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	<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
	<link>https://psychanalyste-paris.com/</link>
	<description>Psychanalyste-paris.com propose des articles et &#233;ditoriaux sur la psychanalyse et les formations de l'inconscient freudien : histoire de la naissance de la psychanalyse, d&#233;finitions de la psychanalyse freudienne et lacanienne, psychanalyse des contes de f&#233;es, consultations et formations du psychanalyste. La psychanalyse est une m&#233;thode d'investigation de l'inconscient et de ses formations : par l'analyse des r&#234;ves, des lapsus et des actes manqu&#233;s, par la rem&#233;moration et l'analyse des souvenirs infantiles, la m&#233;thode psychanalytique de la libre association et de la cure par la parole d&#233;noue progressivement les inhibitions, les sympt&#244;mes et les angoisses et nous lib&#232;re d&#233;finitivement de toutes nos souffrances psychiques.
Christophe Bormans, Psychanalyste
&#8211; 8, rue de Florence - 75008 Paris
&#8211; Secteur Nord-Ouest : 2e, 8e, 9e, 17e et 18e arrondissements de Paris
&#8211; T&#233;l. : 01 40 41 07 27
&#8211; M&#176; : Place Clichy, Europe, Rome ou Li&#232;ge
&#8211; RER ou SNCF : Gare Haussmann / Saint-Lazare</description>
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		<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
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		<title>Pinocchio : Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles</title>
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		<dc:date>2012-05-06T11:57:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Pulsions et destins des pulsions</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Toute la fabrication de Pinocchio r&#233;sume et symbolise cet acte de la p&#233;n&#233;tration du membre viril du p&#232;re dans le ventre maternel : Pinocchio est un pantin de bois, certes, mais c'est d'abord, dans le conte, un morceau de bois &#224; br&#251;ler destin&#233; &#224; &#234;tre jet&#233; &#224; la va-vite dans un po&#234;le ou dans la chemin&#233;e et qu'au dernier moment, le p&#232;re-menuisier Geppetto d&#233;cide de sauver du feu et de sculpter pour lui-m&#234;me. Si nous avons vu que l'expression &lt;i&gt;avoir un Polichinelle dans le tiroir&lt;/i&gt; signifie avoir un enfant dans le ventre, celle d'&lt;i&gt;avoir une brioche au four&lt;/i&gt; lui est &#233;quivalente et l&#8216;expression populaire sait que le four ou la chemin&#233;e sont synonymes, dans l'inconscient, du r&#233;ceptacle maternel. Ainsi, si la b&#251;che &#224; l'&#233;tat brut repr&#233;sente symboliquement et dans l'inconscient le membre viril du p&#232;re et la chemin&#233;e le r&#233;ceptacle (ou ventre maternel), ce morceau de bois d&#233;sormais sculpt&#233; et baptis&#233; Pinocchio est bien l'enfant issu d'un acte sublim&#233; &#233;chappant ainsi au feu de l'orgasme sadique et purement sexuel.&lt;br /&gt;
Le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; nous pr&#233;sente donc une th&#233;orie sexuelle de la conception et de la naissance extr&#234;mement aboutie et dans laquelle la p&#233;n&#233;tration et le r&#244;le du p&#232;re sont pleinement symbolis&#233;s et, comme tels, soumis aux yeux des jeunes spectateurs ravis.&lt;br /&gt;
En t&#233;moigne une derni&#232;re fois, &#224; la toute fin du film, l'activit&#233; manifeste du p&#232;re dans le ventre de la baleine, au moment o&#249; les thons entrent par bancs entiers dans le ventre du monstre marin. S'affairant soudain avec sa canne &#224; p&#234;che qui subitement s'arcboute et n'en peu plus de fr&#233;tiller, l'entr&#233;e des thons m&#233;taphorise manifestement l'activit&#233; sexuelle du p&#232;re et l'entr&#233;e des spermatozo&#239;des dans le ventre de la m&#232;re. De passif qu'il &#233;tait, le p&#232;re devient soudain actif et ce revirement figure magnifiquement comment l'enfant peut v&#233;ritablement anticiper le r&#244;le du p&#232;re dans le co&#239;t.&lt;br /&gt;
L'enfant comprend enfin comment il entre dans le ventre de la m&#232;re : non pas tant comme une petite graine, mais bien comme Pinocchio dans le dessin anim&#233; : c'est-&#224;-dire comme un thon-spermatozo&#239;de au bout de la canne &#224; p&#234;che du p&#232;re, spermatozo&#239;de qui sera finalement &#233;lu pour la f&#233;condation et sa rencontre avec l'ovule. Il y s&#233;journera ensuite le temps n&#233;cessaire &#224; sa maturation et le probl&#232;me sera alors d'en sortir.&lt;br /&gt;
L&#224; encore, la m&#233;taphore du bois et de la b&#251;che est pouss&#233;e jusqu'&#224; sa derni&#232;re logique. Si Pinocchio est un enfant issue d'une b&#251;che de bois qui &#233;tait pr&#233;destin&#233;e &#224; se consumer dans l'orgasme du co&#239;t au sein du ventre f&#233;cond, c'est en acceptant cet orgasme, symbolis&#233; par le feu qu'il allume dans le ventre de la baleine, que Pinocchio arrivera &#224; sortir du ventre maternel.&lt;br /&gt;
Enfin, les &#233;ternuements successifs de la baleine symbolisent bien &#233;videmment la perte des eaux, les contractions ut&#233;rines et finalement l'expulsion de l'enfant de l'ut&#233;rus maternel et la d&#233;livrance ultime. Juste un court laps de temps d'adaptation &#224; la vie extra-ut&#233;rine et d'un coup de baguette magique (de la f&#233;e bleue), le souffle de la vie anime le nouveau-n&#233; Pinocchio qui s'&#233;veille : cette fois, tout le processus du &#171; comment fait-on les enfants &#187; est symbolis&#233; du d&#233;but jusqu'&#224; la fin. L'&#233;nigme de la sphinge est magnifiquement m&#233;taphoris&#233;e par le c&#233;l&#232;bre dessin anim&#233; de Walt Disney, &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;, pour le plus grand plaisir du jeune spectateur &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Pulsions-et-destins-des-pulsions-+.html" rel="tag"&gt;Pulsions et destins des pulsions&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton79-37f5a.gif?1757670837' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Pinocchio : Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, mai 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PINOCCHIO : &#171; UN POLICHINELLE DANS LE TIROIR &#187;&lt;br /&gt;
Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; est le deuxi&#232;me dessin anim&#233; produit par le studio d'animation &lt;i&gt;Walt Disney Pictures&lt;/i&gt; en format long-m&#233;trage (classique d'animation). D'un point de vue strictement technique, le film am&#233;liore consid&#233;rablement les performances pr&#233;c&#233;dentes en mati&#232;re d'animation et, &#224; cet &#233;gard, il est consid&#233;r&#233; par Walt Disney comme son chef-d'&#339;uvre ultime. D'un point de vue commercial cependant, le succ&#232;s n'est pas au rendez-vous pour une raison bien ind&#233;pendante de la volont&#233; de son concepteur : sorti le 7 f&#233;vrier 1940 aux Etats-Unis, le succ&#232;s du film est d'embl&#233;e terni par la Seconde Guerre mondiale qui vient juste d'&#233;clater six mois plus t&#244;t. Alors m&#234;me que le vieux continent repr&#233;sente, &#224; l'&#233;poque, un peu moins de la moiti&#233; du march&#233; des Studios Disney, le film ne sortira qu'une fois la Guerre termin&#233;e dans la plupart des pays europ&#233;ens : le 22 mai 1946 en France, le 13 juin 1946 en Belgique et aux Pays-Bas, et il faudra attendre les ann&#233;es cinquante pour voir sa sortie officielle en Autriche, en Allemagne de l'Ouest et au Japon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du sc&#233;nario, l'histoire est tir&#233;e d'un conte de f&#233;e moderne, d'un monument classique de la litt&#233;rature pour enfant : &lt;i&gt;Les Aventures de Pinocchio. Histoire d'un pantin&lt;/i&gt;, &#233;crit sous son nom de plume par le journaliste et &#233;crivain italien originaire de Toscane, Carlo Collodi. En tant que personnage de fiction, Pinocchio est le digne h&#233;ritier de la tradition italienne de la Commedia dell'arte et, &#224; ce titre, le v&#233;ritable petit fr&#232;re des Arlequins et autres Polichinelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'un point de vue conscient, le dessin anim&#233; semble vanter les m&#233;rites de la famille, de l'&#233;cole, du travail et de l'amour du m&#233;tier, et semble r&#233;solument moralisateur et dou&#233; d'un esprit de conservatisme in&#233;gal&#233;, d'un point de vue psychanalytique l'histoire d&#233;veloppe largement le th&#232;me des fantasmes et des th&#233;ories sexuelles infantiles qu'il contribue &#224; consid&#233;rablement enrichir pour le plus grand plaisir du jeune spectateur avide de satisfaire son insatiable curiosit&#233;. Rappelons tout d'abord l'histoire et les personnages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HISTOIRE ET LES PERSONNAGES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un grillon qui va de foyer en foyer, raconte au spectateur l'histoire rare mais v&#233;ridique d'un souhait qui se r&#233;alise. Au beau milieu d'un d&#233;cor de carte postale, dans un singulier petit village ialien, le grillon p&#233;n&#232;tre &#224; la nuit tomb&#233;e, dans l'atelier d'un sculpteur sur bois, nomm&#233; Geppetto, vieil homme qui vit apparemment seul avec son chat, Figaro, et son poisson rouge, Cl&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au beau milieu d'un entassement d'horloges &#233;tonnantes, de surprenantes pendules, d'extraordinaires coucous, d'adorables bo&#238;tes &#224; musique et de jouets sculpt&#233;s, le vieil homme s'appr&#234;te &#224; mettre une derni&#232;re couche de peinture &#224; un pantin de bois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marionnette termin&#233;e et fier de son &#339;uvre, le vieil homme parach&#232;ve son ouvrage en lui donnant un nom : Pinocchio. Ainsi baptis&#233;, Geppetto laisse sa marionnette sur son &#233;tabli, va se coucher avec son chat et divague en allumant sa pipe : il r&#234;vasse &#224; l'air presque vivant de son pantin, se disant qu'il serait vraiment trop beau si celui-ci pouvait &#234;tre un vrai petit gar&#231;on&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le chat Figaro entrouvre la fen&#234;tre pour son ma&#238;tre, le vieil homme aper&#231;oit, dans le ciel clair de la nuit, l'&#233;toile des souhaits. S'agenouillant sur le rebord de sa fen&#234;tre, le vieillard fait alors un v&#339;u fou : celui que Pinocchio devienne un vrai petit gar&#231;on !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pleine nuit, emp&#234;ch&#233; de dormir par le bruit des nombreux tic-tacs des m&#233;caniques et horloges de l'atelier, ainsi que par les ronflements sonores du vieil homme, le grillon observe une sc&#232;ne &#233;trange : comme si l'astre des souhaits entrait par la fen&#234;tre en une longue tra&#238;n&#233;e de poussi&#232;re d'&#233;toile pour finalement venir se mat&#233;rialiser, au beau milieu de la pi&#232;ce, en une majestueuse et resplendissante f&#233;e bleue. &#201;rig&#233;e au milieu de l'atelier endormi, la bonne f&#233;e d&#233;cide de r&#233;compenser Geppetto pour sa bravoure et le bien qu'il a fait autour de lui sa vie durant, en exau&#231;ant le v&#339;u du vieil homme : d'un coup de baguette magique, elle accorde le don de la vie au charmant petit pantin de bois qui s'&#233;veille soudain comme sorti d'un profond sommeil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t anim&#233; et dou&#233; de la parole, la r&#233;alisation d&#233;finitive du v&#339;u de Geppetto est n&#233;anmoins subordonn&#233;e &#224; la conduite future de Pinocchio et, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; l'acquisition d'une bonne et solide conscience : s'il agit &#224; l'avenir de mani&#232;re brave, franche, loyale et ob&#233;issante, alors seulement il pourra un jour devenir un vrai petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devra &#224; tout moment, choisir entre la bonne et la mauvaise voie ; mais devant l'apparent caract&#232;re superficiel du raisonnement du pantin et l'embarras d'ores et d&#233;j&#224; manifeste de Pinocchio pour les questions de morale, la f&#233;e charge le grillon de devenir sa conscience, de veiller sur Pinocchio et de l'aider &#224; toujours trancher en faveur du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flatt&#233; et habill&#233; pour la circonstance comme un sous neuf et &#233;tincelant, Jiminy Cricket &#8212; puisque c'est ainsi qu'il se nomme et se pr&#233;sente &#224; la f&#233;e &#8212; devient cette gentille petite voix que personne ne veut entendre. La f&#233;e dispara&#238;t comme elle &#233;tait apparue, en faisant promettre &#224; Pinocchio de devenir un brave petit gar&#231;on et de toujours &#233;couter la voix de sa conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentant de faire la le&#231;on &#224; Pinocchio, le grillon et son &#233;l&#232;ve conviennent d'un signal : lorsque le petit gar&#231;on aura besoin de sa conscience, Pinocchio n'aura qu'&#224; siffler et Jiminy Cricket appara&#238;tra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;veill&#233; en pleine nuit par la danse du pantin et de Jiminy Cricket, Geppetto croit d'abord &#224; un mauvais r&#234;ve lorsqu'il entend la voix de Pinocchio qui lui r&#233;pond du tac au tac. L'enfant de bois raconte &#224; son p&#232;re adoptif comment la f&#233;e bleue est venue durant la nuit pour l'animer et lui donner une conscience. Geppetto pr&#233;sente Pinocchio &#224; son chat Figaro et &#224; son poisson rouge Cl&#233;o et tous se mettent &#224; danser pour f&#234;ter l'heureux &#233;v&#233;nement avant de retourner se coucher pour dormir et se reposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain matin, &#224; peine les cloches sonn&#233;es, Pinocchio doit aller &#224; l'&#233;cole comme les autres petits enfants &#171; pour apprendre des tas de choses et devenir savant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le chemin, il croise le renard Grand Coquin et le chat G&#233;d&#233;on qui s'&#233;tonnent tous deux de voir cet &#171; enfant en bois &#187; marcher sans ficelle. R&#233;fl&#233;chissant, les deux comp&#232;res flairent le bon coup en envisageant de vendre le pantin anim&#233; au marionnettiste Stromboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accostant Pinocchio, Grand Coquin et G&#233;d&#233;on lui font miroiter une grande carri&#232;re d'acteur et lui promettent succ&#232;s, applaudissements et renomm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la mise en garde de Jiminy Cricket, Pinocchio vole vers le th&#233;&#226;tre et la vie d'artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marionnette dou&#233;e de vie se donne ainsi en spectacle sans main ni ficelle, au grand &#233;tonnement des spectateurs qui affluent au spectacle de Stromboli, pour le plus grand bonheur financier du roi du marionnettiste qui engrange les pi&#232;ces d'or dans son escarcelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, Geppetto attend et s'inqui&#232;te. &#192; juste titre puisqu'au moment o&#249; Pinocchio veut retourner dormir chez son p&#232;re, Stromboli l'en emp&#234;che et l'enferme dans une cage d'oiseau qu'il cadenasse &#224; double tour et part dans une roulotte tir&#233;e par un vieux cheval vers le prochain village et un prochain spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyant Pinocchio partir en tourn&#233;e, Jiminy Cricket venu &#224; l'improviste pour lui faire ses adieux, d&#233;couvre son prot&#233;g&#233; enferm&#233;. Il se glisse dans la serrure afin de l'en lib&#233;rer, mais en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que dans la nuit noire et sous une &#233;paisse pluie battante, Geppetto, arm&#233;e d'une lanterne, hurle en vain le pr&#233;nom de son fils adoptif, la roulotte de Stromboli emm&#232;ne l'enfant de bois loin de la maison du p&#232;re aimant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assis dans leur cage, Pinocchio et Jiminy pleurent sur leur sort, mais aper&#231;oivent bient&#244;t l'&#233;toile de la f&#233;e bleue, d&#233;crivant un arc dans le ciel et s'appr&#234;tant &#224; entrer par la fen&#234;tre de la roulotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pinocchio se rappelle alors les ultimes recommandations de la f&#233;e et appr&#233;hende de lui avouer ne pas les avoir suivi. Celle-ci ne manque d'ailleurs pas de lui demander pourquoi il n'a pas &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole comme son p&#232;re lui avait demand&#233;. Pour &#233;chapper &#224; sa faute, Pinocchio commence par raconter une histoire abracadabrante &#224; la f&#233;e : s'appr&#234;tant par la meilleure des volont&#233;s &#224; aller &#224; l'&#233;cole, il en aurait &#233;t&#233; violemment emp&#234;ch&#233; par deux &#233;normes monstres effrayant qui les auraient mis de force, lui et Jiminy, l'un dans un grand sac, l'autre dans un petit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure qu'il raconte son histoire mensong&#232;re, le nez de Pinocchio s'allonge jusqu'&#224; devenir une v&#233;ritable branche de bois sur laquelle des oiseaux peuvent faire leur nid et &#233;lever leurs petits. Alors que Pinocchio jure ne dire que la v&#233;rit&#233;, la f&#233;e lui apprend qu'un mensonge en appelle toujours un autre et qu'il finit par se voir comme le nez au milieu de la figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jiminy s'&#233;tant fait l'avocat de Pinocchio, la f&#233;e pardonne pour cette fois, non sans avoir rappel&#233; que le mensonge a vite fait de faire de nous sa marionnette. D'un coup de baguette magique, le nez de Pinocchio reprend sa taille normale et la porte de la cage dans laquelle il &#233;tait enferm&#233; s'ouvre miraculeusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la bi&#232;re coule &#224; flot &#224; la &#171; Taverne du Homard rouge &#187;, o&#249; Grand Coquin et G&#233;d&#233;on, cigare &#224; la bouche, racontent comment ils ont bern&#233;s le vieux Stromboli. Les pintes se succ&#232;dent et les deux comp&#232;res complotent une nouvelle fois. Un cocher leur propose de les embaucher pour effectuer une bien sale besogne : ramasser dans tous les coins les enfants errants et les petits gar&#231;ons qui font l'&#233;cole buissonni&#232;re, afin de les embarquer pour l'&#238;le enchant&#233;e, o&#249; ils viendront former les bataillons d'une main-d'&#339;uvre bon march&#233; : &#171; Ils ne seront jamais plus des enfants &#187;. Bien qu'eux m&#234;mes effray&#233;s par cette sale besogne, Grand Coquin et G&#233;d&#233;on ne r&#233;sistent pas &#224; la perspective d'engranger de l'or &#224; pleins sacs et se mettent &#224; fureter et chercher tout ce qu'ils pourront trouver comme chair fra&#238;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, Pinocchio, plein de bonne r&#233;solution, se dirige de nouveau vers l'&#233;cole : r&#233;solu &#224; d&#233;finitivement abandonner la carri&#232;re d'acteur, il souhaite d&#233;sormais devenir savant. Sur ce chemin, il est n&#233;anmoins rattrap&#233; par la culotte, du pommeau de la canne de Grand Coquin. La course de Pinocchio vers les plus hauts sommets du monde savant patine et le docteur Grand Coquin, apr&#232;s avoir diagnostiqu&#233; une allergie au travail, recommande express&#233;ment &#224; Pinocchio des vacances au grand air : sur l'&#238;le enchant&#233;e, l&#224; o&#249; tous les jours sont sens&#233;s &#234;tre des jours de f&#234;te. Cr&#233;dule, Pinocchio part sur le champ, tandis que Jiminy Cricket assistant encore une fois impuissant &#224; l'embrigadement de son &#233;l&#232;ve, se faufile sous la roulotte du cocher qui fouette ses chevaux &#224; vive allure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Embarqu&#233; sur un bateau &#224; vapeur avec un chargement de pauvres enfants des environs ramass&#233;s de-ci de-l&#224; par l'inf&#226;me cocher, Pinocchio d&#233;barque bient&#244;t au beau milieu d'une f&#234;te foraine o&#249; tout est gratuit et o&#249; les pires vices sont permis : g&#226;teaux, bonbons, glaces, tabac et cigares sont offert &#224; volont&#233; et les bagarres et autres jeux de destruction sont ici autoris&#233;s et encourag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jiminy Cricket finit par retrouver Pinocchio dans un sombre lieu de d&#233;bauche : l'arri&#232;re-salle d'une taverne o&#249; son &#233;l&#232;ve est en train de se d&#233;vergonder en compagnie d'un mauvais gar&#231;on surnomm&#233; Crapule. Les deux &lt;i&gt;bad boys&lt;/i&gt; boivent de la bi&#232;re &#224; qui mieux-mieux, fument cigares sur cigares et jouent au billard en s'arcboutant bassement sur leurs cannes. Entendant vivre selon le dicton : &#171; on ne vit qu'une fois &#187;, Pinocchio fait une nouvelle fois la sourde oreille &#224; sa bonne conscience, tandis que Crapule r&#233;pudie Jiminy Cricket qu'il traite comme une vulgaire sauterelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le somptueux spectacle de f&#234;te laisse bient&#244;t la place &#224; la triste r&#233;alit&#233; : le d&#233;cor f&#233;&#233;rique n'&#233;tait qu'un app&#226;t pour attirer les enfants dans un pi&#232;ge et les faire travailler. Les m&#233;chants petits gar&#231;ons sont chang&#233;s en &#226;nes et ensuite envoy&#233;s sous cette forme dans les mines de sel o&#249; ils sont destin&#233;s &#224; tirer les wagonnets et servir de main-d'&#339;uvre bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jiminy Cricket qui d&#233;couvre le pot aux roses r&#233;ussit &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; &#224; sauver Pinocchio alors que la transformation en &#226;ne n'a pas encore finit d'op&#233;rer sur son &#233;l&#232;ve. Affubl&#233; de grandes oreilles et d'une queue d'&#226;ne, Pinocchio suit enfin le chemin que lui fraye Jiminy : il r&#233;ussit &#224; sortir de l'&#238;le et &#224; sauter d'un rocher escarp&#233; jusqu'en contre-bas dans l'eau froide et glac&#233;e. Apr&#232;s un magnifique plongeon, Pinocchio regagne le rivage et se r&#233;signe enfin &#224; rentrer chez son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; la maison qu'il d&#233;couvre vide, Jiminy Cricket et Pinocchio re&#231;oivent par &#171; fax c&#233;leste &#187;, le message selon lequel Geppetto est toujours en vie, mais habite dans le ventre de la baleine g&#233;ante, au fond de l'oc&#233;an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que pendant ce temps, le vieil homme est parti avec son chat Figaro et son poisson rouge Cl&#233;o &#224; la recherche de Pinocchio : s'&#233;tant malheureusement embarqu&#233;e sur l'oc&#233;an &#224; bord d'un bateau de fortune, la petite famille a &#233;t&#233; aval&#233;e par une baleine terrifiante : &lt;i&gt;Monstro&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plongeant une nouvelle fois au fond de l'oc&#233;an glac&#233;e, Pinocchio est r&#233;sign&#233; &#224; aller chercher son p&#232;re adoptif. Lest&#233;s par une lourde pierre et marchant ainsi au fond de l'eau, Pinocchio et Jiminy rencontrent poissons, hippocampes, hu&#238;tres et autres animaux marins &#224; qui ils demandent leur chemin. &#192; chaque fois, la r&#233;putation de la baleine la pr&#233;c&#232;de et tous fuient &#224; la seule prononciation du nom de &lt;i&gt;Monstro&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux amis finissent n&#233;anmoins par tomber nez &#224; nez avec l'horrible monstre marin. Celui-ci avait aval&#233; tout de go Geppetto et l'&#233;quipage de son bateau qui, au fond du ventre du monstre endormi, se meurent d&#233;sormais de faim et tentent de p&#234;cher les poissons. R&#233;ussissant &#224; se faire avaler avec un banc de thon par un Monstro soudain r&#233;veill&#233; et revigor&#233;, Pinocchio retrouve enfin son p&#232;re qui le rep&#234;che comme un thon, dans le ventre de la baleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d'&#233;mouvantes retrouvailles, le fils pr&#233;pare un plan pour s'&#233;chapper du ventre du monstre : faire un grand feu afin de faire &#233;ternuer la baleine. Tandis qu'ils s'approchent de la bouche du c&#233;tac&#233; avec un radeau de fortune pr&#233;alablement construit par Geppetto avec les restes de sa propre embarcation, la fum&#233;e commence &#224; s'&#233;chapper de l'orifice sup&#233;rieur de la baleine qui bient&#244;t rel&#226;che la petite famille dans un formidable et retentissant &#233;ternuement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ponctu&#233; d'un &#171; &#224; vos souhaits &#187; de JIminy Cricket, le radeau finit par s'&#233;chapper de la baleine qui, folle de rage replonge &#224; la recherche de la cause de ses irritations nasales et de sa sternutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les flux et les reflux provoqu&#233;s par le mammif&#232;re marin, Pinocchio regagne finalement la c&#244;te o&#249; il s'&#233;choue, naufrag&#233;, &#233;chappant d&#233;finitivement &#224; la baleine : il sauve certes son p&#232;re de la noyade, mais semble-t-il au p&#233;ril de sa propre vie, puisqu'il g&#238;t d&#233;sormais inerte sur le sable mouill&#233; du rivage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier acte de bravoure rach&#232;te n&#233;anmoins tous ses pr&#233;c&#233;dents agissements et lui vaut une fin heureuse puisque la f&#233;e, au vue de sa conduite et son attitude loyale et ob&#233;issante, l'&#233;veille en le faisant, d&#233;finitivement cette fois, un vrai petit gar&#231;on en chair et en os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film s'ach&#232;ve sur la danse de la petite famille qui c&#233;l&#232;bre le miracle de cet &#233;trange enfantement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; LES TH&#201;ORIES SEXUELLES INFANTILES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;trange enfantement &#187;, car comme nous l'avons pr&#233;c&#233;demment &#233;voqu&#233;, sous ses aspects moralistes et conservateurs, le th&#232;me principal du dessin anim&#233; de Walt Disney est, sans conteste, la curiosit&#233; sexuelle infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La curiosit&#233; sexuelle des enfants se manifeste tr&#232;s t&#244;t et, g&#233;n&#233;ralement, d&#232;s l'&#226;ge tendre de trois ans. Si &#224; cette p&#233;riode, les premi&#232;res intrigues se nouent autour de la diff&#233;rence des sexes, la recherche sexuelle infantile atteint son point culminant avec la question reine de la p&#233;riode phallique : comment fait-on les enfants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs si Pinocchio est l'h&#233;ritier direct d'Arlequin et de Polichinelle, n'est-ce pas d'abord en vertu de son pr&#233;nom ? L'expression populaire ne fait-elle pas elle-m&#234;me le lien entre ce personnage de la &lt;i&gt;commedia dell'arte&lt;/i&gt; et l'enfantement ? L'expression populaire &#171; avoir un polichinelle dans le tiroir &#187; renvoie ind&#233;niablement &#224; cette question, mais &#224; l'&#233;poque o&#249; l'enfant s'int&#233;resse aux marionnettes, il ne peut y apporter de r&#233;ponse satisfaisante en raison de son immaturation physique et psychique. Plus pr&#233;cis&#233;ment, la r&#233;ponse &#224; l'&#233;nigme du comment fait-on les enfants vient buter sur une double ignorance : celle de l'existence de l'orifice sexuel f&#233;minin (le vagin) et celle du r&#244;le f&#233;condant du liquide spermatique. Pour y rem&#233;dier, l'enfant va utiliser sa pulsion de savoir pour inventer des th&#233;ories de la conception et de l'enfantement &#224; la hauteur de son activit&#233; pulsionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pulsion de savoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La curiosit&#233; sexuelle de l'enfant se fait d'abord entendre dans cet inlassable plaisir de questionner l'adulte, qui le prend aux alentours de sa troisi&#232;me ann&#233;e : c'est la p&#233;riode des &#171; pourquoi ? &#187; Si l'adulte se lasse rapidement de r&#233;pondre et ne comprend g&#233;n&#233;ralement pas l'essence et la v&#233;ritable motivation du questionnement enfantin, la r&#233;ponse a &#233;t&#233; popularis&#233;e par une g&#233;niale publicit&#233; pour une c&#233;l&#232;bre marque de bouteilles de lait : si les questions incessantes des enfants semblent tourner en rond, c'est parce qu'&#224; la v&#233;rit&#233; elles n'en cachent qu'une seule, que celle-l&#224; ils n'osent pas poser : &#171; comment on fait les b&#233;b&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud estime d'ailleurs que la fameuse &#233;nigme qu'&#338;dipe se voit pos&#233;e aux abords de la Th&#232;bes antique &#8212; &#171; quel est l'&#234;tre qui, le matin marche sur trois pattes, le midi sur deux et le soir sur trois ? &#187; &#8212; n'est jamais, sous une forme d&#233;j&#224; d&#233;tourn&#233;e, que cette m&#234;me et unique question, l'&#233;ternelle &#233;nigme infantile, l'&#233;nigme de la sphinge : &#171; comment fait-on les enfants ? &#187; Cette question est donc bel et bien la question &#339;dipienne par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est manifestement &#224; cette toute premi&#232;re p&#233;riode de recherche et d'investigation sexuelle infantile qu'en est le jeune Pinocchio : lorsque Geppetto lui demande de dormir, Pinocchio lui demande &#171; pourquoi ? &#187; ; lorsqu'il apprend qu'il doit aller &#224; l'&#233;cole, Pinocchio demande encore &#171; pourquoi ? &#187;. Geppetto lui r&#233;pond alors que c'est &#171; pour apprendre des tas de choses et devenir savant &#187;. En bon p&#232;re, Geppetto tente de canaliser la pulsion de savoir de son fils, en l'incitant &#224; aller en classe. Au lieu de contraindre Pinocchio &#224; inhiber ou &#224; refouler cette pulsion de savoir, Geppetto invite son fils adoptif &#224; s'en servir et &#224; sublimer sa qu&#234;te incessante. Mais encore une fois, Pinocchio demande &#171; pourquoi &#187; : &#171; pourquoi &#187; il doit devenir savant et Geppetto, lass&#233;, finit par l&#226;cher l'in&#233;vitable &#171; parce que &#187; avec lequel tout parent finit par clore la conversation, pressentant la dimension infinie du questionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; encore, la v&#233;ritable question que souhaite poser l'enfant est celle de l'investigation sexuelle : comment fait-on les enfants ? D'ailleurs Pinocchio n'est pas int&#233;ress&#233; par le savoir intellectuel. Au contraire, il fait l'&#233;cole buissonni&#232;re et souhaite s'int&#233;resser &#224; ce qui se passe sur la sc&#232;ne d'un th&#233;&#226;tre de marionnette. Si l'on traduit cela dans le langage de l'inconscient : il s'agit pour Pinocchio de savoir comment et surtout sur quelle sc&#232;ne les enfants s'animent, c'est-&#224;-dire sont con&#231;us. Nous sommes bien au c&#339;ur de l'&#233;nigme de la Sphinge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi cette question devient-elle la question cruciale de la recherche sexuelle infantile ? Essentiellement parce qu'elle est nodale et se trouve &#224; la crois&#233;e des principales pr&#233;occupations de l'enfant : d'abord, l'enfant est toujours inquiet de voir survenir un autre enfant, fr&#232;re ou s&#339;ur, qui viendrait lui disputer l'amour maternel. Il s'agit-l&#224; d'un premier int&#233;r&#234;t purement &#233;go&#239;ste, int&#233;r&#234;t qui n'est qu'&#224; peine dissimul&#233; dans le film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;orie de la naissance et l'&#233;go&#239;sme infantile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est quelque peu masqu&#233;e, puisque le premier-n&#233; est en l'occurrence un animal : le chat Figaro. Cette rivalit&#233; fraternelle est d'autant plus masqu&#233;e dans le dessin anim&#233; que la premi&#232;re de ces rivalit&#233;s s'explique par un antagonisme en quelque sorte &#171; naturel &#187; avec le fr&#232;re adoptif : Cl&#233;o. Par la mise en sc&#232;ne de cet antagonisme animal entre le chat et le poisson rouge, le jeune spectateur peut symboliser plus facilement son &#233;go&#239;sme infantile, m&#234;me s'il n'en demeure pas moins qu'il s'agit bien dans ce cas d'une rivalit&#233; fraternelle entre les deux premiers-n&#233;s de Geppetto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, lorsque Geppetto trouve soudain un pr&#233;nom pour son pantin de bois, il se tourne successivement vers le chat et le poisson rouge pour obtenir leur approbation : mais le nom de Pinocchio ne pla&#238;t ni &#224; Figaro, qui fait une moue des plus d&#233;plaisantes, ni &#224; Cl&#233;o qui renvoie la m&#234;me rebuffade &#224; Geppetto. Le vieil artisan doit bien comprendre une chose : Pinocchio n'est pas le bienvenu pour ceux qui sont d&#233;j&#224; l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la fameuse sc&#232;ne de la danse, alors que Geppetto tenant les ficelles de la marionnette, fait approcher le pantin pr&#232;s du bocal de Cl&#233;o, celui-ci voit d'abord le pantin difforme sous le prisme du verre qui l'emprisonne, avant d'accepter timidement les pr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Figaro, il se prend d'embl&#233;e un coup de pied dans le derri&#232;re par le nouvel imp&#233;trant, ce qui ne le r&#233;jouit gu&#232;re, et le chat r&#233;pond d'un coup de patte qui laisse entrevoir une rivalit&#233; durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, au moment d'aller ouvrir la fen&#234;tre lors du coucher, Figaro, habituellement si ob&#233;issant et docile, boude ostensiblement son ma&#238;tre, manifestement en raison de son d&#233;sir trop ardent d'avoir un enfant. En revenant, Figaro s'empresse bien d'occuper la place dans le lit de son ma&#238;tre afin que personne ne vienne l'en d&#233;loger, malgr&#233; le v&#339;u fou de Geppetto de faire de Pinocchio un vrai petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figaro est d'ailleurs le premier inquiet et apeur&#233; lorsque Geppetto, se levant au beau milieu de la nuit, s'appr&#234;te &#224; descendre dans on atelier pour savoir d'o&#249; vient le bruit fabuleux qu'il a entendu et qui l'a r&#233;veill&#233;. On voit Figaro miauler entre les pattes de Geppetto, ne plus quitter son ma&#238;tre d'une semelle. C'est d'ailleurs Figaro que Pinocchio touche et agace en premier, jusqu'&#224; lui faire pousser un cri d'effroi qui fait tomber &#224; terre Geppetto. Le chat ne se calme que lorsque le vieux p&#232;re Geppetto laisse exploser sa joie de voir son v&#339;u r&#233;alis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc d'abord une inqui&#233;tude qui conduit le petit enfant &#224; s'int&#233;resser &#224; la question de la conception des enfants : l'inqui&#233;tude &#233;go&#239;ste de voir venir un autre enfant le d&#233;loger de son propre confort et la crainte de perdre l'amour de ses parents suite &#224; cet &#233;v&#233;nement que l'enfant &#8212; quant &#224; lui &#8212; est bien loin de qualifier d'heureux. Au contraire, c'est &#224; cette occasion qu'on le voit songeur et qu'il commence &#224; aiguiser sa perspicacit&#233; voire sa fourberie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude est &#233;go&#239;ste est tr&#232;s facile &#224; observer lorsqu'il est jeune : l'enfant a&#238;n&#233; ne fait pas de mani&#232;re pour dissimuler son hostilit&#233; manifeste &#224; l'&#233;gard de son cadet ; il demande sans d&#233;tour &#224; ce que la cigogne remporte le &#171; cadeau &#187;, ou n'h&#233;site pas &#224; dire vouloir &#233;touffer le nourrisson encore au berceau. Lorsque l'enfant est encore dans le sein maternel, l'agressivit&#233; &#224; l'&#233;gard du ventre de la m&#232;re se manifeste par une volont&#233; de donner des coups de pied ou poing dans ce &#171; punching-ball &#187; occasionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant anticipe devoir partager les soins et la vie affective que lui prodigue ses parents et voit cette naissance d'un tr&#232;s mauvais &#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; l'&#226;ge &#339;dipien (de deux-trois ans &#224; cinq-six ans), l'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard d'un nouveau-n&#233; a cependant tendance &#224; diminuer et &#224; laisser la place au d&#233;sir apais&#233; de trouver un futur compagnon de jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pinocchio : la petite graine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir comment naissent les petits fr&#232;res et les petites s&#339;urs est une question &#224; laquelle l'enfant n'est pas en mesure de r&#233;pondre &#224; l'&#226;ge de trois ou quatre ans. Il n'est pas assez d&#233;velopp&#233; ni physiologiquement (sexuellement), ni intellectuellement pour y apporter une r&#233;ponse satisfaisante. La question se r&#233;v&#232;le donc &#224; lui sous la forme d'une &#233;nigme qu'il s'efforce de r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce chemin, il met &#224; contribution toute son imagination et envisage les r&#233;ponses en fonction des pulsions auxquelles il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; confront&#233;. La pulsion orale est d'abord mise &#224; contribution. N'&#233;tant pas persuad&#233; que seules les femmes peuvent enfanter, le petit gar&#231;on ou la petite fille pense d'abord que les enfants viennent de l'absorption d'un aliment sp&#233;cifique ou d'une substance caract&#233;ristique. C'est la fameuse th&#233;orie de la petite graine que l'on mange ou que l'on donne par un baiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, soulignons que le nom de Pinocchio provient de l'italien &lt;i&gt;pinolo&lt;/i&gt;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, en vieux toscan, Pinocchio signifie &#171; pignon &#187; que l'on peut traduire par le &#171; pignolat &#187; ou &#171; pigne &#187; en proven&#231;al. C'est la fameuse graine comestible du pin parasol que l'on nomme plus couramment &#171; pignon &#187; ou pignon de pin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Pinocchio signifie-t-il petit pignon, en d'autres termes : petite graine. Par son nom m&#234;me, Pinocchio &#233;voque la th&#233;orie de la conception par la petite graine que l'on mange. Cette conception n'est pas &#233;tonnante si l'on con&#231;oit que l'enfant a &#233;t&#233; introduit &#224; l'&#233;rotisme par la t&#233;t&#233;e et donc par la bouche qui demeure longtemps encore la premi&#232;re des zones &#233;rog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c'est en mangeant ou par un baiser qu'une petite graine est mise dans le ventre de la maman, reste &#224; savoir comment le b&#233;b&#233; en sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;orie anale de la naissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ignorant le r&#244;le et l'existence du vagin et de l'ut&#233;rus, les enfants pensent tout d'abord que la naissance se fait par le derri&#232;re et plus pr&#233;cis&#233;ment par l'anus. Pour aussi extraordinaire que cela nous paraisse &#224; nous adultes, cela est pourtant tout &#224; fait logique pour l'enfant. Si on lui communique facilement que le b&#233;b&#233; se trouve dans le ventre de la maman et qu'il finit par en sortir, en toute rigueur, cela ne peut se faire que par une seule voie, un seul chemin, celui que suivent les excr&#233;ments dans le conduit intestinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne nous &#233;tonnons donc pas qu'au sortir de sa phase anale et au sommet du d&#233;veloppement de sa libido, l'enfant compare tout au caca (enfant, aliments, comportement, etc.). L'&#233;rotisme anal de l'enfant se trouve r&#233;activ&#233; par ses sp&#233;culations sur la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une th&#233;orie l&#233;g&#232;rement plus avanc&#233;e peut concevoir le nombril comme un orifice pouvant s'ouvrir sp&#233;cialement &#224; cet effet et laisser ainsi passer le petit fr&#232;re ou la petite s&#339;ur. Sans m&#234;me aller jusque-l&#224;, la simple ouverture du ventre apr&#232;s ingestion n'est une l&#233;g&#232;re variante de la th&#233;orie cloacale de la naissance. C'est d'ailleurs celle qui est &#224; l'&#339;uvre dans beaucoup de contes d'enfants, comme par exemple celui du &lt;i&gt;Loup et des sept chevreaux&lt;/i&gt; dans lequel le loup, apr&#232;s avoir mang&#233;, peut accoucher des sept chevreaux par simple incision du ventre que l'on prend ensuite soin de recoudre. Une paire de ciseaux, du fil et une aiguille et le tour est jou&#233; : la magie de la conception et de la naissance est &#224; la port&#233;e d'un petit enfant de trois ans. Ce que l'on mange par un trou ressort de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant qu'avec cette th&#233;orie, la femme perd le douloureux privil&#232;ge de l'accouchement qu'elle a pourtant bel et bien dans la r&#233;alit&#233;. Si les b&#233;b&#233;s sortent par l'anus, l'homme peut aussi bien que la femme, mettre au monde un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en venons-l&#224; &#224; l'une des questions centrales du sc&#233;nario de &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; : le r&#244;le de l'homme et sp&#233;cifiquement du p&#232;re dans la conception et la naissance d'un nouvel enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le du p&#232;re et la th&#233;orie du co&#239;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure qu'il grandit, l'enfant pressent que le r&#244;le du p&#232;re est primordial dans la conception, bien qu'il soit encore incapable de savoir quel est le r&#244;le exact que le ma&#238;tre de maison est appel&#233; &#224; tenir. La fameuse th&#233;orie de la petite graine est alors coupl&#233;e avec quelques sp&#233;culations concernant ce r&#244;le &#233;nigmatique : c'est le papa qui mettrait la petite graine dans le ventre de la maman, soit par un baiser magique, soit par un processus autre qu'il ignore encore mais qu'il commence &#224; percevoir. La th&#233;orie du baiser est tr&#232;s largement r&#233;pandue dans les contes de f&#233;es et &#8212; on l'a vu &#8212; nous pouvons facilement interpr&#233;ter le fameux baiser que le prince donne &#224; Blanche-neige comme un baiser f&#233;condateur puisque la suite de l'histoire ne le cache pas, bien au contraire : &#171; ils eurent beaucoup d'enfants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est manifestement &#224; ce stade o&#249; l'enfant se demande quel est le r&#244;le exact du p&#232;re dans la conception d'un petit fr&#232;re ou d'une petite s&#339;ur, que nous trouvons Pinocchio dans sa recherche sexuelle infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant qui pressent le r&#244;le du p&#232;re pressent &#233;galement le r&#244;le du membre viril de celui-ci. Ce r&#244;le est d'autant mieux per&#231;u que l'enfant &#8212; gar&#231;on ou fille &#8212;, sent monter l'excitation sexuelle qui ne manque pas d'accompagner son travail de recherche, laquelle excitation se manifeste indiff&#233;remment au niveau des organes g&#233;nitaux que sont le p&#233;nis ou le clitoris. Si l'enfant n'en est pas &#224; l'&#233;laboration du vagin, il commence &#224; percevoir le ventre de la m&#232;re comme le r&#233;ceptacle accueillant le membre du p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ignorance du vagin d'un c&#244;t&#233;, le pressentiment du r&#244;le du p&#232;re de l'autre, ces deux arguments font que l'enfant commence g&#233;n&#233;ralement par &#233;laborer ce que l'on appelle une conception sadique du co&#239;t, dans la mesure o&#249; sans l'organe f&#233;minin, l'enfant ne peut que saisir l'entr&#233;e du membre viril du p&#232;re comme un for&#231;age de l'entr&#233;e du ventre maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant qu'&#224; cette &#233;poque, le petit &#234;tre ne manque jamais d'entrapercevoir et d'observer avec minutie les positions respectives de son p&#232;re et de sa m&#232;re en telle ou telle circonstance : alors qu'ils se donnent un tendre baiser, au lit avant de se coucher, au repos sur le canap&#233;, etc. En rapprochant peut-&#234;tre certains &#233;clats de voix au cours de soudaines disputes (ou certains gestes d'hostilit&#233;s), de ce qu'il per&#231;oit de r&#233;alit&#233; ou de traces mn&#233;siques &#233;manant de la chambre des parents, l'enfant peut facilement r&#233;interpr&#233;ter l'acte sexuel et le co&#239;t comme un acte sadique prof&#233;rer par le p&#232;re sur la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le co&#239;t est ainsi souvent per&#231;u comme un acte que le plus fort fait subir au plus faible. Il n'est d'ailleurs pas rare &#224; cette &#233;poque, de voir l'enfant s'abandonner &#224; des impulsions qui tendent &#224; symboliser cette p&#233;n&#233;tration : percer des trous dans les murs, casser certains objets, etc., ou tout simplement les jeux de bagarres qui apportent une excitation sexuelle suppl&#233;mentaire &#224; peine masqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la fabrication de Pinocchio r&#233;sume et symbolise cet acte de la p&#233;n&#233;tration du membre viril du p&#232;re dans le ventre maternel : Pinocchio est un pantin de bois, certes, mais c'est d'abord, dans le conte, un morceau de bois &#224; br&#251;ler destin&#233; &#224; &#234;tre jet&#233; &#224; la va-vite dans un po&#234;le ou dans la chemin&#233;e et qu'au dernier moment, le p&#232;re-menuisier Geppetto d&#233;cide de sauver du feu et de sculpter pour lui-m&#234;me. Si nous avons vu que l'expression &#171; avoir un Polichinelle dans le tiroir &#187; signifie avoir un enfant dans le ventre, celle d'&#171; avoir une brioche au four &#187; lui est &#233;quivalente et l&#8216;expression populaire sait que le four ou la chemin&#233;e sont synonymes, dans l'inconscient, du r&#233;ceptacle maternel. Ainsi, si la b&#251;che &#224; l'&#233;tat brut repr&#233;sente symboliquement et dans l'inconscient le membre viril du p&#232;re et la chemin&#233;e le r&#233;ceptacle (ou ventre maternel), ce morceau de bois d&#233;sormais sculpt&#233; et baptis&#233; Pinocchio est bien l'enfant issu d'un acte sublim&#233; &#233;chappant ainsi au feu de l'orgasme sadique et purement sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; nous pr&#233;sente donc une th&#233;orie sexuelle de la conception et de la naissance extr&#234;mement aboutie et dans laquelle la p&#233;n&#233;tration et le r&#244;le du p&#232;re sont pleinement symbolis&#233;s et, comme tels, soumis aux yeux des jeunes spectateurs ravis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le p&#232;re dans le ventre de la baleine et l'expulsion finale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En t&#233;moigne une derni&#232;re fois, &#224; la toute fin du film, l'activit&#233; manifeste du p&#232;re dans le ventre de la baleine, au moment o&#249; les thons entrent par bancs entiers dans le ventre du monstre marin. S'affairant soudain avec sa canne &#224; p&#234;che qui subitement s'arcboute et n'en peu plus de fr&#233;tiller, l'entr&#233;e des thons m&#233;taphorise manifestement l'activit&#233; sexuelle du p&#232;re et l'entr&#233;e des spermatozo&#239;des dans le ventre de la m&#232;re. De passif qu'il &#233;tait, le p&#232;re devient soudain actif et ce revirement figure magnifiquement comment l'enfant peut v&#233;ritablement anticiper le r&#244;le du p&#232;re dans le co&#239;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant comprend enfin comment il entre dans le ventre de la m&#232;re : non pas tant comme une petite graine, mais bien comme Pinocchio dans le dessin anim&#233; : c'est-&#224;-dire comme un thon-spermatozo&#239;de au bout de la canne &#224; p&#234;che du p&#232;re, spermatozo&#239;de qui sera finalement &#233;lu pour la f&#233;condation et sa rencontre avec l'ovule. Il y s&#233;journera ensuite le temps n&#233;cessaire &#224; sa maturation et le probl&#232;me sera alors d'en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, la m&#233;taphore du bois et de la b&#251;che est pouss&#233;e jusqu'&#224; sa derni&#232;re logique. Si Pinocchio est un enfant issue d'une b&#251;che de bois qui &#233;tait pr&#233;destin&#233;e &#224; se consumer dans l'orgasme du co&#239;t au sein du ventre f&#233;cond, c'est en acceptant cet orgasme, symbolis&#233; par le feu qu'il allume dans le ventre de la baleine, que Pinocchio arrivera &#224; sortir du ventre maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les &#233;ternuements successifs de la baleine symbolisent bien &#233;videmment la perte des eaux, les contractions ut&#233;rines et finalement l'expulsion de l'enfant de l'ut&#233;rus maternel et la d&#233;livrance ultime. Juste un court laps de temps d'adaptation &#224; la vie extra-ut&#233;rine et d'un coup de baguette magique (de la f&#233;e bleue), le souffle de la vie anime le nouveau-n&#233; Pinocchio qui s'&#233;veille : cette fois, tout le processus du &#171; comment fait-on les enfants &#187; est symbolis&#233; du d&#233;but jusqu'&#224; la fin. L'&#233;nigme de la sphinge est magnifiquement m&#233;taphoris&#233;e par le c&#233;l&#232;bre dessin anim&#233; de Walt Disney, &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;, pour le plus grand plaisir du jeune spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; FANTASME, MASTURBATION INFANTILE ET MENACE DE CASTRATION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle qu'offre Disney reste cependant f&#233;&#233;rique et il est rare que l'enfant, au sortir de l'&#338;dipe, acc&#232;de &#224; une th&#233;orie sexuelle aussi aboutie. Aussi lorsque les recherches de l'enfant s'enlisent et ne d&#233;bouchent pas sur un r&#233;sultat aussi achev&#233;, elles laissent g&#233;n&#233;ralement derri&#232;re elles des traces, qui constituent autant de points de fixations sur lesquels la libido n'a de cesse de tenter de revenir se satisfaire. Car rappelons-le, ces recherches sont toujours accompagn&#233;es d'une grande excitation sexuelle et d'une activit&#233; masturbatoire ostensible. Le revers de la m&#233;daille donc, ce sont tous ces points d'interrogation, toutes ces questions inexpliqu&#233;es ou laiss&#233;es sans r&#233;ponses et o&#249; la libido de l'enfant reste fix&#233;e, comme en suspend. Les investigations sexuelles avort&#233;es laissent derri&#232;re ses propres avortons : c'est ce que nous appelons les fantasmes inconscients. Les fantasmes inconscients, qui sont &#224; distinguer des fantaisies conscientes, sont des &lt;i&gt;sc&#233;narii&lt;/i&gt; plastiques servant de bouche trou &#224; toute question laiss&#233;e en suspend. Ces sc&#233;narios peuvent ais&#233;ment se regrouper sous l'expression de &#171; fantasmes fondamentaux &#187;, lesquels sont au nombre de trois. Ces trois fantasmes sont magnifiquement mis en sc&#232;ne par Walt Disney dans &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; : il s'agit du fantasme de la sc&#232;ne originaire ou sc&#232;ne primitive, du fantasme de s&#233;duction et enfin du fantasme de castration, lesquels sont tous trois li&#233;s &#224; une activit&#233; masturbatoire excessive qui ne manque pas d'&#234;tre &#233;voqu&#233;e dans le dessin anim&#233; lors des deux c&#233;l&#232;bres sc&#232;nes de m&#233;tamorphose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pulsion voyeuriste et la f&#233;&#233;rie de la sc&#232;ne primitive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pulsion de savoir qui anime l'enfant entre trois et cinq ans s'accompagne la plupart du temps, d'une pulsion de voir : &#224; cet &#233;gard, les psychanalystes aiment &#224; &#233;voquer et &#233;crire cette pulsion de &lt;i&gt;savoir&lt;/i&gt; comme pulsion de &lt;i&gt;&#231;a-voir&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire : &#171; voir le &#231;a &#187;. &#192; vrai dire, l'on ne peut rigoureusement parler de pulsion s'agissant du savoir, que dans la mesure o&#249; cette qu&#234;te infantile, cette investigation sexuelle infantile, s'appuie bel et bien sur deux autres pulsions v&#233;ritables : la pulsion d'emprise (sadique) et la pulsion scopique (voyeuriste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la pulsion d'emprise, elle est ici manifeste, puisqu'il s'agit, durant tout le film, d'un enfant-marionnette, lequel souhaite justement ne plus &#234;tre sous l'emprise d'un autre, marionnettiste en l'occurrence, qui tire les ficelles, mais souhaite recouvrer l'emprise sur lui-m&#234;me. Cette volont&#233; d'emprise de l'enfant est &#233;galement manifeste dans son activit&#233; masturbatoire sur laquelle nous reviendrons bient&#244;t plus en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant maintenant de la pulsion scopique, la pulsion voyeuriste, elle est magnifiquement repr&#233;sent&#233;e et v&#233;hicul&#233;e par l'un des h&#233;ros du film : le grillon Jiminy Cricket. Jiminy Cricket, ce h&#233;ros micro-&lt;i&gt;scopique&lt;/i&gt; qui entre dans tous les foyers et scrute dans tous les recoins ; tellement petit, il peut voir sans &#234;tre vu ; tellement petit qu'il rentre dans tous les trous de serrure, comme dans la c&#233;l&#232;bre sc&#232;ne o&#249; il se bas contre les ressorts du cadenas de la cage de Pinocchio, prisonnier dans la roulotte de Stromboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lui qui, en tant que repr&#233;sentant de la pulsion scopique, va voir la fameuse sc&#232;ne de la conception de l'enfant-Pinocchio. Or que repr&#233;sente cette sc&#232;ne dans l'inconscient ? Sinon la sc&#232;ne primitive, celle du co&#239;t originaire des parents en train de concevoir l'enfant qui va na&#238;tre, l'enfant que nous allons nous-m&#234;me devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le fantasme premier de l'enfant se posant la question de l'&#233;nigme de la sphinge : ne pouvant y r&#233;pondre par la logique consciente, il finit par lui-m&#234;me &#234;tre fabriqu&#233;, dans le r&#233;el inconscient, par une sc&#232;ne dont il est lui-m&#234;me le t&#233;moin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, dans la r&#233;alit&#233;, il n'est pas rare que &#8212; dans les familles modestes notamment, o&#249; il n'est pas toujours possible d'avoir des chambres s&#233;par&#233;es pour les enfants &#8212;, l'enfant ait v&#233;ritablement &#233;t&#233; t&#233;moin de rapports sexuels entre ses parents. M&#234;me &#224; un tr&#232;s jeune &#226;ge, l'enfant peut r&#233;agir aux impressions re&#231;ues lors d'une telle sc&#232;ne et peut s'en souvenir ne serait-ce que sous la forme de traces mn&#233;siques. Ces traces peuvent ressurgir et &#234;tre r&#233;interpr&#233;t&#233;es plus tard, lors de l'observation d'actes d'accouplement entre des animaux domestiques ou des animaux de ferme. L'enfant malicieux sait en outre traquer n'importe quelle sc&#232;ne sexuelle et la r&#233;interpr&#233;ter comme sc&#232;ne primitive afin de construire son propre roman familial et r&#233;pondre &#224; la question de sa propre provenance : &#171; d'o&#249; est-ce que je viens ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, loin d'&#234;tre la conscience de l'enfant-Pinocchio, Jiminy Cricket est d'abord, dans l'inconscient, son &#339;il : il repr&#233;sente sa pulsion scopique voyeuriste, en tant que t&#233;moin oculaire de la sc&#232;ne primitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette sc&#232;ne est bien une sc&#232;ne primitive. De par sa scansion d'abord : alors que tout le monde dort, Jiminy Cricket est d&#233;rang&#233; par le bruit, saccad&#233;, des m&#233;caniques de l'atelier. Ce bruit saccad&#233;, ce rythme, nous introduit tout d'abord au rythme de l'acte sexuel, lorsque tout &#224; coup, la poussi&#232;re d'&#233;toile p&#233;n&#232;tre par la fen&#234;tre. Dans un halo de lumi&#232;re, une femme, &#224; la voix douce, et munie d'une baguette magique, effleure l'enfant de bois. La f&#233;&#233;rie de cette sc&#232;ne, par la p&#233;n&#233;tration, &#224; l'int&#233;rieur du foyer, d'une femme munie d'une baquette magique, repr&#233;sente ind&#233;niablement dans l'inconscient, l'acte du co&#239;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le chapeau d'une femme doit &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme le membre masculin, la baguette magique de la f&#233;e bleue ne doit laisser aucun doute sur le caract&#232;re viril du membre ainsi symbolis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus g&#233;n&#233;ralement, dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, l'on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La condensation de la f&#233;&#233;rie ne laisse planer aucun doute : la baguette magique symbolise le membre masculin, la poussi&#232;re d'&#233;toile figure le liquide spermatique, la p&#233;n&#233;tration dans l'int&#233;rieur du foyer repr&#233;sente l'acte &#224; proprement parler et, enfin, la f&#233;e et sa voix douce d&#233;peint &#224; merveille la m&#232;re en extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne finale du film permet d'ailleurs de correctement r&#233;interpr&#233;ter la sc&#232;ne premi&#232;re : si la sortie du ventre de la baleine symbolise la sortie du ventre maternel et la vraie naissance de Pinocchio, il devient d'autant plus &#233;vident que l'animation par le coup de baguette de la f&#233;e repr&#233;sente bien la sc&#232;ne primitive : celle o&#249; l'enfant est con&#231;u. Tout le temps du film est d'ailleurs con&#231;u comme le temps de la maturation de Pinocchio, le temps de son arriv&#233;e &#224; terme en tant qu'enfant viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; psychique fantasmatique de l'enfant lui permet d'&#233;chapper au principe de r&#233;alit&#233; et permet de compenser le renoncement au plaisir qu'impose la morale sexuelle civilis&#233;e. Cette activit&#233; fantasmatique lui permet de satisfaire les tendances sexuelles que des contraintes ext&#233;rieures lui ont tr&#232;s t&#244;t impos&#233;es de refouler et qui font d&#233;sormais retour sous la forme de fantasmes inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si ces sc&#233;narios viennent parfois se m&#234;ler &#224; des r&#234;veries diurnes (r&#234;ves &#233;veill&#233;s) qu'ils sous-tendent, ces fantasmes sont bien plus que de simples fantaisies conscientes dans la mesure o&#249; ils agissent la plupart du temps &#224; notre insu et qu'ils peuvent entrer en conflit avec notre instance morale consciente, &#224; tel point que pour se frayer un chemin, ils peuvent g&#233;n&#233;rer de la souffrance et &#234;tre synonymes de douleurs psychiques. C'est le cas, par exemple, des fantasmes de s&#233;duction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rencontre avec Grand coquin et G&#233;d&#233;on et le fantasme de la s&#233;duction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fantasmes de s&#233;ductions pr&#233;sentent tout d'abord, eux aussi, un but &#233;conomique et l&#233;gitimant : il s'agit avant tout pour l'enfant de justifier d'une activit&#233; sexuelle essentiellement auto-&#233;rotique et masturbatoire. En projetant sur l'adulte et en lui attribuant la responsabilit&#233; de l'acte sexuel, l'enfant r&#233;ussi &#224; se frayer un chemin vers une satisfaction sexuelle tout en &#233;chappant &#224; la censure : ce n'est pas lui, mais l'adulte, qui se d&#233;tourne et le d&#233;tourne du droit chemin de la morale sexuelle civilis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;misses d'un tel acte de s&#233;duction ne manquent jamais dans la r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comprenons-nous bien : il ne s'agit pas ici de nier la r&#233;alit&#233; des actes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puisqu'un certain degr&#233; de sensualit&#233; est toujours pr&#233;sent, au quotidien, dans les relations entre un enfant et un adulte. L'enfant peut ainsi se baser sur un souvenir r&#233;el pour asseoir ses r&#234;veries et fantasmes inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les cas d'introduction &#224; la sexualit&#233; par des enfants plus &#226;g&#233;s ou du m&#234;me &#226;ge sont extr&#234;mement fr&#233;quents dans la vie quotidienne infantile. Jouer au docteur, &#224; l'infirmi&#232;re, au papa et &#224; la maman, etc., que ce soit avec des camarades du m&#234;me &#226;ge ou des compagnons de jeux plus vieux, le petit fr&#232;re ou la petite s&#339;ur, des cousins ou des cousines, etc., ces jeux sensuels sont m&#234;mes les jeux les plus pris&#233;s par les enfants en pleine phase phallique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux types de s&#233;duction sont envisag&#233;s dans le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; : si Grand Coquin et G&#233;d&#233;on apparaissent bien plus sous les traits de grands enfants (grands fr&#232;res protecteurs m&#234;me), Stromboli et le cocher repr&#233;sentent la s&#233;duction par des adultes peu scrupuleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car on reconna&#238;t bien s&#251;r tout d'abord le motif du fantasme de s&#233;duction et d'introduction &#224; l'interdit dans le motif de la rencontre avec le renard Grand Coquin et le chat G&#233;d&#233;on. Ce sont eux qui vont tout d'abord d&#233;tourner Pinocchio du droit chemin afin de l'introduire &#224; la sc&#232;ne th&#233;&#226;trale dont on a vu qu'elle &#233;tait elle-m&#234;me la m&#233;taphore de la sc&#232;ne primitive. Ce sont eux, surtout, qui vont conduire Pinocchio au cocher et, partant, &#224; l'&#238;le enchant&#233;e, l&#224; o&#249; tous les plaisirs sont permis, entendons, dans l'inconscient : &lt;i&gt;libido illimited&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, par ces fantasmes fondamentaux et motifs fantasmatiques secondaires, l'enfant &#233;chappe au principe de r&#233;alit&#233; et acc&#232;de &#224; une satisfaction auto-&#233;rotique imm&#233;diate&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;cisons que plus tard, lorsque dans la vie adulte la libido ne trouve plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et accompagne une activit&#233; masturbatoire qui ne peut &#234;tre occult&#233;e. Celle-ci est d'ailleurs magnifiquement repr&#233;sent&#233;e dans ce qui constitue peut-&#234;tre le point d'orgue du dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Masturbation infantile, menace de castration et fantasme de fustigation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tous les objets qui s'allongent, comme le parapluie, la cane &#224; p&#234;che, le stylo-bille, le cran-d'arr&#234;t, etc., repr&#233;sentent dans la symbolique des r&#234;ves et dans l'inconscient, l'&#233;rection du membre masculin, allons droit au but : le nez de Pinocchio, loin de trahir un mensonge, trahit bien plut&#244;t son &#233;rection et, partant, son activit&#233; masturbatoire. Il en va d'ailleurs de m&#234;me des oreilles et de la queue d'&#226;ne qui lui poussent soudain au beau milieu de l'&#238;le enchant&#233;e ; ne dit-on pas d'ailleurs : &#171; &#234;tre mont&#233;e comme un &#226;ne &#187; ou &#171; bander comme un &#226;ne &#187; pour parler d'une solide &#233;rection ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au nid d'oiseau, qui appara&#238;t au bout de la branche en laquelle le nez de Pinocchio est transform&#233;e, et dans lequel sont deux petits oisillons piaffant, il trahit tout simplement le motif de l'activit&#233; masturbatoire, qui est toujours le m&#234;me : &#171; comment fait-on les enfants ? &#187;, en d'autres termes il s'agit encore une fois de curiosit&#233; sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adulte d&#233;couvre toujours, d'une mani&#232;re ou d'une autre, l'activit&#233; masturbatoire de l'enfant. Surtout celle du petit gar&#231;on qui, la plupart du temps, a du mal &#224; dissimuler son activit&#233; et n'h&#233;site pas &#224; tripoter ind&#233;cemment son organe au nez et &#224; la barbe de tous. D'ailleurs, au d&#233;but de son activit&#233;, il ne sait pas encore que c'est l&#224; une excitation qu'il doit cacher. Les parents ou les adultes qui en sont les spectateurs ne manquent pas de lui faire quelques observations sur cette pratique qu'ils jugent ind&#233;cente. Ces mises en garde, m&#234;me si elle ne sont pas, la plupart du temps, suivies d'une menace v&#233;ritable d'amputation du membre ou de la main coupable, valent bient&#244;t pour telle dans l'inconscient. De la m&#234;me mani&#232;re que l'enfant qui suce son pouce se voit menac&#233; de l'amputation du doigt fautif, l'enfant qui joue ind&#233;cemment avec son organe se voit menac&#233; (par d&#233;placement) de l'amputation de celui-ci. Si c'est la m&#232;re qui prof&#232;re l'avertissement, elle manque rarement de se r&#233;f&#233;rer &#224; un tiers (p&#232;re ou m&#233;decin) qui viendrait ex&#233;cuter la castration redout&#233;e. Tel le mensonge qui grandit jusqu'&#224; ce qu'il se voit comme le nez au milieu de la figure, l'activit&#233; onaniste ne manque jamais d'&#234;tre d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le film, la f&#233;e bleue joue ind&#233;niablement le r&#244;le de cette m&#232;re qui surprend Pinocchio en pleine activit&#233; interdite, bien que la r&#233;primande soit ici mise en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste de cette op&#233;ration se retrouve, encore une fois, sous la forme d'un fantasme : le fantasme de castration ou de fustigation par le p&#232;re. La menace se retrouve &#233;voqu&#233;e &#224; plusieurs endroits du dessin anim&#233; : c'est d'abord la menace de redevenir du bois br&#251;l&#233; dans la roulotte de Stromboli. Stromboli le gitan, le juif, Stromboli le &#171; mangeur d'enfants &#187; : c'est encore une fois ici l'image d'Ouranos, le p&#232;re de la horde, immortalis&#233; par Goya en train de d&#233;vorer ses enfants. C'est ensuite la menace d'&#234;tre d&#233;sint&#233;gr&#233; et transform&#233; en &#226;ne par le cocher de l'&#238;le enchant&#233;e, qui r&#233;uni son monde &#224; la &#171; Taverne du Homard rouge &#187;, qui arbore sur son enseigne de superbes pinces &#233;voquant l'op&#233;ration tant redout&#233;e. C'est enfin, subtilement distill&#233; &#224; plusieurs reprises dans le dessin anim&#233; de Disney, la menace d'&#234;tre battu par le p&#232;re qui surgit de l'horloge, en lieu et place d'un coucou, et qui pr&#233;sente une sc&#232;ne o&#249; un enfant re&#231;oit une fess&#233;e &#224; califourchon sur les genoux du bon p&#232;re de famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici au c&#339;ur du dernier fantasme fondamental, dont la c&#233;l&#232;bre m&#233;tamorphose scopique se d&#233;cline sous le fameux fantasme d'assister &#224; une sc&#232;ne o&#249; un enfant est battu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; On bat un enfant &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observant que ce fantasme est facilement avou&#233; et se retrouve tr&#232;s fr&#233;quemment dans les r&#233;cits des souvenirs infantiles de ses patients, Freud d&#233;couvre bient&#244;t que l'&#233;vocation d'une telle sc&#232;ne est li&#233;e &#224; des sensations voluptueuses et conduit tr&#232;s souvent &#224; une activit&#233; masturbatoire intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est g&#233;n&#233;ralement &#224; l'&#226;ge de cinq ou six ans, notamment &#224; partir du d&#233;but de la p&#233;riode scolaire, que ces fantasmes de fustigation fleurissent, l'enfant &#233;tant tr&#232;s probablement excit&#233; par des sc&#232;nes o&#249; un camarade d'&#233;cole est battu par l'instituteur. En outre, toute une s&#233;rie de livres appartenant &#224; une litt&#233;rature s'adressant sp&#233;cifiquement &#224; la jeunesse, mettent en sc&#232;ne de tels fantasmes : c'est le cas par exemple de &lt;i&gt;La Case de l'oncle Tom&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;Malheurs de Sophie&lt;/i&gt; et de bon nombre d'ouvrages de la Biblioth&#232;que rose mettant en sc&#232;ne des enfants d&#233;gourdis et quelques peu effront&#233;s &#233;lev&#233;s dans des milieux o&#249; une &#233;ducation s&#233;v&#232;re n'h&#233;site pas &#224; avoir recours aux ch&#226;timents corporels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menant son enqu&#234;te, Freud d&#233;couvre que ce fantasme se d&#233;compose en trois phases, alternativement sadique et masochiste, o&#249; l'enfant observe le p&#232;re battre un enfant rival, puis fantasme d'&#234;tre lui-m&#234;me battu par le p&#232;re, avant d'&#233;prouver un plaisir sadique &#224; voir un enfant quelconque battu par un quelconque repr&#233;sentant de l'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, la source d'un tel fantasme se trouve dans l'anticipation de la rivalit&#233; et de la jalousie fraternelle &#224; l'&#233;gard d'un fr&#232;re (ou d'une s&#339;ur) qui viendrait soudain ravir l'amour des parents &#224; l'a&#238;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut lire en creux de ce fantasme et entendre &#224; demi-mots dans cette sc&#232;ne, c'est la phrase grammaticale ou le phras&#233; logique suivant : &#171; Papa n'aime pas cet autre enfant, il n'aime que moi &#187;. On peut facilement y lire, sous forme invers&#233;e, une v&#233;ritable d&#233;claration d'amour pour le p&#232;re et voir poindre ainsi un fort &#233;rotisme incestueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propre du sc&#233;nario fantasmatique &#233;tant de proposer au spectateur de jouir et d'occuper tous les r&#244;les du sc&#233;nario, l'enfant peut jouir de mani&#232;re sadique de l'humiliation impos&#233;e en public &#224; son rival, ou de mani&#232;re masochiste en s'identifiant &#224; l'enfant puni par culpabilit&#233; de son amour incestueux pour le p&#232;re : ce dernier motif reste alors refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'amour pour le p&#232;re et l'&#338;dipe dit &#171; invers&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est bien cet amour du p&#232;re qui est mis en sc&#232;ne dans le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;. Cet amour du p&#232;re, qui doit rester cach&#233; pour son motif incestueux et sa composante hautement &#233;rotique : car si l'on r&#233;fl&#233;chit, c'est bien Pinocchio, finalement, qui en &#233;tant bon petit gar&#231;on, donne un enfant au p&#232;re. Nous aboutissons l&#224; au d&#233;veloppement dernier de la th&#233;orie du co&#239;t et de la naissance o&#249; l'enfant est lui-m&#234;me tous les personnages du co&#239;t fantasm&#233; de la sc&#232;ne primitive : le membre viril du p&#232;re sous la forme du morceau de bois brut qui sera sculpt&#233; ; dans son propre r&#244;le, l'enfant qui va na&#238;tre ; enfin la m&#232;re qui va enfanter pour donner l'enfant au p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;sormais temps de pr&#233;ciser que le complexe d'&#338;dipe offre &#224; l'enfant deux possibilit&#233;s de satisfaction : l'une masculine et l'autre f&#233;minine. Comme nous l'avons vu avec &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, la voie classique pour l'enfant m&#226;le est d'entrer en rivalit&#233; avec le p&#232;re afin de gagner la m&#232;re ; mais le petit gar&#231;on peut &#233;galement envisager parall&#232;lement de se mettre &#224; la place de la m&#232;re afin de se faire aimer par le p&#232;re. Freud parle alors de complexe d'&#338;dipe invers&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), La Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons cependant que la r&#233;solution et la disparition du complexe d'&#338;dipe invers&#233; est identique &#224; celle du complexe positif. &#192; la suite de la menace de castration, corrobor&#233;e par la constatation de l'absence de p&#233;nis de la m&#232;re, le petit gar&#231;on m&#232;ne toujours le m&#234;me raisonnement : si la satisfaction &#339;dipienne doit se payer par l'amputation du p&#233;nis, l'int&#233;r&#234;t narcissique qu'il porte &#224; cette partie de son anatomie le pousse &#224; refouler l'investissement libidinal qu'il porte &#224; l'objet parental, quel qu'il soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que, dans le film, la f&#233;e bleue est munie d'une baguette magique et qu'&#224; son stade, Pinocchio n'est pas encore pr&#234;t &#224; accepter la diff&#233;rence des sexes. Tout au plus il s'y pr&#233;dispose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;nigme du p&#232;re : &#171; P&#232;re ne vois-tu pas que je br&#251;le ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessin anim&#233; Pinocchio pose, en m&#234;me temps que l'&#233;nigme de la sphinge, l'&#233;nigme du p&#232;re. Qu'est-ce qu'un p&#232;re ? Freud pose magnifiquement cette question &#233;nigmatique dans son &lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, d&#232;s l'ann&#233;e 1900, sous la forme d'un r&#234;ve qu'il baptise : &lt;i&gt;le r&#234;ve de l'enfant qui br&#251;le&lt;/i&gt;. Or il se trouve que le sc&#233;nario original de Pinocchio met en sc&#232;ne de mani&#232;re on ne plus fid&#232;le ce r&#234;ve fondateur. Le r&#234;ve original est le suivant : alors qu'il veille le cadavre de son enfant d&#233;c&#233;d&#233; des suites d'une longue maladie infantile, un p&#232;re r&#234;ve que son fils bien-aim&#233; se l&#232;ve, vient aupr&#232;s de lui et lui tire le bras en lui murmurant pleins de reproches : &#171; P&#232;re, ne vois&#8209;tu donc pas que je br&#251;le ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;veillant, le p&#232;re observe au m&#234;me moment qu'un des cierges qui entouraient le lit du d&#233;funt, s'est renvers&#233; et br&#251;le les draps du lit de mort et menace d'embraser un bras de la d&#233;pouille mortuaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, c'est le feu qui a r&#233;veill&#233; le p&#232;re, &#233;puis&#233; d'avoir, des jours et des nuits durant, veill&#233; aupr&#232;s de son fils agonisant de sa longue maladie ; mais si le motif du r&#233;veil est &#233;vident, le r&#234;ve, lui, reste &#233;nigmatique. En d'autres termes, l'on ne saurait confondre le motif du r&#233;veil avec celui du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, le r&#234;ve &#233;tant d'abord et avant tout l'accomplissement d'un d&#233;sir inconscient, celui-ci prolonge un moment la vie de l'enfant, tout comme le r&#234;ve fou de Geppetto anime le morceau de bois jusque-l&#224; inerte au beau milieu de l'atelier du sculpteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parall&#232;le avec le dessin anim&#233; de Walt Disney est frappant : Pinocchio, la b&#251;che de bois, destin&#233; &#224; &#234;tre br&#251;l&#233; et sans cesse menac&#233; de l'&#234;tre (par Stromboli notamment), se substitue ais&#233;ment &#224; l'enfant hallucin&#233; vivant qui br&#251;le aupr&#232;s du p&#232;re endormi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le dessin anim&#233; n'est-il finalement qu'un r&#234;ve ? Ou bien tout le r&#234;ve mis en sc&#232;ne par le dessin anim&#233; nous pr&#233;sente-t-il le d&#233;sir inconscient &#224; l'&#233;tat pur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de m&#234;me qu'en tant que r&#234;veur, nous sommes tous les personnages du r&#234;ve, en tant que spectateur, nous sommes tous les personnages du dessin anim&#233;. Tout comme le p&#232;re qui r&#234;ve est lui-m&#234;me l'enfant qui pose la question &#233;nigmatique : &#171; P&#232;re, ne vois-tu pas que je br&#251;le ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Br&#251;ler, c'est bien s&#251;r ici, br&#251;ler de d&#233;sir : br&#251;ler du d&#233;sir du p&#232;re. Voil&#224; l'&#233;nigme que pr&#233;sente le r&#234;ve : quel est le d&#233;sir du p&#232;re ? &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; met donc ici magnifiquement en sc&#232;ne l'une des questions majeures de l'inconscient et de la psychanalyse, la question du d&#233;sir et de la loi, c'est-&#224;-dire la question du p&#232;re : qu'est-ce qu'un p&#232;re ? Ou quel est ce d&#233;sir qui m'a un jour donn&#233; vie et qui, toujours, quelque part en moi, m'anime encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les d&#233;placements m&#233;tonymiques des questions-r&#233;ponses propos&#233;es et envisag&#233;es par l'enfant semblent sans fin, l'important ici, est qu'au bout du film, le jeune spectateur aura jou&#233; tous les r&#244;les et tous les personnages, et qu'il sera ainsi d'autant plus disposer &#224; proposer un jour &#224; cette question inconsciente des m&#233;taphores venant pleinement satisfaire sa curiosit&#233; sexuelle d&#233;sormais sublim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La curiosit&#233; (sexuelle) est-elle un vilain d&#233;faut ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus que le mensonge, c'est bien la curiosit&#233; sexuelle et la masturbation qui sont mises en sc&#232;ne dans &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;. Le petit enfant de bois (n'est donc pas si de bois que &#231;a), n'est pas tant puni pour avoir menti que pour avoir &#233;t&#233; curieux : sexuellement curieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Freud le soulignait en son temps, malgr&#233; toute leur bonne volont&#233;, les enfants n'arrivent pas &#224; croire &#224; la th&#233;orie de la cigogne. Pour cette question d'importance cruciale qu'est l'&#233;nigme de la conception, nos petites t&#234;tes blondes &#233;prouvent bien vite qu'ils sont bern&#233;s et tromp&#233;s par les r&#233;ponses qu'on leur sugg&#232;re. Aussi s'efforcent-ils d'obtenir par eux-m&#234;mes, en &#233;chafaudant leurs th&#233;ories sexuelles successives, les secrets de la recette que les adultes semblent garder par devers eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tiraill&#233;s entre, d'une part, les r&#233;ponses propos&#233;es par les grandes personnes &#8212; l&#233;gitim&#233;es qu'elles sont par leur autorit&#233; d'adultes qu'ils savent devoir respecter &#8212; et, d'autre part, le peu de cr&#233;dit qu'ils leur accordent effectivement (auquel s'ajoute la p&#233;nible impression de se sentir bern&#233;s), les enfants &#233;prouvent &#224; cette occasion le noyau de leur premier v&#233;ritable conflit psychique. Cas de conscience d'autant plus motiv&#233;, que leurs pulsions sexuelles et la satisfaction de leur libido est en jeu. C'est bien ce &#171; cas de conscience &#187; qui est le ressort dramatique du dessin anim&#233; de Walt Disney, o&#249; Pinocchio loin d'accepter les r&#233;ponses pr&#233;m&#226;ch&#233;es et le savoir qu'on lui propose par la voie scolaire, pr&#233;f&#232;re faire l'&#233;cole buissonni&#232;re et se forger seul sa propre opinion. Si ce chemin pr&#233;sente le risque ind&#233;niable d'un isolement de l'enfant, il m&#232;ne &#233;galement s'il est bien n&#233;goci&#233;, au d&#233;veloppement d'une activit&#233; intellectuelle &#233;panouie et contribue &#224; forger l'ind&#233;pendance de l'enfant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, l'on peut consid&#233;r&#233; que tous les objets ou outils en longueur, cannes, piques, morceaux de bois, veulent repr&#233;senter le membre masculin. (Cf. Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 280-317).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comprenons-nous bien : il ne s'agit pas ici de nier la r&#233;alit&#233; des actes de p&#233;dophilie et condamnables p&#233;nalement ; cela rel&#232;ve du juridique et n'entre nullement dans le cadre des fantasmes inconscients que nous abordons ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;cisons que plus tard, lorsque dans la vie adulte la libido ne trouve plus &#224; s'exprimer, celle-ci, par voie de r&#233;gression, retrouve le chemin de ces voies anciennes de satisfaction et de d&#233;charge. Si les formations inconscientes et morales de l'adulte n'admettent plus ces modes de satisfaction infantiles de la libido, celle-ci entre alors en conflit avec le moi et les objets et sc&#233;narios imaginaires doivent alors &#234;tre sans cesse refouler dans l'inconscient. L'&#233;nergie psychique est occup&#233;e &#224; lutter contre ces retours du refoul&#233; et des formations de compromis, appel&#233;s sympt&#244;mes, doivent t&#244;t ou tard appara&#238;tre afin de laisser la libido s'exprimer sous une forme d&#233;tourn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, in &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome VI, n&#176; 3-4, &#201;d. Deno&#235;l et Steele, Paris 1933, pp. 274-275.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 120.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Pinocchio : Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, mai 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Narcissisme et &#233;change</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Narcissisme-et-echange.html</link>
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		<dc:date>2009-01-23T03:29:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Pulsions et destins des pulsions</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Chacun conna&#238;t en outre, la fi&#232;vre collectrice, qui prend les enfants dans les cours d'&#233;coles primaires. Collectionner (c'est-&#224;-dire &#233;conomiser) et troquer (c'est-&#224;-dire &#233;changer), constituent v&#233;ritablement les premiers pas d'une activit&#233; &#233;conomique qui pourra devenir par la suite florissante. Cailloux, billes ou boutons, sont autant de pi&#232;ces primitives, c'est-&#224;-dire de monnaie en tant qu'elle satisfait enti&#232;rement aux trois principes fondamentaux mis en &#233;vidence par l'&#233;conomie politique : instrument de r&#233;serve de valeur et unit&#233; de compte (collection), et moyen d'&#233;change (troc).&lt;br /&gt;
Le caract&#232;re libidinal et jouissif de la pulsion anal infantile a progressivement &#233;t&#233; refoul&#233;, sublim&#233; ou id&#233;alis&#233; dans l'inconscient, au fur et &#224; mesure que s'est affirm&#233; le principe de r&#233;alit&#233;. Ne reste plus que la derni&#232;re &#233;tape : la transformation de ces monnaies primitives en pi&#232;ces et billets.&lt;br /&gt;
Quant aux cartes &#224; jouer et &#224; collectionner, qui ne semblaient gu&#232;re &#224; la mode du temps de Ferenczi, mais qui sont aujourd'hui si r&#233;pandues et estim&#233;es dans les cours de r&#233;cr&#233;ation, elles sont progressivement &#233;chang&#233;es contre des papiers monnaie, des livrets de caisse d'&#233;pargne, et plus tard, des actions ou autres obligations (SICAV, Bons du Tr&#233;sor, etc.). Ainsi, les produits et les march&#233;s financiers qui n'en finissent pas de se multiplier selon un pur principe de r&#233;alit&#233;, sont-ils dans l'inconscient, attach&#233;s au pur principe de plaisir et &#233;manent de la joie de le poss&#233;der qui a sa source la plus profonde et la plus f&#233;conde dans la coprophilie. La question de savoir si, dans ce floril&#232;ge d'&#233;changes, la pulsion anale est effectivement sublim&#233;e ou si, au contraire, l'objet de cette pulsion narcissique est simplement id&#233;alis&#233;, reste quant &#224; elle, dans le contexte actuel, plus que jamais pos&#233;e. &#187; (Christophe Bormans, &#171; Narcissisme et &#233;change &#187;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton1-0e085.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'objet de cette contribution est pr&#233;cis&#233;ment d'&#233;tudier la forme que prennent les &#233;changes dans l'inconscient et de pr&#233;senter la structure particuli&#232;re que prend cette &#233;conomie particuli&#232;re qu'est l'&#233;conomie psychique de l'inconscient freudien. Nous pr&#233;senterons d'abord, dans une premi&#232;re partie, la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des pulsions qu'a esquiss&#233;e Freud au cours de ses nombreux &#233;crits techniques puis, dans une seconde partie plus pratique ou clinique, nous illustrerons &#224; l'aide de l'exemple de la pulsion anale, comment le ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;change lui-m&#234;me, peut &#234;tre envisag&#233; par la psychanalyse comme une formation de l'inconscient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Narcissisme et &#233;change&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que la civilisation, sinon une s&#233;rie sans fin de substitutions, un remplacement incessant de certains int&#233;r&#234;ts, de certaines id&#233;es et tendances par d'autres ? &#187;. Telle &#233;tait la question par laquelle commen&#231;ait le c&#233;l&#232;bre article d'Ernest Jones, psychanalyste et traducteur officiel de l'&#339;uvre du ma&#238;tre de Vienne dans la langue de Shakespeare, sur &#171; La th&#233;orie du symbolisme &#187; (&lt;i&gt;Th&#233;orie et pratique de la psychanalyse&lt;/i&gt;, Payot, Paris, 1969, p. 82). Pour une meilleure compr&#233;hension de notre propos, nous pouvons r&#233;sumer ce point de vue, &#224; la formule suivante : qu'est-ce que la civilisation, sinon une s&#233;rie sans fin d'&#233;changes ? Si l'anthropologie et l'&#233;conomie politique ont coutume d'&#233;tudier les diff&#233;rentes formes qu'ont pris les &#233;changes au cours de l'&#233;volution des civilisations, la psychanalyse quant &#224; elle, s'int&#233;resse &#224; la mani&#232;re dont l'enfant &#233;change progressivement ses centres d'int&#233;r&#234;ts primitifs vers des centres d'int&#233;r&#234;ts dits plus civilis&#233;s et, surtout, ce qu'il en est advenu, une fois arriv&#233; au stade adulte. Pour rendre compte des processus inconscients, la m&#233;taphore &#233;conomique nous appara&#238;t ici d'un grand int&#233;r&#234;t pratique. S. Freud lui-m&#234;me en a d'ailleurs fait un large usage en de nombreuses occasions, notamment en 1917, au moment de forger sa seconde topique. Dans son article &#171; Sur les transpositions de pulsions &#187;, il souligne en effet, combien dans les formations de l'inconscient (r&#234;ves, sympt&#244;mes, actes manqu&#233;s, fantasmes, etc.), les concepts et symboles inconscients &#171; s'&#233;changent &#187; les uns contre les autres et forment ainsi une v&#233;ritable &#233;conomie inconsciente : &#171; En nous exprimant ainsi, prend-il imm&#233;diatement le soin de pr&#233;ciser, nous savons bien que nous transf&#233;rons &#224; tort, sur l'inconscient, des d&#233;signations qui sont utilis&#233;es pour d'autres domaines de la vie psychique et que nous nous laissons entra&#238;ner par l'avantage qu'une comparaison peut apporter. R&#233;p&#233;tons aussi dans une forme absolument irr&#233;cusable que ces &#233;l&#233;ments sont fr&#233;quemment trait&#233;s dans l'inconscient comme s'ils &#233;taient &#233;quivalents les uns aux autres et comme s'ils pouvaient se substituer sans inconv&#233;nient les uns aux autres &#187; (&#171; Sur les transpositions de pulsions plus particuli&#232;rement dans l'&#233;rotisme anal &#187;, [1917], &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1969, pp. 107-108).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de cette contribution est pr&#233;cis&#233;ment d'&#233;tudier la forme que prennent les &#233;changes dans l'inconscient et de pr&#233;senter la structure particuli&#232;re que prend cette &#233;conomie particuli&#232;re qu'est l'&#233;conomie psychique de l'inconscient freudien. Nous pr&#233;senterons d'abord, dans une premi&#232;re partie, la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des pulsions qu'a esquiss&#233;e Freud au cours de ses nombreux &#233;crits techniques puis, dans une seconde partie plus pratique ou clinique, nous illustrerons &#224; l'aide de l'exemple de la pulsion anale, comment le ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;change lui-m&#234;me, peut &#234;tre envisag&#233; par la psychanalyse comme une formation de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I - Narcissisme et destin du narcissisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on admet que l'inconscient est le lieu des pulsions, l'on doit &#233;galement comprendre que toute pulsion, en tant que repr&#233;sentante de l'&#233;nergie psychique inconsciente, la libido, est soumise &#224; un double principe : le principe de plaisir et le principe de r&#233;alit&#233;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, en tant qu'&#234;tre parlant, nous cherchons tous &#224; concilier le principe de r&#233;alit&#233; et le principe de plaisir. Nos repr&#233;sentations infantiles originaires sont progressivement &#233;chang&#233;es contre des repr&#233;sentations conforment au principe de r&#233;alit&#233;, mais nous n'abandonnons pas pour cela l'objectif de conserver et de satisfaire, au principe de plaisir. Devant ce dilemme, cet impossible, l'inconscient est le lieu o&#249; sont refoul&#233;es ces repr&#233;sentations repr&#233;sentantes du principe de plaisir que l'on peut qualifier ce faisant, d'originelles. Comme Freud le souligne, dans une formulation ambigu&#235; qui aura fait couler beaucoup d'encre : &#171; les traits de caract&#232;re qui demeurent sont soit la continuation inchang&#233;e des pulsions originaires, soit la sublimation de celles-ci, soit des formations r&#233;actionnelles contre ces pulsions &#187; (&lt;i&gt;Caract&#232;re et &#233;rotisme anal&lt;/i&gt;, 1908).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien comprendre ces trois destins fondamentaux de nos pulsions, il est tout d'abord n&#233;cessaire dans un premier temps d'&#233;tudier, les pulsions elles-m&#234;mes, et notamment la premi&#232;re d'entre elles, que Freud nous pr&#233;sente sous l'hypoth&#232;se d'un narcissisme primaire de l'enfant, narcissisme qui va profond&#233;ment influencer tout le d&#233;veloppement du moi et de la personnalit&#233; de chacun d'entre nous : &#171; le d&#233;veloppement du moi consiste &#224; s'&#233;loigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense &#224; recouvrer ce narcissisme &#187; (&#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, [1914], &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1969, p. 104).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud a &#233;tudi&#233; le narcissisme en 1914 et il n'y reviendra jamais aussi clairement par la suite. Dans ce texte superbe, Freud pr&#233;sente tout d'abord l'&#234;tre humain, comme n'ayant que deux objets sexuels originaires : lui-m&#234;me et la femme qui lui donne ses soins. Ainsi, on aime, nous dit Freud, selon le type narcissique ou selon le type par &#233;tayage. Selon le type narcissique, on aime &#171; ce que l'on est soi-m&#234;me &#187;, &#171; ce que l'on a &#233;t&#233; soi-m&#234;me &#187;, &#171; ce que l'on voudrait &#234;tre soi-m&#234;me &#187;, ou encore &#171; la personne qui a &#233;t&#233; une partie du propre soi &#187;. Selon le type par &#233;tayage, on aime &#171; la femme qui nourrit &#187; ou &#171; l'homme qui prot&#232;ge &#187; et, partant, &#171; les lign&#233;es de personnes substitutives qui en partent &#187; (&#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, [1914], &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1969, p. 96).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le fait que l'&#234;tre humain se prenne lui-m&#234;me comme objet sexuel originaire ne va pas de soi. Cette hypoth&#232;se d'un narcissisme primaire, Freud la fonde en observant d'une part, la capture imaginaire que l'enfant exerce sur l'adulte et, d'autre part, la capture imaginaire que l'adulte projette sur l'enfant. En ce qui concerne la premi&#232;re observation, Freud la d&#233;crit tr&#232;s po&#233;tiquement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il appara&#238;t en effet avec &#233;vidence que le narcissisme d'une personne d&#233;ploie un grand attrait sur ceux qui se sont dessaisis de toute la mesure de leur propre narcissisme et sont en qu&#234;te de l'amour d'objet ; le charme de l'enfant repose en bonne partie sur son narcissisme, le fait qu'il se suffit &#224; lui-m&#234;me, son inaccessibilit&#233; ; de m&#234;me le charme de certains animaux qui semblent ne pas se soucier de nous, comme les chats et les grands animaux de proie ; et m&#234;me le grand criminel et l'humoriste forcent notre int&#233;r&#234;t, lorsque la po&#233;sie nous les repr&#233;sente, par ce narcissisme cons&#233;quent qu'ils savent montrer en tenant &#224; distance de leur moi tout ce qui les diminuerait. C'est comme si nous les envions pour l'&#233;tat psychique bienheureux qu'ils maintiennent, pour une position de libido inattaquable que nous avons nous-m&#234;mes abandonn&#233;e par la suite &#187; (&#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, [1914], &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1969, p. 94).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la capture imaginaire que l'adulte exerce sur l'enfant, Freud l'observe au travers de l'amour et des d&#233;sirs insatisfaits que les parents projettent sur leurs propres enfants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le narcissisme primaire de l'enfant, dont nous avons suppos&#233; l'existence et qui constitue l'une des pr&#233;suppositions de nos th&#233;ories sur la libido, est moins facile &#224; saisir par l'observation directe qu'&#224; confirmer par un raisonnement r&#233;current &#224; partir d'autre point. Si l'on consid&#232;re l'attitude de parents tendres envers leurs enfants, l'on est oblig&#233; d'y reconna&#238;tre la reviviscence et la reproduction de leur propre narcissisme qu'ils ont depuis longtemps abandonn&#233;. Un bon indice que nous avons d&#233;j&#224; appr&#233;ci&#233;, dans le choix d'objet, comme stigmate du narcissisme, la surestimation, domine, c'est bien connu, cette relation affective. Il existe ainsi une compulsion &#224; attribuer &#224; l'enfant toutes les perfections, ce que ne permettrait pas la froide observation, et &#224; cacher et oublier tous ses d&#233;fauts ; le d&#233;ni de la sexualit&#233; infantile est bien en rapport avec cette attitude. Mais il existe aussi devant l'enfant une tendance &#224; suspendre toutes les acquisitions culturelles dont on a extorqu&#233; la reconnaissance &#224; son propre narcissisme, et &#224; renouveler &#224; son sujet la revendication de privil&#232;ges depuis longtemps abandonn&#233;s. L'enfant aura la vie meilleure que ses parents, il ne sera pas soumis aux n&#233;cessit&#233;s dont on a fait l'exp&#233;rience qu'elles dominaient la vie. Maladie, mort, renonciation de jouissance, restrictions &#224; sa propre volont&#233; ne vaudront pas pour l'enfant, les lois de la nature comme celles de la soci&#233;t&#233; s'arr&#234;teront devant lui, il sera &#224; nouveau le centre et le c&#339;ur de la cr&#233;ation. [...] Il accomplira les r&#234;ves de d&#233;sir que les parents n'ont pas mis &#224; ex&#233;cution, il sera un grand homme, un h&#233;ros, &#224; la place du p&#232;re ; elle &#233;pousera un prince, d&#233;dommagement tardif pour la m&#232;re. Le point le plus &#233;pineux du syst&#232;me narcissique, cette immortalit&#233; du moi que la r&#233;alit&#233; bat en br&#232;che, a retrouv&#233; un lieu s&#251;r en se r&#233;fugiant chez l'enfant. L'amour des parents, si touchant et, au fond, si enfantin, n'est rien d'autre que leur narcissisme qui vient de rena&#238;tre et qui, malgr&#233; sa m&#233;tamorphose en amour d'objet, manifeste &#224; ne pas s'y tromper son ancienne nature &#187; (p. 96).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces deux faces d'une m&#234;me pi&#232;ce, cette double observation quant &#224; l'hypoth&#232;se d'un narcissisme primaire &#233;mise par Freud, que Jacques Lacan va recoller bout &#224; bout au sein d'une m&#234;me surface, afin de forger sa propre topologie de l'inconscient. Tout au long de son &#339;uvre (stade du miroir, Sch&#233;ma L et sch&#233;ma R), Lacan n'aura en effet de cesse de d&#233;noncer que toute relation imaginaire est profond&#233;ment m&#233;connaissance du sujet v&#233;ritable de l'inconscient et combien, une psychanalyse assise sur une th&#233;orie du moi ou de l'ego, ne fait que renforcer cette ali&#233;nation constitutive du moi : &#171; La psychanalyse seule reconna&#238;t ce n&#339;ud de servitude imaginaire que l'amour doit toujours red&#233;faire ou trancher &#187; (Jacques Lacan, &#171; Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je - telle qu'elle nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'exp&#233;rience psychanalytique&#171; , 1949, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966, p. 100).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, si nul n'ignore le principe de r&#233;alit&#233; et que celui-ci est l&#224; pour nous rappeler que nous ne pouvons maintenir ind&#233;finiment une telle jouissance infantile, et que nous devons n&#233;cessairement l'abandonner, le principe de plaisir nous rappelle cependant sans cesse qu'il nous faut &#224; tout prix la retrouver. Comme Freud le pr&#233;cise, l'homme se montre bien &#171; incapable de renoncer &#224; la satisfaction dont il a joui une fois &#187; (p. 98). En ce sens, &#171; &#234;tre &#224; nouveau, comme dans l'enfance, et &#233;galement en ce qui concerne les tendances sexuelles, son propre id&#233;al, voil&#224; le bonheur que veut atteindre l'homme &#187; (p. 104). Bref, si le principe de r&#233;alit&#233; nous incite, voire nous oblige, &#224; abandonner le narcissisme primaire, contre quoi allons nous l'&#233;changer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu pr&#233;c&#233;demment, il y a essentiellement trois mani&#232;res d'&#233;changer la pulsion narcissique infantile premi&#232;re, afin de satisfaire un temps soit peu au principe de r&#233;alit&#233;, sans lequel l'adulte ne pourrait pleinement se d&#233;velopper. Ces trois mani&#232;res sont l'id&#233;alisation, la sublimation ou le refoulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'id&#233;alisation, le narcissisme se trouve alors d&#233;plac&#233;, c'est-&#224;-dire &#233;chang&#233; dans l'inconscient, contre ce que Freud appelle l'id&#233;al du moi (Surmoi) : &#171; ce qu'il projette devant lui comme son id&#233;al est le substitut du narcissisme perdu de son enfance &#187;. Il y a bien l&#224; une substitution, c'est-&#224;-dire un &#233;change, sous la contrainte du principe de r&#233;alit&#233;, d'une formation contre une autre, en l'occurrence, d'un narcissisme contre un id&#233;al. C'est ainsi que l'homme se civilise, en &#233;changeant, sous l'objectif de maximiser le plaisir et sous la contrainte du principe de r&#233;alit&#233;, l'objet libidinal premier. Mais l'id&#233;alisation n'est qu'une forme particuli&#232;re de l'&#233;change dans l'inconscient. Cet &#233;change concerne pr&#233;cis&#233;ment l'objet de la pulsion, et non pas la pulsion elle-m&#234;me. Dans ce cas pr&#233;cis, la nature sexuelle de l'objet de la pulsion n'est aucunement abandonn&#233;e. De ce fait, la pulsion elle-m&#234;me reste fortement sexualis&#233;e et, par cons&#233;quent n&#233;vrotique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'insatisfaction qui r&#233;sulte du non-accomplissement de cet id&#233;al, lib&#232;re de la libido [...] qui se transforme en conscience de culpabilit&#233; (angoisse sociale). La conscience de culpabilit&#233; &#233;tait originellement l'angoisse d'&#234;tre ch&#226;ti&#233; par les parents, ou, plus exactement de perdre leur amour ; aux parents est venue plus tard se substituer la foule ind&#233;termin&#233;e de nos compagnons. On comprend mieux ainsi pourquoi la parano&#239;a est souvent caus&#233;e par une atteinte du moi, par une frustration de la satisfaction dans le domaine de l'id&#233;al du moi &#187; (p. 105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris ce type d'&#233;change du narcissisme primaire contre un id&#233;al &#224; r&#233;aliser, ne constitue pas un &#233;change pleinement satisfaisant dans l'inconscient, dans la mesure o&#249; l'id&#233;al, augmentant les exigences du moi, augmente &#233;galement la frustration de ne pas pouvoir satisfaire cet id&#233;al. &#192; l'oppos&#233; de l'id&#233;alisation, la sublimation quant &#224; elle, est un processus qui consiste &#224; &#233;changer le but lui-m&#234;me de la pulsion, c'est-&#224;-dire la satisfaction, qui se d&#233;sexualise ainsi progressivement : &#171; la pulsion se dirige sur un autre but, &#233;loign&#233; de la satisfaction sexuelle : l'accent est mis ici sur la d&#233;viation qui &#233;loigne du sexuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sublimation est donc un processus psychique inconscient qui consiste &#224; &#233;changer tout &#224; la fois des objets et des buts sexuels premiers contre des objets et des buts non sexuels. Or, si l'on a &#233;galement compris que le but et l'objet sexuel par excellence est, justement, ce fameux narcissisme primaire infantile au travers duquel ne se manifeste que m&#233;prise et ali&#233;nation &#224; l'autre, il ne nous reste plus d&#233;sormais qu'&#224; illustrer de mani&#232;re un peu plus pratique et concr&#232;te, comment, un tel &#233;change peut avoir lieu. Nous l'illustrerons par l'exemple de la pulsion &#233;rotique anale, laquelle est &#233;troitement corr&#233;l&#233;e, dans l'inconscient, au narcissisme primaire. Comme le souligne Freud : &#171; La d&#233;f&#233;cation fournit &#224; l'enfant la premi&#232;re occasion de d&#233;cider entre l'attitude narcissique et l'attitude d'amour d'objet : ou bien il c&#232;de docilement l'excr&#233;ment, il le &#8220;sacrifie&#8221; &#224; l'amour, ou bien il le retient pour la satisfaction auto-&#233;rotique et, plus tard, pour l'affirmation de sa propre volont&#233;. Par cette derni&#232;re d&#233;cision est constitu&#233; l'ent&#234;tement (obstination), qui na&#238;t donc d'une persistance narcissique dans l'&#233;rotisme anal &#187; (Freud, &#171; Sur les transpositions de pulsions plus particuli&#232;rement dans l'&#233;rotisme anal &#187;, 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II - L'&#201;change : id&#233;alisation ou sublimation des pulsions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de cette seconde section est donc d'illustrer les processus d'&#233;change auxquels les buts et les objets des pulsions sont perp&#233;tuellement soumis dans l'inconscient, au travers de l'exemple de la transformation de l'int&#233;r&#234;t anal &#233;rotique en int&#233;r&#234;t pour l'argent qui, pour l'&#233;conomie politique constitue tout &#224; la fois un instrument de r&#233;serve de valeur et, surtout, le moyen d'&#233;change par excellence. L'un des destins de la pulsion anale est, en effet, comme Freud l'a soulign&#233; tr&#232;s t&#244;t, d'&#233;changer l'objet de la pulsion originaire, les f&#232;ces, contre un objet nouveau, que l'enfant apprend &#224; conna&#238;tre progressivement au fur et &#224; mesure qu'il est confront&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; adulte, l'argent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la pens&#233;e n&#233;vrotique, une autre circonstance vient m&#234;me &#224; l'appui de cette assimilation. L'int&#233;r&#234;t originairement &#233;rotique port&#233; &#224; la d&#233;f&#233;cation est destin&#233;, nous le savons, &#224; s'&#233;teindre dans les ann&#233;es de la maturit&#233; ; au cours de ces ann&#233;es appara&#238;t comme quelque chose de nouveau qui a jusqu'alors manqu&#233; &#224; l'enfant, l'int&#233;r&#234;t pour l'argent ; cela facilite le fait que l'aspiration ant&#233;rieure, qui est sur le point de perdre son but, se trouve transport&#233;e sur le but qui est en train d'&#233;merger &#187; (&#171; Caract&#232;re et &#233;rotisme anal &#187;, 1908).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1917, Freud revient encore une fois sur ce destin particulier de la pulsion anale (&#171; Sur les transpositions de pulsions plus particuli&#232;rement dans l'&#233;rotisme anal &#187;, 1917), c'est &#224; ses principaux disciples d'alors, notamment Ernest Jones, K. Abraham et S. Ferenczi, que reviendra cependant la t&#226;che d'illustrer cliniquement comment, sous le double objectif de satisfaire au principe de r&#233;alit&#233; et &#224; celui de plaisir, l'enfant &#233;change progressivement l'excr&#233;ment comme objet de la pulsion anale au profit de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son article de 1914 &#171; Sur l'ontogen&#232;se de l'int&#233;r&#234;t pour l'argent &#187;, S. Ferenczi t&#233;moigne, en tant que praticien, de la jouissance, totalement d&#233;nu&#233;e d'inhibition, que l'enfant prend &#224; retenir, puis &#224; jouer avec ses f&#232;ces. En tant qu'elles sont retenues, elle constituent ses premi&#232;res r&#233;elles &#233;conomies. Lorsque sous le principe de r&#233;alit&#233;, l'enfant en vient &#224; s'en d&#233;faire, la recherche du principe de plaisir sera refoul&#233;e dans l'inconscient, et les f&#232;ces resteront &#171; en corr&#233;lation inconsciente constante avec toute activit&#233; corporelle ou toute tendance spirituelle qui a quelque chose &#224; voir avec l'accumulation, l'amoncellement et l'&#233;pargne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant, on le sait, pr&#233;sente tout d'abord cette f&#226;cheuse tendance pour ses parents, de jouer avec ses excr&#233;ments. Il prend plaisir &#224; jouer et &#224; malaxer les mati&#232;res f&#233;cales, si bien que &#171; les f&#232;ces deviennent donc l'objet d'une &#8220;introjection&#8221; et &#224; ce stade du d&#233;veloppement [...] elles ont la valeur d'un jouet pr&#233;cieux dont l'enfant ne se d&#233;fait que sous l'intimidation et la menace d'&#234;tre puni &#187;. Le principe de r&#233;alit&#233; alt&#232;re progressivement l'int&#233;r&#234;t de l'enfant pour ses d&#233;jections, si bien que celles-ci en viennent &#224; l'incommoder, notamment pour la marche, et l'odeur en vient &#224; le d&#233;go&#251;ter, tandis que &#171; les autres propri&#233;t&#233;s de cette mati&#232;re, humidit&#233;, coloration instable, viscosit&#233;, ne blessent pas encore son sens de la propret&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation, qui &#233;tymologiquement veut dire &#171; sortir hors de &#187; (et plus pr&#233;cis&#233;ment, pour notre propos, sortir hors de l'environnement pulsionnel), &#233;l&#232;ve progressivement le sentiment de propret&#233; de l'enfant. Il &#233;vite bient&#244;t les mati&#232;res visqueuses et humides laissant des traces. Il apprend la &#171; salet&#233; &#187;, comme on dit. &#171; L'int&#233;r&#234;t de l'enfant se tourne vers le sable, qui, tout en gardant la couleur de la terre, est sec et propre. La joie instinctive de l'enfant &#224; faire des tas et &#233;difier des structures de sable est alors rationalis&#233;e et ratifi&#233;e apr&#232;s coup comme &#233;tant un jeu &#8220;sain&#8221;, c'est-&#224;-dire hygi&#233;nique, par les adultes qui se f&#233;licitent de ces jeux qui occupent sagement les petits pendant des heures. Et pourtant, nous dit Ferenczi, le tas de sable n'est rien d'autre qu'un symbole excr&#233;mentiel, autrement dit de l'excr&#233;ment d&#233;sodoris&#233; et dess&#233;ch&#233; &#187;. Pourtant, l'enfant n'est pas au bout de ses peines. &#192; peine s'est-il f&#233;licit&#233; de son bonheur de tr&#244;ner dans le bac &#224; sable, que ce royaume doit, lui aussi, &#234;tre abandonn&#233;. Il entame alors, ce que Ferenczi appelle &#171; l'&#226;ge de pierre infantile &#187; : cailloux, coquillages, noyaux de fruits, billes ou boutons, pierres pr&#233;cieuses, constituent autant de substituts des f&#232;ces o&#249; l'odorant, l'humide et le mou, sont progressivement &#233;chang&#233;s contre l'inodore, le sec et le dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun conna&#238;t en outre, la fi&#232;vre collectrice, qui prend les enfants dans les cours d'&#233;coles primaires. Collectionner (c'est-&#224;-dire &#233;conomiser) et troquer (c'est-&#224;-dire &#233;changer), constituent v&#233;ritablement les premiers pas d'une activit&#233; &#233;conomique qui pourra devenir par la suite florissante. Cailloux, billes ou boutons, sont autant de pi&#232;ces primitives, c'est-&#224;-dire de monnaie en tant qu'elle satisfait enti&#232;rement aux trois principes fondamentaux mis en &#233;vidence par l'&#233;conomie politique : instrument de r&#233;serve de valeur et unit&#233; de compte (collection), et moyen d'&#233;change (troc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re libidinal et jouissif de la pulsion anal infantile a progressivement &#233;t&#233; refoul&#233;, sublim&#233; ou id&#233;alis&#233; dans l'inconscient, au fur et &#224; mesure que s'est affirm&#233; le principe de r&#233;alit&#233;. Ne reste plus que la derni&#232;re &#233;tape : la transformation de ces monnaies primitives en pi&#232;ces et billets. &#201;coutons la conclusion de Ferenczi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#339;il se r&#233;jouit &#224; la vue de leur &#233;clat et de leur couleur, l'oreille prend du plaisir &#224; leur sonorit&#233; m&#233;tallique, le toucher a de l'agr&#233;ment &#224; jouer avec le petit disque rond et lisse, il n'y a que l'odorat qui n'en retire rien, et quant au go&#251;t, il doit se contenter de la saveur m&#233;tallique faible mais caract&#233;ristique des pi&#232;ces de monnaie. Voil&#224; pour l'essentiel achev&#233; le d&#233;veloppement de l'argent comme symbole. En partant du plaisir que donne le contenu intestinal on aboutit &#224; la joie que procure l'argent ; mais d'apr&#232;s ce qui a &#233;t&#233; dit cet argent n'est rien d'autre en somme que de l'excr&#233;ment d&#233;sodoris&#233;, dess&#233;ch&#233; et rendu brillant : pecunia non olet : l'argent n'a pas d'odeur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux cartes &#224; jouer et &#224; collectionner, qui ne semblaient gu&#232;re &#224; la mode du temps de Ferenczi, mais qui sont aujourd'hui si r&#233;pandues et estim&#233;es dans les cours de r&#233;cr&#233;ation, elles sont progressivement &#233;chang&#233;es contre des papiers monnaie, des livrets de caisse d'&#233;pargne, et plus tard, des actions ou autres obligations (SICAV, Bons du Tr&#233;sor, etc.). Ainsi, les produits et les march&#233;s financiers qui n'en finissent pas de se multiplier selon un pur principe de r&#233;alit&#233;, sont-ils dans l'inconscient, attach&#233;s au pur principe de plaisir et &#233;manent de la joie de le poss&#233;der qui a sa source la plus profonde et la plus f&#233;conde dans la coprophilie. La question de savoir si, dans ce floril&#232;ge d'&#233;changes, la pulsion anale est effectivement sublim&#233;e ou si, au contraire, l'objet de cette pulsion narcissique est simplement id&#233;alis&#233;, reste quant &#224; elle, dans le contexte actuel, plus que jamais pos&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Une premi&#232;re version de ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans Beno&#238;t BERTHOU (sous la dir.), &#171; L'&#201;change &#187;, Studyrama, collection : &#171; Principes - Culture g&#233;n&#233;rale &#187;, Jeunes &#201;ditions, Paris, Septembre 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Psychanalyse et &#233;change</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Psychanalyse-et-echange.html</link>
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		<dc:date>2002-07-22T10:48:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Pulsions et destins des pulsions</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;changer, c'est c&#233;der moyennant contrepartie. Dans la repr&#233;sentation scientifique et consciente du ph&#233;nom&#232;ne, l'&#233;change est soumis &#224; une loi : la loi de l'offre et de la demande, celle-ci stipulant qu'il ne peut y avoir d'&#233;change qu'&#224; la seule condition qu'il y ait, d'un c&#244;t&#233;, une offre et, de l'autre, une demande. Il en va tout autrement dans l'inconscient psychanalytique. Pour la psychanalyse, il ne peut y avoir d'&#233;change v&#233;ritable que si et seulement si, il y a acceptation d'une loi, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton19-97acf.jpg?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;changer, c'est c&#233;der moyennant contrepartie. Dans la repr&#233;sentation scientifique et consciente du ph&#233;nom&#232;ne, l'&#233;change est soumis &#224; une loi : la loi de l'offre et de la demande, celle-ci stipulant qu'il ne peut y avoir d'&#233;change qu'&#224; la seule condition qu'il y ait, d'un c&#244;t&#233;, une offre et, de l'autre, une demande. Il en va tout autrement dans l'inconscient psychanalytique. Pour la psychanalyse, il ne peut y avoir d'&#233;change v&#233;ritable que si et seulement si, il y a acceptation d'une loi, proprement inconsciente celle-l&#224; : la loi de l'interdit de l'inceste, c'est-&#224;-dire acceptation de la castration symbolique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Disons, pour reprendre la m&#233;taphore &#233;conomique, que dans l'inconscient, l'&#233;change v&#233;ritable suppose justement qu'il n'y ait aucun demandeur, mais uniquement des offreurs. C'est dans l'inconscient que la c&#233;l&#232;bre formule par laquelle John Maynard Keynes r&#233;sume la loi de Say prend toute sa valeur : &#034; l'offre cr&#233;e sa propre demande &#034; (J. M. Keynes, Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'emploi, de l'int&#233;r&#234;t et de la monnaie, [1936], Paris, Payot, 1985). C'est d'ailleurs pr&#233;cis&#233;ment cette formule que Jacques Lacan reprendra &#224; son compte dans ses &#233;crits : &#034; J'ai r&#233;ussi en somme ce que dans le champ du commerce ordinaire, on voudrait pouvoir r&#233;aliser aussi ais&#233;ment : avec de l'offre, j'ai cr&#233;&#233; la demande. &#034; (Jacques Lacan, &#034; La direction de la cure et les principes de son pouvoir &#034;, [1958], &#201;crits, Seuil, Paris, 1966, p. 617).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre ce qu'est l'&#233;change pour la psychanalyse, il est donc tout d'abord n&#233;cessaire de comprendre ce qu'est le complexe d'&#338;dipe et son corollaire, le complexe de castration, puis dans un second temps, comprendre en quoi la castration symbolique est la condition sine qua none de l'&#233;change dans l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8212; L'Inconscient freudien, le Complexe d'&#338;dipe et la Psychanalyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la psychanalyse est largement galvaud&#233;e. Chacun a plus ou moins sa propre id&#233;e consciente, c'est-&#224;-dire croit savoir, ce &#224; quoi renvoie le complexe d'&#338;dipe. Le seul probl&#232;me, c'est que Freud ne s'int&#233;ressait qu'&#224; l'inconscient, et qu'&#224; l'heure actuelle, la plupart des lecteurs de Freud n'ont plus aucune id&#233;e de ce qu'est l'inconscient freudien. C'est pourtant d'une simplicit&#233; d&#233;concertante : l'inconscient est le lieu des pulsions, lesquelles ne peuvent &#234;tre que sexuelles. C'est dire que ce lieu est aux antipodes de la r&#233;flexion et de la sp&#233;culation intellectuelle et consciente, bien que pour la psychanalyse, celle-ci puisse &#234;tre saisie comme une pulsion ou, au mieux, comme une id&#233;alisation ou une sublimation de pulsions sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, Freud a lui-m&#234;me ouvert la porte &#224; de telles r&#233;cup&#233;rations. C'est que Freud, homme d'action autant que th&#233;oricien, cherchait avant tout &#224; convaincre. C'&#233;tait l&#224; d'ailleurs son propre d&#233;sir &#339;dipien qu'il a si bien su auto-analyser au travers de ses propres r&#234;ves, aussi bien le c&#233;l&#232;bre r&#234;ve dit de la monographie botanique que celui dit de l'injection faite &#224; Irma (L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves, p. 98 et p. 153), pour finalement sublimer ce d&#233;sir au travers de la cr&#233;ation et de la construction de la psychanalyse elle-m&#234;me. Or pour convaincre et se faire comprendre, il &#233;tait pr&#234;t &#224; faire des concessions et &#224; multiplier les m&#233;taphores. Ces m&#233;taphores ont naturellement ouvert la voie &#224; de multiples &#034; r&#233;cup&#233;rations &#034; de la psychanalyse par la psychologie et la philosophie tout d'abord, et par toutes sortes de disciplines param&#233;dicales, ensuite. Aucun th&#233;rapeute, &#224; l'heure actuelle ne se prive, dans sa pratique, de &#034; s'inspirer &#034; de la technique freudienne. La grande majorit&#233; des praticiens se targuent de pouvoir analyser les r&#234;ves, aussi bien que les lapsus ou les actes manqu&#233;s. C'est oublier que ces formations de l'inconscient ne doivent uniquement &#234;tre entendues, qu'au niveau m&#234;me auquel elles ont &#233;t&#233; produites, c'est-&#224;-dire qu'elles doivent &#234;tre entendues en tant que repr&#233;sentant de pulsions, car sans cela, ces discours tournent tout simplement en rond et ne peuvent que participer &#224; ce qu'ils entendaient pourtant d&#233;noncer, ou pire, faire fleurir ce qu'ils d&#233;siraient soigner : la n&#233;vrose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci &#233;tant pr&#233;cis&#233;, si nous nous situons uniquement au niveau de l'inconscient, c'est-&#224;-dire au niveau des pulsions, le complexe d'&#338;dipe est tout &#224; la fois extr&#234;mement simple et difficile. Simple, parce qu'il est simple &#224; comprendre ; difficile, parce qu'il est non seulement difficile de s'en d&#233;barrasser, mais &#233;galement extr&#234;mement difficile &#224; v&#233;ritablement rep&#233;rer pour qui n'a pas &#233;t&#233; form&#233; pendant de nombreuses ann&#233;es &#224; la rigueur de l'exp&#233;rience analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Freud s'est appuy&#233; sur le mythe de Sophocle pour forger le concept majeur de la psychanalyse, le complexe d'&#338;dipe, n'oublions pas qu'il ne faisait l&#224; qu'user d'une m&#233;taphore (mais comment pourrait-il en &#234;tre autrement ?) afin d'exprimer et faire comprendre &#224; ses lecteurs et patients, ce qu'il avait d&#233;couvert dans l'inconscient au cours de ses nombreuses analyses et cas cliniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprenons d'abord bien une chose : c'est que nous nous repr&#233;sentons les lois parce que nous parlons, et non l'inverse. Pour la science, en effet, les lois - c'est-&#224;-dire les repr&#233;sentations - existent en dehors de nous-m&#234;mes, et c'est afin de les comprendre, et donc de les conna&#238;tre, les savoir et se les r&#233;approprier, que nous parlons. Pour la psychanalyse, bien au contraire, c'est parce que nous parlons, que nous en venons &#224; nous repr&#233;senter des lois. Pourquoi ? Tout simplement parce que la parole vient d&#233;couper notre propre corps. &#192; peine venons-nous de conna&#238;tre une exp&#233;rience de plaisir, que nous souhaitons imm&#233;diatement la dire afin de la renouveler. Or ce dire r&#233;v&#232;le d'embl&#233;e son impossible, puisque la jouissance ne concerne que le corps et uniquement le corps. D&#232;s que nous parlons, la r&#233;alit&#233; s'impose, elle nous coupe de l'exp&#233;rience elle-m&#234;me de la jouissance. De ce fait - et devant une telle frustration -, aller au-del&#224; de ce simple principe de plaisir, impose la r&#233;p&#233;tition de cette exp&#233;rience, de cette jouissance, dans un autre lieu. C'est ce lieu que l'on appelle l'inconscient, c'est le lieu des repr&#233;sentants de la repr&#233;sentation des pulsions qui, sans cesse, se r&#233;p&#232;tent &#224; notre insu. La jouissance est alors dite refoul&#233;e. Elle est alors repr&#233;sent&#233;e de fa&#231;on imaginaire et inconsciente, comme absolue et mythique, puisque impossible &#224; dire. C'est cela le sexuel pour la psychanalyse : c'est la repr&#233;sentation (au sens d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre) inconsciente d'une jouissance que l'on se repr&#233;sente comme absolue et mythique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D'embl&#233;e, une premi&#232;re conclusion s'impose : l'inconscient est tout &#224; la fois n&#233;cessairement sexuel et refoul&#233;, et il est justement sexuel parce que refoul&#233; et non l'inverse. L'on a en effet trop longtemps pris l'habitude de critiquer le pansexualisme de la psychanalyse, en lui reprochant d'attribuer aux enfants des vues sexuelles qu'ils ne semblaient gu&#232;re pr&#233;senter &#224; leurs &#233;ducateurs et &#224; leurs parents. C'est juste qu'il y a une incompr&#233;hension totale de ce qu'est le sexuel pour la psychanalyse. D'aucuns soutiennent que c'est parce que le contenu manifeste d'un souvenir ou d'une exp&#233;rience infantile est sexuel, qu'il ou elle est refoul&#233;e. C'est, bien entendu, le contraire : c'est &#224; partir du moment o&#249; cette exp&#233;rience est refoul&#233;e, parce qu'impossible ou difficile &#224; dire, qu'elle se repr&#233;sente dans l'inconscient comme interdite et donc sexuelle. Freud et Lacan ont chacun &#224; leur tour, particuli&#232;rement bien insist&#233; sur ce point. Pour Freud, il suffit de lire son premier grand ouvrage, L'interpr&#233;tation des r&#234;ves, pour s'en convaincre. Quant &#224; Lacan, toute son &#339;uvre est bas&#233;e sur ce retour &#224; Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qui refuse la castration symbolique - telle est la d&#233;finition la plus simple et la plus rigoureuse que l'on puisse trouver de la n&#233;vrose -, c'est-&#224;-dire pour qui refuse la parole v&#233;ritable, chaque exp&#233;rience de plaisir est d&#232;s lors imm&#233;diatement refoul&#233;e dans l'inconscient et repr&#233;sent&#233;e sur un mode purement imaginaire. Cependant, ce lieu des pulsions refoul&#233;es qu'est l'inconscient n'est pas un lieu statique, mais bien dynamique par d&#233;finition, puisque la r&#233;p&#233;tition en est &#224; son principe m&#234;me. C'est parce que l'on souhaite r&#233;p&#233;ter une exp&#233;rience qu'elle est refoul&#233;e, et c'est donc, logiquement, &#224; partir du moment o&#249; elle est refoul&#233;e, qu'elle va se r&#233;p&#233;ter sans cesse sur cette autre sc&#232;ne de la vie quotidienne : celle des r&#234;ves, des lapsus, des actes manqu&#233;s, des sympt&#244;mes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient d&#232;s lors beaucoup moins &#233;tonnant et beaucoup plus facile &#224; comprendre selon ce point de vue, que l'inconscient, lorsqu'il s'exprime, produise des formations hautement choquantes pour la morale civilis&#233;e. &#192; partir du moment o&#249; c'est le lieu du refoul&#233; et du sexuel, il va bien &#233;videmment choisir afin de s'exprimer, les pires repr&#233;sentations, dont le prototype est le complexe d'&#338;dipe si bien mis en &#233;vidence par Freud. Qu'y a-t-il de pire pour notre conscience morale civilis&#233;e, que de tuer son p&#232;re et d'avoir une relation incestueuse avec sa m&#232;re ? Ainsi, la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre de Sophocle, comme toute mise en sc&#232;ne imaginaire, peut s'analyser comme un r&#234;ve. Dans ce r&#234;ve, le r&#234;veur se repr&#233;sente le pire, c'est-&#224;-dire la jouissance absolue en tant qu'elle est impossible &#224; dire, afin de continuer &#224; &#233;chapper &#224; la parole et &#224; la castration symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on comprend que ce n'est pas le mythe d'&#338;dipe qui est premier et qui engendre le refoulement mais, bien au contraire, le refus de la parole et de la castration symbolique qui engendre le refoulement, l'on comprend du m&#234;me coup que le refoul&#233; se confond avec le sexuel. L'inconscient est le lieu o&#249; se repr&#233;sentent et parlent, les repr&#233;sentations des pulsions sexuelles refoul&#233;es. C'est le refus de la castration symbolique qui vient se repr&#233;senter dans l'inconscient sous la forme d'un complexe qui ne lui pr&#233;existe en aucune fa&#231;on auparavant : le complexe d'&#338;dipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8212; Castration symbolique et &#233;change&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on a suivi notre pr&#233;sentation, l'on aura compris que c'est bien le complexe de castration, c'est-&#224;-dire le degr&#233; d'acceptation de la castration symbolique, qui vient refouler la relation imaginaire &#224; la m&#232;re et qui vient donc v&#233;ritablement faire &#034; ex-sister &#034; (selon la formule lacanienne) dans l'inconscient, ce qui n'existait pas auparavant : le complexe d'&#338;dipe. Et c'est en outre, la mani&#232;re dont, pr&#233;cis&#233;ment, celui-ci est refoul&#233; dans l'inconscient, c'est-&#224;-dire, refoul&#233; &#224; proprement parler, id&#233;alis&#233; ou sublim&#233;, qui d&#233;termine pr&#233;cis&#233;ment le degr&#233; de n&#233;vrose, de psychose ou de perversion du sujet. Car il s'agit pr&#233;cis&#233;ment d'en sortir, de ce complexe d'&#338;dipe. Et pour ce faire, il est absolument n&#233;cessaire d'abandonner ces repr&#233;sentations imaginaires, c'est-&#224;-dire de les &#233;changer. Mais contre quoi et que gagne-t on pr&#233;cis&#233;ment dans cet &#233;change ? C'est la question &#224; laquelle nous allons d&#233;sormais tenter de r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) Le complexe de castration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complexe de castration se retrouve &#224; la fois chez le petit gar&#231;on et chez la petite fille, mais n'y engendre pas les m&#234;mes effets. Chez le petit gar&#231;on, il lui donne l'occasion de sortir du complexe d'&#338;dipe, chez la petite fille, il lui donne l'occasion d'y entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complexe de castration, chez le petit gar&#231;on, vient sur le prototype de l'&#233;change v&#233;ritable, refouler et r&#233;soudre le complexe d'&#338;dipe dans l'inconscient. Freud le formule tr&#232;s bien &#224; la fin de sa vie, en 1938 : &#034; La plupart du temps, la virilit&#233; de l'enfant c&#232;de sous ce premier choc. Afin de sauver son membre viril, il renonce plus ou moins compl&#232;tement &#224; la possession de la m&#232;re &#034;. La n&#233;vrose r&#233;side justement dans le &#034; plus ou moins &#034; de l'acceptation de la castration, dans le caract&#232;re imaginaire ou symbolique de cette acceptation, ce qui est tr&#232;s bien exprim&#233; ici. En effet, au fur et &#224; mesure que le gar&#231;on r&#233;alise progressivement l'impossibilit&#233; de rester &#233;ternellement dans le sein de sa m&#232;re, notamment du fait du principe de r&#233;alit&#233; et de la parole paternelle qui lui impose successivement le sevrage, la propret&#233; et l'arr&#234;t de la masturbation infantile, celui-ci va progressivement refouler toutes ces exp&#233;riences de plaisir, qui vont prendre dans l'inconscient le statut de jouissance &#233;minemment sexuelle. Les exp&#233;riences ainsi agr&#233;g&#233;es dans l'inconscient, vont venir s'agglutiner si l'on veut, autour de la repr&#233;sentation imaginaire de l'organe lui procurant le plus de satisfaction : le p&#233;nis. Cette satisfaction r&#233;elle du p&#233;nis &#233;tant refoul&#233;e, ce n'est pas le p&#233;nis lui-m&#234;me que l'on va trouver dans l'inconscient, mais bien sa repr&#233;sentation imaginaire inconsciente, que les psychanalystes s'accordent &#224; qualifier de phallus imaginaire. C'est l'ensemble de toutes ces exp&#233;riences ainsi refoul&#233;es et donc, d&#233;sormais, uniquement repr&#233;sent&#233;es dans l'inconscient, qui forment le complexe d'&#338;dipe. Le complexe d'&#338;dipe ne se donne &#224; entendre que de l'inconscient. Il ne parle que d'un seul lieu, de celui de l'inconscient. Mais ce n'est pas tout : c'est d&#233;sormais dans l'inconscient qu'il doit par cons&#233;quent se r&#233;soudre. C'est dans l'inconscient, que le petit enfant doit accepter de perdre une partie de lui-m&#234;me et se rendre compte par l&#224; qu'il ne perdra pas tout. Il doit perdre le phallus imaginaire, c'est-&#224;-dire le p&#233;nis refoul&#233; dans l'inconscient et qui vient de ce fait s'agglutiner aux repr&#233;sentations d&#233;j&#224; refoul&#233;es et devient de ce fait, l'objet avec lequel il d&#233;sirait, dans l'inconscient, jouir de la m&#232;re, objet auquel, qui plus est, il s'identifiait totalement. L'acceptation de la castration, c'est-&#224;-dire de la perte du phallus imaginaire dans l'inconscient, &#233;rige &#224; son tour le phallus imaginaire en phallus symbolique. Le petit gar&#231;on abandonne la m&#232;re comme objet et son d&#233;sir peut se porter sur d'autres objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me chez la petite fille, dont l'objet premier, tout comme celui du petit gar&#231;on, est, bien entendu, la m&#232;re ou toute personne qui prodigue les soins. Elle s'&#233;rige elle aussi, dans l'inconscient, en phallus imaginaire susceptible de combler la m&#232;re et d'&#234;tre combl&#233;e par elle. L&#224; encore, le principe de r&#233;alit&#233; et la parole paternelle, va venir refouler le complexe de castration, qui va venir s'effectuer dans l'inconscient. Dans l'inconscient, la petite fille doit accepter la castration, c'est-&#224;-dire perdre le phallus imaginaire qui de ce fait s'&#233;rige en phallus symbolique. Ce n'est qu'&#224; ce moment, qu'elle entre dans la variante f&#233;minine du complexe d'&#338;dipe. Le p&#232;re prend la place de la m&#232;re comme objet d'amour et le phallus imaginaire vient s'&#233;changer symboliquement contre le d&#233;sir d'avoir un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez la petite fille, la reconnaissance et l'acceptation de la castration, am&#232;ne celle-ci &#224; c&#233;der la m&#232;re comme principal objet d'amour, afin d'entrer dans la normalit&#233; et de d&#233;sirer le p&#232;re et ses substituts, c'est-&#224;-dire les hommes, susceptibles de r&#233;pondre &#224; son envie de p&#233;nis. Elle c&#232;de &#233;galement et dans le m&#234;me temps la zone &#233;rog&#232;ne clitoridienne au profit de la zone vaginale, qui accueillera le p&#233;nis envi&#233;, puis l'enfant comme substitut de ce p&#233;nis, ce qui la conduira au d&#233;sir d'&#234;tre une m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) La castration symbolique comme prototype de l'&#233;change&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acceptation de la castration, dans le psychisme inconscient, ne se fait pas d&#233;finitivement et une fois pour toute, mais est justement un processus d'&#233;changes successifs et multiples, dans lequel le phallus doit sans cesse &#234;tre c&#233;d&#233; contre des &#233;quivalents. Si le complexe d'&#338;dipe doit trouver sa r&#233;solution dans le complexe de castration et, celui-ci, dans l'acceptation de la castration symbolique, cette op&#233;ration ne doit pas tant &#234;tre regard&#233;e comme un moment chronologique et d&#233;finitif, mais comme une exp&#233;rience d&#233;j&#224; rencontr&#233;e qui doit sans cesse &#234;tre renouvel&#233;e. La n&#233;vrose s'entend d'ailleurs comme le refus, &#224; un moment donn&#233;, d'accepter la castration. C'est en ce sens que l'exp&#233;rience de la cure analytique se doit de r&#233;activer cette exp&#233;rience, &#224; un moment n&#233;vrotique de blocage, o&#249; justement, elle n'est plus accept&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre du complexe de castration, chacun se doit donc de renoncer, c'est-&#224;-dire de c&#233;der, le phallus imaginaire avec lequel il esp&#233;rait jouir de la m&#232;re. Le phallus devient alors symbolique et peut alors &#234;tre &#233;chang&#233; contre d'autres objets devenant ainsi &#233;quivalents, comme le sein, le p&#233;nis, les f&#232;ces, les cadeaux, etc. En d'autres termes, c'est l'acte d'&#233;changer lui-m&#234;me, qui cr&#233;er l'&#233;quivalent et les &#233;quations symboliques des &#233;changes inconscients. Contrairement &#224; la repr&#233;sentation de l'&#233;conomie politique orthodoxe (classique et n&#233;o-classique), au sein de laquelle la valeur pr&#233;existe en quelque sorte &#224; l'&#233;change, dans l'inconscient, c'est l'acte d'&#233;changer lui-m&#234;me, qui fonde la valeur. Ces &#233;changes ne sont pas sans ambigu&#239;t&#233; inconsciente, puisqu'ils permettent tout &#224; la fois d'&#233;carter la menace d'an&#233;antissement de l'enfant dans la relation imaginaire maternelle, tout en relan&#231;ant et entretenant un tel d&#233;sir. En effet, les objets perdus, comme le sein lors du sevrage ou les f&#232;ces lors du contr&#244;le du sphincter anal, prenant valeur &#233;quivalente du phallus imaginaire, le d&#233;sir et les &#233;changes peuvent &#234;tre relanc&#233;s dans l'inconscient de mani&#232;re n&#233;vrotique dans une qu&#234;te &#233;perdue du phallus imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme la monnaie en &#233;conomie politique, le phallus est &#233;rig&#233; &#224; la place de l'&#233;talon symbolique universel, dans la mesure o&#249;, selon la tr&#232;s belle formule de J.-D. Nasio, il &#171; rend possible que des objets h&#233;t&#233;rog&#232;nes dans la vie soient des objets &#233;quivalents dans l'ordre du d&#233;sir humain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-D. Nasio, Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse, Payot, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le phallus lui-m&#234;me cesse d'&#234;tre imaginaire et devient symbolique, &#233;talon symbolique en ce qu'il doit s'exclure lui-m&#234;me de la s&#233;rie, ne plus &#234;tre &#233;changeable et venir finalement se confondre avec l'&#233;preuve m&#234;me de la castration. L'on comprend mieux ainsi la menace brandit haut et fort par l'&#233;conomie politique, devant la multiplication des signes mon&#233;taires. La fameuse formule des &#233;conomistes orthodoxes selon laquelle la monnaie ne doit pas &#234;tre d&#233;sir&#233;e pour elle-m&#234;me, n'est finalement que ratage n&#233;vrotique, angoisse imaginaire devant l'absence de ce qui ne vient pas s'inscrire dans l'inconscient : la castration symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien &#233;changes dans l'inconscient, c'est-&#224;-dire que l'on y c&#232;de bien moyennant contrepartie, mais ce qui s'&#233;change n'a pas de prix. Ce qui se c&#232;de, ce ne sont pas des marchandises, ce qui se donne en contrepartie, ce ne sont pas d'autres marchandises ou de l'argent. Ce qui se c&#232;de c'est le narcissisme, c'est-&#224;-dire l'identification &#224; l'&#234;tre, captivant irr&#233;m&#233;diablement le sujet vers la mort, ce qui se gagne, c'est le souffle de la vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.-D. Nasio, Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse, Payot, Paris, 1992, p. 52&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Une premi&#232;re version de ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans Beno&#238;t BERTHOU (sous la dir.), &#171; L'&#201;change &#187;, Studyrama, collection : &#171; Principes - Culture g&#233;n&#233;rale &#187;, Jeunes &#201;ditions, Paris, 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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