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	<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
	<link>https://psychanalyste-paris.com/</link>
	<description>Psychanalyste-paris.com propose des articles et &#233;ditoriaux sur la psychanalyse et les formations de l'inconscient freudien : histoire de la naissance de la psychanalyse, d&#233;finitions de la psychanalyse freudienne et lacanienne, psychanalyse des contes de f&#233;es, consultations et formations du psychanalyste. La psychanalyse est une m&#233;thode d'investigation de l'inconscient et de ses formations : par l'analyse des r&#234;ves, des lapsus et des actes manqu&#233;s, par la rem&#233;moration et l'analyse des souvenirs infantiles, la m&#233;thode psychanalytique de la libre association et de la cure par la parole d&#233;noue progressivement les inhibitions, les sympt&#244;mes et les angoisses et nous lib&#232;re d&#233;finitivement de toutes nos souffrances psychiques.
Christophe Bormans, Psychanalyste
&#8211; 8, rue de Florence - 75008 Paris
&#8211; Secteur Nord-Ouest : 2e, 8e, 9e, 17e et 18e arrondissements de Paris
&#8211; T&#233;l. : 01 40 41 07 27
&#8211; M&#176; : Place Clichy, Europe, Rome ou Li&#232;ge
&#8211; RER ou SNCF : Gare Haussmann / Saint-Lazare</description>
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		<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
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		<title>Narcissisme et &#233;change</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Narcissisme-et-echange.html</link>
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		<dc:date>2009-01-23T03:29:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Pulsions et destins des pulsions</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Chacun conna&#238;t en outre, la fi&#232;vre collectrice, qui prend les enfants dans les cours d'&#233;coles primaires. Collectionner (c'est-&#224;-dire &#233;conomiser) et troquer (c'est-&#224;-dire &#233;changer), constituent v&#233;ritablement les premiers pas d'une activit&#233; &#233;conomique qui pourra devenir par la suite florissante. Cailloux, billes ou boutons, sont autant de pi&#232;ces primitives, c'est-&#224;-dire de monnaie en tant qu'elle satisfait enti&#232;rement aux trois principes fondamentaux mis en &#233;vidence par l'&#233;conomie politique : instrument de r&#233;serve de valeur et unit&#233; de compte (collection), et moyen d'&#233;change (troc).&lt;br /&gt;
Le caract&#232;re libidinal et jouissif de la pulsion anal infantile a progressivement &#233;t&#233; refoul&#233;, sublim&#233; ou id&#233;alis&#233; dans l'inconscient, au fur et &#224; mesure que s'est affirm&#233; le principe de r&#233;alit&#233;. Ne reste plus que la derni&#232;re &#233;tape : la transformation de ces monnaies primitives en pi&#232;ces et billets.&lt;br /&gt;
Quant aux cartes &#224; jouer et &#224; collectionner, qui ne semblaient gu&#232;re &#224; la mode du temps de Ferenczi, mais qui sont aujourd'hui si r&#233;pandues et estim&#233;es dans les cours de r&#233;cr&#233;ation, elles sont progressivement &#233;chang&#233;es contre des papiers monnaie, des livrets de caisse d'&#233;pargne, et plus tard, des actions ou autres obligations (SICAV, Bons du Tr&#233;sor, etc.). Ainsi, les produits et les march&#233;s financiers qui n'en finissent pas de se multiplier selon un pur principe de r&#233;alit&#233;, sont-ils dans l'inconscient, attach&#233;s au pur principe de plaisir et &#233;manent de la joie de le poss&#233;der qui a sa source la plus profonde et la plus f&#233;conde dans la coprophilie. La question de savoir si, dans ce floril&#232;ge d'&#233;changes, la pulsion anale est effectivement sublim&#233;e ou si, au contraire, l'objet de cette pulsion narcissique est simplement id&#233;alis&#233;, reste quant &#224; elle, dans le contexte actuel, plus que jamais pos&#233;e. &#187; (Christophe Bormans, &#171; Narcissisme et &#233;change &#187;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Pulsions-et-destins-des-pulsions-+.html" rel="tag"&gt;Pulsions et destins des pulsions&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton1-0e085.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'objet de cette contribution est pr&#233;cis&#233;ment d'&#233;tudier la forme que prennent les &#233;changes dans l'inconscient et de pr&#233;senter la structure particuli&#232;re que prend cette &#233;conomie particuli&#232;re qu'est l'&#233;conomie psychique de l'inconscient freudien. Nous pr&#233;senterons d'abord, dans une premi&#232;re partie, la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des pulsions qu'a esquiss&#233;e Freud au cours de ses nombreux &#233;crits techniques puis, dans une seconde partie plus pratique ou clinique, nous illustrerons &#224; l'aide de l'exemple de la pulsion anale, comment le ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;change lui-m&#234;me, peut &#234;tre envisag&#233; par la psychanalyse comme une formation de l'inconscient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Narcissisme et &#233;change&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que la civilisation, sinon une s&#233;rie sans fin de substitutions, un remplacement incessant de certains int&#233;r&#234;ts, de certaines id&#233;es et tendances par d'autres ? &#187;. Telle &#233;tait la question par laquelle commen&#231;ait le c&#233;l&#232;bre article d'Ernest Jones, psychanalyste et traducteur officiel de l'&#339;uvre du ma&#238;tre de Vienne dans la langue de Shakespeare, sur &#171; La th&#233;orie du symbolisme &#187; (&lt;i&gt;Th&#233;orie et pratique de la psychanalyse&lt;/i&gt;, Payot, Paris, 1969, p. 82). Pour une meilleure compr&#233;hension de notre propos, nous pouvons r&#233;sumer ce point de vue, &#224; la formule suivante : qu'est-ce que la civilisation, sinon une s&#233;rie sans fin d'&#233;changes ? Si l'anthropologie et l'&#233;conomie politique ont coutume d'&#233;tudier les diff&#233;rentes formes qu'ont pris les &#233;changes au cours de l'&#233;volution des civilisations, la psychanalyse quant &#224; elle, s'int&#233;resse &#224; la mani&#232;re dont l'enfant &#233;change progressivement ses centres d'int&#233;r&#234;ts primitifs vers des centres d'int&#233;r&#234;ts dits plus civilis&#233;s et, surtout, ce qu'il en est advenu, une fois arriv&#233; au stade adulte. Pour rendre compte des processus inconscients, la m&#233;taphore &#233;conomique nous appara&#238;t ici d'un grand int&#233;r&#234;t pratique. S. Freud lui-m&#234;me en a d'ailleurs fait un large usage en de nombreuses occasions, notamment en 1917, au moment de forger sa seconde topique. Dans son article &#171; Sur les transpositions de pulsions &#187;, il souligne en effet, combien dans les formations de l'inconscient (r&#234;ves, sympt&#244;mes, actes manqu&#233;s, fantasmes, etc.), les concepts et symboles inconscients &#171; s'&#233;changent &#187; les uns contre les autres et forment ainsi une v&#233;ritable &#233;conomie inconsciente : &#171; En nous exprimant ainsi, prend-il imm&#233;diatement le soin de pr&#233;ciser, nous savons bien que nous transf&#233;rons &#224; tort, sur l'inconscient, des d&#233;signations qui sont utilis&#233;es pour d'autres domaines de la vie psychique et que nous nous laissons entra&#238;ner par l'avantage qu'une comparaison peut apporter. R&#233;p&#233;tons aussi dans une forme absolument irr&#233;cusable que ces &#233;l&#233;ments sont fr&#233;quemment trait&#233;s dans l'inconscient comme s'ils &#233;taient &#233;quivalents les uns aux autres et comme s'ils pouvaient se substituer sans inconv&#233;nient les uns aux autres &#187; (&#171; Sur les transpositions de pulsions plus particuli&#232;rement dans l'&#233;rotisme anal &#187;, [1917], &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1969, pp. 107-108).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de cette contribution est pr&#233;cis&#233;ment d'&#233;tudier la forme que prennent les &#233;changes dans l'inconscient et de pr&#233;senter la structure particuli&#232;re que prend cette &#233;conomie particuli&#232;re qu'est l'&#233;conomie psychique de l'inconscient freudien. Nous pr&#233;senterons d'abord, dans une premi&#232;re partie, la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des pulsions qu'a esquiss&#233;e Freud au cours de ses nombreux &#233;crits techniques puis, dans une seconde partie plus pratique ou clinique, nous illustrerons &#224; l'aide de l'exemple de la pulsion anale, comment le ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;change lui-m&#234;me, peut &#234;tre envisag&#233; par la psychanalyse comme une formation de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I - Narcissisme et destin du narcissisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on admet que l'inconscient est le lieu des pulsions, l'on doit &#233;galement comprendre que toute pulsion, en tant que repr&#233;sentante de l'&#233;nergie psychique inconsciente, la libido, est soumise &#224; un double principe : le principe de plaisir et le principe de r&#233;alit&#233;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, en tant qu'&#234;tre parlant, nous cherchons tous &#224; concilier le principe de r&#233;alit&#233; et le principe de plaisir. Nos repr&#233;sentations infantiles originaires sont progressivement &#233;chang&#233;es contre des repr&#233;sentations conforment au principe de r&#233;alit&#233;, mais nous n'abandonnons pas pour cela l'objectif de conserver et de satisfaire, au principe de plaisir. Devant ce dilemme, cet impossible, l'inconscient est le lieu o&#249; sont refoul&#233;es ces repr&#233;sentations repr&#233;sentantes du principe de plaisir que l'on peut qualifier ce faisant, d'originelles. Comme Freud le souligne, dans une formulation ambigu&#235; qui aura fait couler beaucoup d'encre : &#171; les traits de caract&#232;re qui demeurent sont soit la continuation inchang&#233;e des pulsions originaires, soit la sublimation de celles-ci, soit des formations r&#233;actionnelles contre ces pulsions &#187; (&lt;i&gt;Caract&#232;re et &#233;rotisme anal&lt;/i&gt;, 1908).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien comprendre ces trois destins fondamentaux de nos pulsions, il est tout d'abord n&#233;cessaire dans un premier temps d'&#233;tudier, les pulsions elles-m&#234;mes, et notamment la premi&#232;re d'entre elles, que Freud nous pr&#233;sente sous l'hypoth&#232;se d'un narcissisme primaire de l'enfant, narcissisme qui va profond&#233;ment influencer tout le d&#233;veloppement du moi et de la personnalit&#233; de chacun d'entre nous : &#171; le d&#233;veloppement du moi consiste &#224; s'&#233;loigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense &#224; recouvrer ce narcissisme &#187; (&#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, [1914], &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1969, p. 104).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud a &#233;tudi&#233; le narcissisme en 1914 et il n'y reviendra jamais aussi clairement par la suite. Dans ce texte superbe, Freud pr&#233;sente tout d'abord l'&#234;tre humain, comme n'ayant que deux objets sexuels originaires : lui-m&#234;me et la femme qui lui donne ses soins. Ainsi, on aime, nous dit Freud, selon le type narcissique ou selon le type par &#233;tayage. Selon le type narcissique, on aime &#171; ce que l'on est soi-m&#234;me &#187;, &#171; ce que l'on a &#233;t&#233; soi-m&#234;me &#187;, &#171; ce que l'on voudrait &#234;tre soi-m&#234;me &#187;, ou encore &#171; la personne qui a &#233;t&#233; une partie du propre soi &#187;. Selon le type par &#233;tayage, on aime &#171; la femme qui nourrit &#187; ou &#171; l'homme qui prot&#232;ge &#187; et, partant, &#171; les lign&#233;es de personnes substitutives qui en partent &#187; (&#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, [1914], &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1969, p. 96).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le fait que l'&#234;tre humain se prenne lui-m&#234;me comme objet sexuel originaire ne va pas de soi. Cette hypoth&#232;se d'un narcissisme primaire, Freud la fonde en observant d'une part, la capture imaginaire que l'enfant exerce sur l'adulte et, d'autre part, la capture imaginaire que l'adulte projette sur l'enfant. En ce qui concerne la premi&#232;re observation, Freud la d&#233;crit tr&#232;s po&#233;tiquement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il appara&#238;t en effet avec &#233;vidence que le narcissisme d'une personne d&#233;ploie un grand attrait sur ceux qui se sont dessaisis de toute la mesure de leur propre narcissisme et sont en qu&#234;te de l'amour d'objet ; le charme de l'enfant repose en bonne partie sur son narcissisme, le fait qu'il se suffit &#224; lui-m&#234;me, son inaccessibilit&#233; ; de m&#234;me le charme de certains animaux qui semblent ne pas se soucier de nous, comme les chats et les grands animaux de proie ; et m&#234;me le grand criminel et l'humoriste forcent notre int&#233;r&#234;t, lorsque la po&#233;sie nous les repr&#233;sente, par ce narcissisme cons&#233;quent qu'ils savent montrer en tenant &#224; distance de leur moi tout ce qui les diminuerait. C'est comme si nous les envions pour l'&#233;tat psychique bienheureux qu'ils maintiennent, pour une position de libido inattaquable que nous avons nous-m&#234;mes abandonn&#233;e par la suite &#187; (&#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, [1914], &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1969, p. 94).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la capture imaginaire que l'adulte exerce sur l'enfant, Freud l'observe au travers de l'amour et des d&#233;sirs insatisfaits que les parents projettent sur leurs propres enfants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le narcissisme primaire de l'enfant, dont nous avons suppos&#233; l'existence et qui constitue l'une des pr&#233;suppositions de nos th&#233;ories sur la libido, est moins facile &#224; saisir par l'observation directe qu'&#224; confirmer par un raisonnement r&#233;current &#224; partir d'autre point. Si l'on consid&#232;re l'attitude de parents tendres envers leurs enfants, l'on est oblig&#233; d'y reconna&#238;tre la reviviscence et la reproduction de leur propre narcissisme qu'ils ont depuis longtemps abandonn&#233;. Un bon indice que nous avons d&#233;j&#224; appr&#233;ci&#233;, dans le choix d'objet, comme stigmate du narcissisme, la surestimation, domine, c'est bien connu, cette relation affective. Il existe ainsi une compulsion &#224; attribuer &#224; l'enfant toutes les perfections, ce que ne permettrait pas la froide observation, et &#224; cacher et oublier tous ses d&#233;fauts ; le d&#233;ni de la sexualit&#233; infantile est bien en rapport avec cette attitude. Mais il existe aussi devant l'enfant une tendance &#224; suspendre toutes les acquisitions culturelles dont on a extorqu&#233; la reconnaissance &#224; son propre narcissisme, et &#224; renouveler &#224; son sujet la revendication de privil&#232;ges depuis longtemps abandonn&#233;s. L'enfant aura la vie meilleure que ses parents, il ne sera pas soumis aux n&#233;cessit&#233;s dont on a fait l'exp&#233;rience qu'elles dominaient la vie. Maladie, mort, renonciation de jouissance, restrictions &#224; sa propre volont&#233; ne vaudront pas pour l'enfant, les lois de la nature comme celles de la soci&#233;t&#233; s'arr&#234;teront devant lui, il sera &#224; nouveau le centre et le c&#339;ur de la cr&#233;ation. [...] Il accomplira les r&#234;ves de d&#233;sir que les parents n'ont pas mis &#224; ex&#233;cution, il sera un grand homme, un h&#233;ros, &#224; la place du p&#232;re ; elle &#233;pousera un prince, d&#233;dommagement tardif pour la m&#232;re. Le point le plus &#233;pineux du syst&#232;me narcissique, cette immortalit&#233; du moi que la r&#233;alit&#233; bat en br&#232;che, a retrouv&#233; un lieu s&#251;r en se r&#233;fugiant chez l'enfant. L'amour des parents, si touchant et, au fond, si enfantin, n'est rien d'autre que leur narcissisme qui vient de rena&#238;tre et qui, malgr&#233; sa m&#233;tamorphose en amour d'objet, manifeste &#224; ne pas s'y tromper son ancienne nature &#187; (p. 96).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces deux faces d'une m&#234;me pi&#232;ce, cette double observation quant &#224; l'hypoth&#232;se d'un narcissisme primaire &#233;mise par Freud, que Jacques Lacan va recoller bout &#224; bout au sein d'une m&#234;me surface, afin de forger sa propre topologie de l'inconscient. Tout au long de son &#339;uvre (stade du miroir, Sch&#233;ma L et sch&#233;ma R), Lacan n'aura en effet de cesse de d&#233;noncer que toute relation imaginaire est profond&#233;ment m&#233;connaissance du sujet v&#233;ritable de l'inconscient et combien, une psychanalyse assise sur une th&#233;orie du moi ou de l'ego, ne fait que renforcer cette ali&#233;nation constitutive du moi : &#171; La psychanalyse seule reconna&#238;t ce n&#339;ud de servitude imaginaire que l'amour doit toujours red&#233;faire ou trancher &#187; (Jacques Lacan, &#171; Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je - telle qu'elle nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'exp&#233;rience psychanalytique&#171; , 1949, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966, p. 100).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, si nul n'ignore le principe de r&#233;alit&#233; et que celui-ci est l&#224; pour nous rappeler que nous ne pouvons maintenir ind&#233;finiment une telle jouissance infantile, et que nous devons n&#233;cessairement l'abandonner, le principe de plaisir nous rappelle cependant sans cesse qu'il nous faut &#224; tout prix la retrouver. Comme Freud le pr&#233;cise, l'homme se montre bien &#171; incapable de renoncer &#224; la satisfaction dont il a joui une fois &#187; (p. 98). En ce sens, &#171; &#234;tre &#224; nouveau, comme dans l'enfance, et &#233;galement en ce qui concerne les tendances sexuelles, son propre id&#233;al, voil&#224; le bonheur que veut atteindre l'homme &#187; (p. 104). Bref, si le principe de r&#233;alit&#233; nous incite, voire nous oblige, &#224; abandonner le narcissisme primaire, contre quoi allons nous l'&#233;changer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu pr&#233;c&#233;demment, il y a essentiellement trois mani&#232;res d'&#233;changer la pulsion narcissique infantile premi&#232;re, afin de satisfaire un temps soit peu au principe de r&#233;alit&#233;, sans lequel l'adulte ne pourrait pleinement se d&#233;velopper. Ces trois mani&#232;res sont l'id&#233;alisation, la sublimation ou le refoulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'id&#233;alisation, le narcissisme se trouve alors d&#233;plac&#233;, c'est-&#224;-dire &#233;chang&#233; dans l'inconscient, contre ce que Freud appelle l'id&#233;al du moi (Surmoi) : &#171; ce qu'il projette devant lui comme son id&#233;al est le substitut du narcissisme perdu de son enfance &#187;. Il y a bien l&#224; une substitution, c'est-&#224;-dire un &#233;change, sous la contrainte du principe de r&#233;alit&#233;, d'une formation contre une autre, en l'occurrence, d'un narcissisme contre un id&#233;al. C'est ainsi que l'homme se civilise, en &#233;changeant, sous l'objectif de maximiser le plaisir et sous la contrainte du principe de r&#233;alit&#233;, l'objet libidinal premier. Mais l'id&#233;alisation n'est qu'une forme particuli&#232;re de l'&#233;change dans l'inconscient. Cet &#233;change concerne pr&#233;cis&#233;ment l'objet de la pulsion, et non pas la pulsion elle-m&#234;me. Dans ce cas pr&#233;cis, la nature sexuelle de l'objet de la pulsion n'est aucunement abandonn&#233;e. De ce fait, la pulsion elle-m&#234;me reste fortement sexualis&#233;e et, par cons&#233;quent n&#233;vrotique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'insatisfaction qui r&#233;sulte du non-accomplissement de cet id&#233;al, lib&#232;re de la libido [...] qui se transforme en conscience de culpabilit&#233; (angoisse sociale). La conscience de culpabilit&#233; &#233;tait originellement l'angoisse d'&#234;tre ch&#226;ti&#233; par les parents, ou, plus exactement de perdre leur amour ; aux parents est venue plus tard se substituer la foule ind&#233;termin&#233;e de nos compagnons. On comprend mieux ainsi pourquoi la parano&#239;a est souvent caus&#233;e par une atteinte du moi, par une frustration de la satisfaction dans le domaine de l'id&#233;al du moi &#187; (p. 105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris ce type d'&#233;change du narcissisme primaire contre un id&#233;al &#224; r&#233;aliser, ne constitue pas un &#233;change pleinement satisfaisant dans l'inconscient, dans la mesure o&#249; l'id&#233;al, augmentant les exigences du moi, augmente &#233;galement la frustration de ne pas pouvoir satisfaire cet id&#233;al. &#192; l'oppos&#233; de l'id&#233;alisation, la sublimation quant &#224; elle, est un processus qui consiste &#224; &#233;changer le but lui-m&#234;me de la pulsion, c'est-&#224;-dire la satisfaction, qui se d&#233;sexualise ainsi progressivement : &#171; la pulsion se dirige sur un autre but, &#233;loign&#233; de la satisfaction sexuelle : l'accent est mis ici sur la d&#233;viation qui &#233;loigne du sexuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sublimation est donc un processus psychique inconscient qui consiste &#224; &#233;changer tout &#224; la fois des objets et des buts sexuels premiers contre des objets et des buts non sexuels. Or, si l'on a &#233;galement compris que le but et l'objet sexuel par excellence est, justement, ce fameux narcissisme primaire infantile au travers duquel ne se manifeste que m&#233;prise et ali&#233;nation &#224; l'autre, il ne nous reste plus d&#233;sormais qu'&#224; illustrer de mani&#232;re un peu plus pratique et concr&#232;te, comment, un tel &#233;change peut avoir lieu. Nous l'illustrerons par l'exemple de la pulsion &#233;rotique anale, laquelle est &#233;troitement corr&#233;l&#233;e, dans l'inconscient, au narcissisme primaire. Comme le souligne Freud : &#171; La d&#233;f&#233;cation fournit &#224; l'enfant la premi&#232;re occasion de d&#233;cider entre l'attitude narcissique et l'attitude d'amour d'objet : ou bien il c&#232;de docilement l'excr&#233;ment, il le &#8220;sacrifie&#8221; &#224; l'amour, ou bien il le retient pour la satisfaction auto-&#233;rotique et, plus tard, pour l'affirmation de sa propre volont&#233;. Par cette derni&#232;re d&#233;cision est constitu&#233; l'ent&#234;tement (obstination), qui na&#238;t donc d'une persistance narcissique dans l'&#233;rotisme anal &#187; (Freud, &#171; Sur les transpositions de pulsions plus particuli&#232;rement dans l'&#233;rotisme anal &#187;, 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II - L'&#201;change : id&#233;alisation ou sublimation des pulsions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de cette seconde section est donc d'illustrer les processus d'&#233;change auxquels les buts et les objets des pulsions sont perp&#233;tuellement soumis dans l'inconscient, au travers de l'exemple de la transformation de l'int&#233;r&#234;t anal &#233;rotique en int&#233;r&#234;t pour l'argent qui, pour l'&#233;conomie politique constitue tout &#224; la fois un instrument de r&#233;serve de valeur et, surtout, le moyen d'&#233;change par excellence. L'un des destins de la pulsion anale est, en effet, comme Freud l'a soulign&#233; tr&#232;s t&#244;t, d'&#233;changer l'objet de la pulsion originaire, les f&#232;ces, contre un objet nouveau, que l'enfant apprend &#224; conna&#238;tre progressivement au fur et &#224; mesure qu'il est confront&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; adulte, l'argent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la pens&#233;e n&#233;vrotique, une autre circonstance vient m&#234;me &#224; l'appui de cette assimilation. L'int&#233;r&#234;t originairement &#233;rotique port&#233; &#224; la d&#233;f&#233;cation est destin&#233;, nous le savons, &#224; s'&#233;teindre dans les ann&#233;es de la maturit&#233; ; au cours de ces ann&#233;es appara&#238;t comme quelque chose de nouveau qui a jusqu'alors manqu&#233; &#224; l'enfant, l'int&#233;r&#234;t pour l'argent ; cela facilite le fait que l'aspiration ant&#233;rieure, qui est sur le point de perdre son but, se trouve transport&#233;e sur le but qui est en train d'&#233;merger &#187; (&#171; Caract&#232;re et &#233;rotisme anal &#187;, 1908).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1917, Freud revient encore une fois sur ce destin particulier de la pulsion anale (&#171; Sur les transpositions de pulsions plus particuli&#232;rement dans l'&#233;rotisme anal &#187;, 1917), c'est &#224; ses principaux disciples d'alors, notamment Ernest Jones, K. Abraham et S. Ferenczi, que reviendra cependant la t&#226;che d'illustrer cliniquement comment, sous le double objectif de satisfaire au principe de r&#233;alit&#233; et &#224; celui de plaisir, l'enfant &#233;change progressivement l'excr&#233;ment comme objet de la pulsion anale au profit de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son article de 1914 &#171; Sur l'ontogen&#232;se de l'int&#233;r&#234;t pour l'argent &#187;, S. Ferenczi t&#233;moigne, en tant que praticien, de la jouissance, totalement d&#233;nu&#233;e d'inhibition, que l'enfant prend &#224; retenir, puis &#224; jouer avec ses f&#232;ces. En tant qu'elles sont retenues, elle constituent ses premi&#232;res r&#233;elles &#233;conomies. Lorsque sous le principe de r&#233;alit&#233;, l'enfant en vient &#224; s'en d&#233;faire, la recherche du principe de plaisir sera refoul&#233;e dans l'inconscient, et les f&#232;ces resteront &#171; en corr&#233;lation inconsciente constante avec toute activit&#233; corporelle ou toute tendance spirituelle qui a quelque chose &#224; voir avec l'accumulation, l'amoncellement et l'&#233;pargne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant, on le sait, pr&#233;sente tout d'abord cette f&#226;cheuse tendance pour ses parents, de jouer avec ses excr&#233;ments. Il prend plaisir &#224; jouer et &#224; malaxer les mati&#232;res f&#233;cales, si bien que &#171; les f&#232;ces deviennent donc l'objet d'une &#8220;introjection&#8221; et &#224; ce stade du d&#233;veloppement [...] elles ont la valeur d'un jouet pr&#233;cieux dont l'enfant ne se d&#233;fait que sous l'intimidation et la menace d'&#234;tre puni &#187;. Le principe de r&#233;alit&#233; alt&#232;re progressivement l'int&#233;r&#234;t de l'enfant pour ses d&#233;jections, si bien que celles-ci en viennent &#224; l'incommoder, notamment pour la marche, et l'odeur en vient &#224; le d&#233;go&#251;ter, tandis que &#171; les autres propri&#233;t&#233;s de cette mati&#232;re, humidit&#233;, coloration instable, viscosit&#233;, ne blessent pas encore son sens de la propret&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation, qui &#233;tymologiquement veut dire &#171; sortir hors de &#187; (et plus pr&#233;cis&#233;ment, pour notre propos, sortir hors de l'environnement pulsionnel), &#233;l&#232;ve progressivement le sentiment de propret&#233; de l'enfant. Il &#233;vite bient&#244;t les mati&#232;res visqueuses et humides laissant des traces. Il apprend la &#171; salet&#233; &#187;, comme on dit. &#171; L'int&#233;r&#234;t de l'enfant se tourne vers le sable, qui, tout en gardant la couleur de la terre, est sec et propre. La joie instinctive de l'enfant &#224; faire des tas et &#233;difier des structures de sable est alors rationalis&#233;e et ratifi&#233;e apr&#232;s coup comme &#233;tant un jeu &#8220;sain&#8221;, c'est-&#224;-dire hygi&#233;nique, par les adultes qui se f&#233;licitent de ces jeux qui occupent sagement les petits pendant des heures. Et pourtant, nous dit Ferenczi, le tas de sable n'est rien d'autre qu'un symbole excr&#233;mentiel, autrement dit de l'excr&#233;ment d&#233;sodoris&#233; et dess&#233;ch&#233; &#187;. Pourtant, l'enfant n'est pas au bout de ses peines. &#192; peine s'est-il f&#233;licit&#233; de son bonheur de tr&#244;ner dans le bac &#224; sable, que ce royaume doit, lui aussi, &#234;tre abandonn&#233;. Il entame alors, ce que Ferenczi appelle &#171; l'&#226;ge de pierre infantile &#187; : cailloux, coquillages, noyaux de fruits, billes ou boutons, pierres pr&#233;cieuses, constituent autant de substituts des f&#232;ces o&#249; l'odorant, l'humide et le mou, sont progressivement &#233;chang&#233;s contre l'inodore, le sec et le dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun conna&#238;t en outre, la fi&#232;vre collectrice, qui prend les enfants dans les cours d'&#233;coles primaires. Collectionner (c'est-&#224;-dire &#233;conomiser) et troquer (c'est-&#224;-dire &#233;changer), constituent v&#233;ritablement les premiers pas d'une activit&#233; &#233;conomique qui pourra devenir par la suite florissante. Cailloux, billes ou boutons, sont autant de pi&#232;ces primitives, c'est-&#224;-dire de monnaie en tant qu'elle satisfait enti&#232;rement aux trois principes fondamentaux mis en &#233;vidence par l'&#233;conomie politique : instrument de r&#233;serve de valeur et unit&#233; de compte (collection), et moyen d'&#233;change (troc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re libidinal et jouissif de la pulsion anal infantile a progressivement &#233;t&#233; refoul&#233;, sublim&#233; ou id&#233;alis&#233; dans l'inconscient, au fur et &#224; mesure que s'est affirm&#233; le principe de r&#233;alit&#233;. Ne reste plus que la derni&#232;re &#233;tape : la transformation de ces monnaies primitives en pi&#232;ces et billets. &#201;coutons la conclusion de Ferenczi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#339;il se r&#233;jouit &#224; la vue de leur &#233;clat et de leur couleur, l'oreille prend du plaisir &#224; leur sonorit&#233; m&#233;tallique, le toucher a de l'agr&#233;ment &#224; jouer avec le petit disque rond et lisse, il n'y a que l'odorat qui n'en retire rien, et quant au go&#251;t, il doit se contenter de la saveur m&#233;tallique faible mais caract&#233;ristique des pi&#232;ces de monnaie. Voil&#224; pour l'essentiel achev&#233; le d&#233;veloppement de l'argent comme symbole. En partant du plaisir que donne le contenu intestinal on aboutit &#224; la joie que procure l'argent ; mais d'apr&#232;s ce qui a &#233;t&#233; dit cet argent n'est rien d'autre en somme que de l'excr&#233;ment d&#233;sodoris&#233;, dess&#233;ch&#233; et rendu brillant : pecunia non olet : l'argent n'a pas d'odeur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux cartes &#224; jouer et &#224; collectionner, qui ne semblaient gu&#232;re &#224; la mode du temps de Ferenczi, mais qui sont aujourd'hui si r&#233;pandues et estim&#233;es dans les cours de r&#233;cr&#233;ation, elles sont progressivement &#233;chang&#233;es contre des papiers monnaie, des livrets de caisse d'&#233;pargne, et plus tard, des actions ou autres obligations (SICAV, Bons du Tr&#233;sor, etc.). Ainsi, les produits et les march&#233;s financiers qui n'en finissent pas de se multiplier selon un pur principe de r&#233;alit&#233;, sont-ils dans l'inconscient, attach&#233;s au pur principe de plaisir et &#233;manent de la joie de le poss&#233;der qui a sa source la plus profonde et la plus f&#233;conde dans la coprophilie. La question de savoir si, dans ce floril&#232;ge d'&#233;changes, la pulsion anale est effectivement sublim&#233;e ou si, au contraire, l'objet de cette pulsion narcissique est simplement id&#233;alis&#233;, reste quant &#224; elle, dans le contexte actuel, plus que jamais pos&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Une premi&#232;re version de ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans Beno&#238;t BERTHOU (sous la dir.), &#171; L'&#201;change &#187;, Studyrama, collection : &#171; Principes - Culture g&#233;n&#233;rale &#187;, Jeunes &#201;ditions, Paris, Septembre 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#338;dipe face &#224; l'&#233;nigme de la violence</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/OEdipe-face-a-l-enigme-de-la.html</link>
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		<dc:date>2008-07-10T07:03:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Corps trahis &#224; l'aune du moi id&#233;al, pays imaginaire o&#249; l'ombre du soleil vient s'&#233;chouer aux confins de l'imago maternelle. L'aspect r&#233;p&#233;titif et presque rituel de ce ratage monotone et m&#233;lancolique est appel&#233;, d&#232;s le d&#233;but du po&#232;me, par l'air lancinant de la traditionnelle chanson allemande du &lt;i&gt;Lieber Augustin&lt;/i&gt; : &#8220;Ah ! Mon cher Augustin, tout est fini, fini.&#8221; &#192; la magie du signifiant qui ne signifie rien, le &lt;i&gt;Bierstube&lt;/i&gt; de l'Autre langue suit l'extraordinaire condensation du n&#339;ud des pulsions phalliques : le lait du sein maternel et &#8220;les l&#232;vres gourmandes&#8221; de la pulsion orale conjointes au regard &#233;voqu&#233; par les &#8220;amandes&#8221; des yeux sont ici non pas tant convoqu&#233;s que v&#233;ritablement invoqu&#233;s par la demande de la voix dont le fredonnement implique la r&#233;p&#233;tition. La pulsion de mort est finalement apaisement de la jalousie d&#233;crite par le saint du m&#234;me nom, d&#233;peignant l'horreur qu'il &#233;prouve &#224; l'image du fr&#232;re cadet attach&#233; &#224; la mamelle de sa propre m&#232;re (saint Augustin, &lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt;, Livre I, chapitre VII). C'est de cette coupure (ablactation) que s'instaure le rien de la pulsion sexuelle dans son intrication intime &#224; la mort repr&#233;sent&#233;e par le tableau de B&#339;cklin (Le &lt;i&gt;Toteninsel&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'&#238;le des morts&lt;/i&gt;, 1880), dont on sait qu'il a &#233;t&#233; peint en r&#233;ponse &#224; la sollicitation d'une jeune veuve qui souhaitait fixer sa r&#234;verie sur une image appropri&#233;e &#224; la circonstance. Le po&#232;me en une abr&#233;action symbolique retrouve la m&#233;moire de la sexualit&#233; premi&#232;re : la chambre comme lieu clos, le peignoir qui s'ouvre sur la nudit&#233; du corps de la m&#232;re, la bouilloire se substituant &#224; la voix de la berceuse. La lumi&#232;re et la transparence viennent buter sur le roc du myst&#232;re de la mort et du sexuel peint par le ma&#238;tre suisse. &#192; la non-reconnaissance de sa propre image au miroir ou &#224; l'image prodigieuse et jubilatoire &#224; jamais perdue succ&#232;de le vertige du vide, de l'inconscient. Ce stade est incontournable, nous dit le po&#232;te, et marque &#224; jamais l'image du petit de l'homme : c'est &#8220;ainsi que les hommes vivent&#8221;. &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;&#338;dipe face &#224; l'&#233;nigme de la violence &lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton76-f9d6b.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#338;DIPE FACE &#192; L'&#201;NIGME DE LA VIOLENCE&lt;br /&gt;
&#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187;&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un r&#233;cent succ&#232;s de librairie (&lt;i&gt;L'Homme sans gravit&#233;&lt;/i&gt;), le psychanalyste Charles Melman d&#233;non&#231;ait le surcro&#238;t de violence qu'appelait et provoquerait ce qu'il nommait &#171; la nouvelle &#233;conomie psychique &#187; avec son mot d'ordre de &#171; jouir &#224; tout prix &#187; : &#171; Dans cette &#233;poque o&#249; nous vivons, de plus en plus souvent [&#8230;] la violence survient &#224; tout bout de champ, pour tout et pour rien. Une esp&#232;ce de violence qui est devenue un mode banal de relation sociale &#187; (&lt;i&gt;L'Homme sans gravit&#233;&lt;/i&gt;, p. 85). Ce &#171; surcro&#238;t de violence &#187;, dont la presse parle tous les jours, le psychanalyste l'&#233;coutait chez les transporteurs de fonds qui demandent &#224; &#234;tre prot&#233;g&#233;s par la police, aussi bien que chez les policiers eux-m&#234;mes qui demandent &#224; l'&#234;tre &#233;galement pour p&#233;n&#233;trer dans les quartiers chauds des cit&#233;s. Passant alors en revue la situation du tiers-monde et sa guerre civile &#171; informelle &#187; &#224; l'image du secteur qualifi&#233; du m&#234;me nom par le BIT, la &#171; vieille dame &#187; qui se fait piquer son sac, la situation mis&#233;rable des &#171; employ&#233;s de maison &#187;, les &#171; vols de portables &#187; et les &#171; vols de voitures &#187;, le discours sociologique et critique de l'&#233;conomie politique venait inlassablement s'&#233;chouer sur cette simple question : &#171; Quelle solution apporter ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours de la psychanalyse soutient que cette violence &#224; l'&#339;uvre dans la r&#233;alit&#233; sociale, loin d'&#234;tre premi&#232;re est bien seconde, et que la seule r&#233;alit&#233; qui lui donne sa v&#233;ritable couleur est la r&#233;alit&#233; psychique. Ainsi le stade du miroir nous rappelle, comme en &#233;cho &#224; la po&#233;sie d'un Aragon, que la v&#233;ritable nature du moi chez Freud n'est qu'une s&#233;rie successive et enveloppante d'identifications : violence de l'intimidation, violence de la s&#233;duction, toute sa vie durant, l'enfant est condamn&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter les exp&#233;riences premi&#232;res l'ayant introduit &#224; &#171; ce mirage de la ma&#238;trise de ses fonctions, o&#249; sa subjectivit&#233; restera scind&#233;e &#187;. Ici, le moi se donne &#224; entendre pour ce qu'il est, et sa &#171; formation imaginaire, na&#239;vement objectiv&#233;e par les psychologues comme fonction synth&#233;tique du moi, montre bien plut&#244;t la condition qui l'ouvre &#224; la dialectique ali&#233;nante du Ma&#238;tre et de l'Esclave &#187; (Jacques Lacan, &#171; Variantes de la cure type &#187;, 3 f&#233;vrier 1955).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dialectique ali&#233;nante du Ma&#238;tre et de l'esclave revisit&#233;e par Lacan n'est-ce pas celle-l&#224; m&#234;me que l'on retrouve &#224; l'&#339;uvre dans la violence quotidienne ? O&#249; le sujet, aux prises avec ses fant&#244;mes, d&#233;nonce, tel un Hamlet moderne, qu'il y a bien quelque chose de pourri dans ce royaume qu'est la r&#233;alit&#233; sociale ? Si l'&#233;laboration de la r&#233;alit&#233; psychique des tous premiers stades nourriciers de l'enfance emp&#234;che l'&#339;dipe, le sujet est alors inlassablement ramen&#233; dans un combat imaginaire et violent contre la m&#232;re incestueuse et d&#233;vorante. Cette &#171; extension du domaine de la lutte &#187;, si bien d&#233;crite par un Michel Houellebecq, ne concerne pas tant aujourd'hui le social ou le politique que le sexuel. Le sujet est alors &#233;clat&#233;, morcel&#233; en &#171; parties cul &#187; &#233;l&#233;mentaires, &#233;lectrons libres sans sublimation aucune de cette &#233;nergie psychique que Freud nommait la libido.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, la psychanalyse ne promeut pas le retour au bon vieux syst&#232;me patriarcal, bien au contraire. C'est qu'&#224; l'image de l'&#339;dipe, le p&#232;re, pour la psychanalyse, n'est qu'un mythe, une m&#233;taphore. &#171; Certes l'&#339;dipe a &#233;t&#233; notre Sina&#239; &#187;, dit Lacan en 1937, &#171; mais rien ne nous interdit, poursuit-il, de voir dans la vie &#339;dipienne un aspect seulement du possible &#187;. Si derri&#232;re l'&#339;dipe plane l'ombre &#171; archa&#239;que &#187; du complexe maternel, l'image &#171; terrible de l'Ogresse &#187;,ou de &#171; quelque Baal ou Moloch maternel que l'on rencontrerait au fond des l&#233;gendes matriarcales &#187; (Lacan, 1937), d&#233;chiffrer l'&#233;nigme de l'inconscient permet d'&#233;chapper &#224; la violence moderne, qui telle une sphinge nouvelle aux abords des villes contemporaines semble vouloir &#224; nouveau d&#233;vorer ses habitants. Mais &#224; sphinge nouvelle, nouvelle &#233;nigme ! L'&#233;nigme n'est plus : &#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187;, quel que soit le nombre de ses pattes, mais d&#233;sormais : &#171; Quel est lettre&#8230; ? &#187; &#8211; celle du sujet &#8211; ou pour le dire avec Lacan, &#171; le chiffre de sa destin&#233;e mortelle &#187;. Car c'est bien ce dont il s'agit dans cette &#233;nigme de la violence : de la vie, de la mort et du sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir dans un premier temps pr&#233;sent&#233; ce que l'on entend commun&#233;ment sous l'expression de complexe d'&#338;dipe, nous verrons, dans un second temps clinique puis dans un troisi&#232;me temps pratique, qu'il est possible de faire parler l'&#233;nigme de la violence. Faire parler ce qui, apparemment, n'a pas de sens, pour peu qu'on entende lui restituer sa dimension premi&#232;re et inconsciente : &#171; Le comble du sens, il est sensible que c'est l'&#233;nigme &#187; (Jacques Lacan, &#171; Introduction &#224; l'&#233;dition allemande d'un premier volume des &#201;crits &#187;, parue dans &lt;i&gt;Scilicet&lt;/i&gt;, 1975, n&#176; 5, pp. 11-17). Car ce n'est qu'en r&#233;pondant &#224; cette nouvelle &#233;nigme mise &#224; jour par l'inconscient freudien qu'il sera possible de se servir de la violence sans sombrer dans la n&#233;vrose et le complexe de la famille patriarcale. &#171; Quelle solution apporter ? &#187;, demandait Charles Melman. &#171; Il n'est pas en notre seul pouvoir de praticien &#187; d'amener le sujet au &#171; moment o&#249; commence le v&#233;ritable voyage &#187;, &#233;crivait d&#233;j&#224; Lacan en conclusion de son article de 1949. La castration d'&#338;dipe, rappelait-il &#233;galement, &#171; n'a pas d'autre fin que de mettre fin &#224; la peste th&#233;baine, c'est-&#224;-dire de rendre au peuple la jouissance dont d'autres vont &#234;tre les garants, ce qui bien s&#251;r, vu d'o&#249; l'on part, n'ira pas sans quelques p&#233;rip&#233;ties am&#232;res pour tous &#187; (Jacques Lacan, &#171; Un homme et une femme &#187; [1971], &lt;i&gt;Une b&#233;vue&lt;/i&gt;, n&#176; 8-9, printemps &#233;t&#233; 1997).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le complexe d'&#338;dipe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pas de fum&#233;e sans Freud &#187;, rappelait le r&#233;cent laur&#233;at du Goncourt des lyc&#233;ens Pierre Grimbert. De m&#234;me : il n'y a pas d'&#339;dipe sans sexuel. Il n'y a pas de complexe d'&#338;dipe sans ce que Freud nommait cette &#171; floraison pr&#233;coce de la vie sexuelle &#187; ou ce que Jacques Lacan surnomme quant &#224; lui une &#171; pubert&#233; psychologique pr&#233;matur&#233;e &#187; (Lacan, 1938). &#192; l'apog&#233;e de cette &#171; floraison &#187; ou &#171; pubert&#233; pr&#233;matur&#233;e &#187;, les pulsions g&#233;nitales se fixent &#224; l'objet qui lui a donn&#233; les premiers soins, l'ayant ainsi introduit au sexuel : la m&#232;re. Cependant, cette relation pulsionnelle ne saurait &#234;tre uniquement binaire, dans la mesure o&#249; le contexte pr&#233;matur&#233; d'une telle pouss&#233;e libidinale vient n&#233;cessairement buter sur la frustration qui lui est inh&#233;rente. Autrement dit, le petit enfant n'a tout simplement pas les moyens de son ambition : &#171; La floraison pr&#233;coce de la vie sexuelle infantile est destin&#233;e au d&#233;clin parce que les d&#233;sirs y sont incompatibles avec la r&#233;alit&#233; et parce que l'enfant n'a pas atteint un stade de d&#233;veloppement suffisant &#187; (&#171; Au-del&#224; du principe de plaisir &#187;, p. 60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud aimait &#224; cet &#233;gard citer la c&#233;l&#232;bre phrase qu'il emprunte &#224; Napol&#233;on : &#171; L'anatomie, c'est le destin. &#187; Ce qui ne veut pas dire que l'enfant ne surestime pas ses propres capacit&#233;s &#224; satisfaire cette pulsion sexuelle et la chute n'en est que plus dure : &#171; Elle [la floraison pr&#233;coce de la vie sexuelle] trouve sa fin dans les circonstances les plus p&#233;nibles, au milieu de sentiments profond&#233;ment douloureux. La perte d'amour et l'&#233;chec portent au sentiment d'estime de soi un pr&#233;judice durable qui reste comme cicatrice narcissique &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; proprement parler cette &#171; floraison pr&#233;coce de la vie sexuelle &#187;, cette mont&#233;e en puissance d'une &#171; pubert&#233; psychologique pr&#233;matur&#233;e &#187; en ce qu'elle vient buter sur une frustration qui lui est inh&#233;rente et qui se cristallise en une v&#233;ritable tension ou d&#233;chirement narcissique, que l'on qualifie de complexe d'&#338;dipe. De l'issue de cette tension (complexe) d&#233;pend l'organisation de la vie psychique (et partant, sociale) du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surmoi et id&#233;al du moi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment pr&#233;cis que la frustration doit &#234;tre attribu&#233;e par l'enfant au fameux &#171; tiers objet &#187;, c'est-&#224;-dire au p&#232;re. Cette position de &#171; tiers objet &#187; est assur&#233;e et surtout renforc&#233;e par l'int&#233;r&#234;t mutuel des deux parents en pr&#233;sence, pour peu que cette pr&#233;sence elle-m&#234;me ne fasse pas d&#233;j&#224; d&#233;faut et que la curiosit&#233; de l'enfant ne soit pas d&#233;j&#224; &#233;touff&#233;e. Ce sont, comme le dit tr&#232;s po&#233;tiquement Lacan, des &#171; signes discrets et diffus qui trahissent &#187; &#224; la sensibilit&#233; de l'enfant &#171; les relations parentales &#187; : par &#171; les hasards intempestifs &#187;, ils &#171; les lui d&#233;voilent &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'axe pulsionnel d'abord, qui part de l'enfant vers le premier objet sexuel, et l'axe de frustration ensuite, qui va jusqu'au tiers objet, et, enfin, l'axe reliant les deux parents eux-m&#234;mes, nous avons l&#224; la base triangulaire et &#339;dipienne d'un n&#339;ud psychique encore &#224; tresser. Or, ce qu'il est important de comprendre, c'est que ce tressage ne peut tenir bon que si et seulement si le parent de m&#234;me sexe appara&#238;t &#224; la fois &#224; l'enfant comme l'agent de l'interdiction, et &#224; la fois comme l'exemple de sa transgression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; toute la sp&#233;cificit&#233; et l'efficacit&#233; du complexe d'&#338;dipe inconscient. Si l'appareil psychique conscient et la science rationnelle n'admettent pas la contradiction, &#224; l'inverse, dans l'inconscient, seul ce qui est paradoxal et contradictoire est fructueux, et c'est pourquoi le complexe d'&#338;dipe est fructueux. Pourquoi ? Parce que si la loi de l'interdit &#233;tait d&#233;croch&#233;e du d&#233;sir de transgression, il en r&#233;sulterait imm&#233;diatement une incompr&#233;hension totale de la loi du d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que le g&#233;nie de Freud a su magnifiquement d&#233;montr&#233; en empruntant le raisonnement que Frazer m&#232;ne &#224; propos des primitifs et qu'il r&#233;sume d'un trait : &#171; On ne voit pas quelle n&#233;cessit&#233; il y aurait &#224; d&#233;fendre ce que personne ne d&#233;sire faire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement : &#171; ce qui est d&#233;fendu de la fa&#231;on la plus formelle doit &#234;tre l'objet d'un d&#233;sir &#187; (Freud, &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, p. 74). C'est ce paradoxe du d&#233;sir et de la loi, cette &#171; tension &#187; dit Lacan, qui fait exister l'inconscient comme instance psychique dynamique, contrairement &#224; la froide logique aristot&#233;licienne et statique. C'est cette tension impossible &#224; r&#233;soudre pour l'enfant en bas &#226;ge qui s'inverse, favorisant ainsi le refoulement, tout en pr&#233;servant le d&#233;sir sous une forme d&#233;sormais n&#233;cessairement d&#233;tourn&#233;e. Tandis que le surmoi refoule le d&#233;sir, l'id&#233;al du moi tente de le sublimer. S'instaure alors jusqu'&#224; la pubert&#233; la p&#233;riode de latence, qui est latence de la pulsion sexuelle refoul&#233;e, laquelle laisse d&#233;sormais la place &#224; des centres d'int&#233;r&#234;ts sublim&#233;s, disons &#171; neutres &#187; et &#171; favorables aux acquisitions &#233;ducatives &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce double proc&#232;s a une importance g&#233;n&#233;tique fondamentale, car il reste inscrit dans le psychisme en deux instances permanentes : celle qui refoule s'appelle le surmoi, celle qui sublime, l'id&#233;al du moi. Elles repr&#233;sentent l'ach&#232;vement de la crise &#339;dipienne &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans cette instance de l'id&#233;al du moi obtenu par sublimation de l'imago parentale, le surmoi r&#233;pressif risquerait de fermer la porte &#224; tout d&#233;sir lorsque, au moment de la pubert&#233;, le caract&#232;re pr&#233;matur&#233; de la pulsion sexuelle ne pourra plus &#234;tre invoqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Moi id&#233;al &#187; et &#171; stade du miroir &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'efficacit&#233; du complexe d'&#338;dipe inconscient tient par cons&#233;quent &#224; la tension que polarise l'imago du p&#232;re. Si, suite &#224; sous-&#233;laboration psychique du complexe d'&#338;dipe, l'id&#233;al du moi ne s'&#233;l&#232;ve pas, non seulement l'imago du p&#232;re se trouve diminu&#233;e, mais le sujet reste ali&#233;n&#233; &#224; l'imago maternelle. Pour se soutenir, le d&#233;sir se voit d&#232;s lors oblig&#233; de s'appuyer sur une instance psychique plus narcissique : le moi id&#233;al. La conjonction d'un tel n&#339;ud psychique se donne &#224; entendre dans les images d'un p&#232;re diminu&#233; : qu'il soit &#171; estropi&#233; &#187;, &#171; aveugl&#233; &#187;, voire cadav&#233;rique. La r&#233;alit&#233; psychique inconsciente &#233;tant, quant &#224; elle, atrophi&#233;e, le sujet se verra oblig&#233; de d&#233;tourner de la r&#233;alit&#233; sociale ou de s'en d&#233;tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son article de 1949, Lacan revient sur l'exp&#233;rience du &#171; moi id&#233;al &#187; et insiste sur le caract&#232;re d&#233;terminant de la r&#233;alit&#233; psychique sur la r&#233;alit&#233; sociale dans ce qu'il nomme le &#171; stade du miroir &#187;. Le nourrisson, d&#232;s l'&#226;ge de six mois &#8212; et g&#233;n&#233;ralement jusqu'&#224; dix-huit mois &#8212;, bien que n'ayant pas encore acquis ni la ma&#238;trise de la marche, ni la station debout, reconna&#238;t pourtant d&#233;j&#224; son image dans le miroir. Cette reconnaissance est signal&#233;e par une &#171; mimique illuminative &#187; et &#171; jubilatoire &#187;, qui nous donne &#224; penser qu'il tente de surmonter les entraves des appuis ou soutiens humains ou artificiels (trotte b&#233;b&#233;, parent, etc.), dont il est embarrass&#233; (ou &#171; embrass&#233; &#187;), afin de &#171; suspendre son attitude &#187;. Loin d'&#234;tre unique, la r&#233;p&#233;tition de cette exp&#233;rience s'accompagnera d'une &#171; s&#233;rie de gestes &#187; dont le caract&#232;re ludique est mis en &#233;vidence par Lacan &#224; la suite du c&#233;l&#232;bre &#171; fort-da &#187; de Freud. R&#233;v&#233;lateur d'un &#171; dynamisme libidinal &#187;, le stade du miroir doit se comprendre comme une identification &#171; au sens plein que l'analyse donne &#224; ce terme : &#224; savoir la transformation produite chez le sujet, quand il assume une image &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; dynamisme libidinal &#187; de l'enfant pourtant plong&#233; dans la &#171; d&#233;pendance du nourrissage &#187;, nous donne &#171; la matrice symbolique o&#249; le &#8216;je' se pr&#233;cipite en une forme primordiale &#187;. &#171; Je id&#233;al &#187; selon Lacan, ou &#171; moi id&#233;al &#187; selon Freud, nous avons l&#224; la &#171; souche &#187; sur laquelle les &#171; identifications secondaires &#187; s'&#233;difieront. C'est-&#224;-dire que ce &#171; stade &#187; nous r&#233;v&#232;le combien le moi en tant que r&#233;alit&#233; psychique, pr&#233;c&#232;de la r&#233;alit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Violence clinique&lt;br /&gt;
&lt;small&gt;&#171; Moi qui me tra&#238;ne et m'&#233;parpille &#187; (Aragon)&lt;/small&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La non-r&#233;solution du complexe d'&#338;dipe est productrice de ce que l'on peut appeler des interf&#233;rences entre les diverses instances psychiques : &#171; moi id&#233;al &#187;, &#171; id&#233;al du moi &#187; et surmoi. En &#233;cho se produisent n&#233;cessairement des interf&#233;rences entre le d&#233;sir et la loi, conduisant le sujet au morcellement &#171; mental &#187;. L'arch&#233;type de ce morcellement nous est donn&#233; par la d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de l'imago maternelle, laquelle se donne &#224; entendre sous la forme d'une ali&#233;nation et d'une r&#233;pulsion &#224; l'image sp&#233;culaire. C'est, &#224; proprement parler, le complexe de castration dans toute sa fantasmagorie inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le meilleur des cas, ce sont les images de la &#171; statue &#187;, de l'&#171; automate &#187;, ou du &#171; fant&#244;me &#187; qui dominent l'homme ou la femme par trop attach&#233;e au moi id&#233;al du stade du miroir. Les contes de E. T. A. Hoffmann ou ceux de Th&#233;ophile Gautier nous en donnent la description fantasmatique, o&#249; le sujet vient s'emm&#234;ler. &#171; Discorde primordiale &#187;, o&#249; se trahissent &#171; inach&#232;vement &#187;, &#171; incoordination &#187;, et autres &#171; signes de malaise &#187; pouvant aller jusqu'&#224; la &#171; f&#339;talisation &#187;, signe la d&#233;pendance inaugurale du sujet &#224; l'objet maternel : &#171; Le stade du miroir est un drame [qui] pour le sujet, pris au leurre de l'identification spatiale, machine les fantasmes qui se succ&#232;dent d'une image morcel&#233;e du corps &#224; une forme que nous appellerons orthop&#233;dique de sa totalit&#233;, &#8212; &#224; l'armure enfin assum&#233;e d'une identit&#233; ali&#233;nante, qui va marquer de sa structure rigide tout son d&#233;veloppement mental &#187; (Lacan, 1949).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, de ce lieu de morcellement sont appel&#233;s, de mani&#232;re in&#233;puisable, des &#171; recollements &#187; du moi. Mais la violence r&#232;gne alors en ma&#238;tre absolu dans l'inconscient : dans les r&#234;ves, o&#249; le sujet se repr&#233;sente comme &#171; corps morcel&#233; &#187; aux &#171; membres disjoints &#187;, dans les formations de l'inconscient, o&#249; Lacan en appelle &#224; la peinture &#171; visionnaire &#187; d'un J&#233;r&#244;me Bosch fixant &#171; les pers&#233;cutions intestines &#187; du sujet &#224; l'aube du &#171; z&#233;nith imaginaire &#187; de l'humanit&#233; moderne. Quatre si&#232;cles plus tard, les murs de la Salp&#234;tri&#232;re d'un Jean-Martin Charcot s'ornent de la repr&#233;sentation des sympt&#244;mes et des spasmes de l'hyst&#233;rie f&#233;minine, o&#249; le corps, en v&#233;ritable contorsionniste, d&#233;ploie le fantasme de castration selon les lignes de perspectives m&#234;mes des l&#233;sions organiques. &#171; Chez la fille, de m&#234;me que la r&#233;pression de la sexualit&#233; impose plus volontiers aux fonctions corporelles ce morcellement mental o&#249; l'on peut d&#233;finir l'hyst&#233;rie, de m&#234;me la sublimation de l'imago maternelle tend &#224; tourner en sentiment de r&#233;pulsion pour sa d&#233;ch&#233;ance et en souci syst&#233;matique de l'image sp&#233;culaire &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc l'hyst&#233;rie et Anna O., dont le corps, bien qu'ayant conserv&#233; tout le charme et la gr&#226;ce de ses 21 ans, se couvre de paralysies, contractures et autres insensibilit&#233;s : toux nerveuse intense, graves troubles de la vue et du langage, Anna O. se trouve en outre r&#233;guli&#232;rement dans l'incapacit&#233; de boire et de manger. Elle offre alternativement au Docteur Breuer deux &#233;tats d'humeur nettement tranch&#233;s, l'un relativement calme et dans lequel elle para&#238;t sereine, l'autre, dans lequel elle appara&#238;t sous les traits d'une enfant surexcit&#233;e, voire insupportable. Elle passe de l'un &#224; l'autre par une sorte d'auto-hypnose, sous laquelle elle semble pouvoir se plonger d'elle-m&#234;me, et dont elle finit par se r&#233;veiller parfaitement lucide. Elle oublie sa langue maternelle, l'allemand, et ne peut plus s'exprimer qu'en anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la psychose et le pr&#233;sident Schreber, dont le corps, dou&#233; d'ubiquit&#233;, se retrouve quasiment sans organes : poumons, foie, larynx, etc. ont disparu dans la maladie. Trou&#233;, morcel&#233; et cadav&#233;rique, Schreber devient un v&#233;ritable homme tronc, conservant seulement ses extr&#233;mit&#233;s avec l'unique dessein &#8212; semble-t-il &#8212; de pouvoir se faire tirer les ficelles, c'est-&#224;-dire de pouvoir au moins s'animer comme une marionnette : &#171; Je ne puis dire jusqu'&#224; quelle distance peut s'exercer cette possibilit&#233; de tirer d'en haut &#8211; si je puis m'exprimer ainsi &#8211; les ficelles qui actionnent les &#234;tres humains &#187; (&lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, p. 83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la n&#233;vrose obsessionnelle &#8212; telle qu'elle est chant&#233;e par un Louis Aragon &#8212;, dans laquelle le moi s'&#233;parpille dans un d&#233;dale de d&#233;cors :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Tout est affaire de d&#233;cors&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Changer de lit changer de corps&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; quoi bon puisque c'est encore&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Moi qui moi-m&#234;me me trahis&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Moi qui me tra&#238;ne et m'&#233;parpille&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et mon ombre se d&#233;shabille&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Dans les bras semblables des filles&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O&#249; j'ai cru trouver un pays&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Corps trahis &#224; l'aune du moi id&#233;al, pays imaginaire o&#249; l'ombre du soleil vient s'&#233;chouer aux confins de l'imago maternelle. L'aspect r&#233;p&#233;titif et presque rituel de ce ratage monotone et m&#233;lancolique est appel&#233;, d&#232;s le d&#233;but du po&#232;me, par l'air lancinant de la traditionnelle chanson allemande du &lt;i&gt;Lieber Augustin&lt;/i&gt; : &#171; Ah ! Mon cher Augustin, tout est fini, fini. &#187; &#192; la magie du signifiant qui ne signifie rien, le &lt;i&gt;Bierstube&lt;/i&gt; de l'Autre langue suit l'extraordinaire condensation du n&#339;ud des pulsions phalliques : le lait du sein maternel et &#171; les l&#232;vres gourmandes &#187; de la pulsion orale conjointes au regard &#233;voqu&#233; par les &#171; amandes &#187; des yeux sont ici non pas tant convoqu&#233;s que v&#233;ritablement invoqu&#233;s par la demande de la voix dont le fredonnement implique la r&#233;p&#233;tition. La pulsion de mort est finalement apaisement de la jalousie d&#233;crite par le saint du m&#234;me nom &#8212; convoqu&#233; lui par Jacques Lacan &#8212;, d&#233;peignant l'horreur qu'il &#233;prouve &#224; l'image du fr&#232;re cadet attach&#233; &#224; la mamelle de sa propre m&#232;re (saint Augustin, &lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt;, Livre I, chapitre VII). C'est de cette coupure (ablactation) que s'instaure le rien de la pulsion sexuelle dans son intrication intime &#224; la mort repr&#233;sent&#233;e par le tableau de B&#339;cklin (Le &lt;i&gt;Toteninsel&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'&#238;le des morts&lt;/i&gt;, 1880), dont on sait qu'il a &#233;t&#233; peint en r&#233;ponse &#224; la sollicitation d'une jeune veuve qui souhaitait fixer sa r&#234;verie sur une image appropri&#233;e &#224; la circonstance. Le po&#232;me en une abr&#233;action symbolique retrouve la m&#233;moire de la sexualit&#233; premi&#232;re : la chambre comme lieu clos, le peignoir qui s'ouvre sur la nudit&#233; du corps de la m&#232;re, la bouilloire se substituant &#224; la voix de la berceuse. La lumi&#232;re et la transparence viennent buter sur le roc du myst&#232;re de la mort et du sexuel peint par le ma&#238;tre suisse. &#192; la non-reconnaissance de sa propre image au miroir ou &#224; l'image prodigieuse et jubilatoire &#224; jamais perdue succ&#232;de le vertige du vide, de l'inconscient. Ce stade est incontournable, nous dit le po&#232;te, et marque &#224; jamais l'image du petit de l'homme : c'est &#171; ainsi que les hommes vivent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas tant que Freud, Jacques Lacan ou la psychanalyse en g&#233;n&#233;ral &#8212; si l'on souhaite faire des g&#233;n&#233;ralit&#233;s &#8212; entendent soutenir, d'un point de vue moral, la position sociale du p&#232;re ou de la famille patriarcal : &#171; Nous ne sommes pas de ceux qui s'affligent d'un pr&#233;tendu rel&#226;chement du lien familial &#187;, dit Jacques Lacan en 1938. C'est uniquement parce que &#171; l'imago de la m&#232;re dans l'identification &#339;dipienne trahit [&#8230;] l'interf&#233;rence des identifications primordiales &#187; et marque de leurs &#171; formes &#187; et de leur &#171; ambivalence autant l'id&#233;al du moi que le surmoi &#187;, que &#171; la structure m&#234;me du drame &#339;dipien d&#233;signe le p&#232;re pour donner &#224; la fonction de sublimation sa forme la plus &#233;minente, parce que la plus pure &#187;. La psychanalyse ne saurait donc &#234;tre tax&#233;e d'une quelconque position moralisatrice, sans que se manifeste dans ce jugement la m&#233;connaissance de la subversion qu'elle instaure en d&#233;voilant, en m&#234;me temps que l'ali&#233;nation du moi, les ressorts dynamiques du psychisme inconscient : &#171; La psychanalyse manifeste dans les conditions morales de la cr&#233;ation un ferment r&#233;volutionnaire qu'on ne peut saisir que dans une analyse concr&#232;te, elle reconna&#238;t, pour le produire, &#224; la structure familiale une puissance qui d&#233;passe toute rationalisation &#233;ducative. Ce fait m&#233;rite d'&#234;tre propos&#233; aux th&#233;oriciens &#8212; &#224; quelque bord qu'ils appartiennent &#8212; d'une &#233;ducation sociale &#224; pr&#233;tentions totalitaires, afin que chacun en conclu selon ses d&#233;sirs &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nigme de la violence est d&#232;s lors en tout point comparable &#224; l'&#233;nigme d'un sphinx, d&#233;ployant ses ailes sous les regards apeur&#233;s des habitants de villes modernes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Quel est lettre&#8230; ? &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mot &#8220;sphinx&#8221; &#233;veille l'id&#233;e d'&#233;nigme &#187;, comme C. G. Jung le pose de mani&#232;re tr&#232;s pertinente dans ses &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt; (p. 305). Le sphinx est en effet &#224; l'image des questions qu'il pose : un &#234;tre &#233;nigmatique. Le sphinx (ou la sphinge) est, rappelons-le, un monstre f&#233;minin, dont la figure est celle d'une femme, mais qui poss&#233;dait la poitrine, les pattes et la queue d'un lion, et qui, en outre, &#233;tait pourvu d'ailes, comme un oiseau de proie. &#201;trange cr&#233;ature ! D'o&#249; vient-elle ? &#171; La g&#233;n&#233;alogie du sphinx est riche en rapports avec le probl&#232;me qui nous occupe &#187;, observait Jung en 1912 (p. 309). Dans la &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/961-La-Theogonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ogonie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, H&#233;siode lui donne comme m&#232;re &#171; Echidna &#224; l'&#226;me violente &#187;, dit H&#233;siode (&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/961-La-Theogonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ogonie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 297 et suiv.). Echidna, la Vip&#232;re, qui &#233;tait, elle, un monstre au corps de femme se terminant par une queue de serpent. Cette dualit&#233; d'Echidna &#8212; tout comme celle de la sphinge &#8212;, &#171; belle jeune femme par en haut, serpent horrible par le bas &#187;, nous introduit d'embl&#233;e, selon Jung &#224; l'image de la m&#232;re, dont la moiti&#233; haute, c'est-&#224;-dire humaine et attirante, serait &#171; digne d'&#234;tre aim&#233;e &#187;, tandis que la moiti&#233; basse et animale repr&#233;senterait l'inceste, le sexuel terrible et angoissant. Du reste, G&#339;the ne dit-il pas des m&#232;res qu'elles sont &#171; entour&#233;es d'images de toutes les cr&#233;atures &#187; ? (&lt;i&gt;Faust&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Echidna, m&#232;re du sphinx, avait d&#233;j&#224; elle-m&#234;me coutume de d&#233;vorer les passants &#224; sa port&#233;e. Elle est tant&#244;t directement issue de la m&#232;re universelle, la terre maternelle Ga&#239;a, qui l'aurait enfant&#233;e avec les Tartares, personnification des enfers, tant&#244;t fille de Phorcys et de C&#233;to, eux-m&#234;mes enfants de Pontos et de Ga&#239;a, c'est-&#224;-dire le Flot de la Mer et la Terre. Quoi qu'il en soit, on attribue &#224; Echidna beaucoup d'enfant monstrueux : avec Typhon, elle engendra Orthos, le chien de G&#233;ryon, Cerb&#232;re, le chien des Enfers, l'Hydre de Lerne, Chim&#232;re ; et, avec son propre fils, Orthos, elle eut le lion de N&#233;m&#233;e ; et, enfin, le Phix, qui n'est autre que le Sphinx, monstre l&#233;gendaire du drame &#339;dipien. Comme C. G. Jung le pr&#233;cise, &#171; Echidna est la m&#232;re de toutes les horreurs &#187; : &#171; &#192; elle, dit-on, s'unit d'amour Typhon &#8212; le terrible, l'insolent bandit &#224; la vierge aux yeux qui p&#233;tillent &#8212; et de lui elle con&#231;ut et enfanta des enfants au c&#339;ur violent. Elle mit d'abord au monde Orthos, le chien de G&#233;ryon. &#8212; Apr&#232;s lui elle enfantait encore un monstre irr&#233;sistible, qu'&#224; peine on ose nommer, le cruel Cerb&#232;re, le chien d'Had&#232;s, &#224; la voix d'airain, aux cinquante t&#234;tes, implacable et puissant. &#8212; Et, apr&#232;s ces deux-l&#224;, elle mit encore au monde Hydre [&#8230;]. &#8212; Elle enfanta aussi Chim&#232;re [&#8230;]. &#8212; Elle enfanta encore, apr&#232;s avoir subi la loi d'Orthos, Phix la pernicieuse, d&#233;sastre pour les Cadm&#233;ens, et le lion de N&#233;m&#233;e &#187; (H&#233;siode, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/961-La-Theogonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ogonie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 297 et suiv.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc gr&#226;ce &#224; un commerce sexuel incestueux avec un chien &#8212; qui plus est son propre fils &#8212;, qu'Echidna engendra Phix la pernicieuse, c'est-&#224;-dire le sphinx. D'o&#249; viennent tous ces &#234;tres tous plus laids et plus horribles les uns que les autres ? Ce sont de simples formations de notre propre inconscient, r&#233;pond Freud, ils repr&#233;sentent nos pulsions inconscientes : &#171; La th&#233;orie des pulsions est, pour ainsi dire, notre mythologie. Les pulsions sont des &#234;tres mythiques, formidables dans leur impr&#233;cision. Nous ne pouvons dans notre travail faire abstraction d'eux un seul instant et cependant nous ne sommes jamais certains de les voir nettement &#187; (S. Freud, &#171; Angoisse et vie pulsionnelle &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles Conf&#233;rences d'introduction &#224; la psychanalyse&lt;/i&gt; [1933], Gallimard, Folio, 1984, p. 128-129).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelles pulsions s'agit-il ici ? Si l'on en trouve de nombreuses traces dans la mythologie, en quoi cette figure du sphinx renvoie-t-elle n&#233;cessairement &#224; &#338;dipe et au complexe du m&#234;me nom mis en &#233;vidence par la psychanalyse freudienne ? &#171; Il y a en effet en Egypte des sphinx m&#226;les et des sphinx femelles &#187;, observe Jung. Ce qu'il interpr&#232;te &#224; l'aide de l'hypoth&#232;se selon laquelle le monstre masculin s'adresse plus particuli&#232;rement &#224; une femme pour laquelle le danger vient en premier lieu du p&#232;re ; tandis que le monstre f&#233;minin s'adresse &#224; un homme tel &#338;dipe, pour lequel le danger reste, sa vie durant, la m&#232;re (cf. Jung, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 309-310). Cependant, le sphinx est avant tout une repr&#233;sentation mythologique de l'imago maternelle que l'on peut appeler la &#171; m&#232;re terrible &#187;. Car qui d'autre que la m&#232;re, pr&#233;cise Jung, &#171; se tient au d&#233;but d'une destin&#233;e comme annonce symbolique et in&#233;luctable &#187; ? (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, p. 305). Qui d'autre que la m&#232;re donne la mort en m&#234;me temps que la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc la Sphinge, &#171; mangeuse de chair crue &#187;, selon l'expression d'Eschyle (&lt;i&gt;Les Sept contre Th&#232;bes&lt;/i&gt;, 540 et suiv., p. 90) : et toute la violence moderne se laisse d&#233;crypter dans ce mythe qui remonte pourtant &#224; la tradition orale de la Gr&#232;ce ancienne. Car c'est telles de nouvelles sphinges que les enfants des banlieues se postent aujourd'hui aux abords des cit&#233;s, tel le monstre ancien aux abords de Th&#232;bes terrorisant les passants :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gardiens de la place, ou gal&#233;riens, c'est comme &#231;a qu'on surnommait tous les mecs qui tra&#238;naient sur la place. Le gardien, c'est celui qui ouvre ou qui ferme la place. Tous les jeunes de mon &#226;ge tra&#238;naient &#224; la place. Nous &#233;tions post&#233;s l&#224;-bas comme des douaniers, on surveillait les bus qui passaient, les voitures, les gens. Quand nous recherchions des mecs, on faisait des barrages, on bloquait les bus et le chauffeur regardait la sc&#232;ne, impuissant. Quand les flics passaient, on les regardait de travers [&#8230;]. Sur la place le matin nous &#233;tions une vingtaine, l'apr&#232;s midi une cinquantaine et le soir une bonne centaine, sans compter les autres qui &#233;taient post&#233;s au parc, au Font d'Eaubonne, &#224; la Ruche, etc. &#187; (Dembo Goumane, &lt;i&gt;Dembo story&lt;/i&gt;, &#201;d. Hachette Litt&#233;ratures, Paris, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; gal&#233;riens &#187; ne sont-ils pas aujourd'hui pour nous de nouvelles &#233;nigmes en ce qu'ils nous rappellent, selon l'expression de Jung (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, p. 309), &#171; le pi&#232;ge tendu par le sphinx au voyageur &#187; ? Une version, peut-&#234;tre plus ancienne, pr&#233;sentait en effet l'histoire d'une mani&#232;re plus r&#233;p&#233;titive encore : chaque jour, les Th&#233;bains se r&#233;unissaient sur la place de la ville, pour essayer de r&#233;soudre en commun la devinette, mais sans jamais y parvenir. Et, chaque jour, en conclusion de cette s&#233;ance, le Sphinx d&#233;vorait l'un des habitants. Post&#233;s sur ces places, fig&#233;s tels des statuts, les &#171; gal&#233;riens &#187; ne personnifient-ils pas l'&#233;nigme de l'homme, sp&#233;cifi&#233; qu'il est par sa position verticale, et immortalis&#233;e par la devinette &#224; laquelle les Th&#233;bains ne peuvent r&#233;pondre : &#171; Quel est l'&#234;tre qui marche tant&#244;t &#224; deux pattes, tant&#244;t &#224; trois, tant&#244;t &#224; quatre, et qui, contrairement &#224; la loi g&#233;n&#233;rale, est le plus faible quand il a le plus de pattes ? &#187; Cette &#233;nigme, &#224; propos de la marche et de la position verticale de l'homme, c'est bien ce que Lacan nous donnait &#224; entendre dans sa formalisation, o&#249; il observait le spectacle saisissant d'un nourrisson devant le miroir, qui &#171; en un affairement jubilatoire &#187;, tente de surmonter les entraves de sa pr&#233;maturation, pour rejoindre &#8212; si ce n'est la ma&#238;trise de la marche &#8212;, cette myst&#233;rieuse station debout qui fait l'&#233;nigme de la Sphinge (J. Lacan, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, p. 94).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;nigme de l'&#233;rection ainsi pos&#233;e, le stade du miroir se laisse d&#233;crypter bien autrement. Rappelons-nous &#224; cet &#233;gard cette sublime note de bas de page que Freud intercale en 1919 au tout d&#233;but de la quatri&#232;me section de son &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, faisant du redressement ou verticalisation de l'homme, l'origine m&#234;me du processus in&#233;luctable de civilisation, et non pas tant en lui-m&#234;me qu'en vertu du rejet &#224; l'arri&#232;re-plan &#171; du pouvoir excitant de l'odeur &#187; qui lui est corr&#233;latif : &#171; &#192; partir de l&#224; un encha&#238;nement se d&#233;roule qui, de la d&#233;pr&#233;ciation des perceptions olfactives et de l'isolement des femmes au moment de leurs menstrues, conduisit &#224; la pr&#233;pond&#233;rance des perceptions visuelles, &#224; la visibilit&#233; des organes g&#233;nitaux, puis &#224; la continuit&#233; de l'excitation sexuelle, &#224; la fondation de la famille et de la sorte au seuil de la civilisation humaine. Il ne s'agit l&#224; que d'une sp&#233;culation th&#233;orique, mais elle est assez importante pour m&#233;riter d'&#234;tre v&#233;rifi&#233;e avec exactitude sur les animaux dont les conditions de vie se rapprochent le plus de celles de l'homme &#187; (Freud, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1971, note de bas de page n&#176; 1, pp. 49-51).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effort vers la propret&#233; et le v&#233;ritable mot d'ordre hygi&#233;niste qui s'impose &#224; son &#233;poque ne proc&#232;dent que du &#171; besoin imp&#233;rieux de faire dispara&#238;tre les excr&#233;ments devenus d&#233;sagr&#233;ables &#224; l'odorat &#187;. La conclusion de Freud est sans appel : c'est le refoulement de l'&#233;rotisme anal qui ouvre la voie &#224; la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La station debout des gal&#233;riens de Dembo Goumane ne sont-ils pas pour les passants, simples badauds interloqu&#233;s par l'imaginaire de la violence, de v&#233;ritables &#233;nigmes ? S'ils manquent &#224; y r&#233;pondre, ce qu'ils pensent &#234;tre la peste moderne semble devoir se r&#233;pandre sans limites. Car la peste, c'est ce qui empeste ; et les noms choisis pour d&#233;signer ce qui pourtant peut &#234;tre d'une grande noblesse pour certains autres peuples ou civilisations pass&#233;es condensent aujourd'hui chez nous le caract&#232;re &#224; la fois myst&#233;rieux et secret de l'&#233;nigme ; et ce, tant au niveau du signifiant que du signifi&#233;. Le &#171; shit &#187;, dans sa congruence au &#171; chut &#187;, rappelle le caract&#232;re secret et myst&#233;rieux de toute &#233;nigme. Quant &#224; ce qui est ici signifi&#233;, c'est bien la peste, autrement dit ce qui est pestif&#233;r&#233; ou malodorant : le &#171; shit &#187;, c'est-&#224;-dire la &#171; merde &#187;. La boucle freudienne de l'&#233;nigme de la verticalisation et des excr&#233;ments est ici boucl&#233;e. Avec tout de m&#234;me ce corollaire, que s'identifier &#224; la sphinge n'est pas, bien entendu, r&#233;soudre l'&#233;nigme pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au contraire, en s'identifiant au monstre antique apostrophant les voyageurs, les gal&#233;riens ne font que s'identifier &#224; la m&#232;re &#8212; &#171; L'&#233;nigme du sphinx, pr&#233;cisait Jung en 1912, c'&#233;tait lui-m&#234;me, image de la m&#232;re terrible dont &#338;dipe n'a pas compris l'avertissement &#187; (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, p. 309) &#8212;, et restent ainsi fix&#233;s dans un narcissisme exacerb&#233; : &#171; certains &#234;tres qui n'ont jamais r&#233;solu l'&#339;dipe restent &#224; deux dimensions, dit Lacan : la fixation maternelle et le narcissisme &#187; (Jacques Lacan, &#171; Intervention sur l'expos&#233; de D. Lagache &#8220;Deuil et m&#233;lancolie&#8221; &#224; la Soci&#233;t&#233; Psychanalytique de paris &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de psychanalyse&lt;/i&gt;, 1938, tome X n&#176; 3, pp. 564-565). Le caract&#232;re narcissique du monstre est confirm&#233; par la l&#233;gende d'&#338;dipe, dans lequel le sphinx aurait &#233;t&#233; envoy&#233; par H&#233;ra qui ha&#239;ssait Th&#232;bes &#224; cause de la naissance de Bacchus, le dieu narcissique sorti de la cuisse de Jupiter (cf. Jung, pp. 309-310).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce commerce &#233;trange, o&#249; l'argent et le symbole excr&#233;mentiel circulent alternativement et de mani&#232;re florissante, ne fait que confirmer l'hypoth&#232;se d'une fixation au narcissisme infantile en m&#234;me temps que l'hypoth&#232;se freudienne &#233;voqu&#233;e dans cette m&#234;me note de bas de page du &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous savons qu'il en est autrement chez les petits-enfants, auxquels ils n'inspirent nulle r&#233;pugnance, mais apparaissent comme pr&#233;cieux en tant que partie d'eux-m&#234;mes d&#233;tach&#233;e de leur corps. L'&#233;ducation s'emploie avec une &#233;nergie particuli&#232;re &#224; h&#226;ter la venue du stade suivant au cours duquel les excr&#233;ments doivent perdre toute valeur, devenir objet de d&#233;go&#251;t et de r&#233;pugnance, &#234;tre donc r&#233;pudi&#233;s. Pareille d&#233;pr&#233;ciation serait impossible si leur forte odeur ne condamnait pas ces mati&#232;res retir&#233;es au corps &#224; partager le sort r&#233;serv&#233; aux impressions olfactives apr&#232;s que l'&#234;tre se fut relev&#233; du sol &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en effet pour le moins surprenant que ce que l'on surnomme &#171; shit &#187; et qui est sens&#233;e d&#233;clencher le d&#233;cha&#238;nement des sensations n'ait, en r&#233;alit&#233;, pas plus d'odeur que cela ! Quant &#224; son caract&#232;re totalement dess&#233;ch&#233;, il est tout de m&#234;me le signe, si l'on suit Ferenczi, que les &#171; gal&#233;riens &#187; ne sont pas soumis au seul principe de plaisir et reconnaissent un tant soit peu le principe de r&#233;alit&#233;. On peut appliquer au &#171; shit &#187; ce que Ferenczi disait du sable pour le petit enfant : il &#171; n'est rien d'autre qu'un symbole excr&#233;mentiel, autrement dit de l'excr&#233;ment d&#233;sodoris&#233; et dess&#233;ch&#233; &#187; (cf. S. Ferenczi, &#171; Sur l'ontogen&#232;se de l'int&#233;r&#234;t pour l'argent &#187;, 1914).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la conclusion &#224; laquelle aboutissait Ferenczi : &#171; La phrase &#8220;L'argent n'a pas d'odeur&#8221; est un euph&#233;misme par inversion. Dans l'inconscient, il se formule sans aucun doute ainsi : pecunia olet, c'est-&#224;-dire : argent = excr&#233;ment &#187; (Ferenczi, &#171; Pecunia olet &#187;, 1916). &#192; observer l'int&#233;r&#234;t surd&#233;velopp&#233; pour les symboles d'excr&#233;ments dess&#233;ch&#233;s et l'argent qui circule dans les commerces illicites, la fixation &#224; la violence de l'imago maternelle de la sphinge n'est plus &#224; d&#233;montrer. D'autant que lorsqu'il n'y a plus rien &#224; vendre, le racket pur et simple semble aussi bien faire l'affaire, ce qui n'est pas l&#224; encore sans nous rappeler &#171; l'inflexible chanteuse &#187; de Sophocle : &#171; Tu es venu d&#233;livrer la cit&#233; cadm&#233;enne du tribut qu'elle payait &#224; l'inflexible chanteuse &#187; (Sophocle, &lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt;, 36).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas entendre dans ce d&#233;cha&#238;nement de la violence quotidienne, telle qu'elle est d&#233;nonc&#233;e par les m&#233;dias, l'angoisse d'un retour antique, non pas tant &#224; une famille matriarcale, qu'&#224; une soci&#233;t&#233; de &#171; droit maternel &#187; ? On se souvient que, refusant de reconna&#238;tre un penchant r&#233;el &#224; l'inceste, Jung fait remarquer &#224; Freud dans une lettre dat&#233;e du 8 mai 1912, que son interdiction, y compris &#224; une &#233;poque ant&#233;rieure &#224; la famille patriarcale, est tr&#232;s contestable :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense par cons&#233;quent que l'interdiction de l'inceste (au sens de la morale originelle) est une simple formule ou c&#233;r&#233;monie d'expiation &lt;i&gt;in re vili&lt;/i&gt; (&#8220;dans une chose sans valeur&#8221;) : ce qui a &#233;t&#233; si pr&#233;cieux pour l'enfant, la m&#232;re, et qui est tellement d&#233;nu&#233; de valeur pour l'adulte qu'il la jette dans le buisson de quelques coups de pied, cela est, par l'interdiction de l'inceste, d&#233;clar&#233; extraordinairement pr&#233;cieux, donc d&#233;sir&#233; et interdit (cela est de la vraie morale originelle : une quelconque plaisanterie est interdite, tout comme elle peut aussi devenir f&#233;tiche). L'intention de l'interdiction, comme on le voit, n'est donc pas l'emp&#234;chement de l'inceste, mais la fondation de la famille (cr&#233;ation de la pi&#233;t&#233;, de l'Etat) &#187; (&lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, Freud-Jung, Gallimard, Paris, p. 632).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce sur quoi Freud r&#233;torque &#224; son interlocuteur que le droit maternel ne doit pas &#234;tre confondu avec le gouvernement des femmes. Freud s'appuyait alors sur l'hypoth&#232;se de travail du philosophe suisse Johann Jakob Bachofen &#8212; &#233;galement cit&#233; par Freud dans la quatri&#232;me partie de &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt; &#8212;, et dont l'ouvrage principal, &lt;i&gt;Das Mutterrechi&lt;/i&gt; (Stuttgart 1861), forge pour la premi&#232;re fois l'expression &#171; droit maternel &#187; (Mutterrecht). Le droit maternel y d&#233;signe &#171; un &#233;tat de la soci&#233;t&#233; dans lequel les femmes r&#232;gnent moins par le pouvoir politique que par les liens de parent&#233; et la religion &#187; (Freud Jung, lettre dat&#233;e du 14 mai 1912, pp. 633-634). Aussi &#171; le droit maternel, pr&#233;cisait Freud, s'accorde particuli&#232;rement bien avec l'avilissement polygamique de la femme &#187; (pp. 633-634). Freud en profite pour pr&#233;ciser &#224; son interlocuteur que &#171; le p&#232;re est celui qui poss&#232;de sexuellement la m&#232;re (et les enfants, en tant que propri&#233;t&#233;), tandis que &#171; le fait de l'engendrement par le p&#232;re n'a pas, en effet, d'importance psychologique pour l'enfant &#187; (Freud, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, pp. 633-634).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du p&#232;re n'est nullement politique, mais bien strictement inconsciente. &#192; ne pas prendre en compte cette derni&#232;re dimension inconsciente et &#224; poser la question sur un plan uniquement politique ou sociologique, on voit d&#233;j&#224; se profiler ici la faute du p&#232;re soi disant absent ou fautif, tant d&#233;cri&#233; &#224; l'heure actuelle par toute une litt&#233;rature qui, observons-le tout de m&#234;me, donne cr&#233;dit par l&#224; m&#234;me &#224; ce qu'elle entend pourtant d&#233;noncer. Il est vrai que toute une tradition faisait du Sphinx une fille naturelle de La&#239;os le roi de Th&#232;bes. Dans cette version, le monstre aurait &#233;t&#233; envoy&#233; par H&#233;ra contre Th&#232;bes pour punir la cit&#233; du crime de La&#239;os, qui avait aim&#233; le fils de P&#233;lops, Chrysippos, d'un amour coupable, nous dit Pierre Grimal (&lt;i&gt;Dictionnaire de la mythologie&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1951, p. 428). L'on voit donc ici que la question du p&#232;re absent et de l'homosexualit&#233; n'a rien de nouveau, n'en d&#233;plaisent aux partisans d'une telle th&#232;se. Cependant &#8212; et l&#224; encore &#8212;, c'est oublier que c'est en souhaitant &#233;claircir le meurtre de La&#239;os et de venger le crime (&#224; entendre ici comme faute) de son p&#232;re, qu'&#338;dipe d&#233;couvre qu'il en est lui seul l'assassin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'&#233;nigme d'&#338;dipe ne soit soluble (ou solvable) qu'en tenant compte du psychisme inconscient, voil&#224; qui est &#233;galement confirm&#233; par les sphingid&#233;s que l'on rencontre encore de nos jours &#8212; ou du moins de nos nuits &#8212;, puisque les sphingid&#233;s sont &#233;galement des papillons cr&#233;pusculaires et que, plus g&#233;n&#233;ralement, le papillon est &#224; la fois all&#233;gorie et symbole de la psych&#233;. Ainsi le papillon humain s'avance battant ses ailes dans l'obscurit&#233; du r&#234;ve de G&#233;rard de Nerval, au tout d&#233;but d'Aur&#233;lia :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette nuit-l&#224;, je fis un r&#234;ve qui me confirma dans ma pens&#233;e. &#8211; J'errais dans un vaste &#233;difice compos&#233; de plusieurs salles, dont les unes &#233;taient consacr&#233;es &#224; l'&#233;tude, d'autres &#224; la conversation ou aux discussions philosophiques. Je m'arr&#234;tai avec int&#233;r&#234;t dans une des premi&#232;res, o&#249; je crus reconna&#238;tre mes anciens ma&#238;tres et mes anciens condisciples. Les le&#231;ons continuaient sur les auteurs grecs et latins, avec ce bourdonnement monotone qui semble une pri&#232;re &#224; la d&#233;esse Mn&#233;mosyne. &#8212; Je passai dans une autre salle, o&#249; avaient lieu des conf&#233;rences philosophiques. J'y pris part quelque temps, puis j'en sortis pour chercher ma chambre dans une sorte d'h&#244;tellerie aux escaliers immenses, pleins de voyageurs affair&#233;s. Je me perdis plusieurs fois dans les longs corridors, et, en traversant une des galeries centrales, je fus frapp&#233; d'un spectacle &#233;trange. Un &#234;tre d'une grandeur d&#233;mesur&#233;e, &#8212; homme ou femme, je ne sais, &#8212; voltigeait p&#233;niblement au-dessus de l'espace et semblait se d&#233;battre parmi des nuages &#233;pais. Manquant d'haleine et de force, il tomba enfin au milieu de la cour obscure, accrochant et froissant ses ailes le long des toits et des balustres. Je pus le contempler un instant. Il &#233;tait color&#233; de teintes vermeilles, et ses ailes brillaient de mille reflets changeants. V&#234;tu d'une robe longue &#224; plis antiques, il ressemblait &#224; &lt;i&gt;l'Ange de la M&#233;lancolie&lt;/i&gt; d'Albrecht D&#252;rer. Je ne pus m'emp&#234;cher de pousser des cris d'effroi, qui me r&#233;veill&#232;rent en sursaut &#187; (G&#233;rard de Nerval, &lt;i&gt;Aur&#233;lia&lt;/i&gt;, premi&#232;re partie, &#167; II).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quel est cet &#234;tre d'une grandeur d&#233;mesur&#233;e, dont on ne sait s'il est homme ou femme ? Pourquoi tombe-t-il ainsi en froissant ses ailes le long des toits et des balustres ? G&#233;rard de Nerval, errant au d&#233;but de son roman dans les corridors de la philosophie, nous rappelle &#224; se m&#233;prendre &#338;dipe qui, r&#233;solvant l'&#233;nigme &#224; la force de son esprit pr&#233;cipite ainsi le monstre de son rocher, inaugurant sa lente descente aux enfers que nous d&#233;crit le roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'&#233;nigme de la violence est insoluble &#224; la prendre dans ses deux dimensions courantes qui sont celle du corps et de l'esprit. C'est ce que les Am&#233;ricains ont coutume d'appeler en logique, un &lt;i&gt;double-blind&lt;/i&gt;, ou &#171; double aveugle &#187;, et que nous connaissons traditionnellement sous la forme du c&#233;l&#232;bre : &#171; la bourse ou la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187; &#192; ne pas r&#233;pondre, &#224; rester dans le mutisme du corps et de l'imaginaire maternel, le candidat &#224; la r&#233;solution de l'&#233;nigme se fait d&#233;vorer par le monstre. &#192; r&#233;pondre en faisant preuve de la force de son esprit, le candidat ne peut que s'engager dans la voie de l'horreur : s'il r&#233;pond incorrectement, il est &#233;galement d&#233;vor&#233;, s'il r&#233;pond correctement, il rejoint l'horreur de l'inceste. &#171; Parce qu'il surestimait son intelligence, &#233;crit Jung, il s'est pr&#233;cipit&#233; tr&#232;s virilement dans le pi&#232;ge, commettant, sans le savoir, l'inceste sacril&#232;ge &#187; (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, p. 309). &#192; ne saisir l'&#233;nigme qu'en tenant compte de ces deux dimensions du corps (physique) et de l'esprit (intelligence), ou, pour le dire autrement, de la libido maternelle et de la libido paternelle, la question &#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187; aspire le sujet dans un tournage en rond n&#233;vrotique, o&#249; la souffrance de l'esprit obs&#233;d&#233; a son pendant dans le sympt&#244;me physique de l'hyst&#233;rique. Si l'&#233;nigme n'a pas de solution, il reste que seule la prise en compte d'une troisi&#232;me dimension &#8212; celle de l'inconscient &#8212; permet de serrer borrom&#233;ennement l'&#233;nigme. Cette &#233;nigme, appelons-la d&#233;sormais avec Jacques Lacan objet &lt;i&gt;petit a&lt;/i&gt;. La question, d&#232;s lors, ne se donne plus tant &#224; entendre de la mani&#232;re classique &#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187;, mais bien cette fois : &#171; Quelle est lettre&#8230; ? C'est-&#224;-dire : quelle est la jouissance, se d&#233;chiffrant d&#233;sormais comme pure lettre (trait ou pur hi&#233;roglyphe, si l'on veut), qui se donne &#224; entendre dans cette &#233;nigme pos&#233;e par ce monstre inconscient qui n'est autre que la m&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait un temps d&#233;raisonnable, on avait mis les morts &#224; table &#187;, chante Aragon, avant d'entendre voler dans un ciel &#171; gris de nuages &#187; et d&#233;ployant leurs ailes par-dessus les &#171; maisons des quais &#187;, les oies sauvages criant &#171; la mort au passage &#187;. Les oies sauvages, ou l'oie (Loi) sauvage des cit&#233;s, qui bien que pourvu d'ailes ne fait que garder les places, tels les &#171; gal&#233;riens &#187; de Dembo Goumane. La violence ou l'agressivit&#233; qui se manifeste dans ce que Freud qualifiait de &#171; malaise dans la civilisation &#187; se laisse encore aujourd'hui d&#233;crypter dans le mythe &#339;dipien du h&#233;ros et de la sphinge. &#171; Le sphinx est un de ces animaux cr&#233;ateurs d'angoisse o&#249; l'on peut ais&#233;ment d&#233;couvrir des traits manifestes de leur d&#233;rivation maternelle &#187; (Jung, p. 309) : c'est l&#224; un motif mis en &#233;vidence par la psychanalyse s'int&#233;ressant aux formations de l'inconscient, qu'elle soit d'inspiration viennoise (Freud), suisse (Jung), ou fran&#231;aise (Lacan). &#338;dipe croyait avoir vaincu la sphinge, descendant directe de la grande d&#233;esse maternelle, en r&#233;solvant une &#233;nigme enfantine : or c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; partir de l&#224; qu'il fut en proie &#224; l'inceste et qu'il dut prendre sa propre m&#232;re (Jocaste la Reine veuve) comme &#233;pouse, puisque sa main ainsi que le tr&#244;ne devaient revenir &#224; celui qui avait d&#233;livr&#233; le pays du monstre. Contrairement aux apparences, &#338;dipe s'est tout simplement laiss&#233; terroris&#233; par l'apparition de la personnification de la m&#232;re d&#233;vorante en s'empressant de r&#233;pondre. Comme Jung le pr&#233;cise, il ignorait encore &#171; l'&#233;tonnement philosophique de Faust : &#8220;Les m&#232;res ! Les m&#232;res, comme cela sonne &#233;trangement !&#8221; Il ne savait pas que l'esprit de l'homme n'est jamais &#224; la hauteur de l'&#233;nigme du sphinx &#187; (Jung, p. 310). Si la violence que l'on agite aujourd'hui dans les m&#233;dias semble &#233;nigmatique, elle n'est en cela qu'&#224; l'image de la sphinge de l'antique Th&#232;bes. Que fait-elle l&#224; ? Souvenons-nous des paroles du po&#232;te : &#171; Le Sphinx avec ses chants artificieux nous obligea &#224; regarder devant nous sans sonder de myst&#232;res &#187; (Sophocle, &lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt;, 130, p. 648).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est une premi&#232;re version d'un article ensuite publi&#233; dans &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Psychologie-de-la-violence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Psychologie de la violence&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, (sous la dir. de Christophe Bormans et Guy Massat), &#201;d. Studyrama, Paris, pp. 128-144.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; FREUD Sigmund, &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, Petite Biblioth&#232;que Payot, 1965.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; FREUD Sigmund, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; H&#201;SIODE, &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/961-La-Theogonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ogonie&lt;/a&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; JUNG C. G., &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, Georg, Zurich, 1993.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LACAN Jacques, &#171; La famille &#187;, &lt;i&gt;Encyclop&#233;die fran&#231;aise&lt;/i&gt;, t. 8.40.3-16 et 42.1-8, Larousse, Paris, 1938.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LACAN Jacques, &#171; Intervention sur l'expos&#233; de D. Lagache &#8220;Deuil et m&#233;lancolie&#8221; &#224; la Soci&#233;t&#233; Psychanalytique de paris &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de psychanalyse&lt;/i&gt;, 1938, tome X n&#176; 3, pp. 564-565.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LACAN Jacques, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; MELMAN Charles, &lt;i&gt;L'Homme sans gravit&#233;&lt;/i&gt;, Deno&#235;l, 2002.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; SOPHOCLE, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/-rubrique46-.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#338;dipe Roi&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gen&#232;se de la violence et violence de la Gen&#232;se</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Genese-de-la-violence-et-violence.html</link>
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		<dc:date>2007-01-08T10:23:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Lacan</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Au sortir du paradis terrestre (sevrage, ablactation), Ca&#239;n, le premier n&#233;, est surpris par l'image de son fr&#232;re nouveau-n&#233;, Abel, attach&#233; &#224; la mamelle de la m&#232;re de tous les hommes, Eve : &#8220;Elle enfanta encore son fr&#232;re Abel&#8221; (4,2). Le regard de l'&#201;ternel sur cette offrande est regard de la m&#232;re sur cet enfant auquel elle offre son sein, image qui r&#233;active une chute, dont la Gen&#232;se t&#233;moigne du caract&#232;re par trop pr&#233;cipit&#233; et ravageur. Au sortir de l'Eden, Ca&#239;n est litt&#233;ralement &#8220;surpris par l'intrus dans le d&#233;sarroi du sevrage&#8221;, et tel l'enfant observ&#233; par saint Augustin, &#8220;il le r&#233;active sans cesse &#224; son spectacle&#8221;. Il r&#233;gresse imm&#233;diatement et &#8220;r&#233;agit&#8221; rapidement &#8220;par la destruction imaginaire du monstre&#8221; qui n'est autre que le simple reflet invers&#233; de son propre d&#233;sir, renvoyant ainsi Abel et l'inceste consomm&#233; dans les profondeurs des entrailles d'o&#249; il sort, celles de &#8220;la terre qui a ouvert sa bouche&#8221; comme le pr&#233;cisent les &#201;critures (4,11). Ca&#239;n, d&#233;sormais &#8220;errant&#8221; et &#8220;vagabond sur la terre&#8221;, est condamn&#233; - telle une fourmi sur la surface topologique -, &#224; ne jamais pouvoir y entrer si ce n'est qu'&#224; sa propre mort ; il inaugure par l&#224; m&#234;me le prototype du fantasme et de la culpabilit&#233; obsessionnelle.&lt;br /&gt;
Ce que nous enseigne tout aussi bien la Gen&#232;se que la lettre lacanienne, c'est que &#8220;la jalousie humaine&#8221;, en formant son objet, &#8220;se r&#233;v&#232;le comme l'arch&#233;type des sentiments sociaux&#8221;. L'&#233;ternel &#8220;Faisons l'homme &#224; notre image, selon notre ressemblance&#8221; ou &#8220;le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu'elle nous est r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'exp&#233;rience psychanalytique&#8221;, signifie que la confrontation au d&#233;sir incestueux (ou imago maternelle) est non seulement incontournable, mais surtout qu'elle r&#233;v&#232;le la violence inaugurale et constitutive du sujet de l'inconscient. &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;Gen&#232;se de la violence et violence de la Gen&#232;se&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton73-0208b.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;GEN&#200;SE DE LA VIOLENCE&lt;br /&gt;
ET VIOLENCE DE LA GEN&#200;SE&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au commencement &#233;tait l'acte &#187;, fait &#233;crire Goethe &#224; Faust, substituant ainsi le myst&#232;re du Verbe de l'&#233;vangile de saint Jean par un acte au caract&#232;re non moins myst&#233;rieux. Aspirant en effet &#224; une &#171; r&#233;v&#233;lation, qui nulle part ne brille d'un &#233;clat plus pur et plus beau que dans le Nouveau Testament &#187;, le jeune Faust, entrant dans le cabinet d'&#233;tude avec le barbet, ouvre le texte et se propose &#171; de traduire le saint original dans la langue allemande &#187; selon la m&#233;thode psychanalytique de la libre association, c'est-&#224;-dire en s'abandonnant pour une fois &#224; des &#171; impressions na&#239;ves &#187; : &#171; Il est &#233;crit : &#8220;Au commencement &#233;tait le verbe !&#8221; Ici je m'arr&#234;te d&#233;j&#224; ! Qui me soutiendra plus loin ? Il m'est impossible d'estimer assez ce mot, &#8220;le verbe !&#8221; Il faut que je le traduise autrement, si l'esprit daigne m'&#233;clairer. Il est &#233;crit : &#8220;Au commencement &#233;tait l'esprit !&#8221; R&#233;fl&#233;chissons bien sur cette premi&#232;re ligne, et que la plume ne se h&#226;te pas trop ! Est-ce bien l'esprit qui cr&#233;e et conserve tout ? Il devrait y avoir : Au commencement &#233;tait la force ! Cependant tout en &#233;crivant ceci, quelque chose me dit que je ne dois pas m'arr&#234;ter &#224; ce sens. L'esprit m'&#233;claire enfin ! L'inspiration descend sur moi, et j'&#233;cris consol&#233; : &#8220;Au commencement &#233;tait l'acte !&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Im Anfang war die Tat ! &#187;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Acte &#187; provient de la racine indo-europ&#233;enne &lt;i&gt;ag&lt;/i&gt;, qui signifie pousser devant soi. Cette signification premi&#232;re, identique au verbe latin &lt;i&gt;agere&lt;/i&gt;, signifiera plus tard &#171; s'occuper &#187; et &#171; agir &#187;, et donne &#233;galement en fran&#231;ais &#171; acte &#187;. Le verbe, l'acte, la force : pourquoi ne pas entendre cette libre association de Faust comme une invite &#224; nouer ces trois dimensions ? La force de l'acte de parole est au commencement de toute chose. Ainsi est &#233;crit dans la Gen&#232;se : &#171; Le Seigneur Dieu forma donc l'homme du limon de la terre ; Il souffla sur son visage un souffle de vie, et l'homme devint vivant et anim&#233; &#187; (Gen&#232;se 2,7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le souffle de la parole, la force de l'acte de parole est &#224; l'origine de l'homme, de la pulsion de vie, la violence se donne alors &#224; entendre imm&#233;diatement comme &#233;chec de la parole. Ainsi Ca&#239;n, au moment m&#234;me o&#249; il va pour adresser la parole &#224; son fr&#232;re Abel, se jette sur lui et le tue (4,8). La Gen&#232;se condense ainsi toute la probl&#233;matique de la violence : &#224; l'&#233;chec du verbe, sans la parole cr&#233;atrice de la vie, la force et l'action ne peuvent que s'allier dans une pulsion destructrice qui est pulsion de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'autres meurtres sont ensuite commis dans la Gen&#232;se, nul autre que ce meurtre primitif, ce meurtre premier, n'illustre mieux la violence &#224; l'oeuvre dans l'&#201;criture. Mais comment expliquer la gen&#232;se de ce meurtre ? L'ex&#233;g&#232;se en donne une interpr&#233;tation comme cons&#233;quence du p&#233;ch&#233; originel : ayant go&#251;t&#233; au fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, les hommes partageraient d&#233;sormais leurs actions en mauvaises et bienfaisantes. La suite logique est que, confront&#233; pour la premi&#232;re fois en acte &#224; ces deux p&#244;les, Ca&#239;n s'engage dans une mauvaise voie. Charge &#224; sa descendance de purger ensuite le p&#233;ch&#233; et de ne plus recommencer. L'explication est classique et ravie la psychologie moderne : elle est de bonne facture comportementaliste. Cependant, la lettre de l'&#201;criture est beaucoup plus riche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison en est que si l'on d&#233;chiffre &#224; la lettre l'acte de Ca&#239;n dans sa corr&#233;lation au p&#233;ch&#233; originel, cette explication masque un motif inconscient que chaque sujet est &#224; m&#234;me de retrouver dans sa propre structure psychique. S'y r&#233;v&#232;le l'enfant cach&#233; de la Gen&#232;se, l'enfant phallique refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient. C'est ce motif que nous allons expliciter, non pas tant ici en r&#233;f&#233;rence au mythe parricide freudien du m&#226;le de la horde primitive, qu'au stade du miroir de la formalisation lacanienne, que ce premier fratricide illustre magnifiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rappellerons dans un premier temps les tenants et les aboutissants bibliques du meurtre, puis, dans un second temps, il s'agira d'interpr&#233;ter comment le p&#233;ch&#233; originel et la chute du paradis avaient pr&#233;par&#233; &#224; cette confrontation fratricide des deux premiers n&#233;s de l'humanit&#233; mythique : Ca&#239;n et Abel. Enfin, il s'agira de mettre en &#233;vidence combien la formalisation de Jacques Lacan dite du stade du miroir, en faisant appel aux concepts fondamentaux de la psychanalyse comme l'imago, le &#171; fort-da &#187; ou le masochisme primaire, red&#233;couvre dans l'inconscient cette rivalit&#233; violente et fratricide inaugurale du pacte social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'instant du regard : le crime de Ca&#239;n&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons tout d'abord l'acte en lui-m&#234;me. C'est au chapitre quatre de la Gen&#232;se que Ca&#239;n commet son crime. Celui-ci peut &#234;tre compris comme une succession de trois temps logiques : le temps du regard, le temps pour comprendre et le moment de conclure. Puis, apr&#232;s coup, deux mouvements refoulent l'acte : inconsciemment d'abord, puisque le crime revient sous la forme hallucin&#233;e d'une question pos&#233;e par une voix (celle de l'&#201;ternel), puis consciemment ensuite, sous la forme d'un rejet de la faute sur l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le temps du regard&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence par un temps qui est temps du regard. Abel le berger et Ca&#239;n le laboureur font, chacun de leur c&#244;t&#233;, une offrande &#224; l'&#201;ternel : &#171; Au bout de quelque temps, Ca&#239;n fit &#224; l'&#201;ternel une offrande des fruits de la terre ; et Abel, de son c&#244;t&#233;, en fit une des premiers-n&#233;s de son troupeau et de leur graisse. L'&#201;ternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ; mais il ne porta pas un regard favorable sur Ca&#239;n et sur son offrande. Ca&#239;n fut tr&#232;s irrit&#233;, et son visage fut abattu &#187; (4,3-5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette asym&#233;trie du regard de l'&#201;ternel sur les offrandes respectives des deux fr&#232;res irrite Ca&#239;n, c'est-&#224;-dire le fait se lever et s'&#233;lancer vers la col&#232;re. Le temps pour comprendre qui succ&#232;de au temps du regard est d&#233;j&#224; bien entam&#233;, lorsque l'&#201;ternel tente d'expliquer &#224; Ca&#239;n le d&#233;sir et ses avatars : &#171; Et l'&#201;ternel dit &#224; Ca&#239;n : Pourquoi es-tu irrit&#233;, et pourquoi ton visage est-il abattu ? Certainement, si tu agis bien, tu rel&#232;veras ton visage, et si tu agis mal, le p&#233;ch&#233; se couche &#224; la porte, et ses d&#233;sirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui &#187; (4,6-7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;chec de ce moment pour comprendre. Ca&#239;n n'a pas acc&#232;s &#224; son d&#233;sir, il est en de&#231;&#224;. L'instant du regard le pr&#233;cipite dans un moment de conclure anticipatoire et d&#233;sastreux : &#171; Cependant, Ca&#239;n adressa la &lt;br class='autobr' /&gt;
parole &#224; son fr&#232;re Abel ; mais, comme ils &#233;taient dans les champs, Ca&#239;n se jeta sur son fr&#232;re Abel, et le tua &#187; (4,8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le refoulement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se donne alors &#224; entendre le refoulement, qui perp&#233;tue l'&#233;chec de la parole. Mais observons bien que le retour de refoul&#233; inconscient pr&#233;c&#232;de le refoulement au sens conscient du terme, qui lui est le fait de Ca&#239;n. Dans un premier temps, en effet, c'est la question : &#171; O&#249; est ton fr&#232;re Abel ? &#187; (4.9). Cette parole est retour du refoul&#233; car elle se donne &#224; entendre &#224; Ca&#239;n, sous la forme d'une voix hallucin&#233;e, celle de l'&#201;ternel. Ce &#171; O&#249; est ton fr&#232;re &#187;, n'est pas sans rappeler le &#171; O&#249; es-tu ? &#187; que l'&#201;ternel adresse &#224; Adam, apr&#232;s que celui-ci ait mang&#233; la pomme. C'est alors qu'Abel prend &#224; son compte le refoulement en esquivant la question et en r&#233;pondant : &#171; Je ne sais pas ; suis-je le gardien de mon fr&#232;re ? &#187; (4,9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'irr&#233;parable est d&#233;j&#224; commis, c'est n&#233;anmoins le refoulement qui devient ici le v&#233;ritable crime et qui va poursuivre d&#233;sormais Ca&#239;n : &#171; Et Dieu dit : Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton fr&#232;re crie de la terre jusqu'&#224; moi &#187; (4,10). La voix du sang fait retour, poursuit Ca&#239;n, qui d&#233;sormais a peur de subir le m&#234;me ch&#226;timent, peur d'&#234;tre tu&#233; : &#171; Quiconque me trouvera me tuera &#187; (4.14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier temps fondateur - et qui reste toujours incompr&#233;hensible pour Ca&#239;n - fait alors retour, c'est le temps du regard : &#171; L'oeil &#233;tait dans la tombe et regardait Ca&#239;n &#187; (Victor Hugo). Il n'est d&#232;s lors pas difficile de reconna&#238;tre avec C. G. Jung que, derri&#232;re ce motif de l'oeil d'un dieu vengeur, se cachent &#171; les traits du p&#232;re effrayant dont la col&#232;re poursuit &#187; (Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, pp. 122-125).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le signifiant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons que ce refoulement n'est nullement annulable par le ch&#226;timent. Bien au contraire, le ch&#226;timent le perp&#233;tue en tentant d'en effacer la trace. Car, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, le ch&#226;timent subit par Ca&#239;n est doublement curieux. Non seulement l'&#201;ternel va prot&#233;ger Ca&#239;n, mais, en outre, il lui r&#233;serve la place qu'il avait r&#233;serv&#233;e &#224; Abel : &#171; L'&#201;ternel lui dit : si quelqu'un tuait Ca&#239;n, Ca&#239;n serait veng&#233; sept fois. Et l'&#201;ternel mit un signe sur Ca&#239;n pour que quiconque le trouverait ne le tu&#226;t point &#187; (4.15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que Ca&#239;n r&#233;ussit &#224; se prot&#233;ger, il est justement stigmatis&#233; par cette protection (ce &#171; signe &#187; mit par l'&#201;ternel sur Ca&#239;n). La trace du crime effac&#233;e par le pardon se perp&#233;tue d&#232;s lors comme pur signifiant. Ce qui est convoqu&#233; par Ca&#239;n pour le prot&#233;ger sert justement &#224; sa perte, puisque cette trace effac&#233;e par le pardon &#171; signe &#187; d&#233;sormais sa faute sur une autre sc&#232;ne, comme disait Freud, sur laquelle sans cesse lui sera rem&#233;mor&#233; son crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca&#239;n est condamn&#233; &#224; errer comme un vagabond : &#171; Maintenant, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton fr&#232;re. Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus sa richesse. Tu seras errant et vagabond sur la terre &#187; (11-12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons cependant que si le ch&#226;timent consiste &#224; ne plus pouvoir &#234;tre cultivateur (le sol ne donnera plus de richesse) et d'&#234;tre condamn&#233; &#224; errer (c'est-&#224;-dire &#224; &#234;tre pasteur), il l&#233;gitime alors pleinement le motif du crime puisque Ca&#239;n &#233;tait laboureur et Abel berger. En confortant Ca&#239;n en lieu et place d'Abel, ce ch&#226;timent en forme de pardon est l&#224; pour lui rappeler le crime et ses motifs. Ainsi Ca&#239;n peut le juger &#171; trop grand pour &#234;tre support&#233; &#187; (4,13).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps pour comprendre :&lt;br /&gt;
la chute du paradis terrestre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que le meurtre soit fondateur, n'est-ce pas l&#224; la d&#233;couverte que Freud nous proposait dans son c&#233;l&#232;bre Totem et Tabou ? Ind&#233;niablement, bien qu'un d&#233;placement ce soit ici faufil&#233; entre le mythe freudien et le mythe biblique. Dans le mythe freudien, le meurtre est commis sur le p&#232;re et les fils s'entendent ensuite pour le pacte civilisateur, tandis que dans le mythe biblique, le meurtre est commis sur le fr&#232;re, et le p&#232;re donne ensuite sa &#171; b&#233;n&#233;diction &#187; au fils pour fonder la civilisation moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la civilisation n'&#233;chappe pas au meurtre fondateur (Freud et les &#233;critures saintes semblent s'accorder sur ce point), quel est le v&#233;ritable mobile du crime ? Un regard ? Un regard, certes, mais en quoi ce regard est-il ravageur ? En quoi ce regard a-t-il des effets aussi d&#233;vastateurs sur celui qui en subit la c&#233;cit&#233; ? C'est que ce regard marque l'incompl&#233;tude de l'homme par rapport &#224; sa propre image. C'est le pas que Lacan fait faire &#224; notre &#233;coute des formations de l'inconscient. L&#224; o&#249; Freud interpr&#232;te la face cach&#233;e du meurtre en &#233;quivalence du d&#233;sir incestueux, Lacan va confirmer l'interpr&#233;tation sans pour autant faire appel au mythe de la horde primitive, mais &#224; sa formalisation du stade du miroir, suivant en cela saint Augustin &#224; la lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le comprendre, il nous faut encore une fois en revenir au commencement, c'est-&#224;-dire au p&#233;ch&#233; originel. C'est l&#224; que le v&#233;ritable motif du meurtre de Ca&#239;n se donne &#224; entendre et se laisse d&#233;voiler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Faisons l'homme &#224; notre image&lt;/i&gt; &#187; (Gen&#232;se 1,26)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me jour (1,23), apr&#232;s que la terre a produit des animaux vivants selon leur esp&#232;ce (1,23), les animaux terrestres, Dieu cr&#233;a l'homme : &#171; Puis Dieu dit : Faisons l'homme &#224; notre image, selon notre ressemblance &#187; (1,26), pour &#171; qu'il domine sur les animaux terrestres &#187; (1,26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il conclure de ce c&#233;l&#232;bre verset que Dieu est &#224; l'image de l'homme ? Certainement pas, cela n'est nullement d&#233;ductible de la proposition biblique verset 26 du premier chapitre de la Gen&#232;se. Ce qui est seulement &#224; entendre, mais ce n'est pas rien, c'est que : l'homme semble sans cesse pr&#233;c&#233;der par son image. Qu'est-ce &#224; dire ? Des pr&#233;cisions sont apport&#233;es un peu plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que tout a &#233;t&#233; achev&#233;, au septi&#232;me jour, on sait en effet que Dieu se repose de son oeuvre. Cependant, comme dans un brusque &#171; flash-back &#187;, le deuxi&#232;me chapitre de Gen&#232;se entame alors la narration d&#233;taill&#233;e de la cr&#233;ation de l'homme : une vapeur (2,6) s'&#233;l&#232;ve de la terre, arrose toute sa surface, et Dieu peut alors cr&#233;er l'homme en lui soufflant dans les narines &#171; un souffle de vie &#187; (2,7). L'&#201;ternel le met dans le jardin d'Eden qu'il avait plant&#233; &#224; cet effet &#224; l'orient, au sein duquel reposaient trois arbres : d'abord un arbre de toute esp&#232;ce, agr&#233;able &#224; voir, et dont les fruits &#233;taient &#171; bons &#224; manger &#187;, puis &#171; l'arbre de la vie &#187; (au milieu du jardin), et enfin &#171; l'arbre de la connaissance du bien et du mal &#187; (2,9). On se souvient que l'ordre donn&#233; par l'&#201;ternel &#224; l'homme est celui de ne pas manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal : &#171; L'&#201;ternel Dieu donna cet ordre &#224; l'homme : Tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour o&#249; tu en mangeras, tu mourras &#187; (2, 16-17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que l'&#201;ternel se fait cette r&#233;flexion : &#171; Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable &#224; lui &#187; (2,18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Eros, celui qui rompt les membres&lt;/i&gt; &#187; (H&#233;siode)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plongeant dans un &#171; profond sommeil &#187; (sorte d'hypnose), l'&#201;ternel op&#233;ra l'homme, &#171; prit une de ses c&#244;tes &#187;, et &#171; referma la chair &#224; sa place &#187; (2, 23). Avec cette c&#244;te, &#171; l'&#201;ternel Dieu forma une femme &#187;, et la pr&#233;senta &#224; l'homme (2,22) : &#171; Et l'homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! on l'appellera femme, parce qu'elle a &#233;t&#233; prise de l'homme &#187; (2,23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si pour H&#233;siode et la mythologie grecque, Eros, le Dieu de l'Amour, est d'abord celui qui rompt les membres, il a, on le voit, son pendant dans la mythologie biblique, puisque c'est apr&#232;s s'&#234;tre vu briser les os que l'homme conna&#238;t l'amour de la femme. Cet arrachement devra sans cesse &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;, puisqu'il est rappel&#233; dans la foul&#233;e que l'homme devra sans cesse renouveler cet arrachement et quitter son p&#232;re et sa m&#232;re, pour retrouver sa femme : &#171; C'est pourquoi l'homme quittera son p&#232;re et sa m&#232;re, et s'attachera &#224; sa femme, et ils deviendront une seule chair &#187; (2,24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la r&#233;f&#233;rence au mythe de Platon d'un &#234;tre unique &#224; l'origine que Zeus aurait s&#233;par&#233; en deux, et dont les deux moiti&#233;s n'auraient ensuite de cesse de s'accoupler, ce qu'il nous faut entendre ici, c'est que cet acte d'arrachement, de l'homme &#224; la terre, de la c&#244;te &#224; l'homme, de la femme &#224; la c&#244;te, etc., pr&#233;c&#232;de qu'on le veuille ou non toute sexualit&#233; : &#171; [...] Dieu leur dit : Soyez f&#233;conds, multipliez, remplissez la terre [...] &#187; (1,28).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'enfant cach&#233; de la Gen&#232;se&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le serpent, qui &#233;tait le plus rus&#233; de tous les animaux (3,1), proposa alors &#224; la femme de manger le fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, soudaine condensation de l'arbre de la vie et de l'arbre de la connaissance bien et du mal. Comment s'y prend-il ? &#171; Vous ne mourrez point &#187; (3,4), lui dit-il. Puis il s'empresse de pr&#233;ciser : &#171; Le jour o&#249; vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront &#187; (3,15), et &#171; vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal &#187; (3,15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme et la femme, qui ne s'appelaient pas encore Adam et &#200;ve, mang&#232;rent du fruit de l'arbre d&#233;fendu (3,6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que, jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#171; l'homme et sa femme &#233;taient tous deux nus &#187;, et n'en avaient point honte (2,25), &#171; les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils &#233;taient nus &#187; (3,7), et ils y rem&#233;di&#232;rent cousant des feuilles de figuier pour s'en faire des &#171; ceintures &#187; (3,7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous ici, c'est le moment d'interpr&#233;ter. Dans une lettre &#224; Jung, dat&#233;e du 17 d&#233;cembre 1911, Freud invite son correspondant &#224; comprendre le mythe de la Gen&#232;se comme une &#171; mis&#233;rable d&#233;figuration tendancieuse d'un apprenti pr&#234;tre &#187;, qui, comme dans un r&#234;ve, aurait &#171; condens&#233; en un r&#233;cit deux sources diff&#233;rentes &#187;. Ainsi s'expliquerait selon lui, par exemple, la confusion entre les deux arbres : &#171; Il n'est pas impossible que les deux arbres sacr&#233;s viennent de ce que dans chacun des &#233;crits qui lui ont servi de sources, il a trouv&#233; un arbre &#187; (S. Freud et C. G. Jung, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, 1906-1914, Gallimard, Paris, 1992). Mais, plus g&#233;n&#233;ralement, Freud d&#233;fend la proposition selon laquelle le mythe de la Gen&#232;se ne relate que des formes &#171; manifestes &#187; de motifs mythologiques, qui ne sont pas directement utilisables pour des r&#233;sultats psychanalytiques. Seules leurs formes latentes et originelles sont v&#233;ritablement exploitables du point de vue de l'inconscient, ce qui n'est accessible que par un travail d'&#233;laboration et de comparaison avec d'autres mythes, afin d'&#233;carter les d&#233;figurations grossi&#232;res que ces motifs ont subies au cours du processus de civilisation et de d&#233;veloppement des mythes. &#192; suivre Freud sur cette voie d'interpr&#233;tation, la s&#233;quence ci-dessus se fait entendre selon un ordre logique qui n'est pas sans nous rappeler quelques &#233;vidences : Dieu vient d'inciter l'homme et la femme &#224; se multiplier, puis un fruit est cueilli, et enfin des yeux s'ouvrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t clairement que ce fruit qui chute de l'arbre de la vie doit ici se comprendre comme une m&#233;taphore : celle d'un enfant qui vient de na&#238;tre et dont les yeux s'ouvrent &#224; la vie. Qu'&#233;voque donc ce serpent fantaisiste, ce serpent qui rampe, si ce n'est le premier r&#233;flexe du nourrisson, celui du &#171; fouissement &#187;, o&#249; le nouveau n&#233; rampe sur le ventre de sa m&#232;re afin de venir &#171; automatiquement &#187; se sustenter jusqu'au sein ? Ce r&#233;flexe fait partie de ce que l'on appelle les r&#233;flexes &#171; archa&#239;ques &#187; du nourrisson, lesquels apparaissent d&#232;s la naissance, pour dispara&#238;tre ensuite. Ils sont au nombre de quatre. Tout d'abord, le r&#233;flexe dit de Moro ou r&#233;flexe d'embrassement : les bras s'&#233;cartent sym&#233;triquement et se rejoignent. Ensuite, le r&#233;flexe de redressement et de marche automatique : &#224; une pression plantaire, l'enfant r&#233;agit en se redressant. En troisi&#232;me lieu, le &lt;i&gt;grasping&lt;/i&gt;, o&#249; la stimulation de la paume de la main entra&#238;ne une flexion des doigts et un agrippement. Enfin, celui que nous venons d'&#233;voquer, le r&#233;flexe de fouissement, c'est-&#224;-dire le r&#233;flexe de recherche et d'orientation vers le sein, lequel est d'ailleurs suivi des r&#233;flexes de succion et de d&#233;glutition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;flexes ont certes une valeur adaptatrice importante (leur absence est signe d'immaturit&#233;), mais une valeur qui est purement &lt;br class='autobr' /&gt;
fonctionnelle puisqu'ils disparaissent ensuite rapidement, cette disparition m&#234;me signant l'&#233;volution d'une bonne maturation. Cependant, en comparant l'ensemble de ces r&#233;flexes archa&#239;ques &#224; la s&#233;quence biblique, le fruit d&#233;fendu pr&#233;sente une &#233;trange ressemblance avec le sein maternel, et le serpent avec l'enfant lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons en effet interpr&#233;ter le p&#233;ch&#233; originel comme une condensation des quatre r&#233;flexes archa&#239;ques du nourrisson. Dans le fait de s'&#233;lever pour cueillir le fuit d'abord, qui repr&#233;sente ici le r&#233;flexe de redressement (ne voit-on pas, sur bon nombre de repr&#233;sentations et gravures, le serpent debout au pied de l'arbre d&#233;fendu ?) Dans l'acte lui-m&#234;me de cueillir ce fruit, ensuite, o&#249; se condensent les r&#233;flexes d'embrassement et d'agrippement. Quant au fruit que l'enfant souhaite cueillir apr&#232;s avoir ramp&#233; comme un serpent sur le ventre de sa m&#232;re (r&#233;flexe du &#171; fouissement &#187;), il se substitue pleinement dans ce contexte au sein maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;O&#249; es-tu ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que de cette mani&#232;re que l'on peut comprendre le fameux &#171; O&#249; es-tu ? &#187; (3,9) que l'&#201;ternel adresse &#224; l'homme. Car si l'&#201;ternel voit tout, on est en droit de se demander pourquoi il demande &#224; l'homme o&#249; il est : &#171; Mais l'&#201;ternel Dieu appela l'homme, et lui dit : O&#249; es-tu ? Il r&#233;pondit : J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis cach&#233;. Et l'&#201;ternel Dieu dit : Qui t'a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mang&#233; de l'arbre dont je t'avais d&#233;fendu de manger ? L'homme r&#233;pondit : La femme que tu as mise aupr&#232;s de moi m'a donn&#233; de l'arbre, et j'en ai mang&#233;. Et l'&#201;ternel Dieu dit &#224; la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? La femme r&#233;pondit : Le serpent m'a s&#233;duite, et j'en ai mang&#233; &#187; (3, 9-13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le motif classique de la femme apparaissant comme la s&#233;ductrice de l'homme, &#224; qui elle donnerait la pomme &#224; manger, para&#238;t un peu court eu &#233;gard au foisonnement mythologique. Dans sa lettre &#224; Jung, Freud lui confie que Otto Rank l'a rendu attentif au fait qu'il pourrait s'agir ici, dans le mythe de la Gen&#232;se, d'une simple inversion de motif : &#171; Alors la chose serait claire ; Eve serait la m&#232;re dont na&#238;t Adam, et nous nous trouverions devant l'inceste maternel qui nous est familier, dont la punition, etc. Tout aussi &#233;trange est ce trait que la femme donne &#224; l'homme quelque chose de f&#233;condant (une grenade) &#224; manger. En revanche, invers&#233;, cela est &#224; nouveau quelque chose de connu. Que l'homme donne &#224; la femme un fruit &#224; manger, c'est une vieille c&#233;r&#233;monie de mariage (cf. encore la fa&#231;on dont Proserpine doit rester dans l'Had&#232;s comme &#233;pouse de Pluton) &#187; (Freud &#224; Jung, 17 d&#233;cembre 1911).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans remettre radicalement en cause cette interpr&#233;tation, il est selon nous plus simple ici d'envisager que le fruit donn&#233; par la femme &#224; l'homme est tout simplement un enfant et qu'ainsi l'&#233;quation donn&#233;e plus haut se laisse r&#233;soudre selon l'&#233;quivalence : serpent = enfant = fruit = sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, &#224; la m&#234;me &#233;poque, C. G. Jung va plus loin dans la mise en &lt;br class='autobr' /&gt;
perspective de cette &#233;quation entre le fruit de l'arbre et le sein maternel. Dans &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, il insiste en effet longuement sur le caract&#232;re maternel du bois en g&#233;n&#233;ral et de l'arbre de vie en particulier : &#171; L'arbre de vie est en premier lieu sans doute un arbre g&#233;n&#233;alogique portant des fruits, donc une sorte de m&#232;re des g&#233;n&#233;rations. De nombreux mythes font descendre les hommes des arbres, beaucoup repr&#233;sentent le h&#233;ros enferm&#233; dans l'arbre maternel : ainsi Osiris mort dans la bruy&#232;re ; Adonis, dans la myrrhe, etc. De nombreuses divinit&#233;s f&#233;minines &#233;taient v&#233;n&#233;r&#233;es sous formes d'arbres : d'o&#249; le culte des bois et des arbres sacr&#233;s. Il est par cons&#233;quent compr&#233;hensible que &lt;br class='autobr' /&gt;
ce soit sous un pin qu'Attis s'&#233;mascule : cela signifie qu'il le fait &#224; cause de sa m&#232;re - ou en relation avec elle. La Junon de Thespie &#233;tait une branche d'arbre ; celle de Samos, une planche ; celle d'Argos, une colonne ; la Diane de Carie, un morceau de bois mal d&#233;grossi ; l'Ath&#233;n&#233;e de Lindus, une colonne polie. Tertullien appelle la C&#233;r&#232;s de Pharos : &#8220;&lt;i&gt;rudis palus et informe lignum sine effigie&lt;/i&gt;&#8221;. Athenaeus remarque au sujet de la Latone de D&#233;los qu'elle est un (...), un morceau de bois informe. Tertullien nomme une Pallas attique : &#8220;&lt;i&gt;crucis stipes&lt;/i&gt;&#8221;, pieu en forme de croix (ou m&#226;t). Le simple pilier de bois est phallique, comme l'indique d&#233;j&#224; le nom (&lt;i&gt;Pfahl&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;palus&lt;/i&gt;, etc.) &#187; (C. G. Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fruit de l'arbre repr&#233;sentant le sein maternel est, selon l'expression de Jung, &#171; symbole de libido &#187;. C'est-&#224;-dire que le fruit, le sein maternel, repr&#233;sente &#171; la libido du fils dont l'objet fut jadis la m&#232;re &#187; (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, p. 375). En ce sens, l'insistance sur le fruit signe la r&#233;sistance du fils &#224; d&#233;tacher sa libido de l'imago maternelle, signe la permanence et la souffrance du d&#233;sir incestueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; retenir ce motif d'&#233;quivalence entre l'arbre et le sein de la m&#232;re, le fameux &#171; O&#249; es-tu &#187; de l'&#201;ternel se donne ainsi &#224; entendre d'une mani&#232;re quelque peu diff&#233;rente ; il ne s'adresse pas tant &#224; l'homme &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; son fils premier-n&#233; : Ca&#239;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'ablactation ou la chute du paradis terrestre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; o&#249; es-tu ? &#187;, n'est pas tant une interrogation qu'une exclamation, une interpellation : tu en es encore l&#224;, au sein de ta m&#232;re ! C'est bien l'enfant (serpent) qui est ici sevr&#233; en &#233;tant maudit &#224; se rappeler le fouissement : &#171; L'&#201;ternel Dieu dit au serpent : Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le b&#233;tail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussi&#232;re tous les jours de ta vie &#187; (3,14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; jamais grav&#233;e dans la fameuse &#233;nigme de la Sphinge que r&#233;sout &#338;dipe en r&#233;v&#233;lant que l'homme est d'abord celui qui marche &#224; quatre pattes, cette naissance premi&#232;re et idyllique ne sera plus : &#171; Il dit &#224; la femme : J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur &#187; (3,16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inimiti&#233; est alors jet&#233;e sur l'enfant, sur la post&#233;rit&#233; de l'homme : &#171; Je mettrai inimiti&#233; entre toi et la femme, entre ta post&#233;rit&#233; et sa post&#233;rit&#233; : celle-ci t'&#233;crasera la t&#234;te, et tu lui blesseras le talon &#187; (3,15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'homme, on le sait, il devra travailler : &#171; Il dit &#224; l'homme : Puisque tu as &#233;cout&#233; la voix de ta femme, et que tu as mang&#233; de l'arbre au sujet duquel je t'avais donn&#233; cet ordre : Tu n'en mangeras point ! le sol sera maudit &#224; cause de toi. C'est &#224; force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des &#233;pines et des ronces, et tu mangeras de l'herbe des champs. C'est &#224; la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'&#224; ce que tu retournes dans la terre, d'o&#249; tu as &#233;t&#233; pris ; car tu es poussi&#232;re, et tu retourneras dans la poussi&#232;re &#187; (3,17-20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se de la naissance est alors confirm&#233;e par la nomination &lt;br class='autobr' /&gt;
d'Adam et d'&#200;ve, qui jusque-l&#224; n'avaient pas de nom, et par le statut d'&#200;ve en tant que m&#232;re, qui est alors ent&#233;rin&#233; : &#171; Adam donna &#224; sa femme le nom d'&#200;ve : car elle a &#233;t&#233; la m&#232;re de tous les vivants &#187; (3,20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;criture peut alors revenir sur l'hypoth&#232;se de la consommation du fruit de l'arbre de la connaissance, et sous-entend que le fruit mang&#233; aurait &#233;t&#233; le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal : &#171; L'&#201;ternel Dieu dit : Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Emp&#234;chons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre &#233;ternellement &#187; (3,22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, la chute du paradis terrestre, qui ne doit pas tant s'entendre au sens conscient d'une cons&#233;quence d'un p&#233;ch&#233; quelconque, que comme l'ablactation pr&#233;matur&#233;e du petit de l'homme. L'embl&#232;me de l'Eden, immortalis&#233; par les ch&#233;rubins et leur &#233;p&#233;e flamboyante, condense alors toute la probl&#233;matique de l'enfant (ch&#233;rubin) et de sa coupure (l'&#233;p&#233;e) du sein maternel : &#171; Et l'&#201;ternel Dieu le chassa du jardin d'Eden, pour qu'il cultiv&#226;t la terre, d'o&#249; il avait &#233;t&#233; pris. C'est ainsi qu'il chassa Adam ; et il mit &#224; l'orient du jardin d'Eden les ch&#233;rubins qui agitent une &#233;p&#233;e flamboyante, pour garder le chemin de l'arbre de vie &#187; (3,23-24).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le moment de conclure :&lt;br /&gt;
le fratricide stade du miroir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; On trouverait difficilement une &lt;i&gt;nursery&lt;/i&gt; sans conflits violents entre ses habitants &#187;, &#233;crit Freud dans ses conf&#233;rences d'introduction &#224; la psychanalyse. La principale raison de ces conflits, Freud la trouve dans le d&#233;sir de chacun de monopoliser &#224; son profit l'amour des parents. Dans ces conditions, les sentiments hostiles se portent d'abord sur les fr&#232;res et les soeurs, pr&#233;cise-t-il. Et l'Eden comme premi&#232;re &lt;i&gt;nursery&lt;/i&gt; n'y fait pas exception. C'est &#224; la lumi&#232;re de cette r&#232;gle freudienne &#233;l&#233;mentaire que doit se comprendre le meurtre d'Abel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca&#239;n est le premier-n&#233; con&#231;u dans le paradis terrestre. C'est lui qui, &lt;br class='autobr' /&gt;
avant tout, en a &#233;t&#233; chass&#233;. Cette image idyllique de l'enfant au paradis - de l'enfant au sein de la m&#232;re -, elle le hantera partout comme un oeil qui le regarde. &#192; commencer par la naissance de son fr&#232;re, Abel, qui r&#233;active cette imago maternelle &#224; laquelle il ne peut mesurer que son incompl&#233;tude, son d&#233;sir dans toute son ali&#233;nation. C'est l&#224; toute l'originalit&#233; de la th&#232;se lacanienne, laquelle s'affirme d&#232;s 1938 dans un article sur la famille et son fameux &#171; stade du miroir &#187;. Revisitant la th&#232;se d'Henri Wallon (&lt;i&gt;Les Origines du caract&#232;re chez l'enfant&lt;/i&gt;, &#233;ditions Boivin et Cie, Paris, 1934, pp. 190-207), Jacques Lacan prend &#224; t&#233;moin saint Augustin. &#171; La faiblesse du corps au premier &#226;ge est innocente, dit saint Augustin, l'&#226;me ne l'est pas &#187; : &#171; Un enfant que j'ai vu et observ&#233; &#233;tait jaloux. Il ne parlait pas encore, et regardait, p&#226;le et farouche, son fr&#232;re de lait. Chose connue ; les m&#232;res et nourrices pr&#233;tendent conjurer ce mal par je ne sais quels enchantements. Mais est-ce innocence dans ce petit &#234;tre, abreuv&#233; &#224; cette source de lait abondamment &#233;panch&#233; de n'y pas souffrir pr&#232;s de lui un fr&#232;re indigent dont ce seul aliment soutient la vie ? &#187; (&lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt;, I, VII).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se fondamentale soutenue conjointement par Lacan et saint Augustin est ici que la rivalit&#233; fraternelle ne doit pas tant s'entendre comme un conflit entre deux individus, que comme un conflit dans chaque sujet, conflit psychique interne issu de la confrontation &#224; cette identification mentale (imago maternelle) constitutive du d&#233;sir incestueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#234;tre qui absorbe est tout absorb&#233; &#187;, &#233;crit Jacques Lacan. Cela semble &#224; premi&#232;re vue paradoxal, que ce soit l'enfant qui t&#232;te qui soit en fait lui-m&#234;me absorb&#233;. Cette absorption n'est nullement paradoxale, si l'on comprend qu'&#224; ce stade l'objet du d&#233;sir se confond avec le sujet du d&#233;sir dans le fantasme fondamental constitutif du petit de l'homme. Si, du point de vue du besoin en effet, l'acte porte bien sur l'oralit&#233;, en d'autres termes si, du point de vue corporel, il s'agit bien d'un allaitement, d'un nourrissage, du point de vue du d&#233;sir par contre, cette satisfaction va bien au-del&#224; d'une satisfaction nourrici&#232;re. C'est avant tout une absorption, et qui plus est une absorption &#171; scopique &#187;. Scopique parce que le regard de l'enfant qui t&#232;te croise, se r&#233;fl&#233;chit et se confond avec celui de la m&#232;re, lequel se satisfait lui-m&#234;me de regarder son enfant se satisfaire : &#171; Dans l'allaitement, l'&#233;treinte et la contemplation de l'enfant, la m&#232;re, en m&#234;me temps, re&#231;oit et satisfait le plus primitif de tous les d&#233;sirs (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Regard de regard &#187;, &#171; d&#233;sir de d&#233;sir &#187;, l'on entre ici d'embl&#233;e dans une topologie particuli&#232;re, celle de l'inconscient, qui sp&#233;cifie et oriente toute la structure psychique de l'&#234;tre parlant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'imago maternelle&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'imago a, &#224; l'origine, &#233;t&#233; forg&#233; par C. G. Jung dans son &lt;br class='autobr' /&gt;
article de 1911, &#171; M&#233;tamorphoses et symboles de la libido &#187;. Le terme est emprunt&#233; au roman de Carl Spitteler, Prix Nobel de litt&#233;rature de 1919. D&#232;s cette &#233;poque, Jung entend se diff&#233;rencier de la th&#233;orie freudienne et, notamment, de la notion de complexe trop &#233;troitement associ&#233;e &#224; la notion de d&#233;sir incestueux. Cette notion d'imago, selon Jung, rend en effet mieux compte de la libido inconsciente, laquelle ne saurait en aucun cas se laisser d&#233;finir selon une direction exacte et unique, mais serait bien au contraire multi-directionnelle et conflictuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses ouvrages ult&#233;rieurs, C. G. Jung remplacera le terme &#171; imago &#187; par son fameux concept &#171; arch&#233;type &#187;, exprimant ainsi les caract&#232;res impersonnels et collectifs des motifs qui r&#233;sident dans les couches historiquement les plus profondes de l'inconscient (Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, p. 100). Jung renverse ainsi radicalement la conception freudienne qui accorde la primaut&#233; au d&#233;sir incestueux. Pour Jung, ce d&#233;sir n'est pas premier et la &#171; prohibition de l'inceste &#187; n'a rien de primaire, mais est bien secondaire et ne peut &#234;tre d&#233;finie que d'un strict point de vue social. Le d&#233;sir premier, le but premier, est simple d&#233;sir de redevenir enfant, de retourner sous la protection maternelle. C'est sur la voie de ce d&#233;sir premier que l'enfant rencontre l'inceste, puisqu'un des moyens les plus simples de r&#233;aliser ce d&#233;sir est de revenir dans la m&#232;re pour la f&#233;conder et &#234;tre &#224; nouveau r&#233;-enfant&#233; par elle : &#171; Ce qui est recherch&#233;, ce n'est pas la cohabitation incestueuse, mais la renaissance &#187; (Jung, p. 376). &#171; L'obstacle de la prohibition de l'inceste rend la fantaisie inventive [...]. L'aboutissement du tabou de l'inceste et de ses tentations de transposition, c'est l'exercice de l'imagination qui, peu &#224; peu, en cr&#233;ant des possibilit&#233;s, trace des voies le long desquelles la libido peut s'activer. Elle se trouve ainsi transposer insensiblement en des formes spirituelles &#187; (Jung, p. 376).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement radical permet &#224; Jung de se s&#233;parer compl&#232;tement d'une th&#233;orie sexuelle des n&#233;vroses, ce que l'on a appel&#233; le pansexualisme freudien : &#171; L'absurdit&#233; instinctuelle n&#233;vrotique de l'homme jeune tient donc &#224; une disposition analogue de ses parents et le trouble de sa sph&#232;re sexuelle est un ph&#233;nom&#232;ne secondaire et nullement primaire. Par cons&#233;quent, il n'y a pas de th&#233;orie sexuelle, mais il y a une th&#233;orie psychologique des n&#233;vroses &#187; (Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, p. 2748).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce concept d'imago que part Jacques Lacan pour construire sa formalisation du stade du miroir. Cependant, si pour Jung l'imago est une formation inconsciente purement fantasmatique, sans lien r&#233;el avec le d&#233;sir incestueux, dans sa formalisation, Jacques Lacan lui redonne toute sa dimension &#171; d'apr&#232;s-coup &#187;, c'est-&#224;-dire traumatisante et sexuelle pour le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stade du miroir vient en effet dans un premier temps redoubler ce que Rank qualifiait quant &#224; lui de &#171; traumatisme de la naissance &#187;, c'est-&#224;-dire l'arrachement du nouveau-n&#233; aux entrailles du ventre maternel. En ce sens, Lacan reconna&#238;t que cette ablactation, ce sevrage au sens le plus &#233;troit, &#171; donne son expression psychique, la premi&#232;re et aussi la plus ad&#233;quate, &#224; l'imago plus obscure d'un sevrage plus ancien, plus p&#233;nible et d'une plus grande ampleur vitale : celui qui, &#224; la naissance, s&#233;pare l'enfant de la matrice, s&#233;paration pr&#233;matur&#233;e d'o&#249; provient un malaise que nul soin maternel ne peut compenser &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Lacan reste tr&#232;s critique &#224; l'&#233;gard des th&#232;ses de O. Rank, il insiste cependant &#224; sa mani&#232;re sur la base objective de ce traumatisme qu'il accorde volontiers &#224; la pr&#233;maturation sp&#233;cifique de la naissance chez l'homme : &#171; L'angoisse, dont le prototype appara&#238;t dans l'asphyxie de la naissance, le froid, li&#233; &#224; la nudit&#233; du t&#233;gument, et le malaise labyrinthique auquel r&#233;pond la satisfaction du bercement, organisent par leur triade le ton p&#233;nible de la vie organique qui, pour les meilleurs observateurs, domine les six premiers mois de l'homme. Ces malaises primordiaux ont tous la m&#234;me cause : une insuffisante adaptation &#224; la rupture des conditions d'ambiance et de nutrition qui font l'&#233;quilibre parasitaire de la vie intra-ut&#233;rine &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, et bien au-del&#224; de faire de l'homme &#171; un animal &#224; naissance pr&#233;matur&#233;e &#187;, c'est bien la captation ali&#233;nante de la rencontre avec le d&#233;sir inconscient que vient redoubler et sp&#233;cifier l'imago de l'enfant &#224; la mamelle. Car de m&#234;me que l'arrachement de la c&#244;te d'Adam pr&#233;c&#232;de l'&#233;rotisme de l'homme, l'arrachement du sein maternel laisse subsister dans l'apr&#232;s-coup la trace de l'&#233;rotisme premier o&#249; le d&#233;sir incestueux se r&#233;v&#232;le comme d&#233;sir de l'Autre, et se fige dans l'image de la captation scopique (&#171; Le d&#233;sir inconscient est le d&#233;sir de l'Autre &#187;, Lacan, 1966, p. 632).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que le moi affirme son &#171; identit&#233; &#187;, il se confond avec cette image qui le forme et l'ali&#232;ne. C'est en ce sens, rappelons-le ici, qu'il faut entendre les paroles bibliques selon lesquelles l'&#201;ternel a fait l'homme &#224; son image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la maturation du petit de l'homme ne peut se concevoir que comme une longue suite de sevrages r&#233;p&#233;t&#233;s, dans lesquels ce sevrage primordial sera au fur et &#224; mesure liquid&#233; et son complexe d&#233;pass&#233;. C'est ainsi que se constitue la personnalit&#233; : &#171; tout ach&#232;vement de la personnalit&#233; exige ce nouveau sevrage &#187;. &#192; cet &#233;gard, Lacan rappelle l'id&#233;e h&#233;g&#233;lienne selon laquelle &#171; l'individu qui ne lutte pas pour &#234;tre reconnu hors du groupe familial n'atteint jamais &#224; la personnalit&#233; avant la mort &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Du &#171; fort-da &#187; &#224; l'enfant battu&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ach&#232;vement de la maturit&#233; et le d&#233;passement de ce stade imaginaire ne s'effectuent qu'avec la survenue et la r&#233;solution d'un nouveau complexe, symbolique celui-l&#224; - et nomm&#233;ment le complexe d'&#338;dipe -, un stade est d&#233;j&#224; primordial pour en signer la r&#233;solution anticipatoire, et c'est ce stade que Lacan qualifie du miroir. Mais, plut&#244;t que d'une &#233;volution vers Jung, il s'agit bien plus d'un retour &#224; Freud, dans la description des r&#233;actions et attitudes sp&#233;cifiques que ce conflit r&#233;anime dans chaque sujet, r&#233;actions que Freud avait d&#233;j&#224; observ&#233;es en son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si l'on comprend que le malaise du sevrage humain (ablactation ou chute du paradis terrestre) est la principale source du d&#233;sir de mort, force est de reconna&#238;tre que le d&#233;passement de cette imago, de ce complexe, ne peut s'effectuer que par un passage par ce qu'il faut qualifier de &#171; masochisme primaire &#187;. Masochisme qualifi&#233; ici de &#171; primaire &#187; ou fondamental, dans la mesure o&#249; pour se donner une chance de d&#233;passer l'ali&#233;nation premi&#232;re, le sujet se voit justement contraint, dans un premier temps, de la reproduire. C'est en effet ce que Freud avait d&#233;j&#224; observ&#233; en 1920 dans son &#171; Au-del&#224; du principe de plaisir &#187;, chez l'enfant aux prises avec sa bobine de fil, jeu ou mise en sc&#232;ne immortalis&#233;e par ses deux exclamations &#171; fort &#187; et &#171; da &#187; : &#171; C'est bien ainsi que sont apparus les jeux primitifs de l'enfant &#224; l'oeil connaisseur de Freud : cette joie de la premi&#232;re enfance de rejeter un objet du champ de son regard, puis, l'objet retrouv&#233;, d'en renouveler in&#233;puisablement l'exclusion, signifie bien que c'est le path&#233;tique du sevrage que le sujet s'inflige &#224; nouveau, tel qu'il l'a subi, mais dont il triomphe maintenant qu'il est actif dans sa reproduction. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la quintessence m&#234;me de ce jeu du &#171; fort-da &#187; que Lacan retrouve dans ce qu'il nomme stade du miroir. &#192; ceci pr&#232;s qu'il y distingue les trois attitudes condens&#233;es dans le &#171; fort-da &#187; du neveu de Freud, lesquelles sont celles de la parade (mise en sc&#232;ne), du despotisme (fort), de la s&#233;duction (da) : &#171; Qu'on s'arr&#234;te un instant, dit Lacan, &#224; l'enfant qui se donne en spectacle et &#224; celui qui le suit du regard : quel est le plus spectateur ? Ou bien qu'on observe l'enfant qui prodigue envers un autre ses tentatives de s&#233;duction : o&#249; est le s&#233;ducteur ? Enfin, de l'enfant qui jouit des preuves de la domination qu'il exerce et de celui qui se compla&#238;t &#224; s'y soumettre, qu'on se demande quel est le plus asservi ? Ici se r&#233;alise ce paradoxe : que chaque partenaire confond la partie de l'autre avec la sienne propre et s'identifie &#224; lui &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; la grammaire mise en &#233;vidence par Freud en 1919 lorsque, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;coutant le fantasme s'&#233;noncer sous la forme d'un &#171; On bat un enfant &#187;, il le d&#233;chiffre en faisant jouer au sujet tous les r&#244;les de ce sc&#233;nario, observant n&#233;anmoins que cet enfant battu est d'abord et avant tout un fr&#232;re ha&#239; : &#171; Dans la chambre d'enfants il y a aussi d'autres enfants, plus &#226;g&#233;s ou plus jeunes de tr&#232;s peu d'ann&#233;es, qu'on n'aime pas beaucoup, pour bien des raisons, mais principalement parce qu'on doit partager avec eux l'amour des parents, et qu'&#224; cause de cela on repousse de soi avec toute l'&#233;nergie sauvage qui est propre &#224; la vie sentimentale de ces ann&#233;es. Si c'est un petit fr&#232;re ou une petite soeur plus jeune (...) on le m&#233;prise, non content de le ha&#239;r, et il faut pourtant qu'on supporte de voir comme il tire &#224; lui cette part de tendresse que les parents aveugl&#233;s r&#233;servent chaque fois au plus jeune. On comprend bient&#244;t que le fait d'&#234;tre battu, m&#234;me si cela ne fait pas tr&#232;s mal, signifie une r&#233;vocation de l'amour et une humiliation &#187; (S. Freud, &#171; Un enfant est battu &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, vol. XV, pp. 115-146).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Freud pr&#233;cise en effet que dans un second temps, constitutif de l'intervention de la culpabilit&#233; et le refoulement du d&#233;sir incestueux, le sadisme s'inverse en masochisme. Sous l'effet de la r&#233;gression, l'&#233;criture du fantasme fondamental peut alors s'&#233;noncer d&#233;sormais ainsi : &#171; Le p&#232;re me bat (je suis battu par le p&#232;re). &#187; Cette permutation des r&#244;les - aussi bien des acteurs que des spectateurs - dans le sc&#233;nario est sp&#233;cifique du fantasme fondamental, et il en va de m&#234;me dans la formalisation du stade du miroir o&#249;, selon la formule de Lacan, &#171; chaque partenaire confond la partie de l'autre avec la sienne propre et s'identifie &#224; lui &#187;. C'est encore une fois ici le sujet lui-m&#234;me, ou encore le path&#233;tique de son propre sevrage, qu'il s'inflige &#224; nouveau, en le donnant en spectacle, en lui prodiguant des tentatives de s&#233;ductions, ou le repoussant comme un despote. Il se donne &#224; voir, &#224; se faire s&#233;duire par, ou &#224; se faire dominer par ce path&#233;tique, &#171; tel qu'il l'a subi &#187;, pour mieux en triompher dans l'activit&#233; de sa repr&#233;sentation : &#171; L'objet que choisit l'agressivit&#233; dans les primitifs jeux de la mort est, en effet, hochet ou d&#233;chet, biologiquement indiff&#233;rent ; le sujet l'abolit gratuitement, en quelque sorte pour le plaisir, il ne fait que consommer ainsi la perte de l'objet maternel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, prendre l'autre pour miroir de soi-m&#234;me permet de renvoyer une image permettant de fixer l'un des p&#244;les du masochisme primaire afin de tenter de le d&#233;passer f&#251;t-ce sur un mode hautement sacrificiel. Dans ces jeux primitifs ou ce stade, cette rencontre en miroir &#171; d&#233;bouche sur une alternative nouvelle o&#249; se joue le sort de la r&#233;alit&#233; &#187; : &#171; Ou bien il [le sujet] retrouve l'objet maternel et va s'accrocher au refus du r&#233;el et &#224; la destruction de l'autre ; ou bien, conduit &#224; quelque autre objet, il le re&#231;oit sous la forme caract&#233;ristique de la connaissance humaine, comme objet communicable, puisque concurrence implique &#224; la fois rivalit&#233; et accord ; mais en m&#234;me temps il reconna&#238;t l'autre avec lequel s'engage la lutte ou le contrat, bref il trouve &#224; la fois l'autrui et l'objet socialis&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire qu'ou bien le sujet r&#233;ussit, gr&#226;ce notamment &#224; ses identifications primaires et secondaires, &#224; d&#233;passer cette ali&#233;nation premi&#232;re de son d&#233;sir et sa captation imaginaire, ou bien il n'y r&#233;ussit pas, et il est alors irr&#233;m&#233;diablement engag&#233; sur une pente r&#233;gressive et agressive. &#171; Dans la mesure o&#249; elle r&#233;siste &#224; ces exigences nouvelles qui sont celles du progr&#232;s de la personnalit&#233;, pr&#233;cise Jacques Lacan, l'imago, salutaire &#224; l'origine, devient facteur de mort &#187; (Lacan, 1938). La rencontre avec l'autre, dans la mesure o&#249; elle r&#233;active l'absorption premi&#232;re et dans et par l'objet non-sublim&#233;, engage en effet le sujet vers la r&#233;gression du d&#233;sir &#224; un app&#233;tit. Ali&#233;n&#233; dans l'image du d&#233;sir de l'autre, le sujet ne se donne plus &#224; entendre que dans &#171; c'est un moi ou l'autre &#187;, c'est-&#224;-dire que &#171; c'est un moi ou l'autre qui doit dispara&#238;tre &#187;. Si c'est un moi, alors le sujet peut rester fixer &#224; l'imago du sein maternel, et se donne alors la mort selon cette image : gr&#232;ve de la faim ou r&#233;gime, anorexie mentale, toxicomanies, etc. C'est &#171; l'app&#233;tit de la mort &#187; &#233;crit Jacques Lacan : &#171; Cette tendance psychique &#224; la mort, sous la forme originelle que lui donne le sevrage, se r&#233;v&#232;le dans des suicides tr&#232;s sp&#233;ciaux qui se caract&#233;risent comme &#8220;non violents&#8221;, en m&#234;me temps qu'y appara&#238;t la forme orale du complexe : gr&#232;ve de la faim de l'anorexie mentale, empoisonnement lent de certaines toxicomanies par la bouche, r&#233;gime de famine des n&#233;vroses gastriques. L'analyse de ces cas montre que, dans son abandon &#224; la mort, le sujet cherche &#224; retrouver l'imago de la m&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'avec le crime de Ca&#239;n l'Ancien testament donne &#224; entendre avec Freud et Lacan, c'est que c'est tout sp&#233;cialement dans la situation &#171; fraternelle primitive &#187; que la violence primordiale se d&#233;montre. Ce ph&#233;nom&#232;ne, secondaire &#224; l'identification, est en rapport &#233;troit avec le nourrissage, selon le th&#232;me classique de la pomme et du fruit d&#233;fendu, &#233;galement illustr&#233; par le passage de saint Augustin : &#171; Nulle part ailleurs que dans la rencontre du fr&#232;re non sevr&#233;, cette ali&#233;nation fondamentale ne se donne &#224; entendre dans ses effets d&#233;vastateurs. C'est l&#224; o&#249; l'image de l'ali&#233;nation fondamentale culmine &#187;. La raison derni&#232;re en est &#171; qu'elle r&#233;p&#232;te dans le sujet l'imago de la situation maternelle et avec elle le d&#233;sir de la mort &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus d'un enfant qui se consid&#232;re comme tr&#244;nant en s&#233;curit&#233; dans l'amour in&#233;branlable de ses parents a &#233;t&#233; d'un seul coup d&#233;chu de tous les cieux de sa toute-puissance pr&#233;somptueuse &#187;, &#233;crit Freud en 1919 (&#171; On bat un enfant &#187;). Au sortir du paradis terrestre (sevrage, ablactation), Ca&#239;n, le premier n&#233;, est surpris par l'image de son fr&#232;re nouveau-n&#233;, Abel, attach&#233; &#224; la mamelle de la m&#232;re de tous les hommes, Eve : &#171; Elle enfanta encore son fr&#232;re Abel &#187; (4,2). Le regard de l'&#201;ternel sur cette offrande est regard de la m&#232;re sur cet enfant auquel elle offre son sein, image qui r&#233;active une chute, dont la Gen&#232;se t&#233;moigne du caract&#232;re par trop pr&#233;cipit&#233; et ravageur. Au sortir de l'Eden, Ca&#239;n est litt&#233;ralement &#171; surpris par l'intrus dans le d&#233;sarroi du sevrage &#187;, et tel l'enfant observ&#233; par saint Augustin, &#171; il le r&#233;active sans cesse &#224; son spectacle &#187;. Il r&#233;gresse imm&#233;diatement et &#171; r&#233;agit &#187; rapidement &#171; par la destruction &lt;br class='autobr' /&gt;
imaginaire du monstre &#187; qui n'est autre que le simple reflet invers&#233; de son propre d&#233;sir, renvoyant ainsi Abel et l'inceste consomm&#233; dans les profondeurs des entrailles d'o&#249; il sort, celles de &#171; la terre qui a ouvert sa bouche &#187; comme le pr&#233;cisent les &#201;critures (4,11). Ca&#239;n, d&#233;sormais &#171; errant &#187; et &#171; vagabond sur la terre &#187;, est condamn&#233; - telle une fourmi sur la surface topologique -, &#224; ne jamais pouvoir y entrer si ce n'est qu'&#224; sa propre mort ; il inaugure par l&#224; m&#234;me le prototype du fantasme et de la culpabilit&#233; obsessionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous enseigne tout aussi bien la Gen&#232;se que la lettre lacanienne, c'est que &#171; la jalousie humaine &#187;, en formant son objet, &#171; se r&#233;v&#232;le comme l'arch&#233;type des sentiments sociaux &#187; (Lacan, 1938). L'&#233;ternel &#171; Faisons l'homme &#224; notre image, selon notre ressemblance &#187; ou &#171; le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu'elle nous est r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'exp&#233;rience psychanalytique &#187; (Lacan, Seuil, Paris, 1966, p. 93-100), signifie que la confrontation au d&#233;sir incestueux (ou imago maternelle) est non seulement incontournable, mais surtout qu'elle r&#233;v&#232;le la violence inaugurale et constitutive du sujet de l'inconscient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Im Anfang war die Tat !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est une premi&#232;re version d'un article ensuite publi&#233; dans &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Psychologie-de-la-violence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Psychologie de la violence&lt;/a&gt;, (sous la dir. de Christophe Bormans et Guy Massat), &#201;d. Studyrama, Paris, pp. 19-35.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sacr&#233;e violence !</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Sacree-violence.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/Sacree-violence.html</guid>
		<dc:date>2004-07-19T19:41:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Lacan</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ne redoutes-tu pas les mal&#233;dictions de la m&#232;re qui t'a con&#231;u, &#244; mon enfant ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Eschyle, Les Cho&#233;phores, Sc&#232;ne X (Clytemnestre, &#224; Oreste). &lt;br class='autobr' /&gt; Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Au commencement &#233;tait l'acte !&#034; C'est par cette sentence de Faust, que Freud conclue son &#034;Totem et tabou&#034;. Oui, mais quel acte ? Un acte sexuel, semble nous dire Freud, tant le d&#233;sir incestueux est &#224; l'origine du meurtre du p&#232;re, lequel, avec la culpabilit&#233; qui lui est corr&#233;lative, inaugure le premier pacte social. Un acte de pur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton50-4d40e.jpg?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne redoutes-tu pas les mal&#233;dictions de la m&#232;re qui t'a con&#231;u, &#244; mon enfant ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Eschyle, &lt;i&gt;Les Cho&#233;phores&lt;/i&gt;, Sc&#232;ne X (Clytemnestre, &#224; Oreste).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au commencement &#233;tait l'acte !&#034; C'est par cette sentence de Faust, que Freud conclue son &#034;Totem et tabou&#034;. Oui, mais quel acte ? Un acte sexuel, semble nous dire Freud, tant le d&#233;sir incestueux est &#224; l'origine du meurtre du p&#232;re, lequel, avec la culpabilit&#233; qui lui est corr&#233;lative, inaugure le premier pacte social. Un acte de pur violence, semble nous dire Ren&#233; Girard, pour qui la violence est primordiale et constitutive d'un d&#233;sir sans objet et purement mim&#233;tique, le sacrifice n'&#233;tant l&#224; que pour la conjurer, la catalyser. D&#233;sir incestueux contre d&#233;sir mim&#233;tique ; la violence comme cons&#233;quence du d&#233;sir inconscient refoul&#233; contre la violence comme cause cach&#233;e mais constitutive du pacte social : entre Freud et Girard, deux th&#232;ses antagonistes s'affrontent. Si pour Freud, la th&#232;se du meurtre primitif avait pour enjeux la reconnaissance de l'inconscient dans sa dimension de d&#233;sir (&#034;Wunsch&#034;), en rivalisant avec la th&#232;se freudienne, Girard d&#233;place consid&#233;rablement le d&#233;bat sur l'enjeu d'une explication derni&#232;re du meurtre sacrificiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Girard, le sacrifice est en effet pr&#233;sent&#233; comme la r&#233;solution d'une crise paroxysmique du d&#233;sir mim&#233;tique et de la violence r&#233;ciproque qui lui est constitutive. La cons&#233;quence en est la forclusion de l'inconscient freudien. Si Freud n'a directement pu r&#233;pondre &#224; Girard, ce dernier aura cependant omis dans sa critique avou&#233;e de la psychanalyse freudienne une th&#232;se d'une haute importance : celle d'un psychanalyste qui aura su tout &#224; la fois rester critique vis-&#224;-vis de la th&#232;se freudienne de &#034;Totem et tabou&#034; et se rapprocher de l'anthropologie structurale moderne : Jacques Lacan. Apr&#232;s avoir, dans une premi&#232;re partie, resituer les enjeux du d&#233;bat entre Freud et Girard, nous entendons &#233;clairer ce d&#233;bat sur l'inconscient et la violence de la th&#232;se lacanienne omise par Ren&#233; Girard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. - Ren&#233; Girard : &#034;Rejeter tout ce que la psychanalyse pr&#233;serve et pr&#233;server tout ce qu'elle rejette&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant que l'on peut bri&#232;vement r&#233;sumer l'hypoth&#232;se freudienne, il sera plus simple de lui emprunter le r&#233;sum&#233; que lui-m&#234;me nous a fourni dans un ouvrage non moins c&#233;l&#232;bre et qui, selon Ren&#233; Girard, &#034;va de paire&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Girard, La violence et le sacr&#233;, Grasset, Paris, 1972, p 318.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avec &#034;Totem et Tabou&#034; : il s'agit de &#034;L'homme Mo&#239;se et la religion monoth&#233;iste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Le meurtre du P&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant d'une indication de Ch. Darwin, et se r&#233;f&#233;rant &#224; une hypoth&#232;se d'Atkinson affirmant que &#034;dans des temps primitifs, l'homme primitif vivait en petites hordes, dont chacune &#233;tait plac&#233;e sous la domination d'un m&#226;le puissant&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'homme Mo&#239;se et la religion monoth&#233;iste, Gallimard, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Freud suppose que &#034;le m&#226;le puissant &#233;tait le ma&#238;tre et le p&#232;re de toute la horde ; il n'&#233;tait pas limit&#233; dans son pouvoir, dont il faisait usage avec brutalit&#233;&#034; sur &#034;tous les &#234;tres f&#233;minins&#034; qui &#034;&#233;taient sa propri&#233;t&#233;, les femmes de sa propre horde et leurs filles&#034;, ainsi que sur tous les &#234;tres masculins et leurs fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud suppose donc que &#034;le destin des fils &#233;tait dur ; quand ils &#233;veillaient la jalousie du p&#232;re, ils &#233;taient assomm&#233;s ou ch&#226;tr&#233;s ou bannis. Ils &#233;taient contraints de vivre ensemble dans de petites communaut&#233;s et de se procurer des femmes par rapt, l'un ou l'autre pouvant alors parvenir &#224; se cr&#233;er une position analogue &#224; celle du p&#232;re dans la horde primitive&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, Op. Cit., 1986, pp. 171-172.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'&#233;tape d&#233;cisive suivante&#034; selon Freud, &#034;qui entra&#238;na la transformation de ce premier genre d'organisation &#034;sociale&#034;, aurait &#233;t&#233; que les fr&#232;res chass&#233;s, vivant en communaut&#233;, s'associ&#232;rent, vainquirent le p&#232;re et le d&#233;vor&#232;rent cru, selon la coutume de ces temps&#034;. Freud nous invite &#224; ne pas &#034;se scandaliser de ce cannibalisme&#034;, car &#034;il se prolonge largement dans des &#233;poques post&#233;rieures&#034;. Cependant, le meurtre devient, une fois effectu&#233;, la cause du sentiment de culpabilit&#233; qui va donner naissance &#224; la &#034;premi&#232;re forme d'organisation sociale&#034; &#224; proprement parler, c'est-&#224;-dire au &#034;renoncement aux pulsions&#034;, &#224; la &#034;reconnaissance d'obligations mutuelles&#034;, et &#224; la &#034;mise en place de certaines institutions d&#233;clar&#233;es inviolables (sacr&#233;es)&#034;, &#034;chaque individu&#034; renon&#231;ant &#034;&#224; l'id&#233;al d'acqu&#233;rir pour soi la position du p&#232;re, &#224; la possession de la m&#232;re et des s&#339;urs&#034;. &#034;Ainsi, conclut Freud, furent donn&#233;s le tabou de l'inceste et l'obligation de l'exogamie&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, Op. Cit., 1986, pp. 171-172.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, comment et o&#249; cela a-t-il eu lieu ? C'est bien l&#224; la grande question :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il est impossible de pr&#233;ciser ce temps, &#233;crit Freud, son assignation aux &#233;poques g&#233;ologiques que nous connaissons n'est pas r&#233;alis&#233;e ; il est probable que cet &#234;tre humain n'&#233;tait pas encore tr&#232;s avanc&#233; dans son d&#233;veloppement linguistique&#034;. Mais l'hypoth&#232;se selon laquelle de tel &#034;destins&#034; ont touch&#233; &#034;tous les hommes primitifs, donc tous nos anc&#234;tres, constitue une pi&#232;ce essentielle de la construction&#034;. Freud se place d&#232;s lors sur le plan de la m&#233;taphore et pr&#233;cise que &#034;cette histoire est racont&#233;e selon une condensation tr&#232;s pouss&#233;e, comme si ce qui s'est en r&#233;alit&#233; &#233;tendu sur des mill&#233;naires et s'est r&#233;p&#233;t&#233; un nombre incalculable de fois durant ce long laps de temps s'&#233;tait produit une seule fois&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette hypoth&#232;se freudienne de &#034;Totem et tabou&#034;, &#244; combien d&#233;cri&#233;e par tous, que Ren&#233; Girard a cru &#224; jamais mettre hors d'&#233;tat de nuire. Pour autant que nous puissions r&#233;sumer la critique que ce dernier adresse au Ma&#238;tre de Vienne, on pourra s'y amuser de sa r&#233;ussite &#224; reconstruire une position qui ne peut finalement que la renforcer : &#034;vrai mod&#232;le en un genre difficile&#034;, selon l'expression que J. Lacan avait utilis&#233; &#224; propos de l'erreur inverse commise par E. Jones&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, &#034;La signification du phallus&#034;, dans Op. Cit., 1971, p 106.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Girard sauveur de Freud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La critique contemporaine, nous dit en effet R. Girard est &#224; peu pr&#232;s unanime sur le compte des th&#232;ses d&#233;velopp&#233;es dans &#034;Totem et tabou&#034; : elles sont inacceptables. Freud se donne &#224; l'avance tout ce dont le livre a pour objet de rendre compte. La horde primitive de Darwin est une caricature de la famille. Le monopole sexuel du m&#226;le dominateur co&#239;ncide d&#233;j&#224; avec les futurs interdits de l'inceste. Il y a l&#224;, constate L&#233;vi-Strauss dans les &#034;Structures &#233;l&#233;mentaires de la parent&#233;&#034;, &#034;un cercle vicieux qui fait na&#238;tre l'&#233;tat social des d&#233;marches qui le supposent&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, La violence et le sacr&#233;, Grasset, Paris, 1972, p 283.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, nous dit Ren&#233; Girard, &#034;tout conspire, en somme, &#224; plonger &#034;Totem et tabou&#034; dans le ridicule, dans l'indiff&#233;rence et dans l'oubli&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais contre toute attente, Girard va alors s'employer &#224; d&#233;fendre Freud : &#034;il est clair que nous ne pouvons pas ent&#233;riner passivement cette condamnation&#034;. En fait, &#034;les faits qui sollicitent l'attention de Freud&#034;, avoue Ren&#233; Girard, &#034;sont du m&#234;me ordre&#034;, et m&#234;me parfois &#034;exactement&#034; &#034;les m&#234;mes&#034;, que ceux qui ont retenu la sienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 287.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le meurtre collectif et &#034;les arguments qui le sugg&#232;rent&#034; sont trop proches, en v&#233;rit&#233;, des th&#232;mes d&#233;velopp&#233;s dans son propre essai pour ne pas r&#233;clamer d'examen plus d&#233;taill&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 286.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Girard s'emploie certes &#224; d&#233;fendre Freud, mais ce n'est que pour mieux le &#034;manger&#034;, dirait la M&#232;re-Grand du petit chaperon rouge. C'est-&#224;-dire pour mieux pouvoir l'englober - du moins le croit-il - et placer ainsi sur orbite sa propre th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'important&#034; chez Freud, nous dit Ren&#233; Girard, &#034;n'est pas la r&#233;f&#233;rence au totem ou &#224; tout autre rubrique mais le fait religieux&#034; en g&#233;n&#233;ral. Ce qu'il faut rejeter chez Freud, ce n'est pas ce qu'il nommait &#034;tot&#233;misme&#034;, &#034;la vogue de cette appellation est li&#233;e &#224; un certain &#233;tat du savoir ethnologique et &#224; certaines attitudes intellectuelles qui ne sont plus les n&#244;tres&#034;, certes, mais chez Freud, insiste-t-il, on cherche surtout &#034;m&#234;me si on s'y prend pas toujours tr&#232;s bien, &#224; informer une intuition r&#233;elle des donn&#233;es religieuses primitives et de leur unit&#233;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 288.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mimant de sauver Freud de l'emp&#234;trement dans lequel il s'&#233;tait enferm&#233; &#224; propos d'une notion qui, aujourd'hui, semble avoir perdu de son prestige - &#224; savoir le &#034;tot&#233;misme&#034; - Ren&#233; Girard va alors habilement d&#233;placer le d&#233;bat du tabou vers le sacrifice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#034;d&#233;ductions essentielles&#034; de Totem et tabou, nous dit Girard, &#034;les &#233;l&#233;ments probl&#233;matiques de la th&#233;orie tot&#233;mique n'entrent pour rien. Il n'est m&#234;me pas question ici de tot&#233;misme. Le dynamisme de Totem et tabou s'oriente vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du sacrifice. Il en est d&#233;j&#224; ainsi chez Robertson Smith, mais Freud va beaucoup plus loin car les d&#233;bats th&#233;oriques de l'ethnologie le laissent indiff&#233;rent. La masse &#233;norme des faits concordants appelle une explication unique, une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale qui se pr&#233;sentera d'abord comme une th&#233;orie du sacrifice&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit. p. 291.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette th&#233;orie du sacrifice que veut, bien entendu, lui-m&#234;me construire Girard, et c'est pourquoi il abonde dans le sens de Freud, nous &#233;pargnant tout au long de son ouvrage les d&#233;monstrations de l'importance primordiale de l'interdit de l'inceste dans les coutumes primitives. Dans son habilet&#233; universitaire, Ren&#233; Girard va m&#234;me jusqu'&#224; s'exclamer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Que serait-ce s'il [Freud] tenait compte de tous les sc&#233;narios analogues, sur mille th&#233;&#226;tres culturels ind&#233;pendants les uns des autres ? Que ne verrait-il pas, ici, s'il se livrait &#224; une comparaison syst&#233;matique ?&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p. 292.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Girard va donc aller jusqu'&#224; tout d&#233;montrer minutieusement ce que Freud &#034;devine&#034; : le meurtre collectif, l'interdit de l'inceste, la rivalit&#233; sexuelle. &#034;Toute information nouvelle ne peut que consolider et renforcer d&#233;finitivement la forme rep&#233;r&#233;e&#034;, nous dit Girard : &#034;Freud ne r&#234;ve pas et il devine que les sacrificateurs ne r&#234;vent pas non plus&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 293.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Girard d&#233;montre-t-il v&#233;ritablement tout ? Non, &#034;pas tout&#034; : il n'y a qu'une seule chose qu'il n'entend en aucune mani&#232;re corroborer, c'est le p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) &#034;L'erreur, c'est le p&#232;re et la psychanalyse&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Girard, et pour le dire avec Hamlet, il y avait bien &#034;quelque chose de pourri au Royaume&#034; de la psychanalyse. Ce quelque chose de &#034;pourri&#034; (rotten), c'est tout simplement la psychanalyse elle-m&#234;me. C'est pour cette raison que Ren&#233; Girard souhaite &#034;achever&#034; la th&#232;se freudienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Achever le mouvement amorc&#233; par Freud, ce n'est pas renoncer au meurtre, qui reste absolument n&#233;cessaire puisqu'il est appel&#233; par une masse &#233;norme de mat&#233;riaux ethnologique, c'est renoncer au p&#232;re, c'est &#233;chapper au cadre familial et aux significations de la psychanalyse&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 313.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#034;Le p&#232;re n'explique rien : pour tout expliquer, il faut se d&#233;barrasser du p&#232;re, montrer que l'impression formidable faite sur la communaut&#233; par le meurtre collectif ne tient pas &#224; l'identit&#233; de la victime mais au fait que cette victime est unificatrice&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 313.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#034;Ce n'est pas le meurtre collectif qui fausse &#034;Totem et tabou&#034;, c'est tout ce qui emp&#234;che ce meurtre de venir au premier plan&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 314.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; n'en est pas tant &#224; attribuer &#224; Freud, qu'&#224; la psychanalyse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ici encore, continue Girard, la post&#233;rit&#233; psychanalytique va accentuer l'&#233;l&#233;ment r&#233;gressif de la pens&#233;e freudienne. Le &#034;p&#232;re assassin&#233;&#034; de &#034;Totem et tabou&#034; est ind&#233;fendable, c'est un fait, mais quand on &#233;nonce ce fait, c'est sur &#034;p&#232;re&#034; qu'il faut mettre l'accent et non sur &#034;assassin&#233;&#034;. Bien que valables si on les prend &#224; la lettre, les raisons sur lesquelles s'appuie le refus de l'ouvrage sont mauvaises ; tout repose sur un amalgame mystificateur ; c'est la faiblesse qu'on pr&#233;tend condamner, mais c'est la force qu'on &#233;touffe. [...] On entend trier le vrai du faux et le tri, en effet, est infaillible : c'est toujours l'erreur qui sort du chapeau, c'est toujours la v&#233;rit&#233; qui reste au fond. L'erreur, c'est le p&#232;re et la psychanalyse ; la v&#233;rit&#233;, c'est le meurtre collectif et, si extraordinaire, si peu croyable que cela paraisse, c'est le Freud ethnologue. Une lecture progressive doit rejeter &#224; peu pr&#232;s tout ce que la psychanalyse pr&#233;serve et pr&#233;server tout ce qu'elle rejette&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., pp. 316-317.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Rejeter tout ce que la psychanalyse pr&#233;serve et pr&#233;server tout ce qu'elle rejette&#034;, c'est d'ailleurs ce &#224; quoi s'emploi Ren&#233; Girard, nous l'avons vu, apportant autant de preuves - mais &#224; son insu - &#224; l'appui de l'interdit de l'inceste. L'ironie de Ren&#233; Girard est sans limite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La vraie d&#233;couverte de Freud, la seule dont on puisse dire avec certitude qu'elle est destin&#233;e &#224; inscrire son nom au registre de la science, a toujours &#233;t&#233; tenue pour nulle et non avenue&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 295.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) L'ironie de Ren&#233; Girard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du strict point de vue de l'inconscient, il est en effet pour le moins amusant de remarquer que l'ent&#234;tement dont fait preuve Ren&#233; Girard pour &#034;&#233;liminer le p&#232;re&#034; ne constitue pas la moindre des preuves &#224; l'appui des hypoth&#232;ses psychanalytiques, que Freud avait notamment &#233;mis &#224; propos de la n&#233;vrose obsessionnelle, ou, pourrait-on dire, de confirmations de la th&#232;se lacanienne de la forclusion du Nom du P&#232;re, laquelle irait plut&#244;t dans le sens d'une classification de la structure parano&#239;aque de la th&#232;se de Ren&#233; Girard concernant la violence r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peu importe ici, acceptons de nous placer sur le terrain de Ren&#233; Girard, et &#233;liminons donc le p&#232;re ! D&#232;s lors, Ren&#233; Girard ne peut faire autrement que de devoir se poser cette seule question : &#034;comment faut-il concevoir la naissance de l'interdit ?&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 320.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette question, il y r&#233;pond, certes, mais l'explication est tr&#232;s courte, et elle m&#233;rite d'&#234;tre ici relat&#233;e dans son int&#233;gralit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Quel que soit le pr&#233;texte des conflits, nourriture, armes, terres, femmes..., les antagonistes s'en d&#233;-saisissent pour ne jamais le ressaisir. Tout ce que la violence sacr&#233;e a touch&#233; appartient d&#233;sormais au dieu et fait, en tant que tel, l'objet d'un interdit absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;gris&#233;s et &#233;pouvant&#233;s, les antagonistes vont tout faire, d&#233;sormais, pour ne pas retomber dans la violence r&#233;ciproque. Et ils savent parfaitement ce qu'il faut faire. La col&#232;re divine le leur a signifi&#233;. Partout o&#249; la violence a flamb&#233; l'interdit s'&#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdit p&#232;se sur toutes les femmes qui ont servi d'enjeu &#224; la rivalit&#233;, toutes les femmes proches, par cons&#233;quent, non parce qu'elles sont intrins&#232;quement plus d&#233;sirables mais parce qu'elles sont proches, parce qu'elles s'offrent &#224; la rivalit&#233;. La prohibition couvre toujours les consanguines les plus proches ; mais ses limites ext&#233;rieures ne co&#239;ncident pas forc&#233;ment avec une parent&#233; r&#233;elle&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., pp. 320-321.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que l'explication donn&#233;e par Ren&#233; Girard est tout &#224; fait surprenante. Dans la mesure o&#249;, du strict point de vue logique, elle n'&#233;chappe pas &#224; la circularit&#233;, puisqu'elle ne fait que donner un quart de tour suppl&#233;mentaire &#224; l'hypoth&#232;se freudienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Girard nous avait certes pr&#233;venu qu'il allait supprimer, le &#034;p&#232;re&#034;, mais l'on ne s'attendait tout de m&#234;me pas &#224; ce qu'il aille jusqu'&#224; supprimer le &#034;meurtre&#034;. Il avait suffisamment insist&#233;, en effet, sur le fait que s'il y a bien quelque chose &#224; garder chez Freud, c'&#233;tait le meurtre : &#034;Le sacrifice est trop riche en &#233;l&#233;ments concrets pour &#234;tre simplement un simulacre d'un crime que personne n'a jamais commis&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 294.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, ce meurtre est, dans la version de Ren&#233; Girard, encore bien moins pr&#233;sent que dans la version freudienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, Ren&#233; Girard nous avait pr&#233;venu que &#034;l'impression formidable faite sur la communaut&#233; par le meurtre collectif ne tient pas &#224; l'identit&#233; de la victime&#034; (R. Girard, Op. Cit., p 313) et que, pour r&#233;sumer, n'importe qui pouvait &#234;tre la &#034;victime &#233;missaire&#034;. Certes, mais quel est le mobile du meurtre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Girard nous le livre : &#034;toutes les femmes proches&#034;. Et de pr&#233;ciser : &#034;non parce qu'elles sont intrins&#232;quement plus d&#233;sirables mais parce qu'elles sont proches&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passant au crible le c&#233;l&#232;bre commandement de la Bible : &#034;Vous ne tuerez point&#034; (Exode 20,13), Freud soulignait - au c&#339;ur m&#234;me de son &#034;Totem et tabou&#034; -, le caract&#232;re &#034;superflu&#034; d'un tel commandement, qui du point de vue de la conscience morale, nous appara&#238;t comme l'&#233;vidence m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On ne voit pas, pr&#233;cisait-il, quelle n&#233;cessit&#233; il y aurait &#224; d&#233;fendre ce que personne ne d&#233;sire faire&#034;. Si le contraire de &#034;proches&#034; est &#034;&#233;loign&#233;s&#034;, on pourrait r&#233;torquer &#224; Ren&#233; Girard que l'on voit mal comment il pourrait &#234;tre question d'interdire l'acc&#232;s &#224; des femmes auxquelles on n'a justement pas acc&#232;s : elles sont &#034;&#233;loign&#233;es&#034;. Si l'on veut rendre compte de l'interdit, on ne peut passer sous silence le d&#233;sir. Et Freud, &#224; la mani&#232;re d'un Sherlock Holmes, en concluait alors la chose &#233;l&#233;mentaire suivante : ce qui est, du point de vue conscient, &#034;d&#233;fendu de la fa&#231;on la plus formelle&#034;, doit &#234;tre &#034;l'objet d'un d&#233;sir&#034;, dans l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, Ren&#233; Girard r&#233;ussi ce tour de force de forclore la question du d&#233;sir dans toute sa dimension topologique et inconsciente, en arguant un mobile purement g&#233;ographique : une &#034;relation de proximit&#233;&#034;. Il en perd de ce fait le mobile du crime, et c'est pr&#233;cis&#233;ment &#034;ce qui emp&#234;che le meurtre de venir &#034;au premier plan&#034; de sa th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les fr&#232;res s'entretueraient-ils d&#233;sormais ? Les femmes n'ont pas pu servir &#034;d'enjeu&#034; &#224; leur &#034;rivalit&#233;&#034;, puisqu'il n'y a plus, dans ce mod&#232;le, ni &#034;m&#226;le puissant&#034;, Girard l'a supprim&#233;, ni interdit, car c'est ce qu'il faut justement expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a plus ni p&#232;re ni interdit, puisque c'est ce qu'il faut d&#233;montrer, on ne voit pas pourquoi les hommes ne seraient pas &#034;capables de s'entendre&#034; et, selon l'expression m&#234;me de Ren&#233; Girard, &#034;un partage des ressources disponibles entre les consommateurs &#233;ventuels&#034; serait dans ce cas &#034;plus vraisemblable&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 312.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, sans p&#232;re et sans interdit, l'acc&#232;s aux femmes ne pose plus aucun probl&#232;me logique, et l'on ne voit pas pourquoi il y aurait violence et crime. La circularit&#233; de la th&#232;se freudienne &#224; propos de l'interdit, s'observe chez Ren&#233; Girard &#224; propos de la violence : Ren&#233; Girard n'arrive plus &#224; expliquer la violence sauf &#224; la pr&#233;supposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chemin faisant, les quelque cinq cents pages de l'ouvrage de ren&#233; Girard constituent autant de preuves collectionn&#233;es &#224; l'appui de la th&#232;se freudienne, pour peu qu'on la restitue dans sa dimension premi&#232;re, celle de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on a souvent admir&#233; le talent de &#034;fin limier&#034; de Freud, et son style &#224; la mani&#232;re des grands ma&#238;tres du suspens, &#034;la composition de l'ensemble&#034; apparentant l'ouvrage freudien &#224; &#034;un roman policier&#034;, &#233;crivait Didier Anzieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Table d'h&#244;te&#034;, pr&#233;face &#224; S. Freud, Op. Cit., 1988, p 33.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est sans aucun doute cette trame qui aura manqu&#233; &#224; Ren&#233; Girard. Si la violence est apparemment &#034;sans raison&#034;, comme l'affirme Ren&#233; Girard, le crime ne peut &#234;tre alors qu'un crime &#034;psychopathe&#034;. Or, c'est justement pour ce genre d'enqu&#234;te polici&#232;re concernant des crimes sans mobile apparent que la foule se passionnent, en tentant notamment d'en &#233;lucider les motifs les plus secrets par les meilleurs &#034;profilers&#034;. Ce sont l&#224; les v&#233;ritables best-sellers de la mythologie moderne (&#034;Le Silence des Agneaux&#034;, &#034;American Psycho&#034;, etc.). La violence r&#233;ciproque et &#034;sans raison&#034; n'a gu&#232;re eu de succ&#232;s que dans les milieux universitaires, mais elle d&#233;serte cette mythologie moderne qui aime &#224; se donner en spectacle dans les librairies ou au cin&#233;ma. Cette violence sourde et aveugle qui nous fascine, cette passion pour ce que Freud qualifiait de &#034;l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;&#034;, et qui fait le succ&#232;s du cin&#233;ma ou de la litt&#233;rature am&#233;ricaine, n'est-elle pas la meilleure preuve d'une appr&#233;hension myst&#233;rieuse et fantasmatique de ce que Ren&#233; Girard souhaite forclore : l'inconscient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. - Jacques Lacan : Le Complexe d'&#338;dipe revisit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Lacan s'est tr&#232;s t&#244;t affirm&#233; tr&#232;s critique vis-&#224;-vis de l'hypoth&#232;se freudienne de &#034;Totem et tabou&#034;. D'aucuns aiment &#224; penser que cela tient essentiellement au fait que si Freud avait abord&#233; l'&#233;laboration de la pratique et de la technique psychanalytique &#224; partir de la n&#233;vrose, et plus pr&#233;cis&#233;ment de l'hyst&#233;rie, Jacques Lacan quant &#224; lui, avait d'embl&#233;e abord&#233; l'inconscient via l'&#233;tude des psychoses. On sait pourtant que c'est &#224; la suite de sa c&#233;l&#232;bre &#233;tude de la parano&#239;a du Pr&#233;sident Schreber, que Freud annonce pour la premi&#232;re fois l'imminence d'une &#233;tude psychanalytique des coutumes des peuples primitifs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce court post-scriptum &#224; l'analyse d'une parano&#239;a nous fait voir combien Jung a raison lorsqu'il affirme que les forces &#233;dificatrices des mythes de l'humanit&#233; ne sont pas &#233;puis&#233;es, mais aujourd'hui encore, dans les n&#233;vroses, engendrent les m&#234;mes productions psychiques qu'aux temps les plus recul&#233;s. [...] Il en est de m&#234;me des forces &#233;dificatrices des religions. Et je crois que le moment sera bient&#244;t venu d'&#233;tendre encore un principe que nous, psychanalystes, avons depuis longtemps &#233;nonc&#233;, et d'ajouter &#224; ce qu'il impliquait d'individuel, d'ontog&#233;n&#233;tique, une amplification, phylog&#233;n&#233;tique. Nous disons : dans le r&#234;ve et dans la n&#233;vrose se retrouve l'enfant avec toutes les particularit&#233;s qui caract&#233;risent son mode de penser et sa vie affective. Nous ajouterons aujourd'hui que nous y retrouvons encore l'homme primitif, sauvage, tel qu'il nous appara&#238;t &#224; la lumi&#232;re des recherches arch&#233;ologiques et ethnographiques&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud, La parano&#239;a Schreber, p. 324.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le tout dernier mot de l'&#233;tude sur la psychose du Pr&#233;sident Schreber, et Freud a clairement d&#233;j&#224; en t&#234;te, le projet d'&#233;crire son &#034;Totem et tabou&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; l'instar de Freud et fort de son entr&#233;e dans la psychanalyse par cette porte de la parano&#239;a, que Jacques Lacan entend, d&#232;s son article de 1938 sur la famille, conduire &#224; &#034;une r&#233;vision du complexe&#034; n&#233;vrotique contemporain, afin de r&#233;-&#233;laborer &#224; la suite de Freud, &#034;l'histoire la famille paternaliste&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lacan, 1938.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Lacan en effet, Freud effectue un saut th&#233;orique abusif, celui de la famille conjugale observ&#233; chez ses propres sujets, &#034;&#224; une hypoth&#233;tique famille primitive con&#231;ue comme une horde qu'un m&#226;le domine par sa sup&#233;riorit&#233; biologique en accaparant les femelles nubiles&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici d'une querelle d'interpr&#233;tation entre deux &#233;coles psychanalytiques que d'aucuns aiment &#224; se repr&#233;senter comme antagonistes. L'interpr&#233;tation de Lacan est correcte et Freud confirmera tr&#232;s clairement cette position tout au long de son &#339;uvre, comme, par exemple, en 1918, lorsque revenant sur le tabou de la virginit&#233;, il affirme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans mon ouvrage &#034;Totem et tabou&#034; (...) j'y ai reconnu qu'une ambivalence originaire &#233;tait la condition du tabou et j'ai d&#233;fendu l'id&#233;e qu'il est n&#233; des processus pr&#233;historiques qui ont conduit &#224; fonder la famille humaine&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund FREUD, Le tabou de la virginit&#233; [1918], La vie sexuelle, Chap. IV : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour J. Lacan, le chef tyrannique de la horde primitive n'est qu'un &#034;fant&#244;me&#034;. L'originalit&#233; v&#233;ritable de la th&#232;se lacanienne est que la castration n'y est pas tant &#224; entendre comme une menace dont l'agent majeur serait la force paternelle - et encore moins celle du p&#232;re de la horde primitive -, que comme un fantasme, celui de relation primordiale &#224; la m&#232;re, ouvrant pour le sujet l'ab&#238;me sans fond des entrailles du ventre maternel et l'image d'un corps morcel&#233;. La victime &#233;missaire et la violence de son meurtre est ici &#224; r&#233;interpr&#233;ter comme participant pleinement de ce fantasme fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Le sacrifice ou la violence du fantasme fondamental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1938, Jacques Lacan est encore un jeune psychiatre psychanalyste cherchant &#224; se faire reconna&#238;tre de ses pairs. C'est dans ce contexte qu'Henri Wallon, &#224; qui Lucien Febvre avait confi&#233; la t&#226;che de r&#233;aliser le num&#233;ro VIII de l'Encyclop&#233;die fran&#231;aise, lui propose d'&#233;crire un texte dans ce volume au titre &#233;vocateur : &#034;La vie mentale&#034; ; la signature de Lacan devant appara&#238;tre aux c&#244;t&#233;s de noms aussi prestigieux que ceux de Pierre Janet, Charles Blondel, ou Georges Dumas. C'est dans cet article que Lacan synth&#233;tisera tout &#224; la fois ses travaux d'avant-guerre, essentiellement d'inspiration psychiatrique, et posera les jalons d'une th&#232;se qui devra le mener, dans les ann&#233;es cinquante, &#224; prendre la position de chef de file de la communaut&#233; psychanalytique fran&#231;aise. La th&#232;se que Jacques Lacan &#233;labore en cette fin des ann&#233;es trente est plus connue sous le nom de stade dit du &#034;miroir&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des principales hypoth&#232;ses Lacanienne est que la menace de castration ne doit pas tant se comprendre en fonction du complexe d'&#339;dipe qu'en fonction des &#034;ant&#233;c&#233;dents narcissiques&#034; du sujet. Observons ici, que ce n'est donc pas tant le mat&#233;riel anthropologique ou ethnologique qui est d'abord sollicit&#233;, mais bien le mat&#233;riel inconscient d&#233;gag&#233; par la cure analytique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'immense moisson des faits que le complexe d'&#339;dipe a permis d'objectiver depuis quelque cinquante ans peut &#233;clairer la structure psychologique de la famille, plus avant que les intuitions [freudiennes] trop h&#226;tives que nous venons d'exposer&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se principale est la suivante : &#034;L'exp&#233;rience&#034; selon Lacan &#034;contredit&#034; l'orientation th&#233;orique qui rep&#232;re &#034;l'agent majeur&#034; de la castration &#034;dans la menace de la force paternelle&#034;. Bien plut&#244;t qu'une menace corr&#233;lative du complexe d'&#339;dipe et qui p&#232;serait sur le membre viril, la menace renvoie &#224; l'imago maternelle dans toute sa complexit&#233;. C'est-&#224;-dire, non pas tant &#224; un quelconque &#034;mim&#233;tisme&#034; si cher &#224; Ren&#233; Girard, mais bien &#224; l'image ali&#233;nante d'une suppos&#233;e compl&#233;tude qui &#233;chappe au sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concept forg&#233; par C. G. Jung en 1911, le terme allemand &#034;imago&#034; d&#233;signe les premi&#232;res repr&#233;sentations inconscientes auxquelles le sujet se fixe, et qui par la suite organise ses relations sociales. Pour Lacan, l'imago maternelle s'organise dans les premi&#232;res relations intersubjectives de l'enfant avec sa m&#232;re, dont le prototype nous est fourni par l'image de l'enfant &#224; la mamelle si bien d&#233;crite par Saint Augustin dans ses Confessions (Livre I, chap. VII) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans l'allaitement, l'&#233;treinte et la contemplation de l'enfant, la m&#232;re, en m&#234;me temps, re&#231;oit et satisfait le plus primitif de tous les d&#233;sirs&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce &#224; dire sinon que &#034;l'&#234;tre qui absorbe est tout absorb&#233;&#034; ? En d'autres termes, que si la relation primordiale &#224; la m&#232;re est constitutive du &#034;moi&#034;, celui-ci doit &#233;galement se concevoir comme ali&#233;nation fondamentale dans laquelle le sujet se confond avec l'objet de son d&#233;sir. Telle est la d&#233;finition du fantasme. C'est l&#224; le premier traumatisme, venant redoubler celui que Rank qualifiait de &#034;traumatisme de la naissance&#034;, c'est-&#224;-dire cet arrachement &#224; la suppos&#233;e compl&#233;tude de l'enfant au placenta et au ventre maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation primordiale &#224; la m&#232;re donne le prototype d'une angoisse d'an&#233;antissement, non pas en vertu d'une quelconque menace de castration prof&#233;r&#233;e par le p&#232;re, mais en vertu des &#034;malaises primordiaux&#034; de l'enfant assujetti :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'angoisse, dont le prototype appara&#238;t dans l'asphyxie de la naissance, le froid, li&#233; &#224; la nudit&#233; du t&#233;gument, et le malaise labyrinthique auquel r&#233;pond la satisfaction du bercement, organisent par leur triade le ton p&#233;nible de la vie organique qui, pour les meilleurs observateurs, domine les six premiersmoisdel'homme.Cesmalaisesprimordiauxont tous la m&#234;me cause : une insuffisante adaptation &#224; la rupture des conditions d'ambiance et de nutrition qui font l'&#233;quilibre parasitaire de la vie intra-ut&#233;rine&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, tout fantasme inconscient d'une relation primordiale &#224; la m&#232;re attire irr&#233;m&#233;diablement le sujet vers les repr&#233;sentations inconscientes de tels &#034;malaises primordiaux&#034;. La violence qui s'y donne &#224; entendre - dans les r&#234;ves ou r&#234;veries &#233;veill&#233;es, dans les n&#233;vroses ou les psychoses -, est &#224; la hauteur de la violence du d&#233;nuement auquel le sujet est livr&#233; dans son d&#233;sir le plus vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective lacanienne, violence et sacrifice ne sont pas tant corr&#233;latifs du meurtre du p&#232;re que du fantasme de la relation primordiale &#224; la m&#232;re que la symbolique &#339;dipienne du p&#232;re et de l'interdit de l'inceste doit justement venir apaiser :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;S'ils se r&#233;f&#232;rent aux rites de sacrifice par o&#249; les cultures primitives, m&#234;me parvenues &#224; une concentration sociale &#233;lev&#233;e, r&#233;alisent avec la rigueur la plus cruelle - victimes humaines d&#233;membr&#233;es ou ensevelies vivantes - les fantasmes de la relation primordiale &#224; la m&#232;re, ils liront, dans plus d'un mythe, qu'&#224; l'av&#232;nement de l'autorit&#233; paternelle r&#233;pond un temp&#233;rament de la primitive r&#233;pression sociale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue plus sociologique, en effet, la th&#232;se lacanienne se trouve &#233;galement corroborer par tout un mat&#233;riel ethnologique pass&#233; sous silence par Ren&#233; Girard. En effet, l'existence d'un syst&#232;me matriarcal pr&#233;c&#233;dant toute &#233;dification d'un syst&#232;me patriarcal, est attest&#233; par la culture ethnologique &#224; laquelle Lacan se r&#233;f&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les traces universellement pr&#233;sentes et la survivance &#233;tendue d'une structure matriarcale de la famille, l'existence dans son aire de toutes les formes fondamentales de la culture, et sp&#233;cialement d'une r&#233;pression souvent tr&#232;s rigoureuse de la sexualit&#233; manifestent que l'ordre de la famille humaine a des fondements soustraits &#224; la force du m&#226;le&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, si le p&#232;re n'est certes pas exclu du syst&#232;me matriarcal, il y joue un tout autre r&#244;le que celui que lui fait jouer Freud dans son mythe. Lacan s'appuie notamment ici sur les travaux ethnologiques de Malinowski :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'autorit&#233; familiale n'est pas, dans les cultures matriarcales, repr&#233;sent&#233;e par le p&#232;re, mais ordinairement par l'oncle maternel. Un ethnologue qu'a guid&#233; sa connaissance de la psychanalyse, Malinowski, a su p&#233;n&#233;trer les incidences psychiques de ce fait&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort de cette hypoth&#232;se d'un d&#233;membrement ou d'un ensevelissement du corps corr&#233;latif du fantasme de la relation primordiale &#224; la m&#232;re, nous pouvons d&#233;sormais prendre en consid&#233;ration toute une mythologie pal&#233;o-orientale qui permet d'&#233;clairer la th&#232;se sacrificielle sous un angle nouveau. Nous ferons essentiellement r&#233;f&#233;rence dans ce dernier paragraphe aux travaux incontest&#233;s du mythologue roumain Mircea Eliade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) L'Alchimie ou le feu du d&#233;sir maternel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Mircea Eliade en effet la notion de sacrifice semble &#234;tre intimement corr&#233;l&#233; au passage du matriarcat au patriarcat, au cours duquel la d&#233;esse maternelle semble &#234;tre &#034;&#233;vinc&#233;e&#034; par le &#034;Dieu fort, le M&#226;le f&#233;condateur&#034;, passage qui est lui-m&#234;me corr&#233;latif du passage de l'agriculture (cueillette, petite chasse, etc.) &#224; la m&#233;tallurgie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Toute cette mythologie &#233;labor&#233;e autour de la f&#233;condit&#233; agraire, de la m&#233;tallurgie et du travail, est d'ailleurs assez r&#233;cente. Post&#233;rieure &#224; la poterie et &#224; l'agriculture, la m&#233;tallurgie s'encadre dans un univers spirituel o&#249; le Dieu c&#233;leste, encore pr&#233;sent pendant les phases ethnologiques de la cueillette et de la petite chasse, est d&#233;finitivement &#233;vinc&#233; par le Dieu fort, le M&#226;le f&#233;condateur, &#233;poux de la Grande M&#232;re terrestre. Or, l'on sait qu'&#224; ce niveau religieux, l'id&#233;e de la cr&#233;ation op&#233;r&#233;e par un &#234;tre supr&#234;me ouranien, est pass&#233;e dans la p&#233;nombre, pour c&#233;der la place &#224; l'id&#233;e de la cr&#233;ation par hi&#233;rogamie et par sacrifice sanglant ; on assiste m&#234;me au passage de la notion de cr&#233;ation &#224; celle procr&#233;ation. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous rencontrons, dans la mythologie m&#233;tallurgique, les motifs d'union rituelle et de sacrifice sanglant&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Eliade, 1977, p. 24.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe de bien comprendre cette &#034;nouveaut&#233;&#034; du sacrifice, pr&#233;cise M. Eliade. Elle repr&#233;sente d'une part l'id&#233;e que, &#034;la cr&#233;ation s'effectue par une immolation ou une auto-immolation&#034; et, d'autre part, que &#034;la vie ne peut s'engendrer qu'&#224; partir d'une autre vie qu'on immole&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, si &#224; l'or&#233;e du patriarcat, la notion de &#034;procr&#233;ation&#034; se substitue &#224; celle &#034;cr&#233;ation&#034;, et que cette cr&#233;ation ne peut d&#233;sormais s'effectuer sans immolation ou auto-immolation, le sacrifice ne peut lui-m&#234;me &#234;tre compris que comme participant de la relation primordiale &#224; la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, non seulement le mod&#232;le canonique de la procr&#233;ation est celui de la procr&#233;ation maternelle, mais M. Eliade insiste surtout - contrairement ici &#224; Ren&#233; Girard -, sur la &#034;sexualisation&#034; de telles conceptions cosmologiques incluant le sacrifice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;De telles conceptions cosmologiques, il en r&#233;sulte, d'une part, la &#034;sexualisation&#034; du r&#232;gne v&#233;g&#233;tal et min&#233;ral et, en g&#233;n&#233;ral, des outils et des objets du monde environnant. En relation directe avec ce symbolisme sexuel, il nous faudra rappeler les multiples images du ventre de la Terre, de la mine assimil&#233;e &#224; l'ut&#233;rus et des minerais aux embryons autant d'images qui conf&#232;rent une signification gyn&#233;cologique et obst&#233;trique aux rituels accompagnant les travaux des mines et de la m&#233;tallurgie&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, 1977, pp. 24-26.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sexualisation du monde environnant, images du ventre de la Terre assimil&#233;e &#224; l'ut&#233;rus ; &#034;le sens profond de tous ces mythes est assez clair&#034;, nous dit Mircea Eliade : &#034;la cr&#233;ation est un sacrifice&#034;. Or, si le d&#233;sir de cr&#233;ation s'effectue selon le mod&#232;le de la procr&#233;ation maternelle, c'est-&#224;-dire de la relation primordiale &#224; la m&#232;re, il n'est plus &#233;tonnant d'y retrouver les repr&#233;sentations inconscientes du fantasme fondamental tel que Lacan nous les a pr&#233;sent&#233;es par exp&#233;rience : &#034;d&#233;membrement&#034;, &#034;ensevelissement&#034;, &#034;morcellement&#034; du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par exemple &#034;le sens des sacrifices humains au profit des r&#233;coltes&#034;, nous dit M. Eliade :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La victime est mise &#224; mort, d&#233;pec&#233;e et les morceaux sont &#233;parpill&#233;s sur la terre pour lui procurer f&#233;condit&#233;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, 1977, p. 26.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son d&#233;sir de cr&#233;ation, le sujet rencontre son fantasme d'union &#224; la M&#232;re et se voit happ&#233;, ali&#233;n&#233; par l'image de son corps morcel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rites m&#233;tallurgiques, c'est plus g&#233;n&#233;ralement l'image du corps engloutie &#224; l'int&#233;rieur du ventre maternel qui prime, le sujet r&#233;gressant au stade f&#339;tal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La cr&#233;ation du monde &#224; partir du corps d'un &#234;tre primordial est parfois con&#231;ue et d&#233;crite comme le modelage d'un &#034;f&#339;tus&#034;. Le cosmos prend forme d'une mani&#232;re premi&#232;re, &#034;embryonnaire&#034; parce que informe, &#034;chaotique&#034;. On arrive ainsi &#224; une s&#233;rie d'images &#233;quivalentes ou compl&#233;mentaires, o&#249; le corps sacrifi&#233; est assimil&#233; &#224; la mati&#232;re premi&#232;re et, donc, &#224; la masse germinale et au f&#339;tus&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, p. 59.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les traditions m&#233;tallurgistes africaines, indiennes, chinoises ou m&#233;sopotamiennes confirment cette conception : &#034;les m&#233;taux &#034; poussent &#034; dans le ventre de la Terre&#034;. Le minerai est ensuite consid&#233;r&#233; comme un embryon et le fourneau comme une matrice dans laquelle les minerais ach&#232;vent leur croissance et leur maturation. &#034;Les sacrifices effectu&#233;s &#224; cette occasion, pr&#233;cise M. Eliade, seraient comparables aux sacrifices obst&#233;triques&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, 1977, p. 63.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du sacrifice, le fantasme fondamental se retrouve dans les rites des chamans et des forgerons, qui inaugurent eux-m&#234;mes ceux des h&#233;ros civilisateurs du monde antique. Mircea Eliade remarque en effet, non seulement une continuit&#233; symbolique allant des &#034;ma&#238;tres du feu&#034; (chamans et forgerons) aux h&#233;ros et rois mythiques &#034;fondateurs de dynastie&#034;, mais &#233;galement une solidarit&#233; symbolique entre la &#034;chaleur magique&#034; du forgeron ou du chaman et l'initiation militaire du h&#233;ros&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, p. 71.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le potier avant lui, le chaman, forgeron ou l'alchimiste sont avant tout les &#034;ma&#238;tres du feu&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le potier qui, le premier, r&#233;ussit, gr&#226;ce &#224; la braise, &#224; durcir consid&#233;rablement les &#034;formes&#034; qu'il avait donn&#233;es &#224; l'argile, dut sentir l'ivresse d'un d&#233;miurge : il venait de d&#233;couvrir un agent de transmutation. Ce que la chaleur &#034;naturelle&#034; - celle du Soleil ou du Ventre de la Terre m&#251;rissait lentement, le feu le faisait dans un tempo insoup&#231;onn&#233;. [...] Les cultures les plus archa&#239;ques imaginent le sp&#233;cialiste du sacr&#233; - le chaman, l'homme-m&#233;decine, le magicien - comme un &#034;ma&#238;tre du feu&#034;. La magie primitive et le chamanisme impliquent la &#034;ma&#238;trise du feu&#034;, soit que l'homme-m&#233;decine puisse toucher impun&#233;ment &#224; la braise, soit qu'il puisse produire, dans son propre corps, une &#034;chaleur int&#233;rieure&#034; qui le rend &#034;br&#251;lant&#034;, &#034;ardent&#034;, lui permettant ainsi de r&#233;sister au froid extr&#234;me&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, 1977, p. 65.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons ici surtout dans ces rites les restes de matriarcat, et notamment dans le fait que le pouvoir du chaman r&#233;side dans l'identification de celui-ci &#224; la m&#232;re et &#224; son pouvoir de procr&#233;ation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;D'apr&#232;s les mythes de certains peuples archa&#239;ques, &#233;crit par exemple M. Eliade, les Femmes Ailleules poss&#233;daient &#034;naturellement&#034; le feu dans leurs organes g&#233;nitaux ; elles en tiraient parti pour cuire leur nourriture, mais le cachaient aux hommes. Ces derniers r&#233;ussirent n&#233;anmoins &#224; s'en emparer par ruse&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Eliade souligne tr&#232;s clairement que &#034;ces mythes [m&#233;tallurgiques] refl&#232;tent aussi bien des r&#233;miniscences d'une id&#233;ologie matriarcale que le fait que, produit par le frottement de deux morceaux de bois, c'est-&#224;-dire par leur &#034;union sexuelle&#034;, le feu &#233;tait con&#231;u comme se trouvant &#034;naturellement&#034; dans le morceau qui repr&#233;sentait la femelle&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le passage au patriarcat, la femme devient une &#034;sorci&#232;re&#034; et les hommes, finalement parvenus &#224; &#034;ma&#238;triser le feu&#034; deviennent les sorciers &#034;plus puissants&#034;. Ce sont les hommes, &#034;sorciers&#034;, chamans, ou forgerons, qui d&#233;sormais ma&#238;trisent le feu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Universellement, les primitifs se repr&#233;sentent le pouvoir magico-religieux comme, &#034;br&#251;lant&#034; et l'expriment par des termes qui signifient &#034;chaleur&#034;, br&#251;lure&#034;, &#034;tr&#232;s chaud&#034;, etc. C'est d'ailleurs pourquoi les magiciens et les sorciers boivent de l'eau sal&#233;e ou piment&#233;e et mangent des plantes extr&#234;mement piquantes : ils veulent augmenter ainsi leur &#034;chaleur&#034; int&#233;rieure&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, 1977, p. 66.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'apr&#232;s les mythes de certains peuples archa&#239;ques, les femmes poss&#233;daient &#034;naturellement&#034; le feu dans leurs organes g&#233;nitaux, le sens de l'augmentation de la chaleur int&#233;rieure requise pour tout chaman ou magicien quel qu'il soit ne doit faire aucun doute : il s'agit d'une identification &#224; la m&#232;re dans la procr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, les rites et sacrifices corr&#233;latifs de ce passage du matriarcat au patriarcat d&#233;montrent la r&#233;gularit&#233; du motif d&#233;gag&#233; par Jacques Lacan, selon laquelle le d&#233;sir de ma&#238;trise de ces techniques m&#233;tallurgiques nouvelles, n'est pas sans rappeler le d&#233;sir premier refoul&#233; : celui de l'union avec la m&#232;re. Initiations, rites et sacrifices sont l&#224; pour nous rappeler combien un tel d&#233;sir comporte le danger d'en revenir &#224; la relation primordiale &#224; la M&#232;re ; en d'autres termes, &#224; l'ali&#233;nation primitive, &#224; l'absorption et au retour dans le sein maternel et au corps morcel&#233;. C'est ce que nous livrent tr&#232;s clairement les sc&#233;narios de certaines initiations chamaniques, durant lesquels, en &#034;r&#234;ves&#034; ou &#034;hallucinations initiatiques&#034;, les r&#233;cipiendaires sont confront&#233;s &#224; &#034;leur mise en pi&#232;ces&#034; par des &#034;d&#233;mons&#034;-ma&#238;tres de l'initiation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Un chaman yakoute a vu, durant sa maladie initiatique, ses membres d&#233;tach&#233;s et s&#233;par&#233;s avec un crochet de fer par les d&#233;mons ; apr&#232;s toutes sortes d'op&#233;rations (nettoyage des os, raclage des chairs, etc.), les d&#233;mons ont rassembl&#233; ses os et les ont jointoy&#233;s avec du fer. Un autre chaman a eu le corps coup&#233; en petits morceaux par l'Oiseau-de-Proie-M&#232;re, qui avait un bec en fer, des serres crochues et des plumes de fer. Un autre a &#233;t&#233; berc&#233;, pendant ses hallucinations initiatiques, dans un berceau de fer. Enfin, d'un long r&#233;cit autobiographique d'un chaman avam-samoy&#232;de, d&#233;tachons cet &#233;pisode : le futur chaman se vit p&#233;n&#233;trer, pendant sa maladie initiatique, &#224; l'int&#233;rieur d'une montagne, il aper&#231;ut l&#224; un homme nu man&#339;uvrant un soufflet. Sur le feu se trouvait une chaudi&#232;re. L'homme nu le saisit avec une &#233;norme tenaille, lui coupa la t&#234;te, lui fractionna le corps en petits morceaux et jeta le tout dans la chaudi&#232;re, en l'y laissant cuire pendant trois ans. Dans la caverne, il y avait aussi trois enclumes, et l'homme nu forgea sa t&#234;te sur la troisi&#232;me, celle qui lui servait &#224; forger les meilleurs chamans. Ensuite, il rep&#234;cha ses os, les rassembla et les recouvrit de chairs&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, p. 70.&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Membres d&#233;tach&#233;s&#034;, &#034;corps coup&#233;&#034; et &#034;fractionn&#233;&#034; en &#034;petits morceaux&#034;, corps &#034;berc&#233;&#034; dans un &#034;berceau de fer&#034;, p&#233;n&#233;tration &#224; &#034;l'int&#233;rieur d'une montagne&#034;, dans une &#034;caverne&#034;, dans une &#034;chaudi&#232;re&#034; : n'est-ce pas l&#224; les fantasmes que Lacan nous d&#233;crit comme corr&#233;latifs de la relation primordiale &#224; la m&#232;re, le d&#233;sir premier, incestueux et an&#233;antissant ? Tous ces rituels comme les sacrifices ne semblent vouloir nous dire qu'une seule chose : il faut que tu saches que v&#233;ritablement d&#233;sirer, c'est d&#233;sirer le d&#233;sir premier, le d&#233;sir incestueux. C'est, dirons-nous, certainement le sens originaire du &#034;Connais-toi toi-m&#234;me&#034; du Temple d'Apollon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; cet &#034;Oiseau-de-Proie-M&#232;re&#034;, avec &#034;un bec en fer, des serres crochues et des plumes de fer&#034;, n'est-ce pas l&#224; la fameuse Sphinge du Mythe &#339;dipien dont Lacan insiste pour nous le faire entendre comme reste du matriarcat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ils liront, dans plus d'un mythe, qu'&#224; l'av&#232;nement de l'autorit&#233; paternelle r&#233;pond un temp&#233;rament de la primitive r&#233;pression sociale. Lisible dans l'ambigu&#239;t&#233; mythique du sacrifice d'Abraham, qui au reste le lie formellement &#224; l'expression d'une promesse, ce sens n'appara&#238;t pas moins dans le mythe de l'&#338;dipe, pour peu qu'on ne n&#233;glige pas l'&#233;pisode du Sphinx, repr&#233;sentation non moins ambigu&#235; de l'&#233;mancipation des tyrannies matriarcales, et du d&#233;clin du rite du meurtre royal. Quelle que soit leur forme, tous ces mythes se situent &#224; l'or&#233;e de l'histoire, bien loin de la naissance de l'humanit&#233; dont les s&#233;parent la dur&#233;e imm&#233;moriale des cultures matriarcales et la stagnation des groupes primitifs&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lacan, 1938.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Qu'est-ce qu'un P&#232;re ?&#034; Voil&#224; la question &#224; laquelle Freud aura tent&#233; d'apporter r&#233;ponse, mais &#224; laquelle Ren&#233; Girard aura renonc&#233; de r&#233;pondre. D&#232;s 1960, pourtant, Jacques Lacan nous avait d&#233;j&#224; averti : &#034;C'est le p&#232;re mort, r&#233;pond Freud, mais personne ne l'entend&#034; (Lacan, Ecrits II, Seuil, Paris, 1971, p 173). Et, ajoutait-il, une fois ceci compris, &#034;le tombeau de Mo&#239;se est aussi vide pour Freud que celui du Christ pour... &#034;Hegel&#034;, disait Lacan, mais il aurait pu ici citer Girard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, Op. Cit., 1971, p 181.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se lacanienne est-elle aussi &#233;loign&#233;e de celle de Freud que d'aucuns se complaisent &#224; le croire ? Certainement pas aux vues des derniers remaniements de l'hypoth&#232;se freudienne de &#034;Totem et tabou&#034;, que l'inventeur de la psychanalyse nous l&#232;gue dans son ouvrage testamentaire : &#034;L'Homme Mo&#239;se et le monoth&#233;isme&#034;. Selon un processus tardif interpr&#233;t&#233; comme un &#034;retour du refoul&#233;&#034;, Freud reconna&#238;t en effet qu'une &#034;organisation patriarcale&#034; succ&#233;da &#224; une &#034;organisation matriarcale&#034; de la soci&#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Sous l'influence de conditions ext&#233;rieures qu'il ne nous appartient pas d'&#233;tudier ici et qui d'ailleurs ne sont pas toutes bien connues, une organisation patriarcale de la soci&#233;t&#233; succ&#233;da &#224; l'organisation matriarcale, ce qui naturellement provoqua un grand bouleversement des lois alors en vigueur. Il nous semble percevoir comme un &#233;cho de cette r&#233;volution dans l'Orestie d'Eschyle. Mais ce bouleversement, ce passage de la m&#232;re au p&#232;re a un autre sens encore : il marque une victoire de la spiritualit&#233; sur la sensualit&#233; et par l&#224; un progr&#232;s de la civilisation. En effet, la maternit&#233; est r&#233;v&#233;l&#233;e par les sens, tandis que la paternit&#233; est une conjecture bas&#233;e sur des d&#233;ductions et des hypoth&#232;ses. Le fait de donner ainsi le pas au processus cogitatif sur la perception sensorielle fut lourd de cons&#233;quences&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mo&#239;se, p. 106.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'&#233;crivait Freud, au moment m&#234;me o&#249; l'article de Jacques Lacan &#233;tait publi&#233; dans l'Encyclop&#233;die fran&#231;aise, c'est-&#224;-dire en 1938. Mais quelles sont, pour notre sujet, ces cons&#233;quences ? Freud, frayant la voie au &#034;Nom du P&#232;re&#034; de Jacques Lacan, l'exprimait d&#233;j&#224; tr&#232;s clairement en 1939 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Rel&#233;guer au second plan les perceptions sensorielles directes en donnant le pas aux souvenirs, aux d&#233;ductions, aux r&#233;flexions, tous processus intellectuels tenus pour sup&#233;rieurs, c'est d&#233;cider, par exemple, que la paternit&#233;, bien que les sens ne la puissent d&#233;celer, est plus importante que la maternit&#233;. C'est pourquoi le fils porte le nom de son p&#232;re et en h&#233;rite&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mo&#239;se, p. 106-111.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rel&#233;guer au second plan &#034;les perceptions sensorielles directes&#034;, c'est ici - traduit pour notre propos -, permettre de sortir de l'imaginaire et de la violence fantasmatique qui dans l'inconscient lui est corr&#233;lative, par le symbolique du souffle et de la parole. Car &#034;ne savons-nous pas qu'aux confins o&#249; la parole se d&#233;met, commence le domaine de la violence, et qu'elle y r&#232;gne d&#233;j&#224;, m&#234;me sans qu'on l'y provoque&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Lacan, Introduction au commentaire de jean Hyppolite sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Girard, La violence et le sacr&#233;, Grasset, Paris, 1972, p 318.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, L'homme Mo&#239;se et la religion monoth&#233;iste, Gallimard, Paris, 1986, p 170.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, Op. Cit., 1986, pp. 171-172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, Op. Cit., 1986, pp. 171-172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Lacan, &#034;La signification du phallus&#034;, dans Op. Cit., 1971, p 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, La violence et le sacr&#233;, Grasset, Paris, 1972, p 283.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 287.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 286.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit. p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p. 292.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 293.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 313.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 313.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 314.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., pp. 316-317.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 295.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 320.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., pp. 320-321.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 294.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 312.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;Table d'h&#244;te&#034;, pr&#233;face &#224; S. Freud, Op. Cit., 1988, p 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud, La parano&#239;a Schreber, p. 324.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lacan, 1938.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund FREUD, Le tabou de la virginit&#233; [1918], La vie sexuelle, Chap. IV : Contributions &#224; la psychologie de la vie amoureuse, Section III, Paris, PUF, 1969, pp. 66-80), &#338;uvres compl&#232;tes, vol. XV, PUF, Paris, pp. 72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Eliade, 1977, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, 1977, pp. 24-26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, 1977, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, 1977, p. 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, 1977, p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, 1977, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, p. 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lacan, 1938.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Lacan, Op. Cit., 1971, p 181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mo&#239;se, p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mo&#239;se, p. 106-111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Lacan, Introduction au commentaire de jean Hyppolite sur la &#034;Verneinung&#034;, 10 f&#233;vrier 1954&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est une premi&#232;re version d'un article ensuite publi&#233; dans &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Psychologie-de-la-violence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Psychologie de la violence&lt;/a&gt;, (sous la dir. de Christophe Bormans et Guy Massat), &#201;d. Studyrama, Paris, pp. 63-78.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nous sommes tous... &#171; des petits hommes fait d'esprit Schreber &#187;</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Nous-sommes-tous-des-petits-hommes.html</link>
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		<dc:date>2003-06-26T16:20:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Ne t'imagine pas que la raison puisse cro&#238;tre et s'&#233;lever jusqu'&#224; pouvoir conna&#238;tre Dieu. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ma&#238;tre Eckhart, De la naissance &#233;ternelle. &lt;br class='autobr' /&gt; Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
En conclusion d'une lettre dat&#233;e du 9 octobre 1918, Freud donne &#224; entendre &#224; son correspondant, qui n'est autre que le Pasteur Oskar PFISTER, une &#233;nigme digne de celle que la Sphinge de la mythologie grecque pose au h&#233;ros de Th&#232;bes, OEdipe : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Mais &#224; propos, comment se fait-il que la psychanalyse n'ait pas &#233;t&#233; d&#233;couvert par l'un de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Articles-psychanalyse-.html" rel="directory"&gt;Articles psychanalyse&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton46-fbfb5.jpg?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Ne t'imagine pas que la raison puisse cro&#238;tre et s'&#233;lever jusqu'&#224; pouvoir conna&#238;tre Dieu. &#187;&lt;br&gt;
Ma&#238;tre Eckhart, &lt;i&gt;De la naissance &#233;ternelle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion d'une lettre dat&#233;e du 9 octobre 1918, Freud donne &#224; entendre &#224; son correspondant, qui n'est autre que le Pasteur Oskar PFISTER, une &#233;nigme digne de celle que la Sphinge de la mythologie grecque pose au h&#233;ros de Th&#232;bes, OEdipe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Mais &#224; propos, comment se fait-il que la psychanalyse n'ait pas &#233;t&#233; d&#233;couvert par l'un de tous ces hommes pieux, pourquoi a-t-on attendu que ce f&#251;t un juif tout &#224; fait ath&#233;e ?&#034; (E. Jones, La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud, vol. 2 : 1901-1919, PUF, Paris, 1961, p. 479).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi cette question fonctionne-t-elle comme une &#233;nigme ? Par ce que, tout simplement, Freud y donne quelque chose &#224; deviner, d'apr&#232;s une description faite en des termes ambigus. C'est l&#224;, la d&#233;finition d'une &#233;nigme. L'ambigu&#239;t&#233; de Freud est certaine : d'une part, il revendique comme fondamentale son appartenance &#224; la tradition fondatrice de la religion monoth&#233;iste, tout en s'avouant tout &#224; la fois ath&#233;e convaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;nigme vient du latin &#034;&#338;nigma&#034;, dont l'&#233;criture noue le E dans le O, comme Serge Gainsbourg l'avait astucieusement fait remarquer dans sa c&#233;l&#232;bre chanson, &#224; propos du E et du A de L&#230;titia. C'est que dans un &#338;dipe tout comme dans une &#338;nigma, quelque chose ne peut se dire autrement que par un serrage particulier qui est de l'ordre du nouage. C'est &#224; ce quelque chose qui ne peut se dire, que le terme de croyance doit n&#233;cessairement renvoyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La croyance, en effet, est une action, le fait de croire une chose vraie, vraisemblable ou possible. Or, par d&#233;finition, ce caract&#232;re &#034;possible&#034; ne se r&#233;f&#232;re qu'&#224; un &#034;impossible&#034;. Quel est cet impossible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet impossible, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que Freud appelait l'inconscient et ce que Jacques Lacan, quant &#224; lui, nommera le r&#233;el. &#192; cette diff&#233;rence pr&#232;s d'avec la d&#233;finition courante, que cet impossible n'est pas &#034;quelque chose&#034;, autrement dit n'est pas une chose, mais bien une parole, quelque chose &#224; dire. Avec l'indicible nous nous trouvons donc bien plong&#233; d'embl&#233;e au c&#339;ur de la croyance et de la psychanalyse. Cependant, reconna&#238;tre qu'il y ait du r&#233;el, c'est-&#224;-dire de l'indicible, n'est pas suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#192; vrai dire, ce qui compte ici n'est pas tant le fait de reconna&#238;tre cet indicible, que son mode de reconnaissance ou d'appr&#233;hension. Nous entrons &#224; ce moment-l&#224;, dans le registre de l'imaginaire et du symbolique qui font bord avec le r&#233;el. Ce nouage singulier entre le r&#233;el, le symbolique et l'imaginaire, c'est ce que la psychanalyse appelle la structure psychique, laquelle se confond avec la structure du fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour traiter de notre sujet, il sera par cons&#233;quent n&#233;cessaire de pr&#233;senter dans un premier temps ce qu'est pr&#233;cis&#233;ment le fantasme pour la psychanalyse, celui-ci ne se laissant nullement confondre avec ce que l'on appelle, dans le langage courant, des fantaisies. &#192; la suite de cette pr&#233;cision, nous verrons dans un deuxi&#232;me temps, que si la psychanalyse a bien quelque chose &#224; dire sur la croyance, ce n'est pas tant d'un point de vue philosophique, comme une certaine conception de l'&#339;uvre de Freud pourrait pourtant le laisser penser, que d'un strict point de vue clinique. Nous &#233;tudierons &#224; cette occasion le cas dit du Pr&#233;sident Schreber, dont nous tenterons de tirer les cons&#233;quences ad&#233;quates en ce qui concerne la travers&#233;e du fantasme, exp&#233;rience pr&#233;alable incontournable &#224; toute appr&#233;hension v&#233;ritable de notre sujet : croyance et psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'indicible et le fantasme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour user d'une m&#233;taphore qui sera tout de suite parlante, l'on peut dire que le fantasme est un bouchon qui vient combler un vide, un manque, disons une diff&#233;rence incommensurable, radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le fantasme soit un bouchon, veut d'abord dire qu'il va tenter d'&#233;pouser la forme d'un goulot - fut-il souvent d'&#233;tranglement -, un goulot d'une bouteille elle-m&#234;me n&#233;cessairement imaginaire, que ce bouchon, ce fantasme se proposerait de reboucher. C'est-&#224;-dire que ce bouchon va donner une forme suppos&#233;e, &#224; ce qui n'est que vide et diff&#233;rence absolue. Or, les deux diff&#233;rences radicales auxquelles l'homme est confront&#233; sont la diff&#233;rence des sexes et celles des g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour le jeune enfant, pour la premi&#232;re fois mis en face de cette diff&#233;rence premi&#232;re, un v&#233;ritable gouffre s'ouvre, gouffre qu'il va d'abord s'empresser de combler (refoulement), nier (perversion) ou de forclore (psychose), c'est-&#224;-dire de consid&#233;rer comme nul et non avenu. L'on peut donc d'embl&#233;e ent&#233;riner que le choix de la n&#233;vrose ou de la structure psychique, est d&#233;termin&#233; par, ou se confond avec la structure du fantasme. Bref, ce que l'on appelle la personnalit&#233; n'est finalement pas autre chose que l'allure, toujours particuli&#232;re, de notre fantasme fondamental, mis en place par rapport &#224; ce vide sans fond. La personnalit&#233; n'est pas autre chose que notre rapport &#224; la diff&#233;rence radicale, ce que l'on peut nommer d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rique du terme de castration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque cette diff&#233;rence &#224; laquelle nous nous trouvons in&#233;vitablement confront&#233;s s'exprime par la diff&#233;rence des g&#233;n&#233;rations, deux types de fantasmes peuvent venir boucher, combler cette b&#233;ance, cette diff&#233;rence absolue. Puisque la diff&#233;rence des g&#233;n&#233;rations se traduit essentiellement par le fait que l'enfant ne peut lui-m&#234;me se concevoir en aucune mani&#232;re, le fantasme qui va venir combler cette b&#233;ance, cette diff&#233;rence absolue, mettra en sc&#232;ne son auto-engendrement, soit avec sa propre m&#232;re ou son propre p&#232;re, soit avec les deux. Le fantasme incestueux (s&#233;duction) ou le fantasme dit de la &#034;sc&#232;ne primitive&#034; vient en ce cas obstruer la b&#233;ance, l'indicible de la cr&#233;ation et de la diff&#233;rence des g&#233;n&#233;rations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque cette diff&#233;rence &#224; laquelle nous nous trouvons constamment confront&#233;s se pr&#233;sente sous la forme de la diff&#233;rence des sexes, le fantasme qui vient boucher, obstruer cette diff&#233;rence radicale est dit fantasme de castration. Il s'ensuit que la crainte du p&#232;re aussi bien que le d&#233;sir pour ce m&#234;me p&#232;re, vient tout aussi bien suturer cette op&#233;ration qu'on lui attribue. Il est bien &#233;vident que dans la logique (topologique) dans laquelle nous nous trouvons craintes et d&#233;sirs n'ont ici rien de contradictoire, et peuvent parfaitement se condenser, s'associer, puisqu'ils sont identiques par rapport au but qu'ils se proposent : combler la diff&#233;rence des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La forme que prend ce fantasme de castration peut elle-m&#234;me, encore une fois, en prendre plusieurs, une infinit&#233;. Un fantasme sadique ou masochiste fera tout autant l'affaire qu'un fantasme de perte de l'objet (sein, f&#232;ces). L'on voit ici comment le rapport &#224; la castration qu'aura v&#233;cue et entretenue le sujet dans sa propre historicit&#233;, mod&#232;le sa personnalit&#233; et sculpte r&#233;ellement sa structure psychique inconsciente. C'est ce que Jacques Lacan exprime d'une mani&#232;re hautement po&#233;tique dans un passage de son texte pr&#233;sent&#233; en 1953 au congr&#232;s de Rome :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marqu&#233; par un blanc ou occup&#233; par un mensonge : c'est le chapitre censur&#233;. Mais la v&#233;rit&#233; peut &#234;tre retrouv&#233;e ; le plus souvent d&#233;j&#224; elle est &#233;crite ailleurs. &#192; savoir :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans les monuments : et ceci est mon corps, c'est-&#224;-dire le noyau hyst&#233;rique de la n&#233;vrose o&#249; le sympt&#244;me hyst&#233;rique montre la structure d'un langage et se d&#233;chiffre comme une inscription qui, une fois recueillie, peut sans perte grave &#234;tre d&#233;truite ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans les documents d'archives aussi : et ce sont les souvenirs de mon enfance, imp&#233;n&#233;trables aussi bien qu'eux, quand je n'en connais pas la provenance ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans l'&#233;volution s&#233;mantique : et ceci r&#233;pond au stock et aux acceptions du vocabulaire qui m'est particulier, comme au style de ma vie et &#224; mon caract&#232;re ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans les traditions aussi, voire dans les l&#233;gendes qui sous une forme h&#233;ro&#239;s&#233;e v&#233;hiculent mon histoire ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans les traces, enfin, qu'en conservent in&#233;vitablement les distorsions, n&#233;cessit&#233;es par le raccord du chapitre adult&#233;r&#233; dans les chapitres qui l'encadrent, et dont mon ex&#233;g&#232;se r&#233;tablira le sens &#187; (Jacques Lacan, Fonction et champ du langage et de la parole en psychanalyse , &#201;crits, Seuil, 1966, Paris, p. 259).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bien &#233;videmment, notre pr&#233;sentation a mis l'accent sur le caract&#232;re nettement s&#233;par&#233; de ce que Freud appelle les fantasmes fondamentaux. D'un point de vue plus rigoureux, l'on pourrait soutenir que diff&#233;rence des g&#233;n&#233;rations et diff&#233;rence des sexes ne sont que les deux faces d'une m&#234;me pi&#232;ce de monnaie, tant il est vrai que sans diff&#233;rence des sexes, il n'y aurait pas, &#224; proprement parler, de diff&#233;rence des g&#233;n&#233;rations. C'est toute la force du mythe d'&#338;dipe que de mettre en &#233;vidence ce nouage fondamental entre les deux diff&#233;rences radicales auxquelles chaque sujet se trouve confront&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qu'elle adresse &#224; &#338;dipe une question sur les trois temps de l'homme, l'enfant, le p&#232;re et le grand-p&#232;re (&#034;Quel est l'&#234;tre qui marche tant&#244;t &#224; deux pattes, tant&#244;t &#224; trois, tant&#244;t &#224; quatre, et qui, contrairement &#224; la loi g&#233;n&#233;rale, est le plus faible quand il a le plus de pattes ?&#034;), la Sphinge, monstre &#224; moiti&#233; lion et &#224; moiti&#233; femme, autrement dit m&#234;lant all&#232;grement le masculin et le f&#233;minin, confronte d'embl&#233;e &#338;dipe &#224; la diff&#233;rence des sexes et &#224; celle des g&#233;n&#233;rations, pour lui-m&#234;me et pour l'Autre. De cette &#233;nigme, c'est-&#224;-dire ce questionnement sur la diff&#233;rence radicale, il en d&#233;coule logiquement qu'au fur et &#224; mesure que le Sphinx se jette dans le pr&#233;cipice, &#338;dipe va quant &#224; lui, se pr&#233;cipiter dans l'inceste et l'autocastration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; les fantasmes originaires (Urphantasien) de Freud, qu'il faut bien prendre soin de diff&#233;rencier des sc&#233;narii et fantaisies diurnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque est ici fondamentale pour notre sujet. Que cette diff&#233;rence soit un r&#233;el indicible, cela veut tout d'abord dire que le fantasme est soumis &#224; interpr&#233;tation et d'embl&#233;e collectif et, d'autre part, que toute explication, fut-elle rationnelle, de cette diff&#233;rence, participe de ce fantasme. Telle th&#233;orie math&#233;matique, telle religion ou tel mythe peut venir, en ce qu'il en propose une interpr&#233;tation, participer de ce fantasme. Cependant, c'est l&#224; qu'il est n&#233;cessaire de bien distinguer l'obstruction pure et simple de cette diff&#233;rence, du questionnement de sa logique et de ses cons&#233;quences, dans le respect de la b&#233;ance qui nous cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une certaine conception de la psychanalyse n'&#233;chappe pas elle-m&#234;me &#224; cette critique, bien entendu. Cependant, toute la rigueur d'une v&#233;ritable exp&#233;rience du divan se laisse traduire en des termes d'une simplicit&#233; d&#233;concertante : la cure analytique vise &#224; ce que, en surmontant ses r&#233;sistances, qui ne sont finalement que r&#233;sistances &#224; l'&#233;vocation du fantasme, le sujet travaille cet imaginaire par le symbolique, afin d'en d&#233;gager sa logique dans le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ce que l'on appelle &#034;roman familial&#034;, &#034;roman individuel du n&#233;vros&#233;&#034; ou &#034;th&#233;ories sexuelles infantiles&#034;, ne sont-elles nullement &#224; corriger, tant l'adulte ou l'enfant tentent-il par ce biais imaginaire et plus ou moins conscient, d'&#233;laborer un rapport &#224; l'unique et seul v&#233;ritable traumatisme : la diff&#233;rence radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, il est clair qu'il n'y a pas de diff&#233;rence de principe entre le traumatisme et le fantasme. Pour peu que l'on veuille bien entendre le trauma pour ce qu'il est, &#224; savoir - si nous tentons de l'attraper d'un point de vue &#233;tymologique -, issue de la racine indo-europ&#233;enne &#034;ter&#034; qui signifie l'id&#233;e de &#034;tordre&#034;, donnant en grec, &#034;trauma&#034; (blessure). Ce qui nous permet de saisir d'embl&#233;e toute la pertinence de la topologie des n&#339;uds et de la torsion lacanienne, v&#233;ritable &#233;criture du r&#233;el du fantasme. En ce sens - et cette fois, par une appr&#233;hension bas&#233;e sur la similitude des sons et des phon&#232;mes -, le fantasme est le v&#233;ritable &#034;trou-matisme&#034;. C'est ce que Jacques Lacan exprimait en soulignant que &#034;La sexualit&#233; fait trou dans le r&#233;el&#034; (Jacques LACAN, &#034;L'&#201;veil du printemps&#034;, dans F. Wedekind, Th&#233;&#226;tre, pp. 9-12, Gallimard, Paris, 1974, p. 10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci n'est ni plus ni moins que ce qu'affirme Freud s'appuyant sur sa propre exp&#233;rience. Les questions traditionnelles que se pose, ou s'est un jour pos&#233; chacun d'entre nous, &#224; savoir &#034;d'o&#249; viennent les enfants ?&#034;, &#034;ai-je &#233;t&#233; adopt&#233; ?&#034;, &#034;si ma m&#232;re n'&#233;tait pas ma m&#232;re ?&#034;, &#034;si mon p&#232;re n'&#233;tait pas mon p&#232;re ?&#034;, etc., o&#249;, selon l'expression m&#234;me de Freud, &#034;se m&#234;lent le juste et le faux&#034; (Sigmund FREUD par lui-m&#234;me [1952], Gallimard, Paris, 1984, p. 62), sont autant de fantaisies conscientes ne devant &#234;tre soumises &#224; aucune remise en cause de la part du th&#233;rapeute mais qui doivent pouvoir s'ouvrir dans la perspective d'un serrage toujours plus rigoureux des v&#233;ritables fantasmes inconscients &#034;incapables&#034; quant &#224; eux &#034;de devenir conscients&#034; (Sigmund FREUD, &#034;L'Inconscient&#034;, M&#233;tapsychologie, Gallimard, Paris, 1968).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but de l'analyse est encore une fois ici r&#233;affirm&#233; par Freud en conclusion de l'Interpr&#233;tation des r&#234;ves : &#224; savoir ramener &#034;&#224; leur expression la derni&#232;re et la plus vraie&#034;, &#034;cette forme d'existence particuli&#232;re&#034; qu'est la r&#233;alit&#233; psychique inconsciente et fantasmatique, laquelle ne saurait nullement se confondre avec la r&#233;alit&#233; &#034;mat&#233;rielle&#034; ou consciente. Sur cette voie, nous sommes d&#233;sormais en droit de nous demander ce que la psychanalyse peut apporter au sujet de la croyance et de son &#233;nigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il &#233;tait une &#171; foi &#187; : le Pr&#233;sident Schreber&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que Freud pose &#224; son correspondant dans la lettre que nous citions en introduction de ce texte, n'est pas, bien entendu, rest&#233;e sans r&#233;ponse. Deux semaines plus tard, le 29 octobre 1918, le Pasteur Oskar Pfister prend sa plume et r&#233;pond au ma&#238;tre viennois en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout d'abord vous n'&#234;tes pas juif, ce que mon extr&#234;me admiration pour Amos, Isa&#239;e, J&#233;r&#233;mie, et les hommes qui compos&#232;rent le livre de Job et les Proph&#232;tes, me fait bien regretter ; ensuite vous n'&#234;tes pas aussi ath&#233;e que vous pr&#233;tendez l'&#234;tre, car celui qui lutte pour la v&#233;rit&#233;, pour la lib&#233;ration de l'amour, &#034;demeure en Dieu&#034; (Premi&#232;re &#201;p&#238;tre de Jean, IV, 16). Si vous laissiez fusionner votre propre &#339;uvre avec la grande harmonie de l'Univers de la m&#234;me fa&#231;on que les notes d'une symphonie de Beethoven se fondent en un tout musical, je pourrais dire de vous : &#034;Il n'y eut jamais de meilleur chr&#233;tien&#034; &#187; (O. Pfister, dans E. Jones, La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud, vol. 2 : 1901-1919, PUF, Paris, 1961, p. 479).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une &#233;nigme, le Pasteur Pfister r&#233;pond tout simplement en inversant la d&#233;termination : vous n'&#234;tes pas juif, vous &#234;tes chr&#233;tien sans le savoir, semble r&#233;pondre le Pasteur suisse : en d'autres termes, vous n'&#234;tes certainement pas ath&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est certes habile, mais elle laisse l'&#233;nigme irr&#233;solue, voire intacte, tant il est vrai que la r&#233;ciproque d'une &#233;nigme reste une &#233;nigme. En outre, elle semble aller &#224; l'encontre de toute l'&#339;uvre de Freud qui, toute sa vie durant, a sembl&#233; vouloir d&#233;noncer le caract&#232;re n&#233;vrotique et obsessionnel de toute croyance. On citera ici : Actes obsessionnels et actes religieux (1907), Totem et tabou (1912), l'Avenir d'une illusion (1927), Malaise dans la civilisation (1929) et, enfin, sa derni&#232;re &#339;uvre et son v&#233;ritable testament, Mo&#239;se et le monoth&#233;isme (1938). La plupart de ces textes semblent d&#233;sormais faire partie int&#233;grante du bagage culturel de tout &#233;tudiant, de la culture int&#233;grale de tout bachelier, en ce qu'ils sont inscrits au programme de philosophie du baccalaur&#233;at. Bref, ils sont incorpor&#233;s au corpus philosophique du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a en effet, tendance &#224; s'attarder beaucoup trop sur les textes les plus th&#233;oriques de Freud, au d&#233;triment de ses textes les plus &#034;analytiques&#034;, bas&#233;s sur les &#233;tudes de cas. Or, si originalit&#233; du texte freudien il y a, elle n'est pas tant &#224; chercher dans les textes de vulgarisation - certes, de grande envergure -, que dans ses premiers textes qui restent d'une richesse incomparable et d'un enseignement in&#233;galable pour qui s'int&#233;resse d'un peu plus pr&#232;s &#224; l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la croyance, un cas m&#233;rite d'embl&#233;e tout notre int&#233;r&#234;t, c'est celui, dit, du Pr&#233;sident Schreber. Ce cas est d'autant plus crucial pour le sujet qui nous int&#233;resse, que Freud commence &#224; y travailler en 1910, l'ann&#233;e m&#234;me de la fondation de l'Association Internationale de Psychanalyse (IPA) au congr&#232;s international de psychanalyse de Nuremberg. Il le r&#233;digera finalement en octobre 1910, apr&#232;s avoir abandonn&#233;, pendant l'&#233;t&#233;, le projet de publier cette &#233;tude avec S. Ferenczi, qu'il consid&#232;re alors pourtant comme son fils spirituel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, Freud n'a jamais rencontr&#233; physiquement le Pr&#233;sident Schreber. C'est par le biais d'une &#201;criture, au sens sacr&#233; qu'il faut accorder &#224; ce terme, qu'il s'est confront&#233; &#224; ce cas. V&#233;ritable testament du Pr&#233;sident Schreber, ses fameuses M&#233;moires d'un n&#233;vropathe furent r&#233;dig&#233;es de sa main en 1900, au moment m&#234;me o&#249; Freud rendait compte de sa propre exp&#233;rience analytique au travers de son Interpr&#233;tation ses r&#234;ves. S'il y a donc bien t&#233;moignage de cette exp&#233;rience extraordinaire qu'est la d&#233;couverte de l'inconscient et de psychanalyse, elle est bien constitu&#233;e par l'exp&#233;rience d'un homme, le Pr&#233;sident Schreber, lequel, pr&#233;cis&#233;ment, s'est trouv&#233; confront&#233; lors de sa maladie &#224; l'&#233;nigme que pose Freud au Pasteur PFISTER : d'abord non croyant, Dieu finit par lui &#234;tre r&#233;v&#233;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute sa vie durant, en effet, le pr&#233;sident Schreber avait &#233;t&#233; d'un naturel calme, sans passion, &#034;d'esprit clair et s&#233;rieux, et dont les dispositions individuelles allaient bien plus vers la critique raisonnable et froide que vers l'activit&#233; cr&#233;atrice d'une imagination d&#233;brid&#233;e&#034;. Sa jeunesse n'avait nullement &#233;t&#233; celle d'un po&#232;te, bien qu'il se soit parfois essay&#233; de temps en temps, &#034;lors de petites occasions familiales, pr&#233;cise-t-il, &#224; des vers de circonstances&#034;. Il pr&#233;f&#233;rait de loin s'occuper des sciences de la nature et &#233;tait passionn&#233; de ce que l'on appelait &#224; l'&#233;poque la science moderne de l'&#233;volution. M&#234;me s'il pensait que l'&#233;volutionnisme ou le mat&#233;rialisme ne pourrait jamais v&#233;ritablement donner le dernier mot sur ce qu'il en est des choses divines, il &#233;tait cependant logique qu'il en vienne &#224; douter &#034;de la v&#233;rit&#233; litt&#233;rale de ce que nous enseigne la religion chr&#233;tienne&#034;. Il n'avait jamais cru bon, pour autant, de d&#233;nigrer la religion, ou de m&#233;priser &#034;ceux qui avaient eu le bonheur de pouvoir garder dans l'&#226;ge m&#251;r la foi d'un pieux enfant&#034;. Mais peu enclin &#224; &#034;l'effusion religieuse&#034;, il n'avait jamais &#233;t&#233; &#034;un vrai croyant au sens de notre religion positive&#034;, c'est-&#224;-dire qu'il ne s'&#233;tait jamais d&#233;cid&#233; &#224; croire fermement en &#034;l'existence d'un Dieu&#034; ou &#224; &#034;soutenir cette foi&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; la suite de ce qu'il a tout d'abord appel&#233; un &#034;surmenage intellectuel&#034;, ce que l'on range aujourd'hui volontiers du qualificatif g&#233;n&#233;rique de &#034;stress&#034;, et que l'on &#233;carte d'un antid&#233;presseur sens&#233; &#234;tre savamment dos&#233; par le m&#233;decin traitant, le Pr&#233;sident Schreber s'est tout simplement vu Dieu r&#233;v&#233;l&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Certes, l'homme avait d&#233;j&#224; eu, neuf ans auparavant, une premi&#232;re alerte. Juriste renomm&#233;, il s'&#233;tait pr&#233;sent&#233; aux &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e nationale allemande (Reichtag). &#192; la suite de son &#233;chec, il avait connu une courte mais assez grave phase hypocondriaque. Mettant cette maladie sur le compte de sa d&#233;ception, il passa ensuite en parfaite sant&#233; une longue p&#233;riode de bonheur et de tranquillit&#233; avec sa femme. Huit ans apr&#232;s, cependant, au d&#233;but d'un &#233;t&#233; qui s'annon&#231;ait paisible, il apprend qu'il est nomm&#233; Pr&#233;sident de Chambre &#224; la cour d'appel de Dresde, et qu'il devra prendre ses fonctions &#224; la rentr&#233;e prochaine, en octobre. C'est pour lui, &#224; n'en pas douter, une promotion m&#233;rit&#233;e. Cependant, durant tout l'&#233;t&#233;, il commence &#224; faire des r&#234;ves &#233;tranges et r&#233;p&#233;titifs, qu'il qualifie &#224; la va-vite d'incompr&#233;hensibles et qu'il finit par &#233;carter nonchalamment de ses pens&#233;es, selon l'adage, dit-il, que &#034;tout songe est mensonge&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le premier octobre, Daniel Paul Schreber entre donc, comme pr&#233;vu, dans ses nouvelles fonctions de Pr&#233;sident de la cour d'appel de Dresde. D&#232;s le d&#233;but du mois, cependant, il &#233;prouve les plus grandes difficult&#233;s &#224; s'endormir. Il continue d'attribuer cette fragilit&#233; au travail &#233;prouvant qu'il doit fournir et &#224; ce qu'il appelle un &#034;surmenage intellectuel&#034; : il parle volontiers du z&#232;le qu'il met &#224; se faire reconna&#238;tre et accepter dans son travail, mais l&#224; encore, rien de plus, finalement, que ce que tout un chacun rencontre dans son quotidien. Il va consulter un docteur &#224; Dresde, lequel lui prescrit le dernier somnif&#232;re &#224; la mode pour l'&#233;poque, et lui donne un &#034;arr&#234;t de travail&#034; de huit jours. &#192; la fin de ce m&#234;me mois d'octobre, cependant, une grave crise d'insomnie le conduit &#224; entrer en maison de sant&#233;, pour ce qu'on appellerait aujourd'hui, une simple cure de sommeil. Mais rien n'y fait : ni les somnif&#232;res, ni l'hydrate de chloral, pas m&#234;me les piq&#251;res de morphine. Quatre mois apr&#232;s, il commence &#224; avoir des doutes sur le s&#233;rieux de son m&#233;decin, le professeur Flechsig, directeur de la clinique de l'Universit&#233; de Leipzig. Il sombre alors dans une stupeur hallucinatoire aigu&#235; : il voit partout des cr&#233;atures monstrueuses, notamment des dragons, entend des voix qui hurlent lentement dans une langue fondamentale ancienne, reste toute la journ&#233;e immobile et, la nuit, tente de se suicider avec la moindre parcelle de tissu qui lui tombe sous la main (draps, serviette, etc.). Le cas para&#238;t d&#233;sesp&#233;r&#233; : on suspend ses fonctions, on met ses biens sous tutelle, et il est successivement transf&#233;r&#233; dans deux cliniques sp&#233;cialis&#233;es pour malades mentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six ans apr&#232;s, il gagne cependant son proc&#232;s en appel, sort libre de l'asile et retrouve la libre possession de ses biens, et cela, contre l'avis express des psychiatres et scientifiques de l'&#233;poque. Que s'est-il pass&#233; entre-temps ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'est tout simplement ouvert pour lui, ce qu'il appellera par la suite un &#034;temps sacr&#233;&#034;. Dieu lui a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; et, par sa maladie, il r&#233;ussit ce qu'il n'avait jamais r&#233;ussi &#224; faire jusque-l&#224; : il interpr&#232;te son histoire. Ce que l'on prend pour le d&#233;lire de Schreber n'est autre que les m&#233;taphores qu'il appelle en vue de sa gu&#233;rison m&#234;me. Et sa gu&#233;rison intervient parce qu'il r&#233;ussit, &#224; l'aide de ces m&#234;mes m&#233;taphores, &#224; prendre en compte comme il peut, ce que jusque-l&#224;, il avait consid&#233;r&#233; comme nul et non avenue : la diff&#233;rence des sexes, la diff&#233;rence des g&#233;n&#233;rations et la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il s'agit l&#224; d'une psychose, c'est-&#224;-dire qu'il s'agissait au d&#233;part d'un rejet de la diff&#233;rence et non d'un refoulement. C'est pourquoi la prise en compte de cette diff&#233;rence est d&#233;lirante : Daniel Paul Schreber inscrit sur ses &#233;tendards le culte de la f&#233;minit&#233; (acceptation d&#233;lirante de la castration), Dieu lui est r&#233;v&#233;l&#233; et il voit partout &#034;des petits hommes fait d'esprit Schreber&#034; (acceptation de la diff&#233;rence des g&#233;n&#233;rations) et enfin, avec l'&#233;criture de ses M&#233;moires, accepte que quelque chose lui survivra (acceptation de la mort).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme chacun d'entre nous, Schreber ne savait pas qu'il avait forg&#233; avec ses fantasmes infantiles, un rejet de la diff&#233;rence et, partant, une croyance des plus pr&#233;caire, une religion des plus bancale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le Pr&#233;sident Schreber effectue au cours de ce qu'il appelle son &#034;temps sacr&#233;&#034;, c'est qu'il se confronte &#224; chacun de ses fantasmes et, pour reprendre ici les termes m&#234;me de Freud, tente de les ramener &#034;&#224; leur expression la derni&#232;re et la plus vraie&#034;. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que, dans la cure analytique, chaque patient doit s'efforcer de faire. Bien entendu, la psychanalyse n'a pas le monopole de ce qu'il faut bien appeler une v&#233;ritable travers&#233;e du fantasme. C'est ce que nous venons de voir avec le Pr&#233;sident Schreber. Qu'il nous suffise d'&#233;voquer &#233;galement rapidement G. Simenon, dont une vie paisible et en parfait accord avec lui-m&#234;me a su succ&#233;der &#224; ce que l'on peut appeler une vie de &#034;patachon&#034;, avec pour unique objet d'amour, ses relations avec des prostitu&#233;es. Ce choc, cette v&#233;ritable travers&#233;e du fantasme s'est chez lui op&#233;r&#233;e spontan&#233;ment, &#224; la suite du deuil de sa m&#232;re. Prenons &#233;galement l'exemple de Saint Paul, soit Sa&#252;l de Tarse, juif rigoriste qui, alors qu'il allait combattre le christianisme naissant &#224; Damas, se convertit sur le chemin &#224; la suite d'une vision. L'&#233;pisode est largement repr&#233;sent&#233; dans l'iconographie classique : on le voit tomber de son cheval. Certes, il n'y avait peut-&#234;tre pas de chevaux &#224; l'&#233;poque en cet endroit du monde, peuvent soutenir les historiens et les scientifiques. Les peintres et les po&#232;tes sont ici beaucoup plus rigoureux : Saint Paul tombe bien de son cheval, pour peu que l'on entende ce cheval &#224; la lettre : il tombe de son cheval de bataille, de son cheval d'orgueil, c'est-&#224;-dire de sa pulsion, du fantasme qui venait boucher son seul rapport v&#233;ritable &#224; l'existence : la b&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#034;Mon royaume n'est pas de ce monde&#034;, pourrais-je dire avec J&#233;sus-Christ &#187;, soulignait le Pr&#233;sident Schreber lors de son proc&#232;s, &#224; ceux qui avaient peur que ses id&#233;es d&#233;lirantes soient pour lui motif pleinement justifi&#233; d'agir. Car c'est bien l&#224; le probl&#232;me moderne v&#233;hicul&#233; par l'id&#233;ologie scientifique, c'est que &#034;d'y croire, &#231;a fait tr&#232;s peur&#034;, comme Jacques Lacan, le soulignait lors de son Discours &#224; l'&#201;cole Freudienne de Paris le 6 d&#233;cembre 1967. Plut&#244;t que d'avoir peur, il est pr&#233;f&#233;rable de ne rien vouloir en savoir de cette croyance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ath&#233;isme, c'est la maladie de la croyance en Dieu, croyance que Dieu n'intervient pas dans le monde &#187; (J. Lacan, Discours &#224; l'EFP, 6 d&#233;cembre 1967).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il en va de m&#234;me de la croyance. Au-del&#224; de sa simple appartenance &#224; une religion, chaque croyant doit trouver sa propre foi, sa propre v&#233;rit&#233;, sans se mentir &#224; lui-m&#234;me. C'est ce que Ma&#238;tre Eckhart s'est, quant &#224; lui, appliqu&#233; &#224; souligner :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Voyez, c'est ainsi qu'il en va ! Dieu - est ce qu'il est : et ce qu'il est, c'est aussi &#224; moi ; et ce qui est &#224; moi je l'aime ; et ce que j'aime, cela m'aime en retour et me tire en soi ; et ce qui m'a tir&#233; en soi, je le suis plus que moi-m&#234;me. Ainsi il vous faut aimer Dieu, alors vous deviendrez aussi Dieu avec Dieu !&#034; (Ma&#238;tre Eckhart, De la perfection de l'&#226;me).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'en dirai pas plus sur ce sujet &#187;, conclue Ma&#238;tre Eckhart. Ne voulons-nous pas devenir Dieu, et m&#234;me Dieu &#224; la place de Dieu ? C'est l&#224;, le narcissisme infantile auquel nul n'&#233;chappe, et qui trahit dans ses moindres recoins, notre croyance inavouable en un Dieu bien peu myst&#233;rieux, qui se cache pourtant dans les moindres intonations de chacune de nos paroles. Dans cette rh&#233;torique, pourtant, Eckhart r&#233;ussit &#224; se hisser v&#233;ritablement au niveau de la question de sa croyance. De telle sorte, que nous pouvons y reconna&#238;tre ce que Jacques Lacan nommait objet petit a, objet cause du d&#233;sir, objet de la psychanalyse, avec lequel il se proposait d'&#233;clairer l'acte analytique et son enjeu : &#233;criture d'un &#034;r&#233;el qui ne cesse pas de ne pas s'&#233;crire&#034; (Jacques Lacan, S&#233;minaire XXIV, 1976-1977, s&#233;ance du 10 mai 1977) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'amour fait son objet de ce qui manque dans le r&#233;el &#187; (Jacques Lacan, &#034;La psychanalyse et son enseignement&#034; [1957], &#201;crits, Seuil, Paris, 1966, p. 439).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Freud appelait quant &#224; lui la v&#233;ritable sublimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croyance n'entame pas le libre-arbitre, si nous entendons par libre-arbitre, la possibilit&#233; laiss&#233;e &#224; chacun, s'il le souhaite, de se hisser au niveau de son propre questionnement, de son propre conflit, de sa propre b&#233;ance. Au-del&#224; de cette exigence que la psychanalyse s'efforce de maintenir, elle n'a rien &#224; dire, en aucun domaine particulier, qui m&#233;riterait qu'elle se hisse, quant &#224; elle, au-dessus des autres pratiques ou exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lorsque l'on croit savoir qu'on s'&#233;gare le plus, semblait dire &#034;&#338;dipe Roi&#034; de Sophocle : c'est lorsque l'on se croit ath&#233;e que l'on est religieux et, inversement, lorsqu'on affirme croire en Dieu, que nous exposons le plus au risque que l'inconscient nous r&#233;v&#232;le comme &#034;douteur de Dieu&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la psychanalyse, la question de la croyance, comme tout autre questionnement v&#233;ritable, n'est pas un probl&#232;me conscient. Pour elle, la seule v&#233;ritable question, est celle pos&#233;e par la dynamique psychique inconsciente. En d'autres termes, l'on peut &#234;tre ath&#233;e dans le conscient, alors que l'on est, du point de vue de la dynamique psychique, un monoth&#233;iste convaincu. Et, inversement, l'on peut se croire croyant d'un point de vue purement conscientetstatique, alors que l'on est, dans l'inconscient, un v&#233;ritable &#034;douteur de Dieu&#034; pour reprendre ici une formule habile utilis&#233;e par le Pr&#233;sident Schreber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or pour la psychanalyse, en dernier ressort, c'est l'inconscient, c'est-&#224;-dire le r&#233;el qui, justement parce qu'il est indicible, aura toujours le dernier mot. La v&#233;ritable dynamique psychique, le pulsionnel, voil&#224; ce par quoi nous sommes parl&#233;s, ce qui nous parle. S'opposer &#224; cette dynamique psychique mue par le vide et la diff&#233;rence radicale, c'est d&#233;j&#224;, comme le Pr&#233;sident Schreber, sombrer dans une sorte de parano&#239;a et, &#224; n'en pas douter, dans d'atroces souffrances. Que la plupart de nos contemporains se contentent des insomnies, du &#034;stress&#034;, des &#034;arr&#234;ts maladie&#034; et des antid&#233;presseurs, c'est ce que le &#034;chiffre du trou&#034; de la s&#233;curit&#233; sociale nous rappelle quotidiennement. &#171; Je croyais l'humanit&#233; tout enti&#232;re engloutie &#187;, disait le Pr&#233;sident Schreber au moment pr&#233;cis o&#249; il sombrait dans la stupeur hallucinatoire. Il ne croyait pas si bien dire et il s'agissait bien plut&#244;t l&#224; d'une vision ! Au moment m&#234;me o&#249; Freud commen&#231;ait &#224; clamer haut et fort que le moi n'&#233;tait pas le ma&#238;tre chez lui, l'orgueil humain recevait un d&#233;menti plus radical encore : nous ne sommes que &#034;des petits hommes fait d'esprit Schreber&#034; c'est-&#224;-dire de mati&#232;re signifiante, d'inconscient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Psychanalyse et &#233;change</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Pulsions et destins des pulsions</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;changer, c'est c&#233;der moyennant contrepartie. Dans la repr&#233;sentation scientifique et consciente du ph&#233;nom&#232;ne, l'&#233;change est soumis &#224; une loi : la loi de l'offre et de la demande, celle-ci stipulant qu'il ne peut y avoir d'&#233;change qu'&#224; la seule condition qu'il y ait, d'un c&#244;t&#233;, une offre et, de l'autre, une demande. Il en va tout autrement dans l'inconscient psychanalytique. Pour la psychanalyse, il ne peut y avoir d'&#233;change v&#233;ritable que si et seulement si, il y a acceptation d'une loi, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Pulsions-et-destins-des-pulsions-+.html" rel="tag"&gt;Pulsions et destins des pulsions&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton19-97acf.jpg?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;changer, c'est c&#233;der moyennant contrepartie. Dans la repr&#233;sentation scientifique et consciente du ph&#233;nom&#232;ne, l'&#233;change est soumis &#224; une loi : la loi de l'offre et de la demande, celle-ci stipulant qu'il ne peut y avoir d'&#233;change qu'&#224; la seule condition qu'il y ait, d'un c&#244;t&#233;, une offre et, de l'autre, une demande. Il en va tout autrement dans l'inconscient psychanalytique. Pour la psychanalyse, il ne peut y avoir d'&#233;change v&#233;ritable que si et seulement si, il y a acceptation d'une loi, proprement inconsciente celle-l&#224; : la loi de l'interdit de l'inceste, c'est-&#224;-dire acceptation de la castration symbolique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Disons, pour reprendre la m&#233;taphore &#233;conomique, que dans l'inconscient, l'&#233;change v&#233;ritable suppose justement qu'il n'y ait aucun demandeur, mais uniquement des offreurs. C'est dans l'inconscient que la c&#233;l&#232;bre formule par laquelle John Maynard Keynes r&#233;sume la loi de Say prend toute sa valeur : &#034; l'offre cr&#233;e sa propre demande &#034; (J. M. Keynes, Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'emploi, de l'int&#233;r&#234;t et de la monnaie, [1936], Paris, Payot, 1985). C'est d'ailleurs pr&#233;cis&#233;ment cette formule que Jacques Lacan reprendra &#224; son compte dans ses &#233;crits : &#034; J'ai r&#233;ussi en somme ce que dans le champ du commerce ordinaire, on voudrait pouvoir r&#233;aliser aussi ais&#233;ment : avec de l'offre, j'ai cr&#233;&#233; la demande. &#034; (Jacques Lacan, &#034; La direction de la cure et les principes de son pouvoir &#034;, [1958], &#201;crits, Seuil, Paris, 1966, p. 617).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre ce qu'est l'&#233;change pour la psychanalyse, il est donc tout d'abord n&#233;cessaire de comprendre ce qu'est le complexe d'&#338;dipe et son corollaire, le complexe de castration, puis dans un second temps, comprendre en quoi la castration symbolique est la condition sine qua none de l'&#233;change dans l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8212; L'Inconscient freudien, le Complexe d'&#338;dipe et la Psychanalyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la psychanalyse est largement galvaud&#233;e. Chacun a plus ou moins sa propre id&#233;e consciente, c'est-&#224;-dire croit savoir, ce &#224; quoi renvoie le complexe d'&#338;dipe. Le seul probl&#232;me, c'est que Freud ne s'int&#233;ressait qu'&#224; l'inconscient, et qu'&#224; l'heure actuelle, la plupart des lecteurs de Freud n'ont plus aucune id&#233;e de ce qu'est l'inconscient freudien. C'est pourtant d'une simplicit&#233; d&#233;concertante : l'inconscient est le lieu des pulsions, lesquelles ne peuvent &#234;tre que sexuelles. C'est dire que ce lieu est aux antipodes de la r&#233;flexion et de la sp&#233;culation intellectuelle et consciente, bien que pour la psychanalyse, celle-ci puisse &#234;tre saisie comme une pulsion ou, au mieux, comme une id&#233;alisation ou une sublimation de pulsions sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, Freud a lui-m&#234;me ouvert la porte &#224; de telles r&#233;cup&#233;rations. C'est que Freud, homme d'action autant que th&#233;oricien, cherchait avant tout &#224; convaincre. C'&#233;tait l&#224; d'ailleurs son propre d&#233;sir &#339;dipien qu'il a si bien su auto-analyser au travers de ses propres r&#234;ves, aussi bien le c&#233;l&#232;bre r&#234;ve dit de la monographie botanique que celui dit de l'injection faite &#224; Irma (L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves, p. 98 et p. 153), pour finalement sublimer ce d&#233;sir au travers de la cr&#233;ation et de la construction de la psychanalyse elle-m&#234;me. Or pour convaincre et se faire comprendre, il &#233;tait pr&#234;t &#224; faire des concessions et &#224; multiplier les m&#233;taphores. Ces m&#233;taphores ont naturellement ouvert la voie &#224; de multiples &#034; r&#233;cup&#233;rations &#034; de la psychanalyse par la psychologie et la philosophie tout d'abord, et par toutes sortes de disciplines param&#233;dicales, ensuite. Aucun th&#233;rapeute, &#224; l'heure actuelle ne se prive, dans sa pratique, de &#034; s'inspirer &#034; de la technique freudienne. La grande majorit&#233; des praticiens se targuent de pouvoir analyser les r&#234;ves, aussi bien que les lapsus ou les actes manqu&#233;s. C'est oublier que ces formations de l'inconscient ne doivent uniquement &#234;tre entendues, qu'au niveau m&#234;me auquel elles ont &#233;t&#233; produites, c'est-&#224;-dire qu'elles doivent &#234;tre entendues en tant que repr&#233;sentant de pulsions, car sans cela, ces discours tournent tout simplement en rond et ne peuvent que participer &#224; ce qu'ils entendaient pourtant d&#233;noncer, ou pire, faire fleurir ce qu'ils d&#233;siraient soigner : la n&#233;vrose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci &#233;tant pr&#233;cis&#233;, si nous nous situons uniquement au niveau de l'inconscient, c'est-&#224;-dire au niveau des pulsions, le complexe d'&#338;dipe est tout &#224; la fois extr&#234;mement simple et difficile. Simple, parce qu'il est simple &#224; comprendre ; difficile, parce qu'il est non seulement difficile de s'en d&#233;barrasser, mais &#233;galement extr&#234;mement difficile &#224; v&#233;ritablement rep&#233;rer pour qui n'a pas &#233;t&#233; form&#233; pendant de nombreuses ann&#233;es &#224; la rigueur de l'exp&#233;rience analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Freud s'est appuy&#233; sur le mythe de Sophocle pour forger le concept majeur de la psychanalyse, le complexe d'&#338;dipe, n'oublions pas qu'il ne faisait l&#224; qu'user d'une m&#233;taphore (mais comment pourrait-il en &#234;tre autrement ?) afin d'exprimer et faire comprendre &#224; ses lecteurs et patients, ce qu'il avait d&#233;couvert dans l'inconscient au cours de ses nombreuses analyses et cas cliniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprenons d'abord bien une chose : c'est que nous nous repr&#233;sentons les lois parce que nous parlons, et non l'inverse. Pour la science, en effet, les lois - c'est-&#224;-dire les repr&#233;sentations - existent en dehors de nous-m&#234;mes, et c'est afin de les comprendre, et donc de les conna&#238;tre, les savoir et se les r&#233;approprier, que nous parlons. Pour la psychanalyse, bien au contraire, c'est parce que nous parlons, que nous en venons &#224; nous repr&#233;senter des lois. Pourquoi ? Tout simplement parce que la parole vient d&#233;couper notre propre corps. &#192; peine venons-nous de conna&#238;tre une exp&#233;rience de plaisir, que nous souhaitons imm&#233;diatement la dire afin de la renouveler. Or ce dire r&#233;v&#232;le d'embl&#233;e son impossible, puisque la jouissance ne concerne que le corps et uniquement le corps. D&#232;s que nous parlons, la r&#233;alit&#233; s'impose, elle nous coupe de l'exp&#233;rience elle-m&#234;me de la jouissance. De ce fait - et devant une telle frustration -, aller au-del&#224; de ce simple principe de plaisir, impose la r&#233;p&#233;tition de cette exp&#233;rience, de cette jouissance, dans un autre lieu. C'est ce lieu que l'on appelle l'inconscient, c'est le lieu des repr&#233;sentants de la repr&#233;sentation des pulsions qui, sans cesse, se r&#233;p&#232;tent &#224; notre insu. La jouissance est alors dite refoul&#233;e. Elle est alors repr&#233;sent&#233;e de fa&#231;on imaginaire et inconsciente, comme absolue et mythique, puisque impossible &#224; dire. C'est cela le sexuel pour la psychanalyse : c'est la repr&#233;sentation (au sens d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre) inconsciente d'une jouissance que l'on se repr&#233;sente comme absolue et mythique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D'embl&#233;e, une premi&#232;re conclusion s'impose : l'inconscient est tout &#224; la fois n&#233;cessairement sexuel et refoul&#233;, et il est justement sexuel parce que refoul&#233; et non l'inverse. L'on a en effet trop longtemps pris l'habitude de critiquer le pansexualisme de la psychanalyse, en lui reprochant d'attribuer aux enfants des vues sexuelles qu'ils ne semblaient gu&#232;re pr&#233;senter &#224; leurs &#233;ducateurs et &#224; leurs parents. C'est juste qu'il y a une incompr&#233;hension totale de ce qu'est le sexuel pour la psychanalyse. D'aucuns soutiennent que c'est parce que le contenu manifeste d'un souvenir ou d'une exp&#233;rience infantile est sexuel, qu'il ou elle est refoul&#233;e. C'est, bien entendu, le contraire : c'est &#224; partir du moment o&#249; cette exp&#233;rience est refoul&#233;e, parce qu'impossible ou difficile &#224; dire, qu'elle se repr&#233;sente dans l'inconscient comme interdite et donc sexuelle. Freud et Lacan ont chacun &#224; leur tour, particuli&#232;rement bien insist&#233; sur ce point. Pour Freud, il suffit de lire son premier grand ouvrage, L'interpr&#233;tation des r&#234;ves, pour s'en convaincre. Quant &#224; Lacan, toute son &#339;uvre est bas&#233;e sur ce retour &#224; Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qui refuse la castration symbolique - telle est la d&#233;finition la plus simple et la plus rigoureuse que l'on puisse trouver de la n&#233;vrose -, c'est-&#224;-dire pour qui refuse la parole v&#233;ritable, chaque exp&#233;rience de plaisir est d&#232;s lors imm&#233;diatement refoul&#233;e dans l'inconscient et repr&#233;sent&#233;e sur un mode purement imaginaire. Cependant, ce lieu des pulsions refoul&#233;es qu'est l'inconscient n'est pas un lieu statique, mais bien dynamique par d&#233;finition, puisque la r&#233;p&#233;tition en est &#224; son principe m&#234;me. C'est parce que l'on souhaite r&#233;p&#233;ter une exp&#233;rience qu'elle est refoul&#233;e, et c'est donc, logiquement, &#224; partir du moment o&#249; elle est refoul&#233;e, qu'elle va se r&#233;p&#233;ter sans cesse sur cette autre sc&#232;ne de la vie quotidienne : celle des r&#234;ves, des lapsus, des actes manqu&#233;s, des sympt&#244;mes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient d&#232;s lors beaucoup moins &#233;tonnant et beaucoup plus facile &#224; comprendre selon ce point de vue, que l'inconscient, lorsqu'il s'exprime, produise des formations hautement choquantes pour la morale civilis&#233;e. &#192; partir du moment o&#249; c'est le lieu du refoul&#233; et du sexuel, il va bien &#233;videmment choisir afin de s'exprimer, les pires repr&#233;sentations, dont le prototype est le complexe d'&#338;dipe si bien mis en &#233;vidence par Freud. Qu'y a-t-il de pire pour notre conscience morale civilis&#233;e, que de tuer son p&#232;re et d'avoir une relation incestueuse avec sa m&#232;re ? Ainsi, la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre de Sophocle, comme toute mise en sc&#232;ne imaginaire, peut s'analyser comme un r&#234;ve. Dans ce r&#234;ve, le r&#234;veur se repr&#233;sente le pire, c'est-&#224;-dire la jouissance absolue en tant qu'elle est impossible &#224; dire, afin de continuer &#224; &#233;chapper &#224; la parole et &#224; la castration symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on comprend que ce n'est pas le mythe d'&#338;dipe qui est premier et qui engendre le refoulement mais, bien au contraire, le refus de la parole et de la castration symbolique qui engendre le refoulement, l'on comprend du m&#234;me coup que le refoul&#233; se confond avec le sexuel. L'inconscient est le lieu o&#249; se repr&#233;sentent et parlent, les repr&#233;sentations des pulsions sexuelles refoul&#233;es. C'est le refus de la castration symbolique qui vient se repr&#233;senter dans l'inconscient sous la forme d'un complexe qui ne lui pr&#233;existe en aucune fa&#231;on auparavant : le complexe d'&#338;dipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8212; Castration symbolique et &#233;change&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on a suivi notre pr&#233;sentation, l'on aura compris que c'est bien le complexe de castration, c'est-&#224;-dire le degr&#233; d'acceptation de la castration symbolique, qui vient refouler la relation imaginaire &#224; la m&#232;re et qui vient donc v&#233;ritablement faire &#034; ex-sister &#034; (selon la formule lacanienne) dans l'inconscient, ce qui n'existait pas auparavant : le complexe d'&#338;dipe. Et c'est en outre, la mani&#232;re dont, pr&#233;cis&#233;ment, celui-ci est refoul&#233; dans l'inconscient, c'est-&#224;-dire, refoul&#233; &#224; proprement parler, id&#233;alis&#233; ou sublim&#233;, qui d&#233;termine pr&#233;cis&#233;ment le degr&#233; de n&#233;vrose, de psychose ou de perversion du sujet. Car il s'agit pr&#233;cis&#233;ment d'en sortir, de ce complexe d'&#338;dipe. Et pour ce faire, il est absolument n&#233;cessaire d'abandonner ces repr&#233;sentations imaginaires, c'est-&#224;-dire de les &#233;changer. Mais contre quoi et que gagne-t on pr&#233;cis&#233;ment dans cet &#233;change ? C'est la question &#224; laquelle nous allons d&#233;sormais tenter de r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) Le complexe de castration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complexe de castration se retrouve &#224; la fois chez le petit gar&#231;on et chez la petite fille, mais n'y engendre pas les m&#234;mes effets. Chez le petit gar&#231;on, il lui donne l'occasion de sortir du complexe d'&#338;dipe, chez la petite fille, il lui donne l'occasion d'y entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complexe de castration, chez le petit gar&#231;on, vient sur le prototype de l'&#233;change v&#233;ritable, refouler et r&#233;soudre le complexe d'&#338;dipe dans l'inconscient. Freud le formule tr&#232;s bien &#224; la fin de sa vie, en 1938 : &#034; La plupart du temps, la virilit&#233; de l'enfant c&#232;de sous ce premier choc. Afin de sauver son membre viril, il renonce plus ou moins compl&#232;tement &#224; la possession de la m&#232;re &#034;. La n&#233;vrose r&#233;side justement dans le &#034; plus ou moins &#034; de l'acceptation de la castration, dans le caract&#232;re imaginaire ou symbolique de cette acceptation, ce qui est tr&#232;s bien exprim&#233; ici. En effet, au fur et &#224; mesure que le gar&#231;on r&#233;alise progressivement l'impossibilit&#233; de rester &#233;ternellement dans le sein de sa m&#232;re, notamment du fait du principe de r&#233;alit&#233; et de la parole paternelle qui lui impose successivement le sevrage, la propret&#233; et l'arr&#234;t de la masturbation infantile, celui-ci va progressivement refouler toutes ces exp&#233;riences de plaisir, qui vont prendre dans l'inconscient le statut de jouissance &#233;minemment sexuelle. Les exp&#233;riences ainsi agr&#233;g&#233;es dans l'inconscient, vont venir s'agglutiner si l'on veut, autour de la repr&#233;sentation imaginaire de l'organe lui procurant le plus de satisfaction : le p&#233;nis. Cette satisfaction r&#233;elle du p&#233;nis &#233;tant refoul&#233;e, ce n'est pas le p&#233;nis lui-m&#234;me que l'on va trouver dans l'inconscient, mais bien sa repr&#233;sentation imaginaire inconsciente, que les psychanalystes s'accordent &#224; qualifier de phallus imaginaire. C'est l'ensemble de toutes ces exp&#233;riences ainsi refoul&#233;es et donc, d&#233;sormais, uniquement repr&#233;sent&#233;es dans l'inconscient, qui forment le complexe d'&#338;dipe. Le complexe d'&#338;dipe ne se donne &#224; entendre que de l'inconscient. Il ne parle que d'un seul lieu, de celui de l'inconscient. Mais ce n'est pas tout : c'est d&#233;sormais dans l'inconscient qu'il doit par cons&#233;quent se r&#233;soudre. C'est dans l'inconscient, que le petit enfant doit accepter de perdre une partie de lui-m&#234;me et se rendre compte par l&#224; qu'il ne perdra pas tout. Il doit perdre le phallus imaginaire, c'est-&#224;-dire le p&#233;nis refoul&#233; dans l'inconscient et qui vient de ce fait s'agglutiner aux repr&#233;sentations d&#233;j&#224; refoul&#233;es et devient de ce fait, l'objet avec lequel il d&#233;sirait, dans l'inconscient, jouir de la m&#232;re, objet auquel, qui plus est, il s'identifiait totalement. L'acceptation de la castration, c'est-&#224;-dire de la perte du phallus imaginaire dans l'inconscient, &#233;rige &#224; son tour le phallus imaginaire en phallus symbolique. Le petit gar&#231;on abandonne la m&#232;re comme objet et son d&#233;sir peut se porter sur d'autres objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me chez la petite fille, dont l'objet premier, tout comme celui du petit gar&#231;on, est, bien entendu, la m&#232;re ou toute personne qui prodigue les soins. Elle s'&#233;rige elle aussi, dans l'inconscient, en phallus imaginaire susceptible de combler la m&#232;re et d'&#234;tre combl&#233;e par elle. L&#224; encore, le principe de r&#233;alit&#233; et la parole paternelle, va venir refouler le complexe de castration, qui va venir s'effectuer dans l'inconscient. Dans l'inconscient, la petite fille doit accepter la castration, c'est-&#224;-dire perdre le phallus imaginaire qui de ce fait s'&#233;rige en phallus symbolique. Ce n'est qu'&#224; ce moment, qu'elle entre dans la variante f&#233;minine du complexe d'&#338;dipe. Le p&#232;re prend la place de la m&#232;re comme objet d'amour et le phallus imaginaire vient s'&#233;changer symboliquement contre le d&#233;sir d'avoir un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez la petite fille, la reconnaissance et l'acceptation de la castration, am&#232;ne celle-ci &#224; c&#233;der la m&#232;re comme principal objet d'amour, afin d'entrer dans la normalit&#233; et de d&#233;sirer le p&#232;re et ses substituts, c'est-&#224;-dire les hommes, susceptibles de r&#233;pondre &#224; son envie de p&#233;nis. Elle c&#232;de &#233;galement et dans le m&#234;me temps la zone &#233;rog&#232;ne clitoridienne au profit de la zone vaginale, qui accueillera le p&#233;nis envi&#233;, puis l'enfant comme substitut de ce p&#233;nis, ce qui la conduira au d&#233;sir d'&#234;tre une m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) La castration symbolique comme prototype de l'&#233;change&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acceptation de la castration, dans le psychisme inconscient, ne se fait pas d&#233;finitivement et une fois pour toute, mais est justement un processus d'&#233;changes successifs et multiples, dans lequel le phallus doit sans cesse &#234;tre c&#233;d&#233; contre des &#233;quivalents. Si le complexe d'&#338;dipe doit trouver sa r&#233;solution dans le complexe de castration et, celui-ci, dans l'acceptation de la castration symbolique, cette op&#233;ration ne doit pas tant &#234;tre regard&#233;e comme un moment chronologique et d&#233;finitif, mais comme une exp&#233;rience d&#233;j&#224; rencontr&#233;e qui doit sans cesse &#234;tre renouvel&#233;e. La n&#233;vrose s'entend d'ailleurs comme le refus, &#224; un moment donn&#233;, d'accepter la castration. C'est en ce sens que l'exp&#233;rience de la cure analytique se doit de r&#233;activer cette exp&#233;rience, &#224; un moment n&#233;vrotique de blocage, o&#249; justement, elle n'est plus accept&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre du complexe de castration, chacun se doit donc de renoncer, c'est-&#224;-dire de c&#233;der, le phallus imaginaire avec lequel il esp&#233;rait jouir de la m&#232;re. Le phallus devient alors symbolique et peut alors &#234;tre &#233;chang&#233; contre d'autres objets devenant ainsi &#233;quivalents, comme le sein, le p&#233;nis, les f&#232;ces, les cadeaux, etc. En d'autres termes, c'est l'acte d'&#233;changer lui-m&#234;me, qui cr&#233;er l'&#233;quivalent et les &#233;quations symboliques des &#233;changes inconscients. Contrairement &#224; la repr&#233;sentation de l'&#233;conomie politique orthodoxe (classique et n&#233;o-classique), au sein de laquelle la valeur pr&#233;existe en quelque sorte &#224; l'&#233;change, dans l'inconscient, c'est l'acte d'&#233;changer lui-m&#234;me, qui fonde la valeur. Ces &#233;changes ne sont pas sans ambigu&#239;t&#233; inconsciente, puisqu'ils permettent tout &#224; la fois d'&#233;carter la menace d'an&#233;antissement de l'enfant dans la relation imaginaire maternelle, tout en relan&#231;ant et entretenant un tel d&#233;sir. En effet, les objets perdus, comme le sein lors du sevrage ou les f&#232;ces lors du contr&#244;le du sphincter anal, prenant valeur &#233;quivalente du phallus imaginaire, le d&#233;sir et les &#233;changes peuvent &#234;tre relanc&#233;s dans l'inconscient de mani&#232;re n&#233;vrotique dans une qu&#234;te &#233;perdue du phallus imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme la monnaie en &#233;conomie politique, le phallus est &#233;rig&#233; &#224; la place de l'&#233;talon symbolique universel, dans la mesure o&#249;, selon la tr&#232;s belle formule de J.-D. Nasio, il &#171; rend possible que des objets h&#233;t&#233;rog&#232;nes dans la vie soient des objets &#233;quivalents dans l'ordre du d&#233;sir humain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-D. Nasio, Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse, Payot, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le phallus lui-m&#234;me cesse d'&#234;tre imaginaire et devient symbolique, &#233;talon symbolique en ce qu'il doit s'exclure lui-m&#234;me de la s&#233;rie, ne plus &#234;tre &#233;changeable et venir finalement se confondre avec l'&#233;preuve m&#234;me de la castration. L'on comprend mieux ainsi la menace brandit haut et fort par l'&#233;conomie politique, devant la multiplication des signes mon&#233;taires. La fameuse formule des &#233;conomistes orthodoxes selon laquelle la monnaie ne doit pas &#234;tre d&#233;sir&#233;e pour elle-m&#234;me, n'est finalement que ratage n&#233;vrotique, angoisse imaginaire devant l'absence de ce qui ne vient pas s'inscrire dans l'inconscient : la castration symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien &#233;changes dans l'inconscient, c'est-&#224;-dire que l'on y c&#232;de bien moyennant contrepartie, mais ce qui s'&#233;change n'a pas de prix. Ce qui se c&#232;de, ce ne sont pas des marchandises, ce qui se donne en contrepartie, ce ne sont pas d'autres marchandises ou de l'argent. Ce qui se c&#232;de c'est le narcissisme, c'est-&#224;-dire l'identification &#224; l'&#234;tre, captivant irr&#233;m&#233;diablement le sujet vers la mort, ce qui se gagne, c'est le souffle de la vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.-D. Nasio, Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse, Payot, Paris, 1992, p. 52&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Une premi&#232;re version de ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans Beno&#238;t BERTHOU (sous la dir.), &#171; L'&#201;change &#187;, Studyrama, collection : &#171; Principes - Culture g&#233;n&#233;rale &#187;, Jeunes &#201;ditions, Paris, 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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