur dont ils sont dou&#233;s et le sacrifice qu'exige leur acquisition, sont tr&#232;s propres &#224; donner l'essor &#224; notre industrie, et contribuent puissamment au d&#233;veloppement de toutes nos facult&#233;s. Ainsi, sous le rapport de la morale et d'une saine philosophie, la limitation de certaines choses utiles, et la valeur qui en d&#233;pend, sont &#224; l'abri de toute critique ou de toute objection solide &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, comme Auguste Walras le pr&#233;cise tout de suite apr&#232;s, ce &#171; respect &#187; et cette &#171; reconnaissance pour la Providence divine &#187;, ne g&#234;ne en rien de discuter des &#171; cons&#233;quences &#233;conomiques &#187; qui r&#233;sultent de cette valeur et de cette raret&#233;. Il n'en demeure pas moins que d&#232;s les premiers pas de l'&#233;conomie politique, l'essor de l'industrie capitaliste se trouve d'embl&#233;e une l&#233;gitimit&#233; divine, fond&#233;e sur la th&#233;orie de la valeur, elle-m&#234;me assise sur la chute du paradis terrestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Vous enfanterez dans la douleur &#187;... Le travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le probl&#232;me de la valeur a d'abord &#233;t&#233; envisag&#233; par les &#233;conomistes classiques, anglais notamment, sous la forme de la valeur travail. Cependant, l&#224; encore, il &#233;tait impossible &#224; l'&#233;conomie politique classique de se d&#233;partir d'une certaine conception du travail toute droite issue de cette m&#234;me chute du paradis terrestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au m&#234;me moment, en effet, que Dieu d'adressa &#224; la femme et, avant de lui donner son nom, &#200;ve (3, 20), lui dit tout de go : &#171; Je multiplierai vos maux et vos grossesses. Vous enfanterez dans la douleur &#187; (3, 16). Dieu s'adresse &#233;galement &#224; Adam, et lui dit clairement que d'avoir &#233;cout&#233; la voix de sa femme, et d'avoir mang&#233; du fruit de l'arbre dont il lui avait d&#233;fendu de manger, non seulement &#171; la terre sera maudite &#187;, mais surtout, &#171; c'est &#224; force de travail &#187; qu'il en tirera de quoi se nourrir toute votre vie durant (3, 17). Ce n'est qu'&#224; la &#171; sueur &#187; de son visage qu'il mangera son pain et, en outre, il est bien pr&#233;cis&#233; que c'est &#171; pour travailler &#224; la culture de la terre &#187; (3, 23) que le Seigneur Dieu les fit sortir du jardin d&#233;licieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien cette conception du travail qui va pr&#233;valoir lorsque, &#224; la disparition progressive de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, l'&#233;conomie politique classique va forger le terme de travail qui, jusque-l&#224; n'&#233;tait nullement utilis&#233; dans l'acception courante qu'on lui attribue aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le fait judicieusement remarquer l'&#233;conomiste et anthropologue Maurice Godelier dans son Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, cette double acception du travail, celle de douleur et de maux d'une part, et celle d'accouchement de l'autre, se rencontre d&#232;s le XIIe si&#232;cle. &#192; l'&#233;poque, le vocable de &#171; travail &#187; d&#233;signe un instrument de torture fait de trois pieux, &#171; tripalium &#187;, et &#171; travailler &#187; signifie avant tout torturer. &#192; la m&#234;me &#233;poque cependant, l'on retrouve &#233;galement la seconde acception du m&#234;me vocable. Le &#171; travail &#187; d&#233;signe &#233;galement &#171; les efforts faits par une femme pour accoucher &#187; - cette expression subsistant toujours d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, le travail, &#224; l'&#233;poque, ne signifie nullement l'ensemble des activit&#233;s humaines coordonn&#233;es en vue de produire ou de contribuer &#224; produire ce qui semble le plus utile &#224; l'homme. Dans la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, il n'y a pas de terme g&#233;n&#233;rique pour le fait de travailler, mais bien plut&#244;t, un ensemble de termes qui, chacun, vient d&#233;signer une activit&#233; agricole pr&#233;cise, comme labeur pour le labourage, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'avec l'&#233;mergence progressive d'une soci&#233;t&#233; organis&#233;e autour d'un march&#233;, que le terme de travail va progressivement se substituer &#224; ceux, plus sp&#233;cifiques, d&#233;signant le fait d'&#339;uvrer sur une terre. Ainsi, le vocable m&#234;me de travail au sens que lui donne le vocabulaire de l'&#233;conomie politique classique du XVIIIe si&#232;cle, est-il lui-m&#234;me d&#233;riv&#233;, aussi bien d'un strict point de vue &#233;tymologique que du point de vue du sens courant, du troisi&#232;me chapitre de la Gen&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Vous ne vous ferez point d'idoles ni d'image taill&#233;e &#187;... Le capital et la monnaie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;it&#233;rant ses dix commandements au d&#233;but du chapitre vingt-six du L&#233;vitique, Dieu commence par faire explicitement allusion &#224; l'&#233;pisode dit du &#171; Veau d'or &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis le Seigneur votre Dieu : Vous ne vous ferez point d'idoles ni d'image taill&#233;e, vous ne dresserez point de colonnes ni de monuments, et vous n'&#233;rigerez point dans votre terre de pierre remarquable par quelque superstition, pour l'adorer. Car Je suis le Seigneur votre Dieu &#187; (L&#233;vitique, 26, 1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au chapitre trente-deux de l'Exode, en effet, alors que Mo&#239;se se trouve sur le mont Sina&#239; et qu'il parle avec Dieu, le peuple s'impatiente. Voyant que Mo&#239;se tardait &#224; redescendre de la montagne, le peuple se rebelle. Femmes et enfants &#244;tent leurs boucles d'oreilles et leurs pendentifs, puis les jettent en fonte, afin de former un veau d'or, une idole, devant lequel ils dressent finalement un autel pour lui offrir des holocaustes. Le peuple lui-m&#234;me s'adonne &#224; la mauvaise conduite, ne pense plus qu'&#224; manger et boire, chanter et danser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que Dieu demanda &#224; Mo&#239;se de descendre, car son peuple avait &#171; p&#233;ch&#233; &#187; (Exode, 32, 7). Alors qu'il a encore dans ses mains &#171; les deux tables du t&#233;moignage &#187; fra&#238;chement grav&#233;es de la main de Dieu, Mo&#239;se est frapp&#233; de stupeur lorsqu'il constate avec d&#233;solation le triste spectacle qui s'offre &#224; lui : autour du veau d'or, s'animent danses et beuveries. Mo&#239;se entre alors dans une grande col&#232;re : il jette les tables, les brisants au pied de la montagne, puis, s'emparant du veau, il le jette &#224; son tour dans le feu. Le veau r&#233;duit en poudre, il jette cette poudre dans de l'eau qu'il fait boire jusqu'&#224; la lie &#224; tout le peuple (Exode, 32, 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Livre des Psaumes en outre, l'Ancien Testament rappelle par le psaume de David (XIV) que celui qui pratique la justice et la droiture (celui &#171; qui dit la v&#233;rit&#233; dans son c&#339;ur &#187; et ne fait pas de mal &#224; son prochain), ne doit pas non plus donner &#171; son argent &#224; usure &#187; (Psaume, 14, 5). Celui qui se conduit ainsi &#171; ne sera jamais &#233;branl&#233; &#187;, il est juste, il vivra, dit le Seigneur, l'Eternel (Livre des Psaumes, 14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, les penseurs scolastiques se sont empress&#233;s de faire respecter &#224; la lettre l'Ancien Testament et dans ces conditions, il &#233;tait difficile qu'un &#233;change mon&#233;taire profitable, qu'il s'effectue avec de l'or ou de l'argent, puisse v&#233;ritablement &#233;merger comme principe organisateur de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, par cons&#233;quent, les &#233;conomistes, qui pr&#244;nent l'&#233;change mon&#233;taire en esp&#232;ces sonnantes et tr&#233;buchantes et la pratique du pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, se conduisent bien plus comme le peuple d'Isra&#235;l avec Mo&#239;se, qu'en respectant &#224; la lettre la parole divine. Enfin, pourrait-on penser, quelques id&#233;es subversives par rapport &#224; la croyance en Dieu, vient animer l'&#233;conomie politique ! Regardons-y cependant d'un peu plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il y eut bien les mercantilistes qui subvertirent le commandement de l'&#201;ternel et qui trouv&#232;rent grand int&#233;r&#234;t &#224; rapporter &#224; leurs rois, les pi&#232;ces de m&#233;tal jaune des nouveaux continents. Il aura d'abord fallu pour cela, convaincre les grandes puissances catholiques. Apr&#232;s avoir &#233;chou&#233; aupr&#232;s de Jean II du Portugal et aupr&#232;s des rois d'Angleterre et de France, Christophe Colomb s&#233;duit finalement la Couronne espagnole en d&#233;clarant qu'avec l'or, &#171; on peut tout faire, on peut m&#234;me faire entrer des &#226;mes au Paradis &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Colomb, cit&#233; par G. Lelarge, Dictionnaire th&#233;matique de citations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il nous faut bien vite revenir &#224; la r&#233;alit&#233; de l'&#233;conomie politique orthodoxe. Nous n'avons &#233;voqu&#233; l&#224; que le mercantilisme espagnol, dont le raisonnement ne va pas mener la couronne espagnole tr&#232;s loin, tant il semblait confondre la cons&#233;quence de la richesse, l'accumulation de m&#233;taux pr&#233;cieux, avec sa cause m&#234;me, qu'il n'avait pas encore r&#233;ussie &#224; d&#233;gager clairement. Cette erreur, ni le mercantilisme commercial anglais, ni le mercantilisme industriel fran&#231;ais ne la commettront. Bien au contraire, c'est en promouvant le commerce ext&#233;rieur (mercantilisme anglais) et l'industrie royale (mercantilisme fran&#231;ais), que na&#238;tra v&#233;ritablement l'&#233;conomie politique classique, puis n&#233;oclassique, laquelle recommande tr&#232;s clairement la plus grande prudence &#224; l'attention de la nouvelle idole de fonte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on la d&#233;signe sous la forme de l'or, v&#233;ritable &#171; &#233;talon &#187; ou &#171; idole &#187; moderne grav&#233;e, ou sous la forme de papier-monnaie repr&#233;sentant la t&#234;te du Monarque repr&#233;sentant de Dieu dans ce bas monde, les &#233;conomistes rel&#232;guent la plupart du temps son &#233;tude en appendice de leurs manuels, pr&#233;textant la c&#233;l&#232;bre loi de Walras, selon laquelle, si &#171; n moins un &#187; march&#233;s sont en &#233;quilibres, le n-i&#232;me l'est n&#233;cessairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que reprend ici en ch&#339;ur toute l'&#233;conomie orthodoxe, si ce n'est le premier commandement du vingt-sixi&#232;me chapitre du L&#233;vitique, le fameux &#171; Vous ne vous ferez point d'idoles ni d'image taill&#233;e &#187; ? Les dangers, clam&#233;s haut et fort par l'orthodoxie &#233;conomique, du ph&#233;nom&#232;ne de l'inflation, c'est-&#224;-dire de la multiplication des signes mon&#233;taires, ne sont que preuves appuy&#233;es de ce respect &#224; la lettre de l'Ancien Testament par l'&#233;conomie politique. La multiplication des signes mon&#233;taires devient, comme dans l'&#233;pisode du Veau d'or, la cause de la rupture des lois &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux, Milton Friedman, le grand r&#233;novateur de la pens&#233;e classique et n&#233;oclassique au XXe si&#232;cle et prix Nobel d'&#233;conomie en 1976, se substitue purement et simplement &#224; Mo&#239;se, et n'h&#233;site pas une seule seconde &#224; comparer l'inflation &#224; l'alcoolisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'inflation est comme l'alcoolisme. Lorsqu'un homme se livre &#224; une beuverie, le soir m&#234;me cela lui fait du bien. Ce n'est que le lendemain qu'il se sent mal &#187; (Milton Friedman, Inflation et syst&#232;mes mon&#233;taires, 1969).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on se rappelle en effet, que l'&#233;pisode du Veau d'or est &#233;galement celui des danses et des &#171; beuveries &#187; du peuple de Mo&#239;se, l'on est en droit de soutenir que le seul mot d'ordre de l'&#233;conomie n&#233;oclassique en mati&#232;re de politique &#233;conomique, se confond purement et simplement avec le premier commandement du chapitre vingt-six du L&#233;vitique. &#192; cause unique, rem&#232;de unique : Milton Friedman conseille tout simplement aux gouvernements de &#171; fabriquer moins de monnaies &#187;, bref, de se faire moins d'image, &#171; point d'idole &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au probl&#232;me de l'&#233;pargne et du capital, il d&#233;coule logiquement de celui de l'usure et du pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, tant les &#233;conomistes orthodoxes mettent un point d'honneur &#224; faire du taux d'int&#233;r&#234;t le prix du capital. Car l&#224; encore, selon l'expression m&#234;me d'Adam Smith, &#171; les capitaux augmentent par l'&#233;conomie ; ils diminuent par la prodigalit&#233; et la mauvaise conduite &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adam Smith, La Richesse des nations, Livre II, chapitre III, &#034;Du travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, l'&#233;conomie, au sens premier du terme, c'est l'&#233;pargne certes, mais c'est surtout l'abstinence : c'est s'abstenir de la prodigalit&#233; et de la mauvaise conduite, s'abstenir de boire, de chanter et de danser devant l'idole. C'est fondre en un seul veau de fonte, tous les bijoux et boucle d'oreilles, et s'abstenir de les consommer. C'est cela, &#233;pargner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, John Maynard Keynes ne croyait pas si bien dire lorsqu'il soutenait que cette repr&#233;sentation de l'abstinence &#233;tait le v&#233;ritable &#171; postulatum d'Euclide de la th&#233;orie classique &#187; et que &#171; cette hypoth&#232;se une fois admise &#187;, tout le reste en d&#233;coulait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. M. Keynes, Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'emploi, de l'int&#233;r&#234;t et de la monnaie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Main invisible ou Main de Dieu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;montr&#233; toute la l&#233;gitimit&#233; de leurs th&#233;ories de la valeur, du travail, du capital et de la monnaie, en l'attribuant &#224; leur seule &#171; science &#187;, il ne restait plus aux &#233;conomistes qu'&#224; d&#233;montrer qu'il en r&#233;sulterait, pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, un bien-&#234;tre sans pr&#233;c&#233;dent et une harmonie sup&#233;rieure &#224; toutes celles qu'avaient jusque-l&#224; connue les soci&#233;t&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, les &#233;conomistes classiques n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; emprunter des m&#233;taphores hautement significatives. &#192; la m&#233;taphore diabolique du &#171; Banquet de la nature &#187;, du Pasteur Robert Malthus, justifiant par la raret&#233; &#171; naturelle &#187;, que n'est pas convi&#233; qui veut au dit banquet, avait d&#233;j&#224; pr&#233;c&#233;d&#233;, en 1776, la c&#233;l&#232;bre m&#233;taphore de la &#171; Main invisible &#187; du th&#233;ologien Smith, p&#232;re fondateur de l'&#233;conomie politique classique et orthodoxe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par cons&#233;quent, puisque chaque individu t&#226;che, le plus qu'il peut, 1&#176; d'employer son capital &#224; faire valoir l'industrie nationale, et 2&#176; de diriger cette industrie de mani&#232;re &#224; lui faire produire la plus grande valeur possible, chaque individu travaille n&#233;cessairement &#224; rendre aussi grand que possible le revenu annuel de la soci&#233;t&#233;. &#192; la v&#233;rit&#233;, son intention, en g&#233;n&#233;ral, n'est pas en cela de servir l'int&#233;r&#234;t public, et il ne sait m&#234;me pas jusqu'&#224; quel point il peut &#234;tre utile &#224; la soci&#233;t&#233;. [...] En dirigeant cette industrie de mani&#232;re &#224; ce que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu'&#224; son propre gain ; en cela, comme dans beaucoup d'autres cas, il est conduit par une main invisible &#224; remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions ; et ce n'est pas toujours ce qu'il y a de plus mal pour la soci&#233;t&#233;, que cette fin n'entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son int&#233;r&#234;t personnel, il travaille souvent d'une mani&#232;re bien plus efficace pour l'int&#233;r&#234;t de la soci&#233;t&#233;, que s'il avait r&#233;ellement pour but d'y travailler &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adam Smith, La Richesse des nations, Livre IV, chapitre II, Des entraves &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, devant la haute connotation divine de cette Main invisible &#224; laquelle Smith fait appel pour justifier des bienfaits de la soci&#233;t&#233; capitaliste naissante, tous les croyants vont penser bon de devoir se mobiliser pour promouvoir l'organisation du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, d&#232;s le d&#233;but du XVIIIe si&#232;cle, un certain nombre de penseurs vont confronter le mod&#232;le th&#233;orique l&#233;gitim&#233; par l'&#233;conomie orthodoxe &#224; la r&#233;alit&#233; des faits, et ne vont pas se priver de d&#233;noncer les effets d&#233;l&#233;t&#232;res, au quotidien, de l'industrialisation. Au premier rang de ceux qui tente de pr&#233;server les liens privil&#233;gi&#233;s que l'homme entretiendrait avec la terre, l'on retrouve, bien entendu, le catholicisme social. Le probl&#232;me est que l'Eglise elle-m&#234;me, par l'interm&#233;diaire de L&#233;on XIII, pape de 1878 &#224; 1903, ne semble pas croire que les lois naturelles puissent se confondre avec celles de l'&#233;conomie. Dans sa c&#233;l&#232;bre encyclique de 1891, le &#171; pape des ouvriers &#187;, aborde la question des in&#233;galit&#233;s produites par le syst&#232;me capitaliste et, tout en r&#233;futant le socialisme, ass&#232;ne son mot d'ordre :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Il faut mettre l'&#233;conomie au service de l'homme &#187; (L&#233;on XIII, Rerum novarum, 1891).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant les attaques conjointes de l'utopie, de la r&#233;forme et du socialisme, l'&#233;conomie politique classique et orthodoxe va, &#224; partir de la fin du XIXe si&#232;cle, &#233;voluer en un courant n&#233;oclassique. Mais qu'est-ce qui distingue, finalement, les classiques des n&#233;oclassiques ? Essentiellement la m&#233;thodologie utilis&#233;e. Alors que les &#233;conomistes classiques proc&#233;daient par m&#233;taphores philosophico-morales afin de d&#233;montrer la sup&#233;riorit&#233; du syst&#232;me lib&#233;ral de march&#233; comme principe organisateur de la r&#233;alit&#233; sociale, les &#233;conomistes n&#233;oclassiques vont d&#233;sormais utiliser l'outil math&#233;matique pour asseoir leurs propres m&#233;taphores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ne nous trompons pas. Ne confondons pas la d&#233;monstration proprement dite, l'outil, et l'hypoth&#232;se que l'on souhaite soutenir. Si les outils de pr&#233;dilections utilis&#233;s par les &#233;conomistes n&#233;oclassiques pour asseoir leurs th&#232;ses et d&#233;montrer leurs hypoth&#232;ses sont bien les math&#233;matiques, la th&#232;se, elle, a toujours &#233;t&#233; et ne sera jamais autre chose, qu'une m&#233;taphore. Que ce soit la &#171; Main invisible &#187; de Smith, ou le &#171; Passager clandestin &#187; des &#233;conomistes n&#233;oclassiques, n'y change rien, il s'agit dans les deux cas de m&#233;taphores. Ce qui change uniquement, c'est la mani&#232;re de la faire entendre : le raisonnement purement philosophique et moral dans un cas, le raisonnement math&#233;matique &#224; la marge, dans l'autre. D'ailleurs, bon nombre de th&#232;ses et d'hypoth&#232;ses des n&#233;oclassiques font d&#233;j&#224; partie int&#233;grante du corpus th&#233;orique central de l'&#233;conomie politique classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses les plus sophistiqu&#233;es des &#233;conomistes n&#233;oclassiques se trouvent d&#233;j&#224;, pour la plupart, clairement &#233;nonc&#233;es par les &#233;conomistes classiques. La th&#233;orie du salaire d'efficience est d&#233;j&#224; clairement envisag&#233;e par Smith, le th&#233;or&#232;me d'impossibilit&#233; de K. Arrow est la reprise du paradoxe de Condorcet, quant &#224; la fameuse courbe de A. Laffer, elle est d&#233;j&#224; explicitement &#233;nonc&#233;e par J. B. Say. Ce qui change, c'est uniquement la d&#233;monstration : courbe en dos d'&#226;ne dans un espace g&#233;om&#233;trique &#224; deux dimensions et outillage math&#233;matique sophistiqu&#233; dans le premier cas, formule sibylline et percutante dans l'autre : &#171; Une diminution d'imp&#244;ts, en multipliant les jouissances du public, augmente les recettes du fisc &#187;. Entre les deux m&#234;mes hypoth&#232;ses : plus d'un si&#232;cle et demi de raisonnements math&#233;matiques n&#233;oclassiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, alors que les &#233;conomistes classiques n'arrivaient pas &#224; totalement dissimuler et parfois m&#234;me l&#233;gitimaient leur raisonnement &#224; l'aide de r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#201;criture sainte, la science &#233;conomique n&#233;oclassique se contente de gommer ces r&#233;f&#233;rences et tente de l&#233;gitimer le raisonnement par la science et les math&#233;matiques. Mais le raisonnement &#233;tant le m&#234;me, en ce qu'il se propose de d&#233;montrer la sup&#233;riorit&#233; de l'&#233;conomie de march&#233;, l'&#233;conomie moderne est, qu'elle le veuille ou non, bas&#233;e sur cette croyance premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironie du sort, les &#233;conomistes n&#233;oclassiques prennent leurs r&#233;f&#233;rences derni&#232;res, leur l&#233;gitimit&#233; dans la continuit&#233; de la discipline, l&#224; m&#234;me o&#249; la croyance en Dieu &#233;tait la plus affirm&#233;e, comme chez Fr&#233;d&#233;ric Bastiat, par exemple, que d'aucuns n'h&#233;site pas &#224; &#233;lever au rang de p&#232;re fondateur du lib&#233;ralisme moderne. Or, son ouvrage majeur, les Harmonies &#233;conomiques, est parcouru de m&#233;taphores divines et Fr&#233;d&#233;ric Bastiat y avoue explicitement sa r&#233;f&#233;rence au Nouveau Testament :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a dans ce livre une pens&#233;e dominante ; elle plane sur toutes ses pages, elle vivifie toutes ses lignes. Cette pens&#233;e est celle qui ouvre le symbole chr&#233;tien : Je crois en dieu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Bastiat, Harmonies &#233;conomiques, Introduction au chapitre XX.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence fondamentale entre l'&#233;conomie classique et l'&#233;conomie n&#233;oclassique ne serait-elle pas finalement elle aussi l&#233;gitim&#233;e par la diff&#233;rence entre un Ancien Testament d'une part et un Nouveau Testament de l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remise en cause par les nouveaux &#233;conomistes des hypoth&#232;ses traditionnelles de la concurrence pure et parfaite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. C. Bormans, L'Indispensable de la Pens&#233;e &#201;conomique, Chapitre X, Jeunes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est peut-&#234;tre une tentative de d&#233;passer cette l&#233;gitimit&#233; que l'&#233;conomie politique a d&#232;s l'origine puis&#233; &#224; la source de la religion jud&#233;o-chr&#233;tienne. La reconnaissance d'une dynamique &#233;conomique de d&#233;s&#233;quilibres et d'un march&#233; imparfait qui n'est plus exclusivement r&#233;gie par une main invisible tomb&#233;e du ciel, constitue sans doute une nouvelle tentative d'asseoir la th&#233;orie des &#233;changes sur de nouvelles bases, d&#233;gag&#233;e de l'imagerie pieuse de l'&#233;conomie des XVIIIe et XIXe si&#232;cles. Cependant, les concepts d'anticipation, de rationalit&#233; limit&#233;e et de confiance ne sont-ils pas autant de termes substitutifs pour ce que l'on a eu de tout temps coutume d'appeler croyance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science a horreur du Vide, du Souffle du Verbe et de la Cr&#233;ation qu'elle m&#233;conna&#238;t et tente de nier par-dessus tout. La science &#233;conomique n'y &#233;chappe pas. Certes, elle a des effets, mais ils sont eux-m&#234;mes, au fur et &#224; mesure qu'elle avance, effet de distraction, c'est-&#224;-dire d'obstruction de la diff&#233;rence et du vide. Ils font &#171; &#233;cran &#187; &#224; la diff&#233;rence radicale, pour jouer ici sur le mot &#171; &#233;cran &#187;, symbolisant ce que la science moderne consid&#232;re comme l'une de ses plus grandes inventions, l'&#233;cran, celui-ci se d&#233;clinant &#224; l'infini : &#233;cran de cin&#233;ma d'abord, de t&#233;l&#233;vision ensuite, d'ordinateur et de t&#233;l&#233;phone portable d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons cependant le dernier mot &#224; un &#233;conomiste, Fr&#233;d&#233;ric Bastiat qui, dans la conclusion de son dernier chapitre des Harmonies &#201;conomiques, exprimait d'une mani&#232;re beaucoup plus rigoureusement et po&#233;tique, l'hypoth&#232;se que nous nous sommes attach&#233;e &#224; soutenir dans ce texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'homme est ainsi fait. Quand un ph&#233;nom&#232;ne l'affecte, il en cherche la cause, et s'il la trouve, il la nomme. Puis il se met &#224; chercher la cause de cette cause, et ainsi de suite jusqu'&#224; ce que, ne pouvant plus remonter, il s'arr&#234;te et dise : C'est Dieu, c'est la volont&#233; de Dieu. Voil&#224; notre ultima ratio. Cependant le temps d'arr&#234;t de l'homme n'est jamais que momentan&#233;. La science progresse, et bient&#244;t cette seconde, ou troisi&#232;me, ou quatri&#232;me cause, qui &#233;tait rest&#233;e inaper&#231;ue, se r&#233;v&#232;le &#224; ses yeux. Alors la science dit : Cet effet n'est pas d&#251;, comme on le croyait, &#224; la volont&#233; imm&#233;diate de Dieu, mais &#224; cette cause naturelle que je viens de d&#233;couvrir. - Et l'humanit&#233;, apr&#232;s avoir pris possession de cette d&#233;couverte, se contentant, pour ainsi parler, de d&#233;placer d'un cran la limite de sa foi, se demande : Quelle est la cause de cette cause ? - Et ne la voyant pas, elle persiste dans son universelle explication : C'est la volont&#233; de Dieu. - Et ainsi pendant des si&#232;cles ind&#233;finis, dans une succession innombrable de r&#233;v&#233;lations scientifiques et d'actes de foi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#233;d&#233;ric Bastiat, Rapports de l'&#233;conomie politique avec la morale, avec la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Marshall, Principes d'&#233;conomie politique, Livre I, Chapitre cinqui&#232;me, &#171; L'objet de l'&#233;conomie politique &#187;, &#167;7, 1890.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Colomb, cit&#233; par G. Lelarge, Dictionnaire th&#233;matique de citations &#233;conomiques et sociales, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adam Smith, La Richesse des nations, Livre II, chapitre III, &#034;Du travail productif et du travail non productif, de l'accumulation du capital&#034;, 1776.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. M. Keynes, Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'emploi, de l'int&#233;r&#234;t et de la monnaie, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adam Smith, La Richesse des nations, Livre IV, chapitre II, Des entraves &#224; l'importation seulement des marchandises qui sont de nature &#224; &#234;tre produite par l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F. Bastiat, Harmonies &#233;conomiques, Introduction au chapitre XX.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. C. Bormans, L'Indispensable de la Pens&#233;e &#201;conomique, Chapitre X, Jeunes &#201;ditions, Paris, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fr&#233;d&#233;ric Bastiat, Rapports de l'&#233;conomie politique avec la morale, avec la politique, avec la l&#233;gislation, avec la religion, Harmonies &#201;conomiques, Chapitre XXV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte constitue une premi&#232;re version d'un article publi&#233; dans l'ouvrage intitul&#233; &#171; La Croyance &#187; (Studyrama, Collection &#171; Principes - Culture g&#233;n&#233;rale &#187;, Jeunes &#201;ditions, Paris, Septembre 2003, pp. 245-254).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;change : mythe ou fable de l'&#233;conomie politique ?</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/L-echange-mythe-ou-fable-de-l.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/L-echange-mythe-ou-fable-de-l.html</guid>
		<dc:date>2002-10-03T09:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; On veille on pense &#224; tout &#224; rien &lt;br class='autobr' /&gt;
On &#233;crit des vers de la prose &lt;br class='autobr' /&gt;
On doit trafiquer quelque chose &lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant le jour qui vient &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Aragon, Quatorzi&#232;me arrondissement. &lt;br class='autobr' /&gt; L'&#233;change est, par d&#233;finition, au c&#339;ur de l'&#233;conomie, puisque celle-ci peut se d&#233;finir, selon une conception allant de Smith &#224; Walras, comme la science dont l'objet est de fournir la solution &#224; la fois pratique et th&#233;orique au probl&#232;me de l'&#233;change. L'acte de naissance de l'&#233;conomie politique date de 1776 et nous est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-et-sciences-humaines-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse et sciences humaines&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton70-24835.jpg?1757673670' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On veille on pense &#224; tout &#224; rien&lt;br /&gt;
On &#233;crit des vers de la prose&lt;br /&gt;
On doit trafiquer quelque chose&lt;br /&gt;
En attendant le jour qui vient&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
Aragon, &lt;i&gt;Quatorzi&#232;me arrondissement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;change est, par d&#233;finition, au c&#339;ur de l'&#233;conomie, puisque celle-ci peut se d&#233;finir, selon une conception allant de Smith &#224; Walras, comme la science dont l'objet est de fournir la solution &#224; la fois pratique et th&#233;orique au probl&#232;me de l'&#233;change. L'acte de naissance de l'&#233;conomie politique date de 1776 et nous est fourni par le texte inaugural d'Adam Smith, &lt;i&gt;Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations&lt;/i&gt;, dans lequel, le p&#232;re fondateur se pose la question suivante : qu'est-ce qui enrichit les nations ? Adam Smith ne tourne pas autour du pot. En tant qu'observateur privil&#233;gi&#233; de l'industrialisation qui r&#233;volutionne l'Angleterre de la fin du XVIIIe si&#232;cle, il attribue d'embl&#233;e la principale cause de cet enrichissement &#224; la division du travail qu'elle impose au sein de ses manufactures naissantes. Pour l'&#233;conomiste qu'il devient alors, une seule question s'impose : quelle est l'origine de la division du travail elle-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le second chapitre, une r&#233;ponse claire et nette est donn&#233;e, l'&#233;change est l'unique cause de la richesse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette division du travail, de laquelle d&#233;coulent tant d'avantages, ne doit pas &#234;tre regard&#233;e dans son origine comme l'effet d'une sagesse humaine qui ait pr&#233;vu et qui ait eu pour but cette opulence g&#233;n&#233;rale qui en est le r&#233;sultat ; elle est la cons&#233;quence n&#233;cessaire, quoique lente et graduelle, d'un certain penchant naturel &#224; tous les hommes qui ne proposent pas des vues d'utilit&#233; aussi &#233;tendues : c'est le penchant qui les porte &#224; trafiquer, &#224; faire des trocs et des &#233;changes d'une chose pour l'autre. &#187; (Smith, 1776, Chapitre II, Livre I).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;change est-il un ph&#233;nom&#232;ne naturel et spontan&#233; &#233;manant de l'individu en tant que tel, comme le soutient Smith et, avec lui, toute la science &#233;conomique orthodoxe, ou bien n'a-t-il pas plut&#244;t &#233;t&#233; de tout temps, un ph&#233;nom&#232;ne hautement collectif et largement encourag&#233; par l'Etat ? Telles sont les deux questions que nous traiterons successivement dans ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &#171; penchant naturel &#224; trafiquer &#187; de l'&lt;i&gt;homo &#339;conomicus&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;change est bien l'unique cause de la richesse, une seule question s'impose d&#233;sormais &#224; nous, lecteurs et commentateurs de l'&#339;uvre du p&#232;re fondateur : qu'est-ce que Smith entend par penchant naturel &#224; &#233;changer ? Car la r&#233;ponse qu'il nous donne semble, du moins &#224; premi&#232;re vue, tout &#224; fait &#233;nigmatique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'est pas de notre sujet, nous dit-il, d'examiner si ce penchant est un des premiers principes de la nature humaine dont on ne peut pas rendre compte, ou bien, comme cela para&#238;t le plus probable, s'il est une cons&#233;quence n&#233;cessaire de l'usage de la raison et de la parole. Il est commun &#224; tous les hommes, et on ne l'aper&#231;oit dans aucune autre esp&#232;ce d'animaux, pour lesquels ce genre de contrat est aussi inconnu que tous les autres. &#187; (Smith, 1776, Chapitre II, Livre I).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui est dit ! En fait, Smith &#233;l&#232;ve tout simplement l'&#233;change au rang de la raison ou plut&#244;t, mieux encore, au rang de la parole. Tout comme la parole est sp&#233;cifiquement humaine, l'&#233;change est ce qui d&#233;finit l'homme au plus profond de son &#234;tre social. En quelque sorte, l'&#233;change serait &#224; la vie mat&#233;rielle de l'homme, ce que la parole est &#224; sa vie spirituelle : l'&lt;i&gt;homo &#339;conomicus&lt;/i&gt; est n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, une question subsiste : si l'homme est un homme &#233;conomique, pourquoi a-t-il finalement attendu la fin du XVIIIe si&#232;cle pour d&#233;velopper pleinement ce don, ce penchant &#224; &#233;changer, qu'il pr&#233;sente pourtant naturellement ? La voie du mythe semble ici ouverte, et il ne nous reste qu'&#224; &#233;couter la r&#233;ponse de Smith :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans une tribu de chasseurs ou de bergers, un individu fait des arcs et des fl&#232;ches avec plus de c&#233;l&#233;rit&#233; et d'adresse qu'un autre. Il troquera fr&#233;quemment ces objets avec ses compagnons contre du b&#233;tail ou du gibier, et il ne tardera pas &#224; s'apercevoir que, par ce moyen, il pourra se procurer plus de b&#233;tail que s'il allait lui-m&#234;me &#224; la chasse. Par calcul d'int&#233;r&#234;t donc, il fait sa principale occupation de fabriquer des arcs et des fl&#232;ches, et le voil&#224; devenu une esp&#232;ce d'armurier. Un autre excelle &#224; b&#226;tir et &#224; couvrir les petites huttes ou cabanes mobiles ; ses voisins prennent l'habitude de l'employer &#224; cette besogne, et de lui donner en r&#233;compense du b&#233;tail ou du gibier, de sorte qu'&#224; la fin il trouve qu'il est de son int&#233;r&#234;t de s'adonner exclusivement &#224; cette besogne et de se faire en quelque sorte charpentier ou constructeur. Un troisi&#232;me devient de la m&#234;me fa&#231;on forgeron ou chaudronnier ; un quatri&#232;me est le tanneur ou le corroyeur de peaux ou cuirs qui forment le principal v&#234;tement des sauvages. Ainsi, la certitude de pouvoir troquer tout le produit de son travail qui exc&#232;de sa propre consommation, contre un pareil surplus du produit du travail des autres qui peut lui &#234;tre n&#233;cessaire, encourage chaque homme &#224; s'adonner &#224; une occupation particuli&#232;re, et &#224; cultiver et &#224; perfectionner tout ce qu'il peut avoir d'intelligence pour cette esp&#232;- ce de travail. &#187; (Smith, 1776, chapitre II, Livre I).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse de Smith est claire : pas d'&#233;change sans maximisation de l'int&#233;r&#234;t individuel, pas de maximisation de l'int&#233;r&#234;t individuel sans &#233;change. Tel est le principe de la rationalit&#233; &#233;conomique. La maximisation du profit est le corollaire n&#233;cessaire de l'&#233;change. Mieux, bien plus qu'une maximisation, la recherche du profit et de l'int&#233;r&#234;t individuel est avant tout une maxime, de bon sens celle-l&#224;, et dont la l&#233;gitim&#233; est &#224; rechercher du c&#244;t&#233; du p&#232;re de famille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La maxime de tout chef de famille prudent est de ne jamais essayer de faire chez soi la chose qui lui co&#251;tera moins &#224; acheter qu'&#224; faire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fameuse &#171; disposition &#224; trafiquer &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; &#233;changer, qui va de pair avec la recherche de son propre int&#233;r&#234;t individuel, &#233;tant d&#233;sormais l&#233;gitim&#233;e au niveau familial, il ne reste plus &#224; Smith qu'&#224; l'&#233;lever au rang de principe social :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque individu travaille n&#233;cessairement &#224; rendre aussi grand que possible le revenu annuel de la soci&#233;t&#233;. &#192; la v&#233;rit&#233;, son intention en g&#233;n&#233;ral n'est pas en cela de servir l'int&#233;r&#234;t public, et il ne sait m&#234;me pas jusqu'&#224; quel point il peut &#234;tre utile &#224; la soci&#233;t&#233;. En dirigeant une activit&#233; de mani&#232;re que sa production ait le plus de valeur possible, il ne pense qu'&#224; son propre gain ; en cela, comme dans beaucoup d'autres cas, il est conduit par une main invisible &#224; remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions ; et ce n'est pas toujours ce qu'il y a de plus mal pour la soci&#233;t&#233;, que cette fin n'entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son int&#233;r&#234;t personnel, il travaille souvent d'une mani&#232;re bien plus efficace pour l'int&#233;r&#234;t de la soci&#233;t&#233;, que s'il avait r&#233;ellement pour but d'y travailler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La &#171; main invisible &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est gr&#226;ce &#224; sa c&#233;l&#232;bre m&#233;taphore de la main invisible qu'Adam Smith entend d&#233;montrer que si chacun poursuit son int&#233;r&#234;t particulier, il en r&#233;sultera le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Cependant, pr&#233;cisons que la m&#233;taphore de la main invisible n'est pas constitutive de la seule analyse &#233;conomique d'A. Smith, puisqu'il l'utilise une vingtaine d'ann&#233;es plus t&#244;t dans son premier grand ouvrage de philosophie, le &lt;i&gt;Trait&#233; des sentiments moraux&lt;/i&gt;, lorsqu'il insiste d&#233;j&#224; sur le fait que &#171; sans en avoir l'intention, sans m&#234;me le savoir, le riche sert l'int&#233;r&#234;t social &#187; (&lt;i&gt;Trait&#233; des sentiments moraux&lt;/i&gt;, 1759). D'ailleurs, la m&#233;taphore n'est tout simplement pas constitutive de la seule analyse de Smith. Elle avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; clairement exprim&#233;e par le philosophe hollandais Spinoza, plus d'un si&#232;cle avant que l'&#233;conomie politique classique en fasse le socle sur lequel elle pourra b&#226;tir tout son &#233;difice th&#233;orique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand chaque homme cherche le plus ce qui lui est utile &#224; lui-m&#234;me, alors les hommes sont les plus utiles les uns aux autres &#187; (Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, 1677).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffira d&#232;s lors aux &#233;conomistes n&#233;oclassiques prenant la suite de Smith et de l'&#233;conomie politique classique, de substituer &#224; la m&#233;taphore de la main invisible, devenue par trop emprunte de religion et de christianisme, une autre m&#233;taphore, participant celle-l&#224; &#224; la nouvelle id&#233;ologie naissante, la science math&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le p&#232;re fondateur de l'&#233;conomie n&#233;oclassique, L&#233;on Walras, qui s'en chargera. Apr&#232;s avoir traduit math&#233;matiquement les comportements humains &#224; l'aide d'un syst&#232;me d'&#233;quations tr&#232;s sophistiqu&#233; pour l'&#233;poque, il ne reste plus &#224; Walras qu'&#224; d&#233;montrer l'existence d'un &#233;quilibre global de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; au sein d'un syst&#232;me d'&#233;change g&#233;n&#233;ralis&#233;. Pour peu que les fameuses hypoth&#232;ses de la concurrence pure et parfaite soient v&#233;rifi&#233;es, une seule conclusion s'impose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On voit clairement &#224; pr&#233;sent ce qu'est le m&#233;canisme de la concurrence sur le march&#233; ; c'est la solution pratique, et par hausse et baisse des prix, du probl&#232;me de l'&#233;change dont nous avons fourni la solution th&#233;orique math&#233;matique &#187; (L&#233;on Walras, El&#233;ments d'&#233;conomie politique pure, 1874).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il reconna&#238;tre le m&#233;rite de L&#233;on Walras de nous pr&#233;ciser que &#171; cet &#233;tat d'&#233;quilibre de la production est, comme l'&#233;tat d'&#233;quilibre de l'&#233;change, un &#233;tat id&#233;al et non r&#233;el &#187;. On doit comprendre d'ailleurs, pr&#233;cise-t-il, que &#171; notre intention n'est aucunement de substituer une solution &#224; l'autre. La solution pratique est d'une rapidit&#233; et d'une s&#251;ret&#233; qui ne laissent rien &#224; d&#233;sirer. On peut voir sur de grands march&#233;s fonctionnant m&#234;me sans courtiers ni crieurs, le prix courant d'&#233;quilibre se d&#233;terminer en quelques minutes, et des quantit&#233;s consid&#233;rables de marchandises s'&#233;changer &#224; ce prix en deux ou trois quarts d'heure. Au contraire, la solution th&#233;orique serait, dans presque tous les cas, absolument impraticable &#187; (L&#233;on Walras, El&#233;ments d'&#233;conomie politique pure, 1874).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la m&#233;taphore de la main invisible a progressivement remplac&#233; la m&#233;taphore du souverain repr&#233;sentant de Dieu sur terre, comme principe organisateur de nos soci&#233;t&#233;s, avant que la science elle-m&#234;me, et notamment la science math&#233;matique, ne remplace progressivement la m&#233;taphore de la main invisible comme m&#233;taphore garantissant la l&#233;gitimit&#233; de l'&#233;change, c'est-&#224;-dire garantissant la l&#233;gitimit&#233; du mod&#232;le de march&#233; comme principe organisateur de la vie en soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si la m&#233;taphore de la main invisible ou sa version scientifique moderne d'un mod&#232;le math&#233;matique r&#233;ussit effectivement &#224; d&#233;montrer que si chacun poursuit son propre int&#233;r&#234;t, &#171; tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles &#187;, selon la formule de Voltaire, force est de reconna&#238;tre qu'il n'est nul besoin d'autre principe organisateur que celui de l'&#233;change libre pour r&#233;guler les soci&#233;t&#233;s : l'&#201;tat doit c&#233;der la place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le raisonnement est d'ailleurs d'une remarquable efficacit&#233;, lorsqu'il se pr&#233;sente sous la plume du c&#233;l&#232;bre pamphl&#233;taire fran&#231;ais, Fr&#233;d&#233;ric Bastiat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'&#201;tat laisse faire, nous serons libres et &#233;conomiquement administr&#233;s, rien ne co&#251;tant moins que le laisser faire &#187; (Fr&#233;d&#233;ric Bastiat, &lt;i&gt;Les harmonies &#233;conomiques&lt;/i&gt;, 1849).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'essayiste m&#233;morialiste am&#233;ricain Henry D. Thoreau exprimera &#233;galement au travers de sa formule c&#233;l&#232;bre par sa concision, que reprendront en ch&#339;ur tous les &#233;conomistes lib&#233;raux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins &#187; (Henry David Thoreau, &lt;i&gt;La D&#233;sob&#233;issance civile&lt;/i&gt;,1849).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu,le p&#232;re fondateur de l'&#233;conomie politique avait d&#233;j&#224; lui-m&#234;me fait preuve de fermet&#233; quant &#224; cette question du rapport entre l'&#201;tat et le syst&#232;me lib&#233;ral des &#233;changes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le syst&#232;me de libert&#233; naturelle, nous dit-il, le souverain n'a que trois devoirs &#224; accomplir. Le premier, c'est le devoir de d&#233;fendre la soci&#233;t&#233; de tout acte de violence ou d'invasion de la part des autres soci&#233;t&#233;s ind&#233;pendantes. Le second, c'est le devoir de prot&#233;ger, autant qu'il est possible, chaque membre de la soci&#233;t&#233; contre l'injustice et l'oppression de tout autre membre, ou bien le devoir d'&#233;tablir une administration exacte de la justice. Et le troisi&#232;me, c'est le devoir d'&#233;riger et d'entretenir certains ouvrages publics et certaines institutions que l'int&#233;r&#234;t priv&#233; d'un particulier ou de quelques particuliers ne pourrait jamais les porter &#224; &#233;riger ou &#224; entretenir, parce que jamais le profit n'en rembourserait la d&#233;pense &#224; un particulier ou &#224; quelques particuliers, quoique &#224; l'&#233;gard d'une grande soci&#233;t&#233; ce profit fasse beaucoup plus que rembourser les d&#233;penses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi sont logiquement &#233;tablies, d&#232;s la fin du XVIIIe si&#232;cle, les trois fonctions de ce que l'on appellera bient&#244;t l'&#171; &#201;tat gendarme &#187; ou l'&#171; &#201;tat veilleur de nuit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;change est tout &#224; la fois un penchant naturel ou une disposition spontan&#233;e de l'homme, et l'unique cause de la richesse, il suffit de &#171; laissez faire, laissez passer &#187;, selon la c&#233;l&#232;bre formule que l'on attribue &#224; Vincent de Gournay.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le penchant naturel &#224; &#233;changer : mythe ou fable ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me majeur auquel se heurte la d&#233;monstration de Smith et, partant, de l'&#233;conomie politique orthodoxe dans son ensemble, est, finalement, extr&#234;mement simple : s'il para&#238;t ind&#233;niable que l'&#233;mergence d'une &#233;conomie de march&#233; capitaliste et de l'appareil juridico-politique qui lui est sous-jacent, constitue bien une rupture fondamentale dans l'histoire de nos soci&#233;t&#233;s, la th&#232;se visant &#224; pr&#233;senter le ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;change comme naturel appara&#238;t d'autant plus contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, historiquement, on peut effectivement dater du XVIIIe si&#232;cle le triomphe de la notion d'int&#233;r&#234;t individuel. En revanche, comme Marcel Mauss le pr&#233;cise, on ne peut que difficilement et seulement en p&#233;riphrase traduire cette notion en latin, grec, ou arabe (Marcel Mauss, &#171; Essai sur le don &#187;,1923, &lt;i&gt;Sociologie et anthropologie&lt;/i&gt;, 1985, p.272). L'origine du mot &#171; int&#233;r&#234;t &#187;, en latin, est purement technique et comptable. &lt;i&gt;Intereste&lt;/i&gt; se retrouvait uniquement sur les livres de comptes en face des rentes qui restaient &#224; percevoir. En aucun cas cette notion ne se confondait avec celle de plaisir ou de fin derni&#232;re, englobant, quant &#224; elle, un contour bien plus large que celui du seul individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, et toujours d'un point de vue historique - et donc empirique -, il semble bien que le ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;change ne soit pas tant le r&#233;sultat d'int&#233;r&#234;ts individuels et isol&#233;s, mais bien constitutif de la collectivit&#233; prise globalement. Marcel Mauss pr&#233;cise encore une fois que &#171; dans les &#233;conomies et dans les droits qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; les n&#244;tres, on ne constate pour ainsi dire jamais de simples &#233;changes de biens, de richesses et de produits au cours d'un march&#233; pass&#233; entre les individus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de l'anthropologue hongrois Karl Polanyi va &#233;galement dans le m&#234;me sens : &#171; La soci&#233;t&#233; du XIXe si&#232;cle dans laquelle l'activit&#233; &#233;conomique &#233;tait isol&#233;e et attribu&#233;e &#224; un mobile &#233;conomique distinct, fut en v&#233;rit&#233; une nouveaut&#233; singuli&#232;re &#187;, soutient-il dans son c&#233;l&#232;bre ouvrage de 1944, &lt;i&gt;La grande transformation&lt;/i&gt;. Dans les soci&#233;t&#233;s pr&#233;capitalistes, ce ne sont pas tant des individus que des collectivit&#233;s qui s'obligent mutuellement au travers des &#233;changes. Le d&#233;veloppement du commerce aux abords de l'Antiquit&#233; grecque est essentiellement un ph&#233;nom&#232;ne collectif et &#233;tatique bien plut&#244;t qu'individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon ces &#233;claircissements historico-anthropologiques, il serait en fait possible d'inverser toute la logique d&#233;velopp&#233;e par l'&#233;conomie classique, en d&#233;montrant que ce ne sont pas tant des individus, c'est-&#224;-dire des hommes, qui s'&#233;changent des marchandises sur un march&#233; local, que des collectivit&#233;s qui, &#224; travers un commerce de long court, &#233;changent des butins de guerre, c'est-&#224;-dire des richesses mat&#233;rielles certes, mais &#233;galement (ce qui est totalement pass&#233; sous silence par l'&#233;conomie classique), des hommes. Ainsi, d&#232;s les premiers d&#233;veloppements du commerce, l'&#201;tat semble aller de pair avec les d&#233;veloppements sommaires d'une &#233;conomie de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;change n'appara&#238;t pas tant comme un ph&#233;nom&#232;ne spontan&#233; &#233;manant de l'individu en tant que tel, que comme un ph&#233;nom&#232;ne collectif, hautement encourag&#233; par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, d&#232;s l'&#233;poque mercantile, les premi&#232;res r&#233;flexions sur la g&#233;n&#233;ralisation du commerce et des marchandises ne semblent pas exclure d'embl&#233;e l'&#201;tat des affaires &#233;conomiques, bien au contraire. Loin d'&#234;tre exclu, le souverain est appel&#233; &#224; prendre une part de plus en plus active dans le d&#233;veloppement du commerce et de l'industrie. C'est ce que J.- B. Colbert avait d&#233;j&#224; pr&#244;n&#233; dans son instruction c&#233;l&#232;bre d&#232;s la fin du XVIIe si&#232;cle, d&#233;clarant que &#171; le commerce est la source des finances,et les finances sont le nerf de la guerre &#187;. L'&#201;tat y a tout &#224; gagner, puisque ce qu'il investit d'un c&#244;t&#233; lui est rendu de l'autre, par l'imp&#244;t et les recettes fiscales. Ce raisonnement simple et, faut-il le souligner, d'une &#233;tonnante efficacit&#233;, est d&#233;j&#224; &#224; la base des politiques mercantilistes, men&#233;es un peu partout en Europe, entre les XVIe et XVIIIe si&#232;cles, notamment en Espagne (mercantilisme m&#233;tallique), en Angleterre (mercantilisme commercial) et en France.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#201;tat : condition du d&#233;veloppement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution industrielle elle-m&#234;me n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne tout droit tomb&#233; du ciel. Comme Jean Pierre Gourlaouen et Yves Perraudeau prennent judicieusement le soin de le pr&#233;ciser, &#171; avant d'&#234;tre technologique, la vraie r&#233;volution fut juridique &#187; (J.-P. Gourlaouen et Y. Perraudeau, &lt;i&gt;Economie, croissance et cycles &#233;l&#233;mentaires&lt;/i&gt;, Vuibert, 1987). En effet, la r&#233;volution industrielle f&#251;t pr&#233;c&#233;d&#233;e par un certain nombre d'&#233;volutions juridiques toutes initi&#233;es par l'&#201;tat et sans lesquelles le syst&#232;me capitaliste n'aurait probablement jamais vu le jour. Tel fut le cas de la r&#233;volution juridique qui constitua les lois sur les enclosures, et qui, d&#232;s le XVIIIe si&#232;cle en Angleterre, permirent &#224; la fois aux grands propri&#233;taires de r&#233;aliser sur les vastes p&#226;turages enclos des &#233;conomies d'&#233;chelles substantielles, puis &#224; la population agricole, de ce fait d&#233;munie, de venir constituer une force de travail urbaine et, par voie de cons&#233;quence, un v&#233;ritable march&#233; du travail, sans lequel l'essor industriel de l'Angleterre n'aurait pu se faire. Comme l'explique tr&#232;s clairement Karl Polanyi, c'est en fait &#171; une affaire tr&#232;s compliqu&#233;e que de rendre la &#8220;libert&#233; simple et naturelle&#8221; d'Adam Smith compatible avec les besoins d'une soci&#233;t&#233; humaine &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; T&#233;moin la complexit&#233; des articles des innombrables lois sur les enclosures. (...) L'introduction de march&#233;s libres, loin de supprimer le besoin de commande, de r&#233;gulation et d'intervention, a &#233;norm&#233;ment augment&#233; la port&#233;e de celles-ci. Les administrateurs ont d&#251; constamment &#234;tre sur leurs gardes pour assurer le libre fonctionnement du syst&#232;me. C'est ainsi que m&#234;me ceux qui souhaitaient le plus ardemment lib&#233;rer l'&#201;tat de toute t&#226;che inutile, et dont la philosophie tout enti&#232;re exigeait la restriction des activit&#233;s de celui-ci, n'ont pu qu'investir ce m&#234;me &#201;tat des pouvoirs, organes et instruments nouveaux n&#233;cessaires &#224; l'&#233;ta- blissement du laisser-faire. (...) Car aussi longtemps que ce syst&#232;me-l&#224; n'est pas en place, les tenants de l'&#233;conomie lib&#233;rale doivent r&#233;clamer - et ils n'h&#233;siteront pas &#224; le faire - que l'&#201;tat intervienne pour l'&#233;tablir et, une fois qu'il est &#233;tabli, pour le maintenir. Le tenant de l'&#233;conomie lib&#233;rale peut donc, sans aucune incons&#233;quence, demander &#224; l'&#201;tat d'utiliser la force de la loi ; il peut m&#234;me faire appel &#224; la force violente, &#224; la guerre civile, pour instaurer les conditions pr&#233;alables &#224; un march&#233; autor&#233;gulateur. En Am&#233;rique, le Sud en appela aux arguments du laisser-faire pour justifier l'esclavage ; le Nord fit appel &#224; l'intervention des armes pour &#233;tablir la libert&#233; du march&#233; du travail. &#187; (K. Polanyi, La Grande transforma- tion, 1944).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, l'exemple des pays de l'Est, qui tentent actuellement une difficile transition vers une &#233;conomie de march&#233;, d&#233;montre que le syst&#232;me des &#233;changes n'a rien de spontan&#233; et exige une large participation de l'&#201;tat &#224; sa mise en &#339;uvre. Le march&#233; ne constituerait donc pas tant un syst&#232;me tendant spontan&#233;ment &#224; s'instaurer, qu'un ordre institutionnel dont l'efficacit&#233; semble d&#233;pendre &#233;troitement de la mise en place d'un certain nombre de r&#232;gles et d'organisations, autrement dit de conventions. Si l'on tient compte de la somme des politiques de grands travaux que l'&#201;tat a d&#251; prendre &#224; sa charge afin d'en- cadrer au mieux la mise en place de l'industrialisation des pays d&#233;velopp&#233;s, que ce soit dans le domaine des transports et communications ou de l'&#233;ducation et, surtout, dans le domaine administratif et bancaire, la th&#232;se selon laquelle le capitalisme va de pair avec le laisser-faire ne peut se soutenir qu'au prix d'un quasi total aveuglement id&#233;ologique. L'&#201;tat a toujours &#233;t&#233; partie prenante dans le d&#233;veloppement du capitalisme priv&#233; en coop&#233;rant aussi bien avec les grandes entreprises qu'avec les grandes centrales syndicales. En bref, comme le r&#233;sume magnifiquement bien le c&#233;l&#232;bre &#233;conomiste fran&#231;ais Fran&#231;ois Perroux : &#171; En aucune p&#233;riode de l'histoire (...) ne s'est v&#233;rifi&#233;e l'opposition simpliste entre gouvernement et commerce, ni &#224; plus forte raison celle que la pol&#233;mique aime &#224; imaginer entre la st&#233;rilit&#233; &#233;conomique de l'&#201;tat et la f&#233;condit&#233; exclusive de l'entreprise priv&#233;e &#187; (F. Perroux, &lt;i&gt;L'&#201;conomie du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, PUF, 1969).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte constitue une premi&#232;re version d'un article publi&#233; dans l'ouvrage intitul&#233; &#171; L'&#201;change &#187; (Studyrama, Collection &#171; Principes - Culture g&#233;n&#233;rale &#187;, Jeunes &#201;ditions, Paris, 2002, pp. 26-33).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Keynes et Freud</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si l'on balaye les grandes &#233;tapes de l'oeuvre de J. M. Keynes, l'on peut remarquer son don, tr&#232;s affirm&#233; d&#232;s l'origine de ses travaux, pour la psychologie et pour la th&#233;orie freudienne. Or, si l'on peut dire que cette h&#233;r&#233;sie ou h&#233;t&#233;rodoxie &#233;tait, jusqu'&#224; A Treatise on Money, ins&#233;r&#233;e dans un cadre analytique orthodoxe, l'on peut &#233;galement dire que ce que l'on a appel&#233; la &#034;r&#233;volution&#034; keyn&#233;sienne consiste &#224; aller jusqu'au bout de cette vision initiale et renverser le processus, de mani&#232;re &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-et-sciences-humaines-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse et sciences humaines&lt;/a&gt;

/ 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton24-5c80e.jpg?1757673670' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si l'on balaye les grandes &#233;tapes de l'oeuvre de J. M. Keynes, l'on peut remarquer son don, tr&#232;s affirm&#233; d&#232;s l'origine de ses travaux, pour la psychologie et pour la th&#233;orie freudienne. Or, si l'on peut dire que cette h&#233;r&#233;sie ou h&#233;t&#233;rodoxie &#233;tait, jusqu'&#224; A Treatise on Money, ins&#233;r&#233;e dans un cadre analytique orthodoxe, l'on peut &#233;galement dire que ce que l'on a appel&#233; la &#034;r&#233;volution&#034; keyn&#233;sienne consiste &#224; aller jusqu'au bout de cette vision initiale et renverser le processus, de mani&#232;re &#224; baser une analyse somme toute orthodoxe au sein d'un cadre totalement h&#233;t&#233;rodoxe. Les &#034;lois&#034; psychologiques fondamentales qui balisent la Th&#233;orie G&#233;n&#233;rale de l'Emploi, de l'Int&#233;r&#234;t et de la Monnaie en sont les preuves &#233;clatantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, alors qu'avant 1936, la psychologie keyn&#233;sienne s'ins&#233;rait au sein d'un cadre d'analyse &#233;conomique orthodoxe, il semble qu'avec la Th&#233;orie G&#233;n&#233;rale, c'est l'analyse &#233;conomique orthodoxe qui s'ins&#232;re au sein des &#034;lois&#034; psychologiques fondamentales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans un article paru en 1985 et intitul&#233; &#034;L'incertain dans la r&#233;volution keyn&#233;sienne : l'hypoth&#232;se Wittgenstein&#034;, O. Favereau met en &#233;vidence un parall&#232;le int&#233;ressant entre l'&#233;volution de la pens&#233;e de J. M. Keynes et celle de L. Wittgenstein. Un parall&#232;le est en effet tent&#233; entre d'une part, le passage du premier au second Wittgenstein, qui de la conception scientiste et positiviste du langage &#233;voluera vers celle plus &#233;thique et, d'autre part, le Keynes qui jusqu'en 1930 travaille au c&#339;ur de la th&#233;orie &#233;conomique classique jusqu'&#224; vivement la critiquer &#224; partir de cette date. Avec l'&#233;laboration de la Th&#233;orie G&#233;n&#233;rale de l'Emploi, de l'Int&#233;r&#234;t et de la Monnaie [TG], Keynes aurait pris conscience que l'&#233;conomie n'&#233;tait qu'un &#034;jeu de langage&#034; et, afin de d&#233;bloquer celui-ci, il aurait pr&#233;f&#233;r&#233; au projet radical initial bas&#233; sur l'incertain, un projet pragmatique permettant de mettre en &#233;vidence le ch&#244;mage involontaire en modifiant au minimum les r&#232;gles du langage de l'&#233;conomie politique classique allant de Smith &#224; Marshall.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si l'hypoth&#232;se d'O. Favereau est hautement pertinente et permet ind&#233;niablement de faire un grand pas vers la compr&#233;hension de ce que le message de Keynes contient &#224; la fois de plus radical et d'ambivalent, il nous semble n&#233;anmoins qu'il est possible d'aller plus loin dans cette direction. D'une part, parce qu'il nous semble que la radicalit&#233; du projet keyn&#233;sien d&#233;passe de beaucoup la simple influence de la philosophie du second Wittgenstein aussi originale et anti-conventionnelle soit-elle. D'autre part, parce que si l'hypoth&#232;se de Favereau met bien en &#233;vidence l'alt&#233;rit&#233; des deux projets, il nous semble que celle-ci n'a jamais exist&#233; de mani&#232;re aussi tranch&#233;e dans l'esprit de Keynes et que si &#034;h&#233;sitation&#034; il y a, elle n'est pas tant th&#233;orique qu'indissociable de l'&#234;tre de g&#233;nie qu'il f&#251;t. Ce sont ces deux id&#233;es que nous allons expliciter dans cette introduction, afin de pouvoir pleinement les d&#233;velopper dans les trois sections qui composent le pr&#233;sent article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Reprenons le c&#339;ur de l'hypoth&#232;se d'O. Favereau. Selon lui, &#034;l'&#233;volution intellectuelle de Keynes peut &#234;tre &#233;clair&#233;e par l'influence indirecte, implicite et inconsciente de l ?outillage conceptuel forg&#233; par Wittgenstein, dans les ann&#233;es 1929-1935&#034; (1). Outre l'analogie &#034;troublante&#034; entre les &#034;p&#233;riodes de transition&#034; pour l'un et pour l'autre, O. Favereau met en &#233;vidence un autre parall&#233;lisme tout aussi &#034;troublant&#034;, &#224; propos d'un &#034;lieu commun&#034; que Keynes partagerait avec le philosophe viennois, remarque qu'O Favereau emprunte &#224; M. de Certeau. Ce &#034;lieu commun&#034;, c'est la position d'o&#249; l'on parle. Wittgenstein, comme il le souligne lui-m&#234;me, entend &#034;ramener les mots de leur usage m&#233;taphysique &#224; leur usage quotidien&#034; (2). C'est l&#224; le projet du second Wittgenstein, projet qu'il a d&#233;velopp&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1920. Il se fixe &#034;pour t&#226;che, comme le souligne M. de Certeau, d'&#234;tre le scientifique de l'activit&#233; signifiante dans le langage commun&#034; (3). Il s'agit de &#034;ne rien avancer qui exc&#232;de la comp&#233;tence de ce langage, et donc &#224; n'en jamais devenir l'expert, ou l'interpr&#232;te, dans un autre champ linguistique&#034;, par exemple, dans les champs m&#233;taphysique ou &#233;thique. Par l&#224;, pr&#233;cise M. de Certeau, &#034;doit &#234;tre rendue impossible la conversion de la comp&#233;tence en autorit&#233;&#034; (4). Le caract&#232;re fragmentaire de l'&#339;uvre de Wittgenstein est, en ce sens, voulu. Il se distingue de l'expert, en ce qu'&#034;il ne tire pas profit du savoir en l'&#233;changeant contre le droit de parler en son nom ; il en garde l'exigence mais non la ma&#238;trise&#034; (5). Le parall&#232;le avec un J. M. Keynes se d&#233;finissant lui-m&#234;me comme un &#034;fonctionnaire civil&#034; (6), est ici particuli&#232;rement pertinent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, si ce &#034;lieu commun&#034; Keynes le partage avec Wittgenstein, M. de Certeau nous dit que ce dernier le partage surtout avec Freud. Que ce soit le Freud de la vie quotidienne, des actes manqu&#233;s, des lapsus, des r&#234;ves, etc., ou le Freud du Malaise dans la civilisation, o&#249; le locuteur est un philosophe ordinaire, &#034;point de jonction entre le savant et le commun&#034; (7). C'est l&#224;, le lieu que Wittgenstein partage d'abord avec Freud. Car comme le pr&#233;cise M. de Certeau, &#034;puisqu'on ne sort pas de ce langage, qu'on ne peut trouver un autre lieu d'o&#249; l'interpr&#233;ter, qu'il n'y a donc pas des interpr&#233;tations fausses et d'autres vraies mais seulement des interpr&#233;tations illusoires, qu'en somme il n'y a pas d'issue, reste le fait d'&#234;tre &#233;tranger dedans mais sans dehors et, dans le langage ordinaire, de buter contre ses limites&#034;, position proche de celle de Freud, &#034;&#224; ceci pr&#232;s, en conclue M. de Certeau, que Wittgenstein ne se donne pas un r&#233;f&#233;rent inconscient pour nommer cette &#233;tranget&#233; chez soi&#034; (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est cette r&#233;f&#233;rence, cette note de bas de page du texte d'O. Favereau qui, avouons-le, nous a donn&#233; l'id&#233;e de ce texte. Mais, pour le coup, il ne serait lui aussi qu'un &#034;clin d'&#339;il interdisciplinaire&#034;, selon l'expression d'O. Favereau, s'il ne s'agissait que de mettre en &#233;vidence une simple transitivit&#233; entre deux relations qu'O. Favereau et M. de Certeau mettent chacun en &#233;vidence, entre, d'une part, Keynes et Wittgenstein, et d'autre part, Wittgenstein et Freud (9) ; m&#234;me appuy&#233; par le fait que le retournement de Wittgenstein lui-m&#234;me, n'&#233;tait en grande partie d&#251; &#224; l'influence de la pens&#233;e freudienne, dont &#034;on rel&#232;ve les traces&#034;, comme le souligne P.-L. Assoun, &#034;dans les monuments&#034; de sa seconde philosophie, celle de la fin des ann&#233;es 1920. Car effectivement, c'est bien Wittgenstein lui-m&#234;me qui se fait &#034;disciple&#034; de Freud. Ces traces, on les d&#233;couvre &#034;sur le mode de l'allusion significative&#034; (10) dans les Cahiers, jusqu'&#224; s'&#233;panouir dans les Le&#231;ons et les Conversations des ann&#233;es 1938-1945. Ce qui fera dire &#224; P.-L. Assoun que, &#034;lorsque Wittgenstein se dit donc disciple de Freud en contestant syst&#233;matiquement le moindre de ses &#233;nonc&#233;s, en mettant &#224; nu la moindre des articulations de sa rationalit&#233;, il produit le travail du disciple &#233;sot&#233;rique, peut-&#234;tre le seul v&#233;ritable&#034;, celui qui n'aborde le discours du Ma&#238;tre, &#034;que par la contestation&#034;, et ce en opposition au disciple &#034;inconditionnel mais somme toute moins fid&#232;le &#224; l'id&#233;al qu'il incarne&#034;. Car c'est bien &#034;l'attitude critique&#034; qui convient au vrai disciple, et Wittgenstein rendrait en ce sens &#224; Freud, un &#034;hommage, des plus beaux&#034; (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cet article ne serait donc qu'un clin d'&#339;il interdisciplinaire, si l'on ne pouvait retrouver dans l'&#339;uvre m&#234;me de Keynes les traces de la pens&#233;e freudienne, qui vont parfois jusqu'aux pas appuy&#233;s, depuis Les cons&#233;quences &#233;conomiques de la paix [CEP] &#224; la TG. Ce sera l'objet de cet article d'en relever une &#224; une les plus profondes. Des portraits psychologiques qu'il brosse d&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale, notamment ceux du Conseil des Quatre et du Pr&#233;sident Wilson, &#224; l'article anonyme qu'il r&#233;dige sur l'&#339;uvre de l'inventeur de la psychanalyse. Keynes ami de Wittgenstein certes, mais &#233;galement ami de Lytton et de James Strachey. Le premier, que Freud f&#233;licite officieusement, est pass&#233; Ma&#238;tre dans l'application de la psychanalyse au portrait historique. Le deuxi&#232;me est le traducteur officiel de l'&#339;uvre de Freud dans la langue de Shakespeare. Tous ces faits objectifs, bruts, seront relev&#233;s dans la premi&#232;re section de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ensuite, nous tenterons de montrer en quoi cette filiation peut &#233;clairer sous un jour nouveau la sp&#233;cificit&#233; m&#234;me de l'analyse &#233;conomique keyn&#233;sienne. Keynes qui, de &#034;la psychologie de la soci&#233;t&#233;&#034; qu'il d&#233;crit au chapitre II des CEP, &#224; une TG bas&#233;e sur trois &#034;lois&#034; psychologiques fondamentales, ne va pas tant fonder une macro-&#233;conomie qu'une v&#233;ritable &#034;psychologie collective&#034; dont Freud est lui-m&#234;me le fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est en deux temps que nous tenterons de mettre en &#233;vidence l'influence de la th&#233;orie freudienne au sein de l'analyse &#233;conomique keyn&#233;sienne. Dans un premier temps, nous verrons en quoi la d&#233;finition psychanalytique de l'argent, prise en compte par Keynes d&#232;s 1930 dans A Treatise on Money [TM], a pu influencer la vision sp&#233;cifique de la monnaie et du taux d'int&#233;r&#234;t chez ce dernier. Dans un deuxi&#232;me temps, nous verrons en quoi la vision d'un avenir incertain et l'&#233;tude des comportements sur les march&#233;s financiers a pu &#234;tre influenc&#233;e par la psychologie collective de Freud. Autant dire que nous visons l&#224;, au c&#339;ur de ce que l'on a appel&#233; la &#034;r&#233;volution keyn&#233;sienne&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais si la d&#233;monstration est probante, nous verrons que l'&#233;volution intellectuelle de Keynes ne peut pas tant se d&#233;crire comme une &#034;h&#233;sitation&#034;, f&#251;t-elle entre deux projets, l'un radical et l'autre pragmatique, qu'&#224; la mani&#232;re dont J. A. Schumpeter d&#233;crit le processus de production scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Car si J. A. Schumpeter et J. M. Keynes ont bien eux aussi quelque chose en commun, ce n'est pas tant de partager ce privil&#232;ge d'&#234;tre deux des plus grands (si ce n'est les plus grands) &#233;conomistes du vingti&#232;me si&#232;cle, ni d'&#234;tre n&#233;s la m&#234;me ann&#233;e &#224; deux mois d'intervalle, l'un en Autriche, l'autre &#224; Cambridge, mais bien le fait que l'un, J. M. Keynes, illustre exceptionnellement bien l'une des principales th&#232;ses de l'autre, J. A. Schumpeter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Selon J. A. Schumpeter, en effet, le processus scientifique d&#233;bute par une &#034;vision&#034; largement influenc&#233;e par le contexte id&#233;ologique de l'&#233;poque d'une part, et le &#034;d&#233;sir du chercheur&#034; de l'autre. Elle aboutit finalement &#224; la construction d'un mod&#232;le th&#233;orique qui, s'il est &#233;labor&#233; dans les r&#232;gles de la m&#233;thode scientifique, corrige les &#233;ventuelles erreurs id&#233;ologiques et rend coh&#233;rente la &#034;vision&#034; de d&#233;part. Or il se trouve que le plus bel exemple illustrant la th&#232;se schumpeterienne du processus de cr&#233;ation scientifique est de l'aveu m&#234;me de l'auteur, l'&#339;uvre de Keynes dont la TG f&#251;t &#034;le r&#233;sultat final d'un long effort&#034; pour rendre &#034;analytiquement op&#233;ratoire&#034; (12) la vision initiale d'&#034;une &#233;conomie frapp&#233;e d'art&#233;rioscl&#233;rose, dont les occasions de se renouveler en prenant des risques se rar&#233;fient, alors que persistent de vieilles habitudes d'&#233;pargne, acquises en des temps d&#233;bordant d'occasions d'investir&#034; (13), vision qu'il aurait eu d&#232;s 1919 dans son premier grand ouvrage &#224; succ&#232;s. Mais ce qui est, selon nous, le plus remarquable dans l'&#233;volution de la pens&#233;e keyn&#233;sienne, ce n'est pas tant la vision de l'&#233;pargne et de l'investissement, sur laquelle Keynes pourra revenir lorsque le contexte l'impose, par exemple durant la Deuxi&#232;me Guerre mondiale (14), que sa r&#233;f&#233;rence m&#233;thodologique aux cat&#233;gories de la psychologie moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si l'on balaye les grandes &#233;tapes de l'&#339;uvre de Keynes, l'on peut remarquer son don, tr&#232;s affirm&#233; d&#232;s l'origine de ses travaux, pour la psychologie et pour la th&#233;orie freudienne. Or si l'on peut dire que cette h&#233;r&#233;sie ou h&#233;t&#233;rodoxie &#233;tait, jusqu'au TM, ins&#233;r&#233;e dans un cadre analytique orthodoxe, l'on peut &#233;galement dire que ce que l'on a appel&#233; la &#034;r&#233;volution&#034; keyn&#233;sienne consiste &#224; aller jusqu'au bout de cette vision initiale et renverser le processus, de mani&#232;re &#224; baser une analyse somme toute orthodoxe (15) au sein d'un cadre totalement h&#233;t&#233;rodoxe. Les &#034;lois&#034; psychologiques fondamentales qui balisent la TG en sont les preuves &#233;clatantes. En bref, alors qu'avant la TG, la psychologie keyn&#233;sienne s'ins&#233;rait au sein d'un cadre d'analyse &#233;conomique orthodoxe, il semble qu'avec la TG, c'est l'analyse &#233;conomique orthodoxe qui s'ins&#232;re au sein des &#034;lois&#034; psychologiques fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Certes, cet article, qui se veut tout d'abord une recherche d'Histoire de la pens&#233;e &#233;conomique, n'a pas la pr&#233;tention d'expliquer &#224; lui seul tout le g&#233;nie de J. M. Keynes ; mais comme l'&#233;crit S. Freud, &#034;le g&#233;nie est, comme on sait, incompr&#233;hensible et sans responsabilit&#233; ; c'est pourquoi on ne doit pas l'invoquer comme explication avant que toutes les autres solutions n'aient &#233;chou&#233;es&#034; (16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SECTION I - J. M. KEYNES ET S. FREUD&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est certainement dans les portraits psychologiques qu'il trace dans les CEP et, en particulier celui du Pr&#233;sident T. W. Wilson, que l'on rencontre pour la premi&#232;re fois l'influence de la psychanalyse dans les &#233;crits de J. M. Keynes. Cette r&#233;f&#233;rence explicite d&#232;s 1919, ne doit pas pour autant nous &#233;tonner si, comme nous tenterons de le montrer dans le deuxi&#232;me point de cette premi&#232;re section, l'on met en &#233;vidence le parall&#232;le entre d'une part, les attaches de J. M. Keynes au groupe de Bloomsbury et la r&#233;volte de celui-ci contre la moralit&#233; victorienne de l'&#233;poque, et d'autre part, le &#034;critique caustique de l'hypocrisie sexuelle victorienne&#034; (17) que f&#251;t lui-m&#234;me, &#034;tout au long de son &#339;uvre&#034;, S. Freud. Ainsi, l'on comprendra mieux qu'&#224; peine la guerre termin&#233;e, Keynes g&#233;n&#233;ralise la m&#233;thode du portrait psychologique &#224; la Soci&#233;t&#233; prise globalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A/ Le portrait du Pr&#233;sident Wilson&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Repr&#233;sentant officiel de la Tr&#233;sorerie anglaise &#224; la Conf&#233;rence de Paris, J. M. Keynes d&#233;missionna le 7 juin 1919. C'est pour livrer au grand public les motifs politiques et &#233;conomiques de son opposition au Trait&#233; qu'il r&#233;digea la m&#234;me ann&#233;e les CEP. C'est dans le chapitre III de cet ouvrage, que J. M. Keynes donne une explication psychologique &#224; l'&#233;chec du Trait&#233;. L'Allemagne avait d&#233;pos&#233; les armes sur les bases de certaines assurances du Pr&#233;sident Wilson avec lesquelles, par beaucoup de points, le Trait&#233; &#233;tait finalement en opposition. Pourquoi Wilson a-t-il capitul&#233; ? Pourquoi n'a-t-il pas su imposer sa propre vision de la paix ? L'&#233;chec du Trait&#233; s'explique par la propre psychologie du Pr&#233;sident Wilson par rapport &#224; celle de ses adversaires. L'&#233;chec de Wilson tient essentiellement au fait qu'il ne pouvait admettre son propre &#233;chec. Passant d'abord en revue les qualit&#233;s du Premier Ministre anglais, J. M. Keynes se pose les questions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Quelles chances un homme pareil pouvait-il donc avoir contre Llyod George, dont la subtile attention se portait imm&#233;diatement d'une fa&#231;on infaillible et presque magn&#233;tique sur tous ceux qui l'entouraient ? Lorsqu'on voyait le Premier ministre anglais examiner la compagnie, avec six ou sept sens dont ne disposent pas les hommes ordinaires, lorsqu'on le voyait juger les caract&#232;res, les motifs et les sentiments subconscients, percevoir ce que chacun pensait et m&#234;me ce que chacun allait dire, arranger par un instinct t&#233;l&#233;pathique les arguments et les requ&#234;tes qui s'appliquaient le mieux &#224; l'orgueil, &#224; la faiblesse, ou &#224; l'&#233;go&#239;sme de son interlocuteur, on comprenait que le pauvre Pr&#233;sident allait &#234;tre forc&#233; de jouer &#224; colin-maillard dans cette assembl&#233;e&#034; (18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cherchant la cl&#233; de la psychologie profonde de Wilson, J. M. Keynes s'exclame : &#034;Une fois trouv&#233;e, la solution est &#233;blouissante&#034;. Wilson &#233;tait &#034;semblable &#224; un ministre non-conformiste et m&#234;me presbyt&#233;rien&#034; qui &#034;eut pu pr&#234;cher un sermon &#224; propos de tous ses principes, ou adresser une pri&#232;re superbe au Tout-Puissant pour leur ex&#233;cution&#034;, mais qui &#034;ne pouvait adapter leur application concr&#232;te &#224; l'&#233;tat de choses europ&#233;en&#034; (19). Wilson &#233;tait &#034;incapable d'une compromission avec lui-m&#234;me&#034; (20). Faisant allusion au c&#233;l&#232;bre rapport du ministre allemand des affaires &#233;trang&#232;res, le comte Brockdorff-Rantzau, qui critiquait vivement les termes du trait&#233;, Keynes en vient &#224; son envol&#233;e finale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Au milieu des peines et de la m&#233;ditation solitaire et dans les pri&#232;res qu'il adressaient &#224; Dieu, il n'avait rien fait qui ne fut juste et bien. Si le Pr&#233;sident avait admis que la r&#233;ponse allemande eut une force quelconque, cela aurait d&#233;truit son amour-propre et rompu l'&#233;quilibre int&#233;rieur de son &#226;me. Tous les instincts de sa nature obstin&#233;e se levaient pour protester. Pour parler le langage de la m&#233;decine mentale, sugg&#233;rer au Pr&#233;sident que le Trait&#233; &#233;tait la faillite de ses promesses, &#233;tait toucher &#224; vif un ganglion nerveux. C'&#233;tait l&#224; un sujet p&#233;nible &#224; discuter et contre l'examen ult&#233;rieur duquel se liguaient tous les sentiments subconscients&#034; (21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le diagnostic clinique que Keynes donne de la personnalit&#233; du Pr&#233;sident, ne doit pas &#234;tre ici sous-estim&#233;. D'abord parce que la version qu'il accorde au grand public est relativement &#233;dulcor&#233;e par rapport &#224; celle qu'il donne &#224; ses amis de Bloomsbury. Ensuite, parce que Freud lui-m&#234;me reprendra point par point l'analyse de Keynes lorsqu'il s'attellera &#224; son tour &#224; la t&#226;che de dresser son propre portrait de Wilson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans un texte plus intime intitul&#233; &#034;Le Conseil des Quatre&#034;, J. M. Keynes devait en effet revenir plus en d&#233;tail sur le portrait psychologique de Wilson en faisant explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; Freud :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Pour le Pr&#233;sident, admettre que la r&#233;ponse des Allemands &#233;tait fond&#233;e c'&#233;tait perdre le respect de soi-m&#234;me et d&#233;ranger l'&#233;quilibre int&#233;rieur de son &#226;me, et sa nature t&#234;tue se mobilisa instinctivement et enti&#232;rement pour prot&#233;ger cet &#233;quilibre. Dans le langage de la psychologie m&#233;dicale, sugg&#233;rer au Pr&#233;sident que le Trait&#233; repr&#233;sentait l'abandon de ses professions de foi &#233;quivalait &#224; toucher &#224; vif un complexe freudien. La discussion m&#234;me du sujet &#233;tait intol&#233;rable, et tous ses instincts subconscients s'activaient pour en emp&#234;cher une analyse plus profonde&#034; (22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La source psychanalytique &#224; laquelle il puise pour esquisser le portrait de Wilson ne fait l&#224; plus aucun doute. Le diagnostic clinique que donne Keynes devait &#234;tre si pertinent, et les sentiments de Freud envers Wilson &#233;taient &#224; l'&#233;poque si connus, que James Strachey en a imm&#233;diatement envoy&#233; une copie &#224; Vienne. Que Freud ait lu l'ouvrage de Keynes est du reste confirm&#233; par W. Bullitt lui-m&#234;me dans la pr&#233;face de leur ouvrage (23). Or il faut noter que c'est point pour point les conclusions du portrait psychologique que Keynes dressa du Pr&#233;sident Wilson que Freud reprendra et approfondira lorsqu'&#224; la fin des ann&#233;es vingt et au d&#233;but des ann&#233;es trente, il collabora avec l'ambassadeur W. Bullitt afin dresser le portrait du Pr&#233;sident. Cela d&#233;note de la valeur de l'analyse psychologique de Keynes. Si Freud ne f&#233;licite pas Keynes de sa plume, comme il le f&#238;t &#224; propos des portraits psychanalytiques de quelques &#233;minents victoriens de Lytton Strachey, il reste qu'un ouvrage, m&#234;me rest&#233; &#224; l'&#233;tat de manuscrit jusqu'en 1967, vaut mieux qu'une lettre de f&#233;licitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La question qui se pose alors est celle de savoir o&#249; Keynes s'est-il familiaris&#233; avec la pens&#233;e freudienne ? L'on pourrait en effet laisser ce portrait psychologique du Pr&#233;sident et ses r&#233;f&#233;rences freudiennes au rang de simples anecdotes si l'on ne mettait pas en &#233;vidence les liens &#233;troits entre Keynes et le groupe de Bloomsbury d'une part, et entre Bloomsbury et Freud de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B/ Bloomsbury et l'ouverture &#224; la pens&#233;e freudienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Keynes ne fut pas seulement physiquement proche d&#232;s le d&#233;but, du groupe de Bloomsbury, il le fut &#233;galement intellectuellement. Selon C. Hession, &#034;nul ne peut vraiment comprendre ce qu'implique la pens&#233;e &#233;conomique de Keynes sur notre &#233;poque s'il ne conna&#238;t le personnage dans sa totalit&#233;&#034; et en particulier s'il ne conna&#238;t pas ses liens avec le groupe de Bloomsbury (24). Si la biographie que Roy Harrod publia en 1951 satisfaisait les &#233;conomistes, les intimes de Keynes eux, n'y retrouvaient pas le &#034;vrai&#034; Keynes. Kingsley Martin, qui fut son proche collaborateur, aurait m&#234;me &#233;t&#233; d'accord pour dire que c'&#233;tait l&#224; la biographie de Keynes, mais que &#034;quelqu'un d'autre devra &#233;crire la vie de Maynard&#034; (25) ; ce &#224; quoi Charles Hession s'employa (26). Selon ce dernier, la r&#233;ticence de Harrod &#224; &#233;crire sur ce sujet peut s'expliquer par la proximit&#233; du deuil. Ainsi, il pr&#233;f&#233;ra le d&#233;crire &#034;&#224; l'apog&#233;e de sa carri&#232;re d'&#233;conomiste et d'homme d'Etat&#034;, ce qu'il r&#233;ussit merveilleusement bien, bien qu'il n'arriva pas &#224; &#233;tablir de rapport entre la premi&#232;re et plus intime phase de sa vie et cette apog&#233;e. Selon Harrod, Keynes n'aurait &#233;t&#233; vraiment cr&#233;atif qu'apr&#232;s son mariage avec la danseuse russe Lydia Lopokova ; or Keynes soutenait lui-m&#234;me que c'est lorsqu'on a vingt ans que &#034;les pouvoirs de l'originalit&#233; sont au plus haut&#034; (27). C'est donc selon le propre d&#233;sir de Keynes, qu'il faudra plut&#244;t aller du c&#244;t&#233; de Bloomsbury rechercher l'origine de sa cr&#233;ativit&#233;. C'est du reste l&#224; qu'on y trouve ses premiers contacts avec la pens&#233;e freudienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est l&#224;, dans ses liens avec Bloomsbury et son amiti&#233; avec les Strachey, Lytton et James, que Keynes s'est familiaris&#233; &#224; la terminologie freudienne (28).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si Harrod se contente de sugg&#233;rer que Keynes partageait avec Lytton Strachey &#034;certaines affinit&#233;s&#034;, sans entrer dans les d&#233;tails de leur personnalit&#233;, il est permis de dire avec C. Hession que Lytton Strachey &#034;exer&#231;a la plus grande influence&#034; sur Keynes, et que bien qu'il &#233;tait de trois ans son a&#238;n&#233;, &#034;il fut le plus proche de lui&#034; dans ses premi&#232;res ann&#233;es pass&#233;es &#224; Cambridge (29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D&#232;s 1918, Lytton Strachey publia les portraits de quelques c&#233;l&#232;bres victoriens (30) qui allaient lui apporter argent et gloire, tant dans le milieu de la presse que dans celui de l'establishment. Ces biographies feront de L. Strachey, selon L. Edel, &#034;le premier praticien de la psychohistoire&#034; (31). Il &#233;crivit entre autre l'histoire tragique d'Elisabeth et d'Essex et celle de la Reine Victoria, en appliquant les &#233;l&#233;ments de la m&#233;thode psychanalytique avec autant d'habilet&#233; que Freud, qui bien qu'en tr&#232;s mauvaise sant&#233;, prit la plume pour le f&#233;liciter d'avoir &#034;atteint de grandes profondeurs&#034;. Freud terminait ses louanges par cette phrase approbatrice : &#034;En tant qu'historien, donc, vous montrez combien vous &#234;tes ancr&#233; dans l'esprit de la psychanalyse&#034; (32).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si les portraits que Keynes a camp&#233; des membres de la conf&#233;rence de paix &#034;restent, comme le souligne Hession, le produit de son g&#233;nie particulier&#034;, il reste que l'&#233;crivain David Garnett, membre du groupe de Bloomsbury et ami intime de Keynes estime que les portraits de Llyod George et de Wilson, non seulement relevaient de l'influence du style litt&#233;raire de Lytton Strachey, mais que celui-ci en avait &#233;galement par endroit, directement influenc&#233; la r&#233;daction (33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Par le biais de Lytton Strachey, Keynes &#233;tait donc en prise directe avec la pens&#233;e freudienne. Cependant, c'est surtout par l'interm&#233;diaire de James Strachey que l'on a une trace du r&#233;el contact que Keynes pris avec la th&#233;orie de Freud. James Strachey &#233;tait le dernier fr&#232;re de Lytton Strachey. Bien que de sept ans son cadet, ils partageaient tous les deux une grande complicit&#233;. James succ&#233;da &#224; Lytton &#224; Cambridge en 1905, deux ans apr&#232;s que Keynes fut &#233;lu Ap&#244;tre. C'est ensuite juste apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale que James et Alix Strachey furent analys&#233;s par Freud lui-m&#234;me dans son cabinet viennois. Ils devinrent tr&#232;s vite ses traducteurs, puis les &#233;diteurs de ses &#339;uvres compl&#232;tes en anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	James Strachey avait install&#233; son cabinet d'analyse au 41 Gordon Square. Keynes habitait alors au 46, mais louait pour Lydia Lopokova le premier &#233;tage de la maison du 41 &#224; James Strachey. En 1924, Alix Strachey partit pendant un an &#224; Berlin avec Karl Abraham. De la correspondance que les deux &#233;poux eurent durant cette ann&#233;e de s&#233;paration, correspondance publi&#233;e dans l'ouvrage intitul&#233; &#034;Bloomsbury et Freud&#034; de P. Meisel et W. Kendrick, se d&#233;gage les portraits des principaux protagonistes du Bloomsbury du milieu des ann&#233;es 1920. On y voit un J. Maynard Keynes plong&#233; dans la lecture de l'&#339;uvre de Freud, et complimenter James Strachey pour ses brillantes traductions, James lui demandant son opinion sur tel ou tel psychanalyste et de lui servir d'interm&#233;diaire aupr&#232;s de l'industriel et m&#233;c&#232;ne &#224; ses heures, James Courtauld, pour la cr&#233;ation d'une clinique psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#192; la mi juin 1925 (34), Keynes annon&#231;ait &#224; James Strachey son intention de se lancer dans l'int&#233;grale des &#339;uvres de Freud. Ce n'&#233;tait pas l&#224; des paroles en l'air puisque deux mois plus tard, il cl&#244;turait un d&#233;bat qui s'&#233;tait ouvert en juin 1925 dans The Nation and Athenaeum &#224; propos du troisi&#232;me volume des Collected Papers de Freud, par une lettre anonyme au r&#233;dacteur en chef du journal (35). Cette lettre, sign&#233;e SIELA, constitue selon C. Hession &#034;une &#233;valuation fascinante du g&#233;nie du psychiatre de Vienne&#034; (36). Keynes entrait dans le vif du sujet en d&#233;clarant que le Professeur Freud lui semblait &#034;dot&#233; jusqu'au g&#233;nie de l'imagination scientifique qui peut donner corps &#224; une abondance d'id&#233;es novatrices, &#224; des ouvertures fracassantes, &#224; des hypoth&#232;ses de travail qui sont suffisamment &#233;tablies dans l'intuition et dans l'exp&#233;rience commune pour m&#233;riter l'examen le plus patient et le plus impartial, et qui contiennent, selon toutes probabilit&#233;s, &#224; la fois des th&#233;ories qui devront &#234;tre abandonn&#233;es ou remani&#233;es jusqu'&#224; ne plus exister, mais aussi des th&#233;ories d'une signification immense et permanente&#034;. Keynes faisait remarquer que ce n'&#233;tait pas tant les preuves empiriques offertes par l'&#233;dition des th&#233;ories de Freud qui les feraient &#034;consid&#233;rer s&#233;rieusement&#034;, mais bien plus &#034;l'attraction qu'elles exerceront sur nos propres intuitions, dans la mesure o&#249; elles contiennent quelque chose de nouveau et de vrai sur la mani&#232;re dont fonctionne la psychologie humaine&#034;. Keynes concluait l'article en conseillant tant aux partisans de Freud qu'&#224; ses d&#233;tracteurs de lui accorder &#034;une consid&#233;ration tr&#232;s s&#233;rieuse et sans parti pris&#034;, car qu'on l'aime ou non, Freud &#233;tait &#034;l'un des g&#233;nies les plus d&#233;rangeants et les plus novateurs de notre temps, c'est-&#224;-dire une sorte de diable&#034; (37).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce qui doit retenir notre attention ici n'est pas tant qu'il avoue que les th&#233;ories de Freud contiennent quelque chose de &#034;vrai sur la mani&#232;re dont fonctionne la psychologie humaine&#034;, ce qui ne fait que nous confirmer l'origine de ses propres arguments psychologiques, que le fait qu'il tienne &#224; garder secret cette origine, en signant anonymement l'article. Ce n'est pas la premi&#232;re fois que Keynes cherche &#224; garder secret son penchant pour la psychologie des profondeurs. On a vu que dans les portraits psychologiques r&#233;v&#233;l&#233;s au grand public, toutes r&#233;f&#233;rences explicites &#224; Freud &#233;taient absentes, tandis qu'elles constituaient certainement une friandise suppl&#233;mentaire pour ses lecteurs intimes qu'il r&#233;unissait devant une tasse de th&#233;. Afin de bien comprendre en quoi la th&#233;orie freudienne pouvait &#224; ce point fasciner Keynes, il nous semble qu'il faille bien plus entrer dans l'univers intellectuel du Cambridge du d&#233;but du si&#232;cle et saisir toute la port&#233;e de la r&#233;volte intellectuelle que Bloomsbury voulait faire entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C/ Keynes, Freud et la critique de la morale victorienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Keynes entra &#224; Cambridge &#224; l'&#233;poque o&#249; le Labouchere amendment (1885) condamnait tout acte ind&#233;cent entre deux personnes de m&#234;me sexe et o&#249; le c&#233;l&#232;bre dramaturge Oscar Wilde, convaincu d'homosexualit&#233;, venait d'effectuer deux ans de travaux forc&#233;s. Les bloomsburiens dans leur majorit&#233;, Keynes et Lytton Strachey en t&#234;te, partageaient d'abord en commun une lutte contre la culture et surtout contre l'hypocrisie sexuelle de l'&#233;poque victorienne finissante (38). &#192; l'instar d'O. Wilde, les membres du groupe de Bloomsbury n'&#233;taient pas sans ambivalences. Issus de la haute bourgeoisie anglaise, ils &#233;taient, comme l'&#233;crit R. Williams, &#034;&#224; la fois hostiles &#224; ses id&#233;es et &#224; ses valeurs dominantes, et d&#233;sireux d'en faire partie par tous les moyens imm&#233;diats&#034; (39). Ils rejetaient la vie institutionnelle anglaise, de la monarchie &#224; la Bourse en passant par l'Eglise et l'Arm&#233;e, les deux foules artificielles que Freud stigmatisera dans son essai sur la psychologie collective de 1921.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si John Stuart Mill n'avait pas r&#233;ussi &#224; d&#233;boulonner la morale victorienne, c'est bien plut&#244;t Freud, qui en f&#251;t le traducteur en allemand (40), qui r&#233;ussit l'entreprise. Au milieu de grands penseurs tels que Nietzsche, Bergson ou Durkheim, Freud contribua &#224; d&#233;finitivement mettre &#224; bas le rationalisme caract&#233;ristique de l'&#233;poque victorienne tant en Grande-Bretagne que sur le continent, en d&#233;clarant que l'homme n'&#233;tait pas le ma&#238;tre chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, si Freud n'&#233;tait pas le seul &#224; entendre limiter la rationalit&#233; de l'homme, il fut le seul &#224; assener le coup d&#233;finitif dans le domaine de la sexualit&#233; et, en ce sens, &#224; saper d&#233;finitivement la morale victorienne. C'est &#224; la suite de ses travaux avec Joseph Breuer sur l'hyst&#233;rie, publi&#233;s la m&#234;me ann&#233;e que celle de la condamnation d'O. Wilde, que Freud va s'attaquer plus g&#233;n&#233;ralement &#224; la morale sexuelle victorienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour Freud, qu'&#034;un domaine d'une telle importance&#034; que celui de la sexualit&#233; &#034;soit interdit &#224; la pens&#233;e&#034; n'est ind&#233;niablement pas &#034;favorable au renforcement de la fonction intellectuelle&#034; (41). Car &#034;en payant la docilit&#233; &#224; ses prescriptions profondes par un accroissement de la maladie nerveuse, la soci&#233;t&#233; ne peut enregistrer un gain&#034; qu'&#034;au prix d'un sacrifice&#034;, si bien qu'elle &#034;n'enregistre en fait aucun gain&#034; (42).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour Freud, en effet, la soci&#233;t&#233; se constitue en sublimant les pulsions instinctuelles des hommes, particuli&#232;rement celles sexuelles. Cependant, &#034;encourag&#233;e par ce succ&#232;s, elle s'est laiss&#233;e entra&#238;ner &#224; pousser les exigences morales aussi haut que possible&#034; et a ainsi &#034;forc&#233; ses membres &#224; s'&#233;loigner encore davantage de leur constitution pulsionnelle&#034;. En niant et contraignant &#224; ce point le &#034;fondement pulsionnel de l'action&#034;, la soci&#233;t&#233; engendre une &#034;tension&#034; qui &#034;se traduit par les ph&#233;nom&#232;nes de r&#233;action et de compensation les plus remarquables&#034; conduisant &#034;ainsi aux manifestations r&#233;actionnelles des affections n&#233;vrotiques&#034;. C'est cette v&#233;ritable n&#233;vrose sociale que Freud d&#233;noncera dans Malaise dans la civilisation. C'est cette hypocrisie sociale qui force l'homme tout comme la soci&#233;t&#233; &#224; vivre &#034;psychologiquement parlant, au-dessus de ses moyens&#034; que Freud va d&#233;noncer. Loin de pr&#244;ner l'anarchisme sexuel, il en appelle d&#232;s 1915 &#034;&#224; des transformations en profondeurs&#034; qui inciteraient les hommes &#224; &#034;conformer leur vie &#224; la v&#233;rit&#233; psychologique&#034; (43). Il pr&#233;cisera cependant que s'il lui semble indispensable de souligner &#034;l'urgence de telles r&#233;formes&#034;, ce n'est pas au &#034;m&#233;decin&#034;, c'est-&#224;-dire &#224; lui, &#034;qu'il appartient d'avancer des projets de r&#233;forme&#034; (44).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	J. M. Keynes semble l'entendre &#224; la lettre. Le programme politique que Keynes pr&#233;senta &#224; l'Universit&#233; d'&#233;t&#233; du parti lib&#233;ral en 1925, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#233;poque m&#234;me o&#249; il signa l'article anonyme sur l'inventeur de la psychanalyse, semble en effet respecter &#224; la lettre les prescriptions de Freud. Outre les questions imm&#233;diates relatives au gouvernement et &#224; la paix, les questions sexuelles y apparaissent comme nettement prioritaires par rapport aux questions &#233;conomiques que Keynes consid&#233;rait comme secondaires. Si Harrod ne voit l&#224; que le reste d'un r&#234;ve de jeunesse, nous y verrons pour notre part, combien l'influence de Bloomsbury &#233;tait primordiale et combien la th&#233;orie freudienne les sous-tendaient, comme on peut le noter dans le passage suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Le contr&#244;le des naissances, l'utilisation des contraceptifs, les lois sur le mariage, la fa&#231;on dont on traite les agressions et les anomalies sexuelles, la position &#233;conomique des femmes, celle de la famille - et dans toutes ces questions, l'&#233;tat actuel de la loi et de l'orthodoxie reste m&#233;di&#233;val - sont absolument sans rapport avec l'opinion et les pratiques civilis&#233;es, et avec ce que les individus, cultiv&#233;s ou non, se disent en priv&#233;. [...] Un parti qui discuterait ouvertement et sagement de ces probl&#232;mes au cours de ses r&#233;unions, ferait na&#238;tre un int&#233;r&#234;t nouveau et actuel aupr&#232;s de ses &#233;lecteurs car la politique traiterait &#224; nouveau de questions que tout le monde veut conna&#238;tre et qui touchent profond&#233;ment la vie de chacun&#034; (45).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	S'il ne f&#251;t pas &#233;cout&#233;, nous pouvons r&#233;trospectivement mesurer avec C. Hession, &#034;combien Keynes &#233;tait &#224; l'avant-garde de son temps et nous &#233;merveiller de sa pr&#233;voyance&#034; (46), mais surtout, dirons-nous, mesurer combien ce programme emprunte &#224; la vision freudienne de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D/ La psychologie de la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Selon Schumpeter, les CEP est une v&#233;ritable &#034;&#339;uvre d'art&#034; et constitue la &#034;vision&#034; initiale de la pens&#233;e keyn&#233;sienne. Quelle est cette &#034;vision&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La question principale que Keynes se pose en 1919 est double : d ?une part, pourquoi &#034;les classes laborieuses&#034; acceptaient-elles &#034;une situation o&#249; elles ne pouvaient pr&#233;tendre qu'&#224; une tr&#232;s petite part du g&#226;teau qu'elles, la nature, et les capitalistes, avaient travaill&#233; ensemble &#224; produire&#034; ; et, d'autre part, pourquoi &#034;les classes capitalistes&#034;, qui &#034;&#233;taient autoris&#233;es &#224; pr&#233;tendre au meilleur morceau du g&#226;teau et libres, th&#233;oriquement, de le consommer&#034;, ne le consommaient-elles pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Outre l'&#034;ignorance&#034; ou l'&#034;impuissance&#034;, r&#233;pond Keynes, les deux classes agissaient ainsi parce qu'elles s'&#233;taient laiss&#233;es persuader ou tromper par &#034;l'habitude&#034; et &#034;les conventions&#034; de &#034;l'ordre bien &#233;tabli de la Soci&#233;t&#233;&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Le devoir - d'&#233;pargner - devint les neuf-dixi&#232;mes de la vertu, et l'&#233;largissement du g&#226;teau l'objet de toute vraie religion. Autour de la non-consommation du g&#226;teau pouss&#232;rent tous les instincts d'un puritanisme qui, en d'autres temps, s'&#233;tait retir&#233; du monde et avait n&#233;glig&#233; les arts productifs aussi bien que r&#233;cr&#233;atifs. Et, ainsi, le g&#226;teau s'accr&#251;t. Pour quelles fins ? On n'y r&#233;fl&#233;chissait pas. On exhortait fr&#233;quemment les individus, non pas tant &#224; s'abstenir qu'&#224; remettre et &#224; entretenir les plaisirs s&#251;rs que causent les joies pr&#233;vues. Il fallait &#233;pargner, disait-on, pour votre vieillesse et vos enfants. Mais ce n'&#233;tait l&#224; qu'une th&#233;orie, - et la gr&#226;ce du g&#226;teau &#233;tait qu'il ne serait jamais mang&#233; ni par vous, ni par vos enfants apr&#232;s vous&#034; (47).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais c'est lorsque l'on ne r&#233;fl&#233;chit pas que le r&#233;el peut faire retour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Dans les inconscientes retraites de son &#234;tre, la Soci&#233;t&#233; savait de quoi il s'agissait. Le g&#226;teau &#233;tait en r&#233;alit&#233; fort petit par rapport aux app&#233;tits, et s'il avait &#233;t&#233; partag&#233; entre ceux qui l'entouraient nul ne se serait retir&#233; plus satisfait. La Soci&#233;t&#233; ne travaillait pas pour les minimes satisfactions du jour, mais pour la s&#233;curit&#233; future et l'am&#233;lioration de la race, - en fait pour le progr&#232;s&#034; (48).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Symbolisant la Soci&#233;t&#233; d'un &#034;S&#034; majuscule, Keynes lui attribue un inconscient et un app&#233;tit, autrement dit un d&#233;sir, jamais &#034;satisfait&#034;. Que cherche-t-il &#224; nous montrer ainsi ? Il le pr&#233;cise lui-m&#234;me : &#034;Nous cherchions simplement &#224; montrer que le principe d'accumulation fond&#233; sur l'in&#233;galit&#233; &#233;tait une partie vitale de l'ordre d'avant-guerre de la Soci&#233;t&#233; et du progr&#232;s tel que nous l'entendions. Nous voulons fortement marquer que ce principe d&#233;pendait de conditions psychologiques variables, qu'il est peut-&#234;tre impossible de ressusciter&#034; (49).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il n'est pas d&#233;plac&#233; aux vues de ces derniers passages et au terme de cette premi&#232;re section, de dire qu'&#224; l'instar de Freud, Keynes a lui aussi &#034;gliss&#233; de l'&#233;conomique au psychologique&#034; et n'a pas tant recherch&#233; &#034;le propre de la civilisation dans les ressources mat&#233;rielles pr&#233;sentes et dans l'organisation de leur r&#233;partition&#034;, que &#034;reconnu que toute culture repose sur la contrainte au travail et le renoncement aux instincts&#034; (50), renoncement qui, pouss&#233; au plus haut point provoque in&#233;vitablement la &#034;frustration&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En se h&#226;tant de conclure Malaise dans la civilisation, il &#233;tait difficile &#224; Freud d'&#233;viter une question : &#034;Si l'&#233;volution de la civilisation pr&#233;sente de telles ressemblances avec celle de l'individu, &#233;crivait-il, et que toutes deux usent des m&#234;me moyens d'action, ne serait-on pas autoris&#233; &#224; porter le diagnostic suivant : la plupart des civilisations ou des &#233;poques culturelles - m&#234;me l'humanit&#233; enti&#232;re peut-&#234;tre - ne sont-elles pas devenues &#034;n&#233;vros&#233;es&#034; sous l'influence des efforts de la civilisation m&#234;me ?&#034;(51).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ainsi, selon lui : &#034;On pourrait adjoindre au catalogue psychanalytique de ces n&#233;vroses des propositions th&#233;rapeutiques, pr&#233;tendant &#224; bon droit offrir un grand int&#233;r&#234;t pratique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Certes Freud &#233;tait conscient des difficult&#233;s d'une telle entreprise : &#034;Je ne saurais dire qu'une pareille tentative d'application de la psychanalyse &#224; la communaut&#233; civilis&#233;e serait absurde ou condamn&#233;e &#224; la st&#233;rilit&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais Freud restait optimiste : &#034;Quant &#224; l'application th&#233;rapeutique de nos connaissances... &#224; quoi servirait donc l'analyse la plus p&#233;n&#233;trante de la n&#233;vrose sociale, puisque personne n'aurait l'autorit&#233; n&#233;cessaire pour imposer &#224; la collectivit&#233; la th&#233;rapeutique voulue ? En d&#233;pit de toutes ces difficult&#233;s, on peut s'attendre &#224; ce qu'un jour quelqu'un s'enhardisse &#224; entreprendre dans ce sens la pathologie des soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es&#034; (52).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En 1923, Keynes d&#233;clarait d&#233;j&#224; dans un article o&#249; il citait Freud et Wittgenstein, que si l'Europe devait souffrir d'un d&#233;clin, il ne serait pas tant du &#224; des causes mat&#233;rielles qu'&#224; des causes spirituelles (53). La m&#234;me ann&#233;e, il d&#233;finissait le &#034;capitalisme&#034; comme un &#034;&#233;quilibre psychologique&#034; permettant &#034;au syst&#232;me des r&#233;tributions in&#233;gales de se perp&#233;tuer&#034; (54). L'on peut se demander si, finalement, ces phrases &#233;crites &#224; Vienne en 1929, c'est-&#224;-dire en pleine &#034;d&#233;pression&#034; et &#224; la veille de la r&#233;daction de la TG, Keynes ne les aurait pas prises &#224; la lettre. S'il n'a pas tent&#233; &#034;l'analyse la plus p&#233;n&#233;trante de la n&#233;vrose sociale&#034; dont Freud parle, et si, il ne se serait finalement pas &#034;enhardi&#034; de &#034;l'autorit&#233; n&#233;cessaire pour imposer &#224; la collectivit&#233; la th&#233;rapeutique voulue&#034;. C'est ce que nous allons d&#233;sormais tenter de montrer dans la section suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SECTION II. - AU C&#338;UR DE LA TG : LA PREFERENCE POUR LA LIQUIDITE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si c'est certainement dans la psychologie freudienne que l'on retrouve le plus de r&#233;f&#233;rence &#224; l'adjectif &#034;&#233;conomique&#034; (55), la TG est ind&#233;niablement l'ouvrage d'&#233;conomie dans lequel on retrouve le plus souvent l'adjectif &#034;psychologique&#034;. En outre, la pr&#233;dominance des variables psychologiques sur celles strictement &#233;conomiques ne doivent y faire aucun doute. Comme le remarque &#224; juste titre J. A. Schumpeter, &#034;en tenant compte de toutes les &#034;hypoth&#232;ses&#034; implicites, on peut dire que la valeur courante du revenu national est &#034;d&#233;termin&#233;e&#034; par trois fonctions ou trois courbes, que Keynes honora du titre de &#034;lois psychologiques&#034; : la fonction de consommation, la fonction d'investissement et la fonction de pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233;&#034; (56). Il s'agit de trois &#034;lois simplificatrices&#034; selon l'expression de J. A. Schumpeter, &#034;destin&#233;es &#224; servir la vision du processus &#233;conomique&#034;. Ces &#034;lois psychologiques&#034; sont bien le c&#339;ur de la TG, puisqu'elles permettent &#224; Keynes &#034;de prouver l'existence d'un &#233;quilibre de sous-emploi&#034; (57). Elles permettent &#233;galement &#224; Keynes, disons le avec l'emphase de J. A. Schumpeter, de mettre en &#233;vidence sa conviction que c'est &#034;le taux d'int&#233;r&#234;t&#034; qui &#034;tient dans la pi&#232;ce le r&#244;le du tra&#238;tre&#034; (58). C'est pour cette raison que nous commencerons par aborder la TG, par l ?angle de la monnaie et de son taux d'int&#233;r&#234;t. Que les fameuses lois psychologiques soient finalement le c&#339;ur du message de la TG, voil&#224; qui, de toute fa&#231;on a &#233;t&#233; confirm&#233; par Keynes lui-m&#234;me (59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Selon J. A. Schumpeter, la th&#233;orie mon&#233;taire de l'int&#233;r&#234;t de Keynes, &#034;selon laquelle l'int&#233;r&#234;t n'est ni le d&#233;riv&#233;, ni l'expression de quoi que ce soit qui ait &#224; voir, sous quelque forme que ce soit, avec le rendement net des biens de capital&#034; est, sans conteste d'un point de vue th&#233;orique, &#034;la contribution originale la plus importante de la Th&#233;orie G&#233;n&#233;ral&#034; (60). Or il se trouve que le principal biais par lequel la th&#233;orie freudienne p&#233;n&#232;tre la th&#233;orie &#233;conomique keyn&#233;sienne, est celui de la monnaie et de l'int&#233;r&#234;t. C'est du reste dans le d&#233;bat sur la monnaie, la seule fois qu'au cours d'un d&#233;bat technique, Keynes fera explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; Freud et &#224; la psychanalyse. Cette r&#233;f&#233;rence se trouve dans un chapitre du TM intitul&#233; l'&#034;Auri sacra fames&#034;, &#233;crit en 1930. Nous comptons d&#233;montrer que l'on y trouve l'essentiel de la th&#233;orie de l'int&#233;r&#234;t et de la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233; que l'on retrouvera dans la TG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A/ Le d&#233;sir maudit de l'or et la conception psychanalytique de l'argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comme chacun sait, le TM, commenc&#233; en 1924, relu en 1929, puis finalement publi&#233; en 1930, pr&#233;sente un aspect quelque peu lourd et massif. Tout au long de sa r&#233;daction, Keynes avait vu ses id&#233;es &#233;voluer et se modifier, ainsi qu'il l'a lui-m&#234;me &#233;crit : &#034;Une grande partie du livre repr&#233;sente le processus qui a consist&#233; &#224; me d&#233;barrasser des id&#233;es que j'avais alors et &#224; ouvrir la voie &#224; celles que j'ai aujourd'hui. Beaucoup de peau dont je me suis d&#233;barrass&#233; en chemin jonchent ces pages&#034; (61). C'est ainsi que, selon nous, l'&#034;Auri sacra fames&#034; constitue une des principales traces de sa mutation future. En effet, dans ce chapitre, J. M. Keynes jete les bases de la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233; de la TG, bases qui ne sont pas en coh&#233;rence avec la th&#233;orie quantitative traditionnelle dont il ne s'est pas encore &#233;mancip&#233; dans le cadre g&#233;n&#233;rale de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) Le d&#233;sir maudit de l'or&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le premier volume du livre est consacr&#233; &#224; un historique des formes mon&#233;taires. Les exemples &#233;rudits sont tir&#233;s de l'histoire et entrem&#234;l&#233;es &#224; quelques passages provocants (62). Cependant, la provocation touchera &#224; son comble dans le deuxi&#232;me volume du TM, lorsqu'au chapitre 35, il s'attaque au d&#233;sir maudit de l'or, d&#233;clarant que &#034;ces derni&#232;res ann&#233;es, ce d&#233;sir maudit de l'or, cherche &#224; s'envelopper d'un v&#234;tement de respectabilit&#233; si intens&#233;ment respectable qu'on n'en a jamais rencontr&#233; m&#234;me dans les royaumes du sexe ou de la religion&#034; (63).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous ne devons plus nous &#233;tonner, &#224; ce stade de notre argumentation, de l ?attitude critique de Keynes envers la soci&#233;t&#233; anglaise et tout particuli&#232;rement de son aversion envers l'hypocrisie sexuelle victorienne qui rejaillit ici en plein expos&#233; de sa th&#233;orie &#233;conomique. C'est en plein c&#339;ur de cet expos&#233; que Keynes fera une allusion explicite &#224; la th&#233;orie freudienne (64). Passant en revue la tradition qui, des Myc&#233;niens jusqu'au XIXe si&#232;cle, faisait de l'or le principal &#233;talon de valeur et le plus propre selon Keynes, &#224; assurer &#224; son d&#233;tenteur &#034;la conservation de la valeur et la mobilisation du pouvoir d'achat&#034; (65), il en vient &#224; exposer les raisons qui, selon Freud, donne &#224; l'or ce r&#244;le privil&#233;gi&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Le Dr Freud rapporte que certaines raisons profond&#233;ment enracin&#233;es dans notre subconscient veulent que l'or, et non point une autre mati&#232;re, satisfasse des instincts puissants et serve de symbole. Ces propri&#233;t&#233;s magiques, pr&#233;cise Keynes, dont le clerg&#233; de l'ancienne Egypte dotait le m&#233;tal jaune, ne se sont jamais compl&#232;tement &#233;vanouies&#034; (66).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans une note de bas de page Keynes cite le deuxi&#232;me volume des Collected Papers et le num&#233;ro quatre des papiers cliniques de Freud, ainsi que Sandor Ferenczi et le psychanalyste britannique ami de James Strachey, Ernest Jones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans cette note, Keynes reconnait explicitement que ses vues, si elles ne sont du moins directement issues de celles de Jones, les rejoignent ind&#233;niablement. Keynes insiste en outre sur le fait que si par le biais d'un raisonnement &#233;conomique il rejoint les conclusions que Jones obtient par la &#034;m&#233;thode psychanalytique&#034;, cela doit &#234;tre reconnu comme un &#034;succ&#232;s&#034; pour cette derni&#232;re. Ainsi il cite la &#034;proph&#233;tie&#034; de Jones, publi&#233;e en 1917, selon laquelle &#034;si les id&#233;es de possession et de richesse s'attachent obstin&#233;ment &#224; l'id&#233;e de &#034;monnaie&#034; et d'or, il y a &#224; cela des raisons psychologiques d&#233;finies. Cette attitude superstitieuse &#224; l'&#233;gard d'une erreur &#233;conomique consistant &#224; confondre l ?argent avec la richesse, pr&#233;cise Jones, vaudra probablement &#224; tous les pays, et plus particuli&#232;rement &#224; l'Angleterre, plus d'un sacrifice apr&#232;s la guerre lorsqu'on voudra &#224; tout prix revenir &#224; l'&#233;talon-or&#034; (67). Jones ajoute lui-m&#234;me dans une note de bas de page, que tous ceux qui supportent &#034;le fardeau des imp&#244;ts&#034; et tous ceux qui souffrent &#034;des mis&#232;res du ch&#244;mage&#034; pourront rendre justice &#034;&#224; la justesse de cette pr&#233;diction&#034; que lui m&#234;me avait &#233;crit en 1915, bien qu'il pense que &#034;peu nombreux&#034; sont ceux qui se rendent compte &#034;des rapports existant entre leurs souffrances et la superstition fond&#233;e sur le symbolisme&#034; qu'il indique dans ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A ce stade de notre d&#233;veloppement, nous pouvons tenter de bri&#232;vement r&#233;sumer les th&#232;ses de Jones, de Ferenczi et de Freud sur l'argent en g&#233;n&#233;ral et sur l'or en particulier, afin de mieux mettre en &#233;vidence les subtilit&#233;s de la conception keyn&#233;sienne de la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) La conception psychanalytique de l'argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est dans un article sur la th&#233;orie du symbolisme que Jones m&#232;ne le raisonnement &#224; propos duquel Keynes est fort &#233;logieux en 1930. Selon Jones, &#034;les progr&#232;s de l'esprit humain&#034; r&#233;sultent de &#034;l'extension ou le transfert de l'int&#233;r&#234;t et de la compr&#233;hension d'id&#233;es simples et primitives vers des id&#233;es plus difficiles et plus complexes qui, dans un certain sens, continuent et symbolisent les premi&#232;res&#034; (68). C'est &#224; peu de chose pr&#232;s le processus que Freud nomme sublimation qui, pour l'exposer dans un vocabulaire adapt&#233; &#224; l'&#233;conomiste, r&#233;sulterait en quelque sorte, d'un programme de maximisation sous contrainte : maximisation du plaisir sous contrainte de r&#233;alit&#233; (69). Ce programme nous impose une d&#233;sexualisation perp&#233;tuelle des t&#226;ches, afin que le symbolis&#233; soit utilis&#233; comme outil ou signe. N&#233;anmoins, lorsque que ce programme de sublimation &#233;choue, se produit une &#034;r&#233;gression d'un niveau de signification &#233;lev&#233; vers un niveau plus primitif ; la signification r&#233;elle d'une id&#233;e est temporairement perdue et l'id&#233;e, ou l'image, est utilis&#233;e pour repr&#233;senter et transmettre la signification d'une id&#233;e plus primitive dont elle fut autrefois l'&#233;quivalent symbolique&#034; (70).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'on comprendra ais&#233;ment pour cette raison que &#034;le nombre d'id&#233;es susceptibles d'&#234;tre symbolis&#233;es est remarquablement petit par rapport au nombre pour ainsi dire infini de symboles&#034;. Jones les &#233;valuent &#224; &#034;moins d'une centaine&#034; et affirme qu'&#034;elles se rapportent toutes au soi physique, aux membres de la famille proche ou aux ph&#233;nom&#232;nes de la naissance, de l'amour et de la mort&#034; (71).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Jones donnent plusieurs exemples typiques de symboles. Notamment celui des &#034;travaux agricoles&#034; qui, &#034;identifi&#233;s, au d&#233;but, avec les actes sexuels, ont fini par acqu&#233;rir une port&#233;e ind&#233;pendante&#034;. L'autre exemple dont Jones se sert, est celui, &#034;plus courant&#034; et &#034;plus important&#034; selon lui, de l'or : &#034;les &#233;conomistes modernes&#034;, &#233;crit-il, savent &#034;que l'id&#233;e de richesse signifie tout simplement &#034;un gage du travail futur&#034; et que n'importe quel jeton pourrait servir d'embl&#232;me &#224; ce gage qui n'a nullement besoin d'&#234;tre repr&#233;sent&#233; par un &#034;&#233;talon-or&#034;. Or, les pi&#232;ces de monnaie m&#233;talliques et plus particuli&#232;rement les pi&#232;ces d'or sont les symboles inconscients des excr&#233;ments qui, eux-m&#234;mes, sont la source dont est n&#233;, au temps de notre enfance, notre sentiment de la possession et de la propri&#233;t&#233;&#034; (72).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est l&#224;, r&#233;sum&#233;e au plus haut point, la th&#232;se que Freud d&#233;fend d&#232;s 1908 et que Ferenczi reprend en 1914. En effet, dans son article &#034;Sur l'ontogen&#232;se de l'int&#233;r&#234;t pour l'argent&#034;, que Keynes cite &#233;galement en note de bas de page de l'&#034;Auri sacra fames&#034;, Ferenczi retrace le &#034;d&#233;veloppement de l'argent comme symbole&#034;. Partant du &#034;plaisir que donne le contenu intestinal&#034;, Ferenczi met en &#233;vidence, &#034;la joie que procure l'argent&#034;. D'apr&#232;s lui, l'argent ne serait &#034;rien d'autre en somme que de l'excr&#233;ment d&#233;sodoris&#233;, dess&#233;ch&#233; et rendu brillant&#034; (73), sous l'effet des progr&#232;s de la civilisation. Selon lui, &#034;parall&#232;lement aux progr&#232;s qu'accomplit l'intellect dans le sens de la logique, l'int&#233;r&#234;t symbolique pour l'argent chez l'adulte ne se r&#233;duit plus aux objets ayant des propri&#233;t&#233;s physiques analogues &#224; celles des pi&#232;ces de monnaie, mais s'&#233;tend &#224; toutes sortes de choses qui signifient d'une mani&#232;re ou d'une autre une possession (papier-monnaie, actions, livret de caisse d'&#233;pargne, etc.)&#034;. Il se permet ainsi de donner un ultime conseil aux &#233;conomistes et aux sociologues qui n'est pas sans rappeler celui de Jones que Keynes cite : &#034;Toute sociologie et toute &#233;conomie politique qui examinent les faits sans parti pris, &#233;crit-il au moment de conclure, devront tenir compte de cet &#233;l&#233;ment irrationnel. Les probl&#232;mes sociaux ne pourront &#234;tre r&#233;solus que par la d&#233;couverte de la v&#233;ritable psychologie de l'&#234;tre humain ; &#224; elles seules, les sp&#233;culations sur les conditions &#233;conomiques ne m&#232;neront jamais au but&#034; (74).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Etranges conseils pour un &#233;conomiste que ceux de Ferenczi qui, rejoignants ceux de Jones, font parti de ceux auxquels Keynes se r&#233;f&#232;re explicitement. La r&#233;f&#233;rence &#224; Freud et &#224; la psychanalyse n'est pas ici un moment d'absence de la pens&#233;e keyn&#233;sienne, ni un &#233;crit isol&#233; parmi la totalit&#233; de son &#339;uvre. Bien au contraire, d&#232;s avant la parution du TM, le 21 f&#233;vrier 1930, il avait pr&#233;par&#233; le terrain aux membres du Comit&#233; Macmillan (75), en d&#233;fendant qu'il pouvait &#234;tre rationnel de th&#233;sauriser. Il citait &#224; l'appui de sa th&#232;se le mythe du roi Midas qui, bien que pr&#233;sentant selon Keynes &#034;un cas extr&#234;me de personnalit&#233; sadique-anale&#034;, n'&#233;tait certainement pas &#034;compl&#233;tement fou&#034; (76). A la m&#234;me &#233;poque, c'est-&#224;-dire en 1930, il enfon&#231;ait d&#233;finitivement le clou dans son c&#233;l&#232;bre essai intitul&#233; Perspectives &#233;conomiques pour nos petits-enfants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Quand l'accumulation de la richesse ne sera plus d'une grande importance sociale, &#233;crit-il, de profondes modifications se produiront dans notre syst&#232;me de moralit&#233;. Il nous sera possible de nous d&#233;barrasser de nombreux principes pseudo-moraux qui nous ont tourment&#233; pendant deux si&#232;cles et qui nous ont fait &#233;riger en vertus sublimes certaines des caract&#233;ristiques les plus d&#233;plaisantes de la nature humaine. Nous pourrons nous permettre de juger la motivation p&#233;cuniaire &#224; sa vraie valeur. L'amour de l'argent comme objet de possession, qu'il faut distinguer de l'amour de l'argent comme moyen de se procurer les plaisirs et les r&#233;alit&#233;s de la vie, sera reconnu pour ce qu'il est : un &#233;tat morbide plut&#244;t r&#233;pugnant, l'une de ces inclinations &#224; demi criminelles et &#224; demi pathologiques dont on confie le soin en frissonnant aux sp&#233;cialistes des maladies mentales&#034; (77).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La r&#233;f&#233;rence &#224; Freud est ici encore une fois explicite. Elle n'est pas sans rappeler un des passages de &#034;L'Homme aux loups&#034;, &#233;crit par Freud en 1918, auquel Keynes se r&#233;f&#232;re &#233;galement dans sa note de bas de page de l'&#034;Auri sacra fames&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Nous nous sommes habitu&#233;s &#224; ramener l'int&#233;r&#234;t qu'inspire l'argent, dans la mesure o&#249; il est de nature libidinale et non de nature rationnelle, au plaisir excr&#233;mentiel, et &#224; r&#233;clamer de l'homme normal qu'il garde ses rapports &#224; l'argent enti&#232;rement libres d'influences libidinales et qu'il les r&#232;gle suivant les exigences de la r&#233;alit&#233;&#034; (78).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est encore une fois ce &#224; quoi Freud en appelle lorsqu'en 1913, il avoue que d&#232;s le d&#233;but de la cure analytique, il se trouve en pr&#233;sence de deux questions importantes : &#034;celle du temps et celle de l'argent&#034; (79). Loin de &#034;tenir asc&#232;tiquement l'argent pour m&#233;prisable&#034;, Freud y loue encore une fois &#034;l'influence corrective du paiement&#034; qui permet aux relations entre deux personnes de s'ancrer dans le &#034;monde r&#233;el&#034; (80).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le parall&#233;lisme entre le passage de Keynes et ceux de Freud est frappant. L'individu que Keynes d&#233;nonce est celui qui n'arrive pas &#224; distinguer l'argent en tant que &#034;moyen de se procurer les plaisirs et les r&#233;alit&#233;s de la vie&#034;, et qui, tel l'Homme aux loups &#224; qui la r&#233;f&#233;rence est ici sous-entendue, sombre dans &#034;un &#233;tat morbide&#034; dont la pathologie doit &#234;tre confi&#233;e &#034;aux sp&#233;cialistes des maladies mentales&#034; au nombre desquels on aura bien &#233;videmment reconnu l'inventeur de la psychanalyse. Keynes et Freud formulent donc la m&#234;me exigence &#224; l'&#233;gard de notre propre attitude vis-&#224;-vis de l ?argent : celle de &#034;la primaut&#233; de l'intelligence sur la vie instinctive&#034; (81). Les &#233;conomistes soucieux de pr&#233;server l'autonomie de leur savoir pourront nous objecter que c'est l&#224; une exigence bien naturelle et partag&#233;e par tous, et que rien n'y distingue Keynes de la majorit&#233; des leurs. Ce &#224; quoi on peut leur r&#233;torquer qu'encore faudrait-il reconna&#238;tre ainsi que Keynes le fait lui-m&#234;me, la r&#233;alit&#233; de cette vie instinctive et la possibilit&#233; de son retour. C'est bien parce qu'il n'y a pas chez Freud comme chez Keynes, de v&#233;ritable opposition &#034;entre la sph&#232;re libidinale et la sph&#232;re rationnelle&#034;, selon une expression d'I. Reiss-Schimmel (82), c'est-&#224;-dire entre l'instinct et l'intelligence, que l'on doit justement en appeler &#224; cette derni&#232;re afin de pleinement vivre nos rapports mutuels et nos rapports aux objets, en particuliers notre rapport &#224; l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B/ L'incertain et la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour le Keynes de la TG, &#034;l ?importance de la monnaie d&#233;coule essentiellement du fait qu ?elle constitue un lien entre le pr&#233;sent et l ?avenir&#034; (83). Mais ce n ?est pas tant au sens classique de l ?expression qu ?il faut l ?entendre, qu ?au sens o&#249; la monnaie peut pallier notre inqui&#233;tude quant &#224; l ?avenir, et cette inqui&#233;tude est incontournable. En effet, c ?est dans son article de 1937, que Keynes pr&#233;cise les principales raisons qui lui font se d&#233;partir de la th&#233;orie classique. La premi&#232;re de ces raisons est que &#034;la th&#233;orie orthodoxe suppose que nous avons une connaissance de l ?avenir tr&#232;s diff&#233;rente de celle dont nous disposons en r&#233;alit&#233;&#034;. C ?est donc &#224; la suite de Freud insistant sur &#034;l ?incertitude inh&#233;rente &#224; toute proph&#233;tie&#034; (84), que Keynes &#034;accuse la th&#233;orie &#233;conomique classique d ?&#234;tre elle-m&#234;me une de ces jolies techniques tr&#232;s raffin&#233;es qui tentent de parler du pr&#233;sent en faisant abstraction du fait que nous avons une connaissance limit&#233;e de l ?avenir&#034; (85). Autrement dit, la th&#233;orie &#233;conomique classique, en faisant &#034;comme si&#034; l ?avenir n ?&#233;tait soumis &#224; aucune incertitude, nie la r&#233;alit&#233;. Elle nie ou sous-estime les &#034;facteurs latents que sont l ?&#233;tat de doute extr&#234;me, la pr&#233;carit&#233;, l ?espoir et la crainte&#034; (86). Car en r&#233;alit&#233;, nous pr&#233;cise Keynes, nous ne disposons &#034;que de la plus vague id&#233;e des cons&#233;quences qu ?auront nos actes&#034;. En d&#233;finitive, c ?est bien la r&#233;alit&#233; de la vie instinctive que la th&#233;orie classique nie et dont Keynes &#233;met le souhait de prendre en compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	a) La d&#233;termination du taux d ?int&#233;r&#234;t par la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette r&#233;alit&#233; de la vie instinctive, Keynes la reconnait explicitement lorsque dans le livre IV de la TG, intitul&#233; &#034;L ?incitation &#224; investir&#034;, il en vient &#224; pr&#233;senter sa propre th&#233;orie de l ?int&#233;r&#234;t. S ?opposant &#224; la tradition classique selon laquelle &#034;le taux de l ?int&#233;r&#234;t est le facteur qui am&#232;ne &#224; s ?&#233;quilibrer la demande d ?investissement et le consentement &#224; &#233;pargner&#034; (87), Keynes opte pour une d&#233;termination du taux d ?int&#233;r&#234;t par la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Ainsi le taux de l ?int&#233;r&#234;t &#224; tout moment, &#233;tant la r&#233;compense pour renoncer &#224; la liquidit&#233;, mesure la r&#233;pugnance des personnes qui poss&#232;de la monnaie &#224; renoncer &#224; leur pouvoir inconditionnel d ?en disposer. Le taux d ?int&#233;r&#234;t n ?est pas le ?prix ? qui am&#232;ne &#224; s ?&#233;quilibrer la demande de ressources &#224; investir et le consentement &#224; s ?abstenir de consommations imm&#233;diates. Il est le prix qui &#233;quilibre le d&#233;sir de d&#233;tenir la richesse sous forme de monnaie et la quantit&#233; de monnaie disponible&#034; (88).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L ?on retrouve bien dans cette premi&#232;re d&#233;finition de la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233;, le d&#233;sir ex&#233;crable de l ?or et de la monnaie en g&#233;n&#233;ral, en tant que le taux d ?int&#233;r&#234;t mesure cette &#034;r&#233;pugnance&#034;. Keynes ajoutera que &#034;c ?est par cette voie et de cette mani&#232;re que la quantit&#233; de monnaie p&#233;n&#232;tre dans le sch&#232;me &#233;conomique&#034; (89). Entendons par-l&#224; qu ?auparavant, la monnaie n ?est pas encore d&#233;finie dans la sph&#232;re &#233;conomique. La monnaie n ?est pas imm&#233;diatement &#233;conomique comme le mythe du d&#233;veloppement des &#233;changes et de la monnaie &#224; partir d ?une hypoth&#233;tique g&#233;n&#233;ralisation du troc tente de nous le faire croire (90). Certes, il existe des motifs rationnels de d&#233;tenir de l ?argent liquide, autrement dit, la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233; a des d&#233;terminants rationnels. Ce sont les motifs de transaction et de pr&#233;caution. Mais la premi&#232;re d&#233;finition que Keynes nous donne de cette pr&#233;f&#233;rence d&#233;passe sa simple d&#233;termination rationnelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Nous pouvons r&#233;sumer ce qui pr&#233;c&#232;de dans la proposition suivante : un &#233;tat quelconque de la pr&#233;vision &#233;tant donn&#233;, il existe dans l ?esprit du public une inclination potentielle &#224; d&#233;tenir plus d ?argent liquide que n ?en requi&#232;rent le motif de transactions et le motif de pr&#233;caution&#034; (91).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Voil&#224; qui a le m&#233;rite d ?&#234;tre clair et pr&#233;cis. Mais si nous mettons pour l ?instant de c&#244;t&#233; comme le fait lui-m&#234;me Keynes, les motifs de finance et plus particuli&#232;rement ceux de sp&#233;culation qui, li&#233;s &#224; la pr&#233;vision en &#233;tat d ?incertitude seront abord&#233;s dans la troisi&#232;me section de ce texte, il reste que la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233; est bien plus que d&#233;termin&#233;e par de simples motifs rationnels (92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A partir de ce constat, il est peut-&#234;tre possible de faire baisser le taux de l ?int&#233;r&#234;t. D ?o&#249; la possibilit&#233; d ?&#233;crire l ?&#233;quation de la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233;. Mais ce ne sera l&#224; qu ?une possibilit&#233;. Car s ?il est en effet possible de faire baisser le taux d ?int&#233;r&#234;t, en ayant recours aux &#034;soins maternels de la part de l ?autorit&#233; mon&#233;taire&#034; (93) comme le pr&#233;cise Keynes, la validit&#233; de l ?&#233;quation qu ?il pose est loin d ?&#234;tre toujours garantie. Keynes rappelle en effet, dans ce qui nous semble &#234;tre le passage le plus crucial de la TG, la pr&#233;dominance des &#034;trois facteurs psychologiques fondamentaux&#034; (94) sur les variables &#233;conomiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Mais, si nous sommes tent&#233;s de voir dans la monnaie un &#233;lixir qui stimule l ?activit&#233; du syst&#232;me, &#233;crit-il, rappelons-nous qu ?il peut y avoir plusieurs obstacles entre la coupe et les l&#232;vres. Alors qu ?on peut esp&#233;rer que, toutes choses restant &#233;gales, un accroissement de la quantit&#233; de monnaie fasse baisser le taux de l ?int&#233;r&#234;t, ceci ne se produira pas si les pr&#233;f&#233;rences du public pour la liquidit&#233; augmentent plus que la quantit&#233; de monnaie&#034; (95).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce qui relativise de beaucoup, au-del&#224; d ?une seule &#034;trappe &#224; la liquidit&#233;&#034; qui serait d&#233;termin&#233;e par un niveau sp&#233;cifique du taux de l ?int&#233;r&#234;t mon&#233;taire, l ?&#233;quation hicksienne dont Keynes n ?avait &#233;mis, nous nous le rappellerons, que la simple possibilit&#233;. Et il en va de m&#234;me pour les autres variables &#233;conomiques d&#233;termin&#233;es qu ?elles sont prioritairement par les variables purement psychologiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Alors qu ?on peut esp&#233;rer que, toutes choses restant &#233;gales, la baisse du taux de l ?int&#233;r&#234;t fasse cro&#238;tre le flux d ?investissement, ceci ne se produira pas si la courbe de l ?efficacit&#233; marginale du capital baisse plus que le taux de l ?int&#233;r&#234;t ; alors enfin qu ?on peut esp&#233;rer que, toutes choses restant &#233;gales, une augmentation du flux d ?investissement accroisse l ?emploi, ceci ne se produira pas si la propension &#224; consommer d&#233;cline&#034; (96).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ainsi Keynes reconna&#238;t-il que l ?&#034;analyse particuli&#232;re&#034; qu ?il m&#232;ne n ?est &#034;importante et utile que pour autant qu ?il existe un lien sp&#233;cialement direct ou intentionnel entre les variations de la quantit&#233; de monnaie et celles du taux de l ?int&#233;r&#234;t&#034; (97). Il ne s ?arr&#234;te donc pas &#224; cette constatation que les d&#233;terminants du taux d ?int&#233;r&#234;t sont purement psychologiques, mais que c ?est justement en fonction de cette vertu que l ?on peut agir, et que l ?on se doit d ?agir, autrement dit, qu ?il faut &#224; nouveau utiliser l ?argent comme signe, plut&#244;t que comme symbole, distinction que nous allons d&#233;sormais op&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	b) Le double caract&#232;re de l ?argent : signe et symbole&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comme le r&#233;sume parfaitement bien I. Reiss-Schimmel, la probl&#233;matique de l ?argent est explicitement abord&#233;e, dans les &#233;crits freudiens, selon une &#034;double perspective&#034;. D ?une part, &#034;sur le plan s&#233;mantique, Freud introduit une dimension symbolique inconsciente en &#233;tablissant une correspondance entre l ?argent et l ?excr&#233;ment&#034;, la &#034;d&#233;couverte de ce lien symbolique&#034; permettant &#034;d ?expliquer les anomalies des conduites avec l ?argent en les r&#233;f&#233;rant aux vicissitudes du stade anal&#034;. D ?autre part, et &#034;sur le plan pratique&#034;, &#034;la relation d ?argent entre les deux protagonistes de la cure est con&#231;ue comme un rappel du ?monde r&#233;el ?&#034; (98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est donc peut-&#234;tre utile d ?op&#233;rer avec I. Reiss-Schimmel une distinction entre les concepts de signe et de symbole qui, finalement, &#034;se substituent&#034; trop ais&#233;ment &#034;l ?un &#224; l ?autre dans l ?usage courant&#034;. Le signe d&#233;note de &#034;ce qui en vertu d ?une convention arbitraire correspond &#224; une chose ou &#224; une op&#233;ration qu ?il d&#233;signe&#034;. Par contre, toujours selon I. Reiss-Schimmel, le symbole connote &#034;ce qui repr&#233;sente autre chose en vertu d ?une correspondance&#034; ? et comme le pr&#233;cise I. Reiss-Schimmel, &#034;du point de vue psychanalytique, cette correspondance s ?&#233;tablit avec un symbolis&#233; inconscient&#034; (99). Ainsi, l ?argent pourrait appara&#238;tre &#224; la fois comme signe et symbole : d ?une part il constituerait ce que I. Reiss-Schimmel appelle &#034;une modalit&#233; symbolique particuli&#232;re au fondement d ?une technique &#233;conomique&#034;, renvoyant &#034;&#224; ses fonctions de monnaie de compte et de moyen d ?&#233;change&#034; ; d ?autre part, l ?argent comporterait &#034;une dimension symbolique charg&#233;e de signification inconsciente&#034; (100), dont on a vu &#224; quoi elle se rapportait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C ?est bien cette position qu ?&#224; la suite de Freud, Keynes adopte et d&#233;fend lorsqu ?il appelle, comme nous l ?avons vu, &#224; distinguer &#034;l ?amour de l'argent comme moyen de se procurer les plaisirs et les r&#233;alit&#233;s de la vie&#034;, c ?est-&#224;-dire, l ?argent en tant que signe, de &#034;l'amour de l'argent comme objet de possession&#034;, en d ?autres termes, le symbole de possession et de toute-puissance qu ?est l ?argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C ?est cette conception que Keynes d&#233;fend &#233;galement dans son c&#233;l&#232;bre article de 1937, &#034;La th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l ?emploi&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;La monnaie ? c ?est bien connu ? remplit deux fonctions principales. En tenant le r&#244;le de monnaie de compte, elle facilite les &#233;changes sans qu ?il soit n&#233;cessaire qu ?elle apparaisse jamais elle-m&#234;me comme un objet substantiel. A cet &#233;gard, elle est une convention, d&#233;nu&#233;e de signification ou d ?influence r&#233;elle. En second lieu, la monnaie est une r&#233;serve de richesse. On nous le dit pr&#233;cis&#233;ment de cette mani&#232;re, et sans aucune ironie. Mais dans le monde de l ?&#233;conomie classique, quel usage insens&#233; c ?est l&#224; lui attribuer ! Car on reconna&#238;t comme caract&#233;ristique de la monnaie en tant que r&#233;serve de richesse le fait qu ?elle est st&#233;rile ; alors qu ?en pratique toutes les autres formes de mise en r&#233;serve de la richesse rapportent un int&#233;r&#234;t ou un profit. En vertu de quoi quiconque ? si ce n ?est dans un asile de fous ? serait-il amen&#233; &#224; vouloir utiliser la monnaie comme r&#233;serve de richesse ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Parce que, pr&#233;cise Keynes, &#034;pour des motifs en partie rationnels et en partie instinctifs, notre d&#233;sir de d&#233;tenir de la monnaie comme r&#233;serve de richesse est un barom&#232;tre de notre degr&#233; de d&#233;fiance quant &#224; nos propres calculs et conventions concernant l ?avenir. M&#234;me si cette impression au sujet de la monnaie est elle-m&#234;me conventionnelle ou instinctive, elle agit, pour ainsi dire, &#224; un niveau plus profond de nos motivations. Elle prend le relais dans les moments o&#249; les conventions les plus &#233;chafaud&#233;es et les plus pr&#233;caires se sont affaiblies. La possession de monnaie r&#233;elle apaise notre inqui&#233;tude ; et la prime que nous requ&#233;rons pour nous faire nous s&#233;parer de la monnaie est la mesure de notre degr&#233; d ?inqui&#233;tude&#034; (101).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Reprenons pas &#224; pas les termes de ce passage crucial pour notre propos. L ?on retrouve bien ici la conception freudienne de l ?argent, en tant qu ?il est &#224; la fois signe ou pure &#034;convention&#034;, et symbole ou &#034;r&#233;serve de richesse&#034;. C ?est l&#224; que l ?on se d&#233;tache de la conception classique, au sens de Keynes. Selon l ?&#233;conomie politique classique, en effet, il n ?y a que dans un &#034;asile de fou&#034; que l ?on peut saisir la monnaie sous cet angle. Or c ?est bien l&#224; que Keynes prend les classiques au mot et qu ?il entend Freud &#224; la lettre. Outre, les motifs rationnels de transaction et de pr&#233;caution, il y a bien selon Keynes des motifs irrationnels ou plut&#244;t &#034;instinctifs&#034; de d&#233;tenir des liquidit&#233;s. Autrement dit, il y a un v&#233;ritable &#034;d&#233;sir de d&#233;tenir de la monnaie comme r&#233;serve de richesse&#034;, qui agit au &#034;plus profond de nos motivations&#034;. On ne trahit pas ses propres termes si l ?on dit que pour Keynes, il existe bien une pulsion (102) inconsciente de d&#233;tenir de la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si &#224; la suite de Freud l ?on consid&#232;re &#034;l ?accession au signe comme &#233;tant corr&#233;lative d ?un palier d ?organisation sup&#233;rieure de l ?appareil psychique&#034;, en tant que c ?est pour lui, le langage, &#034;outil privil&#233;gi&#233; de l ?exp&#233;rience analytique&#034;, qui &#034;a &#233;t&#233; le syst&#232;me de signes qui a retenu son attention&#034; (103), l ?on peut dire que Keynes d&#233;crit l&#224; lui aussi, mais &#224; propos de l ?argent, une &#034;r&#233;gression&#034; du signe au symbole primitif, lui-m&#234;me identifi&#233; &#224; ce qu ?il symbolise. C ?est bien ce &#224; quoi il nous introduit lorsqu ?il con&#231;oit une &#034;r&#233;gression&#034; de la conception de l ?argent en tant que symbole qui &#034;prend le relais&#034; de notre conception de l ?argent en tant que signe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Car comme le pr&#233;cise I. Reiss-Schimmel, les deux aspects, signe et symbole, &#034;bien que relevant de modes de fonctionnement diff&#233;rents, ne sont pas ind&#233;pendants l ?un de l ?autre&#034;. Si &#034;leur relation est &#233;troite en m&#234;me temps que complexe&#034;, il reste que &#034;l ?articulation de ces deux modalit&#233;s distinctes s ?op&#232;re plus ou moins harmonieusement en fonction du degr&#233; de structuration de l ?activit&#233; symbolisante du sujet&#034; (104). La question que nous devons alors nous poser est la suivante : &#224; quel moment et pourquoi une telle r&#233;gression se produit-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	c) L ?incertain et la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pourquoi et &#224; quel moment l ?argent en tant que symbole de possession prend-il le &#034;relais&#034; de l ?argent pure convention ou simple signe ? Keynes nous le dit clairement : un tel d&#233;sir de d&#233;tenir de la monnaie est &#034;un barom&#232;tre de notre degr&#233; de d&#233;fiance quant &#224; nos propres calculs et conventions concernant l ?avenir&#034;. Autrement dit, il y a r&#233;gression d ?une utilisation de l ?argent en tant que signe &#224; une utilisation symbolique de l ?argent, lorsque nous sommes inquiets quant &#224; l ?avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Keynes le pr&#233;cisait d&#233;j&#224; d&#232;s l ?&#233;poque de l ?&#034;Auri sacra fames&#034; et du TM, lorsque dans Perspectives &#233;conomiques pour nos petits-enfants, il associe cette poursuite aveugle de la richesse mon&#233;taire, &#224; une &#034;intentionnalit&#233;&#034; qu ?il qualifie de &#034;puissante et inassouvie&#034;, et dont la &#034;nature a dot&#233; chacun d'entre nous, ou presque, &#224; des degr&#233;s divers&#034;. Qu ?est-ce que cette &#034;intentionnalit&#233;&#034; ? L'homme plein d ?&#034;intentionnalit&#233;&#034;, r&#233;pond-il, &#034;est toujours en train de chercher &#224; procurer &#224; ses actes une immortalit&#233; illusoire et factice en projetant dans l'avenir l'int&#233;r&#234;t qu'il peut leur porter&#034; (105). Pour cet homme, nous dit-il, &#034;de la confiture n'est pas de la confiture, &#224; moins qu'il s'agisse d'une caisse de confiture pour demain et jamais de confiture pour aujourd'hui m&#234;me. Ainsi, en rejetant toujours sa confiture loin dans l'avenir, essaie-t-il d'assurer l'immortalit&#233; &#224; son acte confiturier&#034; (106).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce qu ?il faut donc entendre dans ces passages de l ??uvre de Keynes, c ?est que notre d&#233;sir de d&#233;tenir de la monnaie comme r&#233;serve de richesse, autrement dit notre pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233;, est un &#233;tat maladif par lequel nous tentons de procurer &#224; nos actes &#034;une immortalit&#233; illusoire&#034;. En d ?autres termes, notre d&#233;sir de d&#233;tenir de la monnaie est une d&#233;fense qui nous fait croire, mais ce n ?est qu ?une &#034;illusion&#034; pr&#233;cise Keynes, que nous pouvons &#233;chapper &#224; l ?avenir, en tant que celui-ci est ind&#233;niablement vou&#233; &#224; la mort. En termes freudiens, notre d&#233;sir de d&#233;tenir de la monnaie est li&#233; &#224; une angoisse de mort (107).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Selon Freud en effet, &#034;ce qui caract&#233;rise l ?illusion, c ?est d ?&#234;tre d&#233;riv&#233;e des d&#233;sirs humains ; elle se rapproche par l&#224; de l ?id&#233;e d&#233;lirante en psychiatrie&#034; (108) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Des exemples d ?illusions authentiques ne sont pas, d ?ordinaire, faciles &#224; d&#233;couvrir, pr&#233;cise-t-il ; mais l ?illusion des alchimistes de pouvoir transmuter tous les m&#233;taux en or est peut-&#234;tre l ?une d ?elles. Le d&#233;sir d ?avoir beaucoup d ?or, autant d ?or que possible a &#233;t&#233; tr&#232;s att&#233;nu&#233; par notre intelligence actuelle des conditions de la richesse ; cependant la chimie ne tient plus pour impossible une transmutation des m&#233;taux en or. Ainsi nous appelons illusion une croyance quand, dans la motivation de celle-ci la r&#233;alisation d ?un d&#233;sir est pr&#233;valante, et nous ne tenons pas compte, ce faisant, des rapports de cette croyance &#224; la r&#233;alit&#233;, tout comme l ?illusion elle-m&#234;me renonce &#224; &#234;tre confirm&#233;e par le r&#233;el&#034; (109).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L ?illusion supr&#234;me &#233;tant bien s&#251;r, de se croire immortel. Et ce d&#233;sir d ?immortalit&#233; est bien un d&#233;sir inconscient, car comme l ?&#233;crivait Freud en 1915, &#034;notre inconscient ne croit pas &#224; la mort personnelle, il se conduit comme s ?il &#233;tait immortel&#034; (110).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L ?on peut r&#233;sumer le diagnostic clinique de la psychologie de la soci&#233;t&#233; qu ?&#233;tablit Keynes, comme suit : c ?est pour tenter de rem&#233;dier &#224; une angoisse, qui est une angoisse de mort, que nous glissons de l ?utilisation de la monnaie comme signe &#224; une utilisation de la monnaie comme symbole primitif de possession, et que nous en arrivons &#224; ce d&#233;sir de d&#233;tenir de la monnaie comme r&#233;serve de richesse. C ?est bien ce qu ?il exprime lorsqu ?il nous parle du &#034;f&#233;tichisme de la liquidit&#233;&#034; (111). Or, pour Freud, le f&#233;tiche, qui est le substitut du pouvoir et de la puissance, est l&#224; pour nier, ou plus exactement pour d&#233;nier la r&#233;alit&#233; dans ce qu ?elle a de plus mena&#231;ante (112).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C ?est par rapport &#224; ce diagnostic clinique, que Keynes va tenter de nous mettre en face de notre propre mort. On comprend mieux d&#232;s lors son insistance, &#224; travers toute son ?uvre, sur la mort et sur notre devoir de l ?accepter : &#034;Ils marchent le plus s&#251;rement dans les sentiers de la vertu et de la sagesse, ceux qui se soucient le moins du lendemain&#034; (113), &#233;crivait-il en 1930 &#224; la veille de la r&#233;daction de la TG. &#034;Les hommes ne mourront pas toujours calmement&#034; (114), regrettait-il d&#233;j&#224; en 1919, dans son ouvrage sur la paix, &#224; la suite de l ?essai de Freud de 1915 sur les &#034;Consid&#233;rations actuelles sur la guerre et sur la mort&#034;. Accepter la mort et notre possible &#034;d&#233;confiture&#034;, c ?est faire un grand &#034;pas&#034; en direction de l ?acceptation de notre d&#233;sir inconscient et, par l&#224; m&#234;me, vers notre bonheur. C ?est &#233;galement dans ce sens qu ?il faut &#224; notre avis entendre ce qui restera comme l ?un des plus beaux fleurons de la prose keyn&#233;sienne : &#034;In the long run we are all dead&#034; (115).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comment mieux r&#233;sumer cette conception que par l ?hommage rendu par G. L. S. Shackle &#224; son article de 1937 qu ?il salue comme &#034;l ?apoth&#233;ose&#034; de la pens&#233;e de J. M. Keynes. Selon G. L. S. Shackle, en effet, &#034;la possibilit&#233; d ?un ch&#244;mage massif g&#233;n&#233;ral proc&#232;de du rapport d ?une institution humaine, celle de la monnaie, &#224; la nature &#233;l&#233;mentaire de l ?existence humaine, au voyage infini de l ?&#234;tre humain dans le vide du temps&#034; (116).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Car c ?est bien de cette institution sp&#233;cifiquement humaine qu ?est la monnaie que proc&#232;de effectivement la possibilit&#233; d ?un ch&#244;mage massif, comme du reste Keynes le pr&#233;cise lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Pourquoi les volumes de la production et de l ?emploi d&#233;pendent-ils plus &#233;troitement du taux d ?int&#233;r&#234;t sp&#233;cifique de la monnaie que du taux d ?int&#233;r&#234;t sp&#233;cifique du bl&#233; ou du taux d ?int&#233;r&#234;t sp&#233;cifique des maisons ?&#034; (117).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comme toujours, la r&#233;ponse passe par un d&#233;veloppement technique pour finalement pouvoir s ?exprimer en une m&#233;taphore psychologique pertinente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Ce qui veut dire ? nous dit Keynes ? que le ch&#244;mage se d&#233;veloppe parce qu ?on demande la lune. Les hommes ne peuvent &#234;tre employ&#233;s lorsque l ?objet de leur d&#233;sir (i. e. la monnaie) est une chose qu ?il n ?est pas possible de produire et dont la demande ne peut &#234;tre facilement restreinte. Le seul rem&#232;de consiste &#224; persuader le public que lune et fromage sont pratiquement la m&#234;me chose et &#224; faire fonctionner une fabrique de fromage (i. e. une banque centrale) sous contr&#244;le de l ?autorit&#233;&#034; (118).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En Angleterre, en effet, nous pr&#233;cise Jean de Largentaye, on raconte aux enfants que la lune est un fromage, cela dans le but certainement d ?&#233;chapper &#224; la perp&#233;tuelle qu&#234;te du d&#233;sir enfantin. Le seul rem&#232;de au malaise est par cons&#233;quent de persuader, et d ?arriver &#224; nous faire comprendre, que le d&#233;sir ne touche jamais son but. C ?est donc bien, la propri&#233;t&#233; &#224; laquelle la psychanalyse attribue la vocation sp&#233;ciale de l ?argent, c ?est-&#224;-dire de pouvoir &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un d&#233;sir que l ?on ne peut satisfaire &#224; volont&#233;, &#034;qui se r&#233;v&#232;le pr&#233;cis&#233;ment &#234;tre la source du mal&#034; (119).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En d&#233;finitive, nous pouvons donc dire que la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233; est la mani&#232;re la plus habile ou peut-&#234;tre la moins confuse qu ?a trouv&#233; Keynes pour exprimer sans choquer les &#233;conomistes, la d&#233;couverte psychanalytique selon laquelle le d&#233;sir d ?or et de puissance est ancr&#233;e dans l ?inconscient. Ainsi donc, comme Keynes l ?&#233;crit noir sur blanc, &#034;l ?int&#233;r&#234;t est un ph&#233;nom&#232;ne hautement psychologique&#034; (120). Et c ?est en fonction de sa nature psychologique, qu ?il va &#234;tre soumis &#224; une surd&#233;termination par la psychologie collective issues des pr&#233;visions touchant &#224; l ?avenir telles qu ?elles r&#233;sultent de la psychologie de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SECTION III. ? L ?INCERTAIN DANS LA &#034;REVOLUTION&#034; KEYNESIENNE : L ?HYPOTHESE FREUD&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L ?incertain et la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233; sont, dans la th&#233;orie keyn&#233;sienne, les deux faces d ?une m&#234;me pi&#232;ce, si l ?on peut dire. C ?est parce que l ?on veut se d&#233;fendre de ce qu ?il peut arriver dans le futur, que l ?on va vouloir conserver ses avoirs sous la forme la plus liquide possible. Mais ceci n ?est qu ?un cercle vicieux puisqu ?on ne peut nier la r&#233;alit&#233;. C ?est sur les march&#233;s financiers, bien entendu, que la psychose va atteindre son paroxysme. En effet, on ne peut &#233;liminer l ?incertitude, elle est inh&#233;rente &#224; la condition humaine. En conservant nos avoirs sous forme liquide, en pr&#233;f&#233;rant la sp&#233;culation &#224; l ?entreprise, si nous &#233;liminons l ?incertitude quant &#224; l ?avenir, nous retombons sur une autre incertitude : celle de l ?Autre. En niant notre propre jugement quant &#224; l ?avenir, il ne nous reste plus qu ?&#224; se conformer &#224; celui de l ?autre. De ce fait, on d&#233;truit la logique m&#234;me de l ?entreprise et les titres tout comme le taux d ?int&#233;r&#234;t ou l ?efficacit&#233; marginale du capital, vont &#234;tre soumis &#224; la sp&#233;culation qui est le r&#233;sultat d ?une &#233;valuation sp&#233;cifique fruit de &#034;la psychologie de masse&#034; dont Freud est &#233;galement l ?inventeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A/ La sp&#233;culation chez Keynes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C ?est bien l&#224; la th&#232;se de Keynes lorsqu ?au chapitre 12 de la TG, intitul&#233; &#034;L ?&#233;tat de la pr&#233;vision &#224; long terme&#034;, il d&#233;finit l ?entreprise comme l ?activit&#233; &#034;qui consiste &#224; pr&#233;voir le rendement escompt&#233; des actifs pendant leur existence enti&#232;re&#034; (121). Autrement dit, dans l ?entreprise, c ?est le long terme qui compte. Or si l ?on nie ce long terme et l ?incertitude qui lui est inh&#233;rente, en lui pr&#233;f&#233;rant le court terme et la liquidit&#233;, l ?on retombe n&#233;cessairement sur une autre incertitude, celle de l ?Autre. Car la sp&#233;culation est bien d&#233;finit par Keynes comme &#034;l ?activit&#233; qui consiste &#224; pr&#233;voir la psychologie du march&#233;&#034; (122).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Keynes &#034;ne saurait dire que la sp&#233;culation l'emporte toujours sur l'entreprise&#034;, mais force est de constater que &#034;le risque d'une pr&#233;dominance de la sp&#233;culation tend &#224; grandir &#224; mesure que l'organisation des march&#233;s financiers progresse&#034;. Ce &#034;risque&#034;, il le situe essentiellement aux Etats-Unis ; et Keynes de d&#233;noncer la &#034;tendance&#034; bien am&#233;ricaine, d&#233;bordant m&#234;me le cadre du &#034;terrain financier&#034;, &#224; &#034;attacher un int&#233;r&#234;t excessif &#224; d&#233;couvrir ce que l'opinion moyenne croit &#234;tre l'opinion moyenne&#034; (123). Il est donc naturel que ce soit &#034;dans une des principales Bourses des Valeurs du monde, New York&#034;, que &#034;ce travers national&#034; touche &#224; son comble. Si &#034;les sp&#233;culateurs peuvent &#234;tre aussi inoffensifs que des bulles d'air dans un courant r&#233;gulier d'entreprise&#034;, il d&#233;nonce la tendance inverse que l ?entreprise ne soit plus &#034;qu'une bulle d'air dans le tourbillon sp&#233;culatif&#034; (124).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Car la logique sp&#233;culative n ?&#233;pargne personne. M&#234;me l ?individu le plus rationnel ne peut pas &#233;chapper &#224; ce &#034;tourbillon&#034;. D ?une part, &#224; cause du caract&#232;re n&#233;cessairement limit&#233; des ressources du particulier, ce qui ne lui permet pas, m&#234;me s ?il le d&#233;sirerait, &#034;d ?investir sans se pr&#233;occuper des fluctuations momentan&#233;es du march&#233;&#034; (125). D ?autre part, parce qu ?il ne serait de toute fa&#231;on pas &#034;raisonnable&#034; de &#034;payer 25 pour un investissement dont on croit que la valeur justifi&#233;e par le rendement escompt&#233; est 30, si l ?on croit aussi que 3 mois plus tard le march&#233; l ?&#233;valuera &#224; 20&#034; (126).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comme le souligne parfaitement bien A. Orl&#233;an &#224; la suite de Keynes, &#034;en supposant m&#234;me que l ?on puisse d&#233;finir et calculer sans ambigu&#239;t&#233; une valeur fondamentale [?] associ&#233;e au titre, celle-ci ne saurait d&#233;terminer, dans le court terme, le prix du march&#233; que dans la stricte mesure o&#249; la majorit&#233; des op&#233;rateurs pensent que cette &#233;valuation est effectivement la valeur fondamentale. Ce qui a force de loi sur le march&#233;, c ?est uniquement l ?opinion moyenne des &#233;changistes. [?] Conna&#238;tre la valeur fondamentale n ?ajoute aucune information suppl&#233;mentaire sur le prix de la p&#233;riode suivante&#034; (127).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On observe donc dans la TG, une rupture totale avec la logique &#233;conomique orthodoxe. C ?est &#034;cette d&#233;connexion du march&#233; financier et des grandeurs &#233;conomiques objectives&#034;, comme le souligne Orl&#233;an, qui va &#234;tre &#034;ce par quoi l ?analyse keyn&#233;sienne se distingue radicalement des th&#232;ses traditionnelles&#034; (128). Alors que dans la th&#233;orie traditionnelle, les &#034;bulles sp&#233;culatives&#034; d&#233;crivent des &#034;situations o&#249; le prix observ&#233; diff&#232;re de la valeur fondamentale&#034;, et sont en cela des &#034;situations pathologiques&#034; r&#233;sultats de &#034;comportement individuels irrationnels&#034; n ?apparaissant que &#034;dans des circonstances exceptionnelles&#034;, pour Keynes, la divergence entre la valeur fondamentale et le prix est le fruit d ?un comportement rationnel, pour autant que celui-ci ne doit pas s ?entendre au sens de l ?analyse orthodoxe. Ce comportement est d ?abord, comme nous aimons &#224; le souligner avec Orl&#233;an, &#034;la cons&#233;quence de la recherche de la liquidit&#233;&#034; (129) ; et &#224; l ?origine de cette pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233;, il y a notre fuite devant l ?avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans son article de 1937, Keynes pr&#233;cise bien qu ?en mati&#232;re d ?avenir, &#034;il n ?y a pas de fondement scientifique sur lequel on puisse formuler, de fa&#231;on autoris&#233;e, quelque raisonnement probabiliste que ce soit. Nous ne savons pas, tout simplement. N&#233;anmoins, la n&#233;cessit&#233; d ?agir et de d&#233;cider nous oblige, en tant qu ?hommes pratiques, &#224; faire de notre mieux pour surmonter cette r&#233;alit&#233; embarrassante&#034; (130).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Face &#224; cette incertitude radicale, &#224; ce : &#034;nous ne savons pas, tout simplement&#034;, l ?on peut certes continuer &#224; se laisser guider par le pr&#233;sent ; mais c ?est l&#224; continuer &#224; nier notre propre opinion sur l ?avenir. Or, si nous admettons que &#034;notre opinion propre et individuelle est d&#233;nu&#233;e de valeur&#034;, nous ne pouvons alors que nous efforcer &#034;de retomber sur l ?opinion du reste du monde&#034;, nous ne pouvons que nous efforcer &#034;de nous conformer au comportement de la majorit&#233; ou au comportement moyen&#034; (131). Cependant, une telle &#034;th&#233;orie pratique de l ?avenir&#034; ne peut qu ?&#234;tre &#034;sujette &#224; des changements soudains et violents&#034; (132) et contredit ainsi la possibilit&#233; d ?une croissance &#233;quilibr&#233;e de long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Keynes nous fait ensuite part de ses doutes quant &#224; la bonne compr&#233;hension par le lecteur de son message : &#034;Le lecteur a peut-&#234;tre l ?impression, &#233;crit-il, que cette dissertation g&#233;n&#233;rale et philosophique sur le comportement de l ?esp&#232;ce humaine est quelque peu &#233;loign&#233;e de la th&#233;orie &#233;conomique qui fait l ?objet de la discussion. Pourtant, en ce qui me concerne, pr&#233;cise-t-il, je suis d ?avis contraire&#034; (133).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La pr&#233;sente section a pour objet de montrer qu ?une telle position philosophique sur le comportement de l ?esp&#232;ce humaine est fortement ancr&#233;e et trouve son origine dans la th&#233;orie psycho-sociologique freudienne. Car &#224; cet &#233;gard, en effet, il s ?&#233;labore dans l ?analyse keyn&#233;sienne une &#034;vision du lien social&#034;, selon l ?expression d ?Orl&#233;an, qui diff&#232;re radicalement &#034;de celle contenue dans la philosophie spontan&#233;e de l ?Economie Politique&#034; (134).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B/ Keynes, Freud et la &#034;psychologie de masse&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comme le souligne Robert Boyer, la dynamique ou la &#034;logique&#034; des comportements sur les march&#233;s financiers, mais peut-&#234;tre pas seulement sur ces march&#233;s, est une &#034;logique des foules&#034; (135). Keynes utilise du reste lui-m&#234;me le terme de &#034;psychologie de masse&#034; pour d&#233;finir les comportements sur le march&#233; (136). Or, quelques ann&#233;es plus t&#244;t, en 1921, Freud publie son c&#233;l&#232;bre essai Psychologie des foules et analyse du moi (en allemand : Massenpsychologie und Ich-Analyse). L ?expression employ&#233;e par Keynes pour d&#233;finir ce qu ?il appelle l ?&#034;&#233;valuation conventionnelle&#034; est la traduction mot &#224; mot de l ?expression employ&#233;e par Freud pour g&#233;n&#233;raliser un ph&#233;nom&#232;ne que Le Bon et quelques autres auteurs avaient qualifi&#233; de foule. Quelle est la th&#232;se de Freud dans cet essai de 1921 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	a) D&#233;finition de la foule selon Freud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous n ?analyserons pas ici en d&#233;tail l ?essai de 1921 (137), mais tenterons d ?aller directement au c ?ur de la conception freudienne de la psychologie collective. Dans cet essai, Freud tente de lever &#034;l ?opposition entre la psychologie individuelle et la psychologie sociale&#034;, opposition qui &#034;perd beaucoup de son acuit&#233; si on l ?examine &#224; fond&#034;, puisque &#034;dans la vie psychique de l ?individu pris isol&#233;ment, l ?Autre intervient tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement en tant que mod&#232;le, soutien et adversaire, et de ce fait la psychologie individuelle est aussi, d ?embl&#233;e et simultan&#233;ment, une psychologie sociale, en ce sens &#233;largi mais parfaitement justifi&#233;&#034; (138).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L ?on ne doit pas se m&#233;prendre sur le sens de l ?analyse de Freud dans cet essai. Sa port&#233;e est beaucoup plus large que l ?on ne pourrait y penser &#224; priori et d&#233;passe largement le ph&#233;nom&#232;ne de la simple foule telle que la d&#233;crit Le Bon ou celui des foules &#034;artificielles&#034; que sont pour Freud l ?Eglise et l ?Arm&#233;e. C ?est une v&#233;ritable vision du lien social que l ?auteur tente de nous faire saisir dans cet essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Freud constate d ?abord qu ?on a &#034;r&#233;uni sous le terme de ?foule ? des formations tr&#232;s diff&#233;rentes qui ont besoin d ?&#234;tre distingu&#233;es&#034;. Il s ?attachera d ?abord &#224; d&#233;crire des foules simples spontan&#233;es et &#233;ph&#233;m&#232;res dont les foules r&#233;volutionnaires, en particulier celles de la grande R&#233;volution fran&#231;aise, ont influenc&#233; les peintures de Sighele, de Le Bon et de bien d ?autres auteurs. Il s ?attachera ensuite &#224; d&#233;crire des foules &#034;hautement organis&#233;es&#034; que sont l ?Eglise et l ?Arm&#233;e, qui n&#233;cessitent elles une contrainte ext&#233;rieure pour les pr&#233;server de la dissolution. Mais ce n ?est ni l ?une ni l ?autre en particulier qui attirent son attention. Car les premi&#232;res ne sont que superpos&#233;es aux deuxi&#232;mes &#034;comme les vagues courtes mais hautes le sont aux longues houles de mer&#034; (139) et les secondes ne sont que des foules &#034;artificielles&#034;. Freud s ?attarde un peu plus sur ces derni&#232;res pour la simple raison qu ?on y reconna&#238;t &#034;avec une grande nettet&#233; certains caract&#232;res qui, dans d ?autres, sont beaucoup plus camoufl&#233;s&#034; (140).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En fait, parti de l ?hypoth&#232;se de Totem et tabou, selon laquelle les foules ou hordes avec meneur seraient &#034;les plus primitives et les plus accomplies&#034;, Freud se demande si ce meneur, ce chef primitif, ne pourrait pas, dans les autres foules, &#034;avoir pour substitut une id&#233;e, une abstraction, ce vers quoi les foules religieuses, avec leur chef supr&#234;me impossible &#224; montrer, font bel et bien la transition ; une tendance commune, un d&#233;sir partag&#233; par le grand nombre, ne fournirait-il pas ce m&#234;me substitut ? Cette abstraction pourrait &#224; son tour s ?incarner plus ou moins parfaitement dans la personne d ?un meneur, en quelque sorte secondaire, et il r&#233;sulterait de la relation entre id&#233;e et meneur d ?int&#233;ressantes combinaisons&#034; (141). Ce qui l ?int&#233;resse donc dans les foules &#034;artificielles&#034;, c ?est qu ?elles semblent faire transition entre les foules primitives et les foules actuelles. Ce qui int&#233;resse avant tout Freud ce n ?est donc ni les foules &#034;&#233;ph&#233;m&#232;res&#034; ni les foules &#034;artificielles&#034;, mais de savoir si l ?on ne peut pas retrouver dans n ?importe quelle institution ce substitut d ?un meneur ou d ?un chef primitif. Car comme il le souligne lui-m&#234;me, la psychologie des foules traite &#034;de l ?homme isol&#233;, en tant que membre d ?une lign&#233;e, d ?un peuple, d ?une caste, d ?une classe, d ?une institution, ou en tant que partie d ?un agr&#233;gat humain qui s ?organise en foule pour un temps donn&#233;, dans un but d&#233;termin&#233;&#034; (142). En r&#233;sum&#233;, ce qui l ?int&#233;resse, c ?est la question du lien social prise globalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A cet &#233;gard, le march&#233;, en tant qu ?institution, pourrait parfaitement servir d ?exemple (143). Ainsi le march&#233; serait bien une foule organis&#233;e, comme l ?analyse keyn&#233;sienne le laisse elle-m&#234;me supposer. C ?est ce que nous allons voir d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	b) Keynes, Freud et la psychologie collective&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quelles sont donc les principales caract&#233;ristiques des foules, ou quelle est la logique de la psychologie collective ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D ?abord, tout comme Keynes le notera &#224; son tour en 1936, Freud pr&#233;cise que la logique de la foule n ?offre pas d ?&#233;chappatoire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Il est manifestement dangereux, note Freud, de se mettre en contradiction avec elle, et l ?on est en s&#233;curit&#233; lorsqu ?on suit l ?exemple qui s ?offre partout &#224; la ronde, donc &#233;ventuellement m&#234;me lorsqu ?on ?hurle avec les loups ?. Dans l ?ob&#233;issance &#224; la nouvelle autorit&#233;, on a le droit d ?interrompre l ?activit&#233; de sa ?conscience ? ant&#233;rieure en c&#233;dant aux app&#226;ts du gain de plaisir auquel on parvient &#224; coup s&#251;r en supprimant ses inhibitions. Il est donc au total pas si &#233;trange de voir l ?individu isol&#233; faire ou approuver dans la foule des choses dont il se d&#233;tournerait dans ses conditions de vie&#034; (144).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le parall&#232;le avec le diagnostic keyn&#233;sien est ici frappant. Si l ?on se rappelle que pour Keynes, l ?&#034;&#233;valuation conventionnelle&#034; est le &#034;fruit de la psychologie de masse&#034;, on notera que tout comme Freud souligne qu ?il vaut mieux &#034;hurler avec les loups&#034;, Keynes insistera sur le fait qu ?il vaut mieux &#034;&#233;chouer avec les conventions que r&#233;ussir contre elles&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il n ?est donc pas si &#034;&#233;trange&#034; que des &#034;professionnels comp&#233;tents&#034;, d&#233;crit par Keynes comme &#034;dou&#233;s d ?un jugement plus s&#251;rs et de connaissances plus &#233;tendues&#034;, ne corrigent pas les &#034;fantaisies&#034; de certains &#034;ignorants livr&#233;s &#224; leurs propres lumi&#232;res&#034;. Comme le souligne R. Boyer, le &#034;paradoxe&#034; est que les sp&#233;culateurs adoptent une attitude apparemment contradictoire par rapport &#224; leurs propres &#233;valuations : &#034;ils n ?y croient pas individuellement, mais collectivement, ils se mettent &#224; y croire&#034; (145). Or c ?est justement ce ph&#233;nom&#232;ne &#034;&#233;trange&#034; que Freud tente d ?expliquer et nous allons voir comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ensuite, observons que tout comme Freud, Keynes situe cette &#034;tendance&#034; et ce &#034;risque&#034; &#224; s ?immerger dans la &#034;psychologie de masse&#034; outre Atlantique. Freud insistera &#233;galement dans un passage de Malaise dans la civilisation o&#249; il renvoie &#224; son essai de 1921, sur ce qu ?il appelle &#034;le danger suscit&#233; par un &#233;tat particulier qu ?on peut appeler ?la mis&#232;re psychologique de la masse ?&#034;. Ce &#034;danger&#034; devient selon lui, &#034;des plus mena&#231;ants quand le lien social est cr&#233;&#233; principalement par l ?identification des membres d ?une soci&#233;t&#233; les uns aux autres : &#034;L ?&#233;tat actuel de l ?Am&#233;rique, pr&#233;cise-t-il, fournirait une bonne occasion d ?&#233;tudier ce redoutable pr&#233;judice port&#233; &#224; la civilisation&#034;. N&#233;anmoins il r&#233;siste &#224; la tentation de se &#034;lancer dans la critique de la civilisation am&#233;ricaine&#034;, ne tenant pas &#224; donner l ?impression de vouloir lui-m&#234;me &#034;user de m&#233;thodes am&#233;ricaines&#034; (146).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Enfin, c ?est dans la d&#233;finition m&#234;me de la foule, que l ?origine freudienne de l ?analyse de Keynes devient la plus &#233;vidente. Selon Freud en effet, on l ?aura compris, la formule de la constitution d ?une foule est une formule &#034;libidinale&#034;. Freud la r&#233;sume en une formule efficace : le &#034;miracle&#034; est que dans la foule, &#034;l ?individu abandonne son id&#233;al du moi et l ?&#233;change contre l ?id&#233;al de la foule&#034; (147). Or, nous avons l&#224; tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment, la d&#233;finition keyn&#233;sienne du comportement sur les march&#233;s financiers, en ce que celle-ci peut se r&#233;sumer par sa c&#233;l&#232;bre m&#233;taphore que l ?on a d&#233;sormais coutume d ?intituler celle du concours de beaut&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Ou encore, pour varier l&#233;g&#232;rement la m&#233;taphore ? &#233;crit Keynes ? la technique du placement peut &#234;tre compar&#233;e &#224; ces concours organis&#233;s par les journaux o&#249; les participants ont &#224; choisir les six plus jolis visages parmi une centaine de photographies, le prix &#233;tant attribu&#233; &#224; celui dont les pr&#233;f&#233;rences s'approchent le plus de la s&#233;lection moyenne op&#233;r&#233;e par l'ensemble des concurrents. Chaque concurrent doit donc choisir non les visages qu'il juge lui-m&#234;me les plus jolis, mais ceux qu'il estime les plus propres &#224; obtenir le suffrage des autres concurrents, lesquels examinent tous le probl&#232;me sous le m&#234;me angle. Il ne s'agit pas pour chacun de choisir les visages qui, autant qu'il en peut juger, sont r&#233;ellement les plus jolis ni m&#234;me ceux que l'opinion moyenne consid&#233;rera r&#233;ellement comme tels. Au troisi&#232;me degr&#233; o&#249; nous sommes d&#233;j&#224; rendus, on emploie ses facult&#233;s &#224; d&#233;couvrir l'id&#233;e que l'opinion moyenne se fera &#224; l'avance de son propre jugement. Et il y a des personnes, croyons-nous, qui vont jusqu'au quatri&#232;me ou cinqui&#232;me degr&#233; ou plus loin encore&#034; (148).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette m&#233;taphore du concours de beaut&#233; illustre parfaitement la th&#232;se freudienne de la constitution libidinale de la foule. D ?une part, parce que la r&#233;f&#233;rence ne se fait pas &#224; un concours quelconque, mais pr&#233;cis&#233;ment &#224; un concours faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la &#034;beaut&#233;&#034;, dans ce qu ?elle a justement de libidinale, d ?id&#233;ale et de tragique, s ?opposant parfaitement &#224; l ?intelligence des comportements rationnels. D ?autre part et surtout, parce qu ?il s ?agit bien pour l ?individu du concours de beaut&#233; d&#233;crit par Keynes, d ?&#034;abandonner&#034; son id&#233;al et de l ?&#034;&#233;changer&#034; contre celui de la foule, et en l ?occurence d ?&#233;changer son id&#233;al de la beaut&#233; contre celui de la foule. Il s ?agit bien l&#224; de la formule explicitement donn&#233;e par Freud, de la constitution de la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Certes, on peut entendre la m&#233;taphore du concours de beaut&#233; comme un pur probl&#232;me de logique mim&#233;tique ou un simple dilemme du prisonnier. Mais l&#224; encore, on ne peut que retomber sur le probl&#232;me du temps et de l ?incertain. C ?est ce que nous d&#233;montre le grand ex&#233;g&#232;te de la pens&#233;e freudienne qu ?aura &#233;t&#233; Jacques Lacan, dans un parfait r&#233;sum&#233; de cette m&#233;taphore du concours de beaut&#233;. Dans un texte de 1945 intitul&#233; fort &#224; propos pour ce qu ?il en est du notre, &#034;Le temps logique et l ?assertion de certitude anticip&#233;e&#034; (149), Jacques Lacan propose en effet au sophiste, ce que nous pouvons appeler son propre dilemme du prisonnier, autrement dit un probl&#232;me de logique dont il nous semble que les conclusions qu ?il en tirera, pourront parfaitement bien r&#233;sumer &#224; la fois la pens&#233;e psychosociale freudienne et celle de la macro-&#233;conomie keyn&#233;sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Apr&#232;s avoir fait appeler trois d&#233;tenus de son choix, le directeur d ?une prison leur tint &#224; peu pr&#232;s ce langage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Pour des raisons que je n ?ai pas &#224; vous rapporter maintenant, messieurs, je dois lib&#233;rer un d ?entre vous. Pour d&#233;cider lequel, j ?en remets le sort &#224; une &#233;preuve que vous allez courir, s ?il vous agr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Vous &#234;tes trois ici pr&#233;sents. Voici cinq disques qui ne diff&#232;rent que par leur couleur : trois sont blancs, et deux sont noirs. Sans lui faire conna&#238;tre duquel j ?aurai fait choix, je vais fixer &#224; chacun de vous un de ces disques entre les deux &#233;paules, c ?est-&#224;-dire hors de la port&#233;e directe de son regard, toute possibilit&#233; indirecte d ?y atteindre par la vue &#233;tant &#233;galement exclue par l ?absence ici d ?aucun moyen de se mirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D&#232;s lors, tout loisir vous sera laiss&#233; de consid&#233;rer vos compagnons et les disques dont chacun d ?eux se montrera porteur, sans qu ?il vous soit permis, bien entendu, de vous communiquer l ?un &#224; l ?autre le r&#233;sultat de votre inspection. Ce qu ?au reste votre int&#233;r&#234;t seul vous interdirait. Car c ?est le premier &#224; pouvoir en conclure sa propre couleur qui doit b&#233;n&#233;ficier de la mesure lib&#233;ratoire dont nous disposons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Encore faudra-t-il que sa conclusion soit fond&#233;e sur des motifs de logique, et non seulement de probabilit&#233;. A cet effet, il est convenu que, d&#232;s que l ?un d ?entre vous sera pr&#234;t &#224; en formuler une telle, il franchira cette porte afin que, pris &#224; part, il soit jug&#233; sur sa r&#233;ponse&#034; (150).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Puis, le directeur de la prison, tenant ses promesses, pare chacun des trois prisonniers d ?un disque blanc, sans utiliser les noirs, dont Lacan prend soin de nous rappeler qu ?il n ?en disposait que de deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comment les prisonniers peuvent-ils r&#233;soudre ce probl&#232;me ? El&#233;mentaire, r&#233;pond Lacan en endossant l ?habit du sophiste. Chacun doit pouvoir effectuer le raisonnement suivant qui lui permettrait d ?&#234;tre lib&#233;r&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Je suis un blanc, et voici comment je le sais. Etant donn&#233; que mes compagnons &#233;taient des blancs, j ?ai pens&#233; que, si j ?&#233;tais un noir, chacun d ?eux e&#251;t pu en inf&#233;rer ceci : ?Si j ?&#233;tais un noir moi aussi, l ?autre, y devant reconna&#238;tre imm&#233;diatement qu ?il est un blanc, serait sorti aussit&#244;t, donc je ne suis pas un noir ?. Et tous deux seraient sorti ensemble, convaincus d ?&#234;tre des blancs. S ?ils n ?en faisaient rien, c ?est que j ?&#233;tais un blanc comme eux. Sur quoi, j ?ai pris la porte, pour faire conna&#238;tre ma conclusion&#034; (151).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, selon Lacan, la solution n ?est que &#034;sophisme, au sens classique du mot&#034;, c ?est-&#224;-dire qu ?elle n ?est qu ?&#034;un exemple significatif pour r&#233;soudre les formes d ?une fonction logique au moment historique o&#249; leur probl&#232;me se pr&#233;sente &#224; l ?examen&#034; (152). Lacan n ?en conseille pas d ?en faire l ?&#233;preuve car il craint &#224; juste titre que, bien qu ?il ne soit pr&#233;vu dans la solution parfaite que des gagnants, le fait ne s ?&#233;carte que trop de la th&#233;orie. Car, comme il le conclue magistralement, &#034;il n ?est que de faire appara&#238;tre au terme logique des autres la moindre disparate pour qu ?il s ?en manifeste combien la v&#233;rit&#233; pour tous d&#233;pend de la rigueur de chacun, et m&#234;me que la v&#233;rit&#233;, &#224; &#234;tre atteinte seulement par les uns, peut engendrer, sinon confirmation, l ?erreur chez les autres. Et encore ceci que, si dans cette course &#224; la v&#233;rit&#233;, on n ?est que seul, si l ?on n ?est tous, &#224; toucher au vrai, aucun n ?y touche pourtant sinon par les autres&#034; (153).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans cette r&#233;f&#233;rence au collectif que J. Lacan effectue &#224; la fin de cet article, il situe &#034;ce que Freud a produit sous le registre de la psychologie collective&#034; et que Keynes met &#224; jour dans sa lumineuse m&#233;taphore : &#034;le collectif n ?est rien, que le sujet de l ?individuel&#034; (154). On peut alors dire que, dans cette critique radicale que Keynes adresse &#224; la th&#233;orie &#233;conomique classique, l ?enjeu n ?est s&#251;rement pas de pr&#233;senter la macro-&#233;conomie comme une technique encore plus jolie et raffin&#233;e que celle de la micro-&#233;conomie, mais bien de situer la rationalit&#233; &#233;conomique non pas tant &#224; un niveau limit&#233;, qu ?&#224; sa v&#233;ritable position renvoyant imm&#233;diatement &#224; l ?Autre et &#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans son article de 1985, O. Favereau envisageait trois hypoth&#232;ses possibles : une faible, une moyenne et une forte. La faible consiste &#224; expliquer l ?&#233;volution de la pens&#233;e keyn&#233;sienne &#224; partir des outils conceptuels forg&#233;s par une th&#233;orie qui lui est ext&#233;rieure (en l ?occurence celle de Wittgenstein), la moyenne &#224; expliquer cette &#233;volution par l ?influence &#034;inconsciente&#034; (tel est le qualicatif utilis&#233; par O. Favereau) de cette th&#233;orie, la forte enfin, par expliquer l ?&#233;volution intellectuelle de Keynes, par l ?influence explicite, reconnue et avou&#233;e de la th&#233;orie ext&#233;rieure. S ?agissant de l ?hypoth&#232;se Freud, les deux premi&#232;res possibilit&#233;s sont difficilement envisageables, dans la mesure o&#249; d ?une part, l ?outil privil&#233;gi&#233; de la psychanalyse demeure l ?interpr&#233;tation et, d ?autre part, son argument conceptuel majeur l ?&#034;inconscient&#034;. En outre, si l ?influence de la th&#233;orie freudienne est tr&#232;s rarement avou&#233;e par Keynes (155), il reste que les r&#233;f&#233;rences aux concepts freudiens sont tr&#232;s souvent explicites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce sera bien s&#251;r au lecteur de juger en dernier ressort, mais s ?il ne s ?&#233;tait agit l&#224; que d ?une simple analogie, nous pouvons alors dire qu ?elle est pour le moins &#034;troublante&#034; : entre d ?une part, un Sigmund Freud qui tente de faire d&#233;couvrir l ? &#034;in-conscient&#034; au monde entier et, d ?autre part, un John Maynard Keynes qui, sur la m&#234;me sc&#232;ne, tente pour sa part de d&#233;montrer la possibilit&#233; d ?un ch&#244;mage &#034;in-volontaire&#034;. Mais comment ne pas terminer en &#233;voquant ce passage de la conclusion de &#034;My Early beliefs&#034;, &#233;crit juste apr&#232;s la r&#233;daction de la TG en septembre 1938, dans lequel J. M. Keynes, prenant du recul sur ses premi&#232;res convictions philosophiques cambridgiennes, regrette finalement que lui-m&#234;me et tous les adeptes de Moore de l ?&#233;poque, furent tous intellectuellement &#034;pr&#233;-Freudien&#034; (156).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous conserverons donc notre hypoth&#232;se de d&#233;part consistant &#224; postuler que si avant la TG, la psychologie keyn&#233;sienne issue de la th&#233;orie freudienne, s ?ins&#233;rait au sein du cadre de l ?analyse &#233;conomique, avec la TG, c ?est l ?analyse &#233;conomique qui s ?ins&#232;re au sein des &#034;lois&#034; psychologiques fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans son Histoire de l ?analyse &#233;conomique J. A. Schumpeter disait de la psychanalyse et de Freud : &#034;Vers 1900, bien qu ?elle resta toujours une m&#233;thode th&#233;rapeutique, elle commen&#231;a &#224; r&#233;v&#233;ler un aspect beaucoup plus large ? elle commen&#231;a &#224; se d&#233;velopper en une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du fonctionnement de l ?esprit humain. La vieille id&#233;e de personnalit&#233; subconsciente et de ses luttes avec le moi conscient fut &#233;labor&#233;e et rendue op&#233;rationnelle avec une efficacit&#233; insurpassable par Freud. Je ne peux ? ni sans doute ne dois ? faire plus qu ?indiquer les vastes possibilit&#233;s d ?application &#224; la Sociologie ? la Sociologie politique particuli&#232;rement ? et &#224; l ?Economie que me semblent se dessiner pour l ?avenir : une Sociologie freudienne de la politique (y compris les politiques &#233;conomiques) d&#233;passera sans doute un jour en importance toutes les autres applications du freudisme&#034; (157).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	S ?il nous semble, car c ?est l ?une des deux hypoth&#232;ses que nous avons tent&#233; de d&#233;fendre dans ce texte, que l ?analyse du processus de production scientifique de J. M. Keynes propos&#233;e par J. A. Schumpeter est hautement pertinente, il reste qu ?il n ?a pas su voir ce que l ?autre hypoth&#232;se de ce texte tentait de d&#233;montrer : c ?est qu ?une telle application de la th&#233;orie freudienne &#224; l ?&#233;conomie que lui-m&#234;me pr&#233;voyait, s ?&#233;tait r&#233;alis&#233;e sous ses yeux &#224; travers l ??uvre magistrale de quelqu ?un qui lui &#233;tait extr&#234;mement proche : John Maynard Keynes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; AGLIETTA M. et ORLEAN A., La violence de la monnaie , PUF, Paris, 1982.
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&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ASSOUN Paul-Laurent, &#034;Pr&#233;face&#034; dans GARDAZ Michel, Marx et l ?argent , Economica, Paris, 1987.
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&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; FAVEREAU Olivier, &#034;L ?incertain dans la r&#233;volution keyn&#233;sienne : l ?hypoth&#232;se Wittgenstein&#034;, Economies et Soci&#233;t&#233;s , s&#233;rie PE : Oeconomia, n&#176; 3, mars 1985, pp. 29-72.
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&lt;p&gt; Notes&lt;/p&gt;
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2. Wittgenstein, 1961, p. 166.&lt;br&gt;
3. M. de Certeau, 1990, pp. 23-24.&lt;br&gt;
4. M. de Certeau, 1990, pp. 23-24.&lt;br&gt;
5. M. de Certeau, 1990, p. 29.&lt;br&gt;
6. Cf. Hession, 1985, p. 401.&lt;br&gt;
7. M. de Certeau, 1990, p. 17.&lt;br&gt;
8. M. de Certeau, 1990, pp. 30-31.&lt;br&gt;
9. A cet &#233;gard, O. K. Bouwsma rapporte qu'afin de devenir professeur &#224; Cambridge, Wittgenstein d&#251; soumettre un manuscrit &#224; la commission dont Keynes faisait partie. Plus de la moiti&#233; de ce manuscrit &#233;tait consacr&#233; &#224; la th&#232;se selon laquelle il existe un parall&#232;le &#233;troit entre la philosophie et la psychanalyse, th&#232;se qui aurait tr&#232;s fortement impressionn&#233; Keynes, comme il le confia lui-m&#234;me &#224; Wittgenstein peu de temps apr&#232;s (cf. J. Bouveresse, 1991, p. 20).&lt;br&gt;
10. P.-L. Assoun, 1988, p. 16.&lt;br&gt;
11. P.-L. Assoun, 1988, pp. 221-222.&lt;br&gt;
12. Schumpeter, 1983, vol. III, pp. 567-568.&lt;br&gt;
13. Schumpeter, 1983, vol. III, p. 544.&lt;br&gt;
14. Durant la seconde guerre mondiale Keynes proposa en effet, un programme d'&#233;pargne obligatoire afin de parer aux risques d'inflation de guerre (cf. Keynes, 1996).&lt;br&gt;
15. La projet keyn&#233;sien de la TG, comme bon nombre d'auteurs l'ont fait remarquer, n'est somme toute pas compl&#232;tement radical.&lt;br&gt;
16. Freud, L'homme Mo&#239;se et la religion monoth&#233;iste , Gallimard, Paris, 1986, p. 148.&lt;br&gt;
17. Roazen, 1976, p. 12.&lt;br&gt;
18. Keynes, Collected Writings [CW], vol. II, p. 25-26 (trad. fr., 1920, p. 43).&lt;br&gt;
19. Keynes, CW, II, p. 26 (trad. fr., 1920, p. 44).&lt;br&gt;
20. Keynes, CW, II, p. 31 (trad. fr., 1920, pp. 49-50).&lt;br&gt;
21. Keynes, CW, II, p. 34 (trad. fr., 1920, p. 52).&lt;br&gt;
22 Keynes, CW, X, p. 18-19 (trad. fr., 1993, pp. 134-135).&lt;br&gt;
23. Freud &amp; Bullitt, 1990, p. 8.&lt;br&gt;
24. Hession, 1985, pp. 12-13.&lt;br&gt;
25. Hession, 1985, pp. 12-13.&lt;br&gt;
26. Cf. &#233;galement : Skidelski, 1983 et 1992.&lt;br&gt;
27. Cf. Hession, 1985, pp. 12-13.&lt;br&gt;
28. Cf. Skidelsky, 1992, p. 17 et Raymond Williams, &#034;The Significance of Bloomsbury as a Social and Cultural Group&#034;, dans Crabtree et Thirlwall, 1980, p. 64-65.&lt;br&gt;
29. Hession, 1985, pp. 60-61.&lt;br&gt;
30. Strachey L., Victoriens &#233;minents , Gallimard, Paris, 1980.&lt;br&gt;
31. Cit&#233; par Hession, 1985, p. 196 ; cf. &#233;galement Mini, 1991, p. 128.&lt;br&gt;
32. Meisel &amp; Kendrick, 1990, p. 373 (la lettre de Freud &#224; Lytton Strachey est dat&#233;e du 25 d&#233;cembre 1928). Cette lettre est &#233;galement reprise par Mini, 1991, p. 143.&lt;br&gt;
33. Hession, 1985, p. 197.&lt;br&gt;
34. eisel &amp; Kendrick, 1990, p. 331 (la lettre de James &#224; Alix relatant ce fait est dat&#233;e du Jeudi 18 juin 1925).&lt;br&gt;
35. Keynes, CW, XXVIII, pp. 392-393.&lt;br&gt;
36. Cf. Hession, 1985, pp. 303-304 (&#233;galement traduit par G. Dostaler et M. Beaud, pp. 33-34) et Skidelsky, 1992, p. 414.&lt;br&gt;
37. Hession, 1985, pp. 303-304.&lt;br&gt;
38. Sur le combat commun que men&#232;rent Freud et le groupe de Bloomsbury contre la morale victorienne, cf. Skidelsky, 1983, p. 251.&lt;br&gt;
39. Cit&#233; par Hession, 1985, p. 126.&lt;br&gt;
40. Freud traduisit en 1879, sur une proposition de Brentano &#224; Theodor Gomperz, l'&#233;diteur des &#339;uvres compl&#232;tes, le douzi&#232;me volume des &#339;uvres compl&#232;tes de J.-S. Mill en Allemand, volume qui &#233;tait consacr&#233; &#224; la question ouvri&#232;re, &#224; l'affranchissement des femmes et au socialisme.&lt;br&gt;
41. Freud, L'avenir d'une illusion, p. 67.&lt;br&gt;
42. Freud, La vie sexuelle, p. 45.&lt;br&gt;
43. Freud, 1981, pp. 20-21.&lt;br&gt;
44. Freud, La vie sexuelle, p. 46.&lt;br&gt;
45. Keynes, CW, IX, p. 302-303 (trad. fr. : Keynes, 1933, p. 239-240 ; la traduction pour laquelle nous avons opt&#233;e ici est celle de Hession, 1985, p. 267).&lt;br&gt;
46. Hession, 1985, p. 267.&lt;br&gt;
47. Keynes, CW, II, p. 11-13 (trad. fr., 1920, pp. 27-29).&lt;br&gt;
48. Keynes, CW, II, p. 11-13 (trad. fr., 1920, pp. 27-29).&lt;br&gt;
49. Keynes, CW, II, p. 13 (trad. fr., 1920, p. 28-29).&lt;br&gt;
50. Freud, L'avenir d'une illusion, pp. 15-16.&lt;br&gt;
51. Freud, 1992, pp. 105-106.&lt;br&gt;
52. reud, 1992, pp. 105-106.&lt;br&gt;
53. Keynes, CW, XVII, p. 449.&lt;br&gt;
54. Keynes, CW, IX, p. 69 (trad. fr., 1971, p. 28).&lt;br&gt;
55. Sur &#034;Le point de vue &#233;conomique en psychanalyse&#034;, cf. G. Rosolato, La port&#233;e du d&#233;sir - ou la psychanalyse m&#234;me, PUF, Paris, 1996, chapitre VII, pp. 123-134.&lt;br&gt;
56. Schumpeter, 1983, vol. III, pp. 550-551.&lt;br&gt;
57. Schumpeter, 1983, vol. III, pp. 550-551.&lt;br&gt;
58. Schumpeter, 1983, vol. III, pp. 550-551.&lt;br&gt;
59. &#034;Selon moi, a-t-il &#233;crit, la chose la plus importante du point de vue historique, c'est la disparition compl&#232;te de la th&#233;orie de la demande et de l'offre pour la production entendue globalement, c'est-&#224;-dire la th&#233;orie de l'emploi apr&#232;s qu'elle ait &#233;t&#233; pendant un quart de si&#232;cle le sujet dont on a le plus d&#233;battu dans le monde de l'&#233;conomie. Apr&#232;s la publication de mon Treatise on Money, l'une des transitions particuli&#232;rement importantes pour moi a &#233;t&#233; la constatation brutale de cette r&#233;alit&#233;. Cela est arriv&#233; seulement apr&#232;s que j'eus &#233;nonc&#233; pour moi-m&#234;me cette loi psychologique qui veut que lorsque le revenu augmente, l'&#233;cart entre le revenu et la consommation augmente aussi - une conclusion de la plus grande importance dans ma pens&#233;e mais apparemment jamais exprim&#233;e telle quelle dans la pens&#233;e de quelqu'un d'autre. Puis, sensiblement plus tard, s'est impos&#233;e la notion de l'int&#233;r&#234;t en tant qu'il signifie une pr&#233;f&#233;rence pour les liquidit&#233;s ; elle est devenue presque &#233;vidente dans mon esprit d&#232;s l'instant o&#249; j'en ai eu la r&#233;v&#233;lation. Dernier &#233;pisode, apr&#232;s une quantit&#233; consid&#233;rable de brouillons et de versions, la d&#233;finition correcte de l'efficacit&#233; marginale du capital a reli&#233; toutes ces choses entre elles&#034; (Cit&#233; par Hession, 1985, p. 346).&lt;br&gt;
60. Schumpeter, 1983, vol. III, p. 533.&lt;br&gt;
61. Keynes, CW, V, p. XVII (trad. fr. : Hession, 1985, p. 295).&lt;br&gt;
62. Par exemple sur &#034;la race s&#233;mite, dont les instincts, selon Keynes, sont les plus p&#233;n&#233;trants quant aux qualit&#233;s essentielles de l'argent&#034; ; selon lui, elle &#034;n'a jamais pr&#234;t&#233; une grande attention aux signatures trompeuses de la monnaie qui satisfont l'amateur financier du Nord ; elle est seulement pr&#233;occup&#233;e du toucher et du poids du m&#233;tal&#034; (Keynes, CW, V, p. 11) (trad. fr. : Hession, 1985, p. 297).&lt;br&gt;
63. Keynes, CW, VI, p. 259 (trad. fr. : Hession, 1985, pp. 263-264).&lt;br&gt;
64. Cf. Skidelsky, 1992, p. 188.&lt;br&gt;
65. Keynes, CW, VI, p. 258 (trad. fr., 1971, p. 79).&lt;br&gt;
66. Keynes, CW, VI, p. 258-259 (trad. fr., 1971, p. 80).&lt;br&gt;
67. Keynes, CW, VI, p. 258-259 (la traduction est tir&#233;e de Jones, 1969, pp. 117-118).&lt;br&gt;
68. Jones, 1969, p. 82.&lt;br&gt;
69. Sur une pr&#233;sentation de la th&#233;orie psychanalytique en termes de th&#233;orie des choix cf. Kolm, 1980, pp. 269-339.&lt;br&gt;
70. Jones, 1969, p. 127.&lt;br&gt;
71. Jones, 1969, p. 127.&lt;br&gt;
72. Jones, 1969, pp. 117-118.&lt;br&gt;
73. Ferenczi, dans Borneman, 1978, pp. 99-100. A cet &#233;gard, nous dit Ferenczi, &#034;la phrase l'argent n'a pas d'odeur est un euph&#233;misme par inversion. Dans le subconscient il se formule sans aucun doute ainsi : pecunia olet, c'est-&#224;-dire : argent = escr&#233;ment&#034; (Ferenczi, dans Borneman, p. 109).&lt;br&gt;
74. Ferenczi, dans Borneman, 1978, pp. 99-100.&lt;br&gt;
75. Macmillan Committee on Finance and Industry (commission d'enqu&#234;te sur les rapports entre le syst&#232;me bancaire et l'&#233;conomie r&#233;unissant ministres, banquiers, hommes d'affaires et un groupe de quinze experts dont Keynes).&lt;br&gt;
76. Keynes, CW, XX (trad. fr. dans G. M. Henry, 1997, p. 64). Sur l'utilisation de l'expression &#034;sadique-anale&#034; par Keynes, cf. Winslow, 1988,p.556-561 et Skidelsky,1992,p.88.&lt;br&gt;
77.Keynes, CW, IX, p. 329 (trad. fr., 1971, p. 138). Sur l'utilisation des concepts freudiens au sein de l'essai Perspectives &#233;conomiques pour nos petits-enfants, cf. Winslow, 1988, p. 556-561 et Skidelsky, p. 234-237.&lt;br&gt;
78. Freud, Cinq psychanalyse, p. 379.&lt;br&gt;
79. Freud, La technique psychanalytique, p. 84.&lt;br&gt;
80. Freud, 1953, p. 91.&lt;br&gt;
81. Freud, L'Avenir d'une illusion, p 46 (cit&#233; par I. Reiss-Schimmel, p. 260).&lt;br&gt;
82. Reiss-Schimmel, 1993, p. 260.&lt;br&gt;
83. Keynes, 1985, p. 295.&lt;br&gt;
84. Freud, L'avenir d'une illusion, pp. 7-8.&lt;br&gt;
85. Keynes, CW, XIV, p. 115 (trad. fr., 1990, pp. 146).&lt;br&gt;
86. Keynes, CW, XIV, p. 122 (trad. fr., 1990, p. 155).&lt;br&gt;
87. Keynes, 1985, p. 186.&lt;br&gt;
88. Keynes, 1985, p. 177.&lt;br&gt;
89. Keynes, 1985, p. 177.&lt;br&gt;
90. Cf. sur ce sujet Aglietta et Orl&#233;an, 1982.&lt;br&gt;
91. Keynes, 1985, p. 213.&lt;br&gt;
92. Ce qui sera confirm&#233; dans l'article de 1937 (Keynes, 1990, pp. 146-147) - cf. le point suivant.&lt;br&gt;
93. Keynes, 1985, p. 188.&lt;br&gt;
94. Keynes, 1985, p. 252.&lt;br&gt;
95. Keynes, 1985, p. 184.&lt;br&gt;
96. Keynes, 1985, p. 184.&lt;br&gt;
97. Keynes, 1985, pp. 213-214.&lt;br&gt;
98. Reiss-Schimmel, 1993, p. 207.&lt;br&gt;
99. Reiss-Schimmel, 1993, pp. 209-210.&lt;br&gt;
100. Reiss-Schimmel, 1993, pp. 209-210.&lt;br&gt;
101. Keynes, CW, XIV, p. 115-116 (trad. fr., 1990, pp. 146-147).&lt;br&gt;
102. Si Keynes a pes&#233; ses mots, comme nous le pensons, on ne peut se m&#233;prendre. Par exemple, l'utilisation du terme &#034;instinct&#034; n'est certainement pas ici anodin. C'est en effet le terme que James Strachey a utilis&#233; pour traduire le &#034;Trieb&#034; freudien. Si aujourd'hui les anglo-saxons pr&#233;f&#232;rent le traduire par &#034;drive&#034;, comme les fran&#231;ais pr&#233;f&#232;rent aujourd'hui le terme de pulsion &#224; celui d'&#034;instinct&#034; qui avait servi en premier lieu, comme en anglais, &#224; traduire l'un des principaux concepts m&#233;tapsychologiques freudien, il reste que Keynes, &#224; l'instar de la traduction de son ami Strachey, utilise bien un concept freudien pour pr&#233;ciser sa vision de la d&#233;termination du taux d'int&#233;r&#234;t dans cet article de 1937. Ce concept ne qualifie en effet ni un comportement fix&#233; par l'h&#233;r&#233;dit&#233;, pr&#233;form&#233; et caract&#233;ristique de l'esp&#232;ce, mais il se situe si l'on peut dire &#224; la limite du psychique et du somatique (Cf. &#224; ce sujet, Meisel &amp; Kendrick, pp. 364-365).&lt;br&gt;
103. Reiss-Schimmel, 1993, p. 243.&lt;br&gt;
104. Reiss-Schimmel, 1993, pp. 209-210.&lt;br&gt;
105. Keynes, CW, IX, p. 329-330 (trad. fr., 1971, pp. 138-139).&lt;br&gt;
106. Keynes, CW, IX, p. 330 (trad. fr., 1971, pp. 138-139).&lt;br&gt;
107. Sur ce th&#232;me, cf. &#233;galement Lantz, 1988.&lt;br&gt;
108. Freud, L'avenir d'une illusion, p. 44.&lt;br&gt;
109. Freud, L'avenir d'une illusion, p. 45.&lt;br&gt;
110. Freud, Consid&#233;ration actuelles sur la guerre et sur la mort (1915), dans Freud, 1981, p.36.&lt;br&gt;
111. Keynes, 1985, p. 167.&lt;br&gt;
112. Freud, La vie sexuelle, pp. 133-138.&lt;br&gt;
113. Keynes, CW, IX, p. 331 (trad. fr., 1971, pp. 140-141).&lt;br&gt;
114. &#034;Men will not always die quietly&#034; (Keynes, CW, II, p. 144 ; trad. fr., 1920, p. 184).&lt;br&gt;
115. Keynes, CW, IV, p. 65.&lt;br&gt;
116. Traduction de Hession, 1985, p. 361.&lt;br&gt;
117. Keynes, 1985, p. 232.&lt;br&gt;
118. Keynes, 1985, pp. 242-243.&lt;br&gt;
119. Keynes, 1985, pp. 242-243.&lt;br&gt;
120. Keynes, 1985, p. 211.&lt;br&gt;
121. Keynes, 1985, p. 171.&lt;br&gt;
122. Keynes, 1985, p. 171.&lt;br&gt;
123. Keynes, 1985, p. 171.&lt;br&gt;
124. Keynes, 1985, p. 171.&lt;br&gt;
125. Keynes, 1985, p. 169.&lt;br&gt;
126. Keynes, 1985, p. 167.&lt;br&gt;
127. Orl&#233;an, 1988, p. 235.&lt;br&gt;
128. Orl&#233;an, 1988, p. 236.&lt;br&gt;
129. Orl&#233;an, 1988, p. 236.&lt;br&gt;
130. Keynes, CW, XIV, p. 114 (trad. fr., 1990, p. 144-145).&lt;br&gt;
131. Keynes, CW, XIV, p. 114 (trad. fr., 1990, pp. 144-145).&lt;br&gt;
132. Keynes, CW, XIV, p. 114 (trad. fr., 1990, pp. 144-145).&lt;br&gt;
133. Keynes, CW, XIV, p. 115 (trad. fr., 1990, pp. 146).&lt;br&gt;
134. Orl&#233;an, 1988, p. 232.&lt;br&gt;
135. Boyer, 1992, p. 67.&lt;br&gt;
136. Que l'analyse de Keynes s'int&#232;gre remarquablement bien au sch&#233;ma freudien ne doit pas nous surprendre, puisque comme nous l'ont montr&#233; M. Aglietta et A. Orl&#233;an, elle s'int&#232;gre d&#233;j&#224; parfaitement &#224; l'analyse de Ren&#233; Girard. Or, cette derni&#232;re n'est finalement qu'une version &#233;dulcor&#233;e, au sens de d&#233;sexualis&#233;e, de la th&#233;orie freudienne (cf. sur ce point C. Bormans, La r&#233;duction en esclavage et sa relation &#224; l'&#233;mancipation du concept d'&#233;conomie, Th&#232;se de doctorat d'&#233;conomie, Universit&#233; de Picardie - Jules Verne, Amiens,1995, pp. 468-478).&lt;br&gt;
137. Ce travail a en effet donn&#233; lieu &#224; de nombreuses pistes de recherche sur de nombreux concepts freudiens tels que l'identification, le Moi, l'id&#233;al du Moi, le Surmoi, etc.&lt;br&gt;
138. Freud, 1981, p. 123.&lt;br&gt;
139. Freud, 1981, p. 141.&lt;br&gt;
140. Freud, 1981, p. 154.&lt;br&gt;
141. Freud, 1981, p. 162.&lt;br&gt;
142. Freud, 1981, p. 124.&lt;br&gt;
143. Il serait du reste int&#233;ressant, selon ce sch&#233;ma, de savoir si l'on ne peut pas trouver en la personne du crieur ou du commissaire-priseur walrassien, une &#034;transition&#034; vers le refoulement total de ce substitut du chef primitif dont nous parle Freud.&lt;br&gt;
144. reud, 1981, p. 143.&lt;br&gt;
145. Boyer, 1992, p. 62.&lt;br&gt;
146. Freud, Malaise dans la civilisation, p. 70. Skidelsky souligne &#233;galement l ?importance de l'antiam&#233;ricanisme de Keynes, notamment dans les ann&#233;es 1920 (Skidelsky, I, p. 20).&lt;br&gt;
147. Freud, 1981, pp. 198-199.&lt;br&gt;
148. Keynes, 1985, p. 168.&lt;br&gt;
149. J. Lacan, 1966, pp. 197-215.&lt;br&gt;
150. J. Lacan, 1966, pp. 197-198.&lt;br&gt;
151. J. Lacan, 1966, p. 198.&lt;br&gt;
152. J. Lacan, 1966, p. 199.&lt;br&gt;
153. J. Lacan, 1966, p. 212.&lt;br&gt;
154. J. Lacan, 1966, p. 213.&lt;br&gt;
155. Rappellons-nous qu'il signera anonymement l'article qu'il lui consacrera (sur ce point voir &#233;galement Ted Winslow, 1986, p. 550).&lt;br&gt;
156. Keynes, CW, X, p. 448. Cf. sur ce point : Skidelsky, 1983, p. 143 et Geoff Hodgson, &#034;Persuasion, Expectations and the Limits to Keynes&#034;, dans Lawson and Pesaran, 1985, chap. 2, p. 23.&lt;br&gt;
157. Schumpeter, 1983, vol. III, p. 334.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte d'abord fait l'objet d'une pr&#233;sentation aux Journ&#233;es d'&#233;tude sur la pens&#233;e keyn&#233;sienne organis&#233;es par le Centre de Recherche en &#201;conomie Politique, Publique et R&#233;gionale d'Amiens (CREPPRA), le 27 mai 1997, &#224; la Facult&#233; d'&#201;conomie et de Gestion de l'Universit&#233; de Picardie - Jules Verne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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