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	<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
	<link>https://psychanalyste-paris.com/</link>
	<description>Psychanalyste-paris.com propose des articles et &#233;ditoriaux sur la psychanalyse et les formations de l'inconscient freudien : histoire de la naissance de la psychanalyse, d&#233;finitions de la psychanalyse freudienne et lacanienne, psychanalyse des contes de f&#233;es, consultations et formations du psychanalyste. La psychanalyse est une m&#233;thode d'investigation de l'inconscient et de ses formations : par l'analyse des r&#234;ves, des lapsus et des actes manqu&#233;s, par la rem&#233;moration et l'analyse des souvenirs infantiles, la m&#233;thode psychanalytique de la libre association et de la cure par la parole d&#233;noue progressivement les inhibitions, les sympt&#244;mes et les angoisses et nous lib&#232;re d&#233;finitivement de toutes nos souffrances psychiques.
Christophe Bormans, Psychanalyste
&#8211; 8, rue de Florence - 75008 Paris
&#8211; Secteur Nord-Ouest : 2e, 8e, 9e, 17e et 18e arrondissements de Paris
&#8211; T&#233;l. : 01 40 41 07 27
&#8211; M&#176; : Place Clichy, Europe, Rome ou Li&#232;ge
&#8211; RER ou SNCF : Gare Haussmann / Saint-Lazare</description>
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		<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
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		<title>Gen&#232;se de la violence et violence de la Gen&#232;se</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Genese-de-la-violence-et-violence.html</link>
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		<dc:date>2007-01-08T10:23:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Lacan</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Au sortir du paradis terrestre (sevrage, ablactation), Ca&#239;n, le premier n&#233;, est surpris par l'image de son fr&#232;re nouveau-n&#233;, Abel, attach&#233; &#224; la mamelle de la m&#232;re de tous les hommes, Eve : &#8220;Elle enfanta encore son fr&#232;re Abel&#8221; (4,2). Le regard de l'&#201;ternel sur cette offrande est regard de la m&#232;re sur cet enfant auquel elle offre son sein, image qui r&#233;active une chute, dont la Gen&#232;se t&#233;moigne du caract&#232;re par trop pr&#233;cipit&#233; et ravageur. Au sortir de l'Eden, Ca&#239;n est litt&#233;ralement &#8220;surpris par l'intrus dans le d&#233;sarroi du sevrage&#8221;, et tel l'enfant observ&#233; par saint Augustin, &#8220;il le r&#233;active sans cesse &#224; son spectacle&#8221;. Il r&#233;gresse imm&#233;diatement et &#8220;r&#233;agit&#8221; rapidement &#8220;par la destruction imaginaire du monstre&#8221; qui n'est autre que le simple reflet invers&#233; de son propre d&#233;sir, renvoyant ainsi Abel et l'inceste consomm&#233; dans les profondeurs des entrailles d'o&#249; il sort, celles de &#8220;la terre qui a ouvert sa bouche&#8221; comme le pr&#233;cisent les &#201;critures (4,11). Ca&#239;n, d&#233;sormais &#8220;errant&#8221; et &#8220;vagabond sur la terre&#8221;, est condamn&#233; - telle une fourmi sur la surface topologique -, &#224; ne jamais pouvoir y entrer si ce n'est qu'&#224; sa propre mort ; il inaugure par l&#224; m&#234;me le prototype du fantasme et de la culpabilit&#233; obsessionnelle.&lt;br /&gt;
Ce que nous enseigne tout aussi bien la Gen&#232;se que la lettre lacanienne, c'est que &#8220;la jalousie humaine&#8221;, en formant son objet, &#8220;se r&#233;v&#232;le comme l'arch&#233;type des sentiments sociaux&#8221;. L'&#233;ternel &#8220;Faisons l'homme &#224; notre image, selon notre ressemblance&#8221; ou &#8220;le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu'elle nous est r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'exp&#233;rience psychanalytique&#8221;, signifie que la confrontation au d&#233;sir incestueux (ou imago maternelle) est non seulement incontournable, mais surtout qu'elle r&#233;v&#232;le la violence inaugurale et constitutive du sujet de l'inconscient. &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;Gen&#232;se de la violence et violence de la Gen&#232;se&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton73-0208b.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;GEN&#200;SE DE LA VIOLENCE&lt;br /&gt;
ET VIOLENCE DE LA GEN&#200;SE&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au commencement &#233;tait l'acte &#187;, fait &#233;crire Goethe &#224; Faust, substituant ainsi le myst&#232;re du Verbe de l'&#233;vangile de saint Jean par un acte au caract&#232;re non moins myst&#233;rieux. Aspirant en effet &#224; une &#171; r&#233;v&#233;lation, qui nulle part ne brille d'un &#233;clat plus pur et plus beau que dans le Nouveau Testament &#187;, le jeune Faust, entrant dans le cabinet d'&#233;tude avec le barbet, ouvre le texte et se propose &#171; de traduire le saint original dans la langue allemande &#187; selon la m&#233;thode psychanalytique de la libre association, c'est-&#224;-dire en s'abandonnant pour une fois &#224; des &#171; impressions na&#239;ves &#187; : &#171; Il est &#233;crit : &#8220;Au commencement &#233;tait le verbe !&#8221; Ici je m'arr&#234;te d&#233;j&#224; ! Qui me soutiendra plus loin ? Il m'est impossible d'estimer assez ce mot, &#8220;le verbe !&#8221; Il faut que je le traduise autrement, si l'esprit daigne m'&#233;clairer. Il est &#233;crit : &#8220;Au commencement &#233;tait l'esprit !&#8221; R&#233;fl&#233;chissons bien sur cette premi&#232;re ligne, et que la plume ne se h&#226;te pas trop ! Est-ce bien l'esprit qui cr&#233;e et conserve tout ? Il devrait y avoir : Au commencement &#233;tait la force ! Cependant tout en &#233;crivant ceci, quelque chose me dit que je ne dois pas m'arr&#234;ter &#224; ce sens. L'esprit m'&#233;claire enfin ! L'inspiration descend sur moi, et j'&#233;cris consol&#233; : &#8220;Au commencement &#233;tait l'acte !&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Im Anfang war die Tat ! &#187;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Acte &#187; provient de la racine indo-europ&#233;enne &lt;i&gt;ag&lt;/i&gt;, qui signifie pousser devant soi. Cette signification premi&#232;re, identique au verbe latin &lt;i&gt;agere&lt;/i&gt;, signifiera plus tard &#171; s'occuper &#187; et &#171; agir &#187;, et donne &#233;galement en fran&#231;ais &#171; acte &#187;. Le verbe, l'acte, la force : pourquoi ne pas entendre cette libre association de Faust comme une invite &#224; nouer ces trois dimensions ? La force de l'acte de parole est au commencement de toute chose. Ainsi est &#233;crit dans la Gen&#232;se : &#171; Le Seigneur Dieu forma donc l'homme du limon de la terre ; Il souffla sur son visage un souffle de vie, et l'homme devint vivant et anim&#233; &#187; (Gen&#232;se 2,7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le souffle de la parole, la force de l'acte de parole est &#224; l'origine de l'homme, de la pulsion de vie, la violence se donne alors &#224; entendre imm&#233;diatement comme &#233;chec de la parole. Ainsi Ca&#239;n, au moment m&#234;me o&#249; il va pour adresser la parole &#224; son fr&#232;re Abel, se jette sur lui et le tue (4,8). La Gen&#232;se condense ainsi toute la probl&#233;matique de la violence : &#224; l'&#233;chec du verbe, sans la parole cr&#233;atrice de la vie, la force et l'action ne peuvent que s'allier dans une pulsion destructrice qui est pulsion de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'autres meurtres sont ensuite commis dans la Gen&#232;se, nul autre que ce meurtre primitif, ce meurtre premier, n'illustre mieux la violence &#224; l'oeuvre dans l'&#201;criture. Mais comment expliquer la gen&#232;se de ce meurtre ? L'ex&#233;g&#232;se en donne une interpr&#233;tation comme cons&#233;quence du p&#233;ch&#233; originel : ayant go&#251;t&#233; au fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, les hommes partageraient d&#233;sormais leurs actions en mauvaises et bienfaisantes. La suite logique est que, confront&#233; pour la premi&#232;re fois en acte &#224; ces deux p&#244;les, Ca&#239;n s'engage dans une mauvaise voie. Charge &#224; sa descendance de purger ensuite le p&#233;ch&#233; et de ne plus recommencer. L'explication est classique et ravie la psychologie moderne : elle est de bonne facture comportementaliste. Cependant, la lettre de l'&#201;criture est beaucoup plus riche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison en est que si l'on d&#233;chiffre &#224; la lettre l'acte de Ca&#239;n dans sa corr&#233;lation au p&#233;ch&#233; originel, cette explication masque un motif inconscient que chaque sujet est &#224; m&#234;me de retrouver dans sa propre structure psychique. S'y r&#233;v&#232;le l'enfant cach&#233; de la Gen&#232;se, l'enfant phallique refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient. C'est ce motif que nous allons expliciter, non pas tant ici en r&#233;f&#233;rence au mythe parricide freudien du m&#226;le de la horde primitive, qu'au stade du miroir de la formalisation lacanienne, que ce premier fratricide illustre magnifiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rappellerons dans un premier temps les tenants et les aboutissants bibliques du meurtre, puis, dans un second temps, il s'agira d'interpr&#233;ter comment le p&#233;ch&#233; originel et la chute du paradis avaient pr&#233;par&#233; &#224; cette confrontation fratricide des deux premiers n&#233;s de l'humanit&#233; mythique : Ca&#239;n et Abel. Enfin, il s'agira de mettre en &#233;vidence combien la formalisation de Jacques Lacan dite du stade du miroir, en faisant appel aux concepts fondamentaux de la psychanalyse comme l'imago, le &#171; fort-da &#187; ou le masochisme primaire, red&#233;couvre dans l'inconscient cette rivalit&#233; violente et fratricide inaugurale du pacte social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'instant du regard : le crime de Ca&#239;n&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons tout d'abord l'acte en lui-m&#234;me. C'est au chapitre quatre de la Gen&#232;se que Ca&#239;n commet son crime. Celui-ci peut &#234;tre compris comme une succession de trois temps logiques : le temps du regard, le temps pour comprendre et le moment de conclure. Puis, apr&#232;s coup, deux mouvements refoulent l'acte : inconsciemment d'abord, puisque le crime revient sous la forme hallucin&#233;e d'une question pos&#233;e par une voix (celle de l'&#201;ternel), puis consciemment ensuite, sous la forme d'un rejet de la faute sur l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le temps du regard&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence par un temps qui est temps du regard. Abel le berger et Ca&#239;n le laboureur font, chacun de leur c&#244;t&#233;, une offrande &#224; l'&#201;ternel : &#171; Au bout de quelque temps, Ca&#239;n fit &#224; l'&#201;ternel une offrande des fruits de la terre ; et Abel, de son c&#244;t&#233;, en fit une des premiers-n&#233;s de son troupeau et de leur graisse. L'&#201;ternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ; mais il ne porta pas un regard favorable sur Ca&#239;n et sur son offrande. Ca&#239;n fut tr&#232;s irrit&#233;, et son visage fut abattu &#187; (4,3-5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette asym&#233;trie du regard de l'&#201;ternel sur les offrandes respectives des deux fr&#232;res irrite Ca&#239;n, c'est-&#224;-dire le fait se lever et s'&#233;lancer vers la col&#232;re. Le temps pour comprendre qui succ&#232;de au temps du regard est d&#233;j&#224; bien entam&#233;, lorsque l'&#201;ternel tente d'expliquer &#224; Ca&#239;n le d&#233;sir et ses avatars : &#171; Et l'&#201;ternel dit &#224; Ca&#239;n : Pourquoi es-tu irrit&#233;, et pourquoi ton visage est-il abattu ? Certainement, si tu agis bien, tu rel&#232;veras ton visage, et si tu agis mal, le p&#233;ch&#233; se couche &#224; la porte, et ses d&#233;sirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui &#187; (4,6-7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;chec de ce moment pour comprendre. Ca&#239;n n'a pas acc&#232;s &#224; son d&#233;sir, il est en de&#231;&#224;. L'instant du regard le pr&#233;cipite dans un moment de conclure anticipatoire et d&#233;sastreux : &#171; Cependant, Ca&#239;n adressa la &lt;br class='autobr' /&gt;
parole &#224; son fr&#232;re Abel ; mais, comme ils &#233;taient dans les champs, Ca&#239;n se jeta sur son fr&#232;re Abel, et le tua &#187; (4,8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le refoulement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se donne alors &#224; entendre le refoulement, qui perp&#233;tue l'&#233;chec de la parole. Mais observons bien que le retour de refoul&#233; inconscient pr&#233;c&#232;de le refoulement au sens conscient du terme, qui lui est le fait de Ca&#239;n. Dans un premier temps, en effet, c'est la question : &#171; O&#249; est ton fr&#232;re Abel ? &#187; (4.9). Cette parole est retour du refoul&#233; car elle se donne &#224; entendre &#224; Ca&#239;n, sous la forme d'une voix hallucin&#233;e, celle de l'&#201;ternel. Ce &#171; O&#249; est ton fr&#232;re &#187;, n'est pas sans rappeler le &#171; O&#249; es-tu ? &#187; que l'&#201;ternel adresse &#224; Adam, apr&#232;s que celui-ci ait mang&#233; la pomme. C'est alors qu'Abel prend &#224; son compte le refoulement en esquivant la question et en r&#233;pondant : &#171; Je ne sais pas ; suis-je le gardien de mon fr&#232;re ? &#187; (4,9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'irr&#233;parable est d&#233;j&#224; commis, c'est n&#233;anmoins le refoulement qui devient ici le v&#233;ritable crime et qui va poursuivre d&#233;sormais Ca&#239;n : &#171; Et Dieu dit : Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton fr&#232;re crie de la terre jusqu'&#224; moi &#187; (4,10). La voix du sang fait retour, poursuit Ca&#239;n, qui d&#233;sormais a peur de subir le m&#234;me ch&#226;timent, peur d'&#234;tre tu&#233; : &#171; Quiconque me trouvera me tuera &#187; (4.14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier temps fondateur - et qui reste toujours incompr&#233;hensible pour Ca&#239;n - fait alors retour, c'est le temps du regard : &#171; L'oeil &#233;tait dans la tombe et regardait Ca&#239;n &#187; (Victor Hugo). Il n'est d&#232;s lors pas difficile de reconna&#238;tre avec C. G. Jung que, derri&#232;re ce motif de l'oeil d'un dieu vengeur, se cachent &#171; les traits du p&#232;re effrayant dont la col&#232;re poursuit &#187; (Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, pp. 122-125).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le signifiant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons que ce refoulement n'est nullement annulable par le ch&#226;timent. Bien au contraire, le ch&#226;timent le perp&#233;tue en tentant d'en effacer la trace. Car, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, le ch&#226;timent subit par Ca&#239;n est doublement curieux. Non seulement l'&#201;ternel va prot&#233;ger Ca&#239;n, mais, en outre, il lui r&#233;serve la place qu'il avait r&#233;serv&#233;e &#224; Abel : &#171; L'&#201;ternel lui dit : si quelqu'un tuait Ca&#239;n, Ca&#239;n serait veng&#233; sept fois. Et l'&#201;ternel mit un signe sur Ca&#239;n pour que quiconque le trouverait ne le tu&#226;t point &#187; (4.15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que Ca&#239;n r&#233;ussit &#224; se prot&#233;ger, il est justement stigmatis&#233; par cette protection (ce &#171; signe &#187; mit par l'&#201;ternel sur Ca&#239;n). La trace du crime effac&#233;e par le pardon se perp&#233;tue d&#232;s lors comme pur signifiant. Ce qui est convoqu&#233; par Ca&#239;n pour le prot&#233;ger sert justement &#224; sa perte, puisque cette trace effac&#233;e par le pardon &#171; signe &#187; d&#233;sormais sa faute sur une autre sc&#232;ne, comme disait Freud, sur laquelle sans cesse lui sera rem&#233;mor&#233; son crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca&#239;n est condamn&#233; &#224; errer comme un vagabond : &#171; Maintenant, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton fr&#232;re. Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus sa richesse. Tu seras errant et vagabond sur la terre &#187; (11-12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons cependant que si le ch&#226;timent consiste &#224; ne plus pouvoir &#234;tre cultivateur (le sol ne donnera plus de richesse) et d'&#234;tre condamn&#233; &#224; errer (c'est-&#224;-dire &#224; &#234;tre pasteur), il l&#233;gitime alors pleinement le motif du crime puisque Ca&#239;n &#233;tait laboureur et Abel berger. En confortant Ca&#239;n en lieu et place d'Abel, ce ch&#226;timent en forme de pardon est l&#224; pour lui rappeler le crime et ses motifs. Ainsi Ca&#239;n peut le juger &#171; trop grand pour &#234;tre support&#233; &#187; (4,13).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps pour comprendre :&lt;br /&gt;
la chute du paradis terrestre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que le meurtre soit fondateur, n'est-ce pas l&#224; la d&#233;couverte que Freud nous proposait dans son c&#233;l&#232;bre Totem et Tabou ? Ind&#233;niablement, bien qu'un d&#233;placement ce soit ici faufil&#233; entre le mythe freudien et le mythe biblique. Dans le mythe freudien, le meurtre est commis sur le p&#232;re et les fils s'entendent ensuite pour le pacte civilisateur, tandis que dans le mythe biblique, le meurtre est commis sur le fr&#232;re, et le p&#232;re donne ensuite sa &#171; b&#233;n&#233;diction &#187; au fils pour fonder la civilisation moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la civilisation n'&#233;chappe pas au meurtre fondateur (Freud et les &#233;critures saintes semblent s'accorder sur ce point), quel est le v&#233;ritable mobile du crime ? Un regard ? Un regard, certes, mais en quoi ce regard est-il ravageur ? En quoi ce regard a-t-il des effets aussi d&#233;vastateurs sur celui qui en subit la c&#233;cit&#233; ? C'est que ce regard marque l'incompl&#233;tude de l'homme par rapport &#224; sa propre image. C'est le pas que Lacan fait faire &#224; notre &#233;coute des formations de l'inconscient. L&#224; o&#249; Freud interpr&#232;te la face cach&#233;e du meurtre en &#233;quivalence du d&#233;sir incestueux, Lacan va confirmer l'interpr&#233;tation sans pour autant faire appel au mythe de la horde primitive, mais &#224; sa formalisation du stade du miroir, suivant en cela saint Augustin &#224; la lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le comprendre, il nous faut encore une fois en revenir au commencement, c'est-&#224;-dire au p&#233;ch&#233; originel. C'est l&#224; que le v&#233;ritable motif du meurtre de Ca&#239;n se donne &#224; entendre et se laisse d&#233;voiler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Faisons l'homme &#224; notre image&lt;/i&gt; &#187; (Gen&#232;se 1,26)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me jour (1,23), apr&#232;s que la terre a produit des animaux vivants selon leur esp&#232;ce (1,23), les animaux terrestres, Dieu cr&#233;a l'homme : &#171; Puis Dieu dit : Faisons l'homme &#224; notre image, selon notre ressemblance &#187; (1,26), pour &#171; qu'il domine sur les animaux terrestres &#187; (1,26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il conclure de ce c&#233;l&#232;bre verset que Dieu est &#224; l'image de l'homme ? Certainement pas, cela n'est nullement d&#233;ductible de la proposition biblique verset 26 du premier chapitre de la Gen&#232;se. Ce qui est seulement &#224; entendre, mais ce n'est pas rien, c'est que : l'homme semble sans cesse pr&#233;c&#233;der par son image. Qu'est-ce &#224; dire ? Des pr&#233;cisions sont apport&#233;es un peu plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que tout a &#233;t&#233; achev&#233;, au septi&#232;me jour, on sait en effet que Dieu se repose de son oeuvre. Cependant, comme dans un brusque &#171; flash-back &#187;, le deuxi&#232;me chapitre de Gen&#232;se entame alors la narration d&#233;taill&#233;e de la cr&#233;ation de l'homme : une vapeur (2,6) s'&#233;l&#232;ve de la terre, arrose toute sa surface, et Dieu peut alors cr&#233;er l'homme en lui soufflant dans les narines &#171; un souffle de vie &#187; (2,7). L'&#201;ternel le met dans le jardin d'Eden qu'il avait plant&#233; &#224; cet effet &#224; l'orient, au sein duquel reposaient trois arbres : d'abord un arbre de toute esp&#232;ce, agr&#233;able &#224; voir, et dont les fruits &#233;taient &#171; bons &#224; manger &#187;, puis &#171; l'arbre de la vie &#187; (au milieu du jardin), et enfin &#171; l'arbre de la connaissance du bien et du mal &#187; (2,9). On se souvient que l'ordre donn&#233; par l'&#201;ternel &#224; l'homme est celui de ne pas manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal : &#171; L'&#201;ternel Dieu donna cet ordre &#224; l'homme : Tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour o&#249; tu en mangeras, tu mourras &#187; (2, 16-17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que l'&#201;ternel se fait cette r&#233;flexion : &#171; Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable &#224; lui &#187; (2,18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Eros, celui qui rompt les membres&lt;/i&gt; &#187; (H&#233;siode)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plongeant dans un &#171; profond sommeil &#187; (sorte d'hypnose), l'&#201;ternel op&#233;ra l'homme, &#171; prit une de ses c&#244;tes &#187;, et &#171; referma la chair &#224; sa place &#187; (2, 23). Avec cette c&#244;te, &#171; l'&#201;ternel Dieu forma une femme &#187;, et la pr&#233;senta &#224; l'homme (2,22) : &#171; Et l'homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! on l'appellera femme, parce qu'elle a &#233;t&#233; prise de l'homme &#187; (2,23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si pour H&#233;siode et la mythologie grecque, Eros, le Dieu de l'Amour, est d'abord celui qui rompt les membres, il a, on le voit, son pendant dans la mythologie biblique, puisque c'est apr&#232;s s'&#234;tre vu briser les os que l'homme conna&#238;t l'amour de la femme. Cet arrachement devra sans cesse &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;, puisqu'il est rappel&#233; dans la foul&#233;e que l'homme devra sans cesse renouveler cet arrachement et quitter son p&#232;re et sa m&#232;re, pour retrouver sa femme : &#171; C'est pourquoi l'homme quittera son p&#232;re et sa m&#232;re, et s'attachera &#224; sa femme, et ils deviendront une seule chair &#187; (2,24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la r&#233;f&#233;rence au mythe de Platon d'un &#234;tre unique &#224; l'origine que Zeus aurait s&#233;par&#233; en deux, et dont les deux moiti&#233;s n'auraient ensuite de cesse de s'accoupler, ce qu'il nous faut entendre ici, c'est que cet acte d'arrachement, de l'homme &#224; la terre, de la c&#244;te &#224; l'homme, de la femme &#224; la c&#244;te, etc., pr&#233;c&#232;de qu'on le veuille ou non toute sexualit&#233; : &#171; [...] Dieu leur dit : Soyez f&#233;conds, multipliez, remplissez la terre [...] &#187; (1,28).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'enfant cach&#233; de la Gen&#232;se&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le serpent, qui &#233;tait le plus rus&#233; de tous les animaux (3,1), proposa alors &#224; la femme de manger le fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, soudaine condensation de l'arbre de la vie et de l'arbre de la connaissance bien et du mal. Comment s'y prend-il ? &#171; Vous ne mourrez point &#187; (3,4), lui dit-il. Puis il s'empresse de pr&#233;ciser : &#171; Le jour o&#249; vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront &#187; (3,15), et &#171; vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal &#187; (3,15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme et la femme, qui ne s'appelaient pas encore Adam et &#200;ve, mang&#232;rent du fruit de l'arbre d&#233;fendu (3,6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que, jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#171; l'homme et sa femme &#233;taient tous deux nus &#187;, et n'en avaient point honte (2,25), &#171; les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils &#233;taient nus &#187; (3,7), et ils y rem&#233;di&#232;rent cousant des feuilles de figuier pour s'en faire des &#171; ceintures &#187; (3,7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous ici, c'est le moment d'interpr&#233;ter. Dans une lettre &#224; Jung, dat&#233;e du 17 d&#233;cembre 1911, Freud invite son correspondant &#224; comprendre le mythe de la Gen&#232;se comme une &#171; mis&#233;rable d&#233;figuration tendancieuse d'un apprenti pr&#234;tre &#187;, qui, comme dans un r&#234;ve, aurait &#171; condens&#233; en un r&#233;cit deux sources diff&#233;rentes &#187;. Ainsi s'expliquerait selon lui, par exemple, la confusion entre les deux arbres : &#171; Il n'est pas impossible que les deux arbres sacr&#233;s viennent de ce que dans chacun des &#233;crits qui lui ont servi de sources, il a trouv&#233; un arbre &#187; (S. Freud et C. G. Jung, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, 1906-1914, Gallimard, Paris, 1992). Mais, plus g&#233;n&#233;ralement, Freud d&#233;fend la proposition selon laquelle le mythe de la Gen&#232;se ne relate que des formes &#171; manifestes &#187; de motifs mythologiques, qui ne sont pas directement utilisables pour des r&#233;sultats psychanalytiques. Seules leurs formes latentes et originelles sont v&#233;ritablement exploitables du point de vue de l'inconscient, ce qui n'est accessible que par un travail d'&#233;laboration et de comparaison avec d'autres mythes, afin d'&#233;carter les d&#233;figurations grossi&#232;res que ces motifs ont subies au cours du processus de civilisation et de d&#233;veloppement des mythes. &#192; suivre Freud sur cette voie d'interpr&#233;tation, la s&#233;quence ci-dessus se fait entendre selon un ordre logique qui n'est pas sans nous rappeler quelques &#233;vidences : Dieu vient d'inciter l'homme et la femme &#224; se multiplier, puis un fruit est cueilli, et enfin des yeux s'ouvrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t clairement que ce fruit qui chute de l'arbre de la vie doit ici se comprendre comme une m&#233;taphore : celle d'un enfant qui vient de na&#238;tre et dont les yeux s'ouvrent &#224; la vie. Qu'&#233;voque donc ce serpent fantaisiste, ce serpent qui rampe, si ce n'est le premier r&#233;flexe du nourrisson, celui du &#171; fouissement &#187;, o&#249; le nouveau n&#233; rampe sur le ventre de sa m&#232;re afin de venir &#171; automatiquement &#187; se sustenter jusqu'au sein ? Ce r&#233;flexe fait partie de ce que l'on appelle les r&#233;flexes &#171; archa&#239;ques &#187; du nourrisson, lesquels apparaissent d&#232;s la naissance, pour dispara&#238;tre ensuite. Ils sont au nombre de quatre. Tout d'abord, le r&#233;flexe dit de Moro ou r&#233;flexe d'embrassement : les bras s'&#233;cartent sym&#233;triquement et se rejoignent. Ensuite, le r&#233;flexe de redressement et de marche automatique : &#224; une pression plantaire, l'enfant r&#233;agit en se redressant. En troisi&#232;me lieu, le &lt;i&gt;grasping&lt;/i&gt;, o&#249; la stimulation de la paume de la main entra&#238;ne une flexion des doigts et un agrippement. Enfin, celui que nous venons d'&#233;voquer, le r&#233;flexe de fouissement, c'est-&#224;-dire le r&#233;flexe de recherche et d'orientation vers le sein, lequel est d'ailleurs suivi des r&#233;flexes de succion et de d&#233;glutition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;flexes ont certes une valeur adaptatrice importante (leur absence est signe d'immaturit&#233;), mais une valeur qui est purement &lt;br class='autobr' /&gt;
fonctionnelle puisqu'ils disparaissent ensuite rapidement, cette disparition m&#234;me signant l'&#233;volution d'une bonne maturation. Cependant, en comparant l'ensemble de ces r&#233;flexes archa&#239;ques &#224; la s&#233;quence biblique, le fruit d&#233;fendu pr&#233;sente une &#233;trange ressemblance avec le sein maternel, et le serpent avec l'enfant lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons en effet interpr&#233;ter le p&#233;ch&#233; originel comme une condensation des quatre r&#233;flexes archa&#239;ques du nourrisson. Dans le fait de s'&#233;lever pour cueillir le fuit d'abord, qui repr&#233;sente ici le r&#233;flexe de redressement (ne voit-on pas, sur bon nombre de repr&#233;sentations et gravures, le serpent debout au pied de l'arbre d&#233;fendu ?) Dans l'acte lui-m&#234;me de cueillir ce fruit, ensuite, o&#249; se condensent les r&#233;flexes d'embrassement et d'agrippement. Quant au fruit que l'enfant souhaite cueillir apr&#232;s avoir ramp&#233; comme un serpent sur le ventre de sa m&#232;re (r&#233;flexe du &#171; fouissement &#187;), il se substitue pleinement dans ce contexte au sein maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;O&#249; es-tu ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que de cette mani&#232;re que l'on peut comprendre le fameux &#171; O&#249; es-tu ? &#187; (3,9) que l'&#201;ternel adresse &#224; l'homme. Car si l'&#201;ternel voit tout, on est en droit de se demander pourquoi il demande &#224; l'homme o&#249; il est : &#171; Mais l'&#201;ternel Dieu appela l'homme, et lui dit : O&#249; es-tu ? Il r&#233;pondit : J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis cach&#233;. Et l'&#201;ternel Dieu dit : Qui t'a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mang&#233; de l'arbre dont je t'avais d&#233;fendu de manger ? L'homme r&#233;pondit : La femme que tu as mise aupr&#232;s de moi m'a donn&#233; de l'arbre, et j'en ai mang&#233;. Et l'&#201;ternel Dieu dit &#224; la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? La femme r&#233;pondit : Le serpent m'a s&#233;duite, et j'en ai mang&#233; &#187; (3, 9-13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le motif classique de la femme apparaissant comme la s&#233;ductrice de l'homme, &#224; qui elle donnerait la pomme &#224; manger, para&#238;t un peu court eu &#233;gard au foisonnement mythologique. Dans sa lettre &#224; Jung, Freud lui confie que Otto Rank l'a rendu attentif au fait qu'il pourrait s'agir ici, dans le mythe de la Gen&#232;se, d'une simple inversion de motif : &#171; Alors la chose serait claire ; Eve serait la m&#232;re dont na&#238;t Adam, et nous nous trouverions devant l'inceste maternel qui nous est familier, dont la punition, etc. Tout aussi &#233;trange est ce trait que la femme donne &#224; l'homme quelque chose de f&#233;condant (une grenade) &#224; manger. En revanche, invers&#233;, cela est &#224; nouveau quelque chose de connu. Que l'homme donne &#224; la femme un fruit &#224; manger, c'est une vieille c&#233;r&#233;monie de mariage (cf. encore la fa&#231;on dont Proserpine doit rester dans l'Had&#232;s comme &#233;pouse de Pluton) &#187; (Freud &#224; Jung, 17 d&#233;cembre 1911).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans remettre radicalement en cause cette interpr&#233;tation, il est selon nous plus simple ici d'envisager que le fruit donn&#233; par la femme &#224; l'homme est tout simplement un enfant et qu'ainsi l'&#233;quation donn&#233;e plus haut se laisse r&#233;soudre selon l'&#233;quivalence : serpent = enfant = fruit = sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, &#224; la m&#234;me &#233;poque, C. G. Jung va plus loin dans la mise en &lt;br class='autobr' /&gt;
perspective de cette &#233;quation entre le fruit de l'arbre et le sein maternel. Dans &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, il insiste en effet longuement sur le caract&#232;re maternel du bois en g&#233;n&#233;ral et de l'arbre de vie en particulier : &#171; L'arbre de vie est en premier lieu sans doute un arbre g&#233;n&#233;alogique portant des fruits, donc une sorte de m&#232;re des g&#233;n&#233;rations. De nombreux mythes font descendre les hommes des arbres, beaucoup repr&#233;sentent le h&#233;ros enferm&#233; dans l'arbre maternel : ainsi Osiris mort dans la bruy&#232;re ; Adonis, dans la myrrhe, etc. De nombreuses divinit&#233;s f&#233;minines &#233;taient v&#233;n&#233;r&#233;es sous formes d'arbres : d'o&#249; le culte des bois et des arbres sacr&#233;s. Il est par cons&#233;quent compr&#233;hensible que &lt;br class='autobr' /&gt;
ce soit sous un pin qu'Attis s'&#233;mascule : cela signifie qu'il le fait &#224; cause de sa m&#232;re - ou en relation avec elle. La Junon de Thespie &#233;tait une branche d'arbre ; celle de Samos, une planche ; celle d'Argos, une colonne ; la Diane de Carie, un morceau de bois mal d&#233;grossi ; l'Ath&#233;n&#233;e de Lindus, une colonne polie. Tertullien appelle la C&#233;r&#232;s de Pharos : &#8220;&lt;i&gt;rudis palus et informe lignum sine effigie&lt;/i&gt;&#8221;. Athenaeus remarque au sujet de la Latone de D&#233;los qu'elle est un (...), un morceau de bois informe. Tertullien nomme une Pallas attique : &#8220;&lt;i&gt;crucis stipes&lt;/i&gt;&#8221;, pieu en forme de croix (ou m&#226;t). Le simple pilier de bois est phallique, comme l'indique d&#233;j&#224; le nom (&lt;i&gt;Pfahl&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;palus&lt;/i&gt;, etc.) &#187; (C. G. Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fruit de l'arbre repr&#233;sentant le sein maternel est, selon l'expression de Jung, &#171; symbole de libido &#187;. C'est-&#224;-dire que le fruit, le sein maternel, repr&#233;sente &#171; la libido du fils dont l'objet fut jadis la m&#232;re &#187; (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, p. 375). En ce sens, l'insistance sur le fruit signe la r&#233;sistance du fils &#224; d&#233;tacher sa libido de l'imago maternelle, signe la permanence et la souffrance du d&#233;sir incestueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; retenir ce motif d'&#233;quivalence entre l'arbre et le sein de la m&#232;re, le fameux &#171; O&#249; es-tu &#187; de l'&#201;ternel se donne ainsi &#224; entendre d'une mani&#232;re quelque peu diff&#233;rente ; il ne s'adresse pas tant &#224; l'homme &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; son fils premier-n&#233; : Ca&#239;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'ablactation ou la chute du paradis terrestre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; o&#249; es-tu ? &#187;, n'est pas tant une interrogation qu'une exclamation, une interpellation : tu en es encore l&#224;, au sein de ta m&#232;re ! C'est bien l'enfant (serpent) qui est ici sevr&#233; en &#233;tant maudit &#224; se rappeler le fouissement : &#171; L'&#201;ternel Dieu dit au serpent : Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le b&#233;tail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussi&#232;re tous les jours de ta vie &#187; (3,14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; jamais grav&#233;e dans la fameuse &#233;nigme de la Sphinge que r&#233;sout &#338;dipe en r&#233;v&#233;lant que l'homme est d'abord celui qui marche &#224; quatre pattes, cette naissance premi&#232;re et idyllique ne sera plus : &#171; Il dit &#224; la femme : J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur &#187; (3,16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inimiti&#233; est alors jet&#233;e sur l'enfant, sur la post&#233;rit&#233; de l'homme : &#171; Je mettrai inimiti&#233; entre toi et la femme, entre ta post&#233;rit&#233; et sa post&#233;rit&#233; : celle-ci t'&#233;crasera la t&#234;te, et tu lui blesseras le talon &#187; (3,15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'homme, on le sait, il devra travailler : &#171; Il dit &#224; l'homme : Puisque tu as &#233;cout&#233; la voix de ta femme, et que tu as mang&#233; de l'arbre au sujet duquel je t'avais donn&#233; cet ordre : Tu n'en mangeras point ! le sol sera maudit &#224; cause de toi. C'est &#224; force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des &#233;pines et des ronces, et tu mangeras de l'herbe des champs. C'est &#224; la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'&#224; ce que tu retournes dans la terre, d'o&#249; tu as &#233;t&#233; pris ; car tu es poussi&#232;re, et tu retourneras dans la poussi&#232;re &#187; (3,17-20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se de la naissance est alors confirm&#233;e par la nomination &lt;br class='autobr' /&gt;
d'Adam et d'&#200;ve, qui jusque-l&#224; n'avaient pas de nom, et par le statut d'&#200;ve en tant que m&#232;re, qui est alors ent&#233;rin&#233; : &#171; Adam donna &#224; sa femme le nom d'&#200;ve : car elle a &#233;t&#233; la m&#232;re de tous les vivants &#187; (3,20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;criture peut alors revenir sur l'hypoth&#232;se de la consommation du fruit de l'arbre de la connaissance, et sous-entend que le fruit mang&#233; aurait &#233;t&#233; le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal : &#171; L'&#201;ternel Dieu dit : Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Emp&#234;chons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre &#233;ternellement &#187; (3,22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, la chute du paradis terrestre, qui ne doit pas tant s'entendre au sens conscient d'une cons&#233;quence d'un p&#233;ch&#233; quelconque, que comme l'ablactation pr&#233;matur&#233;e du petit de l'homme. L'embl&#232;me de l'Eden, immortalis&#233; par les ch&#233;rubins et leur &#233;p&#233;e flamboyante, condense alors toute la probl&#233;matique de l'enfant (ch&#233;rubin) et de sa coupure (l'&#233;p&#233;e) du sein maternel : &#171; Et l'&#201;ternel Dieu le chassa du jardin d'Eden, pour qu'il cultiv&#226;t la terre, d'o&#249; il avait &#233;t&#233; pris. C'est ainsi qu'il chassa Adam ; et il mit &#224; l'orient du jardin d'Eden les ch&#233;rubins qui agitent une &#233;p&#233;e flamboyante, pour garder le chemin de l'arbre de vie &#187; (3,23-24).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le moment de conclure :&lt;br /&gt;
le fratricide stade du miroir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; On trouverait difficilement une &lt;i&gt;nursery&lt;/i&gt; sans conflits violents entre ses habitants &#187;, &#233;crit Freud dans ses conf&#233;rences d'introduction &#224; la psychanalyse. La principale raison de ces conflits, Freud la trouve dans le d&#233;sir de chacun de monopoliser &#224; son profit l'amour des parents. Dans ces conditions, les sentiments hostiles se portent d'abord sur les fr&#232;res et les soeurs, pr&#233;cise-t-il. Et l'Eden comme premi&#232;re &lt;i&gt;nursery&lt;/i&gt; n'y fait pas exception. C'est &#224; la lumi&#232;re de cette r&#232;gle freudienne &#233;l&#233;mentaire que doit se comprendre le meurtre d'Abel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca&#239;n est le premier-n&#233; con&#231;u dans le paradis terrestre. C'est lui qui, &lt;br class='autobr' /&gt;
avant tout, en a &#233;t&#233; chass&#233;. Cette image idyllique de l'enfant au paradis - de l'enfant au sein de la m&#232;re -, elle le hantera partout comme un oeil qui le regarde. &#192; commencer par la naissance de son fr&#232;re, Abel, qui r&#233;active cette imago maternelle &#224; laquelle il ne peut mesurer que son incompl&#233;tude, son d&#233;sir dans toute son ali&#233;nation. C'est l&#224; toute l'originalit&#233; de la th&#232;se lacanienne, laquelle s'affirme d&#232;s 1938 dans un article sur la famille et son fameux &#171; stade du miroir &#187;. Revisitant la th&#232;se d'Henri Wallon (&lt;i&gt;Les Origines du caract&#232;re chez l'enfant&lt;/i&gt;, &#233;ditions Boivin et Cie, Paris, 1934, pp. 190-207), Jacques Lacan prend &#224; t&#233;moin saint Augustin. &#171; La faiblesse du corps au premier &#226;ge est innocente, dit saint Augustin, l'&#226;me ne l'est pas &#187; : &#171; Un enfant que j'ai vu et observ&#233; &#233;tait jaloux. Il ne parlait pas encore, et regardait, p&#226;le et farouche, son fr&#232;re de lait. Chose connue ; les m&#232;res et nourrices pr&#233;tendent conjurer ce mal par je ne sais quels enchantements. Mais est-ce innocence dans ce petit &#234;tre, abreuv&#233; &#224; cette source de lait abondamment &#233;panch&#233; de n'y pas souffrir pr&#232;s de lui un fr&#232;re indigent dont ce seul aliment soutient la vie ? &#187; (&lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt;, I, VII).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se fondamentale soutenue conjointement par Lacan et saint Augustin est ici que la rivalit&#233; fraternelle ne doit pas tant s'entendre comme un conflit entre deux individus, que comme un conflit dans chaque sujet, conflit psychique interne issu de la confrontation &#224; cette identification mentale (imago maternelle) constitutive du d&#233;sir incestueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#234;tre qui absorbe est tout absorb&#233; &#187;, &#233;crit Jacques Lacan. Cela semble &#224; premi&#232;re vue paradoxal, que ce soit l'enfant qui t&#232;te qui soit en fait lui-m&#234;me absorb&#233;. Cette absorption n'est nullement paradoxale, si l'on comprend qu'&#224; ce stade l'objet du d&#233;sir se confond avec le sujet du d&#233;sir dans le fantasme fondamental constitutif du petit de l'homme. Si, du point de vue du besoin en effet, l'acte porte bien sur l'oralit&#233;, en d'autres termes si, du point de vue corporel, il s'agit bien d'un allaitement, d'un nourrissage, du point de vue du d&#233;sir par contre, cette satisfaction va bien au-del&#224; d'une satisfaction nourrici&#232;re. C'est avant tout une absorption, et qui plus est une absorption &#171; scopique &#187;. Scopique parce que le regard de l'enfant qui t&#232;te croise, se r&#233;fl&#233;chit et se confond avec celui de la m&#232;re, lequel se satisfait lui-m&#234;me de regarder son enfant se satisfaire : &#171; Dans l'allaitement, l'&#233;treinte et la contemplation de l'enfant, la m&#232;re, en m&#234;me temps, re&#231;oit et satisfait le plus primitif de tous les d&#233;sirs (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Regard de regard &#187;, &#171; d&#233;sir de d&#233;sir &#187;, l'on entre ici d'embl&#233;e dans une topologie particuli&#232;re, celle de l'inconscient, qui sp&#233;cifie et oriente toute la structure psychique de l'&#234;tre parlant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'imago maternelle&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'imago a, &#224; l'origine, &#233;t&#233; forg&#233; par C. G. Jung dans son &lt;br class='autobr' /&gt;
article de 1911, &#171; M&#233;tamorphoses et symboles de la libido &#187;. Le terme est emprunt&#233; au roman de Carl Spitteler, Prix Nobel de litt&#233;rature de 1919. D&#232;s cette &#233;poque, Jung entend se diff&#233;rencier de la th&#233;orie freudienne et, notamment, de la notion de complexe trop &#233;troitement associ&#233;e &#224; la notion de d&#233;sir incestueux. Cette notion d'imago, selon Jung, rend en effet mieux compte de la libido inconsciente, laquelle ne saurait en aucun cas se laisser d&#233;finir selon une direction exacte et unique, mais serait bien au contraire multi-directionnelle et conflictuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses ouvrages ult&#233;rieurs, C. G. Jung remplacera le terme &#171; imago &#187; par son fameux concept &#171; arch&#233;type &#187;, exprimant ainsi les caract&#232;res impersonnels et collectifs des motifs qui r&#233;sident dans les couches historiquement les plus profondes de l'inconscient (Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, p. 100). Jung renverse ainsi radicalement la conception freudienne qui accorde la primaut&#233; au d&#233;sir incestueux. Pour Jung, ce d&#233;sir n'est pas premier et la &#171; prohibition de l'inceste &#187; n'a rien de primaire, mais est bien secondaire et ne peut &#234;tre d&#233;finie que d'un strict point de vue social. Le d&#233;sir premier, le but premier, est simple d&#233;sir de redevenir enfant, de retourner sous la protection maternelle. C'est sur la voie de ce d&#233;sir premier que l'enfant rencontre l'inceste, puisqu'un des moyens les plus simples de r&#233;aliser ce d&#233;sir est de revenir dans la m&#232;re pour la f&#233;conder et &#234;tre &#224; nouveau r&#233;-enfant&#233; par elle : &#171; Ce qui est recherch&#233;, ce n'est pas la cohabitation incestueuse, mais la renaissance &#187; (Jung, p. 376). &#171; L'obstacle de la prohibition de l'inceste rend la fantaisie inventive [...]. L'aboutissement du tabou de l'inceste et de ses tentations de transposition, c'est l'exercice de l'imagination qui, peu &#224; peu, en cr&#233;ant des possibilit&#233;s, trace des voies le long desquelles la libido peut s'activer. Elle se trouve ainsi transposer insensiblement en des formes spirituelles &#187; (Jung, p. 376).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement radical permet &#224; Jung de se s&#233;parer compl&#232;tement d'une th&#233;orie sexuelle des n&#233;vroses, ce que l'on a appel&#233; le pansexualisme freudien : &#171; L'absurdit&#233; instinctuelle n&#233;vrotique de l'homme jeune tient donc &#224; une disposition analogue de ses parents et le trouble de sa sph&#232;re sexuelle est un ph&#233;nom&#232;ne secondaire et nullement primaire. Par cons&#233;quent, il n'y a pas de th&#233;orie sexuelle, mais il y a une th&#233;orie psychologique des n&#233;vroses &#187; (Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, p. 2748).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce concept d'imago que part Jacques Lacan pour construire sa formalisation du stade du miroir. Cependant, si pour Jung l'imago est une formation inconsciente purement fantasmatique, sans lien r&#233;el avec le d&#233;sir incestueux, dans sa formalisation, Jacques Lacan lui redonne toute sa dimension &#171; d'apr&#232;s-coup &#187;, c'est-&#224;-dire traumatisante et sexuelle pour le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stade du miroir vient en effet dans un premier temps redoubler ce que Rank qualifiait quant &#224; lui de &#171; traumatisme de la naissance &#187;, c'est-&#224;-dire l'arrachement du nouveau-n&#233; aux entrailles du ventre maternel. En ce sens, Lacan reconna&#238;t que cette ablactation, ce sevrage au sens le plus &#233;troit, &#171; donne son expression psychique, la premi&#232;re et aussi la plus ad&#233;quate, &#224; l'imago plus obscure d'un sevrage plus ancien, plus p&#233;nible et d'une plus grande ampleur vitale : celui qui, &#224; la naissance, s&#233;pare l'enfant de la matrice, s&#233;paration pr&#233;matur&#233;e d'o&#249; provient un malaise que nul soin maternel ne peut compenser &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Lacan reste tr&#232;s critique &#224; l'&#233;gard des th&#232;ses de O. Rank, il insiste cependant &#224; sa mani&#232;re sur la base objective de ce traumatisme qu'il accorde volontiers &#224; la pr&#233;maturation sp&#233;cifique de la naissance chez l'homme : &#171; L'angoisse, dont le prototype appara&#238;t dans l'asphyxie de la naissance, le froid, li&#233; &#224; la nudit&#233; du t&#233;gument, et le malaise labyrinthique auquel r&#233;pond la satisfaction du bercement, organisent par leur triade le ton p&#233;nible de la vie organique qui, pour les meilleurs observateurs, domine les six premiers mois de l'homme. Ces malaises primordiaux ont tous la m&#234;me cause : une insuffisante adaptation &#224; la rupture des conditions d'ambiance et de nutrition qui font l'&#233;quilibre parasitaire de la vie intra-ut&#233;rine &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, et bien au-del&#224; de faire de l'homme &#171; un animal &#224; naissance pr&#233;matur&#233;e &#187;, c'est bien la captation ali&#233;nante de la rencontre avec le d&#233;sir inconscient que vient redoubler et sp&#233;cifier l'imago de l'enfant &#224; la mamelle. Car de m&#234;me que l'arrachement de la c&#244;te d'Adam pr&#233;c&#232;de l'&#233;rotisme de l'homme, l'arrachement du sein maternel laisse subsister dans l'apr&#232;s-coup la trace de l'&#233;rotisme premier o&#249; le d&#233;sir incestueux se r&#233;v&#232;le comme d&#233;sir de l'Autre, et se fige dans l'image de la captation scopique (&#171; Le d&#233;sir inconscient est le d&#233;sir de l'Autre &#187;, Lacan, 1966, p. 632).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que le moi affirme son &#171; identit&#233; &#187;, il se confond avec cette image qui le forme et l'ali&#232;ne. C'est en ce sens, rappelons-le ici, qu'il faut entendre les paroles bibliques selon lesquelles l'&#201;ternel a fait l'homme &#224; son image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la maturation du petit de l'homme ne peut se concevoir que comme une longue suite de sevrages r&#233;p&#233;t&#233;s, dans lesquels ce sevrage primordial sera au fur et &#224; mesure liquid&#233; et son complexe d&#233;pass&#233;. C'est ainsi que se constitue la personnalit&#233; : &#171; tout ach&#232;vement de la personnalit&#233; exige ce nouveau sevrage &#187;. &#192; cet &#233;gard, Lacan rappelle l'id&#233;e h&#233;g&#233;lienne selon laquelle &#171; l'individu qui ne lutte pas pour &#234;tre reconnu hors du groupe familial n'atteint jamais &#224; la personnalit&#233; avant la mort &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Du &#171; fort-da &#187; &#224; l'enfant battu&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ach&#232;vement de la maturit&#233; et le d&#233;passement de ce stade imaginaire ne s'effectuent qu'avec la survenue et la r&#233;solution d'un nouveau complexe, symbolique celui-l&#224; - et nomm&#233;ment le complexe d'&#338;dipe -, un stade est d&#233;j&#224; primordial pour en signer la r&#233;solution anticipatoire, et c'est ce stade que Lacan qualifie du miroir. Mais, plut&#244;t que d'une &#233;volution vers Jung, il s'agit bien plus d'un retour &#224; Freud, dans la description des r&#233;actions et attitudes sp&#233;cifiques que ce conflit r&#233;anime dans chaque sujet, r&#233;actions que Freud avait d&#233;j&#224; observ&#233;es en son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si l'on comprend que le malaise du sevrage humain (ablactation ou chute du paradis terrestre) est la principale source du d&#233;sir de mort, force est de reconna&#238;tre que le d&#233;passement de cette imago, de ce complexe, ne peut s'effectuer que par un passage par ce qu'il faut qualifier de &#171; masochisme primaire &#187;. Masochisme qualifi&#233; ici de &#171; primaire &#187; ou fondamental, dans la mesure o&#249; pour se donner une chance de d&#233;passer l'ali&#233;nation premi&#232;re, le sujet se voit justement contraint, dans un premier temps, de la reproduire. C'est en effet ce que Freud avait d&#233;j&#224; observ&#233; en 1920 dans son &#171; Au-del&#224; du principe de plaisir &#187;, chez l'enfant aux prises avec sa bobine de fil, jeu ou mise en sc&#232;ne immortalis&#233;e par ses deux exclamations &#171; fort &#187; et &#171; da &#187; : &#171; C'est bien ainsi que sont apparus les jeux primitifs de l'enfant &#224; l'oeil connaisseur de Freud : cette joie de la premi&#232;re enfance de rejeter un objet du champ de son regard, puis, l'objet retrouv&#233;, d'en renouveler in&#233;puisablement l'exclusion, signifie bien que c'est le path&#233;tique du sevrage que le sujet s'inflige &#224; nouveau, tel qu'il l'a subi, mais dont il triomphe maintenant qu'il est actif dans sa reproduction. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la quintessence m&#234;me de ce jeu du &#171; fort-da &#187; que Lacan retrouve dans ce qu'il nomme stade du miroir. &#192; ceci pr&#232;s qu'il y distingue les trois attitudes condens&#233;es dans le &#171; fort-da &#187; du neveu de Freud, lesquelles sont celles de la parade (mise en sc&#232;ne), du despotisme (fort), de la s&#233;duction (da) : &#171; Qu'on s'arr&#234;te un instant, dit Lacan, &#224; l'enfant qui se donne en spectacle et &#224; celui qui le suit du regard : quel est le plus spectateur ? Ou bien qu'on observe l'enfant qui prodigue envers un autre ses tentatives de s&#233;duction : o&#249; est le s&#233;ducteur ? Enfin, de l'enfant qui jouit des preuves de la domination qu'il exerce et de celui qui se compla&#238;t &#224; s'y soumettre, qu'on se demande quel est le plus asservi ? Ici se r&#233;alise ce paradoxe : que chaque partenaire confond la partie de l'autre avec la sienne propre et s'identifie &#224; lui &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; la grammaire mise en &#233;vidence par Freud en 1919 lorsque, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;coutant le fantasme s'&#233;noncer sous la forme d'un &#171; On bat un enfant &#187;, il le d&#233;chiffre en faisant jouer au sujet tous les r&#244;les de ce sc&#233;nario, observant n&#233;anmoins que cet enfant battu est d'abord et avant tout un fr&#232;re ha&#239; : &#171; Dans la chambre d'enfants il y a aussi d'autres enfants, plus &#226;g&#233;s ou plus jeunes de tr&#232;s peu d'ann&#233;es, qu'on n'aime pas beaucoup, pour bien des raisons, mais principalement parce qu'on doit partager avec eux l'amour des parents, et qu'&#224; cause de cela on repousse de soi avec toute l'&#233;nergie sauvage qui est propre &#224; la vie sentimentale de ces ann&#233;es. Si c'est un petit fr&#232;re ou une petite soeur plus jeune (...) on le m&#233;prise, non content de le ha&#239;r, et il faut pourtant qu'on supporte de voir comme il tire &#224; lui cette part de tendresse que les parents aveugl&#233;s r&#233;servent chaque fois au plus jeune. On comprend bient&#244;t que le fait d'&#234;tre battu, m&#234;me si cela ne fait pas tr&#232;s mal, signifie une r&#233;vocation de l'amour et une humiliation &#187; (S. Freud, &#171; Un enfant est battu &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, vol. XV, pp. 115-146).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Freud pr&#233;cise en effet que dans un second temps, constitutif de l'intervention de la culpabilit&#233; et le refoulement du d&#233;sir incestueux, le sadisme s'inverse en masochisme. Sous l'effet de la r&#233;gression, l'&#233;criture du fantasme fondamental peut alors s'&#233;noncer d&#233;sormais ainsi : &#171; Le p&#232;re me bat (je suis battu par le p&#232;re). &#187; Cette permutation des r&#244;les - aussi bien des acteurs que des spectateurs - dans le sc&#233;nario est sp&#233;cifique du fantasme fondamental, et il en va de m&#234;me dans la formalisation du stade du miroir o&#249;, selon la formule de Lacan, &#171; chaque partenaire confond la partie de l'autre avec la sienne propre et s'identifie &#224; lui &#187;. C'est encore une fois ici le sujet lui-m&#234;me, ou encore le path&#233;tique de son propre sevrage, qu'il s'inflige &#224; nouveau, en le donnant en spectacle, en lui prodiguant des tentatives de s&#233;ductions, ou le repoussant comme un despote. Il se donne &#224; voir, &#224; se faire s&#233;duire par, ou &#224; se faire dominer par ce path&#233;tique, &#171; tel qu'il l'a subi &#187;, pour mieux en triompher dans l'activit&#233; de sa repr&#233;sentation : &#171; L'objet que choisit l'agressivit&#233; dans les primitifs jeux de la mort est, en effet, hochet ou d&#233;chet, biologiquement indiff&#233;rent ; le sujet l'abolit gratuitement, en quelque sorte pour le plaisir, il ne fait que consommer ainsi la perte de l'objet maternel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, prendre l'autre pour miroir de soi-m&#234;me permet de renvoyer une image permettant de fixer l'un des p&#244;les du masochisme primaire afin de tenter de le d&#233;passer f&#251;t-ce sur un mode hautement sacrificiel. Dans ces jeux primitifs ou ce stade, cette rencontre en miroir &#171; d&#233;bouche sur une alternative nouvelle o&#249; se joue le sort de la r&#233;alit&#233; &#187; : &#171; Ou bien il [le sujet] retrouve l'objet maternel et va s'accrocher au refus du r&#233;el et &#224; la destruction de l'autre ; ou bien, conduit &#224; quelque autre objet, il le re&#231;oit sous la forme caract&#233;ristique de la connaissance humaine, comme objet communicable, puisque concurrence implique &#224; la fois rivalit&#233; et accord ; mais en m&#234;me temps il reconna&#238;t l'autre avec lequel s'engage la lutte ou le contrat, bref il trouve &#224; la fois l'autrui et l'objet socialis&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire qu'ou bien le sujet r&#233;ussit, gr&#226;ce notamment &#224; ses identifications primaires et secondaires, &#224; d&#233;passer cette ali&#233;nation premi&#232;re de son d&#233;sir et sa captation imaginaire, ou bien il n'y r&#233;ussit pas, et il est alors irr&#233;m&#233;diablement engag&#233; sur une pente r&#233;gressive et agressive. &#171; Dans la mesure o&#249; elle r&#233;siste &#224; ces exigences nouvelles qui sont celles du progr&#232;s de la personnalit&#233;, pr&#233;cise Jacques Lacan, l'imago, salutaire &#224; l'origine, devient facteur de mort &#187; (Lacan, 1938). La rencontre avec l'autre, dans la mesure o&#249; elle r&#233;active l'absorption premi&#232;re et dans et par l'objet non-sublim&#233;, engage en effet le sujet vers la r&#233;gression du d&#233;sir &#224; un app&#233;tit. Ali&#233;n&#233; dans l'image du d&#233;sir de l'autre, le sujet ne se donne plus &#224; entendre que dans &#171; c'est un moi ou l'autre &#187;, c'est-&#224;-dire que &#171; c'est un moi ou l'autre qui doit dispara&#238;tre &#187;. Si c'est un moi, alors le sujet peut rester fixer &#224; l'imago du sein maternel, et se donne alors la mort selon cette image : gr&#232;ve de la faim ou r&#233;gime, anorexie mentale, toxicomanies, etc. C'est &#171; l'app&#233;tit de la mort &#187; &#233;crit Jacques Lacan : &#171; Cette tendance psychique &#224; la mort, sous la forme originelle que lui donne le sevrage, se r&#233;v&#232;le dans des suicides tr&#232;s sp&#233;ciaux qui se caract&#233;risent comme &#8220;non violents&#8221;, en m&#234;me temps qu'y appara&#238;t la forme orale du complexe : gr&#232;ve de la faim de l'anorexie mentale, empoisonnement lent de certaines toxicomanies par la bouche, r&#233;gime de famine des n&#233;vroses gastriques. L'analyse de ces cas montre que, dans son abandon &#224; la mort, le sujet cherche &#224; retrouver l'imago de la m&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'avec le crime de Ca&#239;n l'Ancien testament donne &#224; entendre avec Freud et Lacan, c'est que c'est tout sp&#233;cialement dans la situation &#171; fraternelle primitive &#187; que la violence primordiale se d&#233;montre. Ce ph&#233;nom&#232;ne, secondaire &#224; l'identification, est en rapport &#233;troit avec le nourrissage, selon le th&#232;me classique de la pomme et du fruit d&#233;fendu, &#233;galement illustr&#233; par le passage de saint Augustin : &#171; Nulle part ailleurs que dans la rencontre du fr&#232;re non sevr&#233;, cette ali&#233;nation fondamentale ne se donne &#224; entendre dans ses effets d&#233;vastateurs. C'est l&#224; o&#249; l'image de l'ali&#233;nation fondamentale culmine &#187;. La raison derni&#232;re en est &#171; qu'elle r&#233;p&#232;te dans le sujet l'imago de la situation maternelle et avec elle le d&#233;sir de la mort &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus d'un enfant qui se consid&#232;re comme tr&#244;nant en s&#233;curit&#233; dans l'amour in&#233;branlable de ses parents a &#233;t&#233; d'un seul coup d&#233;chu de tous les cieux de sa toute-puissance pr&#233;somptueuse &#187;, &#233;crit Freud en 1919 (&#171; On bat un enfant &#187;). Au sortir du paradis terrestre (sevrage, ablactation), Ca&#239;n, le premier n&#233;, est surpris par l'image de son fr&#232;re nouveau-n&#233;, Abel, attach&#233; &#224; la mamelle de la m&#232;re de tous les hommes, Eve : &#171; Elle enfanta encore son fr&#232;re Abel &#187; (4,2). Le regard de l'&#201;ternel sur cette offrande est regard de la m&#232;re sur cet enfant auquel elle offre son sein, image qui r&#233;active une chute, dont la Gen&#232;se t&#233;moigne du caract&#232;re par trop pr&#233;cipit&#233; et ravageur. Au sortir de l'Eden, Ca&#239;n est litt&#233;ralement &#171; surpris par l'intrus dans le d&#233;sarroi du sevrage &#187;, et tel l'enfant observ&#233; par saint Augustin, &#171; il le r&#233;active sans cesse &#224; son spectacle &#187;. Il r&#233;gresse imm&#233;diatement et &#171; r&#233;agit &#187; rapidement &#171; par la destruction &lt;br class='autobr' /&gt;
imaginaire du monstre &#187; qui n'est autre que le simple reflet invers&#233; de son propre d&#233;sir, renvoyant ainsi Abel et l'inceste consomm&#233; dans les profondeurs des entrailles d'o&#249; il sort, celles de &#171; la terre qui a ouvert sa bouche &#187; comme le pr&#233;cisent les &#201;critures (4,11). Ca&#239;n, d&#233;sormais &#171; errant &#187; et &#171; vagabond sur la terre &#187;, est condamn&#233; - telle une fourmi sur la surface topologique -, &#224; ne jamais pouvoir y entrer si ce n'est qu'&#224; sa propre mort ; il inaugure par l&#224; m&#234;me le prototype du fantasme et de la culpabilit&#233; obsessionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous enseigne tout aussi bien la Gen&#232;se que la lettre lacanienne, c'est que &#171; la jalousie humaine &#187;, en formant son objet, &#171; se r&#233;v&#232;le comme l'arch&#233;type des sentiments sociaux &#187; (Lacan, 1938). L'&#233;ternel &#171; Faisons l'homme &#224; notre image, selon notre ressemblance &#187; ou &#171; le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu'elle nous est r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'exp&#233;rience psychanalytique &#187; (Lacan, Seuil, Paris, 1966, p. 93-100), signifie que la confrontation au d&#233;sir incestueux (ou imago maternelle) est non seulement incontournable, mais surtout qu'elle r&#233;v&#232;le la violence inaugurale et constitutive du sujet de l'inconscient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Im Anfang war die Tat !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est une premi&#232;re version d'un article ensuite publi&#233; dans &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Psychologie-de-la-violence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Psychologie de la violence&lt;/a&gt;, (sous la dir. de Christophe Bormans et Guy Massat), &#201;d. Studyrama, Paris, pp. 19-35.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#338;dipe petit n&#232;gre</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/L-OEdipe-petit-negre.html</link>
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		<dc:date>2005-11-28T08:16:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Lacan</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; On veut tuer Freud mais il est d&#233;j&#224; mort ; alors &#8220;On&#8221; tourne en rond. Pourquoi ? Parce que maintenant qu'il est mort - et que l'on croit que &#8220;On&#8221; l'a tu&#233; - il s'agirait justement de le bouffer : c'est &#231;a, la th&#233;orie de Freud sur le meurtre du p&#232;re !&lt;br /&gt;
Mais l&#224;, il ne semble plus y avoir grand monde. On a peur de le bouffer tout cru, justement, ce cadavre du bon vieux docteur. Alors on le regarde, ce cadavre, l&#224;, juste sous nos yeux, et on dit : &#231;a sent pas bon... J'en veux pas... J'ai pas faim... Comme quand on a cinq ans devant le plat de rognons qui nous r&#233;pugne, &#8220;On&#8221; ne sait pas pourquoi... Eh bien &#8220;On&#8221; ira chez le psychanalyste pour le savoir, et il s'agira de demander la permission de se lever du divan avant d'avoir tout fini : &#8220;mange ton dasein&#8221; ! Et la fin de l'analyse, pr&#233;cis&#233;ment, c'est l&#224; o&#249; il faut mettre les bouch&#233;es doubles...&lt;br /&gt;
&#8220;On&#8221; conna&#238;t l'histoire que raconte personne dans le film du m&#234;me nom : la morale y &#233;tait que parfois, il vaut mieux &#234;tre bien au chaud dans la merde, plut&#244;t que de se faire bouffer tout cru. Dans l'inconscient, c'est l'inverse.&lt;br /&gt;
Ulysse s'y &#233;tait essay&#233; avec le Cyclope, pour ma part, si la psychanalyse avait besoin d'un slogan publicitaire, je proposerai celui-ci :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous en avez marre d'&#234;tre comme tout le monde ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous voulez enfin &#234;tre quelqu'un ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Faites une analyse...&lt;br /&gt;
... Ne soyez plus personne ! &#187; (C. Bormans, 19 novembre 2005).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Billets-d-humeur-.html" rel="directory"&gt;&#201;ditos et billets d'humeur&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Jacques-Lacan-+.html" rel="tag"&gt;Jacques Lacan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton63-36461.jpg?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'&#338;dipe petit n&#232;gre &#187; parce qu'on ne veut rien en savoir de cet &#338;dipe. Juste ce qu'il y a d'imprim&#233; de mani&#232;re quasi-ind&#233;(l&#233;)bile sur le papier glac&#233; de nos manuels de psychologie... ou dans les journaux ou magazines du m&#234;me nom ; bref, du &#171; petit n&#232;gre &#187;. Un con-pillage de journaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chaque psychanalyste, - pour peu qu'il ait un site internet -, est sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de soi-disant &#171; professionnel &#187; ne souhaitant qu'une seule chose : ne pas y toucher, le refouler du mieux qu'il peut jusqu'aux plus lointains tr&#233;fonds de l'inconscient, cet &#338;dipe ; mais le &lt;i&gt;&#199;a&lt;/i&gt; n'est pas un &lt;i&gt;&#199;ac&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je dis &#171; On &#187; - &#171; On &#187; ne veut rien en savoir de cet &#338;dipe -, celui qui s'est quelque peu frott&#233; au r&#233;el aura compris qu'il s'agit-l&#224;, bien sur, d'un fantasme - dont je ne suis pas exempt d'ailleurs - et qu'il s'agit, justement, d'en sortir de ce fantasme - de ce &#171; On &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des enfants battent le &#171; On &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#187; : comme dans le fameux &#171; On bat un enfant &#187;. Or aujourd'hui, c'est l'inverse. Ce sont des enfants qui battent... Et il semble-l&#224; qu'il n'y ait plus grand monde pour savoir y faire avec Freud. Parce qu'une fois qu'on a bien r&#233;cit&#233; sa le&#231;on de &#171; psy &#187; apprise par c&#339;ur dans les manuels, on ne sait plus vraiment quoi en faire du bon vieux docteur : il ne nous nourrit plus ; il ne nous soigne plus ; bref, &#171; On a aval&#233; la ba-balle ! &#187;, selon la tirade du Dr V&#233;t&#233;rinaire Jean Carmet, dans le film de Francis Weber : &#171; Les fugitifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &#233;ventuellement, &#171; On &#187; se retourne du cot&#233; du &#171; Livre noir &#187; ; du cot&#233; aussi b&#234;te qu'obscur, non pas de la force que du for&#231;age. Et on n'y voit comme dans le cul d'un n&#232;gre l&#224;-dedans, c'est le cas de le dire ! Ou alors, &#171; On &#187; en revient &#224; ce qu'on a appris en cours, &#224; l'Universit&#233; : et l&#224;, les fameuses &#171; Banlieues &#187; redeviennent rapidement ce qu'elles n'auraient jamais du cess&#233; d'&#234;tre : de la sociologie, de l'&#233;conomie, de la &#171; nouvelle &#233;conomie psychique &#187; m&#234;me, enfin tout ce qu'on veut, mais surtout plus d'&#338;dipe, encore moins d'inconscient. &#199;a doit &#234;tre du symbolique non trou&#233; qu'on doit bien avoir rang&#233;-l&#224; quelque part, on ne sait plus o&#249;, mais &#171; On &#187; va retrouver...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'est-ce qu'ils battent ces enfants ? Parce &lt;i&gt;con&lt;/i&gt; a mal appris sa le&#231;on - &#171; Ein kind wird geschlagen &#187; - ; parce que Freud l'a &#233;crit tr&#232;s clairement : le propre du fantasme est d'&#234;tre r&#233;versible, interchangeable, c'est-&#224;-dire de passer du dessus au dessous ni vu ni connu - comme la barbe du capitaine &#171; ad hoc &#187;. Mais &#231;a, c'est vrai que c'est plus difficile, parce qu'il faut l'avoir tout de m&#234;me &#233;prouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, ces enfants, ils sont comme vous et moi, ils essayent de sortir du fantasme, mais ils ont toutes les peines du monde pour y arriver. Alors ils battent justement ce &#171; On &#187; ; c'est-&#224;-dire qu'ils tapent, frappent : &#224; proprement parler, &lt;i&gt;geschlagen&lt;/i&gt;, c'est frapper... Mais sur quoi frappent-ils ? &#192; l'acm&#233; du fantasme, l'enfant est frapp&#233; &#171; &#224; l'&#233;cole &#187;, &#171; sur le popo tout nu &#187;, nous dit Freud, voir sur son &#171; wiwimacher &#187;, comme disait le petit Hans. C'est donc en toute logique - inconsciente - que ces enfants vont frapper ces objets : voitures, &#233;coles, monuments ou b&#226;timents publics - objets corporels, car objets du &#171; corps social &#187; comme on dit, objets corporels du &#171; On &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marqu&#233; par un blanc ou occup&#233; par un mensonge : c'est le chapitre censur&#233;. Mais la v&#233;rit&#233; peut &#234;tre retrouv&#233;e ; le plus souvent d&#233;j&#224; elle est &#233;crite ailleurs. &#192; savoir :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans les monuments : et ceci est mon corps, c'est-&#224;-dire le noyau hyst&#233;rique de la n&#233;vrose o&#249; le sympt&#244;me hyst&#233;rique montre la structure d'un langage et se d&#233;chiffre comme une inscription qui, une fois recueillie, peut sans perte grave &#234;tre d&#233;truite&lt;/i&gt; &#187; (Jacques Lacan, &#171; Fonction et champ du langage et de la parole en psychanalyse &#187;, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, p.. 259).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans ce d&#233;cha&#238;nement sadique sur les objets corporels du &#171; On &#187; se donne &#224; entendre toute la violence masochiste du fantasme sexuel inconscient. Comme l'&#233;crit Frans Tassigny, &#171; &#224; chaque voiture incendi&#233;e dans Paris, c'est &#8220;le petit a&#8221; &#187; qui sexe-prime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour faire court, &#171; On &#187; peut dire que ces enfants frappent sur ceux qui colportent ce &#171; On &#187;, qui prennent la parole sans dire &#171; Je &#187;. Et dieu sait qu'il y en a toute une tripot&#233;, que la liste est longue. Cantonnons-nous au &#171; On &#187; qui colporte &#171; La &#187; psychanalyse sans jamais avoir os&#233; demander quelque chose au r&#233;el de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Psy-Pride&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en a eu un exemple avec BHL lors de la grande parade - la &lt;i&gt;Psy-pride&lt;/i&gt;, pourrait-on dire - organis&#233;e par JAM : &#171; Avec Freud et Lacan, pour les Lumi&#232;res &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard-Henri L&#233;vy, &#171; Avec Freud et Lacan, pour les Lumi&#232;res &#187;, LePoint.fr ().&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais BHL ne va pas nous dire qu'il ne sait pas que, ce qu'il appelle les &#171; Lumi&#232;res &#187;, ne sont que des vessies ? Que c'&#233;tait juste une bande de parano&#239;aques &#171; mytheux &#187; qui voulait juste se refaire le monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce point notre article dans le dernier num&#233;ro de la revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - comme tout le monde ! -, alors que dans le m&#234;me temps, Ji-Ji Rousseau pleurait encore sa m&#232;re ou Mlle Lambercier ou je ne sais qui ! Mais non, il recommence la semaine derni&#232;re &#224; nous faire croire quelque chose... Quoi ? Je ne sais pas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce vers de Virgile que Freud place en exergue de &#8220;&lt;i&gt;La science des r&#234;ves&lt;/i&gt;&#8221; : &#8220;&lt;i&gt;Flectere si nequeo Superos, Acheronta movebo&lt;/i&gt;&#8221; - si je ne peux fl&#233;chir les dieux, je saurai &#233;mouvoir le fleuve des ombres. C'est &lt;i&gt;tout cela&lt;/i&gt;, la psychanalyse. Et ce n'est, en m&#234;me temps, &lt;i&gt;que cela&lt;/i&gt;. Avis aux amateurs du &#8220;Livre noir&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard-Henri L&#233;vy, &#171; Suite dans les id&#233;es &#187;, LePoint.fr ().&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, &#231;a part sur Lacan, puis sur tout et sur rien : c'est du Francis Lalanne la guitare en moins ! Le couplet est toujours le m&#234;me : &#171; Malgr&#233; les mutins tout r&#233;ussira ! &#187;, et &#171; On &#187; ne semble pas entendre poindre au loin, la r&#233;p&#233;tition quelque peu modernis&#233;e de l'&#233;trange et familier refrain r&#233;volutionnaire : Ca... Caillera ! Caillera ! Caillera ! Les &#171; Lumi&#232;res &#187; &#224; la lanterne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moins ces soi-disantes &#171; Cailleras &#187; nous &#233;parpillent un peu de &lt;i&gt;dawa&lt;/i&gt; dans cet univers si bien huil&#233; qu'on appelle la r&#233;alit&#233; sociale ; r&#233;alit&#233; qui ne respire pas - puisqu'elle n'est faite d'autres choses que d'aspirations : au confort, &#224; l'harmonie, &#224; la tranquillit&#233;, etc. ; bref, autant de compromis n&#233;vrotiques - comme le rappelait Cyro Marcos Da Sylva dans son article sur la notion de &#171; naturel &#187; dans le droit. Pour s'en convaincre d&#233;finitivement, il suffisait de lire la double page consacr&#233;e &#224; Jean-Louis Servan-Schreiber dans le &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt; de la semaine derni&#232;re, o&#249; il nous vantait les m&#233;rites de toutes sortes de bonheurs st&#233;r&#233;otyp&#233;s plus navrants les uns que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non plus tant &#171; malaise &#187;, mais bien - comme le pr&#233;cisait justement Lacan dans &lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; - &#171; sympt&#244;me dans la civilisation &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puisqu'il &#233;tait question, dans le bloc-note, d'explication de texte, pourquoi ne pas plut&#244;t se coller &#224; cette phrase de Lacan, tir&#233;e de la pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;L'&#201;veil du printemps&lt;/i&gt; de F. Wedekind :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Qu'on dise reste oubli&#233; derri&#232;re ce qui se dit dans ce qui s'entend&lt;/i&gt; &#187; (J. Lacan, pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;L'&#201;veil du printemps&lt;/i&gt;, In F. Wedekind, Th&#233;&#226;tre, pages 9-12. NRF, Paris, 1974).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, cette fois, BHL situait Freud du cot&#233; des &#171; ombres &#187;, et non plus des &#171; Lumi&#232;res &#187;... C'est d&#233;j&#224; &#231;a de gagner ! Shadows and dust...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ivre noir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ombres et poussi&#232;re... Pour ce qui est de la poussi&#232;re, qu'&#171; On &#187; aille peut-&#234;tre pousser un peu plus loin que l'exergue, et y d&#233;chiffrer, dans cette &lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt;, le r&#234;ve dit des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;. Pour ce qui est des ombres, celle du &#171; Livre noir &#187; semble s'&#233;tendre sur nos planchers, pour ne pas parler ici de plate-bandes. Mais quand les dits auteurs aurons un jour compris qu'il s'agit d'une plate-bande de moebius, ils s'arr&#234;terons peut-&#234;tre de tourner en rond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#187; veut r&#233;gler son compte &#224; Freud. Certes, mais d'une part il est d&#233;j&#224; mort, et de l'autre, ce serait tout de m&#234;me beaucoup plus amusant de l'ex&#233;cuter &#224; l'aune de sa propre th&#233;orie. C'est d'ailleurs ce &#224; quoi pensent s'essayer Mikkel Borch-Jacobsen et ses acolytes. Seulement Borch-Jacobsen se trompe : il ne d&#233;nonce pas tant les arguments de Freud, que ceux d'une th&#233;orie soi-disant psychanalytique qu'il a appris je ne sais pas o&#249; - de je ne sais quel &#171; On &#187; justement -, et &#224; laquelle il apporte d&#233;sormais sa propre contribution. D'ailleurs tout le livre ne d&#233;nonce que &#231;a : des th&#233;ories pseudo-psychanalytiques, qui ne sont en fait que des relectures de psychiatres ayant entendu parler de psychanalyse... Certains s'y sont reconnus, tant pis pour eux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y &#233;nonce la soi-disante homophobie de Freud et, dans le m&#234;me temps, sa b&#233;vue dans un livre sur L&#233;onard de Vinci, o&#249; Freud hisse justement l'homosexualit&#233; de ce dernier au rang du sublime :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsque la recherche m&#233;dicale de l'&#226;me, qui d'ordinaire se contente d'un mat&#233;riel humain m&#233;diocre, aborde l'un des Grands du genre humain, elle n'ob&#233;it pas pour autant aux motifs qui lui sont si fr&#233;quemment imput&#233;s par les profanes. Elle ne tend pas &#8220;&#224; noircir ce qui rayonne, ni &#224; tra&#238;ner le sublime dans la poussi&#232;re&#8221; &#187; (S. Freud, Un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci, &#338;uvres compl&#232;tes, volume X, PUF, Paris, 1993, pp. 79-164).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques lignes - les premi&#232;res de l'ouvrage - que Freud emprunte lui-m&#234;me &#224; Schiller, pour peut-&#234;tre faire en sorte que les profanes auteurs de ce &#171; Livre noir &#187; aillent se faire r&#233;fl&#233;chir ailleurs, bien qu'ils semblent d&#233;finitivement &#171; perdus pour la science &#187; selon l'expression si bien consacr&#233;e ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On veut tuer Freud mais il est d&#233;j&#224; mort ; alors &#171; On &#187; tourne en rond. Pourquoi ? Parce que maintenant qu'il est mort - et que l'on croit que &#171; On &#187; l'a tu&#233; - il s'agirait justement de le bouffer : c'est &#231;a, la th&#233;orie de Freud sur le meurtre du p&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224;, il ne semble plus y avoir grand monde. On a peur de le bouffer tout cru, justement, ce cadavre du bon vieux docteur. Alors on le regarde, ce cadavre, l&#224;, juste sous nos yeux, et on dit : &#231;a sent pas bon... J'en veux pas... J'ai pas faim... Comme quand on a cinq ans devant le plat de rognons qui nous r&#233;pugne, &#171; On &#187; ne sait pas pourquoi... Eh bien &#171; On &#187; ira chez le psychanalyste pour le savoir, et il s'agira de demander la permission de se lever du divan avant d'avoir tout fini : &#171; mange ton dasein &#187; ! Et la fin de l'analyse, pr&#233;cis&#233;ment, c'est l&#224; o&#249; il faut mettre les bouch&#233;es doubles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#187; conna&#238;t l'histoire que raconte personne dans le film du m&#234;me nom : la morale y &#233;tait que parfois, il vaut mieux &#234;tre bien au chaud dans la merde, plut&#244;t que de se faire bouffer tout cru. Dans l'inconscient, c'est l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ulysse s'y &#233;tait essay&#233; avec le Cyclope, pour ma part, si la psychanalyse avait besoin d'un slogan publicitaire, je proposerai celui-ci :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous en avez marre d'&#234;tre comme tout le monde ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous voulez enfin &#234;tre quelqu'un ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Faites une analyse...&lt;br /&gt;
... Ne soyez plus personne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la peste &#224; la grippe a-V'hier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors devant cet empire du &#171; On &#187; (et du &#171; n'On &#187; d'ailleurs, comme en mai dernier), ce sont, en attendant que quelques-uns se d&#233;cident &#224; dire &#171; Je &#187;, les Banlieues qui nous r&#233;veillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Enfant en danger, enfant dangereux &#187; : tel &#233;tait le titre du colloque, de la rencontre franco-br&#233;silienne de droit et psychanalyse, que nous annoncions il n'y a pas un mois sur le site. Mais on se demande toujours en danger de quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas six mois &#8212; au d&#233;but de l'ann&#233;e &#8212;, nous publiions un livre, intitul&#233; : &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Psychologie-de-la-violence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Psychologie de la violence&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Violence du livre d'abord : commande d'un &#338;di(p)teur en qu&#234;te de bonnes ventes, qui n'escomptait s&#251;rement pas que &#231;a dise pourquoi, mais bien que &#231;a p&#232;te ! C'est chose faite ! Pour ma part, j'essayai d'y lire comment l'&#338;dipe se fait entendre dans ce que l'on nomme &#224; juste titre le probl&#232;me des &#171; Banlieues &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#034;Quel est l'&#234;tre... ?&#8221; &#338;dipe face &#224; l'&#233;nigme de la violence &#187;, Psychologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - du lieu de la mise au ban. J'y soutenais une r&#233;ponse &#224; la sempiternelle question que l'on pose &#224; la psychanalyse : certes, l'imaginaire sociale - la soci&#233;t&#233;, la civilisation - a peut-&#234;tre &#233;volu&#233;e, certes la symbolique juridique et &#233;conomique s'est peut-&#234;tre modifi&#233;e, mais l'inconscient, lui, le r&#233;el, c'est ce qui revient toujours &#224; la m&#234;me place ! Pour preuve, dans le r&#244;le aujourd'hui de la Sphinge, les gardiens de la place, justement, comme les appelle Dembo Goumane. Ceux qu'on appelle les &#171; Dit-leurs &#187; ont justement ce r&#244;le d'interrogation que la Sphinge occupait aux abords - c'est-&#224;-dire, d&#233;j&#224;, &#224; la banlieue - de la cit&#233; Th&#233;baine. Si Sarkozy s'y prend pour &#338;dipe - veut tuer son Chirac de p&#232;re pour &#233;pouser la Reine-M&#232;re-patrie -, c'est son probl&#232;me : une fois qu'il se sera crev&#233; les yeux, &#171; &#199;a ira &#187; mieux ! Au moins, lui se confronte &#224; la Sphinge !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simple d&#233;nonciation d'une soci&#233;t&#233; narcissique, voir narcissis&#233;e, ne change rien. Par qui ? Les magasins et les magazines ? Certes, les &#233;meutiers, c'est comme les louveteaux, &#231;a aime la meute ! Mais qu'&#171; On &#187; relise plut&#244;t &#171; La psychologie de la foule &#187; freudienne, en essayant cette fois peut-&#234;tre d'y entendre quelque chose de cet objet a. Narcissisme peut-&#234;tre : mais il s'agit tout de m&#234;me de ne pas confondre la Sphinge et l'Haine-igme ; quant &#224; la peste, elle aussi revient toujours &#224; la m&#234;me place, puisqu'elle est d&#233;j&#224; l&#224;, annonc&#233;e, mena&#231;ant de nouveau de se r&#233;pandre en cette pand&#233;mie moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#338;dipe, est, pour la plupart d'entre-nous du petit n&#232;gre : on n'y comprend rien, m&#234;me s'il est, bien s&#251;r, toujours possible de faire semblant. C'est forclore l'inconscient qui nous croque &#224; pleine dents nuit et jour, &lt;i&gt;Night and day&lt;/i&gt; comme l'&#233;crivait ce n&#232;gre-blanc de Cole Porter, homosexuel &#224; ses heures, qui avait, lui, quelque appr&#233;hension de l'&lt;i&gt;automaton&lt;/i&gt; ; quelque chose qui nous croque nos mythe-haines, c'est-&#224;-dire notre narcissisme peut-&#234;tre. C'est bien pour cela qu'&#224; &#171; L'&#338;dipe petit n&#232;gre &#187;, l'inconscient r&#233;pond du tac au tac : &#171; Morsure le nihil &#187; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chaque psychanalyste, - pour peu qu'il ait un site internet -, est sans cesse d&#233;rang&#233; par ces coups de t&#233;l&#233;phone intempestifs de soit-disant journaliste qui veulent savoir ce que le &#171; psy &#187; en pense, pour savoir ce qu'il peut en penser lui-m&#234;me. Le coup de t&#233;l&#233;phone ne doit pas durer plus de cinq minutes et le souci principal de votre interlocuteur, on apprend vite &#224; le conna&#238;tre : surtout se faire confirmer ce qu'il croyait avoir compris - c'est-&#224;-dire son &#171; petit n&#232;gre &#187; &#224; lui !&lt;br /&gt;
Une anecdote &#224; la fois comique et navrante : &#224; l'&#233;poque de l'assassinat d'une femme par un homme qui sortait tout droit d'un asile psychiatrique, je re&#231;ois un coup de t&#233;l&#233;phone d'un de ces journalistes. Le ton est bien sur p&#233;remptoire : il voulait parler &#224; Monsieur Ball&#233;... Ballet ? Je lui dit que &#231;a doit &#234;tre une erreur, qu'il s'est tromp&#233; de num&#233;ro... Pourtant il me demande : &#171; Je ne suis pas &#224; l'association de psychanalystes ? &#187; &#171; -Si, mais je ne connais pas ce nom l&#224; ! &#187; &#171; -... Il est psychiatre... et s'int&#233;resse &#224; la question des troubles mentaux... Il a &#233;crit des articles sur votre site... &#187; &#171; - Ah ! Benjamin Ball !... Mais il est mort il y a longtemps mon vieux ! &#187;&lt;br /&gt;
Le gars - dont c'est le m&#233;tier de lire et d'&#233;crire - n'avait pas vu le sous-titre qui donnait la date de publication du dit article : 1888 ! Qui plus est, en survolant l'article, il n'avait m&#234;me pas reconnu le style bien caract&#233;ristique car quelque peu ampoul&#233; des litt&#233;rateurs du XIXe si&#232;cle ! Navrant !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard-Henri L&#233;vy, &#171; Avec Freud et Lacan, pour les Lumi&#232;res &#187;, LePoint.fr (&lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/edito/document.html?did=138498&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lepoint.fr/edito/document.html?did=138498&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sur ce point notre article dans le dernier num&#233;ro de la revue &lt;i&gt;M&#233;diaMorphoses&lt;/i&gt; : &#171; Les m&#233;dias nous psychanalysent-ils ? &#187; (&lt;i&gt;M&#233;diaMorphoses&lt;/i&gt; n&#176; 14 : &#171; Peut-on psychanalyser les m&#233;dias ? &#187;, Ina-Armand Colin, Paris, septembre 2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard-Henri L&#233;vy, &#171; Suite dans les id&#233;es &#187;, LePoint.fr (&lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/edito/document.html?did=170098&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lepoint.fr/edito/document.html?did=170098&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#034;Quel est l'&#234;tre... ?&#8221; &#338;dipe face &#224; l'&#233;nigme de la violence &#187;, &lt;i&gt;Psychologie de la violence&lt;/i&gt;, Studyrama, Paris, 2005, pp. 128-144.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sacr&#233;e violence !</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Sacree-violence.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/Sacree-violence.html</guid>
		<dc:date>2004-07-19T19:41:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Lacan</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ne redoutes-tu pas les mal&#233;dictions de la m&#232;re qui t'a con&#231;u, &#244; mon enfant ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Eschyle, Les Cho&#233;phores, Sc&#232;ne X (Clytemnestre, &#224; Oreste). &lt;br class='autobr' /&gt; Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Au commencement &#233;tait l'acte !&#034; C'est par cette sentence de Faust, que Freud conclue son &#034;Totem et tabou&#034;. Oui, mais quel acte ? Un acte sexuel, semble nous dire Freud, tant le d&#233;sir incestueux est &#224; l'origine du meurtre du p&#232;re, lequel, avec la culpabilit&#233; qui lui est corr&#233;lative, inaugure le premier pacte social. Un acte de pur (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Articles-psychanalyse-.html" rel="directory"&gt;Articles psychanalyse&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Jacques-Lacan-+.html" rel="tag"&gt;Jacques Lacan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton50-4d40e.jpg?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne redoutes-tu pas les mal&#233;dictions de la m&#232;re qui t'a con&#231;u, &#244; mon enfant ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Eschyle, &lt;i&gt;Les Cho&#233;phores&lt;/i&gt;, Sc&#232;ne X (Clytemnestre, &#224; Oreste).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au commencement &#233;tait l'acte !&#034; C'est par cette sentence de Faust, que Freud conclue son &#034;Totem et tabou&#034;. Oui, mais quel acte ? Un acte sexuel, semble nous dire Freud, tant le d&#233;sir incestueux est &#224; l'origine du meurtre du p&#232;re, lequel, avec la culpabilit&#233; qui lui est corr&#233;lative, inaugure le premier pacte social. Un acte de pur violence, semble nous dire Ren&#233; Girard, pour qui la violence est primordiale et constitutive d'un d&#233;sir sans objet et purement mim&#233;tique, le sacrifice n'&#233;tant l&#224; que pour la conjurer, la catalyser. D&#233;sir incestueux contre d&#233;sir mim&#233;tique ; la violence comme cons&#233;quence du d&#233;sir inconscient refoul&#233; contre la violence comme cause cach&#233;e mais constitutive du pacte social : entre Freud et Girard, deux th&#232;ses antagonistes s'affrontent. Si pour Freud, la th&#232;se du meurtre primitif avait pour enjeux la reconnaissance de l'inconscient dans sa dimension de d&#233;sir (&#034;Wunsch&#034;), en rivalisant avec la th&#232;se freudienne, Girard d&#233;place consid&#233;rablement le d&#233;bat sur l'enjeu d'une explication derni&#232;re du meurtre sacrificiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Girard, le sacrifice est en effet pr&#233;sent&#233; comme la r&#233;solution d'une crise paroxysmique du d&#233;sir mim&#233;tique et de la violence r&#233;ciproque qui lui est constitutive. La cons&#233;quence en est la forclusion de l'inconscient freudien. Si Freud n'a directement pu r&#233;pondre &#224; Girard, ce dernier aura cependant omis dans sa critique avou&#233;e de la psychanalyse freudienne une th&#232;se d'une haute importance : celle d'un psychanalyste qui aura su tout &#224; la fois rester critique vis-&#224;-vis de la th&#232;se freudienne de &#034;Totem et tabou&#034; et se rapprocher de l'anthropologie structurale moderne : Jacques Lacan. Apr&#232;s avoir, dans une premi&#232;re partie, resituer les enjeux du d&#233;bat entre Freud et Girard, nous entendons &#233;clairer ce d&#233;bat sur l'inconscient et la violence de la th&#232;se lacanienne omise par Ren&#233; Girard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. - Ren&#233; Girard : &#034;Rejeter tout ce que la psychanalyse pr&#233;serve et pr&#233;server tout ce qu'elle rejette&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant que l'on peut bri&#232;vement r&#233;sumer l'hypoth&#232;se freudienne, il sera plus simple de lui emprunter le r&#233;sum&#233; que lui-m&#234;me nous a fourni dans un ouvrage non moins c&#233;l&#232;bre et qui, selon Ren&#233; Girard, &#034;va de paire&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Girard, La violence et le sacr&#233;, Grasset, Paris, 1972, p 318.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avec &#034;Totem et Tabou&#034; : il s'agit de &#034;L'homme Mo&#239;se et la religion monoth&#233;iste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Le meurtre du P&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant d'une indication de Ch. Darwin, et se r&#233;f&#233;rant &#224; une hypoth&#232;se d'Atkinson affirmant que &#034;dans des temps primitifs, l'homme primitif vivait en petites hordes, dont chacune &#233;tait plac&#233;e sous la domination d'un m&#226;le puissant&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'homme Mo&#239;se et la religion monoth&#233;iste, Gallimard, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Freud suppose que &#034;le m&#226;le puissant &#233;tait le ma&#238;tre et le p&#232;re de toute la horde ; il n'&#233;tait pas limit&#233; dans son pouvoir, dont il faisait usage avec brutalit&#233;&#034; sur &#034;tous les &#234;tres f&#233;minins&#034; qui &#034;&#233;taient sa propri&#233;t&#233;, les femmes de sa propre horde et leurs filles&#034;, ainsi que sur tous les &#234;tres masculins et leurs fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud suppose donc que &#034;le destin des fils &#233;tait dur ; quand ils &#233;veillaient la jalousie du p&#232;re, ils &#233;taient assomm&#233;s ou ch&#226;tr&#233;s ou bannis. Ils &#233;taient contraints de vivre ensemble dans de petites communaut&#233;s et de se procurer des femmes par rapt, l'un ou l'autre pouvant alors parvenir &#224; se cr&#233;er une position analogue &#224; celle du p&#232;re dans la horde primitive&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, Op. Cit., 1986, pp. 171-172.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'&#233;tape d&#233;cisive suivante&#034; selon Freud, &#034;qui entra&#238;na la transformation de ce premier genre d'organisation &#034;sociale&#034;, aurait &#233;t&#233; que les fr&#232;res chass&#233;s, vivant en communaut&#233;, s'associ&#232;rent, vainquirent le p&#232;re et le d&#233;vor&#232;rent cru, selon la coutume de ces temps&#034;. Freud nous invite &#224; ne pas &#034;se scandaliser de ce cannibalisme&#034;, car &#034;il se prolonge largement dans des &#233;poques post&#233;rieures&#034;. Cependant, le meurtre devient, une fois effectu&#233;, la cause du sentiment de culpabilit&#233; qui va donner naissance &#224; la &#034;premi&#232;re forme d'organisation sociale&#034; &#224; proprement parler, c'est-&#224;-dire au &#034;renoncement aux pulsions&#034;, &#224; la &#034;reconnaissance d'obligations mutuelles&#034;, et &#224; la &#034;mise en place de certaines institutions d&#233;clar&#233;es inviolables (sacr&#233;es)&#034;, &#034;chaque individu&#034; renon&#231;ant &#034;&#224; l'id&#233;al d'acqu&#233;rir pour soi la position du p&#232;re, &#224; la possession de la m&#232;re et des s&#339;urs&#034;. &#034;Ainsi, conclut Freud, furent donn&#233;s le tabou de l'inceste et l'obligation de l'exogamie&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, Op. Cit., 1986, pp. 171-172.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, comment et o&#249; cela a-t-il eu lieu ? C'est bien l&#224; la grande question :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il est impossible de pr&#233;ciser ce temps, &#233;crit Freud, son assignation aux &#233;poques g&#233;ologiques que nous connaissons n'est pas r&#233;alis&#233;e ; il est probable que cet &#234;tre humain n'&#233;tait pas encore tr&#232;s avanc&#233; dans son d&#233;veloppement linguistique&#034;. Mais l'hypoth&#232;se selon laquelle de tel &#034;destins&#034; ont touch&#233; &#034;tous les hommes primitifs, donc tous nos anc&#234;tres, constitue une pi&#232;ce essentielle de la construction&#034;. Freud se place d&#232;s lors sur le plan de la m&#233;taphore et pr&#233;cise que &#034;cette histoire est racont&#233;e selon une condensation tr&#232;s pouss&#233;e, comme si ce qui s'est en r&#233;alit&#233; &#233;tendu sur des mill&#233;naires et s'est r&#233;p&#233;t&#233; un nombre incalculable de fois durant ce long laps de temps s'&#233;tait produit une seule fois&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette hypoth&#232;se freudienne de &#034;Totem et tabou&#034;, &#244; combien d&#233;cri&#233;e par tous, que Ren&#233; Girard a cru &#224; jamais mettre hors d'&#233;tat de nuire. Pour autant que nous puissions r&#233;sumer la critique que ce dernier adresse au Ma&#238;tre de Vienne, on pourra s'y amuser de sa r&#233;ussite &#224; reconstruire une position qui ne peut finalement que la renforcer : &#034;vrai mod&#232;le en un genre difficile&#034;, selon l'expression que J. Lacan avait utilis&#233; &#224; propos de l'erreur inverse commise par E. Jones&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, &#034;La signification du phallus&#034;, dans Op. Cit., 1971, p 106.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Girard sauveur de Freud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La critique contemporaine, nous dit en effet R. Girard est &#224; peu pr&#232;s unanime sur le compte des th&#232;ses d&#233;velopp&#233;es dans &#034;Totem et tabou&#034; : elles sont inacceptables. Freud se donne &#224; l'avance tout ce dont le livre a pour objet de rendre compte. La horde primitive de Darwin est une caricature de la famille. Le monopole sexuel du m&#226;le dominateur co&#239;ncide d&#233;j&#224; avec les futurs interdits de l'inceste. Il y a l&#224;, constate L&#233;vi-Strauss dans les &#034;Structures &#233;l&#233;mentaires de la parent&#233;&#034;, &#034;un cercle vicieux qui fait na&#238;tre l'&#233;tat social des d&#233;marches qui le supposent&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, La violence et le sacr&#233;, Grasset, Paris, 1972, p 283.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, nous dit Ren&#233; Girard, &#034;tout conspire, en somme, &#224; plonger &#034;Totem et tabou&#034; dans le ridicule, dans l'indiff&#233;rence et dans l'oubli&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais contre toute attente, Girard va alors s'employer &#224; d&#233;fendre Freud : &#034;il est clair que nous ne pouvons pas ent&#233;riner passivement cette condamnation&#034;. En fait, &#034;les faits qui sollicitent l'attention de Freud&#034;, avoue Ren&#233; Girard, &#034;sont du m&#234;me ordre&#034;, et m&#234;me parfois &#034;exactement&#034; &#034;les m&#234;mes&#034;, que ceux qui ont retenu la sienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 287.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le meurtre collectif et &#034;les arguments qui le sugg&#232;rent&#034; sont trop proches, en v&#233;rit&#233;, des th&#232;mes d&#233;velopp&#233;s dans son propre essai pour ne pas r&#233;clamer d'examen plus d&#233;taill&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 286.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Girard s'emploie certes &#224; d&#233;fendre Freud, mais ce n'est que pour mieux le &#034;manger&#034;, dirait la M&#232;re-Grand du petit chaperon rouge. C'est-&#224;-dire pour mieux pouvoir l'englober - du moins le croit-il - et placer ainsi sur orbite sa propre th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'important&#034; chez Freud, nous dit Ren&#233; Girard, &#034;n'est pas la r&#233;f&#233;rence au totem ou &#224; tout autre rubrique mais le fait religieux&#034; en g&#233;n&#233;ral. Ce qu'il faut rejeter chez Freud, ce n'est pas ce qu'il nommait &#034;tot&#233;misme&#034;, &#034;la vogue de cette appellation est li&#233;e &#224; un certain &#233;tat du savoir ethnologique et &#224; certaines attitudes intellectuelles qui ne sont plus les n&#244;tres&#034;, certes, mais chez Freud, insiste-t-il, on cherche surtout &#034;m&#234;me si on s'y prend pas toujours tr&#232;s bien, &#224; informer une intuition r&#233;elle des donn&#233;es religieuses primitives et de leur unit&#233;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 288.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mimant de sauver Freud de l'emp&#234;trement dans lequel il s'&#233;tait enferm&#233; &#224; propos d'une notion qui, aujourd'hui, semble avoir perdu de son prestige - &#224; savoir le &#034;tot&#233;misme&#034; - Ren&#233; Girard va alors habilement d&#233;placer le d&#233;bat du tabou vers le sacrifice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#034;d&#233;ductions essentielles&#034; de Totem et tabou, nous dit Girard, &#034;les &#233;l&#233;ments probl&#233;matiques de la th&#233;orie tot&#233;mique n'entrent pour rien. Il n'est m&#234;me pas question ici de tot&#233;misme. Le dynamisme de Totem et tabou s'oriente vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du sacrifice. Il en est d&#233;j&#224; ainsi chez Robertson Smith, mais Freud va beaucoup plus loin car les d&#233;bats th&#233;oriques de l'ethnologie le laissent indiff&#233;rent. La masse &#233;norme des faits concordants appelle une explication unique, une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale qui se pr&#233;sentera d'abord comme une th&#233;orie du sacrifice&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit. p. 291.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette th&#233;orie du sacrifice que veut, bien entendu, lui-m&#234;me construire Girard, et c'est pourquoi il abonde dans le sens de Freud, nous &#233;pargnant tout au long de son ouvrage les d&#233;monstrations de l'importance primordiale de l'interdit de l'inceste dans les coutumes primitives. Dans son habilet&#233; universitaire, Ren&#233; Girard va m&#234;me jusqu'&#224; s'exclamer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Que serait-ce s'il [Freud] tenait compte de tous les sc&#233;narios analogues, sur mille th&#233;&#226;tres culturels ind&#233;pendants les uns des autres ? Que ne verrait-il pas, ici, s'il se livrait &#224; une comparaison syst&#233;matique ?&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p. 292.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Girard va donc aller jusqu'&#224; tout d&#233;montrer minutieusement ce que Freud &#034;devine&#034; : le meurtre collectif, l'interdit de l'inceste, la rivalit&#233; sexuelle. &#034;Toute information nouvelle ne peut que consolider et renforcer d&#233;finitivement la forme rep&#233;r&#233;e&#034;, nous dit Girard : &#034;Freud ne r&#234;ve pas et il devine que les sacrificateurs ne r&#234;vent pas non plus&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 293.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Girard d&#233;montre-t-il v&#233;ritablement tout ? Non, &#034;pas tout&#034; : il n'y a qu'une seule chose qu'il n'entend en aucune mani&#232;re corroborer, c'est le p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) &#034;L'erreur, c'est le p&#232;re et la psychanalyse&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Girard, et pour le dire avec Hamlet, il y avait bien &#034;quelque chose de pourri au Royaume&#034; de la psychanalyse. Ce quelque chose de &#034;pourri&#034; (rotten), c'est tout simplement la psychanalyse elle-m&#234;me. C'est pour cette raison que Ren&#233; Girard souhaite &#034;achever&#034; la th&#232;se freudienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Achever le mouvement amorc&#233; par Freud, ce n'est pas renoncer au meurtre, qui reste absolument n&#233;cessaire puisqu'il est appel&#233; par une masse &#233;norme de mat&#233;riaux ethnologique, c'est renoncer au p&#232;re, c'est &#233;chapper au cadre familial et aux significations de la psychanalyse&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 313.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#034;Le p&#232;re n'explique rien : pour tout expliquer, il faut se d&#233;barrasser du p&#232;re, montrer que l'impression formidable faite sur la communaut&#233; par le meurtre collectif ne tient pas &#224; l'identit&#233; de la victime mais au fait que cette victime est unificatrice&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 313.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#034;Ce n'est pas le meurtre collectif qui fausse &#034;Totem et tabou&#034;, c'est tout ce qui emp&#234;che ce meurtre de venir au premier plan&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 314.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; n'en est pas tant &#224; attribuer &#224; Freud, qu'&#224; la psychanalyse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ici encore, continue Girard, la post&#233;rit&#233; psychanalytique va accentuer l'&#233;l&#233;ment r&#233;gressif de la pens&#233;e freudienne. Le &#034;p&#232;re assassin&#233;&#034; de &#034;Totem et tabou&#034; est ind&#233;fendable, c'est un fait, mais quand on &#233;nonce ce fait, c'est sur &#034;p&#232;re&#034; qu'il faut mettre l'accent et non sur &#034;assassin&#233;&#034;. Bien que valables si on les prend &#224; la lettre, les raisons sur lesquelles s'appuie le refus de l'ouvrage sont mauvaises ; tout repose sur un amalgame mystificateur ; c'est la faiblesse qu'on pr&#233;tend condamner, mais c'est la force qu'on &#233;touffe. [...] On entend trier le vrai du faux et le tri, en effet, est infaillible : c'est toujours l'erreur qui sort du chapeau, c'est toujours la v&#233;rit&#233; qui reste au fond. L'erreur, c'est le p&#232;re et la psychanalyse ; la v&#233;rit&#233;, c'est le meurtre collectif et, si extraordinaire, si peu croyable que cela paraisse, c'est le Freud ethnologue. Une lecture progressive doit rejeter &#224; peu pr&#232;s tout ce que la psychanalyse pr&#233;serve et pr&#233;server tout ce qu'elle rejette&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., pp. 316-317.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Rejeter tout ce que la psychanalyse pr&#233;serve et pr&#233;server tout ce qu'elle rejette&#034;, c'est d'ailleurs ce &#224; quoi s'emploi Ren&#233; Girard, nous l'avons vu, apportant autant de preuves - mais &#224; son insu - &#224; l'appui de l'interdit de l'inceste. L'ironie de Ren&#233; Girard est sans limite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La vraie d&#233;couverte de Freud, la seule dont on puisse dire avec certitude qu'elle est destin&#233;e &#224; inscrire son nom au registre de la science, a toujours &#233;t&#233; tenue pour nulle et non avenue&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 295.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) L'ironie de Ren&#233; Girard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du strict point de vue de l'inconscient, il est en effet pour le moins amusant de remarquer que l'ent&#234;tement dont fait preuve Ren&#233; Girard pour &#034;&#233;liminer le p&#232;re&#034; ne constitue pas la moindre des preuves &#224; l'appui des hypoth&#232;ses psychanalytiques, que Freud avait notamment &#233;mis &#224; propos de la n&#233;vrose obsessionnelle, ou, pourrait-on dire, de confirmations de la th&#232;se lacanienne de la forclusion du Nom du P&#232;re, laquelle irait plut&#244;t dans le sens d'une classification de la structure parano&#239;aque de la th&#232;se de Ren&#233; Girard concernant la violence r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peu importe ici, acceptons de nous placer sur le terrain de Ren&#233; Girard, et &#233;liminons donc le p&#232;re ! D&#232;s lors, Ren&#233; Girard ne peut faire autrement que de devoir se poser cette seule question : &#034;comment faut-il concevoir la naissance de l'interdit ?&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 320.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette question, il y r&#233;pond, certes, mais l'explication est tr&#232;s courte, et elle m&#233;rite d'&#234;tre ici relat&#233;e dans son int&#233;gralit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Quel que soit le pr&#233;texte des conflits, nourriture, armes, terres, femmes..., les antagonistes s'en d&#233;-saisissent pour ne jamais le ressaisir. Tout ce que la violence sacr&#233;e a touch&#233; appartient d&#233;sormais au dieu et fait, en tant que tel, l'objet d'un interdit absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;gris&#233;s et &#233;pouvant&#233;s, les antagonistes vont tout faire, d&#233;sormais, pour ne pas retomber dans la violence r&#233;ciproque. Et ils savent parfaitement ce qu'il faut faire. La col&#232;re divine le leur a signifi&#233;. Partout o&#249; la violence a flamb&#233; l'interdit s'&#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdit p&#232;se sur toutes les femmes qui ont servi d'enjeu &#224; la rivalit&#233;, toutes les femmes proches, par cons&#233;quent, non parce qu'elles sont intrins&#232;quement plus d&#233;sirables mais parce qu'elles sont proches, parce qu'elles s'offrent &#224; la rivalit&#233;. La prohibition couvre toujours les consanguines les plus proches ; mais ses limites ext&#233;rieures ne co&#239;ncident pas forc&#233;ment avec une parent&#233; r&#233;elle&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., pp. 320-321.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que l'explication donn&#233;e par Ren&#233; Girard est tout &#224; fait surprenante. Dans la mesure o&#249;, du strict point de vue logique, elle n'&#233;chappe pas &#224; la circularit&#233;, puisqu'elle ne fait que donner un quart de tour suppl&#233;mentaire &#224; l'hypoth&#232;se freudienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Girard nous avait certes pr&#233;venu qu'il allait supprimer, le &#034;p&#232;re&#034;, mais l'on ne s'attendait tout de m&#234;me pas &#224; ce qu'il aille jusqu'&#224; supprimer le &#034;meurtre&#034;. Il avait suffisamment insist&#233;, en effet, sur le fait que s'il y a bien quelque chose &#224; garder chez Freud, c'&#233;tait le meurtre : &#034;Le sacrifice est trop riche en &#233;l&#233;ments concrets pour &#234;tre simplement un simulacre d'un crime que personne n'a jamais commis&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 294.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, ce meurtre est, dans la version de Ren&#233; Girard, encore bien moins pr&#233;sent que dans la version freudienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, Ren&#233; Girard nous avait pr&#233;venu que &#034;l'impression formidable faite sur la communaut&#233; par le meurtre collectif ne tient pas &#224; l'identit&#233; de la victime&#034; (R. Girard, Op. Cit., p 313) et que, pour r&#233;sumer, n'importe qui pouvait &#234;tre la &#034;victime &#233;missaire&#034;. Certes, mais quel est le mobile du meurtre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Girard nous le livre : &#034;toutes les femmes proches&#034;. Et de pr&#233;ciser : &#034;non parce qu'elles sont intrins&#232;quement plus d&#233;sirables mais parce qu'elles sont proches&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passant au crible le c&#233;l&#232;bre commandement de la Bible : &#034;Vous ne tuerez point&#034; (Exode 20,13), Freud soulignait - au c&#339;ur m&#234;me de son &#034;Totem et tabou&#034; -, le caract&#232;re &#034;superflu&#034; d'un tel commandement, qui du point de vue de la conscience morale, nous appara&#238;t comme l'&#233;vidence m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On ne voit pas, pr&#233;cisait-il, quelle n&#233;cessit&#233; il y aurait &#224; d&#233;fendre ce que personne ne d&#233;sire faire&#034;. Si le contraire de &#034;proches&#034; est &#034;&#233;loign&#233;s&#034;, on pourrait r&#233;torquer &#224; Ren&#233; Girard que l'on voit mal comment il pourrait &#234;tre question d'interdire l'acc&#232;s &#224; des femmes auxquelles on n'a justement pas acc&#232;s : elles sont &#034;&#233;loign&#233;es&#034;. Si l'on veut rendre compte de l'interdit, on ne peut passer sous silence le d&#233;sir. Et Freud, &#224; la mani&#232;re d'un Sherlock Holmes, en concluait alors la chose &#233;l&#233;mentaire suivante : ce qui est, du point de vue conscient, &#034;d&#233;fendu de la fa&#231;on la plus formelle&#034;, doit &#234;tre &#034;l'objet d'un d&#233;sir&#034;, dans l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, Ren&#233; Girard r&#233;ussi ce tour de force de forclore la question du d&#233;sir dans toute sa dimension topologique et inconsciente, en arguant un mobile purement g&#233;ographique : une &#034;relation de proximit&#233;&#034;. Il en perd de ce fait le mobile du crime, et c'est pr&#233;cis&#233;ment &#034;ce qui emp&#234;che le meurtre de venir &#034;au premier plan&#034; de sa th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les fr&#232;res s'entretueraient-ils d&#233;sormais ? Les femmes n'ont pas pu servir &#034;d'enjeu&#034; &#224; leur &#034;rivalit&#233;&#034;, puisqu'il n'y a plus, dans ce mod&#232;le, ni &#034;m&#226;le puissant&#034;, Girard l'a supprim&#233;, ni interdit, car c'est ce qu'il faut justement expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a plus ni p&#232;re ni interdit, puisque c'est ce qu'il faut d&#233;montrer, on ne voit pas pourquoi les hommes ne seraient pas &#034;capables de s'entendre&#034; et, selon l'expression m&#234;me de Ren&#233; Girard, &#034;un partage des ressources disponibles entre les consommateurs &#233;ventuels&#034; serait dans ce cas &#034;plus vraisemblable&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Girard, Op. Cit., p 312.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, sans p&#232;re et sans interdit, l'acc&#232;s aux femmes ne pose plus aucun probl&#232;me logique, et l'on ne voit pas pourquoi il y aurait violence et crime. La circularit&#233; de la th&#232;se freudienne &#224; propos de l'interdit, s'observe chez Ren&#233; Girard &#224; propos de la violence : Ren&#233; Girard n'arrive plus &#224; expliquer la violence sauf &#224; la pr&#233;supposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chemin faisant, les quelque cinq cents pages de l'ouvrage de ren&#233; Girard constituent autant de preuves collectionn&#233;es &#224; l'appui de la th&#232;se freudienne, pour peu qu'on la restitue dans sa dimension premi&#232;re, celle de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on a souvent admir&#233; le talent de &#034;fin limier&#034; de Freud, et son style &#224; la mani&#232;re des grands ma&#238;tres du suspens, &#034;la composition de l'ensemble&#034; apparentant l'ouvrage freudien &#224; &#034;un roman policier&#034;, &#233;crivait Didier Anzieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Table d'h&#244;te&#034;, pr&#233;face &#224; S. Freud, Op. Cit., 1988, p 33.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est sans aucun doute cette trame qui aura manqu&#233; &#224; Ren&#233; Girard. Si la violence est apparemment &#034;sans raison&#034;, comme l'affirme Ren&#233; Girard, le crime ne peut &#234;tre alors qu'un crime &#034;psychopathe&#034;. Or, c'est justement pour ce genre d'enqu&#234;te polici&#232;re concernant des crimes sans mobile apparent que la foule se passionnent, en tentant notamment d'en &#233;lucider les motifs les plus secrets par les meilleurs &#034;profilers&#034;. Ce sont l&#224; les v&#233;ritables best-sellers de la mythologie moderne (&#034;Le Silence des Agneaux&#034;, &#034;American Psycho&#034;, etc.). La violence r&#233;ciproque et &#034;sans raison&#034; n'a gu&#232;re eu de succ&#232;s que dans les milieux universitaires, mais elle d&#233;serte cette mythologie moderne qui aime &#224; se donner en spectacle dans les librairies ou au cin&#233;ma. Cette violence sourde et aveugle qui nous fascine, cette passion pour ce que Freud qualifiait de &#034;l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;&#034;, et qui fait le succ&#232;s du cin&#233;ma ou de la litt&#233;rature am&#233;ricaine, n'est-elle pas la meilleure preuve d'une appr&#233;hension myst&#233;rieuse et fantasmatique de ce que Ren&#233; Girard souhaite forclore : l'inconscient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. - Jacques Lacan : Le Complexe d'&#338;dipe revisit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Lacan s'est tr&#232;s t&#244;t affirm&#233; tr&#232;s critique vis-&#224;-vis de l'hypoth&#232;se freudienne de &#034;Totem et tabou&#034;. D'aucuns aiment &#224; penser que cela tient essentiellement au fait que si Freud avait abord&#233; l'&#233;laboration de la pratique et de la technique psychanalytique &#224; partir de la n&#233;vrose, et plus pr&#233;cis&#233;ment de l'hyst&#233;rie, Jacques Lacan quant &#224; lui, avait d'embl&#233;e abord&#233; l'inconscient via l'&#233;tude des psychoses. On sait pourtant que c'est &#224; la suite de sa c&#233;l&#232;bre &#233;tude de la parano&#239;a du Pr&#233;sident Schreber, que Freud annonce pour la premi&#232;re fois l'imminence d'une &#233;tude psychanalytique des coutumes des peuples primitifs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce court post-scriptum &#224; l'analyse d'une parano&#239;a nous fait voir combien Jung a raison lorsqu'il affirme que les forces &#233;dificatrices des mythes de l'humanit&#233; ne sont pas &#233;puis&#233;es, mais aujourd'hui encore, dans les n&#233;vroses, engendrent les m&#234;mes productions psychiques qu'aux temps les plus recul&#233;s. [...] Il en est de m&#234;me des forces &#233;dificatrices des religions. Et je crois que le moment sera bient&#244;t venu d'&#233;tendre encore un principe que nous, psychanalystes, avons depuis longtemps &#233;nonc&#233;, et d'ajouter &#224; ce qu'il impliquait d'individuel, d'ontog&#233;n&#233;tique, une amplification, phylog&#233;n&#233;tique. Nous disons : dans le r&#234;ve et dans la n&#233;vrose se retrouve l'enfant avec toutes les particularit&#233;s qui caract&#233;risent son mode de penser et sa vie affective. Nous ajouterons aujourd'hui que nous y retrouvons encore l'homme primitif, sauvage, tel qu'il nous appara&#238;t &#224; la lumi&#232;re des recherches arch&#233;ologiques et ethnographiques&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud, La parano&#239;a Schreber, p. 324.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le tout dernier mot de l'&#233;tude sur la psychose du Pr&#233;sident Schreber, et Freud a clairement d&#233;j&#224; en t&#234;te, le projet d'&#233;crire son &#034;Totem et tabou&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; l'instar de Freud et fort de son entr&#233;e dans la psychanalyse par cette porte de la parano&#239;a, que Jacques Lacan entend, d&#232;s son article de 1938 sur la famille, conduire &#224; &#034;une r&#233;vision du complexe&#034; n&#233;vrotique contemporain, afin de r&#233;-&#233;laborer &#224; la suite de Freud, &#034;l'histoire la famille paternaliste&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lacan, 1938.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Lacan en effet, Freud effectue un saut th&#233;orique abusif, celui de la famille conjugale observ&#233; chez ses propres sujets, &#034;&#224; une hypoth&#233;tique famille primitive con&#231;ue comme une horde qu'un m&#226;le domine par sa sup&#233;riorit&#233; biologique en accaparant les femelles nubiles&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici d'une querelle d'interpr&#233;tation entre deux &#233;coles psychanalytiques que d'aucuns aiment &#224; se repr&#233;senter comme antagonistes. L'interpr&#233;tation de Lacan est correcte et Freud confirmera tr&#232;s clairement cette position tout au long de son &#339;uvre, comme, par exemple, en 1918, lorsque revenant sur le tabou de la virginit&#233;, il affirme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans mon ouvrage &#034;Totem et tabou&#034; (...) j'y ai reconnu qu'une ambivalence originaire &#233;tait la condition du tabou et j'ai d&#233;fendu l'id&#233;e qu'il est n&#233; des processus pr&#233;historiques qui ont conduit &#224; fonder la famille humaine&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund FREUD, Le tabou de la virginit&#233; [1918], La vie sexuelle, Chap. IV : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour J. Lacan, le chef tyrannique de la horde primitive n'est qu'un &#034;fant&#244;me&#034;. L'originalit&#233; v&#233;ritable de la th&#232;se lacanienne est que la castration n'y est pas tant &#224; entendre comme une menace dont l'agent majeur serait la force paternelle - et encore moins celle du p&#232;re de la horde primitive -, que comme un fantasme, celui de relation primordiale &#224; la m&#232;re, ouvrant pour le sujet l'ab&#238;me sans fond des entrailles du ventre maternel et l'image d'un corps morcel&#233;. La victime &#233;missaire et la violence de son meurtre est ici &#224; r&#233;interpr&#233;ter comme participant pleinement de ce fantasme fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Le sacrifice ou la violence du fantasme fondamental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1938, Jacques Lacan est encore un jeune psychiatre psychanalyste cherchant &#224; se faire reconna&#238;tre de ses pairs. C'est dans ce contexte qu'Henri Wallon, &#224; qui Lucien Febvre avait confi&#233; la t&#226;che de r&#233;aliser le num&#233;ro VIII de l'Encyclop&#233;die fran&#231;aise, lui propose d'&#233;crire un texte dans ce volume au titre &#233;vocateur : &#034;La vie mentale&#034; ; la signature de Lacan devant appara&#238;tre aux c&#244;t&#233;s de noms aussi prestigieux que ceux de Pierre Janet, Charles Blondel, ou Georges Dumas. C'est dans cet article que Lacan synth&#233;tisera tout &#224; la fois ses travaux d'avant-guerre, essentiellement d'inspiration psychiatrique, et posera les jalons d'une th&#232;se qui devra le mener, dans les ann&#233;es cinquante, &#224; prendre la position de chef de file de la communaut&#233; psychanalytique fran&#231;aise. La th&#232;se que Jacques Lacan &#233;labore en cette fin des ann&#233;es trente est plus connue sous le nom de stade dit du &#034;miroir&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des principales hypoth&#232;ses Lacanienne est que la menace de castration ne doit pas tant se comprendre en fonction du complexe d'&#339;dipe qu'en fonction des &#034;ant&#233;c&#233;dents narcissiques&#034; du sujet. Observons ici, que ce n'est donc pas tant le mat&#233;riel anthropologique ou ethnologique qui est d'abord sollicit&#233;, mais bien le mat&#233;riel inconscient d&#233;gag&#233; par la cure analytique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'immense moisson des faits que le complexe d'&#339;dipe a permis d'objectiver depuis quelque cinquante ans peut &#233;clairer la structure psychologique de la famille, plus avant que les intuitions [freudiennes] trop h&#226;tives que nous venons d'exposer&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se principale est la suivante : &#034;L'exp&#233;rience&#034; selon Lacan &#034;contredit&#034; l'orientation th&#233;orique qui rep&#232;re &#034;l'agent majeur&#034; de la castration &#034;dans la menace de la force paternelle&#034;. Bien plut&#244;t qu'une menace corr&#233;lative du complexe d'&#339;dipe et qui p&#232;serait sur le membre viril, la menace renvoie &#224; l'imago maternelle dans toute sa complexit&#233;. C'est-&#224;-dire, non pas tant &#224; un quelconque &#034;mim&#233;tisme&#034; si cher &#224; Ren&#233; Girard, mais bien &#224; l'image ali&#233;nante d'une suppos&#233;e compl&#233;tude qui &#233;chappe au sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concept forg&#233; par C. G. Jung en 1911, le terme allemand &#034;imago&#034; d&#233;signe les premi&#232;res repr&#233;sentations inconscientes auxquelles le sujet se fixe, et qui par la suite organise ses relations sociales. Pour Lacan, l'imago maternelle s'organise dans les premi&#232;res relations intersubjectives de l'enfant avec sa m&#232;re, dont le prototype nous est fourni par l'image de l'enfant &#224; la mamelle si bien d&#233;crite par Saint Augustin dans ses Confessions (Livre I, chap. VII) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans l'allaitement, l'&#233;treinte et la contemplation de l'enfant, la m&#232;re, en m&#234;me temps, re&#231;oit et satisfait le plus primitif de tous les d&#233;sirs&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce &#224; dire sinon que &#034;l'&#234;tre qui absorbe est tout absorb&#233;&#034; ? En d'autres termes, que si la relation primordiale &#224; la m&#232;re est constitutive du &#034;moi&#034;, celui-ci doit &#233;galement se concevoir comme ali&#233;nation fondamentale dans laquelle le sujet se confond avec l'objet de son d&#233;sir. Telle est la d&#233;finition du fantasme. C'est l&#224; le premier traumatisme, venant redoubler celui que Rank qualifiait de &#034;traumatisme de la naissance&#034;, c'est-&#224;-dire cet arrachement &#224; la suppos&#233;e compl&#233;tude de l'enfant au placenta et au ventre maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation primordiale &#224; la m&#232;re donne le prototype d'une angoisse d'an&#233;antissement, non pas en vertu d'une quelconque menace de castration prof&#233;r&#233;e par le p&#232;re, mais en vertu des &#034;malaises primordiaux&#034; de l'enfant assujetti :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'angoisse, dont le prototype appara&#238;t dans l'asphyxie de la naissance, le froid, li&#233; &#224; la nudit&#233; du t&#233;gument, et le malaise labyrinthique auquel r&#233;pond la satisfaction du bercement, organisent par leur triade le ton p&#233;nible de la vie organique qui, pour les meilleurs observateurs, domine les six premiersmoisdel'homme.Cesmalaisesprimordiauxont tous la m&#234;me cause : une insuffisante adaptation &#224; la rupture des conditions d'ambiance et de nutrition qui font l'&#233;quilibre parasitaire de la vie intra-ut&#233;rine&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, tout fantasme inconscient d'une relation primordiale &#224; la m&#232;re attire irr&#233;m&#233;diablement le sujet vers les repr&#233;sentations inconscientes de tels &#034;malaises primordiaux&#034;. La violence qui s'y donne &#224; entendre - dans les r&#234;ves ou r&#234;veries &#233;veill&#233;es, dans les n&#233;vroses ou les psychoses -, est &#224; la hauteur de la violence du d&#233;nuement auquel le sujet est livr&#233; dans son d&#233;sir le plus vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective lacanienne, violence et sacrifice ne sont pas tant corr&#233;latifs du meurtre du p&#232;re que du fantasme de la relation primordiale &#224; la m&#232;re que la symbolique &#339;dipienne du p&#232;re et de l'interdit de l'inceste doit justement venir apaiser :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;S'ils se r&#233;f&#232;rent aux rites de sacrifice par o&#249; les cultures primitives, m&#234;me parvenues &#224; une concentration sociale &#233;lev&#233;e, r&#233;alisent avec la rigueur la plus cruelle - victimes humaines d&#233;membr&#233;es ou ensevelies vivantes - les fantasmes de la relation primordiale &#224; la m&#232;re, ils liront, dans plus d'un mythe, qu'&#224; l'av&#232;nement de l'autorit&#233; paternelle r&#233;pond un temp&#233;rament de la primitive r&#233;pression sociale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue plus sociologique, en effet, la th&#232;se lacanienne se trouve &#233;galement corroborer par tout un mat&#233;riel ethnologique pass&#233; sous silence par Ren&#233; Girard. En effet, l'existence d'un syst&#232;me matriarcal pr&#233;c&#233;dant toute &#233;dification d'un syst&#232;me patriarcal, est attest&#233; par la culture ethnologique &#224; laquelle Lacan se r&#233;f&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les traces universellement pr&#233;sentes et la survivance &#233;tendue d'une structure matriarcale de la famille, l'existence dans son aire de toutes les formes fondamentales de la culture, et sp&#233;cialement d'une r&#233;pression souvent tr&#232;s rigoureuse de la sexualit&#233; manifestent que l'ordre de la famille humaine a des fondements soustraits &#224; la force du m&#226;le&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, si le p&#232;re n'est certes pas exclu du syst&#232;me matriarcal, il y joue un tout autre r&#244;le que celui que lui fait jouer Freud dans son mythe. Lacan s'appuie notamment ici sur les travaux ethnologiques de Malinowski :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'autorit&#233; familiale n'est pas, dans les cultures matriarcales, repr&#233;sent&#233;e par le p&#232;re, mais ordinairement par l'oncle maternel. Un ethnologue qu'a guid&#233; sa connaissance de la psychanalyse, Malinowski, a su p&#233;n&#233;trer les incidences psychiques de ce fait&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort de cette hypoth&#232;se d'un d&#233;membrement ou d'un ensevelissement du corps corr&#233;latif du fantasme de la relation primordiale &#224; la m&#232;re, nous pouvons d&#233;sormais prendre en consid&#233;ration toute une mythologie pal&#233;o-orientale qui permet d'&#233;clairer la th&#232;se sacrificielle sous un angle nouveau. Nous ferons essentiellement r&#233;f&#233;rence dans ce dernier paragraphe aux travaux incontest&#233;s du mythologue roumain Mircea Eliade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) L'Alchimie ou le feu du d&#233;sir maternel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Mircea Eliade en effet la notion de sacrifice semble &#234;tre intimement corr&#233;l&#233; au passage du matriarcat au patriarcat, au cours duquel la d&#233;esse maternelle semble &#234;tre &#034;&#233;vinc&#233;e&#034; par le &#034;Dieu fort, le M&#226;le f&#233;condateur&#034;, passage qui est lui-m&#234;me corr&#233;latif du passage de l'agriculture (cueillette, petite chasse, etc.) &#224; la m&#233;tallurgie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Toute cette mythologie &#233;labor&#233;e autour de la f&#233;condit&#233; agraire, de la m&#233;tallurgie et du travail, est d'ailleurs assez r&#233;cente. Post&#233;rieure &#224; la poterie et &#224; l'agriculture, la m&#233;tallurgie s'encadre dans un univers spirituel o&#249; le Dieu c&#233;leste, encore pr&#233;sent pendant les phases ethnologiques de la cueillette et de la petite chasse, est d&#233;finitivement &#233;vinc&#233; par le Dieu fort, le M&#226;le f&#233;condateur, &#233;poux de la Grande M&#232;re terrestre. Or, l'on sait qu'&#224; ce niveau religieux, l'id&#233;e de la cr&#233;ation op&#233;r&#233;e par un &#234;tre supr&#234;me ouranien, est pass&#233;e dans la p&#233;nombre, pour c&#233;der la place &#224; l'id&#233;e de la cr&#233;ation par hi&#233;rogamie et par sacrifice sanglant ; on assiste m&#234;me au passage de la notion de cr&#233;ation &#224; celle procr&#233;ation. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous rencontrons, dans la mythologie m&#233;tallurgique, les motifs d'union rituelle et de sacrifice sanglant&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Eliade, 1977, p. 24.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe de bien comprendre cette &#034;nouveaut&#233;&#034; du sacrifice, pr&#233;cise M. Eliade. Elle repr&#233;sente d'une part l'id&#233;e que, &#034;la cr&#233;ation s'effectue par une immolation ou une auto-immolation&#034; et, d'autre part, que &#034;la vie ne peut s'engendrer qu'&#224; partir d'une autre vie qu'on immole&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, si &#224; l'or&#233;e du patriarcat, la notion de &#034;procr&#233;ation&#034; se substitue &#224; celle &#034;cr&#233;ation&#034;, et que cette cr&#233;ation ne peut d&#233;sormais s'effectuer sans immolation ou auto-immolation, le sacrifice ne peut lui-m&#234;me &#234;tre compris que comme participant de la relation primordiale &#224; la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, non seulement le mod&#232;le canonique de la procr&#233;ation est celui de la procr&#233;ation maternelle, mais M. Eliade insiste surtout - contrairement ici &#224; Ren&#233; Girard -, sur la &#034;sexualisation&#034; de telles conceptions cosmologiques incluant le sacrifice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;De telles conceptions cosmologiques, il en r&#233;sulte, d'une part, la &#034;sexualisation&#034; du r&#232;gne v&#233;g&#233;tal et min&#233;ral et, en g&#233;n&#233;ral, des outils et des objets du monde environnant. En relation directe avec ce symbolisme sexuel, il nous faudra rappeler les multiples images du ventre de la Terre, de la mine assimil&#233;e &#224; l'ut&#233;rus et des minerais aux embryons autant d'images qui conf&#232;rent une signification gyn&#233;cologique et obst&#233;trique aux rituels accompagnant les travaux des mines et de la m&#233;tallurgie&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, 1977, pp. 24-26.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sexualisation du monde environnant, images du ventre de la Terre assimil&#233;e &#224; l'ut&#233;rus ; &#034;le sens profond de tous ces mythes est assez clair&#034;, nous dit Mircea Eliade : &#034;la cr&#233;ation est un sacrifice&#034;. Or, si le d&#233;sir de cr&#233;ation s'effectue selon le mod&#232;le de la procr&#233;ation maternelle, c'est-&#224;-dire de la relation primordiale &#224; la m&#232;re, il n'est plus &#233;tonnant d'y retrouver les repr&#233;sentations inconscientes du fantasme fondamental tel que Lacan nous les a pr&#233;sent&#233;es par exp&#233;rience : &#034;d&#233;membrement&#034;, &#034;ensevelissement&#034;, &#034;morcellement&#034; du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par exemple &#034;le sens des sacrifices humains au profit des r&#233;coltes&#034;, nous dit M. Eliade :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La victime est mise &#224; mort, d&#233;pec&#233;e et les morceaux sont &#233;parpill&#233;s sur la terre pour lui procurer f&#233;condit&#233;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, 1977, p. 26.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son d&#233;sir de cr&#233;ation, le sujet rencontre son fantasme d'union &#224; la M&#232;re et se voit happ&#233;, ali&#233;n&#233; par l'image de son corps morcel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rites m&#233;tallurgiques, c'est plus g&#233;n&#233;ralement l'image du corps engloutie &#224; l'int&#233;rieur du ventre maternel qui prime, le sujet r&#233;gressant au stade f&#339;tal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La cr&#233;ation du monde &#224; partir du corps d'un &#234;tre primordial est parfois con&#231;ue et d&#233;crite comme le modelage d'un &#034;f&#339;tus&#034;. Le cosmos prend forme d'une mani&#232;re premi&#232;re, &#034;embryonnaire&#034; parce que informe, &#034;chaotique&#034;. On arrive ainsi &#224; une s&#233;rie d'images &#233;quivalentes ou compl&#233;mentaires, o&#249; le corps sacrifi&#233; est assimil&#233; &#224; la mati&#232;re premi&#232;re et, donc, &#224; la masse germinale et au f&#339;tus&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, p. 59.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les traditions m&#233;tallurgistes africaines, indiennes, chinoises ou m&#233;sopotamiennes confirment cette conception : &#034;les m&#233;taux &#034; poussent &#034; dans le ventre de la Terre&#034;. Le minerai est ensuite consid&#233;r&#233; comme un embryon et le fourneau comme une matrice dans laquelle les minerais ach&#232;vent leur croissance et leur maturation. &#034;Les sacrifices effectu&#233;s &#224; cette occasion, pr&#233;cise M. Eliade, seraient comparables aux sacrifices obst&#233;triques&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, 1977, p. 63.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du sacrifice, le fantasme fondamental se retrouve dans les rites des chamans et des forgerons, qui inaugurent eux-m&#234;mes ceux des h&#233;ros civilisateurs du monde antique. Mircea Eliade remarque en effet, non seulement une continuit&#233; symbolique allant des &#034;ma&#238;tres du feu&#034; (chamans et forgerons) aux h&#233;ros et rois mythiques &#034;fondateurs de dynastie&#034;, mais &#233;galement une solidarit&#233; symbolique entre la &#034;chaleur magique&#034; du forgeron ou du chaman et l'initiation militaire du h&#233;ros&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, p. 71.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le potier avant lui, le chaman, forgeron ou l'alchimiste sont avant tout les &#034;ma&#238;tres du feu&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le potier qui, le premier, r&#233;ussit, gr&#226;ce &#224; la braise, &#224; durcir consid&#233;rablement les &#034;formes&#034; qu'il avait donn&#233;es &#224; l'argile, dut sentir l'ivresse d'un d&#233;miurge : il venait de d&#233;couvrir un agent de transmutation. Ce que la chaleur &#034;naturelle&#034; - celle du Soleil ou du Ventre de la Terre m&#251;rissait lentement, le feu le faisait dans un tempo insoup&#231;onn&#233;. [...] Les cultures les plus archa&#239;ques imaginent le sp&#233;cialiste du sacr&#233; - le chaman, l'homme-m&#233;decine, le magicien - comme un &#034;ma&#238;tre du feu&#034;. La magie primitive et le chamanisme impliquent la &#034;ma&#238;trise du feu&#034;, soit que l'homme-m&#233;decine puisse toucher impun&#233;ment &#224; la braise, soit qu'il puisse produire, dans son propre corps, une &#034;chaleur int&#233;rieure&#034; qui le rend &#034;br&#251;lant&#034;, &#034;ardent&#034;, lui permettant ainsi de r&#233;sister au froid extr&#234;me&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, 1977, p. 65.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons ici surtout dans ces rites les restes de matriarcat, et notamment dans le fait que le pouvoir du chaman r&#233;side dans l'identification de celui-ci &#224; la m&#232;re et &#224; son pouvoir de procr&#233;ation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;D'apr&#232;s les mythes de certains peuples archa&#239;ques, &#233;crit par exemple M. Eliade, les Femmes Ailleules poss&#233;daient &#034;naturellement&#034; le feu dans leurs organes g&#233;nitaux ; elles en tiraient parti pour cuire leur nourriture, mais le cachaient aux hommes. Ces derniers r&#233;ussirent n&#233;anmoins &#224; s'en emparer par ruse&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Eliade souligne tr&#232;s clairement que &#034;ces mythes [m&#233;tallurgiques] refl&#232;tent aussi bien des r&#233;miniscences d'une id&#233;ologie matriarcale que le fait que, produit par le frottement de deux morceaux de bois, c'est-&#224;-dire par leur &#034;union sexuelle&#034;, le feu &#233;tait con&#231;u comme se trouvant &#034;naturellement&#034; dans le morceau qui repr&#233;sentait la femelle&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le passage au patriarcat, la femme devient une &#034;sorci&#232;re&#034; et les hommes, finalement parvenus &#224; &#034;ma&#238;triser le feu&#034; deviennent les sorciers &#034;plus puissants&#034;. Ce sont les hommes, &#034;sorciers&#034;, chamans, ou forgerons, qui d&#233;sormais ma&#238;trisent le feu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Universellement, les primitifs se repr&#233;sentent le pouvoir magico-religieux comme, &#034;br&#251;lant&#034; et l'expriment par des termes qui signifient &#034;chaleur&#034;, br&#251;lure&#034;, &#034;tr&#232;s chaud&#034;, etc. C'est d'ailleurs pourquoi les magiciens et les sorciers boivent de l'eau sal&#233;e ou piment&#233;e et mangent des plantes extr&#234;mement piquantes : ils veulent augmenter ainsi leur &#034;chaleur&#034; int&#233;rieure&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, 1977, p. 66.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'apr&#232;s les mythes de certains peuples archa&#239;ques, les femmes poss&#233;daient &#034;naturellement&#034; le feu dans leurs organes g&#233;nitaux, le sens de l'augmentation de la chaleur int&#233;rieure requise pour tout chaman ou magicien quel qu'il soit ne doit faire aucun doute : il s'agit d'une identification &#224; la m&#232;re dans la procr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, les rites et sacrifices corr&#233;latifs de ce passage du matriarcat au patriarcat d&#233;montrent la r&#233;gularit&#233; du motif d&#233;gag&#233; par Jacques Lacan, selon laquelle le d&#233;sir de ma&#238;trise de ces techniques m&#233;tallurgiques nouvelles, n'est pas sans rappeler le d&#233;sir premier refoul&#233; : celui de l'union avec la m&#232;re. Initiations, rites et sacrifices sont l&#224; pour nous rappeler combien un tel d&#233;sir comporte le danger d'en revenir &#224; la relation primordiale &#224; la M&#232;re ; en d'autres termes, &#224; l'ali&#233;nation primitive, &#224; l'absorption et au retour dans le sein maternel et au corps morcel&#233;. C'est ce que nous livrent tr&#232;s clairement les sc&#233;narios de certaines initiations chamaniques, durant lesquels, en &#034;r&#234;ves&#034; ou &#034;hallucinations initiatiques&#034;, les r&#233;cipiendaires sont confront&#233;s &#224; &#034;leur mise en pi&#232;ces&#034; par des &#034;d&#233;mons&#034;-ma&#238;tres de l'initiation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Un chaman yakoute a vu, durant sa maladie initiatique, ses membres d&#233;tach&#233;s et s&#233;par&#233;s avec un crochet de fer par les d&#233;mons ; apr&#232;s toutes sortes d'op&#233;rations (nettoyage des os, raclage des chairs, etc.), les d&#233;mons ont rassembl&#233; ses os et les ont jointoy&#233;s avec du fer. Un autre chaman a eu le corps coup&#233; en petits morceaux par l'Oiseau-de-Proie-M&#232;re, qui avait un bec en fer, des serres crochues et des plumes de fer. Un autre a &#233;t&#233; berc&#233;, pendant ses hallucinations initiatiques, dans un berceau de fer. Enfin, d'un long r&#233;cit autobiographique d'un chaman avam-samoy&#232;de, d&#233;tachons cet &#233;pisode : le futur chaman se vit p&#233;n&#233;trer, pendant sa maladie initiatique, &#224; l'int&#233;rieur d'une montagne, il aper&#231;ut l&#224; un homme nu man&#339;uvrant un soufflet. Sur le feu se trouvait une chaudi&#232;re. L'homme nu le saisit avec une &#233;norme tenaille, lui coupa la t&#234;te, lui fractionna le corps en petits morceaux et jeta le tout dans la chaudi&#232;re, en l'y laissant cuire pendant trois ans. Dans la caverne, il y avait aussi trois enclumes, et l'homme nu forgea sa t&#234;te sur la troisi&#232;me, celle qui lui servait &#224; forger les meilleurs chamans. Ensuite, il rep&#234;cha ses os, les rassembla et les recouvrit de chairs&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eliade, p. 70.&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Membres d&#233;tach&#233;s&#034;, &#034;corps coup&#233;&#034; et &#034;fractionn&#233;&#034; en &#034;petits morceaux&#034;, corps &#034;berc&#233;&#034; dans un &#034;berceau de fer&#034;, p&#233;n&#233;tration &#224; &#034;l'int&#233;rieur d'une montagne&#034;, dans une &#034;caverne&#034;, dans une &#034;chaudi&#232;re&#034; : n'est-ce pas l&#224; les fantasmes que Lacan nous d&#233;crit comme corr&#233;latifs de la relation primordiale &#224; la m&#232;re, le d&#233;sir premier, incestueux et an&#233;antissant ? Tous ces rituels comme les sacrifices ne semblent vouloir nous dire qu'une seule chose : il faut que tu saches que v&#233;ritablement d&#233;sirer, c'est d&#233;sirer le d&#233;sir premier, le d&#233;sir incestueux. C'est, dirons-nous, certainement le sens originaire du &#034;Connais-toi toi-m&#234;me&#034; du Temple d'Apollon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; cet &#034;Oiseau-de-Proie-M&#232;re&#034;, avec &#034;un bec en fer, des serres crochues et des plumes de fer&#034;, n'est-ce pas l&#224; la fameuse Sphinge du Mythe &#339;dipien dont Lacan insiste pour nous le faire entendre comme reste du matriarcat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ils liront, dans plus d'un mythe, qu'&#224; l'av&#232;nement de l'autorit&#233; paternelle r&#233;pond un temp&#233;rament de la primitive r&#233;pression sociale. Lisible dans l'ambigu&#239;t&#233; mythique du sacrifice d'Abraham, qui au reste le lie formellement &#224; l'expression d'une promesse, ce sens n'appara&#238;t pas moins dans le mythe de l'&#338;dipe, pour peu qu'on ne n&#233;glige pas l'&#233;pisode du Sphinx, repr&#233;sentation non moins ambigu&#235; de l'&#233;mancipation des tyrannies matriarcales, et du d&#233;clin du rite du meurtre royal. Quelle que soit leur forme, tous ces mythes se situent &#224; l'or&#233;e de l'histoire, bien loin de la naissance de l'humanit&#233; dont les s&#233;parent la dur&#233;e imm&#233;moriale des cultures matriarcales et la stagnation des groupes primitifs&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lacan, 1938.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Qu'est-ce qu'un P&#232;re ?&#034; Voil&#224; la question &#224; laquelle Freud aura tent&#233; d'apporter r&#233;ponse, mais &#224; laquelle Ren&#233; Girard aura renonc&#233; de r&#233;pondre. D&#232;s 1960, pourtant, Jacques Lacan nous avait d&#233;j&#224; averti : &#034;C'est le p&#232;re mort, r&#233;pond Freud, mais personne ne l'entend&#034; (Lacan, Ecrits II, Seuil, Paris, 1971, p 173). Et, ajoutait-il, une fois ceci compris, &#034;le tombeau de Mo&#239;se est aussi vide pour Freud que celui du Christ pour... &#034;Hegel&#034;, disait Lacan, mais il aurait pu ici citer Girard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, Op. Cit., 1971, p 181.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se lacanienne est-elle aussi &#233;loign&#233;e de celle de Freud que d'aucuns se complaisent &#224; le croire ? Certainement pas aux vues des derniers remaniements de l'hypoth&#232;se freudienne de &#034;Totem et tabou&#034;, que l'inventeur de la psychanalyse nous l&#232;gue dans son ouvrage testamentaire : &#034;L'Homme Mo&#239;se et le monoth&#233;isme&#034;. Selon un processus tardif interpr&#233;t&#233; comme un &#034;retour du refoul&#233;&#034;, Freud reconna&#238;t en effet qu'une &#034;organisation patriarcale&#034; succ&#233;da &#224; une &#034;organisation matriarcale&#034; de la soci&#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Sous l'influence de conditions ext&#233;rieures qu'il ne nous appartient pas d'&#233;tudier ici et qui d'ailleurs ne sont pas toutes bien connues, une organisation patriarcale de la soci&#233;t&#233; succ&#233;da &#224; l'organisation matriarcale, ce qui naturellement provoqua un grand bouleversement des lois alors en vigueur. Il nous semble percevoir comme un &#233;cho de cette r&#233;volution dans l'Orestie d'Eschyle. Mais ce bouleversement, ce passage de la m&#232;re au p&#232;re a un autre sens encore : il marque une victoire de la spiritualit&#233; sur la sensualit&#233; et par l&#224; un progr&#232;s de la civilisation. En effet, la maternit&#233; est r&#233;v&#233;l&#233;e par les sens, tandis que la paternit&#233; est une conjecture bas&#233;e sur des d&#233;ductions et des hypoth&#232;ses. Le fait de donner ainsi le pas au processus cogitatif sur la perception sensorielle fut lourd de cons&#233;quences&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mo&#239;se, p. 106.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'&#233;crivait Freud, au moment m&#234;me o&#249; l'article de Jacques Lacan &#233;tait publi&#233; dans l'Encyclop&#233;die fran&#231;aise, c'est-&#224;-dire en 1938. Mais quelles sont, pour notre sujet, ces cons&#233;quences ? Freud, frayant la voie au &#034;Nom du P&#232;re&#034; de Jacques Lacan, l'exprimait d&#233;j&#224; tr&#232;s clairement en 1939 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Rel&#233;guer au second plan les perceptions sensorielles directes en donnant le pas aux souvenirs, aux d&#233;ductions, aux r&#233;flexions, tous processus intellectuels tenus pour sup&#233;rieurs, c'est d&#233;cider, par exemple, que la paternit&#233;, bien que les sens ne la puissent d&#233;celer, est plus importante que la maternit&#233;. C'est pourquoi le fils porte le nom de son p&#232;re et en h&#233;rite&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mo&#239;se, p. 106-111.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rel&#233;guer au second plan &#034;les perceptions sensorielles directes&#034;, c'est ici - traduit pour notre propos -, permettre de sortir de l'imaginaire et de la violence fantasmatique qui dans l'inconscient lui est corr&#233;lative, par le symbolique du souffle et de la parole. Car &#034;ne savons-nous pas qu'aux confins o&#249; la parole se d&#233;met, commence le domaine de la violence, et qu'elle y r&#232;gne d&#233;j&#224;, m&#234;me sans qu'on l'y provoque&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Lacan, Introduction au commentaire de jean Hyppolite sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Girard, La violence et le sacr&#233;, Grasset, Paris, 1972, p 318.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, L'homme Mo&#239;se et la religion monoth&#233;iste, Gallimard, Paris, 1986, p 170.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, Op. Cit., 1986, pp. 171-172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, Op. Cit., 1986, pp. 171-172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Lacan, &#034;La signification du phallus&#034;, dans Op. Cit., 1971, p 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, La violence et le sacr&#233;, Grasset, Paris, 1972, p 283.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 287.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 286.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit. p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p. 292.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 293.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 313.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 313.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 314.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., pp. 316-317.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 295.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 320.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., pp. 320-321.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 294.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Girard, Op. Cit., p 312.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;Table d'h&#244;te&#034;, pr&#233;face &#224; S. Freud, Op. Cit., 1988, p 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud, La parano&#239;a Schreber, p. 324.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lacan, 1938.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund FREUD, Le tabou de la virginit&#233; [1918], La vie sexuelle, Chap. IV : Contributions &#224; la psychologie de la vie amoureuse, Section III, Paris, PUF, 1969, pp. 66-80), &#338;uvres compl&#232;tes, vol. XV, PUF, Paris, pp. 72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Eliade, 1977, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, 1977, pp. 24-26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, 1977, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, 1977, p. 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, 1977, p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, 1977, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eliade, p. 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lacan, 1938.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Lacan, Op. Cit., 1971, p 181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mo&#239;se, p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mo&#239;se, p. 106-111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Lacan, Introduction au commentaire de jean Hyppolite sur la &#034;Verneinung&#034;, 10 f&#233;vrier 1954&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est une premi&#232;re version d'un article ensuite publi&#233; dans &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Psychologie-de-la-violence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Psychologie de la violence&lt;/a&gt;, (sous la dir. de Christophe Bormans et Guy Massat), &#201;d. Studyrama, Paris, pp. 63-78.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Rumeur</title>
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		<dc:date>2003-10-12T10:21:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Lacan</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>

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&lt;p&gt;Faisant suite &#224; notre participation &#224; un d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233; sur le th&#232;me de la rumeur et des fantasmes, les r&#233;cents rebondissements de l'actualit&#233; m&#233;diatico-politique nous invitent &#224; livrer ici un petit commentaire psychanalytique sur la rumeur et l'inconscient freudien. &lt;br class='autobr' /&gt; Allons d'embl&#233;e au coeur du sujet. Pour le psychanalyste, la rumeur est une mise en sc&#232;ne : la mise en sc&#232;ne d'un fantasme. Comme chacun sait, une mise en sc&#232;ne se fait g&#233;n&#233;ralement sur un th&#233;&#226;tre. Le th&#233;&#226;tre dont il est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Billets-d-humeur-.html" rel="directory"&gt;&#201;ditos et billets d'humeur&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Jacques-Lacan-+.html" rel="tag"&gt;Jacques Lacan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton47-a1878.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Faisant suite &#224; notre participation &#224; un d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233; sur le th&#232;me de la rumeur et des fantasmes, les r&#233;cents rebondissements de l'actualit&#233; m&#233;diatico-politique nous invitent &#224; livrer ici un petit commentaire psychanalytique sur la rumeur et l'inconscient freudien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Allons d'embl&#233;e au coeur du sujet. Pour le psychanalyste, la rumeur est une mise en sc&#232;ne : la mise en sc&#232;ne d'un fantasme. Comme chacun sait, une mise en sc&#232;ne se fait g&#233;n&#233;ralement sur un th&#233;&#226;tre. Le th&#233;&#226;tre dont il est question ici - le th&#233;&#226;tre dont il s'agit dans le cas de la rumeur -, c'est le th&#233;&#226;tre de la rue. La rumeur c'est la mise en sc&#232;ne du fantasme sur ou dans le th&#233;&#226;tre de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rumeur et Fantasme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fantasme c'est un sc&#233;nario sp&#233;cifique, un sc&#233;nario dont nous sommes tous les personnages. Dans le fantasme, nous sommes comme le sc&#233;nariste ou l'&#233;crivain, qui va &#233;crire pour mettre en sc&#232;ne son propre sc&#233;nario, c'est-&#224;-dire ses propres conflits psychiques inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans la rumeur comme dans toute bonne pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, il faut qu'il y ait une bonne intrigue. Intrigue vient du latin &#171; tricae &#187; qui veut dire &#171; embarras &#187;. &#171; Intricare &#187;, c'est mettre dans l'embarras, &#171; extricare &#187;, c'est sortir de l'embarras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on met donc en sc&#232;ne dans une rumeur, c'est ce qui nous embarrasse. Pour &#234;tre plus pr&#233;cis : ce que l'on met en sc&#232;ne, c'est ce que l'on n'arrive pas &#224; dire. Et ce que l'on n'arrive pas &#224; dire, c'est l'indicible, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment ce que Jacques Lacan nommait le r&#233;el et Freud, quant &#224; lui, l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnage principal de la rumeur, c'est donc bien l'indicible, le r&#233;el, c'est-&#224;-dire l'inconscient, que l'on ne peut se repr&#233;senter autrement que sur un mode imaginaire et projet&#233; sur une autre sc&#232;ne, apparemment ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cure analytique vise on le sait &#224; appr&#233;hender ce r&#233;el, cet indicible de l'existence, par le symbolique. C'est la cure par la parole (la fameuse &#171; talking cure &#187; d'Anna O.), laquelle confronte le sujet, tout comme &#338;dipe dans la pi&#232;ce de Sophocle, &#224; l'&#233;nigme de la Sphinge. S'il y a bien une mise en sc&#232;ne analytique, celle-ci est hautement op&#233;rante. Elle vise pr&#233;cis&#233;ment d'une part &#224; l'abr&#233;action, c'est-&#224;-dire au passage de l'imaginaire au symbolique (c'est la catharsis d'Aristote remise au go&#251;t du jour par la m&#233;thode de Breuer &#224; la fin du XIXe si&#232;cle), et &#224; la r&#233;duction du fantasme &#224; une &#233;criture d'autre part, c'est-&#224;-dire au rep&#233;rage de ce par quoi nous sommes captif dans le r&#233;el (cf. Jacques Lacan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La fin d'analyse, on peut la d&#233;finir. La fin d'analyse, c'est quand on a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la rumeur, par contre, il s'agit d'une mise en sc&#232;ne &#171; &#224; la va-vite &#187;. Une rumeur, c'est jouer &#171; &#224; la va-vite &#187; ! En tant que sc&#233;nariste, on prend les acteurs qui sont d&#233;j&#224; &#224; notre disposition. Et il y en a pl&#233;thore ! Ce sont ceux qui sont d&#233;j&#224; sur la sc&#232;ne : les plus connus, les plus c&#233;l&#232;bres, etc. Ne les appelle-t-on pas, d'ailleurs, les &#171; acteurs &#187; de la vie politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ces acteurs qui sont &#171; d&#233;j&#224;-l&#224; &#187;, que l'on va faire jouer notre propre fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, de la m&#234;me mani&#232;re que dans une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, ce n'est pas la v&#233;rit&#233; objective (rationnelle, consciente) qui compte, mais c'est bien &#224; l'aune de la v&#233;rit&#233; et de la r&#233;alit&#233; psychique et fantasmatique que l'on va pouvoir mesurer tout l'impact et la popularit&#233; d'une rumeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rue meurt&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, d'aucuns peuvent r&#233;torquer au psychanalyste freudien, que la rumeur est un ph&#233;nom&#232;ne hautement collectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une analyse sociologique de la rumeur, se r&#233;f&#233;rer &#224; l'excellent site de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, et cela n'a rien d'&#233;trange ! Comme des millions de spectateurs s'engouffrent dans des th&#233;&#226;tres ou cin&#233;mas pour aller voir une bonne pi&#232;ce ou un film &#171; g&#233;nial &#187;, auquel on va du reste pouvoir s'identifier (c'est mon film pr&#233;f&#233;r&#233;, c'est tout moi, c'est ma vie, etc.), des millions d'individus vont colporter la rumeur lorsqu'elle est bonne. C'est-&#224;-dire lorsqu'elle met en sc&#232;ne une bonne intrigue, autrement dit, on l'aura compris, un fantasme fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fantasme fondamental n'a pas de secret. C'est m&#234;me sa sp&#233;cificit&#233; d'&#234;tre si r&#233;p&#233;titif qu'il finit par passer inaper&#231;u : ridiculis&#233; le p&#232;re imaginaire, faire tr&#233;bucher le personnage c&#233;l&#232;bre et fantasmatique, le mettre &#224; genou, etc. Bref, &#171; que la b&#234;te meure ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons tous, ce type de fantasme infantile, et certes, nous en sommes tous, aujourd'hui, plus ou moins d&#233;gag&#233;s. Oui, certainement, du moins peut-&#234;tre, mais qu'advient-il lorsque l'occasion s'offre &#224; nous de pouvoir encore une fois le partager avec d'autres &#224; moindre frais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuserait-on une telle jouissance de pouvoir le partager, une derni&#232;re fois, avec une &#171; foule &#187; ? C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que l'on appelle le re-&#171; foule &#187;-ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au caract&#232;re a priori &#233;trange de la rumeur, il est donn&#233; par sa particularit&#233; essentielle qui la distingue radicalement d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre ou d'un bon film. C'est que l'on n'est pas averti de sa repr&#233;sentation. Mieux, c'est elle, cette repr&#233;sentation, qui vient &#224; nous. C'est ce que Freud appelait &#171; l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#187; (&#171; Unheimliche &#187;) : la rumeur se joue devant nous, se joue de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rue meurt parce pr&#233;cis&#233;ment la rue finit toujours un moment par se croire manipul&#233;e. Dans la rumeur, on a sans cesse cette impression subreptice d'&#234;tre manipul&#233;, d'&#234;tre manipul&#233; pr&#233;cis&#233;ment par ce qui nous fascine. Cette impression d'y &#234;tre, nous aussi sur la sc&#232;ne, c'est l&#224; tout de m&#234;me, il faut bien le dire, le clou du spectacle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; encore, c'est un fantasme. Nul ne peut manipuler la rumeur et la rumeur de manipulation de la rumeur fait partie int&#233;grante de la rumeur, fait partie int&#233;grante du fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas savoir si vous &#234;tes spectateur ou acteur (manipul&#233;), c'est pr&#233;cis&#233;ment la d&#233;finition du fantasme. Vous fa&#238;tes partie int&#233;grante du &#171; tournage &#187;, du tournage en rond, dans le fantasme de cet inconscient collectif. Et c'est de cet inconscient collectif dont, pr&#233;cis&#233;ment, il faut sortir pour sortir du fantasme. On a, du m&#234;me coup, toute la diff&#233;rence entre la psychologie (ou psychanalyse) selon Jung et ses successeurs, et la psychanalyse freudienne et lacanienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychologie dite d'inspiration &#171; analytique &#187; incite &#224; sublimer, la psychanalyse, quant &#224; elle, confronte au d&#233;s&#234;tre. Ce n'est pas du tout la m&#234;me chose et la diff&#233;rence est radicale. Pourquoi ? Parce que pousser &#224; la sublimation &#233;quivaut dans ce cas &#224; id&#233;aliser, c'est-&#224;-dire de se rajouter de l'imaginaire, l&#224; o&#249; pr&#233;cis&#233;ment, il faudrait en sortir par le symbolique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La po&#233;sie est imaginairement symbolique &#187; (Jacques LACAN, L'insu que sait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'art ne jugule pas le fantasme, bien au contraire, il l'id&#233;alise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'art humeur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'exprime magnifiquement bien la c&#233;l&#232;bre chanson de Daniel Balavoine : le Chanteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles de l'&#233;cole&lt;br&gt;
Diront que je suis p&#233;d&#233;&lt;br&gt;
Que mes yeux puent l'alcool&lt;br&gt;
Que je ferais bien d'arr&#234;ter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles, c'est-&#224;-dire les rumeurs diront des choses horribles, et plus c'est horrible, il faut bien le reconna&#238;tre, plus on aime. On sait comment la chanson se termine : &#171; Je veux mourir malheureux &#187; ! Le succ&#232;s incroyable qu'a rencontr&#233; la chanson en dit long sur les d&#233;sirs inconscients de tout un chacun : d&#233;sirs de malheurs, d&#233;sir de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le discours du Ma&#238;tre - du Ma&#238;tre absolu, la mort -, du Ma&#238;tre chanteur en l'occurrence. Ce que nous fait partager la chanson du chanteur, c'est la fameuse identification &#224; &#171; l'objet a &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; la pourriture comme regard : &#171; mes yeux puent &#187; (l'alcool). C'est ce que Jacques Lacan avait merveilleusement bien mis en &#233;vidence dans son s&#233;minaire sur la pulsion (&#171; Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse &#187;, S&#233;minaire XI, &#171; Le regard comme objet petit a &#187;, S&#233;ance du 19 f&#233;vrier 1964, Seuil, Paris, 1973, p. 65 et suiv.). C'est cet objet du fantasme qui soutient le d&#233;sir du chanteur. Identification au &#171; rien &#187;, comme objet petit a. &#171; Pour ne rien regretter &#187;, c'est-&#224;-dire faire Un avec le &#171; rien &#187;, ne pas regretter le &#171; rien &#187;, c'est-&#224;-dire le retrouver et s'y noyer. On sait ce qu'il est advenu d'&#201;dith Piaf, mais c'est &#233;galement l'extase, la b&#233;atitude et la joie supr&#234;me selon Ma&#238;tre Eckhart :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et la plus haute joie qui &#233;choit &#224; l'esprit en partage est de s'&#233;couler &#224; nouveau dans le Rien de son arch&#233;type et &#224; y &#234;tre - en tant que moi - enti&#232;rement perdu &#187; (Ma&#238;tre Eckhart, &lt;i&gt;Des deux chemins&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce qui &#171; sauve &#187; parfois l'artiste de ce d&#233;sir mortif&#232;re, c'est qu'il ne se confond pas avec son public, qu'il arrive parfois &#224; s'en diff&#233;rencier. &#171; Sachez que tout flatteur vit aux d&#233;pens de celui qui l'&#233;coute &#187;, disait le renard rus&#233; au Ma&#238;tre corbeau de La Fontaine. Lorsque le flatteur, c'est-&#224;-dire celui qui colporte la rumeur et celui qui l'&#233;coute se confondent en une seule et unique foule, comme dans la rumeur, la &#171; le&#231;on &#187; vaut bien plus qu'un fromage ! Car l'histoire peut se compliquer tr&#232;s rapidement, jusqu'&#224; parfois devenir &#171; inextricable &#187; justement, incompr&#233;hensible, et appelons-la d&#233;sormais par son nom : parano&#239;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rumeur &#187; vient en effet de l'indo-europ&#233;en &#171; reu &#187;, qui signifie bruit, bruits d'animaux en l'occurrence. Ce sont bien ces m&#234;mes bruits, que le Pr&#233;sident Schreber entendait lorsque, &#224; la veille de sa seconde hospitalisation, alors qu'il occupait depuis moins d'un mois le poste auquel il avait &#233;t&#233; appel&#233; : Pr&#233;sident de la Cour d'appel de Dresde. Il n'arrivait plus &#224; s'endormir pour le seul motif qu'il entendait des &#171; bruits &#187; derri&#232;re le mur de sa chambre &#224; coucher. Et ces bruits, justement, il croyait que c'&#233;tait des bruits d'animaux, des bruits de souris en l'occurrence. On sait ce qu'il advint par la suite de l'&#233;minent juriste : le cas de parano&#239;a le plus c&#233;l&#232;bre de l'histoire de la litt&#233;rature psychiatrique et analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de mieux mettre en &#233;vidence cette corr&#233;lation intime entre les bruits, les voix de la rumeur et la parano&#239;a, rappelons pour conclure, l'un des premiers cas de parano&#239;a analys&#233; par Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#171; Nouvelles remarques sur les n&#233;vropsychoses de d&#233;fense &#187; [1896], (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le cas de Mme P., laquelle &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment parano&#239;aque parce qu'elle croyait entendre dire d'elle sur son passage : &#171; C'est Mme P... La voil&#224; qui s'en va. O&#249; va-t-elle ? &#187; L'on peut ais&#233;ment appliquer &#224; la rumeur, ce que les voix disent dans la parano&#239;a : &#171; La rumeur... La voil&#224; qui s'en va. O&#249; va-t-elle ? &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La fin d'analyse, on peut la d&#233;finir. La fin d'analyse, c'est quand on a [...] retrouv&#233; ce dont on est prisonnier [...] qu'on voie ce dont on est captif &#187; (Jacques LACAN, Le moment de conclure, S&#233;minaire 1977-1978, S&#233;ance du 10 janvier 1978)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une analyse sociologique de la rumeur, se r&#233;f&#233;rer &#224; l'excellent site de Pascal Froissart : &lt;a href=&#034;http://pascalfroissart.online.fr/&#034;&gt;Rumeurs &amp; rumorologie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La po&#233;sie est imaginairement symbolique &#187; (Jacques LACAN, L'insu que sait de l'une b&#233;vue s'aile &#224; mourre, S&#233;minaire XXIV, S&#233;ance du 15 mars 1977, p. 107).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud, &#171; Nouvelles remarques sur les n&#233;vropsychoses de d&#233;fense &#187; [1896], OEuvres compl&#232;tes, volume III, PUF, Paris, 1989, pp. 121-146.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le &#199;a : Vu &#224; la T&#233;l&#233; !</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Ca-Vu-a-la-Tele.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Ca-Vu-a-la-Tele.html</guid>
		<dc:date>2002-05-20T08:48:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Lacan</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;&#199;a se discute&#034; (France 2), &#034;Combien &#199;a co&#251;te&#034; (TF1), &#034;&#199;(a)'est mon choix&#034; (France 3), &#034;&#199;a va se savoir&#034; (RTL9), &#034;&#201;coute moi &#199;a&#034; (Canal Jimmy), &#034;Faut que &#199;a saute&#034; (TV5), &#034;Silence, &#199;a pousse&#034; (TV5), &#034;Comment &#199;a marche&#034; (I - t&#233;l&#233;vision)... &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne compte plus, comme on dit, les &#233;missions de t&#233;l&#233;vision, que ce soit sur les cha&#238;nes hertziennes ou sur le c&#226;ble, utilisant le pronom d&#233;monstratif &#034;&#199;a&#034; dans leur titre.&lt;br&gt;
Bien entendu, le titre de ces &#233;missions ne fait pas explicitement r&#233;f&#233;rence au concept fondamental de la seconde topique freudienne, mais bien plut&#244;t, &#224; un sens commun cens&#233; &#234;tre partag&#233; par tous les t&#233;l&#233;spectateurs.&lt;br&gt;
N&#233;anmoins, le large succ&#232;s de ces &#233;missions (du moins pour les premi&#232;res ici cit&#233;es), ne serait-il pas d&#251; en grande partie, aux ressorts inconscients qu'elles expriment et qu'elles stimulent chez les t&#233;l&#233;spectateurs ? Le large succ&#232;s de ces &#233;missions ne serait-il pas d&#251; au fait qu'elles font justement appel au &#034;&#199;a&#034; tel que le d&#233;finit la psychanalyse ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Billets-d-humeur-.html" rel="directory"&gt;&#201;ditos et billets d'humeur&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton53-515d7.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour le sens commun, &#034;&#231;a&#034; est la condensation d'un pronom d&#233;monstratif, &#034;cela&#034; qui exprime par abr&#233;viation, le ratage du sujet ou de l'objet qu'il &#233;tait, &#224; l'origine, cens&#233; d&#233;signer. Pour la psychanalyse, le &#034;&#199;a&#034; est le lieu des pulsions. Selon le petit Robert, la pulsion se d&#233;finit quant &#224; elle comme une &#034;pouss&#233;e&#034;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, le terme est &#233;tymologiquement issu du latin &#034;impulsio&#034; qui veut dire &#034;pouss&#233;e vers&#034;. C'est donc une action (&#034;pouss&#233;e&#034;), associ&#233;e &#224; une direction (&#034;vers&#034;) qui, par m&#233;tonymie (d&#233;placement), en vient &#224; signifier &#034;ce qui pousse&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d'autres termes, avec le &#199;a et la pulsion, nous sommes directement introduit au c&#339;ur d'une confusion majeure : la confusion entre le sujet et l'objet, c'est-&#224;-dire que nous sommes d'embl&#233;e au c&#339;ur de la d&#233;finition du fantasme, telle que nous la donne la psychanalyse. Et il est n&#233;cessaire de souligner qu'il est exceptionnel que le sens attribu&#233; &#224; un mot par la psychanalyse, recouvre celui que lui donne le sens commun. Le terme d'inconscient, par exemple, ne signifie pas la m&#234;me chose au sens courant qu'au strict sens psychanalytique. Au sens courant, l'on pourra dire que ce qui est inconscient est ce qui n'est pas connu de la conscience, comme la langue chinoise, par exemple, que je ne connais personnellement pas : elle m'est in-consciente, si l'on peut dire. Cet inconscient, au sens courant, ne se laisse nullement confondre avec l'inconscient de la psychanalyse qui renvoie essentiellement au caract&#232;re dynamique de la libido et du refoulement. En d&#233;finitive, le &#199;a et le concept de pulsion sont pratiquement les seuls concepts pour lesquels d&#233;finition commune et d&#233;finition psychanalytique co&#239;ncident en tous points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons tout de m&#234;me la dynamique particuli&#232;re que la psychanalyse attribue au &#199;a (lieu des pulsions) et &#224; la pulsion elle-m&#234;me. Ent&#233;rin&#233; par Jacques Lacan comme l'un des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (S&#233;minaire 1964, Livre XI, Seuil, Paris, 1973), S. Freud en donne d&#232;s 1915, une d&#233;finition plus pr&#233;cise (S. Freud, &#034;Pulsions et destins des pulsions&#034;, dans M&#233;tapsychologie, Gallimard, coll. &#034;folio-Essais&#034;), d&#233;composant la pulsion en quatre termes essentiels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une pouss&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un but,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un objet,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, S. Freud attribue quatre destins aux pulsions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le renversement dans le contraire,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le retournement sur la personne propre,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le refoulement,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la sublimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans pr&#233;juger de l'int&#233;r&#234;t purement informatif que peuvent pr&#233;senter les &#233;missions de t&#233;l&#233;vision ci-dessus cit&#233;es, il est peut-&#234;tre int&#233;ressant de les passer &#224; la moulinette de cette grille de lecture que nous propose S. Freud et sa m&#233;thode psychanaytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il a une pouss&#233;e &#224; regarder de telles &#233;missions ? &#192; n'en pas douter ! Ne serait-ce que parce qu'il n'y a rien d'autre &#224; regarder, justement. Y a-t-il un but ? Le but est ind&#233;niablement l'obtention d'une satisfaction, le plaisir de regarder. Y a-t-il un objet ? L'image renvoy&#233;e par la t&#233;l&#233;vision. Enfin, y a-t-il une source ? L'&#339;il, sans aucun doute ! Ce que M6 a parfaitement bien compris au travers du logo de &#034;Loft story&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels peuvent bien &#234;tre les destins d'une telle pulsion ? Le renversement dans le contraire ? Certes, alors que je pensais pouvoir me reposer et regarder tranquillement un sujet qui m'int&#233;resse &#224; la t&#233;l&#233;vision, ne voil&#224;-t-il pas que je m'&#233;nerve et que je commence &#224; zapper ? Le retournement sur la personne propre ? Bien s&#251;r, alors que je souhaitais voir et entendre les autres, n'ai-je pas tout &#224; coup envie de bondir moi-m&#234;me sur le plateau afin de m'exhiber et de faire entendre ma propre mani&#232;re de voir les choses ? Le refoulement ? Ind&#233;niablement, il m'arrive parfois de m'endormir devant l'&#233;mission... La sublimation ? La preuve : j'en fais un &#233;ditorial le lendemain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'int&#233;r&#234;t purement conscient et informatif que l'on peut retirer de ces &#233;missions, d'un point de vue strictement inconscient, il est ind&#233;niable qu'elles stimulent et d&#233;cha&#238;nent (c'est le cas de le dire) nos pulsions, c'est-&#224;-dire le &#199;a qu'il nous a fallu refouler toute la journ&#233;e. Lui donne-t-elle, pour autant, un sens ? Non, car le &#199;a &#233;tant par d&#233;finition inconscient, le sens conscient qu'elles pensent nous donner, nous est finalement de peu d'int&#233;r&#234;t pour v&#233;ritablement comprendre nos pulsions inconscientes, qu'elles semblent bien plut&#244;t reproduire &#224; l'identique, ces &#233;missions apparaissant elles-m&#234;mes comme extr&#234;mement mouvement&#233;es. Nous sommes aux antipodes de l'interpr&#233;tation analytique qui, elle, est primordiale, dans la mesure o&#249; elle est, avant tout, coupure signifiante. C'est-&#224;-dire qu'elle fait &#224; la fois coupure et, donne &#224; la fois du sens &#224; ce qui n'en avait pas jusque-l&#224; : le &#199;a. Elle donne du sens au &#199;a. Car il est bon de rappeler que, parmi les trois types de r&#233;sistances inconscientes que l'on peut classer selon les instances qui les stimulent (&#199;a, Moi, Surmoi), et que l'on rencontre dans l'inconscient, la r&#233;sistance due au &#199;a est, sans aucun doute, la pire : c'est la r&#233;p&#233;tition. Car le &#199;a r&#233;siste sans cesse &#224; la coupure, en r&#233;p&#233;tant la m&#234;me chose, les m&#234;mes pulsions, alors m&#234;me que la satisfaction n'est que partielle et la pl&#233;nitude jamais atteinte. Bien s&#251;r, nous sommes tous tent&#233;s de dire : il faut que &#199;a cesse... Que &#199;a s'arr&#234;te... &#201;teint-moi &#199;a... Mais, g&#233;n&#233;ralement, rien n'y fait ! Et l'on continu de regarder le &#199;a : vu &#224; et par la t&#233;l&#233;. Essayons plut&#244;t de nous rappeler que le terme sanscrit &#034;Nirvana&#034; peut se traduire en fran&#231;ais par &#034;Extinction&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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