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	<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
	<link>https://psychanalyste-paris.com/</link>
	<description>Psychanalyste-paris.com propose des articles et &#233;ditoriaux sur la psychanalyse et les formations de l'inconscient freudien : histoire de la naissance de la psychanalyse, d&#233;finitions de la psychanalyse freudienne et lacanienne, psychanalyse des contes de f&#233;es, consultations et formations du psychanalyste. La psychanalyse est une m&#233;thode d'investigation de l'inconscient et de ses formations : par l'analyse des r&#234;ves, des lapsus et des actes manqu&#233;s, par la rem&#233;moration et l'analyse des souvenirs infantiles, la m&#233;thode psychanalytique de la libre association et de la cure par la parole d&#233;noue progressivement les inhibitions, les sympt&#244;mes et les angoisses et nous lib&#232;re d&#233;finitivement de toutes nos souffrances psychiques.
Christophe Bormans, Psychanalyste
&#8211; 8, rue de Florence - 75008 Paris
&#8211; Secteur Nord-Ouest : 2e, 8e, 9e, 17e et 18e arrondissements de Paris
&#8211; T&#233;l. : 01 40 41 07 27
&#8211; M&#176; : Place Clichy, Europe, Rome ou Li&#232;ge
&#8211; RER ou SNCF : Gare Haussmann / Saint-Lazare</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
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		<title>Contes de f&#233;es, d&#233;sirs anim&#233;s et fantasmes inconscients</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Contes-de-fees-desirs-animes-et.html</link>
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		<dc:date>2018-02-17T15:16:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ainsi, les tr&#233;sors du folklore, les mythes, les l&#233;gendes et les contes se transmettent-ils encore, aujourd'hui comme hier, de g&#233;n&#233;rations en g&#233;n&#233;rations. Car &#8220;ils sont, comme le dit Freud, les reliquats d&#233;form&#233;s des fantasmes de d&#233;sir de nations enti&#232;res, les r&#234;ves s&#233;culaires de la jeune humanit&#233;&#8221;.&lt;br /&gt;
Fantasmes, r&#234;ves et d&#233;sirs : r&#234;ves de voir, d&#233;sirs d'entendre, plaisirs de dire et de raconter, fantasmes d'entendre et de tendre l'oreille. Rappelons-nous de cette merveilleuse fin du &lt;i&gt;Petit Chaperon rouge&lt;/i&gt;, o&#249; la petite fille demande au loups :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grands bras ? C'est pour mieux t'embrasser, ma fille. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes jambes ? C'est pour mieux courir, mon enfant. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes oreilles ? C'est pour mieux &#233;couter, mon enfant. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grands yeux ? C'est pour mieux voir, mon enfant. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes dents. C'est pour te manger !&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
La chute est cruelle : &lt;i&gt;Et en disant ces mots, ce m&#233;chant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea&lt;/i&gt;. R&#233;jouissons-nous ! Nous avons l&#224;, le morc&#232;lement, le d&#233;membrement, l'effeuillage pulsion par pulsion, membre par membre (bras, jambes, oreilles, &#339;il, dents) de l'image de l'unit&#233; psychique de notre fameux h&#233;ros : le Moi.&lt;br /&gt;
Ainsi d&#233;sarticul&#233;, morcel&#233;, le Moi plonge, avec le conte, dans le tr&#233;fonds de son inconscient, o&#249; il retrouve les fantasmes et les d&#233;sirs avec lesquels il peut enfin se r&#233;concilier. Car puisque c'est un autre qui en est anim&#233;, de ces d&#233;sirs et fantasmes inavouables, nous pouvons alors en jouir &#8220;sans scrupule, ni honte&#8221;, comme le dit Freud &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-des-contes-de-fees-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse des contes de f&#233;es&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton82-a008e.gif?1757670363' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/artoff82.jpg?1757437147&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Contes de f&#233;es, d&#233;sirs anim&#233;s et fantasmes inconscients &#187;, Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes), Psychanalyste-paris.com, Paris, f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONTES DE F&#201;ES, D&#201;SIRS ANIM&#201;S ET FANTASMES INCONSCIENTS&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Les mots nous prennent par la main&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les personnages des dessins anim&#233;s sont, par d&#233;finition, anim&#233;s ; certes, mais anim&#233;s par qui ? Qui tire les ficelles d'un Pinocchio ? D'o&#249; vient ce comique ou cette tristesse dans les gestes d&#233;sarticul&#233;s de la marionnette qui, soudain, comme par magie, s'anime sous nos yeux &#233;merveill&#233;s ? Subitement, c'est nous, spectateurs, qui sommes suspendus &#224; ce spectacle f&#233;&#233;rique, &#224; cet enchantement cin&#233;matographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui tire les ficelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;alit&#233;, c'est le dessinateur, bien entendu, qui tire les ficelles ; mais les spectateurs, petits ou grands, rigolent &#8212; et rigolent tellement, que les commentateurs, les analystes et psychanalystes, en viennent &#224; se demander : pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rire, l'effet comique, ne provient-t-il pas de ce sentiment bizarre, de cette &#233;trange sensation de plaisir que nous &#233;prouvons &#224; &#234;tre l&#224;, bien cal&#233;s dans notre fauteuil, alors que l&#224;-bas, sur l'&#233;cran blanc o&#249; se projette ces dr&#244;les d'images, le pantin, lui, semble s'emm&#234;ler &#8212; crayons, pinceaux et tout ce qui va avec, en vrac &#8212;, dans un sc&#233;nario catastrophe o&#249; il feint de n'&#233;prouver que pur d&#233;plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rire, l'effet comique, ne vient-il pas de cette diff&#233;rence entre le d&#233;plaisir &#233;prouv&#233; par la marionnette et le gain de plaisir dont b&#233;n&#233;ficie celui ou celle qui en est le t&#233;moin ? Alfred Hitchcock savait que l'effet de suspense &#233;tait &#224; son comble lorsque le spectateur savait ce qui allait arriver &#224; l'acteur, mais que l'acteur, lui, ne le savait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet comique n'est-il pas du m&#234;me ressort ? Quelque part, le spectateur se fait toujours cette m&#234;me r&#233;flexion idiote et se dit toujours : &lt;i&gt;heureusement que moi, je ne suis pas anim&#233; de cette m&#234;me mani&#232;re ! Heureusement que personne ne me tire les ficelles &#224; moi&lt;/i&gt;&#8230; Et plus il se fait cette r&#233;flexion, plus il rigole&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, le dessin anim&#233; nous renseigne sur nous-m&#234;me : sur ce qui nous fait rire aussi bien que sur ce qui nous fait pleurer. Bref, sur ce qui nous anime, au plus profond de nous. Ce qui nous anime, bien entendu, ce sont nos pulsions, nos fantasmes et nos d&#233;sirs inconscients, que nous sommes incapables de reconna&#238;tre en nous autrement que projet&#233;s sur un autre ou sur cette autre sc&#232;ne : en l'occurrence celle de l'&#233;cran blanc o&#249; la marionnette, elle, se ridiculise &#224; notre place et pour notre plus grande satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous fait rire ou pleurer, c'est donc cette projection de nous-m&#234;me, ce moi, cet &#171; &#233;go&#239;sme &#187; ou ce &#171; narcissisme na&#239;f &#187;, dont parle Freud dans la c&#233;l&#232;bre conclusion de la dix-huiti&#232;me le&#231;on de ses cours d'introduction &#224; la psychanalyse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Dans le cours des si&#232;cles, la science a inflig&#233; &#224; l'&#233;go&#239;sme na&#239;f de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; profess&#233;s en 1916. Freud nous invite &#224; y reconna&#238;tre qu'en dernier ressort, celui qui tire les ficelles, c'est bien l'inconscient et que notre m&#233;galomanie &#8212; notre Moi avec un grand &#171; M &#187; &#8212; est ici remise en question : ce dr&#244;le de petit bonhomme qu'est le Moi n'est pas le ma&#238;tre dans sa propre maison&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le moi n'est pas ma&#238;tre dans sa propre maison &#187; (Sigmund Freud, &#171; Une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme dans les r&#234;ves, les romans ou les films, les dessins anim&#233;s mettent en sc&#232;ne le Moi, cette projection de nous-m&#234;me, cette image fuyante de nous-m&#234;me que nous pensons pouvoir rattraper &#224; chaque instant, pour mieux la ma&#238;triser et l'articuler en toutes circonstances. C'est lui, le h&#233;ros des dessins anim&#233;s : tant dans le comique que dans leur tragique. &#171; Sa majest&#233; le moi, h&#233;ros de tous les r&#234;ves diurnes comme de tous les romans &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La cr&#233;ation litt&#233;raire et le r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187; (1908), traduit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avoue Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le po&#232;te le sait, lui aussi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Mais dis-moi tout &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Marionnettiste &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'ai des ficelles &#224; mon destin &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tu me fais faire un tour de piste &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais o&#249; je vais je n'en sais rien&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que chantait Pierre Bachelet, juste avant de mourir, dans l'une de ses plus belles chansons d'amour. Croyez-vous qu'il soit le seul ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus la ficelle est grosse, plus on se fait manipuler : Jacques Lacan illustrait cela par le th&#233;&#226;tre japonais du &lt;i&gt;Bunraku&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D'apr&#232;s nos habitudes, rien ne communique moins de soi qu'un tel sujet qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, th&#233;&#226;tre de marionnettes o&#249; les manipulateurs, bien que v&#234;tus de noirs, sont parfaitement visibles pour les spectateurs. L'inconscient nous manipule comme si nous n'&#233;tions qu'une marionnette. Le Moi, cette marionnette est constamment manipul&#233;e et tiraill&#233;e entre le &#199;a et le Surmoi, les deux des principales instances psychiques de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, c'est d'abord le sc&#233;nariste, le producteur, celui qui dessine l'histoire, qui manipule. Il n'en n'est pas moins homme lui-m&#234;me. Qui est-il en l'occurrence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'Isigny &#224; Disney&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walt Disney, ce sc&#233;nariste, dessinateur, illustrateur et conteur d'histoire en h&#233;rite d'une, lui aussi. D'origine irlandaise, le nom de Disney proviendrait d'une anglicisation d'Isigny &#8212; de la petite commune fran&#231;aise d'Isigny-sur-Mer, situ&#233;e dans le d&#233;partement du Calvados, en Basse-Normandie ; de lointains anc&#234;tres de Walt, selon la petite histoire, en seraient originaires : des soldats normands partis &#224; la conqu&#234;te de l'Angleterre aux c&#244;t&#233;s de Guillaume le Conqu&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me fils d'une vieille famille d'immigr&#233;s irlandais, Walt apprend les rudiments du dessin au &lt;i&gt;Art Institute&lt;/i&gt; de Chicago, la ville o&#249; il &#233;tait n&#233;, seize ans plus t&#244;t, le 5 d&#233;cembre 1901. Apr&#232;s de nombreux petits boulots, le jeune homme quitte l'&#233;cole &#224; l'&#226;ge de seize ans : fascin&#233; par le th&#233;&#226;tre de la guerre qui se joue au pays de ses anc&#234;tres, Walt falsifie son passeport et s'engage dans le corps des conducteurs volontaires d'ambulances de la Croix-Rouge am&#233;ricaine en France, au lendemain de l'armistice, en 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour aux Etats-Unis, il devient illustrateur et travaille &#224; des animations pour des films publicitaires. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es vingt, Walt commence &#224; produire de petits courts-m&#233;trages anim&#233;s bas&#233;s sur les contes populaires et les histoires pour enfants. Arriv&#233;s &#224; Hollywood, le jeune entrepreneur cr&#233;e en 1923 des studios d'animation avec son fr&#232;re Roy : les &lt;i&gt;Disney Brothers Studio&lt;/i&gt; ; d&#232;s lors, les studios Disney ne cesseront de s'agrandir pour devenir la &lt;i&gt;Walt Disney Productions&lt;/i&gt; en 1929 et, enfin, la c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Walt Disney Company&lt;/i&gt; en 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand tournant, bien s&#251;r, c'est lorsque Walt dessine sa fameuse petite souris, Mickey mouse, avec ses deux fameuses oreilles toutes rondes et un simple coup de crayon en guise de queue. Deux ronds et une queue : le personnage le plus populaire de la plan&#232;te, dont tous les enfants s'arrachent l'appendice vert&#233;bral, est n&#233; le 18 novembre 1928, date de la premi&#232;re projection publique et sonore du dessin anim&#233; : &lt;i&gt;Steamboat Willie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Court m&#233;trage de sept minutes, on y d&#233;couvre d&#232;s le d&#233;but du film, Mickey mouse, cette maligne petite souris, siffler &#224; la barre du &lt;i&gt;Steamboat Willie&lt;/i&gt;, qu'il semble manier de mains de ma&#238;tre. Lorsque le fameux Pat Hibulaire arrive bient&#244;t par derri&#232;re : et l'on comprend alors que le simple moussaillon avait jusque-l&#224; usurp&#233; le r&#244;le du capitaine en prenant les commandes du c&#233;l&#232;bre bateau de marchandises. D'embl&#233;e donc, cette petite souris insignifiante, ce simple matelot m&#233;galomane se fait remonter les bretelles : se fait tirer les ficelles, oui ! Et, en repr&#233;sailles, se voit astreint &#224; briquer le pont. Il se vengera bien s&#251;r, en tirant lui-m&#234;me les ficelles du palan pour hisser une vache &#224; bord, puis en embarquant Minnie avec sa guitare et ses partitions, arriv&#233;e en retard pour l'embarquement. Mais bient&#244;t la ch&#232;vre mange partitions et guitare (les cordes avec) et Mickey, fort de sa trouvaille, incite sa petite amie &#224; actionner la queue de l'animal pour lui faire recracher la musique : la ch&#232;vre se m&#233;tamorphose alors en un phonographe dont Minnie actionne la queue comme d'une manivelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui actionne ces personnages ? Qui tire les ficelles ? C'est bien l&#224;, d&#232;s le d&#233;but du genre cin&#233;matographique, la question principale des dessins anim&#233;s : de Mickey mouse et des animations de Walt Disney.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oscar du meilleur court-m&#233;trage d'animation en 1932 (le premier du genre) avec &lt;i&gt;Des Arbres et des fleurs&lt;/i&gt;, Walt re&#231;oit la m&#234;me ann&#233;e un Oscar d'honneur pour la cr&#233;ation de sa c&#233;l&#232;bre souris. &#192; partir de 1934, cependant, Walt Disney envisage un changement de format : passer du court au long m&#233;trage. C'est ainsi que &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt; est projet&#233; pour la premi&#232;re fois au &lt;i&gt;Carthay Circle Theater&lt;/i&gt; de Hollywood et sort dans les salles le 21 d&#233;cembre 1937. La suite est connue : &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; succ&#232;de &#224; &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt; dans les cin&#233;mas et les succ&#232;s des classiques d'animation en format long m&#233;trage sortis des studios de Walt Disney se font, chaque ann&#233;e, attendre de pied ferme dans les salles par les jeunes spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jusqu'au XVIIe et XVIIIe si&#232;cle, les contes de f&#233;es &#233;taient racont&#233;s &#8212; et ils le sont encore dans certains foyers isol&#233;s de civilisation primitive &#8212; aux adultes aussi bien qu'aux enfants &#187;, observe Marie-Louise von Franz, dans son &lt;i&gt;Interpr&#233;tation des contes de f&#233;es&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marie-Louise von Franz, L'Interpr&#233;tation des contes de f&#233;es, &#201;d. J. Renard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Depuis 1937 et Walt Disney, ils sont projet&#233;s sur les &#233;crans des salles de cin&#233;mas et, chaque ann&#233;e, vus par les petits et les grands, de sept &#224; soixante-dix-sept ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque sortie d'un dessin anim&#233; de Walt Disney au cin&#233;ma, enfants, parents et grands-parents s'engouffrent dans les salles obscures pour assister &#224; la mise en sc&#232;ne d'une histoire l&#233;gendaire, d'un conte ou d'un r&#233;cit issu du folklore populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contes, mythes et l&#233;gendes : mises en sc&#232;ne de nos d&#233;sirs et fantasmes inconscients&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les tr&#233;sors du folklore, les mythes, les l&#233;gendes et les contes se transmettent-ils encore, aujourd'hui comme hier, de g&#233;n&#233;rations en g&#233;n&#233;rations. Car &#171; ils sont, comme le dit Freud, les reliquats d&#233;form&#233;s des fantasmes de d&#233;sir de nations enti&#232;res, les r&#234;ves s&#233;culaires de la jeune humanit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La cr&#233;ation litt&#233;raire et le r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187; (1908), traduit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fantasmes, r&#234;ves et d&#233;sirs : r&#234;ves de voir, d&#233;sirs d'entendre, plaisirs de dire et de raconter, fantasmes d'entendre et de tendre l'oreille. Rappelons-nous de cette merveilleuse fin du &lt;i&gt;Petit Chaperon rouge&lt;/i&gt;, o&#249; la petite fille demande au loups :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grands bras ? C'est pour mieux t'embrasser, ma fille. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes jambes ? C'est pour mieux courir, mon enfant. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes oreilles ? C'est pour mieux &#233;couter, mon enfant. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grands yeux ? C'est pour mieux voir, mon enfant. Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes dents. C'est pour te manger ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La chute est cruelle : &#171; Et en disant ces mots, ce m&#233;chant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea. &#187; R&#233;jouissons-nous ! Nous avons l&#224;, le morc&#232;lement, le d&#233;membrement, l'effeuillage pulsion par pulsion, membre par membre (bras, jambes, oreilles, &#339;il, dents) de l'image de l'unit&#233; psychique de notre fameux h&#233;ros : le Moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi d&#233;sarticul&#233;, morcel&#233;, le Moi plonge, avec le conte, dans le tr&#233;fonds de son inconscient, o&#249; il retrouve les fantasmes et les d&#233;sirs avec lesquels il peut enfin se r&#233;concilier. Car puisque c'est un autre qui en est anim&#233;, de ces d&#233;sirs et fantasmes inavouables, nous pouvons alors en jouir &#171; sans scrupule, ni honte &#187;, comme le dit Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Notre &#226;me se trouve par elle soulag&#233;e de certaines tensions. Peut-&#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont ces d&#233;sirs et ces fantasmes inconscients refoul&#233;s ? Ce sont essentiellement les d&#233;sirs &#339;dipiens et les fantasmes de curiosit&#233; sexuelle infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous y entendons d'abord le complexe d'&#338;dipe du petit gar&#231;on et celui de la petite fille. Ainsi, le jeune lionceau de la savane africaine anim&#233; par Walt Disney, n'est-il qu'un &#338;dipe moderne, s'appr&#234;tant &#224; tuer son p&#232;re sans jamais l'avoir sciemment projet&#233;, mais dans le but avou&#233; de monter sur le tr&#244;ne et d'embrasser la Terre-m&#232;re de ses anc&#234;tres. Blanche-neige, quant &#224; elle, n'est qu'une jeune &#200;ve, aussi d&#233;sireuse qu'affol&#233;e &#224; l'id&#233;e de croquer la pomme et de convoler en justes noces avec son jeune Adam : elle ne voit pas que sur ce chemin, le paradis terrestre de la maison des nains s'&#233;loigne et le retour de la rivalit&#233; avec la m&#232;re (si belle en son miroir et dans son souvenir), se fait soudain plus pressant et la terrorise. Si l'apparent bonheur de Blanche-neige dans la maison des nains tourne finalement au cauchemar, c'est que le d&#233;sir &#339;dipien qu'il sous-tendait &#233;tait ignor&#233; de celle-ci. Certes, d'un point de vue psychologique, tout &#233;tait pour le mieux dans le meilleur des mondes et la petite fille s'exer&#231;ait &#224; devenir m&#232;re. C'&#233;tait sans compter sur l'inconscient et sa logique &#339;dipienne implacable. Au vu du cauchemar qui surgit, la prise de possession de la maison des sept nains doit rapidement se r&#233;interpr&#233;ter comme l'expression d'un violent d&#233;sir &#339;dipien &#224; l'encontre de celle qui fait retour : la m&#232;re. Le retour de la m&#232;re d&#233;guis&#233;e, c'est, pour mieux dire, le retour d'un d&#233;sir jusque-l&#224; d&#233;guis&#233; &#224; l'encontre la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons ensuite, comment l'enfant &#8212; fille ou gar&#231;on &#8212;, s'int&#233;resse d&#232;s son plus jeune &#226;ge &#224; sa sexualit&#233; naissante et conna&#238;t, notamment entre trois et cinq ans, une intense p&#233;riode de recherche sexuelle. Si l'on comprend qu'il faut attendre la fin d'une phrase pour en lire le sens, l'on comprend comment la sc&#232;ne finale de &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; permet de r&#233;interpr&#233;ter la sc&#232;ne primitive et la f&#233;&#233;rie de son &#233;trange animation : si la sortie du ventre de la baleine symbolise la sortie du ventre maternel et la vraie naissance de Pinocchio, il devient d'autant plus &#233;vident que l'animation par le coup de baguette de la f&#233;e repr&#233;sente bien la sc&#232;ne extatique originaire, celle du co&#239;t o&#249; l'enfant est con&#231;u. Le temps du film peut alors &#234;tre compris comme celui de la maturation de Pinocchio jusqu'&#224; son arriv&#233;e &#224; terme en tant qu'enfant viable. Quant &#224; Alice, affol&#233;e par le destin qu'elle entrevoit soudain d'avoir la t&#234;te tranch&#233;e comme les roses rouges de la Reine-m&#232;re de son r&#234;ve (c'est-&#224;-dire d'&#234;tre d&#233;flor&#233;e), elle part, aussi curieuse que Pinocchio, au pays des merveilles de la sexualit&#233; inconsciente, &#224; la d&#233;couverte de sa f&#233;minit&#233; prometteuse et dans le but courageux de se r&#233;concilier avec ses zones &#233;rog&#232;nes naissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce gros b&#234;ta de Quasimodo, c&#233;l&#232;bre carillonneur bossu de Notre-Dame tout frais &#233;moulu de son &#338;dipe, nous fait comprendre combien l'adolescence est une p&#233;riode difficile &#224; n&#233;gocier pour le jeune adulte naissant : en particulier de par la transformation physique et psychologique qu'elle occasionne et les choix amoureux auxquels elle confronte, r&#233;activant pour les filles comme pour les gar&#231;ons, les complexes &#339;dipiens qu'ils croyaient morts et enterr&#233;s depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dessin anim&#233;, au c&#339;ur de l'histoire vue et racont&#233;e, nous sommes &#233;l&#233;ment &#224; part enti&#232;re de ce c&#233;r&#233;monial de la projection dans la salle de cin&#233;ma. Outre l'effet cathartique, il y a l'effet b&#233;n&#233;fique, voir th&#233;rapeutique, de la mise en sc&#232;ne qui soudain rend &#224; l'inconscient toute la dynamique o&#249; il se recompose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour preuve : dans nos propres r&#233;cits, dans nos propres souvenirs, tel moment du conte, telle sc&#232;ne, tel arr&#234;t sur image du dessin anim&#233;, vient prendre la place ou se confondre avec nos propres souvenirs d'enfances : c'est justement ce que l'on appelle, nous psychanalystes, un &lt;i&gt;souvenir-&#233;cran&lt;/i&gt;. Souvenir qui masque autant qu'il r&#233;v&#232;le le v&#233;ritable souvenir qui se cache derri&#232;re celui-ci et qui demeure, lui, refoul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces souvenirs, ces &#233;l&#233;ments de contes, ces histoires enfantines et ces dessins anim&#233;s se retrouvent &#233;galement dans nos r&#234;ves ou dans les associations qu'ils &#233;voquent. Est-ce &#233;tonnant ? Non si l'on admet que depuis sa plus tendre enfance l'enfant transf&#232;re ses &#233;motions et ses affects sur les objets anim&#233;s ou inanim&#233;s qui l'entourent. L'enfance est le r&#232;gne de la toute-puissance de la pens&#233;e et celle-ci continue &#224; op&#233;rer, en sourdine, &#224; notre insu : elle d&#233;place et se joue de nos logiques conscientes. C'est bien ainsi que les dessins anim&#233;s proc&#232;dent : par la pens&#233;e magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Psychanalyse de comptoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'aucuns pourraient se demander ce que la psychanalyse a &#224; voir avec pareilles infantilit&#233;s. Les grands noms de la litt&#233;rature classique pour enfant ou les contes c&#233;l&#232;bres de la litt&#233;rature populaire passent encore, mais de l'audio-visuel &#8212; et qui plus est des dessins anim&#233;s populaires &#8212;, cela semble bien &#233;loign&#233; des consid&#233;rations s&#233;rieuses et intellectuelles de notre temps. Soutenons-le clairement : la psychanalyse n'est pas un intellectualisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse ne doit pas avoir peur, ni rougir d'aimer s'int&#233;resser aux discussions de caf&#233; de commerce. Bien au contraire, comme l'a d&#232;s le d&#233;but soulign&#233; Freud, c'est dans les songes les plus fous ou les plus saugrenus (&lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;), dans les plaisanteries les plus triviales (&lt;i&gt;Le Mot d'esprit et sa relation &#224; l'inconscient&lt;/i&gt;), bref dans notre vie de tous les jours et ce qu'elle v&#233;hicule de rat&#233;s, de lapsus et d'actes manqu&#233;s (&lt;i&gt;Psychopathologie de la vie quotidienne&lt;/i&gt;) que l'inconscient se donne le mieux &#224; entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse aime &#224; s'inviter aux comptoirs et dans les caf&#233;s du commerce. &#171; Ceux qui n'ont pas d'amour habitent les caf&#233;s, la boule de nickel est leur conte de f&#233;es &#187; dit Aragon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Aragon, Le Roman inachev&#233;, Gallimard, Paris, 1956.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le titre du po&#232;me est r&#233;v&#233;lateur : &lt;i&gt;Les mots m'ont pris par la main&lt;/i&gt;. Et soudain le po&#232;te, comme par enchantement, nous donne la r&#233;ponse &#224; la question que nous nous posions plus haut, au d&#233;but de cette r&#233;flexion : qui tire les ficelles ? Ne serait-ce donc pas, dans nos contes de f&#233;es modernes que sont les dessins anim&#233;s, les mots &#8212; nos mots (ou maux) de m&#244;mes &#8212;, qui nous prennent, encore une fois, par la main ? C'est ce que nous avons souhait&#233; d&#233;velopper dans l'&#233;tude de cinq des plus c&#233;l&#232;bres dessins anim&#233;s de Walt Disney : &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Blanche-neige-et-les-sept-nains-L.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Pinocchio-Scene-primitive.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pinocchio&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Alice-au-pays-des-merveilles-de-l.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; et enfin &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Bossu-de-Notre-Dame-Adolescence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Bossu de Notre-Dame&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Dans le cours des si&#232;cles, la science a inflig&#233; &#224; l'&#233;go&#239;sme na&#239;f de l'humanit&#233; deux graves d&#233;mentis. La premi&#232;re fois, ce fut lorsqu'elle a montr&#233; que la terre, loin d'&#234;tre le centre de l'univers, ne forme qu'une parcelle insignifiante du syst&#232;me cosmique dont nous pouvons &#224; peine nous repr&#233;senter la grandeur. Cette premi&#232;re d&#233;monstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait d&#233;j&#224; annonc&#233; quelque chose de semblable. Le second d&#233;menti fut inflig&#233; &#224; l'humanit&#233; par la recherche biologique, lorsqu'elle a r&#233;duit &#224; rien les pr&#233;tentions de l'homme &#224; une place privil&#233;gi&#233;e dans l'ordre de la cr&#233;ation, en &#233;tablissant sa descendance du r&#232;gne animal et en montrant l'indestructibilit&#233; de sa nature animale. Cette derni&#232;re r&#233;volution s'est accomplie de nos jours, &#224; la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, travaux qui ont provoqu&#233; la r&#233;sistance la plus acharn&#233;e des contemporains. Un troisi&#232;me d&#233;menti sera inflig&#233; &#224; la m&#233;galomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas ma&#238;tre dans sa propre maison, qu'il en est r&#233;duit &#224; se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique &#187; (Sigmund Freud, &lt;i&gt;Introduction &#224; la psychanalyse&lt;/i&gt;, &#201;d. Payot, Paris, 1921).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le moi n'est pas ma&#238;tre dans sa propre maison &#187; (Sigmund Freud, &#171; Une difficult&#233; de la psychanalyse &#187; (1917), &lt;i&gt;&#338;uvres Compl&#232;tes&lt;/i&gt;, vol. XV, Paris, PUF, p. 50).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La cr&#233;ation litt&#233;raire et le r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187; (1908), traduit de l'Allemand par Marie Bonaparte et Mme E. Marty (1933), &lt;i&gt;Essais de psychanalyse appliqu&#233;e&lt;/i&gt;, Gallimard, Coll. &#171; Id&#233;es &#187; (NRF n&#176; 263), Paris, 1971, pp. 69-81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; D'apr&#232;s nos habitudes, rien ne communique moins de soi qu'un tel sujet qui en fin de compte ne cache rien. Il n'a qu'&#224; vous (manipuler) : vous &#234;tes un &#233;l&#233;ment entre autres du c&#233;r&#233;monial o&#249; le sujet se compose justement de pouvoir se d&#233;composer. Le &lt;i&gt;bunraku&lt;/i&gt;, th&#233;&#226;tre des marionnettes, en fait voir la structure toute ordinaire pour ceux &#224; qui elle donne leurs m&#339;urs elles-m&#234;mes &#187; (Jacques Lacan, &#171; Lituraterre &#187;, &lt;i&gt;Litt&#233;rature&lt;/i&gt;, n&#176; 3, Paris, Larousse, 1971).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marie-Louise von Franz, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des contes de f&#233;es&lt;/i&gt;, &#201;d. J. Renard, Coll. &#171; La Fontaine de Pierre &#187;, Paris, 1990, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La cr&#233;ation litt&#233;raire et le r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187; (1908), traduit de l'Allemand par Marie Bonaparte et Mme E. Marty (1933), &lt;i&gt;Essais de psychanalyse appliqu&#233;e&lt;/i&gt;, Gallimard, Coll. &#171; Id&#233;es &#187; (NRF n&#176; 263), Paris, 1971, pp. 69-81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Notre &#226;me se trouve par elle soulag&#233;e de certaines tensions. Peut-&#234;tre m&#234;me le fait que le cr&#233;ateur nous met &#224; m&#234;me de jouir d&#233;sormais de nos propres fantasmes sans scrupule ni honte contribue-t-il pour une large part &#224; ce r&#233;sultat ? &#187; (Sigmund Freud, &#171; La cr&#233;ation litt&#233;raire et le r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187; (1908), traduit de l'Allemand par Marie Bonaparte et Mme E. Marty (1933), &lt;i&gt;Essais de psychanalyse appliqu&#233;e&lt;/i&gt;, Gallimard, Coll. &#171; Id&#233;es &#187; (NRF n&#176; 263), Paris, 1971, pp. 69-81).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Aragon, &lt;i&gt;Le Roman inachev&#233;&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1956.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Contes de f&#233;es, d&#233;sirs anim&#233;s et fantasmes inconscients &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt; (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes), Psychanalyste-paris.com, Paris, f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Bossu de Notre-Dame : Adolescence et vie amoureuse</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Bossu-de-Notre-Dame-Adolescence.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Bossu-de-Notre-Dame-Adolescence.html</guid>
		<dc:date>2012-12-02T13:55:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Quelle diff&#233;rence y-a-t-il entre un h&#233;ros et un anti-h&#233;ros ? Aucune ! En tant qu'anti-h&#233;ros, Quasimodo partage le destin premier d'un h&#233;ros : et tout le g&#233;nie de Freud est justement de nous avoir fait comprendre que ce destin est de tuer le p&#232;re et de s'unir avec sa m&#232;re. Quasimodo n'y manque pas. La diff&#233;rence avec le mod&#232;le original n'est qu'une diff&#233;rence de temps logique. Alors que toute la trame dramatique temporelle du h&#233;ros tend &#224; r&#233;aliser son destin parricide et incestueux, l'anti-h&#233;ros est, d&#232;s le d&#233;but, comme marqu&#233; au fer rouge par l'inceste qu'il r&#233;alise de par sa naissance m&#234;me.&lt;br /&gt;
&#192; peine n&#233;, le p&#232;re de Quasimodo est ex&#233;cut&#233; par les gardes de Frollo et l'enfant est recueilli dans l'enceinte de la Cath&#233;drale. Allons droit au but : de par sa naissance, Quasimodo scelle le destin de son p&#232;re et s'unit avec sa m&#232;re. Car que repr&#233;sente Notre-Dame ? Sinon le ventre de la m&#232;re, l'enceinte sacr&#233;e, dans laquelle Quasimodo se complait.&lt;br /&gt;
&#192; cet &#233;gard, Quasimodo ne veut pas tant dire &lt;i&gt;difforme&lt;/i&gt;, qu'&lt;i&gt;informe&lt;/i&gt;. &#8220;Informe&#8221;, au sens de &#8220;pas encore arriv&#233; &#224; maturit&#233;&#8221;, comme encore &#8220;en formation&#8221;, encore dans le ventre de la m&#232;re, dont il peine &#224; sortir pour trouver sa forme d&#233;finitive.&lt;br /&gt;
Comprenons-le d'embl&#233;e : la monstruosit&#233; de Quasimodo, c'est aussi le d&#233;sir incestueux dont il est marqu&#233; et affubl&#233; de par son histoire m&#234;me, et qui sonne comme un oracle antique. &#8220;Si tu as un fils, il te tuera et il couchera avec sa m&#232;re&#8221;, annonce l'oracle &#224; La&#239;os, le p&#232;re d'&#338;dipe. &#8220;Un b&#233;b&#233; ? Ah ! Il est monstrueux&#8221; s'exclame Claude Frollo. L'oracle &#8220;sonne&#8221;, car en tant que &#8220;sonneur&#8221;, Quasimodo ne parle pas. C'est d'ailleurs ce que lui fait remarquer son ma&#238;tre, Claude Frollo, lorsqu'il lui rend visite pour la premi&#232;re fois dans le film : &#8220;Cher enfant, &#224; qui donc parlais-tu ?&#8221; &#8220;&#192; mes amis&#8221; r&#233;pond Quasimodo, en faisant allusion &#224; des gargouilles de pierre. &#8220;Est-ce que les pierres parlent ?&#8221; r&#233;torque alors Frollo. &#8220;Non, elles ne disent rien&#8221;, avoue honteusement le carillonneur. Bref, Quasimodo n'a pas acc&#232;s &#224; la parole de son inconscient (&#199;a), il se contente de sonner les cloches et de parler &#224; son surmoi. La seule parole qui peut sortir de son inconscient est un lapsus. Lorsque Frollo lui demande de r&#233;viser son alphabet, interrog&#233; &#224; la lettre &#8220;F&#8221;, Quasimodo r&#233;pond &#8220;festival&#8221; au lieu de &#8220;faute&#8221;. Par le lapsus, c'est soudain le &#199;a, le d&#233;sir inconscient qui parle et passe par-dessus la parole du surmoi, la parole des cloches et de son ma&#238;tre. Car le Festival des fous, c'est bien la parole de l'inconscient, le charivari, le grand bruit, le chaos du &#199;a.&lt;br /&gt;
Toute l'histoire, tout l'enjeu du sc&#233;nario, c'est que Quasimodo ait acc&#232;s &#224; cette parole du &#199;a, cette parole de son d&#233;sir inconscient, autrement dit que Quasimodo r&#233;ussisse &#224; parler cet inceste qui est &#224; son origine, qu'il tait depuis trop longtemps et qui le taraude et l'&#233;touffe en sourdine. Ainsi Quasimodo aura-t-il enfin acc&#232;s &#224; sa v&#233;ritable histoire, qu'il ne conna&#238;t toujours pas, puisqu'il ne conna&#238;t que celle, consciente et surmo&#239;que que Frollo lui a racont&#233;e &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton81-3ee94.jpg?1757670363' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Le Bossu de Notre-Dame : Adolescence et vie amoureuse &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, d&#233;cembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE BOSSU DE NOTRE-DAME&lt;br /&gt;
Adolescence et complexit&#233; du choix d'objet dans la vie amoureuse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt; est le trente-quatri&#232;me classique d'animation produit par les studios Disney en format long-m&#233;trage. Sorti en 1996 aux Etats-Unis ainsi que dans les principaux pays occidentaux, le film devient rapidement num&#233;ro un du box-office en France. Nomin&#233; &#224; l'Oscar et au Golden Globe de la meilleure musique de film en 1997, le sc&#233;nario a donn&#233; lieu &#224; de nombreuses adaptations en com&#233;die musicale et son compositeur, Alan Menken, sera r&#233;compens&#233; la m&#234;me ann&#233;e aux BMI Film &amp; TV Awards, prix distribu&#233; par la soci&#233;t&#233; de gestion des droits d'auteur am&#233;ricaine &lt;i&gt;Broadcast Music Incorporated&lt;/i&gt; (BMI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du sc&#233;nario, le film s'inspire largement du roman &lt;i&gt;Notre-Dame de Paris&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1831 par le c&#233;l&#232;bre po&#232;te et dramaturge fran&#231;ais Victor Hugo, m&#234;me si des diff&#233;rences notables peuvent &#234;tre remarqu&#233;es, notamment quant &#224; l'issue finale et au d&#233;nouement de l'intrigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'histoire consciente est un r&#233;quisitoire pour le droit &#224; la diff&#233;rence, l'&#233;galit&#233; des chances et la justice sociale, du point de vue psychanalytique, le sc&#233;nario du film de Disney met surtout en &#233;vidence toute la difficult&#233; et la complexit&#233; du socle de la vie amoureuse pour l'adulte naissant qu'est l'adolescent d'aujourd'hui. D&#232;s la pubert&#233;, le petit d'homme est d'embl&#233;e soumis &#224; un difficile et conflictuel choix d'objet d'amour, lui imposant dans l'inconscient, une mise &#224; distance n&#233;cessaire et continue de l'objet incestueux. Ce choix est d'autant plus douloureux qu'il s'effectue au milieu d'une m&#233;tamorphose pubertaire souvent ressentie comme d&#233;formante, voire &#171; difformante &#187;. C'est le th&#232;me psychanalytique principal du &lt;i&gt;Bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HISTOIRE ET LES PERSONNAGES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un Paris de la fin du XVe si&#232;cle, aux alentours du parvis de la Cath&#233;drale de Notre-Dame, tandis que les cloches tintent de mille couleurs et sonorit&#233;s, un marionnettiste gitan du nom de Clopin harangue les enfants autour de son th&#233;&#226;tre ambulant en racontant l'histoire du myst&#233;rieux sonneur de cloches qui vit, tout l&#224;-haut, dans l'un des clochers du majestueux monument. Qui est donc cette cr&#233;ature ? Comment est-elle ? Pourquoi demeure-t-elle l&#224;-haut ? Ceci est l'histoire d'un homme et d'un monstre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une sombre nuit hivernale, une barque s'avance &#224; la rame sur la Seine et entre dans Paris. &#192; son bord, quatre gitans abordent les quais de Notre-Dame et se rendent vite compte qu'un pi&#232;ge leur a &#233;t&#233; tendu par leur passeur. &#192; peine mettent-ils un pied sur la berge, que le juge Claude Frollo, puritain au c&#339;ur froid comme l'acier, s'appr&#234;te &#224; l&#226;cher ses gardes et passer les fers aux boh&#233;miens afin de les d&#233;ferrer au Palais de Justice. Parmi les quatre gitans, une femme cache en son sein un enfant : elle r&#233;ussit &#224; s'enfuir au travers des ruelles &#233;troites de la ville. Lanc&#233; &#224; sa poursuite, Claude Frollo la rattrape sur les marches de la cath&#233;drale de Notre-Dame o&#249; elle comptait demander asile et lui arrache son b&#233;b&#233;. S'apercevant que l'enfant est monstrueux, le terrible juge s'appr&#234;te &#224; le jeter au fond d'un puits, lorsque l'Archidiacre de Paris surgit et l'en emp&#234;che. Frollo prend pr&#233;texte de la monstruosit&#233; de l'enfant pour l&#233;gitimer son acte odieux ; mais aux yeux de l'homme d'&#233;glise, Frollo est coupable et, pour le punir d'avoir voulu en toute impunit&#233;, souiller ce lieu sacr&#233; qu'est le parvis de Notre-Dame, du sang d'un enfant innocent, l'Archidiacre somme le juge de l'&#233;lever lui-m&#234;me, comme s'il &#233;tait sa propre prog&#233;niture. Le juge n'accepte d'avoir son destin encha&#238;n&#233; &#224; cet &#234;tre monstrueux qu'&#224; la seule condition que celui-ci reste cach&#233; dans l'&#233;glise, &#224; l'abri des regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que Frollo abandonne la garde de l'enfant &#224; l'Archidiacre, non sans l'avoir baptis&#233; du nom de Quasimodo, en raison de sa difformit&#233;. Quasimodo grandit ainsi, servant de petite main et d'homme &#224; tout faire, et principalement &#224; faire sonner les cloches dans les tours de la Cath&#233;drale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prot&#233;g&#233; par cette enceinte sacr&#233;e, Quasimodo est coup&#233; du monde et de la r&#233;alit&#233; par les deux tours de Notre-Dame qui lui servent de sanctuaire ; n'ayant comme seuls amis les gargouilles de pierre de la Cath&#233;drale : du haut de ses deux tours d'ivoire, il regarde vivre &#171; les gens d'en bas &#187;. Jusqu'au jour o&#249;, ayant grandit et pr&#234;t &#224; voler de ses propres ailes, Quasimodo souhaite ardemment participer &#224; la F&#234;te des fous, c&#233;l&#232;bre f&#234;te organis&#233;e autour de la Cath&#233;drale, et durant laquelle les saltimbanques chantent, dansent, donnent des repr&#233;sentations th&#233;&#226;trales et mille autres divertissements. Quasimodo sait cependant que son ma&#238;tre, le juge Claude Frollo, qui s'est toujours employ&#233; &#224; ce que son &#233;l&#232;ve ne fasse jamais un pas hors de la tour, lui interdira d'y aller ; d'autant qu'il d&#233;teste au plus haut point la f&#234;te des fous, qu'il juge une abjecte rencontre de tous les rebus de l'humanit&#233; se vautrant subitement dans le stupre et l'alcool. Celui-ci lui confirme d'ailleurs son point de vue, lors de la visite hebdomadaire qu'il rend, comme &#224; l'accoutum&#233;e, &#224; son fils. Pour asseoir sa position, Frollo rappelle &#224; Quasimodo qu'il lui doit tout, allant m&#234;me jusqu'&#224; lui raconter la fausse histoire selon laquelle sa m&#232;re l'aurait abandonn&#233; de mani&#232;re indigne, alors que lui, Frollo, l'aurait recueilli et &#233;lev&#233; alors que tout autre l'aurait noy&#233;. Le juge laisse entendre &#224; Quasimodo que le monde est cruel, intol&#233;rant et m&#233;prisant et qu'au regard de sa difformit&#233; et de sa laideur, il ne rencontrerait &#171; en bas &#187; que haine et calomnies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, un jeune et beau cavalier entre dans Paris. S'avan&#231;ant vers un petit groupe de boh&#233;miens saltimbanques qui font la qu&#234;te, il croise le regard enflamm&#233; d'une jeune &#201;gyptienne qui danse en frappant sur son tambourin. Le jeune homme tombe imm&#233;diatement sous le charme, tandis celle-ci se fait accoster par deux lieutenants de la garde qui soup&#231;onne sa mendicit&#233; et lui reprochent d'avoir vol&#233; les pi&#232;ces d'or tomb&#233;es dans son escarcelle. Souhaitant l'emprisonner, le jeune homme s'oppose &#224; son arrestation et se fait conna&#238;tre des deux gardes : c'est Ph&#339;bus, le capitaine de la garde, qui revient de la guerre et s'appr&#234;te &#224; prendre ses nouvelles fonctions sous les ordres du juge Frollo. Arriv&#233; au Palais de Justice, le juge lui expose sa politique : mener une lutte sans merci &#224; l'&#233;gard des boh&#233;miens, accus&#233;s de pratiques h&#233;r&#233;tiques et de corrompre les bonnes m&#339;urs du peuple ; le juge entend les traquer jusqu'au lieu secret o&#249; ils vivent en toute impunit&#233;, cach&#233;s au c&#339;ur de la cit&#233; : la cour des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Quasimodo, outrepassant l'interdit, d&#233;cide de se rendre &#224; la f&#234;te des fous, &#171; en bas &#187;. Pour cela, il se d&#233;guise et s'affuble d'une longue cape d'&#233;toffe qui lui recouvre la t&#234;te comme d'une capuche. Se promenant inconnu sous les confettis et dans le charivari de la f&#234;te, Quasimodo croise lui aussi l'&#201;gyptienne, qui est en train de se pr&#233;parer pour son spectacle de danse. Tentant de se cacher, &lt;i&gt;Le bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt; tombe sous le regard de l'&#201;gyptienne, qui croit que le visage de Quasimodo est simple un masque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les regards crois&#233;s du juge Frollo (qui pr&#233;side au spectacle) et de Quasimodo (qui y assiste, anonyme, dans la foule), l'&#201;gyptienne entame sa danse endiabl&#233;e, s&#233;duisant le p&#232;re et le fils, aussi bien que le capitaine de la garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin Clopin, en Monsieur Loyal, se hisse sur l'estrade afin de d&#233;signer, comme chaque ann&#233;e, le roi des fous : il s'agit de sacrer le personnage le plus laid de la f&#234;te. Alors que les concurrents d&#233;filent, l'&#201;gyptienne propulse Quasimodo sur le devant de la sc&#232;ne, lequel est &#233;lu et sacr&#233; le roi des fous, tandis que l'&#201;gyptienne s'aper&#231;oit trop tard que le visage du carillonneur n'&#233;tait pas un masque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au beau milieu de la f&#234;te, devant toute l'assembl&#233;e qui le reconna&#238;t soudain comme le sonneur de Notre-Dame et s'appr&#234;te &#224; le prendre pour cible de ses quolibets, Quasimodo tr&#244;ne &#224; visage d&#233;couvert sous les yeux de son ma&#238;tre Frollo, qui assiste impuissant &#224; ce sacre odieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ligot&#233; au beau milieu de la foule, Quasimodo implore son ma&#238;tre de le d&#233;livrer, mais celui-ci s'y refuse pr&#233;textant que cette le&#231;on lui serve &#224; l'avenir. Seule et d&#233;fiant l'attitude du juge, l'&#201;gyptienne s'avance pour stopper ce lynchage et lib&#233;rer Quasimodo de ses liens. R&#233;clamant la justice pour le difforme carillonneur (associant l'image difforme et d&#233;grad&#233;e au sort cruel subit par son peuple), l'&#201;gyptienne prend la parole et harangue la foule en s'adressant au juge injuste. Frollo d&#233;cide alors de lui faire payer son insolence et ordonne &#224; Ph&#339;bus et sa garde d'arr&#234;ter la boh&#233;mienne sur le champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jouant de ses charmes et de sa souplesse, elle r&#233;ussit cependant &#224; s'enfuir. Tandis qu'accabl&#233; et repentant, Quasimodo regagne ses tours, l'&#201;gyptienne se glisse incognito dans l'enceinte sacr&#233;e de la Cath&#233;drale. Mais Ph&#339;bus, l'a suivi ; il ne l'arr&#234;te cependant pas et l'assure de sa loyaut&#233; ; il lui demande juste son nom : Esm&#233;ralda. C'est alors que le juge Frollo fait son entr&#233;e en r&#233;clamant son arrestation. Esm&#233;ralda croit que Ph&#339;bus l'a tromp&#233; et lui a tendu un pi&#232;ge, tandis que l'Archidiacre exige le droit d'asile pour Esm&#233;ralda et demande &#224; Frollo de partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, elle aussi prisonni&#232;re de Notre-Dame, Esm&#233;ralda en profite pour s'excuser aupr&#232;s de Quasimodo et d&#233;couvre son int&#233;rieur. Timide, celui-ci se prend au jeu et tombe amoureux. Quasimodo l'aide finalement &#224; sortir et &#224; &#233;chapper &#224; la vigilance des archers de la garde qui veillent et guettent tout faux pas d'Esm&#233;ralda en dehors du lieu sacr&#233;. La prenant dans ses bras, &lt;i&gt;Le bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt; et Esm&#233;ralda volent de gargouilles en gargouilles sur l'architecture gothique. Esm&#233;ralda se retrouve libre et pour remercier Quasimodo, lui donne le talisman qu'elle avait son cou : la cl&#233; de la cit&#233; des gitans, afin que lui aussi, un jour, trouve asile s'il en avait besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'il rentre dans sa tour, Quasimodo tombe nez &#224; nez avec Ph&#339;bus, qu'il prend pour un ennemi d'Esm&#233;ralda. Celui-ci tente alors de le convaincre de sa bonne foi et de sa loyaut&#233; &#224; l'&#233;gard de l'&#201;gyptienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Frollo apprend par un garde qu'Esm&#233;ralda s'est &#233;chapp&#233;e de Notre-Dame. Devant son d&#233;sespoir et sa d&#233;ception, l'on comprend alors que Frollo est d&#233;vor&#233; par une passion secr&#232;te qu'il tente en vain d'&#233;touffer : un amour fou pour la boh&#233;mienne Esm&#233;ralda, d&#233;sirant ardemment qu'elle s'offre &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frollo se jure alors de retrouver Esm&#233;ralda m&#234;me s'il doit mettre tout Paris &#224; feu et &#224; sang. Et il s'y emploie, br&#251;lant et r&#233;duisant en cendres les maisons de centaines d'innocents soup&#231;onn&#233;s de cacher l'&#201;gyptienne. Devant une telle injustice, Ph&#339;bus, le capitaine de la garde, se rebelle et Frollo le condamne &#224; mort pour insubordination. R&#233;ussissant cependant &#224; s'&#233;chapper, Ph&#339;bus est atteint dans sa fuite par la fl&#232;che d'un des archers de Frollo. Bless&#233;, Ph&#339;bus parvient n&#233;anmoins, avec l'aide d'Esm&#233;ralda et des boh&#233;miens, &#224; rejoindre Notre-Dame dans laquelle il trouve asile, cach&#233; par Quasimodo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frollo flaire le coup et subodore la complicit&#233; de Quasimodo ; il se rend imm&#233;diatement dans la Cath&#233;drale pour fouiner. Sous la pression du juge, Quasimodo avoue &#224; Frollo sa culpabilit&#233; dans l'&#233;vasion d'Esm&#233;ralda mais r&#233;ussit &#224; d&#233;rober Ph&#339;bus au regard de son ma&#238;tre. Frollo s'en va, non sans avoir pr&#233;venu Quasimodo qu'il devine la cachette d'Esm&#233;ralda et qu'il part sur le champ avec un millier d'homme la d&#233;busquer. Apr&#232;s son d&#233;part, Quasimodo r&#233;alise que le talisman qu'Esm&#233;ralda lui avait donn&#233; rec&#233;lait la cl&#233; de son repaire et part imm&#233;diatement avec Ph&#339;bus, pr&#233;venir Esm&#233;ralda et les siens de l'imminence du danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parvenus &#224; la cour des miracles en d&#233;codant le message cach&#233; du talisman, les deux comp&#232;res se glissent dans les catacombes o&#249; ils tombent nez &#224; nez avec Clopin et ses gitans qui, les prenant pour deux espions, les font imm&#233;diatement prisonniers. Quasimodo et Ph&#339;bus sont sur le point d'&#234;tre ex&#233;cut&#233;s lorsqu'Esm&#233;ralda parvient &#224; les lib&#233;rer en expliquant aux siens qu'ils sont deux amis qui l'ont aid&#233; &#224; s'&#233;chapper de la Cath&#233;drale et des griffes de Frollo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Ph&#339;bus pr&#233;vient les boh&#233;miens que Frollo attaquera &#224; l'aube, le juge fait justement irruption dans la cour des miracles. Il se fait fort d'expliquer alors qu'il a tout bonnement tendu un pi&#232;ge &#224; Quasimodo en feignant de savoir o&#249; se trouvait Esm&#233;ralda. Faisant suivre son &#233;l&#232;ve, Quasimodo l'aura finalement conduit malgr&#233; lui &#224; la cour des miracles, condamnant du m&#234;me coup Esm&#233;ralda, Ph&#339;bus et le peuple boh&#233;mien des bas-fonds de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faite prisonni&#232;re et instamment condamn&#233;e pour sorcellerie, Esm&#233;ralda est conduite sur un b&#251;cher construit &#224; la h&#226;te sur le parvis de Notre-Dame. Au moment de mettre le feu au b&#251;cher, Frollo s'approche d'Esm&#233;ralda et lui propose de devenir sa ma&#238;tresse. Mais sur le refus de la boh&#233;mienne, qui le repousse en lui crachant au visage, Frollo embrase le b&#251;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encha&#238;n&#233; par Frollo dans sa tour, Quasimodo semble observer, impuissant, Esm&#233;ralda l&#233;ch&#233;e par les flammes. Dans un acc&#232;s de rage, il r&#233;ussit n&#233;anmoins &#224; briser ses cha&#238;nes et descend par les gargouilles de Notre-Dame jusqu'au b&#251;cher pour enlever Esm&#233;ralda aux flammes de l'enfer, et finalement brandir le corps agonisant de la boh&#233;mienne du haut de la Cath&#233;drale, devant la foule venue en nombre pour assister &#224; l'ex&#233;cution : Quasimodo r&#233;clame une nouvelle fois le droit d'asile pour la jeune femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pouvant cette fois se r&#233;primer, Frollo ordonne &#224; ses hommes d'enfoncer les portes de Notre-Dame et de br&#251;ler le saint &#233;difice. La foule se rebelle alors contre la garde pour prot&#233;ger ce lieu sacr&#233;. Alors qu'un soul&#232;vement populaire et une terrible lutte s'engagent au dehors, Frollo p&#233;n&#232;tre &#224; l'int&#233;rieur de l'enceinte et tente d'assassiner Quasimodo qui veille le corps d'Esm&#233;ralda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apercevant l'ombre de Frollo brandir par derri&#232;re lui un poignard, Quasimodo se retourne pour la premi&#232;re fois contre son ma&#238;tre, le projette &#224; terre et s'enfuit avec le corps d'Esm&#233;ralda. Frollo les poursuit, tandis que Quasimodo risque &#224; chaque recoin sa vie pour sauver l'&#201;gyptienne. Frollo lui apprend alors la v&#233;ritable histoire de son abandon, lui avouant qu'il y a vingt ans, sa m&#232;re est morte en tentant de le sauver. Frollo r&#233;ussit &#224; pr&#233;cipiter Quasimodo dans le vide, mais ce dernier parvient &#224; s'agripper &#224; son ma&#238;tre et s'appr&#234;te &#224; le pr&#233;cipiter &#224; son tour en contre-bas : mais au dernier moment, Quasimodo &#233;pargne son ma&#238;tre et le sauve d'une chute mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;tablit, Frollo ne s'embarrasse d'aucun remerciement et, au contraire, s'appr&#234;te en retour &#224; brandir son &#233;p&#233;e pour ex&#233;cuter Esm&#233;ralda et Quasimodo ; mais la gargouille sur laquelle Frollo se tenait c&#232;de, ce qui le pr&#233;cipite aux pieds de l'&#233;difice sacr&#233;, son corps gisant sur le parvis de Notre-Dame. Quasimodo, agripp&#233; &#224; une gargouille, est sauv&#233; in extremis par Ph&#339;bus qui r&#233;ussit &#224; le hisser dans la tour. Esm&#233;ralda les rejoint et Quasimodo comprend alors l'amour qui les unit. Les trois h&#233;ros sortent finalement triomphant par les portes de Notre-Dame devant la foule qui les acclame sur le parvis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; M&#201;TAMORHOSE ADOLESCENTE ET MONSTRUOSIT&#201; DE L'INCESTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de la monstruosit&#233;, v&#233;hicul&#233; par Quasimodo, le personnage principal du dessin anim&#233; &lt;i&gt;Le bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt;, permet d'aborder deux th&#232;mes essentiels du psychisme inconscient : d'abord celui de la m&#233;tamorphose adolescente, souvent v&#233;cue comme difforme et traumatisante, ensuite, et d'un point de vue plus &#339;dipien, celui de la monstruosit&#233; de l'inceste et du sentiment d'inf&#233;riorit&#233; h&#233;rit&#233; du complexe de castration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monstruosit&#233; et m&#233;tamorphose adolescente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de Quasimodo est d'abord et avant tout celle d'un adolescent des temps modernes. Alors qu'il avait &#233;t&#233; jusque-l&#224; &#233;lev&#233; et prot&#233;g&#233; par sa m&#232;re nourrici&#232;re Notre-Dame de Paris, il s'appr&#234;te d&#233;sormais, en ce fameux jour de la F&#234;te des fous, &#224; s'envoler de ses propres ailes, tel un oiseau qui sort de son nid : c'est la premi&#232;re sc&#232;ne du film succ&#233;dant au g&#233;n&#233;rique du d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le revers de la m&#233;daille, c'est que Quasimodo va alors &#234;tre confront&#233; aux probl&#232;mes sp&#233;cifiques de son &#226;ge, qui sont notamment ceux de la m&#233;tamorphose adolescente et de la pubert&#233;. Cette m&#233;tamorphose, si elle semble avant tout corporelle, n'en est pas moins renforc&#233;e par une dynamique psychique inconsciente donnant son plein &#233;cho traumatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasimodo ne se sent pas &#171; normal &#187;, avoue-t-il aux gargouilles, il est tourment&#233; par son aspect physique. &#171; Je suis difforme et je suis tr&#232;s laid &#187;, &#171; Je suis un monstre&#8230; oui, rien qu'un monstre &#187; chante-t-il avant de se rendre, d&#233;guis&#233;, au Festival.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on conna&#238;t les principales m&#233;tamorphoses physiques de l'adolescence : croissance des parties g&#233;nitales externes (poitrine, testicules, organes g&#233;nitaux), modification des parties sexuelles internes (glandes sexuelles, accumulation des semences dans les r&#233;servoirs des produits sexuels, menstruation), stimulations et excitation des zones g&#233;nitales, multiplication des zones &#233;rog&#232;nes, etc. &#192; cela, s'ajoutent autant de m&#233;tamorphoses physiques secondaires comme l'acn&#233; ou la mue de la voix. Cette soudaine m&#233;tamorphose peut &#234;tre saisie de prime abord comme un subit d&#233;veloppement disgracieux, voire monstrueux. La difformit&#233; de Quasimodo va ainsi parler directement au jeune spectateur pr&#233;-adolescent qui va s'identifier &#224; ce h&#233;ros soucieux comme lui de s'&#233;manciper de l'autorit&#233; des adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La monstruosit&#233; de l'inceste : l'oracle, le h&#233;ros et son destin &#339;dipien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle diff&#233;rence y-a-t-il entre un h&#233;ros et un anti-h&#233;ros ? Aucune ! En tant qu'anti-h&#233;ros, Quasimodo partage le destin premier d'un h&#233;ros : et tout le g&#233;nie de Freud est justement de nous avoir fait comprendre que ce destin est de tuer le p&#232;re et de s'unir avec sa m&#232;re. Quasimodo n'y manque pas. La diff&#233;rence avec le mod&#232;le original n'est qu'une diff&#233;rence de temps logique. Alors que toute la trame dramatique temporelle du h&#233;ros tend &#224; r&#233;aliser son destin parricide et incestueux, l'anti-h&#233;ros est, d&#232;s le d&#233;but, comme marqu&#233; au fer rouge par l'inceste qu'il r&#233;alise de par sa naissance m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine n&#233;, le p&#232;re de Quasimodo est ex&#233;cut&#233; par les gardes de Frollo et l'enfant est recueilli dans l'enceinte de la Cath&#233;drale. Allons droit au but : de par sa naissance, Quasimodo scelle le destin de son p&#232;re et s'unit avec sa m&#232;re. Car que repr&#233;sente Notre-Dame ? Sinon le ventre de la m&#232;re, l'enceinte sacr&#233;e, dans laquelle Quasimodo se complait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, Quasimodo ne veut pas tant dire &#171; difforme &#187;, qu'&#171; informe &#187;. &#171; Informe &#187;, au sens de &#171; pas encore arriv&#233; &#224; maturit&#233; &#187;, comme encore &#171; en formation &#187;, encore dans le ventre de la m&#232;re, dont il peine &#224; sortir pour trouver sa forme d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprenons-le d'embl&#233;e : la monstruosit&#233; de Quasimodo, c'est aussi le d&#233;sir incestueux dont il est marqu&#233; et affubl&#233; de par son histoire m&#234;me, et qui sonne comme un oracle antique. &#171; Si tu as un fils, il te tuera et il couchera avec sa m&#232;re &#187;, annonce l'oracle &#224; La&#239;os, le p&#232;re d'&#338;dipe. &#171; Un b&#233;b&#233; ? Ah ! Il est monstrueux &#187; s'exclame Claude Frollo. L'oracle &#171; sonne &#187;, car en tant que &#171; sonneur &#187;, Quasimodo ne parle pas. C'est d'ailleurs ce que lui fait remarquer son ma&#238;tre, Claude Frollo, lorsqu'il lui rend visite pour la premi&#232;re fois dans le film : &#171; Cher enfant, &#224; qui donc parlais-tu ? &#187; &#171; &#192; mes amis &#187; r&#233;pond Quasimodo, en faisant allusion &#224; des gargouilles de pierre. &#171; Est-ce que les pierres parlent ? &#187; r&#233;torque alors Frollo. &#171; Non, elles ne disent rien &#187;, avoue honteusement le carillonneur. Bref, Quasimodo n'a pas acc&#232;s &#224; la parole de son inconscient (&#199;a), il se contente de sonner les cloches et de parler &#224; son surmoi. La seule parole qui peut sortir de son inconscient est un lapsus. Lorsque Frollo lui demande de r&#233;viser son alphabet, interrog&#233; &#224; la lettre &#171; F &#187;, Quasimodo r&#233;pond &#171; festival &#187; au lieu de &#171; faute &#187;. Par le lapsus, c'est soudain le &#199;a, le d&#233;sir inconscient qui parle et passe par-dessus la parole du surmoi, la parole des cloches et de son ma&#238;tre. Car le Festival des fous, c'est bien la parole de l'inconscient, le charivari, le grand bruit, le chaos du &#199;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'histoire, tout l'enjeu du sc&#233;nario, c'est que Quasimodo ait acc&#232;s &#224; cette parole du &#199;a, cette parole de son d&#233;sir inconscient, autrement dit que Quasimodo r&#233;ussisse &#224; parler cet inceste qui est &#224; son origine, qu'il tait depuis trop longtemps et qui le taraude et l'&#233;touffe en sourdine. Ainsi Quasimodo aura-t-il enfin acc&#232;s &#224; sa v&#233;ritable histoire, qu'il ne conna&#238;t toujours pas, puisqu'il ne conna&#238;t que celle, consciente et surmo&#239;que que Frollo lui a racont&#233;e, celle selon laquelle sa m&#232;re l'aurait abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'inceste est bien au commencement pour chacun de nous. &#171; Ce n'est qu'une cr&#233;ature d&#233;moniaque que je renvoie &#224; l'enfer auquel elle appartient &#187;, s'exclame Frollo alors qu'il s'appr&#234;te &#224; jeter l'enfant dans le puits : c'est-&#224;-dire qu'il s'appr&#234;te &#224; refouler cette parole incestueuse au plus profond des tr&#233;fonds de l'inconscient. L'enjeu du dessin anim&#233; est de faire parler ce p&#233;ch&#233;, ce sexuel, bref cet inceste inconscient qui nous constitue tous. Car plus Frollo tente de refouler l'enfant dans le puits, plus le refoul&#233; va faire retour et r&#233;appara&#238;tre au grand jour, aux yeux de tous, jusqu'&#224; s'exhiber en haut des deux tours de Notre-Dame pour se faire entendre, par le tintement des cloches, par toute la ville et finalement s'exhiber au beau milieu du Festival, consacr&#233; comme roi des fous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inceste nous constitue d'autant plus que le premier choix d'objet de l'enfant s'&#233;taye, on le sait, sur la m&#232;re. Nous savons en effet (nous l'avons d&#233;j&#224; vu dans les articles pr&#233;c&#233;dents), que les premiers objets d'amour infantiles se portent sur les personnes qui nous nourrissent, nous prot&#232;gent et nous prodiguent nos premiers soins : le premier objet sexuel est donc la m&#232;re ou son substitut. Au fur et &#224; mesure de son d&#233;veloppement, l'enfant va certes s'en &#233;loigner, mais comme le souligne Lacan, &#171; la m&#232;re reste contaminer la femme pour le petit d'homme ; le reste s'ensuit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'ordre familial ne fait que traduire que le P&#232;re n'est pas le g&#233;niteur, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, le choix d'objet d'amour ult&#233;rieur s'effectue &#233;galement sur le mod&#232;le de la m&#232;re. Que ce choix d'objet se fasse par &#233;tayage ou sur un mode narcissique, l'objet d'amour reste intimement li&#233; &#224; la peste incestueuse &#339;dipienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monstruosit&#233; et sentiment d'inf&#233;riorit&#233; : surmoi, id&#233;al du moi et moi id&#233;al&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on a vu pr&#233;c&#233;demment que la disparition du complexe d'&#338;dipe laisse des traces ind&#233;l&#233;biles dans le psychisme inconscient : elle a comme h&#233;ritier un surmoi qui s'&#233;rige comme un id&#233;al plus ou moins exigeant et, comme s&#233;quelle, un sentiment d'inf&#233;riorit&#233; plus ou moins marqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on englobe habituellement sous le vocable de surmoi, trois instances psychiques inconscientes qui pr&#233;sentent pour notre sujet des subtilit&#233;s int&#233;ressantes : le surmoi &#224; proprement parler, l'id&#233;al du moi et le moi id&#233;al. Le surmoi &#224; proprement parler est l'instance psychique par excellence, en ce sens qu'elle est totalement d&#233;sincarn&#233;e, aveugle et culpabilisante. L'id&#233;al du moi est quant &#224; elle une instance, certes &#233;galement interdictrice, en ce qu'elle occupe une fonction d'auto-observation, mais &#224; laquelle on peut &#233;galement se soumettre par amour ; en ce sens, l'id&#233;al du moi peut se donner comme un mod&#232;le &#224; imiter. Le moi id&#233;al doit plus s'entendre comme un id&#233;al narcissique ant&#233;rieur au complexe d'&#338;dipe, que le surmoi reprendrait &#224; son compte et engloberait dans un deuxi&#232;me temps. Pour mieux faire comprendre les choses, le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Le Bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt; pr&#233;sente justement cet &#233;norme avantage d'incarner ces deux derni&#232;res instances psychiques inconscientes : Frollo repr&#233;sente ind&#233;niablement l'id&#233;al du moi, interdicteur certes, mais auquel on se soumet volontiers par amour, car on l'admire pour son haut degr&#233; de moralit&#233; ; tandis que Ph&#339;bus repr&#233;sente quant &#224; lui le moi id&#233;al, auquel Quasimodo se compare en silence et auquel il souhaiterait secr&#232;tement ressembler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le moi id&#233;al a tendance &#224; galvaniser Quasimodo, l'id&#233;al du moi le culpabilise et l'abaisse. En se comparant &#224; ce qu'il croit &#234;tre un mod&#232;le d'int&#233;grit&#233;, Quasimodo se diminue par amour pour Frollo, son ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car dans notre lecture de l'inconscient, la monstruosit&#233; de Quasimodo est d'abord et avant tout l'expression de ce sentiment d'inf&#233;riorit&#233; que Quasimodo ressent en se comparant &#224; ses juges. C'est d'abord l'id&#233;al du moi, le juge Claude Frollo, qui lui apprend qu'il est un monstre. C'est le premier th&#232;me de la chanson Rien qu'un jour, o&#249; Quasimodo reprend en ch&#339;ur les paroles de son ma&#238;tre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Frollo : Rappelle-toi ce que je t'ai appris, Quasimodo&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Tu es difforme &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Je suis difforme&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : Et tu es tr&#232;s laid&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Et je suis tr&#232;s laid&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Ce sont des crimes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Aux yeux des hommes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Qui sont sans piti&#233;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : Mais tu ne comprends rien &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Vous &#234;tes mon d&#233;fenseur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	En bas, ils te traiteront&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : De monstre &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Je suis un monstre&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	En bas, c'est la haine&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : Et le m&#233;pris &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Oui, rien qu'un monstre...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Tu dois fuir leurs calomnies&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Leur intol&#233;rance&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Reste ici&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : Reste-moi fid&#232;le&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que tant l'id&#233;al du moi que le sentiment d'inf&#233;riorit&#233; sont extr&#234;mement prononc&#233;s chez notre anti-h&#233;ros Quasimodo. Sa pudeur, ses inhibitions, sa compassion, tous ces traits t&#233;moignent de la violence du refoulement de Quasimodo au sortir de son &#338;dipe, violence du refoulement de sa sexualit&#233; infantile, n&#233;cessaire pour garder l'amour de son p&#232;re-adoptif Frollo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Osons ici encore parler de sexualit&#233; infantile puisque si les jeux de Quasimodo avec ses statuettes peuvent bien s&#251;r &#234;tre compris, d'un point de vue conscient, comme une tentative de vivre par procuration &#8212; une vie domin&#233;e par la timidit&#233; &#8212;, ils sont d'abord et avant tout, dans l'inconscient, l'expression de ses manifestations sexuelles infantiles, auto&#233;rotiques et masturbatoires, d&#233;sormais refoul&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu avec &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Pinocchio-Scene-primitive.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pinocchio&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, que les fantasmes de fustigation constituaient autant de r&#233;sidus du complexe de castration li&#233; &#224; l'&#338;dipe. Sous l'influence du surmoi et la culpabilit&#233; qu'il instaure, les pulsions sexuelles r&#233;gressent &#224; un stade ant&#233;rieur d'organisation g&#233;nitale o&#249; le sadisme infantile refoul&#233; s'exprime, d&#233;guis&#233;e, retourn&#233; en masochisme. Celles-ci culminent alors que Quasimodo est lynch&#233; sur le parvis de Notre-Dame. Alors qu'&#338;dipe-roi est fustig&#233; par la peste et la foule th&#233;baines, Quasimodo-roi des fous est lynch&#233; pour s'&#234;tre trop longtemps pendus aux cloches de Notre-Dame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monstruosit&#233; et honte de l'inceste : les gargouilles et les mamelles de Notre-Dame&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons en effet depuis l'&lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt; de Freud, que les fa&#231;ades de maisons, grands b&#226;timents et monuments repr&#233;sentent dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient le corps des adultes. Lorsqu'en r&#234;ve l'on se laisse glisser, que l'on grimpe ou s'agrippe le long de leurs parois, c'est que l'on se rem&#233;more le petit enfant que l'on &#233;tait, s'agrippant aux corps des adultes que l'on affectionnait tout particuli&#232;rement. Si les murs lisses repr&#233;sentent g&#233;n&#233;ralement des hommes, les murs pr&#233;sentant des balcons, moulures ou autres saillies auxquelles on se rattrape (non sans angoisse), repr&#233;sentent le corps des femmes et, en particulier, celui de la m&#232;re. Ainsi les gargouilles aux gueules ouvertes repr&#233;sentent-elles ici autant de mamelles (et fentes f&#233;minines) dont l'illustre monument est symboliquement affubl&#233; et sur lesquelles Quasimodo va, butinant de mamelons en mamelons, se complaisant all&#233;grement dans cette volupt&#233; maternelle incestueuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu, avec &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, comment le sentiment d'inf&#233;riorit&#233; correspond &#224; une cicatrice narcissique, un &#171; h&#233;ritage archa&#239;que &#187; du complexe d'&#338;dipe contemporain de la formation du surmoi. Nous voyons avec &lt;i&gt;Le Bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt;, et notamment avec la sc&#232;ne o&#249; Quasimodo est &#233;lu Roi des fous, comment ce complexe d'inf&#233;riorit&#233; flirte avec le masochisme et l'exhibitionnisme. &#192; cet &#233;gard, le romancier et po&#232;te suisse Gottfried Keller&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; le 19 juillet 1819 et d&#233;c&#233;d&#233; le 15 juillet 1890 &#224; Zurich.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;crit dans son roman &lt;i&gt;Henri le vert&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne vous souhaite pas, mon cher Lee, d'avoir &#224; ressentir par exp&#233;rience directe ce qu'il y a de v&#233;rit&#233; raffin&#233;e et piquante dans la situation d'Ulysse, lorsqu'il appara&#238;t, nu et couvert de vase, devant Nausicaa et ses compagnes de jeu ! Voulez-vous savoir comment cela se passe ? Tenons&#8209;nous&#8209;en &#224; notre exemple. Si un jour, s&#233;par&#233; de votre patrie et de tout ce qui vous est cher, vous allez, errant, en pays &#233;tranger, et si vous avez beaucoup vu et beaucoup appris, si vous avez du chagrin et du souci, si vous &#234;tes tout mis&#233;rable et abandonn&#233;, il vous viendra la nuit immanquablement en r&#234;ve que vous vous approchez de votre patrie ; vous la voyez resplendir et briller des plus belles couleurs, de douces figures, exquises et ch&#232;res, viennent &#224; votre rencontre ; alors vous d&#233;couvrez soudain que vous errez en guenilles, nu et couvert de poussi&#232;re. Une honte et une angoisse sans nom vous saisissent, vous cherchez &#224; vous couvrir, &#224; vous cacher, et vous vous r&#233;veillez baign&#233; de sueur. Tel est bien, aussi longtemps qu'il y aura des humains, le r&#234;ve de l'homme en proie au chagrin et &#224; l'errance, et c'est ainsi qu'Hom&#232;re a tir&#233; cette situation de l'essence de l'humanit&#233;, dans ce qu'elle a de plus profond et d'&#233;ternel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel Ulysse errant en guenilles &#224; l'approche de la m&#232;re-patrie, les haillons dont Quasimodo se parent nous renseignent sur la proximit&#233; de son d&#233;sir incestueux qui, &#224; fleur de peau de son psychisme inconscient, menace sans cesse de faire surface et de s'&#233;taler au grand jour pour lui faire honte sur la place publique. Si la salet&#233; participe ind&#233;niablement d'une r&#233;gression &#224; la jouissance anale impos&#233;e par une culpabilit&#233; incestueuse de l'objet du stade d'organisation phallique, l'exhibitionnisme dont il est l'effet est ind&#233;niablement teint&#233; d'une subtile dose de masochisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Angoisse de la foule et attachement &#224; la m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasimodo a peur d'affronter le monde, et plus exactement d'affronter la foule. Or cette angoisse de la foule, n'est rien d'autre, on le sait, que l'angoisse de ne pas reconna&#238;tre le visage de la m&#232;re dans le visage de l'autre. Le ph&#233;nom&#232;ne de la m&#233;connaissance chez les b&#233;b&#233;s, aux alentours du huiti&#232;me mois en est l'exemple frappant : l'enfant se met alors &#224; hurler d&#232;s qu'on le place dans des bras autres que ceux de la m&#232;re. Si le b&#233;b&#233; hurle, c'est tout simplement qu'il s'aper&#231;oit que celui &#224; qui il a &#224; faire, n'est pas la m&#232;re. Sa libido perd imm&#233;diatement son objet : se retrouvant sans objet, elle erre, reconvertie en angoisse. Il en va d'ailleurs de m&#234;me pour la peur du noir ou l'angoisse de l'obscurit&#233;. Ce n'est parce que l'enfant a peur du noir qu'il hurle, mais c'est parce que dans le noir, il ne voit pas l'objet aim&#233;, la m&#232;re ; au contraire, il s'apaise lorsque celle-ci r&#233;appara&#238;t soudain, ne serait-ce qu'en lui tenant la main&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud a &#224; cet &#233;gard une anecdote int&#233;ressante : &#171; Je dois l'explication de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasimodo aborde l'&#233;tranger avec angoisse tout simplement parce qu'il ne reconna&#238;t pas le visage de sa m&#232;re dans la foule anonyme. La libido premi&#232;re est alors transform&#233;e en angoisse. Comme le dit Freud, l'angoisse est &#224; la libido ce que le vinaigre est au vin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, Trois essais sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; QUASIMODO OU LE RABAISSEMENT DE LA VIE AMOUREUSE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du film, Quasimodo souhaite se rendre au Festival des fous, mais pour cela, il doit imp&#233;rativement s'&#233;manciper de l'autorit&#233; du juge Frollo ; n'osant le faire, il se d&#233;guise, c'est-&#224;-dire opte pour une solution de compromis, un sympt&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pulsion sexuelle et qu&#234;te d'objet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue strictement psychique, il est important de comprendre que la tension sexuelle accrue de la pubert&#233; est d'abord et avant tout ressentie comme du d&#233;plaisir. En effet, dans le psychisme, c'est la d&#233;charge, autrement dit, l'abaissement de la tension, qui est associ&#233; au plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#234;te, c'est bien entendu la jouissance et la F&#234;te des fous sonne comme un imp&#233;ratif, un imp&#233;rieux besoin de d&#233;charge de cette tension sexuelle accumul&#233;e. Jusque-l&#224;, en tant qu'enfant bien au chaud dans les jupons de m&#232;res, les pulsions sexuelles pouvaient s'exprimer de mani&#232;re auto-&#233;rotique. Avec la m&#233;tamorphose de la pubert&#233;, les pulsions sexuelles vont d&#233;sormais aller en qu&#234;te d'un objet sexuel ext&#233;rieur. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, la pulsion sexuelle est en quelque sorte appel&#233;e &#224; devenir &#171; altruiste &#187;. Quasimodo veut sortir, allez &#171; en bas &#187;, il veut aller &#224; la rencontre des gens : comment s'y prendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le choix d'objet d'amour : la voie narcissique ou par &#233;tayage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Freud nous le pr&#233;cise, deux voies sont possibles dans le choix d'objet pr&#233;sent et futur : la voie par &#233;tayage et la voie narcissique. Selon la voie par &#233;tayage, c'est la femme qui nourrit et qui apporte les soins qui donne l'empreinte premi&#232;re. Selon le mode narcissique, on aime ce que l'on est, ce que l'on a &#233;t&#233; ou que l'on voudrait &#234;tre, c'est-&#224;-dire soi-m&#234;me ou une personne qui a &#233;t&#233; une partie de soi-m&#234;me, encore une fois ici, la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux voies ne sont pas &#233;tanches ou cloisonn&#233;es et l'on peut ais&#233;ment passer de l'une &#224; l'autre. Contempler l'auto-&#233;rotisme du nourrisson est, par exemple pour les parents, source d'un intense plaisir et d'un amour profond et touchant : pourtant, ne s'agit-il pas avant tout dans cet amour parental, d'un amour infantile et narcissique premier qui se rappelle soudain &#224; la m&#233;moire de l'adulte et qui, revivifi&#233;, se m&#233;tamorphose d&#233;sormais en un amour d'objet pour leur propre enfant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &#338;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, chez Quasimodo, son narcissisme infantile perdu, qui semble, dans un premier temps, &#234;tre transf&#233;r&#233; sur l'objet sexuel &#233;lu, Esm&#233;ralda. La libido du moi est &#233;vinc&#233;e au profit de la libido d'objet : c'est le m&#233;canisme de l'&#233;tat amoureux qui place certes l'amoureux dans un &#233;tat extatique, mais qui peut &#233;galement le conduire dans des &#233;tats de contrainte proche de la n&#233;vrose, avec des raisonnement du type : &#171; je ne suis rien, elle est tout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le type par &#233;tayage, la m&#232;re de Quasimodo est ind&#233;niablement Notre-Dame de Paris : c'est elle qui l'a prot&#233;g&#233; et nourrit. Selon le type narcissique, on retrouve celui de la belle Esm&#233;ralda, sauvage et autonome, n'en faisant qu'&#224; sa t&#234;te. Elle est affubl&#233;e de la ch&#232;vre, qui est certes l'image du diable (le grand bouc), mais aussi celle, maternelle, du lait et du pi nourricier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De par sa rencontre avec Esm&#233;ralda, Quasimodo est &#233;cartel&#233; entre deux objets d'amour et entre deux types de choix d'objet : d'un c&#244;t&#233;, son attachement &#224; Notre-Dame de Paris qui repr&#233;sente la m&#232;re nourrici&#232;re et un type de choix d'objet par &#233;tayage ; de l'autre, Esm&#233;ralda, qui repr&#233;sente la m&#232;re dans la splendeur de sa geste et qui v&#233;hicule un choix d'objet de type narcissique. D'un c&#244;t&#233;, un objet de type symbolique et apaisant, de l'autre, un objet de type imaginaire et exaltant : le conflit est patent, tandis que Quasimodo voit soudain son image flatt&#233;e et se voit surnomm&#233; &#171; Gueule d'amour &#187; par ses amies les Gargouilles. &#171; T'es un vrai tombeur &#187; lui disent-elles. Le narcissisme retrouv&#233; de Quasimodo culmine avec la chanson &#171; Un gars comme toi &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Un gars comme toi gagne &#224; tous les coups&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Parce que t'as tous les atouts de ton charme fou &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;T'es l'as des as&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quand on te voit, on ne t'oublie pas&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tu as d' l'allure, j' te jure, c'est s&#251;r&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Reste que dans le choix d'objet de type narcissique, le but premier est d'&#234;tre aim&#233; et la satisfaction se fait plus pressante sous sa forme fantasmatique : le fantasme incestueux n'est pas loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esm&#233;ralda et le fantasme de la m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des traits caract&#233;ristiques de l'adolescence est que m&#234;me si la vie sexuelle de l'adolescent est en plein d&#233;veloppement et en pleine effervescence, elle n'est justement pas encore arriv&#233;e, par d&#233;finition, &#224; sa pleine maturit&#233;. Ainsi, son choix d'objet ne serait &#234;tre d&#233;finitif et les flots de sa pouss&#233;e sexuelle ne peuvent d'abord se d&#233;verser que dans un torrent de fantasmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de ce torrent, les fantasmes &#339;dipiens sont bien &#233;videmment les plus remuants. C'est ainsi que le conflit &#339;dipien r&#233;appara&#238;t entre, d'une part, la sexualit&#233; d&#233;bordante et la forte pouss&#233;e libidinale caract&#233;ristique de cette p&#233;riode pubertaire et, d'autre part, la condamnation de ces repr&#233;sentations fantasmatiques par l'instance surmo&#239;que d&#233;sormais solidement instaur&#233;e dans le psychisme. C'est &#224; ce conflit que l'adolescent doit advenir, et c'est ce conflit qu'il doit trancher afin de s'affranchir d&#233;finitivement de l'autorit&#233; parentale et effectuer le saut g&#233;n&#233;rationnel qui l'attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on voit ainsi dans un premier temps du film, un Quasimodo incapable de s'affranchir de Notre-Dame et de surmonter l'autorit&#233; du juge Frollo. Un Quasimodo emp&#234;tr&#233; dans des motions tendres vis-&#224;-vis de ces deux objets d'amour non-sexuels et, de ce fait, incapable d'acc&#233;der &#224; plein d&#233;veloppement de sa sexualit&#233; et, partant, de ses relations avec le monde qui l'entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa sexualit&#233; est anesth&#233;si&#233;e par une fixation infantile de sa libido et celle-ci n'arrive &#224; s'&#233;couler que sous la forme de fantasmes inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esm&#233;ralda, malgr&#233; sa gentillesse, repr&#233;sente l'objet fantasmatique par excellence du jeune adolescent : celui d'une femme s&#233;duisante d'&#226;ge m&#251;r repr&#233;sentant tout aussi bien la s&#233;duction que l'autorit&#233;, faisant ainsi &#233;minemment office de la m&#232;re. Comme le souligne Freud, le jeune homme est avant tout &#171; en qu&#234;te de l'image mn&#233;sique de sa m&#232;re, image qui le domine depuis les d&#233;buts de son enfance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, Trois essais sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit &#339;dipien ainsi raviv&#233; &#224; la pubert&#233;, le conflit de l'adolescence se comprend comme un choix d'objet qui doit n&#233;cessairement s'effectuer dans la douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant du film, en acceptant d'abandonner Esm&#233;ralda comme objet sexuel &#224; Ph&#339;bus, Quasimodo traverse son fantasme et r&#233;ussit &#224; s&#233;parer le conscient de l'inconscient. &#171; Je suis fatigu&#233; d'&#234;tre ce que je ne suis pas &#187; s'exclame Quasimodo, r&#233;alisant qu'il n'est ni d&#233;termin&#233; par son surmoi, ni par son fantasme. Il abandonne la m&#232;re comme objet unique de sa pulsion sexuelle et s'assume libre de d&#233;sormais choisir un autre objet d'amour conforme &#224; l'ordre g&#233;n&#233;rationnel. Il acc&#232;de ainsi &#224; un plein amour d'objet selon le type par &#233;tayage, c'est-&#224;-dire &#171; d&#233;-narcissis&#233; &#187;, ce qui est le type de choix d'objet caract&#233;ristique de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plac&#233; devant le principe de r&#233;alit&#233;, Quasimodo accepte, dans la douleur : il d&#233;chire la carte qu'il avait sur le c&#339;ur, mais prot&#232;ge la vie d'Esm&#233;ralda. Quasimodo r&#233;ussit &#224; se d&#233;faire de son fantasme et &#224; mobiliser son &#233;nergie psychique sur une cause plus noble : la libert&#233; du peuple boh&#233;miens. Il acc&#232;de &#224; la sublimation de sa pulsion sexuelle et fait le choix d&#233;lib&#233;r&#233; en faveur de la vie. L'adolescent-Quasimodo se r&#233;concilie avec son conflit, d&#233;code le langage de son inconscient (le talisman) et acc&#232;de au &#199;a : les bas-fonds de la cour des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, le surmoi accroit sa pression : Frollo l'a suivi et tente de s'emparer du monde pulsionnel pour le mieux juger et le refouler. Quasimodo ne r&#233;ussira &#224; trancher et r&#233;soudre son conflit &#339;dipien r&#233;activ&#233;, que lorsqu'il r&#233;ussira &#224; s'&#233;manciper d&#233;finitivement de son ma&#238;tre et du conflit &#339;dipien dont il a h&#233;rit&#233; de Frollo. Car le premier foyer du conflit n&#233;vrotique de Quasimodo est bien l&#224;, chez Frollo, r&#233;v&#233;l&#233; et paraissant au grand jour dans sa relation conflictuelle et tortur&#233;e &#224; l'&#201;gyptienne Esm&#233;ralda.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. &#8212; FROLLO ET LE TYPE PARTICULIER DE CHOIX D'OBJET&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que le juge Frollo repr&#233;sentait le surmoi aveugle et l'id&#233;al du moi. En tant que repr&#233;sentant de cette instance psychique aveugle et interdictrice, Frollo est souvent contradictoire, voire incompr&#233;hensible et lui m&#234;me soumis &#224; une grave contradiction. &#192; la fois fascin&#233; et d&#233;go&#251;t&#233; par Esm&#233;ralda, il semble autant vouloir la s&#233;duire que la combattre et la condamner. Qu'est-ce qui le fascine tant chez cette boh&#233;mienne, comment comprendre la contradiction &#224; laquelle il semble violemment confront&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le narcissisme fascinant d'Esm&#233;ralda&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esm&#233;ralda est le st&#233;r&#233;otype de la femme-narcissique dans toute la splendeur de la surestimation de son potentiel sexuel. D'o&#249; provient cette apparente suffisance dont la boh&#233;mienne semble faire preuve d'une mani&#232;re insoutenable et provocante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on sait que par la violente d&#233;ception li&#233;e &#224; la sp&#233;cificit&#233; de son &#338;dipe, la petite fille pr&#233;sente deux tendances : retirer son amour &#224; l'objet premier (la m&#232;re) et se d&#233;tourner de toute activit&#233; sexuelle (masturbatoire). Sur cette voie, le d&#233;samour et la d&#233;sexualisation de l'objet premier peuvent conduire, &#224; la pubert&#233;, &#224; une solution particuli&#232;re, un type particulier de d&#233;veloppement qui consiste, chez la femme, en un transfert de l'amour et du choix d'objet premier par &#233;tayage sur le narcissisme infantile originel qui fait alors retour. Pouss&#233;e par une qu&#234;te &#233;perdue de sa beaut&#233;, la jeune fille semble soudain retrouver sa toute-puissance infantile perdue : c'est l&#224; que s'instaure alors, comme le dit Freud, &#171; un &#233;tat o&#249; la femme se suffit &#224; elle&#8209;m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renforcement du narcissisme originel est bien entendu antinomique d'un choix d'objet d'amour par &#233;tayage. L'amour est alors possible, mais le choix va vers l'homme qui les aime, non celui qu'elle serait susceptible d'aimer. C'est en quelque sorte un choix qui s'effectue avant tout par complaisance, non par d&#233;sir. D'ailleurs Frollo ne s'y trompe pas : il est persuad&#233; qu'Esm&#233;ralda l'aimera puisque c'est lui, l'homme qui la d&#233;sire le plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de leurs charmes et de leur beaut&#233;, c'est le narcissisme de telles femmes qui fascine avant tout les hommes comme Frollo. Car comme le souligne Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est bien le narcissisme qui en lui m&#234;me fascine. Le narcissisme, dans toute son inaccessibilit&#233;, fait r&#234;ver l'homme n&#233;vros&#233;, en proie aux conflits de la vie quotidienne. Ainsi, l'enfant qui ne se soucie gu&#232;re du monde des adultes et joue sans pr&#234;ter la moindre attention &#224; ce qui l'entoure ; le caract&#232;re hautain des chats ou de certains grands animaux de proie qui s'avancent, majestueux, sans se soucier de quiconque ; le criminel qui ne s'embarrasse d'aucun emp&#234;chement pour parvenir &#224; son but, ou l'artiste (humoriste, chanteur ou acteur) qui s'avance seul contre tous sur la sc&#232;ne, tenant son public &#224; distance ; tous ces h&#233;ros de notre mythologie moderne, nous les envions pour leur narcissisme, pour la s&#251;ret&#233; et le bonheur qu'ils semblent afficher (quand bien m&#234;me celui-ci ne serait que fa&#231;ade) alors m&#234;me que nous nous sentons incapable d'atteindre &#224; un tel &#233;tat d'autosatisfaction libidinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, Esm&#233;ralda excelle et ensorcelle. &#192; mesure que Frollo tombe sous le charme, il doit repousser d'autant l'objet, en le rabaissant : &#171; Vous voyez cet &#233;c&#339;urant spectacle &#187; s'exclame le juge Claude Frollo en assistant &#224; la danse d'Esm&#233;ralda le jour de la F&#234;te des fous. &#171; Cette fille sort de l'enfer &#187; r&#233;p&#232;te-t-il &#224; la fin du spectacle. Un peu plus tard, alors qu'Esm&#233;ralda se r&#233;fugie une premi&#232;re fois dans l'enceinte de Notre-Dame de Paris pour r&#233;clamer le droit d'asile, Frollo qui l'avait poursuivit et s'&#233;tait cach&#233; derri&#232;re un pilier, la surprend finalement en arrivant par derri&#232;re elle en lui saisissant le bras. &#171; Tu crois m'avoir abus&#233; &#187;, lui dit-il &#224; l'oreille, &#171; mais sache que je suis patient &#187;. Il enfoui alors ses narines dans l'&#233;paisse chevelure de la Gitane et s'enivre de son parfum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment un tel double discours est-il possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frollo et l'amour de la putain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frollo aime autant Esm&#233;ralda qu'il semble la d&#233;tester et la combattre. Obs&#233;d&#233; par la lutte entre bien et le mal, le juge est manifestement en proie &#224; un combat n&#233;vrotique aig&#252;e, &#224; une s&#233;v&#232;re n&#233;vrose. Celle-ci, on le sait, se d&#233;finit par un conflit entre le Surmoi moraliste et le &#199;a pulsionnel. Si ce conflit prend sa source dans le psychisme et le sexuel inconscient, il semblerait que pour l'homme soumis &#224; un tel conflit psychique, l'&#233;tat amoureux et la vie amoureuse ne soient possibles qu'&#224; la seule condition que l'objet d'amour remplisse un certain nombre de crit&#232;res pour le moins surprenants s'agissant du sujet d'&#233;tude en question : l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier rang de ces conditions surprenantes se trouve la condition dite du &#171; tiers l&#233;s&#233; &#187; : il s'agit de la condition selon laquelle la femme &#233;lue comme objet d'amour ne soit pas libre, mais appartienne &#224; un tiers &#8212; ce tiers pouvant tout aussi bien &#234;tre un mari, un fianc&#233;, un ami ou un parent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud pr&#233;cise que &#171; cette condition se montre en de nombreux cas si (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, alors que la femme seule n'exerce aucune influence sur l'homme en proie &#224; solide un conflit n&#233;vrotique, la femme d&#233;j&#224; &#171; poss&#233;d&#233;e &#187; exerce elle un fort attrait et en vient &#224; le poss&#233;der en retour. Dans le cas d'Esm&#233;ralda, l'&#201;gyptienne appartient avant tout, on le sait, &#224; sa communaut&#233; : les boh&#233;miens. Elle n'a aucune chance d'&#234;tre un jour en couple : &#171; Les gitans jamais ne durent derri&#232;re les murs &#187;, selon l'adage que mart&#232;le Frollo. Esm&#233;ralda, comme tous les gitans, n'appartient &#224; personne, surtout pas &#224; celui qui l'aime : le juge Claude Frollo. La condition du tiers l&#233;s&#233; est donc remplie, d'autant qu'Esm&#233;ralda se lie secr&#232;tement d'amiti&#233; avec Quasimodo et ne tardera pas &#224; d&#233;couvrir son amour pour Ph&#339;bus. &#192; cet &#233;gard, le contraste avec l'attitude de Quasimodo est frappant, notamment au moment crucial du film, lorsque Quasimodo devine qu'Esm&#233;ralda ne l'aime que d'amiti&#233; et qu'elle porte son amour sur Ph&#339;bus. Alors que Frollo est galvanis&#233; par la rivalit&#233; avec Ph&#339;bus et a tendance &#224; nier l'amour qu'Esm&#233;ralda lui porte, Quasimodo accepte, dans la douleur, la r&#233;alit&#233; de l'autre : il d&#233;chire la carte qu'il avait sur le c&#339;ur, mais prot&#232;ge la vie de Ph&#339;bus. Quasimodo r&#233;ussit &#224; se d&#233;faire de son fantasme et &#224; mobiliser son &#233;nergie psychique sur une cause plus noble : prot&#233;ger la vie d'Esm&#233;ralda et la libert&#233; des boh&#233;miens. Quasimodo r&#233;ussit &#224; sublimer sa pulsion sexuelle et fait le choix en faveur de la vie, tandis que Frollo reste emp&#234;tr&#233; dans son fantasme mortif&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me condition, encore plus surprenante, est la condition de mauvaise r&#233;putation : en d'autres termes, ce type d'homme n&#233;vrotique ne tombe pas amoureux d'une femme chaste, fid&#232;le et digne de confiance, mais au contraire d'une femme qui pr&#233;sente la r&#233;putation d'&#234;tre volage et infid&#232;le. En termes crus, cette condition a depuis longtemps &#233;t&#233; baptis&#233;e : &#171; l'amour de la putain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette condition est bien remplie par Esm&#233;ralda&#8230; Tout du moins aux yeux de Frollo, pour qui l'&#201;gyptienne est menteuse, trompeuse, fourbe et ensorceleuse. Elle a la r&#233;putation, en tant qu'h&#233;r&#233;tique, d'avoir commerce (sous-entendu : sexuel) avec le Diable lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambivalence de l'amour de Claude Frollo pour Esm&#233;ralda est magnifiquement chant&#233;e dans la chanson &#171; Infernale &#187;, dans laquelle toutes les conditions de ce choix d'objet particulier se retrouve merveilleusement illustr&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Beata Maria&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je clame que mon &#226;me est pure&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De ma vertu j'ai droit d'&#234;tre fier&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Beata Maria&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon c&#339;ur a bien plus de droiture&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'une comme une vulgaire foule tra&#238;ne-mis&#232;re&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais pourquoi Maria ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quand elle danse l'insolente&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ses yeux de feu m'embrasent et me hantent&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quelle brulure, quelle torture&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les flammes de sa chevelure&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D&#233;vore mon c&#339;ur d'obsc&#232;nes fl&#233;trissures&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Infernal, bacchanale&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'enfer noircit ma chair&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Du p&#233;ch&#233;, de d&#233;sir &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le ciel doit me punir&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Est-ce ma faute ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pourquoi ce bl&#226;me ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est cette sorci&#232;re-gitane par qui mon c&#339;ur s'enflamme&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Est-ce ma faute ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si notre P&#232;re &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;A fait les hommes moins puissants que Lucifer&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Par piti&#233; Maria&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Prot&#232;ge moi du mauvais sort&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De cette fleur du mal et de son corps&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D&#233;truit Esm&#233;ralda, qu'un rideau de feu soit son linceul&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ou fait qu'elle soit &#224; moi et &#224; moi seule&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Infernal, bacchanale&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Diabolique sorci&#232;re&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Soit mienne, ma passion&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Te m&#232;nera en Enfer&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Seigneur piti&#233; pour elle&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Seigneur piti&#233; pour moi&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Fait qu'elle s'offre &#224; moi&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ou elle brulera&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer ces traits tout &#224; fait caract&#233;ristiques de la vie amoureuse de certains hommes n&#233;vros&#233;s ? Tout simplement en expliquant comment ces traits sont d'abord caract&#233;ristiques d'une fixation &#339;dipienne extr&#234;mement forte &#224; la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le type de choix d'objet de Quasimodo &#8212; qui est, rappelons-le, celui de l'attrait pour une femme d'&#226;ge plus m&#251;r &#8212;, est caract&#233;ristique d'un choix d'objet dont le prototype est maternel, il n'en reste pas moins que dans ce cas, la libido semble s'&#234;tre d&#233;tach&#233;e de la m&#232;re assez t&#244;t dans l'enfance. &#171; L'amour de la femme m&#251;re &#187;, en ce qu'il r&#233;v&#232;le la diff&#233;rence d'&#226;ge, confirme en lui-m&#234;me l'&#226;ge tendre &#224; laquelle la libido pour la m&#232;re s'est fix&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de &#171; l'amour de la putain &#187; au contraire, l'intense lutte contre la libido que ce mod&#232;le trahit, semble indiquer que celle-ci s'est attard&#233;e chez la m&#232;re assez longtemps dans l'enfance, voire tard dans l'adolescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est en effet qu'&#224; la p&#233;riode de l'adolescence, que l'enfant &#8212; on l'a vu avec &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Pinocchio-Scene-primitive.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pinocchio&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#8212;, ne r&#233;ussit &#224; acqu&#233;rir une pleine connaissance du d&#233;roulement complet des rapports sexuels et de l'acte du co&#239;t. Cette connaissance acquise, l'enfant pub&#232;re a n&#233;anmoins du mal &#224; admettre que ses propres parents se livrent &#224; de tels rapports et r&#233;siste souvent &#224; associer l'image infantile qu'il garde encore de la m&#232;re &#224; l'image de tels &#233;bats sexuels. &#192; de semblables r&#233;v&#233;lations, faites par un camarade plus &#226;g&#233; ou un cousin, le jeune adolescent s'empresse souvent de r&#233;torquer : &#171; Peut-&#234;tre que tes parents font cela, mais les miens ne le font pas ! &#187; Malheureusement pour lui, la m&#232;re n'y fait g&#233;n&#233;ralement pas exception et s'engage alors dans l'inconscient, un s&#233;v&#232;re conflit entre la m&#232;re chaste de l'enfance, la m&#232;re aimante et nourrici&#232;re dont il a longtemps gard&#233; l'image, et la m&#232;re de la pubert&#233;, capable de l'acte du co&#239;t. Dans ce conflit, l'image de la m&#232;re est salement d&#233;grad&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c'est g&#233;n&#233;ralement au m&#234;me &#226;ge que l'enfant apprend ce qui se cache dans l'expression du &#171; plus vieux m&#233;tier du monde &#187; et apprend qu'il existe des femmes qui font commerce avec les hommes pour de l'argent, cette image de la m&#232;re dans l'acte sexuel est refoul&#233;e dans l'inconscient et associ&#233;e &#224; un m&#233;lange de m&#233;pris et de d&#233;sir. &#171; D&#233;sir &#187;, car l'adolescent n'est pas sans savoir qu'une telle &#171; cocotte &#187; peut le faire passer de l'autre c&#244;t&#233; de la pubert&#233; et lui faire perdre son innocence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#338;dipe et le conflit &#339;dipien viennent d'&#234;tre brutalement r&#233;activ&#233;s : le d&#233;sir infantile pour la m&#232;re se teinte d&#233;sormais d'une couleur sexuelle nouvelle et d'une force attractive suppl&#233;mentaire, alors que la rivalit&#233; avec l'homme qui la poss&#232;de d&#233;j&#224; est exalt&#233;e sous la forme de la vengeance : la condition du tiers l&#233;s&#233; et l'amour de la putain sont pr&#234;ts &#224; &#233;clore en un amour aussi fou que passionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la domination de l'&#338;dipe, le sc&#233;nario r&#233;clame autant l'infid&#233;lit&#233; de la femme que le besoin de la sauver (et s'accompagne souvent, dans la r&#233;alit&#233; psychique de l'adolescence, d'une intense p&#233;riode masturbatoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons en outre avec Freud que &#171; le plus &#233;tonnant [&#8230;], chez les amants de ce type, c'est la tendance manifeste &#224; sauver la femme aim&#233;e. L'homme est convaincu que la femme aim&#233;e a besoin de lui, que sans lui, elle perdrait tout contr&#244;le moral et tomberait rapidement &#224; un niveau d&#233;plorable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Un type particulier de choix d'objet chez l'homme &#187; (1910), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; il prononce lui m&#234;me la sentence (la mort), Frollo offre &#224; Esm&#233;ralda de la sauver : &#171; Si tu le veux, il n'est pas encore trop tard, je peux te sauver des flammes de ce monde &#187; ; &#233;tant ici sous-entendu que ces flammes, sont celles du feu de l'infid&#233;lit&#233; qui est sens&#233; anim&#233; Esm&#233;ralda l'ensorceleuse. Refusant, Esm&#233;ralda reste la diabolique sorci&#232;re, fantasme de la m&#232;re incestueuse d&#233;prav&#233;e, fantasme qui pousse Frollo vers la mise &#224; mort de son propre objet d'amour, alors que Quasimodo qui, on le sait, a d&#233;j&#224; tranch&#233; dans le vif de son conflit &#339;dipien, a en ce sens fait le choix de la vie et sauve Esm&#233;ralda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment final o&#249; Frollo est sur le point d'ex&#233;cuter Esm&#233;ralda et Quasimodo, le ma&#238;tre est finalement trahit par le retour du refoul&#233;. Alors m&#234;me qu'il prononce les paroles du Jugement dernier, la gargouille maternelle sur laquelle il prenait appui c&#232;de et s'accrochant un temps &#224; elle, le juge fait face &#224; l'effrayante gueule ouverte. Le trou b&#233;ant de la castration maternelle s'offre alors &#224; lui et le plonge dans ce qu'il avait jusque-l&#224; ni&#233; de toutes ses forces : &#171; l'infernal abysse &#187; f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre le d&#233;s&#233;quilibr&#233; et le boiteux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les deux attitudes pathologiques de Quasimodo et du juge Frollo, il est difficile de se prononcer sur ce que serait une vie amoureuse &#171; normale &#187; : celle-ci, nous dit Freud, r&#233;unirait id&#233;alement tendresse et sensualit&#233; (pulsion sexuelle) sur un m&#234;me objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu que Frollo tentait de tenir &#224; distance l'objet incestueux en le rabaissant moralement (Frollo traite Esm&#233;ralda comme une d&#233;vergond&#233;e). Le rabaissement est ici moral, mais il peut-&#234;tre &#233;galement intellectuel, esth&#233;tique, social, etc. Comme Freud le souligne, &#171; on observe tr&#232;s fr&#233;quemment, chez les hommes appartenant aux classes sociales les plus &#233;lev&#233;es, le penchant &#224; garder longtemps pour ma&#238;tresse et m&#234;me &#224; choisir pour &#233;pouse une femme de condition inf&#233;rieure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur le plus g&#233;n&#233;ral des rabaissements de la vie amoureuse &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'amour de la putain &#224; son plein &#233;cho dans l'amour de la paysanne ou de la femme de chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on a vu qu'au contraire, Quasimodo accepte de perdre son fantasme et transfert sa libido sur une cause plus noble, le risque est qu'il n'arrive jamais &#224; d'autre d&#233;charge de sa pulsion sexuelle que celle de la sublimation. En d'autres termes, qu'il reste chaste &#224; jamais et que sa tendresse et la surestimation de l'objet vienne le titiller en retour sous la forme d'une &#233;ternelle frustration sexuelle. C'est l'histoire du cheval de Schilda que Freud raconte dans la derni&#232;re des cinq le&#231;ons qu'il a prononc&#233;es en 1904 &#224; la Clark University de Worcester Massachusetts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, Cinq le&#231;ons sur la Psychanalyse, Traduction de l'Allemand par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; trop fortement r&#233;primer l'instinct sexuel, nous partagerons le destin du fameux cheval de la petite ville de Schilda, que l'on habituait progressivement &#224; se passer d'avoine, mais que l'on retrouve finalement mort le lendemain du jour o&#249; le dernier grain fut supprim&#233;. En d'autres termes, une partie incompressible des excitations libidinales refoul&#233;es doit pouvoir trouver une satisfaction directe sous peine de d&#233;p&#233;rissement total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, dans cette n&#233;cessaire mise &#224; distance de l'objet incestueux, le risque est que la vie amoureuse des hommes se trouve cliv&#233;e entre l'amour et la tendresse d'une part, et la sexualit&#233; et la sensualit&#233; de l'autre. C'est en quelque sorte le pendant de la sp&#233;cificit&#233; de leur &#338;dipe. Alors que chez la petite fille, l'&#338;dipe semble dans un premier temps plus d&#233;licat &#224; n&#233;gocier, en contrepartie, l'objet incestueux semble, chez elle, d&#232;s le d&#233;but mis &#224; l'&#233;cart, puisqu'&#233;tant invit&#233;e &#224; &#233;lire un nouveau choix d'objet de sexe masculin, elle abandonne d&#233;finitivement le premier objet d'amour (la m&#232;re) et &#233;carte ainsi tout risque de confusion avec l'objet incestueux premier : le choix d'objet concilie chez elle plus facilement tendresse et sensualit&#233; sur le nouvel objet (masculin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, si l'&#338;dipe du petit gar&#231;on semble au d&#233;part plus simple &#224; n&#233;gocier, en ce que son choix d'objet n'a qu'&#224; glisser le long d'une &#233;quation &#224; un seul degr&#233; et de sexe f&#233;minin (d'une m&#232;re &#224; une femme), le choix d'objet d&#233;finitif de l'homme reste, lui, toujours plus d&#233;licat, en ce qu'il sera justement toujours teint&#233; de la m&#234;me couleur (m&#234;me sexe) que celui du premier objet d'amour (la m&#232;re). Dans son choix d&#233;finitif, l'homme reste &#224; jamais soumis au spectre d'un retour de l'objet incestueux, contre lequel il semble condamner &#224; sans cesse &#233;riger des barri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune voie droite ou toute trac&#233;e ne se profile, pour l'homme, dans son choix d'objet : il semble d&#233;finitivement condamn&#233; &#224; la tourmente. Le triste horizon de la vie amoureuse des hommes semble d&#233;finitivement se sceller dans la tristement c&#233;l&#232;bre maxime de Freud : &#171; L&#224;, o&#249; ils aiment, ils ne d&#233;sirent pas et l&#224; o&#249; ils d&#233;sirent, ils ne peuvent aimer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur le plus g&#233;n&#233;ral des rabaissements de la vie amoureuse &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Entre les deux, leur c&#339;ur balance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'ordre familial ne fait que traduire que le P&#232;re n'est pas le g&#233;niteur, et que la M&#232;re reste contaminer la femme pour le petit d'homme ; le reste s'ensuit. &#187; Jacques Lacan, &lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, &#201;d. Seuil, Paris, 1973, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233; le 19 juillet 1819 et d&#233;c&#233;d&#233; le 15 juillet 1890 &#224; Zurich.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 286.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud a &#224; cet &#233;gard une anecdote int&#233;ressante : &#171; Je dois l'explication de l'origine de l'angoisse enfantine &#224; un gar&#231;on de trois ans que j'entendis un jour supplier du fond d'une chambre obscure : &#8220;Tante, parle&#8209;moi ; j'ai peur, parce qu'il fait si noir.&#8221; la tante r&#233;pliqua : &#8220;&#192; quoi cela te servira&#8209;t&#8209;il, puisque tu ne peux pas me voir ?&#8221; &#8220;&#199;a ne fait rien, r&#233;pondit l'enfant, du moment que quelqu'un parle, il fait clair.&#8221; &#8212; Il n'avait donc pas peur de l'obscurit&#233;, mais parce qu'il lui manquait une personne aim&#233;e, et il pouvait promettre de se calmer d&#232;s qu'il aurait re&#231;u la preuve de sa pr&#233;sence. &#187; (Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; (1905), Gallimard, Coll. &#171; Folio-essais &#187;, Paris, 1987, pp. 141-175).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; (1905), Gallimard, Coll. &#171; Folio-essais &#187;, Paris, 1987, pp. 141-175).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245 : &#171; L'amour parental, si touchant et, au fond, si enfantin, n'est rien d'autre que le narcissisme des parents qui vient de rena&#238;tre et qui, malgr&#233; sa m&#233;tamorphose en amour d'objet, r&#233;v&#232;le &#224; ne pas s'y tromper son ancienne nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; (1905), Gallimard, Coll. &#171; Folio-essais &#187;, Paris, 1987, pp. 141-175.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud pr&#233;cise que &#171; cette condition se montre en de nombreux cas si inexorable que la m&#234;me femme peut d'abord passer inaper&#231;ue ou m&#234;me &#234;tre d&#233;daign&#233;e aussi longtemps qu'elle n'appartient &#224; personne, tandis qu'elle devient l'objet d'une passion amoureuse aussit&#244;t qu'elle entre dans l'une des relations d&#233;sign&#233;es avec un autre homme &#187; (Sigmund Freud, &#171; Un type particulier de choix d'objet chez l'homme &#187; (1910), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-55).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Un type particulier de choix d'objet chez l'homme &#187; (1910), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur le plus g&#233;n&#233;ral des rabaissements de la vie amoureuse &#187; (1912), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 55-66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;Cinq le&#231;ons sur la Psychanalyse&lt;/i&gt;, Traduction de l'Allemand par Yves Le Lay, &#201;d. Payot, Paris, 1965.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur le plus g&#233;n&#233;ral des rabaissements de la vie amoureuse &#187; (1910), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 55-66&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Le Bossu de Notre-Dame : Adolescence et vie amoureuse &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, d&#233;cembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Alice au pays des merveilles de l'inconscient</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Alice-au-pays-des-merveilles-de-l.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/Alice-au-pays-des-merveilles-de-l.html</guid>
		<dc:date>2012-09-09T15:40:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; C'est par ce langage, le langage de l'inconscient, si bien parl&#233; par Lewis Carroll avec ses fameux mots-valises, qu'Alice va r&#233;ussir &#224; sonder les tr&#233;fonds de son inconscient, faire volte-face &#224; ses angoisses les plus profondes et finalement retrouver le chemin qui est le sien.&lt;br /&gt;
Alice arrive alors au moment o&#249; le Chapelier-toqu&#233;, le Li&#232;vre de mars et le loir f&#234;tent r&#233;ciproquement leurs non-anniversaires, pour finalement proposer &#224; Alice de f&#234;ter le sien.&lt;br /&gt;
Il s'agit-l&#224;, bien entendu, d'une d&#233;s-identification, particuli&#232;rement d'une d&#233;s-identification sexuelle. Jusqu'&#224; la rencontre avec la chenille, nous avons vu qu'Alice se croyait identifi&#233;e sexuellement &#224; un petit gar&#231;on : elle se mesurait &#224; un point fixe, le p&#233;nis-membre masculin infantile. D&#233;sormais d&#233;barrass&#233;e de ce rep&#232;re spatio-temporel, elle d&#233;couvre une jouissance (f&#234;te) non-phallique encore plus grande que celle qu'elle vient de quitter.&lt;br /&gt;
Le th&#233;-liquide qui coule de th&#233;i&#232;res en th&#233;i&#232;res et de tasses en tasses, figure explicitement et symboliquement dans le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, la jouissance du vase-r&#233;ceptacle f&#233;minin : la jouissance vaginale nouvelle.&lt;br /&gt;
Tel un psychanalyste chevronn&#233;, le Chapelier-toqu&#233; (qui travaille du chapeau) invite Alice &#224; raconter son histoire : &lt;i&gt;Maintenant ma ch&#232;re, j'ai l'impression que vous avez une pr&#233;occupation. Voulez-vous nous dire ce qui vous ennuie ?&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Racontez-nous du d&#233;but &#224; la fin&lt;/i&gt; pr&#233;cise le Li&#232;vre de mars. Arr&#234;tant subjectivement le r&#233;cit d'Alice, le Chapelier-toqu&#233;, le Li&#232;vre de mars et le Loir ponctuent l'histoire de signifiants (entendant par exemple th&#233; pour la lettre t) et de devinettes, de mani&#232;re &#224; lui faire acc&#233;der au versant inconscient de celle-ci.&lt;br /&gt;
Surtout, le Chapelier-toqu&#233;, en s'emparant de la montre du lapin blanc sous pr&#233;texte de la r&#233;parer (mais gu&#233;rir n'est pas le but premier de la psychanalyse), la casse et lib&#232;re ainsi Alice de son angoisse de castration (et/ou angoisse de perte de virginit&#233;). Comme le disait Jacques Lacan, &lt;i&gt;on ne gu&#233;rit pas parce qu'on se rem&#233;more, on se rem&#233;more parce qu'on gu&#233;rit&lt;/i&gt; &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-des-contes-de-fees-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse des contes de f&#233;es&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Interpretation-des-reves-+.html" rel="tag"&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton80-4358e.gif?1757670836' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Alice au pays des merveilles de l'inconscient &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, septembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ALICE AUX PAYS DES MERVEILLES DE L'INCONSCIENT&lt;br /&gt;
Promenade au pays de la sexualit&#233; f&#233;minine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt; est le treizi&#232;me classique d'animation produit par les studios Disney en format long-m&#233;trage. Sorti le 28 juillet 1951 aux Etats-Unis, le film est imm&#233;diatement s&#233;v&#232;rement critiqu&#233; par la presse qui n'appr&#233;cie gu&#232;re cette adaptation qu'elle juge infantilisante de l'&#339;uvre originale. Le film est en effet une adaptation assez libre combinant les deux c&#233;l&#232;bres romans &lt;i&gt;Les Aventures d'Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Alice's Adventures in Wonderland&lt;/i&gt;) et sa suite, &lt;i&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du miroir&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Through the Looking-Glass&lt;/i&gt;), publi&#233;s successivement en 1865 et 1871 par le c&#233;l&#232;bre romancier et math&#233;maticien Charles Lutwidge Dodgson, &lt;i&gt;alias&lt;/i&gt; Lewis Carroll. Auteur culte de la logique, du paradoxe et de l'absurde, la critique am&#233;ricaine n'appr&#233;cie pas les libert&#233;s prises par Disney avec ce chef-d'&#339;uvre de la litt&#233;rature anglaise du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue technique et graphique, Walt Disney et l'&#233;quipe des cr&#233;ateurs du film ne sont d'ailleurs pas eux-m&#234;mes enti&#232;rement satisfaits du r&#233;sultat &#224; l'&#233;cran. Il faudra attendre le d&#233;but des ann&#233;es soixante et le d&#233;veloppement du mouvement hippie pour que le film soit hiss&#233; au rang de culte, notamment avec la fameuse sc&#232;ne de la chenille fumant du narguil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les studios Disney essayeront d'ailleurs de se rattraper cinquante ans plus tard, en confiant &#224; Tim Burton le soin de r&#233;aliser une suite moderne, &#233;galement intitul&#233;e &lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt;, m&#233;langeant prises de vues r&#233;elles et images de synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue psychanalytique, la curiosit&#233; d'Alice n'a rien &#224; envier &#224; celle de Pinocchio et le pays des merveilles, lieu d'exc&#232;s r&#233;pondant &#224; celui de l'&#238;le enchant&#233;e, est d'abord un monde de gourmandise o&#249; tout se boit et se mange. Nous sommes introduit encore une fois ici dans le lieu du &#199;a, o&#249; les pulsions (orales notamment) pourront s'exprimer sans retenue aucune. Le th&#232;me principal du sc&#233;nario est bien encore une fois la curiosit&#233; sexuelle infantile, ici d&#233;clin&#233;e au f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HISTOIRE ET LES PERSONNAGES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un parc anglais, au beau milieu d'une pelouse verdoyante et d'un parterre de fleurs, une jeune fille de bonne famille pr&#233;nomm&#233;e Alice, &#233;coute sa s&#339;ur lui faire une le&#231;on d'histoire sur l'accession de Guillaume le Conqu&#233;rant au tr&#244;ne d'Angleterre. Assise sur une branche d'arbre et tressant une couronne de p&#226;querettes, Alice n'&#233;coute que d'une oreille distraite en taquinant son chat Dinah. Elle n'aime pas les livres sans images et pr&#233;f&#232;re divaguer dans un monde imaginaire, celui de l'univers de ses r&#234;ves o&#249; les petits chats et les gentils lapins habiteraient des maisons merveilleuses et seraient dou&#233;s de paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que surgit un lapin blanc v&#234;tu d'une veste, portant sous le bras un parapluie : consultant une &#233;norme montre &#224; gousset il d&#233;clare haut et fort &#234;tre en retard et dispara&#238;t soudain dans un terrier. Hallucin&#233;e, Alice se met &#224; plat ventre et s'appr&#234;te &#224; le suivre dans une galerie souterraine lorsqu'elle d&#233;gringole brutalement &#224; pic dans un gouffre qui semble sans fin. En chute libre, Alice n'en finit pas de tomber, tandis que sa robe, qui se gonfle au fur et &#224; mesure de sa folle descente, l'aide &#224; s'orienter et lui sert de parachute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa chute elle croise meubles, miroirs et autre mobilier qui flottent autour d'elle comme en apesanteur. Arriv&#233;e en bas la t&#234;te &#224; l'envers, elle aper&#231;oit le lapin qui s'engouffre par une porte manifestement beaucoup trop petite pour elle. La poign&#233;e qui lui parle, lui conseille de boire une bouteille qui se trouve sur une table au beau milieu de la pi&#232;ce et sur laquelle est &#233;crit : &#171; Buvez-moi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle rapetisse alors suffisamment pour avoir juste la bonne taille pour pouvoir emprunter la porte, alors que la poign&#233;e lui rappelle que ce faisant, elle a oubli&#233; la cl&#233; pour l'ouvrir sur la table. &#201;tant d&#233;sormais trop petite pour atteindre la table, la poign&#233;e lui recommande d'ouvrir une bo&#238;te contenant des biscuits sur lesquels il est &#233;crit : &#171; Mangez-moi &#187;. Elle grandit alors et, r&#233;alisant qu'elle ne pourra plus emprunter la porte, elle se met &#224; pleurer. Les larmes se transforment en eaux sur lesquelles le flacon initial vogue comme une bouteille &#224; la mer : elle s'en saisit, le boit, rapetissit &#224; nouveau et tombe dans le flacon miniature qui franchit la serrure dans les eaux de ses propres larmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice croise alors l'oiseau Monsieur Dodo qui fume la pipe en pleine mer et qui, arriv&#233; sur le sable ferme, chante sur un rocher en faisant danser tout autour de lui tout un tas d'animaux marins sur un rythme cadenc&#233; et saugrenu. Pour se s&#233;cher, Alice entre dans la danse jusqu'&#224; ce qu'elle aper&#231;oive le lapin blanc qui, voguant sur son parapluie, atteint &#224; son tour le rivage. &#192; peine &#233;chou&#233; sur le sable, celui-ci poursuit sa course infernale contre le temps en s'engouffrant dans la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lanc&#233;e &#224; sa poursuite, Alice tombe sur les jumeaux Tweedle Dee et Tweedle Dum qui, en mal de compagnie, lui demande de rester et de s'int&#233;resser &#224; eux par politesse. Alice se pr&#233;sente et s'appr&#234;te &#224; partir lorsque, pour la retenir, les jumeaux lui proposent de jouer &#224; cache-cache, au furet, d'assister &#224; une belle bagarre. Alice ne semble pas int&#233;ress&#233;e et les jumeaux ne manquent pas de lui demander : &#171; pourquoi ? &#187; Alice r&#233;pond qu'elle est tout simplement curieuse de savoir o&#249; le lapin blanc court si vite ! Pour la faire rester les deux jumeaux attirent justement sa curiosit&#233; avec une histoire qui serait arriv&#233;e &#224; des hu&#238;tres, elles aussi, trop curieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la navrante histoire des petites hu&#238;tres trop curieuses qui raconte comment un certain Charpentier proposant &#224; un certain Monsieur Morse de balayer tout le sable de la plage, ce dernier lui r&#233;pond en lui proposant un frugal repas de fruit de mer. Sur ce, le Charpentier d&#233;niche par hasard au fond de l'eau une petite famille d'hu&#238;tres. Tandis que le Charpentier construit sur la plage une cabane &#224; hu&#238;tres improvis&#233;e, le Morse s&#233;duit la petite douzaine d'hu&#238;tres en les invitant &#224; un go&#251;ter. Les jeunes filles suivent le joueur de canne-fl&#251;te qui, comme un siffleur de rats s&#233;ducteur, d&#233;tourne les jeunes filles du droit chemin. Tandis que le Charpentier en cuisine, pr&#233;pare le citron, le vinaigre et le pain, n&#233;cessaires &#224; une d&#233;gustation d&#233;licate et dans les r&#232;gles de l'art, le Morse avale toutes crues les pauvres petites hu&#238;tres sans d&#233;fense. La s&#233;quence se termine sur l'image du Charpentier, son marteau &#224; la main, courant le long de la plage &#224; la poursuite du Morse gobeur d'hu&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux jumeaux se lancent alors dans la narration d'une nouvelle histoire, celle du p&#232;re Fran&#231;ois, afin d'inciter Alice &#224; rester un peu plus longtemps aupr&#232;s d'eux. Celle-ci ne s'y laisse pas prendre deux fois et leur fausse compagnie, s'enfon&#231;ant toujours plus dans la for&#234;t &#224; la recherche de son lapin blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La charmante enfant tombe alors sur une curieuse maison blanche qui semble &#234;tre celle du lapin blanc, puisqu'on l'aper&#231;oit s'y affairer par la fen&#234;tre. Il en sort soudain, plus press&#233; que jamais, et croise Alice qu'il semble prendre pour sa gouvernante : une certaine Marianne. Le lapin lui demande alors d'aller &#224; l'int&#233;rieur chercher ses gants qu'il ne trouve d&#233;sesp&#233;r&#233;ment pas. P&#233;n&#233;trant dans la maison, Alice arrive dans la chambre du lapin et, apr&#232;s avoir ouvert quelques tiroirs, tombe sur des biscuits sur lesquels est &#233;crit : &#171; Mangez-moi &#187;. Elle ne se fait gu&#232;re prier, mais sit&#244;t le biscuit aval&#233;, elle se met &#224; nouveau &#224; grandir, jusqu'&#224; ce que ses pieds sortent par la porte et que sa t&#234;te &#233;pouse le grenier : bref, Alice est prisonni&#232;re de la maison, tandis que le lapin, criant au monstre, part chercher de l'aide. Revenant avec le Dodo, celui-ci entend faire sortir le monstre par la chemin&#233;e. Le l&#233;zard Bill, muni de son &#233;chelle passe justement par-l&#224;, et Dodo lui propose de se glisser par la chemin&#233;e afin de d&#233;loger le monstre hors de la maison. D'abord pris de panique &#224; la vue de la g&#233;ante Alice, le l&#233;zard surmonte sa peur en s'engouffrant par le conduit de chemin&#233;e ; mais la suie qui s'en d&#233;gage fait &#233;ternuer Alice et exp&#233;die de l&#233;zard dans les airs. Tout est &#224; recommencer et le Dodo d&#233;cide d'enfumer le monstre et de br&#251;ler la maison. C'est &#224; ce moment qu'Alice entrevoit le jardin potager et passant son bras par la fen&#234;tre arrache une carotte qu'elle mange : elle rapetisse aussit&#244;t, passe par la porte et se lance &#224; nouveau &#224; la poursuite du lapin en retard tandis que le Dodo envisage de finir sa sale besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice rencontre alors successivement, un &#171; papillon-tartines-beurr&#233;es &#187;, un &#171; hippocampe-papillon &#187; et des fleurs dou&#233;es de paroles qui lui proposent de lui chanter &#171; Un matin de mai fleuri &#187;. Tandis que les papillons butinent et que les mille-pattes grimpent le long des vertes tiges, l'&#233;trange chorale de fleurs, sous la baguette d'une rose rouge, ouvrent grandes leurs coroles. Alice finit par se m&#234;ler aux narcisses, violettes, lys, pens&#233;es et p&#226;querettes et chanter en ch&#339;ur cette chanson ravissante. La chanson finie, les fleurs demandent &#224; Alice de quelle vari&#233;t&#233; de fleur est-elle et dans quel jardin la cultive-t-on. Comprenant soudain le malentendu, Alice r&#233;pond qu'elle est du genre humain, vari&#233;t&#233; : Alice. Prenant sa robe pour des p&#233;tales et ses jambes pour de dr&#244;les de tiges, les fleurs assimilent Alice &#224; quelques mauvaises herbes des champs ou du chiendent et la poussent hors de leur territoire de peur qu'elle ne monte en graine dans leur propre jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'enfon&#231;ant dans la for&#234;t, Alice aper&#231;oit quelques &#233;paisses fum&#233;es s'&#233;vader du plus profond de la v&#233;g&#233;tation. C'est une chenille bleue qui, avachie sur un champignon, fume nonchalamment le narguil&#233; en chantant quelques m&#233;lop&#233;es orientales. Sa m&#233;lodie est scand&#233;e par de maladroits toussotements provoqu&#233;s par sa pipe &#224; eau et elle laisse &#233;chapper de sa bouche d'&#233;tranges volutes qui, une fois libres comme l'air, &#233;pousent la forme de toutes les voyelles de l'alphabet : a, e, i, o, u, y. Alice s'approche et lui explique qu'elle ne sait plus qui elle est, ou en tout cas, lui confie qu'elle n'est plus elle-m&#234;me. Incapable de lui r&#233;citer la le&#231;on qu'elle a apprise, Alice &#233;coute la chenille lui r&#233;citer une po&#233;sie surr&#233;aliste, laquelle se double d'un r&#233;bus de volutes. La chenille lui demande alors quel est son probl&#232;me : Alice lui r&#233;pond qu'elle souhaiterait &#234;tre un peu plus grande que les dix centim&#232;tre auxquels elle est r&#233;duite. Mesurant elle-m&#234;me dix centim&#232;tres, la chenille se f&#226;che pour se transformer imm&#233;diatement en papillon qui, en s'envolant, confie &#224; Alice qu'un c&#244;t&#233; du champignon sur lequel elle est assise la fera grandir, tandis que l'autre la fera rapetisser. Croquant le c&#244;t&#233; droit, Alice grandit jusqu'&#224; la cime des arbres, avant de manger le c&#244;t&#233; gauche et rapetisser jusqu'&#224; recouvrer sa taille originelle premi&#232;re. Elle continue alors son chemin tout en prenant bien soin de garder les restes des deux c&#244;t&#233;s du champignon dans son tablier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un carrefour multidirectionnel, elle rencontre le chat-foin Chester, avec son sourire en forme de croissant de lune, qui lui entonne sur le champ une chanson des plus excentriques. Le chat-foin lui indique ensuite le chemin par o&#249; un lapin vient de passer, avant d'imm&#233;diatement se r&#233;tracter pr&#233;textant n'avoir vu ni conna&#238;tre aucun lapin. Il conseille cependant &#224; Alice d'interroger le Chapelier toqu&#233; et le li&#232;vre de mars qui, eux aussi &#8212; mais comme tout le monde dans cette for&#234;t &#8212; sont compl&#232;tement fous. Sur ce, le chat-foin indique &#224; Alice la direction qu'elle doit prendre pour trouver le fameux duo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice finit donc par tomber sur la maison du Chapelier et du li&#232;vre de mars, o&#249; les deux comp&#232;res n'en finissent pas de mutuellement se f&#234;ter leurs &#171; non-anniversaires &#187; autour d'une table dispos&#233;e dans le jardin sur laquelle se trouve des th&#233;i&#232;res &#233;tranges qui dansent et sifflent par leurs becs verseurs. Alice s'assoit &#224; leur table et les &#233;coute avant d'&#234;tre officiellement convi&#233;e &#224; prendre une tasse de th&#233; et &#224; f&#234;ter elle aussi son propre &#171; non-anniversaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice est alors invit&#233;e &#224; raconter son histoire : cesse entrecoup&#233;e par les trois amis qui se chamaillent, se posent des devinettes absurdes et se versent des tasses dans de plus en plus &#233;tranges services &#224; th&#233; (certaines th&#233;i&#232;res sont &#224; triple becs et d'autres sans bec verseur aucun). La jeune enfant commence &#224; comprendre qu'elle perd ici son temps et aper&#231;oit justement le lapin blanc qui sort de la maison du chapelier, se plaignant &#224; nouveau d'&#234;tre en retard. Coupant court &#224; ses j&#233;r&#233;miades, le chapelier entreprend de r&#233;parer sur le champs la montre du lapin blanc, pr&#233;textant que celle-ci est d&#233;traqu&#233;e et qu'elle retarde de deux jours et dix secondes. Le chapelier se saisit de la montre, la trempe dans le th&#233;, l'ouvre pour y mettre du sel, la d&#233;monte avec une fourchette, tartine le m&#233;canisme de beurre, y verse du th&#233;, deux cuill&#233;r&#233;es de sucre, un pot de confiture, un zeste de citron et la referme : la montre se met alors &#224; sonner et &#224; exploser en mille morceaux, le li&#232;vre de mars lui ass&#233;nant le coup fatal de son marteau. Pour couper court &#224; toutes r&#233;clamations, le chapelier et le li&#232;vre de mars s'emparent alors du lapin blanc et le projette hors de leur jardin pour ne plus entendre parler de lui ni de sa montre, non sans lui avoir pr&#233;alablement souhait&#233; un joyeux &#171; non-anniversaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atterr&#233;e par autant de cr&#233;atures stupides et lass&#233;e par toutes ces sottises, Alice se d&#233;cide &#224; quitter au plus vite le monde des merveilles et rentrer enfin chez elle. S'engouffrant alors dans la for&#234;t de Tulgey, Alice croise d'&#233;tranges cr&#233;atures : des oiseaux-yeux et des oiseaux-miroirs, des canards-klaxonnes, des grenouilles-percussions, des oiseaux-pelles et des oiseaux-cages, des chouettes-accord&#233;ons, des oiseaux-marteaux et des oiseaux-crayons et enfin des &lt;i&gt;mome-raths&lt;/i&gt; qui lui indiquent un sentier qu'elle prend pour &#234;tre celui du retour &#224; la maison, avant qu'un chien-balai efface ce chemin. Perdue et d&#233;sesp&#233;r&#233;e Alice s'assoit, tente de se repentir en se rem&#233;morant les paroles de sa s&#339;ur : elle se d&#233;couvre trop curieuse et la curiosit&#233; est, croit-elle enfin le comprendre, un vilain d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que tel un croissant de lune dans un ciel de nuit noire, le sourire &#233;clatant de blancheur du Chat-foin lui appara&#238;t et l'&#233;claire : il lui conseille d'aller voir la Reine rouge et lui pousse la porte d'un raccourci au travers d'un arbre qui soudain s'entrouvre. Alice s'engouffre par cette porte et se retrouve au beau milieu d'un labyrinthe qui visiblement m&#232;ne &#224; un ch&#226;teau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce d&#233;dale, elle croise des cartes &#224; jouer qui peignent des rosiers blancs en rouge, sous pr&#233;texte que la Reine n'aime que les rosiers rouges et que si elle s'aper&#231;oit que, par erreur, les cartes ont plant&#233; des rosiers blancs, elle n'h&#233;sitera pas &#224; leur trancher la gorge. Sa majest&#233; vient d'ailleurs d'&#234;tre annonc&#233;e par le lapin blanc (qui fait office de grand chambellan) et elle appara&#238;t finalement, aussi gauche qu'imposante, timidement suivie par un roi de c&#339;ur petit et fr&#234;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Reine s'aper&#231;oit imm&#233;diatement de la supercherie de la peinture rouge sur les rosiers blancs et r&#233;clame haut et fort que l'on coupe la t&#234;te aux coupables sur le champ. Alors qu'Alice tente de s'interposer, la Reine lui impose la r&#233;v&#233;rence et l'embrigade dans une folle partie de croquet dans laquelle les arceaux sont les cartes &#224; jouer, les maillets sont des flamants roses et les boules de dr&#244;les d'h&#233;rissons : tous ont int&#233;r&#234;t &#224; faire gagner la Reine qui n'h&#233;site pas &#224; r&#233;clamer la t&#234;te de quiconque, h&#233;risson, flamant rose ou carte, ne la fait pas gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le flamant rose d'Alice lui joue de mauvais tours, le Chat-foin ach&#232;ve d&#233;finitivement de mettre la Reine en col&#232;re en accrochant le flamant &#224; sa jupe royale, ce qui a pour effet de la faire tr&#233;bucher et tomber la t&#234;te la premi&#232;re dans le gazon. Se relevant, la Reine r&#233;clame imm&#233;diatement la t&#234;te d'Alice qu'elle tient pour responsable de sa chute. Le Roi obtient n&#233;anmoins un proc&#232;s, bien que celui-ci s'annonce totalement d&#233;loyal. Le verdict est sans surprise et la sentence pr&#233;f&#233;r&#233;e de la Reine tombe une nouvelle fois : &#171; coupez lui la t&#234;te ! &#187; Le Roi obtient &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; un sursis en faisant compara&#238;tre des t&#233;moins &#224; la barre : mais le li&#232;vre de mars, qui s'avance le premier, ne sait rien et n'a rien &#224; dire ; le loir qui sort de sa th&#233;i&#232;re ne demande, lui, qu'&#224; faire dodo ; et le chapelier toqu&#233; ne fait que s'empresser de f&#234;ter &#224; la Reine son &#171; non-anniversaire &#187; en lui offrant une bo&#238;te &#224; chapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Reine n'a pas sit&#244;t fait de d&#233;baller son cadeau et de mettre son chapeau sur la t&#234;te que celui-ci s'av&#232;re n'&#234;tre rien d'autre qu'une m&#233;tamorphose du Chat-foin qui fait une nouvelle apparition inopin&#233;e sur la t&#234;te de la Reine. Le loir affol&#233; court dans tous les sens poursuivit par ses deux amis qui envisagent de le calmer en le recouvrant de confiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette confusion g&#233;n&#233;rale, la Reine, exasp&#233;r&#233;e, r&#233;clame une nouvelle fois la t&#234;te d'Alice lorsque celle-ci, enfon&#231;ant ses deux mains dans sa robe, se souvient des deux morceaux de champignons qu'elle avait gliss&#233; dans ses poches. Mangeant les deux morceaux, Alice commence par grandir d&#233;mesur&#233;ment et snober la cour royale avant de rapetisser subitement et de s'offrir &#224; nouveau &#224; la sentence de la t&#234;te coup&#233;e. Elle s'enfuie alors dans le labyrinthe poursuivit par toutes les cartes dans un final rocambolesque o&#249; elle croise &#224; nouveau et successivement tous les acteurs du pays des merveilles, jusqu'&#224; ce qu'elle se retrouve face &#224; la poign&#233;e de porte par o&#249; elle &#233;tait entr&#233;e. S'approchant du trou de la serrure elle s'aper&#231;oit alors, au-dehors, dans le jardin du d&#233;but du film, endormie au pied d'un arbre. Se sommant de se r&#233;veiller, elle entend la voix de sa s&#339;ur qui lui r&#233;clame d'avoir l'obligeance de r&#233;citer sa le&#231;on d'histoire. Au lieu de cela, elle bredouille quelques phrases incoh&#233;rentes manifestement toutes droit sorties de ses aventures au pays des merveilles. Sur ce, sa s&#339;ur l'invite &#224; go&#251;ter et l'emm&#232;ne prendre&#8230; le th&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; &#192; LA D&#201;COUVERTE D'UNE NOUVELLE ZONE &#201;ROG&#200;NE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le &lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt; de Disney, aussi bien que le roman original, pr&#233;sente au spectateur un sc&#233;nario &#233;nigmatique, c'est peut-&#234;tre parce que le v&#233;ritable sujet qu'il entend traiter est lui-m&#234;me le sujet &#233;nigmatique par excellence. Pour Freud, nous le savons, il n'y a qu'une seule et v&#233;ritable &#233;nigme : la f&#233;minit&#233;. Faisons donc l'hypoth&#232;se que le v&#233;ritable enjeux inconscient du dessin anim&#233; de Disney est : la sexualit&#233; f&#233;minine et sa d&#233;couverte. Ainsi, interpr&#233;tons d'embl&#233;e le saut qu'effectue Alice dans le terrier, comme un saut &#224; la d&#233;couverte de la sexualit&#233; f&#233;minine inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions laiss&#233; notre petite fille en Blanche-neige, traversant le miroir de la f&#233;minit&#233; et le complexe d'&#338;dipe et, finalement, pr&#234;te &#224; &#234;tre r&#233;veill&#233;e &#224; la sexualit&#233; par son prince charmant. Les choses ne sont pas si simples. Si nous avions longuement expos&#233; le changement d'objet dont l'&#338;dipe de la petite fille se complique, passant de la m&#232;re au p&#232;re comme objet d'amour, il est une autre complication que nous n'avions fait qu'effleurer. Il s'agit du changement de zone &#233;rog&#232;ne. Si, &#224; l'acm&#233; de sa phase phallique, la petite fille subit de plein fouet la d&#233;ception de ne pas avoir de p&#233;nis, nous nous souvenons que cette d&#233;ception entra&#238;ne deux cons&#233;quences majeures qui se manifestent avec beaucoup d'acuit&#233; : un sentiment de pudeur accru et le d&#233;tournement de l'activit&#233; sexuelle masturbatoire clitoridienne. Il nous restait n&#233;anmoins une chose cruciale &#224; aborder, qui est la d&#233;couverte d'une nouvelle zone &#233;rog&#232;ne : la zone vaginale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette d&#233;couverte, &#224; la d&#233;couverte d'une nouvelle volupt&#233;, de ce nouveau pays des merveilles, que va s'employer Alice dans le dessin anim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au pied de l'arbre : la d&#233;prime infantile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet en pleine d&#233;ception, en pleine d&#233;prime infantile de la p&#233;riode de latence, que nous rencontrons Alice. Assise l&#224;, au pied de son arbre, plus rien ne l'int&#233;resse : elle est d&#233;&#231;ue par la m&#232;re dont elle a perdu l'amour et avec qui elle est entr&#233;e en rivalit&#233; ; le monde des adultes l'a d&#233;&#231;u &#224; cause des explications fausses et insuffisantes que les grandes personnes lui ont donn&#233; sur l'&#233;nigme de la sphinge et du &#171; comment fait-on les enfants ? &#187; ; enfin, Alice est d&#233;&#231;ue de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes et d'avoir &#233;t&#233; faite fille, &#171; castr&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la m&#232;re est ici tenu par la s&#339;ur a&#238;n&#233;e d'Alice et les histoires qu'elle lui raconte n'int&#233;ressent plus la petite fille : elle contemple, pleine d'ennui, son image &#171; troubl&#233;e &#187; de petite fille &#171; castr&#233;e &#187; dans l'eau du lac. C'est d&#233;j&#224; &#224; travers ce &#171; trouble &#187; qu'elle entr'aper&#231;oit le lapin blanc. C'est ici le premier indice qui nous fait deviner que la castration va faire op&#233;rer &#224; Alice un quart de tour cr&#233;ateur et que l'acc&#232;s &#224; sa symbolisation va peut-&#234;tre finir par faire sortir notre petite h&#233;ro&#239;ne de sa d&#233;prime infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La couronne de p&#226;querette et la toison du lapin blanc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e tente de l'int&#233;resser &#224; la couronne du futur roi d'Angleterre Guillaume le Conqu&#233;rant, Alice tresse, elle, une autre couronne : une couronne de p&#226;querettes. Nous sommes l&#224;, plong&#233;s au c&#339;ur d'une r&#233;flexion apparemment anodine et fantaisiste que Freud se faisait dans sa cinqui&#232;me conf&#233;rence d'introduction &#224; la psychanalyse et dont le sujet, faut-il le rappeler, &#233;tait la f&#233;minit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La F&#233;minit&#233; &#187;, Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (r&#233;flexion que Jacques Lacan poursuivra &#224; sa mani&#232;re et mettra en quelque sorte en acte dans sa topologie des n&#339;uds). Freud observant que l'on a coutume d'attribuer &#224; l'homme et non &#224; la femme, les grandes conqu&#234;tes techniques et intellectuelles de l'humanit&#233;, souhaitait &#233;quilibrer la balance en soulignant qu'il faut attribuer &#224; la femme, l'invention d'une technique peut-&#234;tre plus anodine, mais non moins fondamentale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Or si l'on observe la R&#233;volution industrielle du milieu du XVIIIe si&#232;cle, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : celle du tissage et du tressage. Or justement, Freud attribue &#224; la pudeur et &#224; la d&#233;ception sp&#233;cifiquement f&#233;minine cette activit&#233;. En s'adonnant &#224; cette activit&#233; de tissage, la femme exprime une activit&#233; inconsciente d'enlacement et de tressage des poils pubiens qui consiste &#224; symboliquement dissimuler l'inf&#233;riorit&#233; de ses organes g&#233;nitaux et son manque de p&#233;nis. Cette activit&#233; nonchalante et enjou&#233;e compense ici la d&#233;prime infantile sp&#233;cifiquement f&#233;minine. C'est l&#224;, le second indice qui nous fait comprendre qu'Alice commence &#224; entrevoir la castration comme cr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fourrure du lapin blanc et le temps de la castration cr&#233;atrice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice est lasse, Alice est lass&#233;e par le monde du conscient des adultes (qui est celui de la morale victorienne &#224; son &#233;poque) ; Alice est d&#233;&#231;ue de ne pas &#234;tre un gar&#231;on, lorsque tout &#224; coup, une lueur d'espoir surgit comme un &#233;clair : elle aper&#231;oit un lapin blanc affubl&#233; d'une montre gigantesque et qui court apr&#232;s le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre avec le lapin blanc et cette montre va lui ouvrir une nouvelle question : cette diff&#233;rence des sexes, cette castration dont elle se croit affubl&#233;e, ne serait-elle pas cr&#233;atrice ? C'est la question principale du film de Disney et du roman de Lewis Carroll.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la montre, le chronom&#232;tre, c'est bien s&#251;r Cronos qui d&#233;vore les petits enfants, Cronos le castrateur qui coupe les bourses de son p&#232;re. Dans la mythologie grecque en effet, Cronos, c'est le temps, la destin&#233;e. Plus jeune des fils d'Ouranos (le Ciel), c'est lui qui, &#224; l'aide d'une faucille que lui fournit sa m&#232;re, Ga&#239;a (la Terre), la venge en coupant les testicules de son p&#232;re. Une fois sur le tr&#244;ne &#8212; et afin d'&#233;chapper &#224; sa destin&#233;e royale qui veut que chaque roi soit renvers&#233; par un de ses fils &#8212;, Cronos exige de son &#233;pouse qu'elle lui livre tous ses nouveau-n&#233;s pour les d&#233;vorer. Ainsi Cronos est-il le temps castrateur et mangeur d'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette castration est n&#233;anmoins f&#233;conde et cr&#233;atrice. Dans la tradition populaire grecque, par exemple, c'est du sperme tomb&#233; du Ciel &#8212; du sexe d'Ouranos &#8212;, au moment de sa castration par son propre fils Cronos, que na&#238;t la V&#233;nus-Aphrodite, d&#233;esse de l'amour, de la beaut&#233; et de la f&#233;condit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors, s'&#233;lan&#231;ant de sa retraite, Cronos le saisit de la main gauche, et, de la droite, agitant sa faux immense, longue, ac&#233;r&#233;e, d&#233;chirante, il le mutile, et jette au loin derri&#232;re lui sa honteuse d&#233;pouille. [&#8230;] Cependant ces divins d&#233;bris, que le tranchant du fer avait d&#233;tach&#233;s, &#233;taient tomb&#233;s dans la vaste mer ; longtemps, ils flott&#232;rent &#224; sa surface, et, tout autour, une blanche &#233;cume s'&#233;leva, d'o&#249; naquit une jeune d&#233;esse &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;siode, &#171; La Th&#233;ogonie &#187;, Po&#232;tes moralistes de la Gr&#232;ce, traduit par M. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au lapin blanc, il symbolise tout &#224; la fois l'image de la fourrure du sexe f&#233;minin et celle de la blancheur de son innocence. Le lapin blanc, c'est bien s&#251;r la virginit&#233; f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par condensation, l'association de la virginit&#233; de la toison f&#233;minine et du temps castrateur et d&#233;voreur d'enfant, symbolise ici la destin&#233;e derni&#232;re d'Alice : en tant que femme, elle est promise, d'un point de vue social et conscient, &#224; la fin de l'innocence de l'enfance, au mariage et &#224; la suj&#233;tion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La suj&#233;tion est d'ailleurs le th&#232;me de la le&#231;on de la s&#339;ur : &#171; la soumission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et, d'un point de vue strictement sexuel, &#224; la menstruation et plus tard &#224; la d&#233;floration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'Alice aper&#231;oit le lapin blanc courir avec sa montre, elle entrevoit sa destin&#233;e, et sa destin&#233;e non pas tant sociale que sexuelle : elle s'en montre curieuse et d&#233;cide de satisfaire &#224; cette curiosit&#233; sexuelle de petite fille en plongeant la t&#234;te la premi&#232;re dans le trou de l'inconscient, dans le trou du &#199;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le saut dans le terrier et l'entr&#233;e dans le pays des fantasmes sexuels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on sait que voler, descendre ou monter (escaliers, &#233;chelles, etc.) exprime, dans le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, la volupt&#233; sexuelle, l'interpr&#233;tation du saut dans le terrier du lapin blanc ne doit faire aucun doute : il symbolise et doit s'interpr&#233;ter comme un saut dans le monde de la fantaisie et des fantasmes sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce saut est sp&#233;cifique de la f&#233;minit&#233;, dans la mesure o&#249; l'entr&#233;e sp&#233;cifique de la petite fille dans l'&#338;dipe, on s'en souvient, la pousse en dehors du domaine de la sexualit&#233; consciente et des jeux sexuels. Tenue &#224; l'&#233;cart des jeux sexuels, la petite fille s'en trouve d'autant plus &#233;veill&#233;e et s'attarde d'autant plus au domaine de la fantaisie et des fantasmes. Alors que la fin de la p&#233;riode de latence et le d&#233;but de la p&#233;riode de la pubert&#233; est, pour le jeune gar&#231;on, une p&#233;riode d'essais, de transgressions et de jeux sexuels, la petite fille est, de part la configuration sp&#233;cifique de son &#338;dipe, plus dispos&#233;e &#224; la r&#234;verie et au monde des merveilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apercevant le terrier et le lapin blanc affair&#233; s'y pr&#233;cipiter, plus que jamais curieuse, Alice p&#233;n&#232;tre dans le trou du sexuel, non en acte comme le petit gar&#231;on, mais en r&#234;verie. Nous retrouvons la curiosit&#233; sexuelle de Pinocchio, sous la forme ici sp&#233;cifiquement f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La jupe qui s'ouvre comme un parachute et l'exhibitionnisme des petites filles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La magnifique descente d'Alice dans le trou du sexuel n'est pas sans &#233;voquer l'exhibitionnisme sp&#233;cifique des petites filles. Elles aussi, connaissent, bien s&#251;r, un stade exhibitionniste, comme les petits gar&#231;ons. Soulevant leur jupe, elles montrent leur culotte &#224; tous les passants comme le dit la comptine :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Quand j'&#233;tais petit&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je n'&#233;tais pas grand.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je montrais mes fesses&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; tous les passants.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon papa disait :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Veux-tu le cacher ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je lui r&#233;pondais :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Veux-tu l'embrasser ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On sait comment Lewis Carroll a &#233;crit son ouvrage : tout commence un &#233;t&#233; 1862, la journ&#233;e du 4 juillet plus pr&#233;cis&#233;ment. Ce jour-l&#224;, Charles Dodgson (&lt;i&gt;alias&lt;/i&gt; Lewis Carroll) et un de ses coll&#232;gues de l'Universit&#233; d'Oxford o&#249; il enseigne les math&#233;matiques, invitent trois charmantes petites filles, Alice Liddel et ses deux s&#339;urs Lorina et Edith, &#224; une partie de canot sur une petite rivi&#232;re en amont de la Tamise, l'Isis, r&#233;put&#233;e pour ses courses d'aviron et ses magnifiques promenades en barque. Alice Liddel est alors &#226;g&#233;e de dix ans et l'histoire raconte comment Lewis Carroll, charm&#233; par cette petite fille &#233;veill&#233;e, la courtis&#226;t chastement en lui racontant des histoires &#224; dormir debout. L'on imagine Alice assise et faisant virevolter sa jupe face &#224; un Lewis Carroll improvisant les devinettes abracadabrantes tout en magnant l'aviron. Une fois descendue du canot, la petite fille pleine de vivacit&#233; lui demande d'&#233;crire toutes ces histoires. Il s'y att&#232;le et accomplit son chef-d'&#339;uvre : il le signe de son nom d'emprunt et l'offre &#224; sa muse inspiratrice deux ans plus tard, le 26 novembre 1864.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En regardant cette superbe descente dans le terrier du lapin, l'on imagine l'exhibitionnisme des petites filles ramant dans la barque. Une c&#233;l&#232;bre photo d'Alice Liddell par Lewis Carroll datant de 1858 la montre d'ailleurs, les pieds nus, en train de l&#233;g&#232;rement retrousser ses jupes. Il faut ici louer tout le g&#233;nie de Lewis Carroll, qui a su, &#224; sa mani&#232;re, saisir et d&#233;peindre l'essence de la sexualit&#233; f&#233;minine &#224; partir de l'observation d'une petite fille : il a su faire preuve, &#224; la mani&#232;re des po&#232;tes, d'une perspicacit&#233; pr&#233;-analytique hors du commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La porte de la passe-impossible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;e en bas, Alice se trouve vite d&#233;sempar&#233;e, lorsque lanc&#233;e &#224; la poursuite du lapin blanc, elle tombe sur une petite porte cach&#233;e derri&#232;re le rideau rouge. S'avan&#231;ant vers ce tableau qui n'est pas sans nous rappeler celui de &lt;i&gt;L'Origine du monde&lt;/i&gt; de Gustave Courbet, Alice tombe face &#224; la platine de la porte : si la poign&#233;e ressemble &#224; un nez, surplombant le trou de la serrure, l'ensemble n'est pas sans &#233;voquer la sp&#233;cificit&#233; du sexe f&#233;minin. D'ailleurs, la vulve et l'entr&#233;e du vagin sont souvent consid&#233;r&#233;es comme le seuil de la matrice humaine, dont elle prot&#232;ge l'ouverture par une &#171; double porte &#187; : les grandes puis les petites l&#232;vres, pr&#233;c&#233;d&#233;e par ce que l'on appelle &#233;galement &#171; le vestibule vulvaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice n'a manifestement pas la cl&#233; : elle n'est pas porteuse du fameux p&#233;nis-membre masculin. L'&#233;nigme de sa sexualit&#233; s'offre &#224; elle. La porte &#8212; &#171; impassable &#187; mais pas &#171; impossible &#187; &#8212; lui donne alors une &#233;nigme &#224; r&#233;soudre qui n'est pas sans nous rappeler celle que la passeuse de sorci&#232;re pose &#224; Blanche-neige. Elle lui envoie une table, sur laquelle est pos&#233;e un flacon, sur l'&#233;tiquette du quel est &#233;crit : &#171; Buvez-moi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crainte d'&#234;tre empoisonn&#233;e et la r&#233;gression orale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice est alors face &#224; sa pulsion orale et &#224; sa libido premi&#232;re : la libido maternelle. &#192; la fois tendres et hostiles, les d&#233;sirs oraux sont agressifs et peuvent soudain surgir, transform&#233;s en repr&#233;sentations angoissantes. Le parall&#232;le avec Blanche-neige face &#224; la pomme de la sorci&#232;re est flagrant. Au moment de s'emparer du flacon que la porte lui a conseill&#233;, notre petite fille se met &#224; lire attentivement l'&#233;tiquette. &#171; Il faut &#234;tre tr&#232;s prudent &#187;, dit Alice, &#171; regardons bien s'il n'y pas marqu&#233; : poison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crainte d'&#234;tre empoisonn&#233;e, c'est la libido de la fille pour la m&#232;re qui, renvers&#233;e en son contraire, s'exprime ici de mani&#232;re angoissante. Cette angoisse s'associe au ressentiment que la petite fille garde de la d&#233;ception d'avoir perdu l'amour maternel, laquelle s'exprime &#233;galement plus facilement de mani&#232;re orale, en un reproche que l'enfant adresse &#224; la m&#232;re, de ne pas lui avoir pas donn&#233; assez de lait dans son enfance. En d'autres termes, le &#171; Buvez-moi &#187; condense ici l'angoisse de la libido maternelle et des d&#233;sirs sadiques oraux pour la m&#232;re, avec la d&#233;ception &#339;dipienne d'avoir &#233;t&#233; fa&#238;te fille (&#171; castr&#233;e &#187;) par la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En buvant, Alice r&#233;tr&#233;cit : c'est-&#224;-dire qu'elle r&#233;gresse &#224; des stades ant&#233;rieurs du d&#233;veloppement de sa libido, avant de grandir en mangeant quelque chose d'un peu plus consistant et solide. Alice &#171; passe &#187; : elle passe de mani&#232;re plastique d'un stade de la libido &#224; l'autre. Boire le liquide du flacon, d'abord, repr&#233;sente ici le stade oral s'organisant autour du sein maternel ; manger le g&#226;teau repr&#233;sente ensuite le stade anal, dans lequel l'enfant entre au moment o&#249; il mange des aliments solides, ses f&#232;ces devenant elles-m&#234;mes consistantes ; enfin, lorsqu'elle s'empare de la cl&#233; &#8212; et sachant que le mot &#171; clitoris &#187; est tir&#233; du mot grec &lt;i&gt;kleitoris&lt;/i&gt; qui signifie &#171; petite clef &#187; &#8212; Alice passe alors au stade phallique organis&#233; autour de la jouissance masturbatoire clitoridienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les larmes de la jouissance et la plasticit&#233; de la libido d'Alice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ces stades ne lui procure pour autant pleine et totale satisfaction. Inconsolable, Alice pleure autant la perte de l'amour et du sein maternel (elle gardera d'ailleurs tout au long de ses p&#233;rip&#233;ties, une faim inapaisable en souvenir de l'aliment premier qu'il l'a nourrit : le sein), que la perte de la cl&#233;, c'est-&#224;-dire la perte du fameux p&#233;nis, le membre masculin dont elle se r&#233;alise qu'elle n'est pas porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les pleurs d'Alice repr&#233;sentent &#233;galement la plasticit&#233; des stades de sa libido et par cons&#233;quent de sa jouissance. Comme le souligne Freud dans &lt;i&gt;l'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, dans le langage de l'inconscient, les s&#233;cr&#233;tions du corps humain peuvent se symboliser les unes par les autres par condensation ou m&#233;tonymie. Ainsi, le liquide spermatique par exemple, peut-il &#234;tre repr&#233;sent&#233; par l'urine et r&#233;ciproquement. Dans notre cas, les larmes (mucosit&#233;s des yeux) qui d&#233;bordent expriment &#233;galement la jouissance de la libido &#224; chaque stade d'organisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pleurs d'Alice peuvent aussi s'interpr&#233;ter comme une tentative d'uriner (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est gr&#226;ce &#224; cette plasticit&#233; de sa libido (au fait qu'elle ne reste pas fix&#233;e en un point pr&#233;cis du d&#233;veloppement de la fonction sexuelle) qu'Alice se sort de cette premi&#232;re emb&#251;che. Redevenue petite apr&#232;s avoir r&#233;gress&#233;e au stade oral et bu le flacon pris sur la table (jouissance orale), elle tombe comme un d&#233;chet dans un r&#233;cipient ad&#233;quat (stade de la jouissance anale) et passe par le trou de la serrure (jouissance phallique). La topologie des jouissances qui s'interp&#233;n&#232;trent est magnifiquement mise en sc&#232;ne par le dessin anim&#233; : avec Disney, l'inconscient parle au spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette topologie est d'ailleurs explicitement chant&#233;e par le Dodo, dans sa &lt;i&gt;Course saugrenue&lt;/i&gt;, o&#249; se succ&#232;dent &#171; avant-arri&#232;re &#187;, &#171; dessous-dessus &#187;, &#171; en bas-en haut &#187; et : &#171; un pas de c&#244;t&#233;, sautez, glissez &#187;. D&#233;placement m&#233;tonymique et condensation sont ici &#224; l'&#339;uvre et repr&#233;sentent les m&#233;tamorphoses de la libido de l'inconscient. C'est &#171; gai &#187; et &#171; rigolo &#187;, c'est la libido &#8212; pourrait-on dire. L'inconscient avec ses r&#233;p&#233;titions (&#171; on en a jamais assez &#187;) et son plaisir cadenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu perdue au milieu de cet oc&#233;an de jouissance et de ses r&#233;p&#233;titions, Alice s'&#233;choue finalement sur le sable o&#249; elle ass&#232;che sa libido en rencontrant le lapin blanc munit de la montre du temps castrateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tweedle Dee et Tweedle Dum : &#171; Que les gar&#231;ons sont b&#234;tes ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle fois lanc&#233;e &#224; sa poursuite, Alice tombe sur les jumeaux &lt;i&gt;Tweedle Dee&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Tweedle Dum&lt;/i&gt; qui, en mal de compagnie, lui demande de rester et de s'int&#233;resser &#224; eux. Alice se pr&#233;sente et s'appr&#234;te &#224; passer son chemin lorsque, pour la retenir, les jumeaux lui proposent de jouer &#224; cache-cache, au furet, d'assister &#224; une belle bagarre. Joueurs et faisant tout pour se rendre int&#233;ressants, les jumeaux repr&#233;sentent ici les gar&#231;ons. Alice a d&#233;j&#224; pass&#233; l'&#226;ge et ne semble plus int&#233;ress&#233;e. Comme Freud le souligne, &#224; &#226;ge &#233;gal les filles sont plus intelligentes et plus vives que les gar&#231;ons. Comme nous l'avons &#233;galement vu, cela tient &#224; la configuration particuli&#232;re de leur &#338;dipe et notamment &#224; la d&#233;ception et un d&#233;tournement de la sexualit&#233; plus important chez elles. Les filles se tournent plus t&#244;t vers le monde ext&#233;rieur et vers les activit&#233;s intellectuelles. Alors que les jumeaux de gar&#231;ons en sont encore &#224; la bagarre et &#224; la p&#233;riode des &#171; pourquoi &#187; (ils posent plusieurs fois cette question &#224; Alice), la petite fille n'est quant &#224; elle plus int&#233;ress&#233;e et souhaite passer son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identifiant enfin comme appartenant &#224; l'autre sexe, les jumeaux la trouvent &#171; curieuse &#187;. &#192; cet &#226;ge, les gar&#231;ons sont quant &#224; eux d&#233;&#231;us par les filles qui se d&#233;sint&#233;ressent des jeux &#224; forte d&#233;charge libidinale (bagarre, cache-cache, etc.). Les deux jumeaux se mettent alors &#224; lui raconter une histoire de fille : l'histoire du Morse et du Charpentier ou la navrante histoire des petites hu&#238;tres trop curieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fantasme de s&#233;duction et l'histoire de Monsieur Morse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Morse, avec ses d&#233;fenses en forme de longues dents, c'est bien s&#251;r le vieux monsieur affam&#233;, qui veut jouer avec les petites filles. Le r&#244;le des petites filles est jou&#233; ici par les hu&#238;tres, dont la forme envelopp&#233;e du coquillage &#233;voque ind&#233;niablement la structure du sexe f&#233;minin : les membranes de ce mollusque bivalves d&#233;peignent la vulve et l'imbrication des petites et grandes l&#232;vres, surmont&#233;es d'une perle : le clitoris. Elles sont encore au berceau lorsque le Morse s'adresse &#224; elles et leur tient ce langage : &#171; Ch&#232;res hu&#238;tres, comme vous &#234;tes jolies et m&#234;me app&#233;tissantes, faisons un tour en bons amis &#224; mar&#233;e descendante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le symbolisme de l'hu&#238;tre ne doit laisser planer aucun doute : c'est la jouissance du sexe f&#233;minin, myst&#233;rieuse et cach&#233;e. Pour revenir &#224; Cronos et &#224; la mythologie grecque, c'est &#8212; selon la l&#233;gende &#8212; port&#233;e par une conque d'hu&#238;tre qu'Aphrodite &#233;mergea de l'oc&#233;an, pour voguer, pouss&#233;e par les vents, jusqu'aux rivages de l'&#238;le de Cyth&#232;re. Quant au c&#244;t&#233; myst&#233;rieux et cach&#233; du symbolisme de l'hu&#238;tre, n'oublions pas que le terme ostracisme vient du grec &lt;i&gt;ostrakon&lt;/i&gt;, d&#233;clin&#233; en &lt;i&gt;ostr&#230;&lt;/i&gt; en latin, signifiant originellement la coquille d'hu&#238;tre. Lorsque l'assembl&#233;e des citoyens d'Ath&#232;nes choisissait de bannir et de condamner &#224; l'exil un individu de la cit&#233;, la coutume voulait que l'on inscrive son nom dans une coquille d'hu&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Associ&#233;e &#224; la f&#233;condit&#233;, &#224; l'amour et la beaut&#233;, autant qu'au myst&#232;re, l'hu&#238;tre est le symbole par excellence du sexe f&#233;minin et de sa perle, le clitoris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire du Morse et du Charpentier ou la navrante histoire des petites hu&#238;tres trop curieuses, nous reconnaissons le fantasme de s&#233;duction, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; au masculin dans &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;, ici d&#233;clin&#233; au f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la crainte d'&#234;tre empoisonn&#233;e se rapporte &#224; la m&#232;re et &#224; l'histoire pr&#233;&#339;dipienne de la petite fille, la crainte d'&#234;tre s&#233;duite se rapporte quant &#224; elle au p&#232;re et &#224; l'entr&#233;e de plein pied de la petite fille dans l'&#338;dipe : c'est ce qu'on appelle le fantasme de s&#233;duction qui existe aussi pour les fillettes des contes enfantins qui s'effrayent &#224; la vue du loups, de sa longue queue &#233;paisse et de ses longues dents : &#171; Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes dents. C'est pour te manger. Et en disant ces mots, ce m&#233;chant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea &#187; (&lt;i&gt;Le petit Chaperon rouge&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du strict point de vue de la dynamique inconsciente, ce fantasme est incontournable et structurant dans la mesure o&#249; il permet de symboliser la dimension sexu&#233;e du d&#233;sir dans la demande d'amour que l'enfant encore immature adresse &#224; l'adulte. Comme le souligne Guy Rosolato&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Rosolato, La port&#233;e du d&#233;sir, PUF, Paris, 1996, p. 81 et suiv.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;nigme du sexuel et de l'amour se donne &#224; entendre, par le fantasme, sous la forme d'une r&#233;v&#233;lation, voire d'une &#233;lection. C'est ce m&#234;me fantasme de s&#233;duction qui est &#224; l'&#339;uvre et sous-jacent &#224; tout mythe ou religion. Tel Jacob en lutte avec l'ange ou saint Paul frapp&#233; par la foudre de Dieu, sainte Th&#233;r&#232;se est elle aussi s&#233;duite et d&#233;flor&#233;e par la fl&#232;che de l'ange tel que Le Bernin la repr&#233;sente en son extase&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Transverb&#233;ration de sainte Th&#233;r&#232;se ou L'Extase de Sainte Th&#233;r&#232;se de Gian (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au-del&#224; de toute s&#233;duction r&#233;elle &#8212; dont le caract&#232;re condamnable n'a jamais &#233;t&#233; remis en cause par Freud et la psychanalyse &#8212; le fantasme de s&#233;duction est un temps fort et structurant de la dynamique sexuelle inconscient, o&#249; l'enfant fille ou gar&#231;on entraper&#231;oit &#224; la fois son destin et son origine sexu&#233;e. Le caract&#232;re structurant du fantasme est d'ailleurs soulign&#233; par les jumeaux, lesquels s'empressent de pr&#233;ciser qu'il y a une moralit&#233; &#224; tirer de cette histoire, m&#234;me si Alice la trouve bien triste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au vieux monsieur Morse, tout cyanos&#233; apr&#232;s son bon repas, il est autant poursuivit par sa propre culpabilit&#233; que par le Charpentier jaloux. Tel le p&#232;re Fran&#231;ois qui marche sur la t&#234;te, il a la sexualit&#233; d&#233;traqu&#233;e ; et comme le chantent les jumeaux &#224; propos de cette nouvelle histoire qui n'a gu&#232;re l'air d'int&#233;resser Alice : &#171; &#192; votre &#226;ge croyez-vous que c'est bien ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La grossesse d'Alice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette &#233;tape de la s&#233;duction, Alice arrive devant la maison du lapin blanc qui, affair&#233; &#224; la recherche de ses gants, crie par la fen&#234;tre : &#171; Marianne &#187;. Si l'on se rappelle que le lapin symbolise la toison externe du sexe f&#233;minin, la maison doit logiquement en symboliser l'int&#233;rieur, &#224; savoir : le vagin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste Marianne est le pr&#233;nom maternel par excellence associant Marie et Anne, les deux pr&#233;noms maternels du Christ ; aussi, depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, Marianne ne repr&#233;sente-t-elle pas la nourrici&#232;re au sein nu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les gants blancs (que le lapin demande &#224; Alice d'aller chercher &#224; l'int&#233;rieur) sont symboles de puret&#233;, le doigt du gant, en ce qu'il sert &#224; repr&#233;senter l'invagination, symbolise avant tout l'ut&#233;rus et la paroi ut&#233;rine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En p&#233;n&#233;trant dans la maison du lapin, Alice p&#233;n&#232;tre &#224; l'int&#233;rieur du sexe f&#233;minin, plus pr&#233;cis&#233;ment dans l'ut&#233;rus maternel. Se saisissant d'un g&#226;teau qu'elle trouve dans un recoin de la maison, Alice le mange comme une maman est sens&#233;e manger la petite graine et grandit comme le b&#233;b&#233; dans le ventre f&#233;cond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; maturit&#233; et occupant tout l'espace ut&#233;rin, la question est alors, encore une fois, celle de l'&#233;nigme de la sphinge : &#171; comment sortent les b&#233;b&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lapin blanc appelle alors le Dodo &#224; la rescousse, qui en accoucheur de fortune, ne semble pas plus avanc&#233; sur la question, ou alors joue bien son r&#244;le de grande personne qui semble ne rien savoir et ne rien vouloir dire sur la fameuse &#233;nigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se reposant sur la plus connue des th&#233;ories infantiles de la naissance, l'ing&#233;nu Dodo &#233;met alors l'hypoth&#232;se d'une sortie par la chemin&#233;e, autrement dit d'un accouchement par l'anus. C'est la fameuse th&#233;orie cloacale de la naissance, la chemin&#233;e symbolisant l'anus par o&#249; sort une suie noire et malodorante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ternuement d'Alice, ainsi que le feu qui prend dans la maison, n'en symbolisent pas moins l'orgasme du co&#239;t initial o&#249; Bill le l&#233;zard, avec sa fameuse queue qui repousse d&#232;s qu'on l'arrache et son &#233;chelle &#233;rectile, vient en lieu et place du membre p&#233;nien paternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'impasse d'une telle th&#233;orie cloacale de la naissance, manger la carotte et r&#233;gresser au stade phallique qu'elle repr&#233;sente devient la seule solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des fleurs dou&#233;es de parole et la question de l'identit&#233; sexuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chemin faisant, Alice entre ensuite dans un champ de fleurs qui parlent et qui chantent. Les fleurs, c'est bien s&#251;r le sexe f&#233;minin et la pulsion sexuelle, qui s'associant &#224; la pulsion orale si ch&#232;re &#224; Alice, s'expriment par des papillons tartines-beurr&#233;es qui butinent de-ci de-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pulsions se distinguant d'abord par leur &#233;tonnante capacit&#233; &#224; &#233;changer leurs objets et leurs buts, c'est-&#224;-dire par leur &#233;tonnante capacit&#233; &#224; se condenser et &#224; se d&#233;placer, la pulsion orale et la pulsion sexuelle sont ici associ&#233;es dans le papillon-tartine beurr&#233;e o&#249; la pulsion sexuelle est repr&#233;sent&#233;e par le papillon (papillonner signifie en effet au sens figur&#233; : aller sans attache d'un objet d'amour &#224; l'autre) et la pulsion orale par l'objet app&#233;tissant qu'est la tartine beurr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'hippocampe-papillon, il symbolise magnifiquement, de par sa forme et son allure virevoltante, la jouissance f&#233;minine clitoridienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fleurs chantent le joli mois de mai, mois qui symbolise le printemps et par cons&#233;quent la f&#233;condit&#233;, l'abondance et la sexualit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Corn&#233;lies et ailes d'or dansent et volent&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le soleil est encore endormi&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et les fleurs entrouvrent leurs corolles&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un matin de mai fleuri&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de cette ode &#224; la sensualit&#233; renaissante du printemps, les fleurs prenant Alice pour une fleur, lui demandent de quelle vari&#233;t&#233; est-elle ? Bref, on l'aura compris, du point de vue de l'inconscient, est ici pos&#233;e la question principale du genre sexu&#233;. Lorsque les fleurs demandent &#224; Alice de quel genre est-elle, elle lui demande si elle est fille ou gar&#231;on ? On sait en effet que la question principale que se pose la petite fille &#224; la fin de la phase phallique (&#224; son entr&#233;e dans l'&#338;dipe) est celle de savoir si elle est fille ou gar&#231;on. On se souvient que se prenant tout d'abord pour un gar&#231;on et soutenant la comparaison p&#233;nis-clitoris, elle est ensuite repouss&#233;e et exclue comme non-d&#233;tentrice du membre viril, lorsqu'elle s'aper&#231;oit que son clitoris ne soutient pas la comparaison avec celui du petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui arrive ici &#224; Alice, de mani&#232;re imag&#233;e, lorsqu'elle n'arrive pas &#224; se faire comprendre par les fleurs : elle est repouss&#233;e, et les fleurs prenant sa robe pour des p&#233;tales et ne sentant aucun parfum s'en d&#233;gager, Alice est assimil&#233; &#224; quelques mauvaises herbes des champs, du chiendent ! Bien qu'elle refuse tout d'abord d'en convenir, niant tout d'abord sa &#171; castration &#187; et sa f&#233;minit&#233;, Alice est d&#233;&#231;ue et finalement bannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice rejoint un instant le destin des femmes de nombreuses soci&#233;t&#233;s primitives. S'appuyant sur les travaux de Crawley, Freud souligne en effet que dans de nombreuses soci&#233;t&#233;s tribales, &#171; la femme dans son entier est tabou &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Constatant la diff&#233;rence des sexes et ne sachant que faire face &#224; ce qu'il interpr&#232;te comme une &#171; castration &#187; sp&#233;cifiquement f&#233;minine, l'homme primitif n'h&#233;site pas &#224; poser un tabou sur les femmes en g&#233;n&#233;ral et, en quelque sorte, craint d'&#234;tre contamin&#233; par la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tabou g&#233;n&#233;ral de la femme est bien &#233;videmment &#224; attribuer au complexe de castration dans lequel l'homme est emp&#234;tr&#233; et &#224; bien du mal &#224; se sortir &#224; l'or&#233;e de l'histoire de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repouss&#233;e, bannie, pour sortir de sa phase d'organisation phallique, Alice ne peut plus &#233;lud&#233;e la question de son identit&#233; sexuelle. Elle doit affront&#233;e la sphinge et l'&#233;nigme de son avenir sexu&#233;. Elle la rencontre sous la forme de la chenille, d'allure &#233;minemment clitoridienne, amen&#233;e &#224; se transformer en papillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La chenille : de la jouissance clitoridienne &#224; la d&#233;couverte d'une nouvelle zone &#233;rog&#232;ne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, la chenille repr&#233;sente bien s&#251;r le clitoris : elle est petite, de forme phallique et poss&#232;de enfin une plasticit&#233; corporelle &#233;rectile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux m&#233;lop&#233;es de cette chenille bleue, observons que par opposition aux consonnes &#8212; qui se caract&#233;risent par une obstruction au passage de l'air dans la cavit&#233; buccale et les fosses nasales &#8212;, les voyelles repr&#233;sentent l'extase et la jouissance de la vocalisation et du libre passage de l'air (le souffle de la vie) dans les cavit&#233;s buccale et nasales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du reste, l'on sait que chez de nombreux peuples de l'Antiquit&#233; et tout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si le caract&#232;re phallique du champignon ne fait aucun doute, se retrouvant d'ailleurs explicitement dans le nom de nombreuses vari&#233;t&#233;s (&lt;i&gt;Phallus impudicus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Phallales&lt;/i&gt;, etc.), le narguil&#233; et ses vapeurs repr&#233;sentent bien entendu la jouissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sum&#233; : la chenille (clitoridienne) qui fait des voyelles (jouissance) sur un champignon (stade phallique) en fumant (jouissance orale) va poser la v&#233;ritable &#233;nigme &#224; Alice, l'&#233;nigme de son sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; &#187; demande la sphinge &#224; &#338;dipe ; anticipant la question, Alice ne sait plus qui elle est et se plaint de n'&#234;tre plus elle-m&#234;me. L'identit&#233; dont il est ici question est bien entendu l'identit&#233; sexuelle : &#171; Quel est ton sexe ?&#8230; &#187; demande ici la chenille &#224; Alice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que dans sa phase phallique, la petite fille conna&#238;t, &#224; l'instar des petits gar&#231;ons, une intense p&#233;riode masturbatrice. Si le petit gar&#231;on manipule son p&#233;nis avec une grande excitation et la petite fille se procure de voluptueuses sensations avec son clitoris, ni l'un ni l'autre ne semble reconna&#238;tre l'existence du vagin. L'on sait &#233;galement que la question de la diff&#233;rence des sexes semble tout d'abord se poser pour l'un et pour l'autre dans les termes du complexe de castration. C'est l&#224;, ce que parle la chenille avec son histoire &#233;nigmatique de long crocodile, toutes &#233;cailles et griffes dehors, qui ouvre grand sa gueule pour avaler les poissons-phalliques :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;C'est l'heure o&#249; le long crocodile&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Languissamment s'&#233;tire et b&#226;ille&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et fait glisser les eaux du Nil&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sur l'armure de ses &#233;cailles&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il ouvre gaiement sa gueule mutine&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et sort une griffe ainsi qu'un gros chat&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Avale trois poissons qui passaient par l&#224;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et va dig&#233;rer sur l'onde opaline&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#238;tes-moi avec exactitude quel est votre probl&#232;me ? &#187; demande la chenille &#224; Alice. R&#233;pondant d'une mani&#232;re on ne peut plus freudienne, la petite fille r&#233;torque qu'elle est trop petite (dix centim&#232;tres) et qu'elle voudrait &#234;tre un peu plus grande : en d'autres termes, elle voudrait vouloir rivaliser avec le p&#233;nis du petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce, la chenille lui donne la solution de l'&#233;nigme en une m&#233;tamorphose des plus symboliques : le vol en V des ailes d&#233;ploy&#233;es du papillon succ&#232;de &#224; la chenille, ce qui peut se traduire &#8212; dans le langage de l'inconscient &#8212; par : la jouissance du vagin (V comme vase f&#233;minin) doit succ&#233;der &#224; la jouissance clitoridienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit Freud, si le clitoris est bien tout d'abord, pour la petite fille, la zone &#233;rog&#232;ne pr&#233;dominante, celui-ci est appel&#233; &#224; c&#233;der &#171; tout ou partie de sa sensibilit&#233; &#187; au vagin et c'est l&#224;, la principale difficult&#233;, sp&#233;cifique &#224; son sexe, que la petit fille rencontre sur le chemin qui est le sien : celui de la maturit&#233; sexuelle (et qui est celui d'Alice dans le conte de Lewis Carroll).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chenille est cependant bien moins intransigeante que Freud. Dans une derni&#232;re &#233;nigme, elle lui r&#233;v&#232;le qu'un c&#244;t&#233; du champignon lui fera devenir plus grande, tandis que l'autre c&#244;t&#233; au contraire la fera rapetisser. Autrement dit, la petite fille qu'est Alice a d&#233;sormais, potentiellement, deux cordes &#224; son arc, c'est-&#224;-dire deux jouissances : l'une clitoridienne, l'autre vaginale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Go&#251;tant pour la premi&#232;re fois &#224; sa nouvelle zone &#233;rog&#232;ne, Alice &#171; monte au ciel &#187; et d&#233;passe la cime des arbres, pr&#233;cisant qu'elle n'est pas un serpent, c'est-&#224;-dire que sa jouissance n'est pas ici phallico-clitoridienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette jouissance extatique est encore repr&#233;sent&#233;e par les phrases sans queue ni t&#234;te que le Chat-foin d&#233;clame. C'est l&#224;, en effet, que le Chat-foin lui appara&#238;t avec son sourire en croissant de lune. Si le chat est le symbole du sexe f&#233;minin, que le sourire (par sa fente) et le croissant (par sa forme) symbolise &#233;galement la vulve et la partie apparente du sexe f&#233;minin, la condensation de ces trois &#233;l&#233;ments ne fait aucun doute sur la d&#233;couverte que fait ici Alice : il s'agit bien de cette nouvelle volupt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que comme le souligne Freud dans son &lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, dans le langage des r&#234;ves et de la symbolique inconsciente, les mots ou expressions incompr&#233;hensibles, comme c'est le cas des n&#233;ologismes, des d&#233;rivations impropres ou autres formations de mots si chers &#224; Lewis Carroll, sont l&#224; pour repr&#233;senter une signification sexuelle qui reste &#233;nigmatique au monde de la morale consciente. Ne doutons pas qu'il s'agit ici de la nouvelle jouissance qu'Alice d&#233;couvre dans son pays des merveilles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Fleurpageons les rhododendroves&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Gyrait et vomblait dans les vabes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;On frimait vers les p&#233;tunias&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et les momerates embradent&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Incapable de s'exprimer autrement que par &#233;nigmes, r&#233;p&#233;titions, oublis et contradictions, le Chat du Cheshire parle le langage du &#199;a et de la jouissance. C'est le langage de l'inconscient, le langage de la folie au sens de la plasticit&#233; totale (&#171; Tout le monde est fou &#187; ici pr&#233;cise le Chat-foin).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; ANGOISSE DE D&#201;FLORATION-CASTRATION : LE JABBERWOCKY ET LA VORPALINE &#201;P&#201;E&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est par ce langage, le langage de l'inconscient, si bien parl&#233; par Lewis Carroll avec ses fameux mots-valises, qu'Alice va r&#233;ussir &#224; sonder les tr&#233;fonds de son inconscient, faire volte-face &#224; ses angoisses les plus profondes et finalement retrouver le chemin qui est le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le non-anniversaire et la d&#233;s-identification (sexuelle)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice arrive alors au moment o&#249; le Chapelier-toqu&#233;, le Li&#232;vre de mars et le loir f&#234;tent r&#233;ciproquement leurs non-anniversaires, pour finalement proposer &#224; Alice de f&#234;ter le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit-l&#224;, bien entendu, d'une d&#233;s-identification, particuli&#232;rement d'une d&#233;s-identification sexuelle. Jusqu'&#224; la rencontre avec la chenille, nous avons vu qu'Alice se croyait identifi&#233;e sexuellement &#224; un petit gar&#231;on : elle se mesurait &#224; un point fixe, le p&#233;nis-membre masculin infantile. D&#233;sormais d&#233;barrass&#233;e de ce rep&#232;re spatio-temporel, elle d&#233;couvre une jouissance (f&#234;te) non-phallique encore plus grande que celle qu'elle vient de quitter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;-liquide qui coule de th&#233;i&#232;res en th&#233;i&#232;res et de tasses en tasses, figure explicitement et symboliquement dans le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, la jouissance du vase-r&#233;ceptacle f&#233;minin : la jouissance vaginale nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel un psychanalyste chevronn&#233;, le Chapelier-toqu&#233; (qui travaille du chapeau) invite Alice &#224; raconter son histoire : &#171; Maintenant ma ch&#232;re, j'ai l'impression que vous avez une pr&#233;occupation. Voulez-vous nous dire ce qui vous ennuie ? &#187; &#171; Racontez-nous du d&#233;but &#224; la fin &#187; pr&#233;cise le Li&#232;vre de mars. Arr&#234;tant subjectivement le r&#233;cit d'Alice, le Chapelier-toqu&#233;, le Li&#232;vre de mars et le Loir ponctuent l'histoire de signifiants (entendant par exemple th&#233; pour la lettre t) et de devinettes, de mani&#232;re &#224; lui faire acc&#233;der au versant inconscient de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, le Chapelier-toqu&#233;, en s'emparant de la montre du lapin blanc sous pr&#233;texte de la r&#233;parer (mais gu&#233;rir n'est pas le but premier de la psychanalyse), la casse et lib&#232;re ainsi Alice de son angoisse de castration (et/ou angoisse de perte de virginit&#233;). Comme le disait Jacques Lacan, &#171; on ne gu&#233;rit pas parce qu'on se rem&#233;more, on se rem&#233;more parce qu'on gu&#233;rit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Lacan, &#171; La direction de la cure &#187;, &#201;crits, Seuil, Paris, 1966, p. 624.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La for&#234;t de Tulgey et la gu&#233;rison d'Alice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir racont&#233;e son histoire &#224; ce psychanalyste de Chapelier-toqu&#233;, celui-ci l'a symboliquement d&#233;barrass&#233; du lapin et de la montre : en d'autres termes, par les coupures et devinettes qu'il a introduit dans son r&#233;cit, le Chapelier-toqu&#233; a fait comprendre &#224; Alice que si sa qu&#234;te &#233;tait l&#233;gitime (recherche sexuelle infantile), elle doit d&#233;sormais apprendre &#224; s&#233;parer le conscient de l'inconscient et revenir &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la for&#234;t o&#249; elle croit se perdre, Alice comprend d&#233;sormais, apr&#232;s-coup, sa curiosit&#233; : sa curiosit&#233; &#233;tait &#233;minemment de nature sexuelle. &#201;tait-elle pour autant un d&#233;faut ? Nous avons vu que non. Bien au contraire, elle est incontournable, pour autant qu'on sache s'arr&#234;ter et y mettre un terme, c'est-&#224;-dire que l'on sache &#224; un moment donn&#233;, s&#233;parer l'inconscient du conscient, que l'on sache s&#233;parer le sexuel du non-sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment revenir &#224; la r&#233;alit&#233; du monde conscient ? C'est encore une fois le Chat-foin (l'&#233;nigme du &#199;a inconscient) qui lui indique la voie et le chemin en lui ouvrant une porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le labyrinthe et le ch&#226;teau de la m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice se retrouve alors dans un labyrinthe. Or, comme le souligne Freud, dans le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, le labyrinthe et le ch&#226;teau sont deux symboles du ventre maternel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple Sigmund Freud, Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La question est encore ici celle d'en sortir, c'est-&#224;-dire une nouvelle fois la question de l'&#233;nigme de la sphinge : &#171; comment fait-on les enfants &#187; ou plut&#244;t, ici, &#171; par o&#249; sortent les enfants ? &#187; Le mythe du labyrinthe pouvant tout aussi bien s'accommoder d'une th&#233;orie cloacale, c'est-&#224;-dire d'une th&#233;orie anale de la naissance (dans laquelle l'enroulement du parcours figure la sinuosit&#233; de l'intestin) ou d'une th&#233;orie plus classique, dans laquelle le fil d'Ariane repr&#233;sente le cordon ombilical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, les roses et le rouge sanguin que notre h&#233;ro&#239;ne rencontre dans les tortueux chemins qui la m&#232;nent &#224; la Reine de c&#339;ur, nous confirme la th&#232;se selon laquelle Alice a acc&#233;der &#224; la diff&#233;rence des sexes et comprendre le ventre maternel comme &#233;tant le vase sacr&#233;, l'ut&#233;rus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tabou de la virginit&#233; et l'angoisse de la d&#233;floration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rose &#233;tant en effet le symbole du sexe f&#233;minin et le rouge celui du sang, Alice s'inqui&#232;te d&#233;sormais de son destin le plus imm&#233;diat. Ayant d&#233;couvert au cours de son p&#233;riple au pays des merveilles qu'elle &#233;tait une petit fille dot&#233;e non d'un p&#233;nis mais d'un sexe f&#233;minin, il reste &#224; Alice &#224; s'affronter &#224; une derni&#232;re angoisse : celle du sang et de la d&#233;floration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cartes (qui symbolisent le destin, la destin&#233;e) le chantent clairement &#224; Alice :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Peignons les roses en rouge &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et pleurons du fond du c&#339;ur &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ces tendres fleurs assassin&#233;es &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce soir seront fan&#233;es&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les roses (le sexe f&#233;minin) qui &#233;taient blanches (vierges) vont &#234;tre assassin&#233;es et rouges : c'est-&#224;-dire d&#233;flor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;floration, cet acte sexuel, est bien entendu symbolis&#233;e par le jeu du croquet que la Reine va imposer &#224; Alice. Le flamant rose et les deux h&#233;rissons, dont Alice est embarrass&#233;e, symbolisent l'appareil g&#233;nital masculin, dont la Reine sait ind&#233;niablement se servir (avec l'aide du roi) ; tandis qu'Alice, pour sa premi&#232;re fois, a du mal &#224; tenir son flamant rose en &#233;rection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re fois, Alice assimile cet acte &#224; la castration : &#171; coupons-lui la t&#234;te &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le pr&#233;cise Freud : &#171; Nous savons bien que la d&#233;capitation est le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne cesse de clamer la Reine de c&#339;ur, ce qui ne manque pas d'affoler Alice. Devant l'inconnu qui se profile, Alice a tendance &#224; r&#233;gresser et se voit confront&#233;e &#224; la rivalit&#233; premi&#232;re avec la m&#232;re. La Reine d&#233;bonnaire se transforme soudain en la figure col&#233;rique et mal&#233;fique de la sorci&#232;re r&#233;clamant la t&#234;te de quiconque se met sur son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Captiv&#233;e par cette identification premi&#232;re, le p&#232;re a bien du mal &#224; la tirer d'affaire : &#171; Pensez-vous que ce soit un carreau ? &#187; demande-t-il &#224; la Reine. &#171; Mais non, c'est une petite fille &#187; r&#233;pond cette derni&#232;re. &#171; Levez la t&#234;te, parlez distinctement et ne tortillez pas vos doigts &#187;, Alice est oblig&#233;e de faire la r&#233;v&#233;rence devant la figure maternelle qui lui apprend les bonnes mani&#232;res, captiv&#233;e qu'elle est par le miroir de la f&#233;minit&#233;. Nous retrouvons-l&#224; le motif de la captation par la figure de la Reine-m&#232;re tel qu'expos&#233; dans Blanche-neige et les sept nains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, c'est l'acte manqu&#233; du Chat-foin qui va faire tr&#233;bucher la Reine ; c'est-&#224;-dire que c'est en faisant parler son inconscient par dessus le discours conscient (acte manqu&#233;), qu'Alice va r&#233;ussir &#224; se d&#233;barrasser de son image au miroir de la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le proc&#232;s, l'acc&#232;s au symbolique et la diff&#233;rence entre le conscient et l'inconscient&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'engage alors un proc&#232;s : c'est-&#224;-dire que l'ordre symbolique vient couper l'imaginaire de la menace de castration et de la captation maternelle. C'est le r&#244;le du p&#232;re, si maigre semble-t-il &#224; premi&#232;re vue, qui est ici crucial. C'est lui qui convainc d'abord la Reine de faire &#171; rien qu'un gentil petit proc&#232;s &#187; et de faire ensuite entendre les t&#233;moignages, autant d'interventions qui retardent l'issue et s&#233;pare Alice de sa captation imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention du Chapelier-toqu&#233;-psychanalyste, notamment, est cruciale puisque c'est lui qui fait appara&#238;tre le Chat-foin dans le cadeau de non-anniversaire qu'il offre &#224; la Reine. Les pirouettes du langage de l'inconscient qu'ex&#233;cute le Chat-foin sur la t&#234;te de la Reine pr&#233;cipitent l'issu du proc&#232;s dont l'enjeu est, bien entendu, qu'Alice r&#233;ussisse &#224; faire la diff&#233;rence entre la castration et la d&#233;floration, entre le sexuel et le non-sexuel. C'est-&#224;-dire avoir acc&#232;s &#224; la loi, &#224; la castration symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement &#224; ce moment, qu'Alice se voyant dedans-dehors, endormie, r&#233;ussit &#224; se r&#233;veiller : c'est-&#224;-dire qu'elle r&#233;ussit &#224; faire la diff&#233;rence entre le conscient et l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant cette diff&#233;rence, elle symbolise la castration : par le r&#234;ve et l'inconscient elle a parl&#233; sa sexualit&#233;. Pour r&#233;sumer, on peut m&#234;me aller jusqu'&#224; dire que le saut dans le terrier et tout le voyage d'Alice symbolise non seulement la d&#233;couverte d'une nouvelle zone &#233;rog&#232;ne, mais &#233;galement l'angoisse d'Alice devant la d&#233;floration et la perte de sa virginit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tim Burton et le Jabberwocky&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Jabberwocky est le po&#232;me du premier chapitre du roman De l'autre c&#244;t&#233; du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs la th&#232;se implicite du sc&#233;nario du film r&#233;alis&#233; par Tim Burton en 2010, produit et distribu&#233; par &lt;i&gt;Walt Disney Pictures&lt;/i&gt;, puisqu'il place en pr&#233;ambule au saut dans le terrier et au d&#233;roulement de l'histoire de la d&#233;couverte du pays des merveilles, la demande en mariage qu'un jeune Lord aussi ridicule qu'arrogant, Hamish Ascot, adresse &#224; Alice Kingsely, jeune fille de bonne famille, bien peu empress&#233;e d'abandonner si vite l'insouciance et les belles ann&#233;es de sa jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apercevant un lapin blanc courir dans le d&#233;dale du jardin &#224; l'anglaise dans lequel a lieu la r&#233;ception mondaine, Alice pr&#233;texte un l&#233;ger temps de r&#233;flexion pour s'enfuir &#224; la recherche du fameux lapin : on conna&#238;t la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment de r&#233;flexion que se donne Alice, sonne comme un temps d'angoisse devant le destin qui l'attend : celui-ci s'exprime de mani&#232;re consciente et sociale par l'angoisse devant le mariage, mais de mani&#232;re inconsciente, comme angoisse devant un premier rapport sexuel et la perte de sa virginit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette angoisse de d&#233;floration s'explique bien s&#251;r en premier lieu par la perte de sang qu'elle occasionne et la crainte inconsciente que le sang v&#233;hicule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; elle s'explique ensuite &#8212; et d'un point de vue purement physique &#8212;, par la douleur de la d&#233;floration en elle-m&#234;me ; mais, surtout, cette angoisse s'explique par un autre motif inconscient, encore plus subtil &#224; comprendre que le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu avec &lt;i&gt;Blanche-neige&lt;/i&gt; qu'il semblait que la sexualit&#233; f&#233;minine vaginale pr&#233;sentait cette sp&#233;cificit&#233; qu'elle ne s'instaurait pas du jour au lendemain mais, qu'au contraire, elle demandait un certain temps de r&#233;p&#233;tition de l'acte, dans la confiance et l'habitude avec le partenaire, afin de s'&#233;tablir et s'&#233;panouir pleinement et d'aboutir &#224; une pleine satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes et comme le souligne Freud, la femme reste un certain temps &#171; froide et insatisfaite &#187; et une certaine &#171; frigidit&#233; &#187; destin&#233;e &#224; &#234;tre passag&#232;re, accompagne la perte de la virginit&#233; et les d&#233;buts des relations sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ici les v&#233;ritables motifs de cet endormissement sp&#233;cifique et de cette &#171; frigidit&#233; passag&#232;re &#187; lors des premiers rapports sexuels de la femme. Le v&#233;ritable motif est &#224; rechercher, dans les couches les plus profondes de l'inconscient et reposent sur le complexe de castration que l'angoisse de la d&#233;floration ne manque pas de r&#233;activer. L'hypoth&#232;se la plus probable est que la volont&#233; infantile de la petite fille de rivaliser avec l'homme et son membre viril est r&#233;activ&#233;e dans cet acte premier ; et ce d'une mani&#232;re tellement pressante, que la femme ne peut la refouler que par un endormissement caract&#233;ristique et une frigidit&#233; passag&#232;re premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, Freud cite le cas du r&#234;ve d'une jeune mari&#233;e, qu'il pouvait interpr&#233;ter comme une r&#233;action violente &#224; sa d&#233;floration, pr&#233;sentant le d&#233;sir non-voil&#233; de ch&#226;trer et de conserver par devers elle le p&#233;nis du nouveau mari en &#233;change de l'acte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est par rapport &#224; ce motif inconscient qu'il faut comprendre l'usage des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce motif que reconna&#238;t Freud comme organisateur de la trag&#233;die Judith du dramaturge allemand Friedrich Hebbel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Judith est une jeune femme dont la virginit&#233; est prot&#233;g&#233;e par un tabou. Son premier mari a &#233;t&#233; paralys&#233; lors de la nuit de noces par une myst&#233;rieuse angoisse et n'a plus os&#233; depuis lors l'approcher. &#8220;Ma beaut&#233; est celle de la belladone&#8221;, dit&#8209;elle. &#8220;En jouir c'est &#234;tre frapp&#233; de d&#233;lire ou de mort&#8221;. Le g&#233;n&#233;ral assyrien assi&#233;geant sa ville, elle projette de le s&#233;duire et de le perdre par sa beaut&#233;, utilisant ainsi un motif patriotique pour cacher un motif sexuel. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;flor&#233;e par cet homme puissant, c&#233;l&#232;bre par sa force et son manque de d&#233;licatesse, elle puise dans son indignation la force de lui trancher la t&#234;te et devient ainsi la lib&#233;ratrice de son peuple. Nous savons bien que la d&#233;capitation est le substitut symbolique de la castration ; ainsi Judith est la femme qui ch&#226;tre l'homme qui l'a d&#233;flor&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le film de Tim Burton, Alice qui combat le monstre est habill&#233;e d'une mani&#232;re sp&#233;cifique, comme munie d'une armure &#224; la Jeanne d'Arc : on peut interpr&#233;ter ce combat final comme celui de la pucelle (favorite de la Reine blanche) qui castre le monstre. &#192; l'acm&#233; de son endormissement, le refoul&#233; fait retour dans le moment cl&#233; du r&#234;ve d'Alice : la volont&#233; de s'emparer du p&#233;nis du mari et de le castrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec dans le r&#244;le du membre masculin, le fameux Jabberwocky, et dans celui du &#171; venin de pucelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'interpr&#233;tation freudienne du titre de la pi&#232;ce de Ludwig Anzengruber (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la c&#233;l&#232;bre vorpaline &#233;p&#233;e : &#171; Six &#187;, dit Alice, &#171; je peux tuer le Jabberwocky ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;capitation d'Holopherne par Judith a inspir&#233;e plusieurs &#339;uvres d'art et les plus grands noms de la peinture (Donatello, Botticelli, Mantegna, Le Titien, Rubens, Le Caravage, etc.). La sc&#232;ne derni&#232;re du film r&#233;alis&#233;e par Tim Burton, o&#249; Alice s'envole dans les airs d'un cr&#233;puscule apocalyptique (&#171; frabieux jours &#187;) pour retomber d&#233;capiter le Jabberwocky, restera &#224; n'en pas douter, un grand moment esth&#233;tique de l'histoire du cin&#233;ma. Tel la sphinge de Th&#232;bes pr&#233;cipit&#233;e de son rocher par la fulgurante r&#233;ponse d'&#338;dipe, le monstre est pr&#233;cipit&#233; du haut de se son rocher en ruine par le tranchant de la vorpaline &#233;p&#233;e d'Alice : sa virginit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Reine blanche lui remettant dans un flacon, un peu de sang du Jabberwocky : telles les gouttes des &#171; divins d&#233;bris &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;siode, &#171; La Th&#233;ogonie &#187;, Po&#232;tes moralistes de la Gr&#232;ce, traduit par M. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tomb&#233;e du sexe d'Ouranos au moment de sa castration absorb&#233;e par la mer, Alice boit le flacon et rena&#238;t en v&#233;nus Aphrodite, voguant vers l'Orient de nouveaux d&#233;sirs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La F&#233;minit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse&lt;/i&gt; (Cinqui&#232;me conf&#233;rence), traduit de l'Allemand par Anne Berman, Gallimard, Coll. &#171; Id&#233;es &#187;, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Or si l'on observe la R&#233;volution industrielle du milieu du XVIIIe si&#232;cle, et si l'on met &#224; part l'&#233;nergie et les moyens de transport, les deux secteurs cl&#233;s de cette r&#233;volution sont le textile et la m&#233;tallurgie. Si la seconde est, depuis les alchimistes et forgerons de l'&#226;ge de fer, l'apanage des hommes (Cf. M. Eliade, &lt;i&gt;Forgerons et alchimistes&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 1977), celui du tissage et du tressage est ind&#233;niablement, comme le souligne Freud, celui des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#233;siode, &#171; La Th&#233;ogonie &#187;, &lt;i&gt;Po&#232;tes moralistes de la Gr&#232;ce&lt;/i&gt;, traduit par M. Patin de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, &#201;d. Garnier Fr&#232;res, Paris, 1892, pp. 49-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La suj&#233;tion est d'ailleurs le th&#232;me de la le&#231;on de la s&#339;ur : &#171; la soumission &#187; des Anglais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les pleurs d'Alice peuvent aussi s'interpr&#233;ter comme une tentative d'uriner debout en signe de protestation virile. Priv&#233;e de p&#233;nis et engag&#233;e dans le complexe de castration, les petites filles entrent parfois dans une phase de d&#233;n&#233;gation o&#249; elle tentent de d&#233;montrer qu'elles peuvent elles aussi faire comme les petits gar&#231;ons. (Cf. Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187;). Navr&#233;e de ne pas avoir la cl&#233;-p&#233;nis, Alice urine debout en signe de protestation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Rosolato, &lt;i&gt;La port&#233;e du d&#233;sir&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1996, p. 81 et suiv.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Transverb&#233;ration de sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'Extase de Sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt; de Gian Lorenzo Bernini : Statue en marbre de l'&#233;glise Santa Maria Della Vittoria de Rome. La sculpture prend son origine dans un passage l'autobiographie de Th&#233;r&#232;se d'Avila, publi&#233;e sous le titre la &lt;i&gt;Vie de sainte Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus, une mystique clo&#238;tr&#233;e, carm&#233;lite d&#233;chauss&#233;e, r&#233;formatrice et religieuse&lt;/i&gt; : &#171; J'ai vu dans sa main une longue lance d'or, &#224; la pointe de laquelle on aurait cru qu'il y avait un petit feu. Il m'a sembl&#233; qu'on la faisait entrer de temps en temps dans mon c&#339;ur et qu'elle me per&#231;ait jusqu'au fond des entrailles ; quand il l'a retir&#233;e, il m'a sembl&#233; qu'elle les retirait aussi et me laissait toute en feu avec un grand amour de Dieu. La douleur &#233;tait si grande qu'elle me faisait g&#233;mir ; et pourtant la douceur de cette douleur excessive &#233;tait telle, qu'il m'&#233;tait impossible de vouloir en &#234;tre d&#233;barrass&#233;e. L'&#226;me n'est satisfaite en un tel moment que par Dieu et lui seul. La douleur n'est pas physique, mais spirituelle, m&#234;me si le corps y a sa part. C'est une si douce caresse d'amour qui se fait alors entre l'&#226;me et Dieu, que je prie Dieu dans Sa bont&#233; de la faire &#233;prouver &#224; celui qui peut croire que je mens &#187; (Chapitre XXIX-17).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Du reste, l'on sait que chez de nombreux peuples de l'Antiquit&#233; et tout particuli&#232;rement chez les anciens H&#233;breux, le nom de dieu &#233;tait tabou et ne devait &#234;tre ni prononc&#233; ni &#233;crit (Cf. par exemple Freud, &#171; La signification de l'ordre des voyelles &#187;, &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes I&lt;/i&gt;, PUF, Paris, p. 169). On peut ainsi &#233;mettre l'hypoth&#232;se que si les voyelles &#233;taient exclues du t&#233;tragramme, c'est tr&#232;s probablement en raison de leur caract&#232;re de jouissance interdite qu'elles v&#233;hiculent dans la symbolique inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Lacan, &#171; La direction de la cure &#187;, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966, p. 624.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple Sigmund Freud, &lt;i&gt;Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le pr&#233;cise Freud : &#171; Nous savons bien que la d&#233;capitation est le substitut symbolique de la castration &#187; (Sigmund Freud, &#171; Contributions &#224; la psychologie de la vie amoureuse &#187; (1908), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 79).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Jabberwocky est le po&#232;me du premier chapitre du roman &lt;i&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du miroir&lt;/i&gt;. Dans l'histoire originale, il est imprim&#233; &#224; l'envers et Alice a besoin d'une glace pour parvenir &#224; le lire. Lewis Carroll rend palpable cette inversion par un proc&#233;d&#233; litt&#233;raire subtil qui consiste &#224; &#233;crire le po&#232;me avec des mots-valises, c'est-&#224;-dire avec des n&#233;ologismes form&#233;s par condensations et inversions de plusieurs mots. C'est une version fran&#231;aise d'une partie de ce po&#232;me qui est chant&#233;e par le Chat-foin dans le classique Disney (cf. plus haut) :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Fleurpageons&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les rhododendroves&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Gyrait et vomblait dans les vabes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;On frimait vers les p&#233;tunias&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et les momerates embradent.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
Tim Burton, quant &#224; lui, donne corps au Jabberwocky en le mettant en sc&#232;ne sous les traits d'un monstre difforme et parlant un langage incompr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est par rapport &#224; ce motif inconscient qu'il faut comprendre l'usage des primitifs qui veut qu'on confie &#224; un tiers (vieillard, pr&#234;tre ou saint homme), la d&#233;floration des jeunes filles, usage qui a tr&#232;s certainement donn&#233; lieu &#224; l'imaginaire v&#233;hicul&#233; par le fameux droit de cuissage du seigneur du Moyen-&#226;ge (&lt;i&gt;Jus primae noctis&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 78-79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon l'interpr&#233;tation freudienne du titre de la pi&#232;ce de Ludwig Anzengruber : &lt;i&gt;Jungferngift&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#233;siode, &#171; La Th&#233;ogonie &#187;, &lt;i&gt;Po&#232;tes moralistes de la Gr&#232;ce&lt;/i&gt;, traduit par M. Patin de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, &#201;d. Garnier Fr&#232;res, Paris, 1892, pp. 49-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Pinocchio : Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, septembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pinocchio : Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Pinocchio-Scene-primitive.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/Pinocchio-Scene-primitive.html</guid>
		<dc:date>2012-05-06T11:57:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Pulsions et destins des pulsions</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Toute la fabrication de Pinocchio r&#233;sume et symbolise cet acte de la p&#233;n&#233;tration du membre viril du p&#232;re dans le ventre maternel : Pinocchio est un pantin de bois, certes, mais c'est d'abord, dans le conte, un morceau de bois &#224; br&#251;ler destin&#233; &#224; &#234;tre jet&#233; &#224; la va-vite dans un po&#234;le ou dans la chemin&#233;e et qu'au dernier moment, le p&#232;re-menuisier Geppetto d&#233;cide de sauver du feu et de sculpter pour lui-m&#234;me. Si nous avons vu que l'expression &lt;i&gt;avoir un Polichinelle dans le tiroir&lt;/i&gt; signifie avoir un enfant dans le ventre, celle d'&lt;i&gt;avoir une brioche au four&lt;/i&gt; lui est &#233;quivalente et l&#8216;expression populaire sait que le four ou la chemin&#233;e sont synonymes, dans l'inconscient, du r&#233;ceptacle maternel. Ainsi, si la b&#251;che &#224; l'&#233;tat brut repr&#233;sente symboliquement et dans l'inconscient le membre viril du p&#232;re et la chemin&#233;e le r&#233;ceptacle (ou ventre maternel), ce morceau de bois d&#233;sormais sculpt&#233; et baptis&#233; Pinocchio est bien l'enfant issu d'un acte sublim&#233; &#233;chappant ainsi au feu de l'orgasme sadique et purement sexuel.&lt;br /&gt;
Le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; nous pr&#233;sente donc une th&#233;orie sexuelle de la conception et de la naissance extr&#234;mement aboutie et dans laquelle la p&#233;n&#233;tration et le r&#244;le du p&#232;re sont pleinement symbolis&#233;s et, comme tels, soumis aux yeux des jeunes spectateurs ravis.&lt;br /&gt;
En t&#233;moigne une derni&#232;re fois, &#224; la toute fin du film, l'activit&#233; manifeste du p&#232;re dans le ventre de la baleine, au moment o&#249; les thons entrent par bancs entiers dans le ventre du monstre marin. S'affairant soudain avec sa canne &#224; p&#234;che qui subitement s'arcboute et n'en peu plus de fr&#233;tiller, l'entr&#233;e des thons m&#233;taphorise manifestement l'activit&#233; sexuelle du p&#232;re et l'entr&#233;e des spermatozo&#239;des dans le ventre de la m&#232;re. De passif qu'il &#233;tait, le p&#232;re devient soudain actif et ce revirement figure magnifiquement comment l'enfant peut v&#233;ritablement anticiper le r&#244;le du p&#232;re dans le co&#239;t.&lt;br /&gt;
L'enfant comprend enfin comment il entre dans le ventre de la m&#232;re : non pas tant comme une petite graine, mais bien comme Pinocchio dans le dessin anim&#233; : c'est-&#224;-dire comme un thon-spermatozo&#239;de au bout de la canne &#224; p&#234;che du p&#232;re, spermatozo&#239;de qui sera finalement &#233;lu pour la f&#233;condation et sa rencontre avec l'ovule. Il y s&#233;journera ensuite le temps n&#233;cessaire &#224; sa maturation et le probl&#232;me sera alors d'en sortir.&lt;br /&gt;
L&#224; encore, la m&#233;taphore du bois et de la b&#251;che est pouss&#233;e jusqu'&#224; sa derni&#232;re logique. Si Pinocchio est un enfant issue d'une b&#251;che de bois qui &#233;tait pr&#233;destin&#233;e &#224; se consumer dans l'orgasme du co&#239;t au sein du ventre f&#233;cond, c'est en acceptant cet orgasme, symbolis&#233; par le feu qu'il allume dans le ventre de la baleine, que Pinocchio arrivera &#224; sortir du ventre maternel.&lt;br /&gt;
Enfin, les &#233;ternuements successifs de la baleine symbolisent bien &#233;videmment la perte des eaux, les contractions ut&#233;rines et finalement l'expulsion de l'enfant de l'ut&#233;rus maternel et la d&#233;livrance ultime. Juste un court laps de temps d'adaptation &#224; la vie extra-ut&#233;rine et d'un coup de baguette magique (de la f&#233;e bleue), le souffle de la vie anime le nouveau-n&#233; Pinocchio qui s'&#233;veille : cette fois, tout le processus du &#171; comment fait-on les enfants &#187; est symbolis&#233; du d&#233;but jusqu'&#224; la fin. L'&#233;nigme de la sphinge est magnifiquement m&#233;taphoris&#233;e par le c&#233;l&#232;bre dessin anim&#233; de Walt Disney, &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;, pour le plus grand plaisir du jeune spectateur &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton79-37f5a.gif?1757670837' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Pinocchio : Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, mai 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PINOCCHIO : &#171; UN POLICHINELLE DANS LE TIROIR &#187;&lt;br /&gt;
Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; est le deuxi&#232;me dessin anim&#233; produit par le studio d'animation &lt;i&gt;Walt Disney Pictures&lt;/i&gt; en format long-m&#233;trage (classique d'animation). D'un point de vue strictement technique, le film am&#233;liore consid&#233;rablement les performances pr&#233;c&#233;dentes en mati&#232;re d'animation et, &#224; cet &#233;gard, il est consid&#233;r&#233; par Walt Disney comme son chef-d'&#339;uvre ultime. D'un point de vue commercial cependant, le succ&#232;s n'est pas au rendez-vous pour une raison bien ind&#233;pendante de la volont&#233; de son concepteur : sorti le 7 f&#233;vrier 1940 aux Etats-Unis, le succ&#232;s du film est d'embl&#233;e terni par la Seconde Guerre mondiale qui vient juste d'&#233;clater six mois plus t&#244;t. Alors m&#234;me que le vieux continent repr&#233;sente, &#224; l'&#233;poque, un peu moins de la moiti&#233; du march&#233; des Studios Disney, le film ne sortira qu'une fois la Guerre termin&#233;e dans la plupart des pays europ&#233;ens : le 22 mai 1946 en France, le 13 juin 1946 en Belgique et aux Pays-Bas, et il faudra attendre les ann&#233;es cinquante pour voir sa sortie officielle en Autriche, en Allemagne de l'Ouest et au Japon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du sc&#233;nario, l'histoire est tir&#233;e d'un conte de f&#233;e moderne, d'un monument classique de la litt&#233;rature pour enfant : &lt;i&gt;Les Aventures de Pinocchio. Histoire d'un pantin&lt;/i&gt;, &#233;crit sous son nom de plume par le journaliste et &#233;crivain italien originaire de Toscane, Carlo Collodi. En tant que personnage de fiction, Pinocchio est le digne h&#233;ritier de la tradition italienne de la Commedia dell'arte et, &#224; ce titre, le v&#233;ritable petit fr&#232;re des Arlequins et autres Polichinelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'un point de vue conscient, le dessin anim&#233; semble vanter les m&#233;rites de la famille, de l'&#233;cole, du travail et de l'amour du m&#233;tier, et semble r&#233;solument moralisateur et dou&#233; d'un esprit de conservatisme in&#233;gal&#233;, d'un point de vue psychanalytique l'histoire d&#233;veloppe largement le th&#232;me des fantasmes et des th&#233;ories sexuelles infantiles qu'il contribue &#224; consid&#233;rablement enrichir pour le plus grand plaisir du jeune spectateur avide de satisfaire son insatiable curiosit&#233;. Rappelons tout d'abord l'histoire et les personnages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HISTOIRE ET LES PERSONNAGES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un grillon qui va de foyer en foyer, raconte au spectateur l'histoire rare mais v&#233;ridique d'un souhait qui se r&#233;alise. Au beau milieu d'un d&#233;cor de carte postale, dans un singulier petit village ialien, le grillon p&#233;n&#232;tre &#224; la nuit tomb&#233;e, dans l'atelier d'un sculpteur sur bois, nomm&#233; Geppetto, vieil homme qui vit apparemment seul avec son chat, Figaro, et son poisson rouge, Cl&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au beau milieu d'un entassement d'horloges &#233;tonnantes, de surprenantes pendules, d'extraordinaires coucous, d'adorables bo&#238;tes &#224; musique et de jouets sculpt&#233;s, le vieil homme s'appr&#234;te &#224; mettre une derni&#232;re couche de peinture &#224; un pantin de bois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marionnette termin&#233;e et fier de son &#339;uvre, le vieil homme parach&#232;ve son ouvrage en lui donnant un nom : Pinocchio. Ainsi baptis&#233;, Geppetto laisse sa marionnette sur son &#233;tabli, va se coucher avec son chat et divague en allumant sa pipe : il r&#234;vasse &#224; l'air presque vivant de son pantin, se disant qu'il serait vraiment trop beau si celui-ci pouvait &#234;tre un vrai petit gar&#231;on&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le chat Figaro entrouvre la fen&#234;tre pour son ma&#238;tre, le vieil homme aper&#231;oit, dans le ciel clair de la nuit, l'&#233;toile des souhaits. S'agenouillant sur le rebord de sa fen&#234;tre, le vieillard fait alors un v&#339;u fou : celui que Pinocchio devienne un vrai petit gar&#231;on !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pleine nuit, emp&#234;ch&#233; de dormir par le bruit des nombreux tic-tacs des m&#233;caniques et horloges de l'atelier, ainsi que par les ronflements sonores du vieil homme, le grillon observe une sc&#232;ne &#233;trange : comme si l'astre des souhaits entrait par la fen&#234;tre en une longue tra&#238;n&#233;e de poussi&#232;re d'&#233;toile pour finalement venir se mat&#233;rialiser, au beau milieu de la pi&#232;ce, en une majestueuse et resplendissante f&#233;e bleue. &#201;rig&#233;e au milieu de l'atelier endormi, la bonne f&#233;e d&#233;cide de r&#233;compenser Geppetto pour sa bravoure et le bien qu'il a fait autour de lui sa vie durant, en exau&#231;ant le v&#339;u du vieil homme : d'un coup de baguette magique, elle accorde le don de la vie au charmant petit pantin de bois qui s'&#233;veille soudain comme sorti d'un profond sommeil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t anim&#233; et dou&#233; de la parole, la r&#233;alisation d&#233;finitive du v&#339;u de Geppetto est n&#233;anmoins subordonn&#233;e &#224; la conduite future de Pinocchio et, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; l'acquisition d'une bonne et solide conscience : s'il agit &#224; l'avenir de mani&#232;re brave, franche, loyale et ob&#233;issante, alors seulement il pourra un jour devenir un vrai petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devra &#224; tout moment, choisir entre la bonne et la mauvaise voie ; mais devant l'apparent caract&#232;re superficiel du raisonnement du pantin et l'embarras d'ores et d&#233;j&#224; manifeste de Pinocchio pour les questions de morale, la f&#233;e charge le grillon de devenir sa conscience, de veiller sur Pinocchio et de l'aider &#224; toujours trancher en faveur du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flatt&#233; et habill&#233; pour la circonstance comme un sous neuf et &#233;tincelant, Jiminy Cricket &#8212; puisque c'est ainsi qu'il se nomme et se pr&#233;sente &#224; la f&#233;e &#8212; devient cette gentille petite voix que personne ne veut entendre. La f&#233;e dispara&#238;t comme elle &#233;tait apparue, en faisant promettre &#224; Pinocchio de devenir un brave petit gar&#231;on et de toujours &#233;couter la voix de sa conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentant de faire la le&#231;on &#224; Pinocchio, le grillon et son &#233;l&#232;ve conviennent d'un signal : lorsque le petit gar&#231;on aura besoin de sa conscience, Pinocchio n'aura qu'&#224; siffler et Jiminy Cricket appara&#238;tra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;veill&#233; en pleine nuit par la danse du pantin et de Jiminy Cricket, Geppetto croit d'abord &#224; un mauvais r&#234;ve lorsqu'il entend la voix de Pinocchio qui lui r&#233;pond du tac au tac. L'enfant de bois raconte &#224; son p&#232;re adoptif comment la f&#233;e bleue est venue durant la nuit pour l'animer et lui donner une conscience. Geppetto pr&#233;sente Pinocchio &#224; son chat Figaro et &#224; son poisson rouge Cl&#233;o et tous se mettent &#224; danser pour f&#234;ter l'heureux &#233;v&#233;nement avant de retourner se coucher pour dormir et se reposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain matin, &#224; peine les cloches sonn&#233;es, Pinocchio doit aller &#224; l'&#233;cole comme les autres petits enfants &#171; pour apprendre des tas de choses et devenir savant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le chemin, il croise le renard Grand Coquin et le chat G&#233;d&#233;on qui s'&#233;tonnent tous deux de voir cet &#171; enfant en bois &#187; marcher sans ficelle. R&#233;fl&#233;chissant, les deux comp&#232;res flairent le bon coup en envisageant de vendre le pantin anim&#233; au marionnettiste Stromboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accostant Pinocchio, Grand Coquin et G&#233;d&#233;on lui font miroiter une grande carri&#232;re d'acteur et lui promettent succ&#232;s, applaudissements et renomm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la mise en garde de Jiminy Cricket, Pinocchio vole vers le th&#233;&#226;tre et la vie d'artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marionnette dou&#233;e de vie se donne ainsi en spectacle sans main ni ficelle, au grand &#233;tonnement des spectateurs qui affluent au spectacle de Stromboli, pour le plus grand bonheur financier du roi du marionnettiste qui engrange les pi&#232;ces d'or dans son escarcelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, Geppetto attend et s'inqui&#232;te. &#192; juste titre puisqu'au moment o&#249; Pinocchio veut retourner dormir chez son p&#232;re, Stromboli l'en emp&#234;che et l'enferme dans une cage d'oiseau qu'il cadenasse &#224; double tour et part dans une roulotte tir&#233;e par un vieux cheval vers le prochain village et un prochain spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyant Pinocchio partir en tourn&#233;e, Jiminy Cricket venu &#224; l'improviste pour lui faire ses adieux, d&#233;couvre son prot&#233;g&#233; enferm&#233;. Il se glisse dans la serrure afin de l'en lib&#233;rer, mais en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que dans la nuit noire et sous une &#233;paisse pluie battante, Geppetto, arm&#233;e d'une lanterne, hurle en vain le pr&#233;nom de son fils adoptif, la roulotte de Stromboli emm&#232;ne l'enfant de bois loin de la maison du p&#232;re aimant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assis dans leur cage, Pinocchio et Jiminy pleurent sur leur sort, mais aper&#231;oivent bient&#244;t l'&#233;toile de la f&#233;e bleue, d&#233;crivant un arc dans le ciel et s'appr&#234;tant &#224; entrer par la fen&#234;tre de la roulotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pinocchio se rappelle alors les ultimes recommandations de la f&#233;e et appr&#233;hende de lui avouer ne pas les avoir suivi. Celle-ci ne manque d'ailleurs pas de lui demander pourquoi il n'a pas &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole comme son p&#232;re lui avait demand&#233;. Pour &#233;chapper &#224; sa faute, Pinocchio commence par raconter une histoire abracadabrante &#224; la f&#233;e : s'appr&#234;tant par la meilleure des volont&#233;s &#224; aller &#224; l'&#233;cole, il en aurait &#233;t&#233; violemment emp&#234;ch&#233; par deux &#233;normes monstres effrayant qui les auraient mis de force, lui et Jiminy, l'un dans un grand sac, l'autre dans un petit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure qu'il raconte son histoire mensong&#232;re, le nez de Pinocchio s'allonge jusqu'&#224; devenir une v&#233;ritable branche de bois sur laquelle des oiseaux peuvent faire leur nid et &#233;lever leurs petits. Alors que Pinocchio jure ne dire que la v&#233;rit&#233;, la f&#233;e lui apprend qu'un mensonge en appelle toujours un autre et qu'il finit par se voir comme le nez au milieu de la figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jiminy s'&#233;tant fait l'avocat de Pinocchio, la f&#233;e pardonne pour cette fois, non sans avoir rappel&#233; que le mensonge a vite fait de faire de nous sa marionnette. D'un coup de baguette magique, le nez de Pinocchio reprend sa taille normale et la porte de la cage dans laquelle il &#233;tait enferm&#233; s'ouvre miraculeusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la bi&#232;re coule &#224; flot &#224; la &#171; Taverne du Homard rouge &#187;, o&#249; Grand Coquin et G&#233;d&#233;on, cigare &#224; la bouche, racontent comment ils ont bern&#233;s le vieux Stromboli. Les pintes se succ&#232;dent et les deux comp&#232;res complotent une nouvelle fois. Un cocher leur propose de les embaucher pour effectuer une bien sale besogne : ramasser dans tous les coins les enfants errants et les petits gar&#231;ons qui font l'&#233;cole buissonni&#232;re, afin de les embarquer pour l'&#238;le enchant&#233;e, o&#249; ils viendront former les bataillons d'une main-d'&#339;uvre bon march&#233; : &#171; Ils ne seront jamais plus des enfants &#187;. Bien qu'eux m&#234;mes effray&#233;s par cette sale besogne, Grand Coquin et G&#233;d&#233;on ne r&#233;sistent pas &#224; la perspective d'engranger de l'or &#224; pleins sacs et se mettent &#224; fureter et chercher tout ce qu'ils pourront trouver comme chair fra&#238;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, Pinocchio, plein de bonne r&#233;solution, se dirige de nouveau vers l'&#233;cole : r&#233;solu &#224; d&#233;finitivement abandonner la carri&#232;re d'acteur, il souhaite d&#233;sormais devenir savant. Sur ce chemin, il est n&#233;anmoins rattrap&#233; par la culotte, du pommeau de la canne de Grand Coquin. La course de Pinocchio vers les plus hauts sommets du monde savant patine et le docteur Grand Coquin, apr&#232;s avoir diagnostiqu&#233; une allergie au travail, recommande express&#233;ment &#224; Pinocchio des vacances au grand air : sur l'&#238;le enchant&#233;e, l&#224; o&#249; tous les jours sont sens&#233;s &#234;tre des jours de f&#234;te. Cr&#233;dule, Pinocchio part sur le champ, tandis que Jiminy Cricket assistant encore une fois impuissant &#224; l'embrigadement de son &#233;l&#232;ve, se faufile sous la roulotte du cocher qui fouette ses chevaux &#224; vive allure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Embarqu&#233; sur un bateau &#224; vapeur avec un chargement de pauvres enfants des environs ramass&#233;s de-ci de-l&#224; par l'inf&#226;me cocher, Pinocchio d&#233;barque bient&#244;t au beau milieu d'une f&#234;te foraine o&#249; tout est gratuit et o&#249; les pires vices sont permis : g&#226;teaux, bonbons, glaces, tabac et cigares sont offert &#224; volont&#233; et les bagarres et autres jeux de destruction sont ici autoris&#233;s et encourag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jiminy Cricket finit par retrouver Pinocchio dans un sombre lieu de d&#233;bauche : l'arri&#232;re-salle d'une taverne o&#249; son &#233;l&#232;ve est en train de se d&#233;vergonder en compagnie d'un mauvais gar&#231;on surnomm&#233; Crapule. Les deux &lt;i&gt;bad boys&lt;/i&gt; boivent de la bi&#232;re &#224; qui mieux-mieux, fument cigares sur cigares et jouent au billard en s'arcboutant bassement sur leurs cannes. Entendant vivre selon le dicton : &#171; on ne vit qu'une fois &#187;, Pinocchio fait une nouvelle fois la sourde oreille &#224; sa bonne conscience, tandis que Crapule r&#233;pudie Jiminy Cricket qu'il traite comme une vulgaire sauterelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le somptueux spectacle de f&#234;te laisse bient&#244;t la place &#224; la triste r&#233;alit&#233; : le d&#233;cor f&#233;&#233;rique n'&#233;tait qu'un app&#226;t pour attirer les enfants dans un pi&#232;ge et les faire travailler. Les m&#233;chants petits gar&#231;ons sont chang&#233;s en &#226;nes et ensuite envoy&#233;s sous cette forme dans les mines de sel o&#249; ils sont destin&#233;s &#224; tirer les wagonnets et servir de main-d'&#339;uvre bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jiminy Cricket qui d&#233;couvre le pot aux roses r&#233;ussit &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; &#224; sauver Pinocchio alors que la transformation en &#226;ne n'a pas encore finit d'op&#233;rer sur son &#233;l&#232;ve. Affubl&#233; de grandes oreilles et d'une queue d'&#226;ne, Pinocchio suit enfin le chemin que lui fraye Jiminy : il r&#233;ussit &#224; sortir de l'&#238;le et &#224; sauter d'un rocher escarp&#233; jusqu'en contre-bas dans l'eau froide et glac&#233;e. Apr&#232;s un magnifique plongeon, Pinocchio regagne le rivage et se r&#233;signe enfin &#224; rentrer chez son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; la maison qu'il d&#233;couvre vide, Jiminy Cricket et Pinocchio re&#231;oivent par &#171; fax c&#233;leste &#187;, le message selon lequel Geppetto est toujours en vie, mais habite dans le ventre de la baleine g&#233;ante, au fond de l'oc&#233;an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que pendant ce temps, le vieil homme est parti avec son chat Figaro et son poisson rouge Cl&#233;o &#224; la recherche de Pinocchio : s'&#233;tant malheureusement embarqu&#233;e sur l'oc&#233;an &#224; bord d'un bateau de fortune, la petite famille a &#233;t&#233; aval&#233;e par une baleine terrifiante : &lt;i&gt;Monstro&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plongeant une nouvelle fois au fond de l'oc&#233;an glac&#233;e, Pinocchio est r&#233;sign&#233; &#224; aller chercher son p&#232;re adoptif. Lest&#233;s par une lourde pierre et marchant ainsi au fond de l'eau, Pinocchio et Jiminy rencontrent poissons, hippocampes, hu&#238;tres et autres animaux marins &#224; qui ils demandent leur chemin. &#192; chaque fois, la r&#233;putation de la baleine la pr&#233;c&#232;de et tous fuient &#224; la seule prononciation du nom de &lt;i&gt;Monstro&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux amis finissent n&#233;anmoins par tomber nez &#224; nez avec l'horrible monstre marin. Celui-ci avait aval&#233; tout de go Geppetto et l'&#233;quipage de son bateau qui, au fond du ventre du monstre endormi, se meurent d&#233;sormais de faim et tentent de p&#234;cher les poissons. R&#233;ussissant &#224; se faire avaler avec un banc de thon par un Monstro soudain r&#233;veill&#233; et revigor&#233;, Pinocchio retrouve enfin son p&#232;re qui le rep&#234;che comme un thon, dans le ventre de la baleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d'&#233;mouvantes retrouvailles, le fils pr&#233;pare un plan pour s'&#233;chapper du ventre du monstre : faire un grand feu afin de faire &#233;ternuer la baleine. Tandis qu'ils s'approchent de la bouche du c&#233;tac&#233; avec un radeau de fortune pr&#233;alablement construit par Geppetto avec les restes de sa propre embarcation, la fum&#233;e commence &#224; s'&#233;chapper de l'orifice sup&#233;rieur de la baleine qui bient&#244;t rel&#226;che la petite famille dans un formidable et retentissant &#233;ternuement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ponctu&#233; d'un &#171; &#224; vos souhaits &#187; de JIminy Cricket, le radeau finit par s'&#233;chapper de la baleine qui, folle de rage replonge &#224; la recherche de la cause de ses irritations nasales et de sa sternutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les flux et les reflux provoqu&#233;s par le mammif&#232;re marin, Pinocchio regagne finalement la c&#244;te o&#249; il s'&#233;choue, naufrag&#233;, &#233;chappant d&#233;finitivement &#224; la baleine : il sauve certes son p&#232;re de la noyade, mais semble-t-il au p&#233;ril de sa propre vie, puisqu'il g&#238;t d&#233;sormais inerte sur le sable mouill&#233; du rivage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier acte de bravoure rach&#232;te n&#233;anmoins tous ses pr&#233;c&#233;dents agissements et lui vaut une fin heureuse puisque la f&#233;e, au vue de sa conduite et son attitude loyale et ob&#233;issante, l'&#233;veille en le faisant, d&#233;finitivement cette fois, un vrai petit gar&#231;on en chair et en os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film s'ach&#232;ve sur la danse de la petite famille qui c&#233;l&#232;bre le miracle de cet &#233;trange enfantement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; LES TH&#201;ORIES SEXUELLES INFANTILES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;trange enfantement &#187;, car comme nous l'avons pr&#233;c&#233;demment &#233;voqu&#233;, sous ses aspects moralistes et conservateurs, le th&#232;me principal du dessin anim&#233; de Walt Disney est, sans conteste, la curiosit&#233; sexuelle infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La curiosit&#233; sexuelle des enfants se manifeste tr&#232;s t&#244;t et, g&#233;n&#233;ralement, d&#232;s l'&#226;ge tendre de trois ans. Si &#224; cette p&#233;riode, les premi&#232;res intrigues se nouent autour de la diff&#233;rence des sexes, la recherche sexuelle infantile atteint son point culminant avec la question reine de la p&#233;riode phallique : comment fait-on les enfants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs si Pinocchio est l'h&#233;ritier direct d'Arlequin et de Polichinelle, n'est-ce pas d'abord en vertu de son pr&#233;nom ? L'expression populaire ne fait-elle pas elle-m&#234;me le lien entre ce personnage de la &lt;i&gt;commedia dell'arte&lt;/i&gt; et l'enfantement ? L'expression populaire &#171; avoir un polichinelle dans le tiroir &#187; renvoie ind&#233;niablement &#224; cette question, mais &#224; l'&#233;poque o&#249; l'enfant s'int&#233;resse aux marionnettes, il ne peut y apporter de r&#233;ponse satisfaisante en raison de son immaturation physique et psychique. Plus pr&#233;cis&#233;ment, la r&#233;ponse &#224; l'&#233;nigme du comment fait-on les enfants vient buter sur une double ignorance : celle de l'existence de l'orifice sexuel f&#233;minin (le vagin) et celle du r&#244;le f&#233;condant du liquide spermatique. Pour y rem&#233;dier, l'enfant va utiliser sa pulsion de savoir pour inventer des th&#233;ories de la conception et de l'enfantement &#224; la hauteur de son activit&#233; pulsionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pulsion de savoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La curiosit&#233; sexuelle de l'enfant se fait d'abord entendre dans cet inlassable plaisir de questionner l'adulte, qui le prend aux alentours de sa troisi&#232;me ann&#233;e : c'est la p&#233;riode des &#171; pourquoi ? &#187; Si l'adulte se lasse rapidement de r&#233;pondre et ne comprend g&#233;n&#233;ralement pas l'essence et la v&#233;ritable motivation du questionnement enfantin, la r&#233;ponse a &#233;t&#233; popularis&#233;e par une g&#233;niale publicit&#233; pour une c&#233;l&#232;bre marque de bouteilles de lait : si les questions incessantes des enfants semblent tourner en rond, c'est parce qu'&#224; la v&#233;rit&#233; elles n'en cachent qu'une seule, que celle-l&#224; ils n'osent pas poser : &#171; comment on fait les b&#233;b&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud estime d'ailleurs que la fameuse &#233;nigme qu'&#338;dipe se voit pos&#233;e aux abords de la Th&#232;bes antique &#8212; &#171; quel est l'&#234;tre qui, le matin marche sur trois pattes, le midi sur deux et le soir sur trois ? &#187; &#8212; n'est jamais, sous une forme d&#233;j&#224; d&#233;tourn&#233;e, que cette m&#234;me et unique question, l'&#233;ternelle &#233;nigme infantile, l'&#233;nigme de la sphinge : &#171; comment fait-on les enfants ? &#187; Cette question est donc bel et bien la question &#339;dipienne par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est manifestement &#224; cette toute premi&#232;re p&#233;riode de recherche et d'investigation sexuelle infantile qu'en est le jeune Pinocchio : lorsque Geppetto lui demande de dormir, Pinocchio lui demande &#171; pourquoi ? &#187; ; lorsqu'il apprend qu'il doit aller &#224; l'&#233;cole, Pinocchio demande encore &#171; pourquoi ? &#187;. Geppetto lui r&#233;pond alors que c'est &#171; pour apprendre des tas de choses et devenir savant &#187;. En bon p&#232;re, Geppetto tente de canaliser la pulsion de savoir de son fils, en l'incitant &#224; aller en classe. Au lieu de contraindre Pinocchio &#224; inhiber ou &#224; refouler cette pulsion de savoir, Geppetto invite son fils adoptif &#224; s'en servir et &#224; sublimer sa qu&#234;te incessante. Mais encore une fois, Pinocchio demande &#171; pourquoi &#187; : &#171; pourquoi &#187; il doit devenir savant et Geppetto, lass&#233;, finit par l&#226;cher l'in&#233;vitable &#171; parce que &#187; avec lequel tout parent finit par clore la conversation, pressentant la dimension infinie du questionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; encore, la v&#233;ritable question que souhaite poser l'enfant est celle de l'investigation sexuelle : comment fait-on les enfants ? D'ailleurs Pinocchio n'est pas int&#233;ress&#233; par le savoir intellectuel. Au contraire, il fait l'&#233;cole buissonni&#232;re et souhaite s'int&#233;resser &#224; ce qui se passe sur la sc&#232;ne d'un th&#233;&#226;tre de marionnette. Si l'on traduit cela dans le langage de l'inconscient : il s'agit pour Pinocchio de savoir comment et surtout sur quelle sc&#232;ne les enfants s'animent, c'est-&#224;-dire sont con&#231;us. Nous sommes bien au c&#339;ur de l'&#233;nigme de la Sphinge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi cette question devient-elle la question cruciale de la recherche sexuelle infantile ? Essentiellement parce qu'elle est nodale et se trouve &#224; la crois&#233;e des principales pr&#233;occupations de l'enfant : d'abord, l'enfant est toujours inquiet de voir survenir un autre enfant, fr&#232;re ou s&#339;ur, qui viendrait lui disputer l'amour maternel. Il s'agit-l&#224; d'un premier int&#233;r&#234;t purement &#233;go&#239;ste, int&#233;r&#234;t qui n'est qu'&#224; peine dissimul&#233; dans le film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;orie de la naissance et l'&#233;go&#239;sme infantile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est quelque peu masqu&#233;e, puisque le premier-n&#233; est en l'occurrence un animal : le chat Figaro. Cette rivalit&#233; fraternelle est d'autant plus masqu&#233;e dans le dessin anim&#233; que la premi&#232;re de ces rivalit&#233;s s'explique par un antagonisme en quelque sorte &#171; naturel &#187; avec le fr&#232;re adoptif : Cl&#233;o. Par la mise en sc&#232;ne de cet antagonisme animal entre le chat et le poisson rouge, le jeune spectateur peut symboliser plus facilement son &#233;go&#239;sme infantile, m&#234;me s'il n'en demeure pas moins qu'il s'agit bien dans ce cas d'une rivalit&#233; fraternelle entre les deux premiers-n&#233;s de Geppetto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, lorsque Geppetto trouve soudain un pr&#233;nom pour son pantin de bois, il se tourne successivement vers le chat et le poisson rouge pour obtenir leur approbation : mais le nom de Pinocchio ne pla&#238;t ni &#224; Figaro, qui fait une moue des plus d&#233;plaisantes, ni &#224; Cl&#233;o qui renvoie la m&#234;me rebuffade &#224; Geppetto. Le vieil artisan doit bien comprendre une chose : Pinocchio n'est pas le bienvenu pour ceux qui sont d&#233;j&#224; l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la fameuse sc&#232;ne de la danse, alors que Geppetto tenant les ficelles de la marionnette, fait approcher le pantin pr&#232;s du bocal de Cl&#233;o, celui-ci voit d'abord le pantin difforme sous le prisme du verre qui l'emprisonne, avant d'accepter timidement les pr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Figaro, il se prend d'embl&#233;e un coup de pied dans le derri&#232;re par le nouvel imp&#233;trant, ce qui ne le r&#233;jouit gu&#232;re, et le chat r&#233;pond d'un coup de patte qui laisse entrevoir une rivalit&#233; durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, au moment d'aller ouvrir la fen&#234;tre lors du coucher, Figaro, habituellement si ob&#233;issant et docile, boude ostensiblement son ma&#238;tre, manifestement en raison de son d&#233;sir trop ardent d'avoir un enfant. En revenant, Figaro s'empresse bien d'occuper la place dans le lit de son ma&#238;tre afin que personne ne vienne l'en d&#233;loger, malgr&#233; le v&#339;u fou de Geppetto de faire de Pinocchio un vrai petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figaro est d'ailleurs le premier inquiet et apeur&#233; lorsque Geppetto, se levant au beau milieu de la nuit, s'appr&#234;te &#224; descendre dans on atelier pour savoir d'o&#249; vient le bruit fabuleux qu'il a entendu et qui l'a r&#233;veill&#233;. On voit Figaro miauler entre les pattes de Geppetto, ne plus quitter son ma&#238;tre d'une semelle. C'est d'ailleurs Figaro que Pinocchio touche et agace en premier, jusqu'&#224; lui faire pousser un cri d'effroi qui fait tomber &#224; terre Geppetto. Le chat ne se calme que lorsque le vieux p&#232;re Geppetto laisse exploser sa joie de voir son v&#339;u r&#233;alis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc d'abord une inqui&#233;tude qui conduit le petit enfant &#224; s'int&#233;resser &#224; la question de la conception des enfants : l'inqui&#233;tude &#233;go&#239;ste de voir venir un autre enfant le d&#233;loger de son propre confort et la crainte de perdre l'amour de ses parents suite &#224; cet &#233;v&#233;nement que l'enfant &#8212; quant &#224; lui &#8212; est bien loin de qualifier d'heureux. Au contraire, c'est &#224; cette occasion qu'on le voit songeur et qu'il commence &#224; aiguiser sa perspicacit&#233; voire sa fourberie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude est &#233;go&#239;ste est tr&#232;s facile &#224; observer lorsqu'il est jeune : l'enfant a&#238;n&#233; ne fait pas de mani&#232;re pour dissimuler son hostilit&#233; manifeste &#224; l'&#233;gard de son cadet ; il demande sans d&#233;tour &#224; ce que la cigogne remporte le &#171; cadeau &#187;, ou n'h&#233;site pas &#224; dire vouloir &#233;touffer le nourrisson encore au berceau. Lorsque l'enfant est encore dans le sein maternel, l'agressivit&#233; &#224; l'&#233;gard du ventre de la m&#232;re se manifeste par une volont&#233; de donner des coups de pied ou poing dans ce &#171; punching-ball &#187; occasionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant anticipe devoir partager les soins et la vie affective que lui prodigue ses parents et voit cette naissance d'un tr&#232;s mauvais &#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; l'&#226;ge &#339;dipien (de deux-trois ans &#224; cinq-six ans), l'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard d'un nouveau-n&#233; a cependant tendance &#224; diminuer et &#224; laisser la place au d&#233;sir apais&#233; de trouver un futur compagnon de jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pinocchio : la petite graine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir comment naissent les petits fr&#232;res et les petites s&#339;urs est une question &#224; laquelle l'enfant n'est pas en mesure de r&#233;pondre &#224; l'&#226;ge de trois ou quatre ans. Il n'est pas assez d&#233;velopp&#233; ni physiologiquement (sexuellement), ni intellectuellement pour y apporter une r&#233;ponse satisfaisante. La question se r&#233;v&#232;le donc &#224; lui sous la forme d'une &#233;nigme qu'il s'efforce de r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce chemin, il met &#224; contribution toute son imagination et envisage les r&#233;ponses en fonction des pulsions auxquelles il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; confront&#233;. La pulsion orale est d'abord mise &#224; contribution. N'&#233;tant pas persuad&#233; que seules les femmes peuvent enfanter, le petit gar&#231;on ou la petite fille pense d'abord que les enfants viennent de l'absorption d'un aliment sp&#233;cifique ou d'une substance caract&#233;ristique. C'est la fameuse th&#233;orie de la petite graine que l'on mange ou que l'on donne par un baiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, soulignons que le nom de Pinocchio provient de l'italien &lt;i&gt;pinolo&lt;/i&gt;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, en vieux toscan, Pinocchio signifie &#171; pignon &#187; que l'on peut traduire par le &#171; pignolat &#187; ou &#171; pigne &#187; en proven&#231;al. C'est la fameuse graine comestible du pin parasol que l'on nomme plus couramment &#171; pignon &#187; ou pignon de pin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Pinocchio signifie-t-il petit pignon, en d'autres termes : petite graine. Par son nom m&#234;me, Pinocchio &#233;voque la th&#233;orie de la conception par la petite graine que l'on mange. Cette conception n'est pas &#233;tonnante si l'on con&#231;oit que l'enfant a &#233;t&#233; introduit &#224; l'&#233;rotisme par la t&#233;t&#233;e et donc par la bouche qui demeure longtemps encore la premi&#232;re des zones &#233;rog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c'est en mangeant ou par un baiser qu'une petite graine est mise dans le ventre de la maman, reste &#224; savoir comment le b&#233;b&#233; en sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;orie anale de la naissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ignorant le r&#244;le et l'existence du vagin et de l'ut&#233;rus, les enfants pensent tout d'abord que la naissance se fait par le derri&#232;re et plus pr&#233;cis&#233;ment par l'anus. Pour aussi extraordinaire que cela nous paraisse &#224; nous adultes, cela est pourtant tout &#224; fait logique pour l'enfant. Si on lui communique facilement que le b&#233;b&#233; se trouve dans le ventre de la maman et qu'il finit par en sortir, en toute rigueur, cela ne peut se faire que par une seule voie, un seul chemin, celui que suivent les excr&#233;ments dans le conduit intestinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne nous &#233;tonnons donc pas qu'au sortir de sa phase anale et au sommet du d&#233;veloppement de sa libido, l'enfant compare tout au caca (enfant, aliments, comportement, etc.). L'&#233;rotisme anal de l'enfant se trouve r&#233;activ&#233; par ses sp&#233;culations sur la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une th&#233;orie l&#233;g&#232;rement plus avanc&#233;e peut concevoir le nombril comme un orifice pouvant s'ouvrir sp&#233;cialement &#224; cet effet et laisser ainsi passer le petit fr&#232;re ou la petite s&#339;ur. Sans m&#234;me aller jusque-l&#224;, la simple ouverture du ventre apr&#232;s ingestion n'est une l&#233;g&#232;re variante de la th&#233;orie cloacale de la naissance. C'est d'ailleurs celle qui est &#224; l'&#339;uvre dans beaucoup de contes d'enfants, comme par exemple celui du &lt;i&gt;Loup et des sept chevreaux&lt;/i&gt; dans lequel le loup, apr&#232;s avoir mang&#233;, peut accoucher des sept chevreaux par simple incision du ventre que l'on prend ensuite soin de recoudre. Une paire de ciseaux, du fil et une aiguille et le tour est jou&#233; : la magie de la conception et de la naissance est &#224; la port&#233;e d'un petit enfant de trois ans. Ce que l'on mange par un trou ressort de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant qu'avec cette th&#233;orie, la femme perd le douloureux privil&#232;ge de l'accouchement qu'elle a pourtant bel et bien dans la r&#233;alit&#233;. Si les b&#233;b&#233;s sortent par l'anus, l'homme peut aussi bien que la femme, mettre au monde un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en venons-l&#224; &#224; l'une des questions centrales du sc&#233;nario de &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; : le r&#244;le de l'homme et sp&#233;cifiquement du p&#232;re dans la conception et la naissance d'un nouvel enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le du p&#232;re et la th&#233;orie du co&#239;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure qu'il grandit, l'enfant pressent que le r&#244;le du p&#232;re est primordial dans la conception, bien qu'il soit encore incapable de savoir quel est le r&#244;le exact que le ma&#238;tre de maison est appel&#233; &#224; tenir. La fameuse th&#233;orie de la petite graine est alors coupl&#233;e avec quelques sp&#233;culations concernant ce r&#244;le &#233;nigmatique : c'est le papa qui mettrait la petite graine dans le ventre de la maman, soit par un baiser magique, soit par un processus autre qu'il ignore encore mais qu'il commence &#224; percevoir. La th&#233;orie du baiser est tr&#232;s largement r&#233;pandue dans les contes de f&#233;es et &#8212; on l'a vu &#8212; nous pouvons facilement interpr&#233;ter le fameux baiser que le prince donne &#224; Blanche-neige comme un baiser f&#233;condateur puisque la suite de l'histoire ne le cache pas, bien au contraire : &#171; ils eurent beaucoup d'enfants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est manifestement &#224; ce stade o&#249; l'enfant se demande quel est le r&#244;le exact du p&#232;re dans la conception d'un petit fr&#232;re ou d'une petite s&#339;ur, que nous trouvons Pinocchio dans sa recherche sexuelle infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant qui pressent le r&#244;le du p&#232;re pressent &#233;galement le r&#244;le du membre viril de celui-ci. Ce r&#244;le est d'autant mieux per&#231;u que l'enfant &#8212; gar&#231;on ou fille &#8212;, sent monter l'excitation sexuelle qui ne manque pas d'accompagner son travail de recherche, laquelle excitation se manifeste indiff&#233;remment au niveau des organes g&#233;nitaux que sont le p&#233;nis ou le clitoris. Si l'enfant n'en est pas &#224; l'&#233;laboration du vagin, il commence &#224; percevoir le ventre de la m&#232;re comme le r&#233;ceptacle accueillant le membre du p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ignorance du vagin d'un c&#244;t&#233;, le pressentiment du r&#244;le du p&#232;re de l'autre, ces deux arguments font que l'enfant commence g&#233;n&#233;ralement par &#233;laborer ce que l'on appelle une conception sadique du co&#239;t, dans la mesure o&#249; sans l'organe f&#233;minin, l'enfant ne peut que saisir l'entr&#233;e du membre viril du p&#232;re comme un for&#231;age de l'entr&#233;e du ventre maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant qu'&#224; cette &#233;poque, le petit &#234;tre ne manque jamais d'entrapercevoir et d'observer avec minutie les positions respectives de son p&#232;re et de sa m&#232;re en telle ou telle circonstance : alors qu'ils se donnent un tendre baiser, au lit avant de se coucher, au repos sur le canap&#233;, etc. En rapprochant peut-&#234;tre certains &#233;clats de voix au cours de soudaines disputes (ou certains gestes d'hostilit&#233;s), de ce qu'il per&#231;oit de r&#233;alit&#233; ou de traces mn&#233;siques &#233;manant de la chambre des parents, l'enfant peut facilement r&#233;interpr&#233;ter l'acte sexuel et le co&#239;t comme un acte sadique prof&#233;rer par le p&#232;re sur la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le co&#239;t est ainsi souvent per&#231;u comme un acte que le plus fort fait subir au plus faible. Il n'est d'ailleurs pas rare &#224; cette &#233;poque, de voir l'enfant s'abandonner &#224; des impulsions qui tendent &#224; symboliser cette p&#233;n&#233;tration : percer des trous dans les murs, casser certains objets, etc., ou tout simplement les jeux de bagarres qui apportent une excitation sexuelle suppl&#233;mentaire &#224; peine masqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la fabrication de Pinocchio r&#233;sume et symbolise cet acte de la p&#233;n&#233;tration du membre viril du p&#232;re dans le ventre maternel : Pinocchio est un pantin de bois, certes, mais c'est d'abord, dans le conte, un morceau de bois &#224; br&#251;ler destin&#233; &#224; &#234;tre jet&#233; &#224; la va-vite dans un po&#234;le ou dans la chemin&#233;e et qu'au dernier moment, le p&#232;re-menuisier Geppetto d&#233;cide de sauver du feu et de sculpter pour lui-m&#234;me. Si nous avons vu que l'expression &#171; avoir un Polichinelle dans le tiroir &#187; signifie avoir un enfant dans le ventre, celle d'&#171; avoir une brioche au four &#187; lui est &#233;quivalente et l&#8216;expression populaire sait que le four ou la chemin&#233;e sont synonymes, dans l'inconscient, du r&#233;ceptacle maternel. Ainsi, si la b&#251;che &#224; l'&#233;tat brut repr&#233;sente symboliquement et dans l'inconscient le membre viril du p&#232;re et la chemin&#233;e le r&#233;ceptacle (ou ventre maternel), ce morceau de bois d&#233;sormais sculpt&#233; et baptis&#233; Pinocchio est bien l'enfant issu d'un acte sublim&#233; &#233;chappant ainsi au feu de l'orgasme sadique et purement sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; nous pr&#233;sente donc une th&#233;orie sexuelle de la conception et de la naissance extr&#234;mement aboutie et dans laquelle la p&#233;n&#233;tration et le r&#244;le du p&#232;re sont pleinement symbolis&#233;s et, comme tels, soumis aux yeux des jeunes spectateurs ravis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le p&#232;re dans le ventre de la baleine et l'expulsion finale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En t&#233;moigne une derni&#232;re fois, &#224; la toute fin du film, l'activit&#233; manifeste du p&#232;re dans le ventre de la baleine, au moment o&#249; les thons entrent par bancs entiers dans le ventre du monstre marin. S'affairant soudain avec sa canne &#224; p&#234;che qui subitement s'arcboute et n'en peu plus de fr&#233;tiller, l'entr&#233;e des thons m&#233;taphorise manifestement l'activit&#233; sexuelle du p&#232;re et l'entr&#233;e des spermatozo&#239;des dans le ventre de la m&#232;re. De passif qu'il &#233;tait, le p&#232;re devient soudain actif et ce revirement figure magnifiquement comment l'enfant peut v&#233;ritablement anticiper le r&#244;le du p&#232;re dans le co&#239;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant comprend enfin comment il entre dans le ventre de la m&#232;re : non pas tant comme une petite graine, mais bien comme Pinocchio dans le dessin anim&#233; : c'est-&#224;-dire comme un thon-spermatozo&#239;de au bout de la canne &#224; p&#234;che du p&#232;re, spermatozo&#239;de qui sera finalement &#233;lu pour la f&#233;condation et sa rencontre avec l'ovule. Il y s&#233;journera ensuite le temps n&#233;cessaire &#224; sa maturation et le probl&#232;me sera alors d'en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, la m&#233;taphore du bois et de la b&#251;che est pouss&#233;e jusqu'&#224; sa derni&#232;re logique. Si Pinocchio est un enfant issue d'une b&#251;che de bois qui &#233;tait pr&#233;destin&#233;e &#224; se consumer dans l'orgasme du co&#239;t au sein du ventre f&#233;cond, c'est en acceptant cet orgasme, symbolis&#233; par le feu qu'il allume dans le ventre de la baleine, que Pinocchio arrivera &#224; sortir du ventre maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les &#233;ternuements successifs de la baleine symbolisent bien &#233;videmment la perte des eaux, les contractions ut&#233;rines et finalement l'expulsion de l'enfant de l'ut&#233;rus maternel et la d&#233;livrance ultime. Juste un court laps de temps d'adaptation &#224; la vie extra-ut&#233;rine et d'un coup de baguette magique (de la f&#233;e bleue), le souffle de la vie anime le nouveau-n&#233; Pinocchio qui s'&#233;veille : cette fois, tout le processus du &#171; comment fait-on les enfants &#187; est symbolis&#233; du d&#233;but jusqu'&#224; la fin. L'&#233;nigme de la sphinge est magnifiquement m&#233;taphoris&#233;e par le c&#233;l&#232;bre dessin anim&#233; de Walt Disney, &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;, pour le plus grand plaisir du jeune spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; FANTASME, MASTURBATION INFANTILE ET MENACE DE CASTRATION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle qu'offre Disney reste cependant f&#233;&#233;rique et il est rare que l'enfant, au sortir de l'&#338;dipe, acc&#232;de &#224; une th&#233;orie sexuelle aussi aboutie. Aussi lorsque les recherches de l'enfant s'enlisent et ne d&#233;bouchent pas sur un r&#233;sultat aussi achev&#233;, elles laissent g&#233;n&#233;ralement derri&#232;re elles des traces, qui constituent autant de points de fixations sur lesquels la libido n'a de cesse de tenter de revenir se satisfaire. Car rappelons-le, ces recherches sont toujours accompagn&#233;es d'une grande excitation sexuelle et d'une activit&#233; masturbatoire ostensible. Le revers de la m&#233;daille donc, ce sont tous ces points d'interrogation, toutes ces questions inexpliqu&#233;es ou laiss&#233;es sans r&#233;ponses et o&#249; la libido de l'enfant reste fix&#233;e, comme en suspend. Les investigations sexuelles avort&#233;es laissent derri&#232;re ses propres avortons : c'est ce que nous appelons les fantasmes inconscients. Les fantasmes inconscients, qui sont &#224; distinguer des fantaisies conscientes, sont des &lt;i&gt;sc&#233;narii&lt;/i&gt; plastiques servant de bouche trou &#224; toute question laiss&#233;e en suspend. Ces sc&#233;narios peuvent ais&#233;ment se regrouper sous l'expression de &#171; fantasmes fondamentaux &#187;, lesquels sont au nombre de trois. Ces trois fantasmes sont magnifiquement mis en sc&#232;ne par Walt Disney dans &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; : il s'agit du fantasme de la sc&#232;ne originaire ou sc&#232;ne primitive, du fantasme de s&#233;duction et enfin du fantasme de castration, lesquels sont tous trois li&#233;s &#224; une activit&#233; masturbatoire excessive qui ne manque pas d'&#234;tre &#233;voqu&#233;e dans le dessin anim&#233; lors des deux c&#233;l&#232;bres sc&#232;nes de m&#233;tamorphose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pulsion voyeuriste et la f&#233;&#233;rie de la sc&#232;ne primitive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pulsion de savoir qui anime l'enfant entre trois et cinq ans s'accompagne la plupart du temps, d'une pulsion de voir : &#224; cet &#233;gard, les psychanalystes aiment &#224; &#233;voquer et &#233;crire cette pulsion de &lt;i&gt;savoir&lt;/i&gt; comme pulsion de &lt;i&gt;&#231;a-voir&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire : &#171; voir le &#231;a &#187;. &#192; vrai dire, l'on ne peut rigoureusement parler de pulsion s'agissant du savoir, que dans la mesure o&#249; cette qu&#234;te infantile, cette investigation sexuelle infantile, s'appuie bel et bien sur deux autres pulsions v&#233;ritables : la pulsion d'emprise (sadique) et la pulsion scopique (voyeuriste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la pulsion d'emprise, elle est ici manifeste, puisqu'il s'agit, durant tout le film, d'un enfant-marionnette, lequel souhaite justement ne plus &#234;tre sous l'emprise d'un autre, marionnettiste en l'occurrence, qui tire les ficelles, mais souhaite recouvrer l'emprise sur lui-m&#234;me. Cette volont&#233; d'emprise de l'enfant est &#233;galement manifeste dans son activit&#233; masturbatoire sur laquelle nous reviendrons bient&#244;t plus en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant maintenant de la pulsion scopique, la pulsion voyeuriste, elle est magnifiquement repr&#233;sent&#233;e et v&#233;hicul&#233;e par l'un des h&#233;ros du film : le grillon Jiminy Cricket. Jiminy Cricket, ce h&#233;ros micro-&lt;i&gt;scopique&lt;/i&gt; qui entre dans tous les foyers et scrute dans tous les recoins ; tellement petit, il peut voir sans &#234;tre vu ; tellement petit qu'il rentre dans tous les trous de serrure, comme dans la c&#233;l&#232;bre sc&#232;ne o&#249; il se bas contre les ressorts du cadenas de la cage de Pinocchio, prisonnier dans la roulotte de Stromboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lui qui, en tant que repr&#233;sentant de la pulsion scopique, va voir la fameuse sc&#232;ne de la conception de l'enfant-Pinocchio. Or que repr&#233;sente cette sc&#232;ne dans l'inconscient ? Sinon la sc&#232;ne primitive, celle du co&#239;t originaire des parents en train de concevoir l'enfant qui va na&#238;tre, l'enfant que nous allons nous-m&#234;me devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le fantasme premier de l'enfant se posant la question de l'&#233;nigme de la sphinge : ne pouvant y r&#233;pondre par la logique consciente, il finit par lui-m&#234;me &#234;tre fabriqu&#233;, dans le r&#233;el inconscient, par une sc&#232;ne dont il est lui-m&#234;me le t&#233;moin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, dans la r&#233;alit&#233;, il n'est pas rare que &#8212; dans les familles modestes notamment, o&#249; il n'est pas toujours possible d'avoir des chambres s&#233;par&#233;es pour les enfants &#8212;, l'enfant ait v&#233;ritablement &#233;t&#233; t&#233;moin de rapports sexuels entre ses parents. M&#234;me &#224; un tr&#232;s jeune &#226;ge, l'enfant peut r&#233;agir aux impressions re&#231;ues lors d'une telle sc&#232;ne et peut s'en souvenir ne serait-ce que sous la forme de traces mn&#233;siques. Ces traces peuvent ressurgir et &#234;tre r&#233;interpr&#233;t&#233;es plus tard, lors de l'observation d'actes d'accouplement entre des animaux domestiques ou des animaux de ferme. L'enfant malicieux sait en outre traquer n'importe quelle sc&#232;ne sexuelle et la r&#233;interpr&#233;ter comme sc&#232;ne primitive afin de construire son propre roman familial et r&#233;pondre &#224; la question de sa propre provenance : &#171; d'o&#249; est-ce que je viens ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, loin d'&#234;tre la conscience de l'enfant-Pinocchio, Jiminy Cricket est d'abord, dans l'inconscient, son &#339;il : il repr&#233;sente sa pulsion scopique voyeuriste, en tant que t&#233;moin oculaire de la sc&#232;ne primitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette sc&#232;ne est bien une sc&#232;ne primitive. De par sa scansion d'abord : alors que tout le monde dort, Jiminy Cricket est d&#233;rang&#233; par le bruit, saccad&#233;, des m&#233;caniques de l'atelier. Ce bruit saccad&#233;, ce rythme, nous introduit tout d'abord au rythme de l'acte sexuel, lorsque tout &#224; coup, la poussi&#232;re d'&#233;toile p&#233;n&#232;tre par la fen&#234;tre. Dans un halo de lumi&#232;re, une femme, &#224; la voix douce, et munie d'une baguette magique, effleure l'enfant de bois. La f&#233;&#233;rie de cette sc&#232;ne, par la p&#233;n&#233;tration, &#224; l'int&#233;rieur du foyer, d'une femme munie d'une baquette magique, repr&#233;sente ind&#233;niablement dans l'inconscient, l'acte du co&#239;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le chapeau d'une femme doit &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme le membre masculin, la baguette magique de la f&#233;e bleue ne doit laisser aucun doute sur le caract&#232;re viril du membre ainsi symbolis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus g&#233;n&#233;ralement, dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, l'on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La condensation de la f&#233;&#233;rie ne laisse planer aucun doute : la baguette magique symbolise le membre masculin, la poussi&#232;re d'&#233;toile figure le liquide spermatique, la p&#233;n&#233;tration dans l'int&#233;rieur du foyer repr&#233;sente l'acte &#224; proprement parler et, enfin, la f&#233;e et sa voix douce d&#233;peint &#224; merveille la m&#232;re en extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne finale du film permet d'ailleurs de correctement r&#233;interpr&#233;ter la sc&#232;ne premi&#232;re : si la sortie du ventre de la baleine symbolise la sortie du ventre maternel et la vraie naissance de Pinocchio, il devient d'autant plus &#233;vident que l'animation par le coup de baguette de la f&#233;e repr&#233;sente bien la sc&#232;ne primitive : celle o&#249; l'enfant est con&#231;u. Tout le temps du film est d'ailleurs con&#231;u comme le temps de la maturation de Pinocchio, le temps de son arriv&#233;e &#224; terme en tant qu'enfant viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; psychique fantasmatique de l'enfant lui permet d'&#233;chapper au principe de r&#233;alit&#233; et permet de compenser le renoncement au plaisir qu'impose la morale sexuelle civilis&#233;e. Cette activit&#233; fantasmatique lui permet de satisfaire les tendances sexuelles que des contraintes ext&#233;rieures lui ont tr&#232;s t&#244;t impos&#233;es de refouler et qui font d&#233;sormais retour sous la forme de fantasmes inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si ces sc&#233;narios viennent parfois se m&#234;ler &#224; des r&#234;veries diurnes (r&#234;ves &#233;veill&#233;s) qu'ils sous-tendent, ces fantasmes sont bien plus que de simples fantaisies conscientes dans la mesure o&#249; ils agissent la plupart du temps &#224; notre insu et qu'ils peuvent entrer en conflit avec notre instance morale consciente, &#224; tel point que pour se frayer un chemin, ils peuvent g&#233;n&#233;rer de la souffrance et &#234;tre synonymes de douleurs psychiques. C'est le cas, par exemple, des fantasmes de s&#233;duction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rencontre avec Grand coquin et G&#233;d&#233;on et le fantasme de la s&#233;duction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fantasmes de s&#233;ductions pr&#233;sentent tout d'abord, eux aussi, un but &#233;conomique et l&#233;gitimant : il s'agit avant tout pour l'enfant de justifier d'une activit&#233; sexuelle essentiellement auto-&#233;rotique et masturbatoire. En projetant sur l'adulte et en lui attribuant la responsabilit&#233; de l'acte sexuel, l'enfant r&#233;ussi &#224; se frayer un chemin vers une satisfaction sexuelle tout en &#233;chappant &#224; la censure : ce n'est pas lui, mais l'adulte, qui se d&#233;tourne et le d&#233;tourne du droit chemin de la morale sexuelle civilis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;misses d'un tel acte de s&#233;duction ne manquent jamais dans la r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comprenons-nous bien : il ne s'agit pas ici de nier la r&#233;alit&#233; des actes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puisqu'un certain degr&#233; de sensualit&#233; est toujours pr&#233;sent, au quotidien, dans les relations entre un enfant et un adulte. L'enfant peut ainsi se baser sur un souvenir r&#233;el pour asseoir ses r&#234;veries et fantasmes inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les cas d'introduction &#224; la sexualit&#233; par des enfants plus &#226;g&#233;s ou du m&#234;me &#226;ge sont extr&#234;mement fr&#233;quents dans la vie quotidienne infantile. Jouer au docteur, &#224; l'infirmi&#232;re, au papa et &#224; la maman, etc., que ce soit avec des camarades du m&#234;me &#226;ge ou des compagnons de jeux plus vieux, le petit fr&#232;re ou la petite s&#339;ur, des cousins ou des cousines, etc., ces jeux sensuels sont m&#234;mes les jeux les plus pris&#233;s par les enfants en pleine phase phallique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux types de s&#233;duction sont envisag&#233;s dans le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; : si Grand Coquin et G&#233;d&#233;on apparaissent bien plus sous les traits de grands enfants (grands fr&#232;res protecteurs m&#234;me), Stromboli et le cocher repr&#233;sentent la s&#233;duction par des adultes peu scrupuleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car on reconna&#238;t bien s&#251;r tout d'abord le motif du fantasme de s&#233;duction et d'introduction &#224; l'interdit dans le motif de la rencontre avec le renard Grand Coquin et le chat G&#233;d&#233;on. Ce sont eux qui vont tout d'abord d&#233;tourner Pinocchio du droit chemin afin de l'introduire &#224; la sc&#232;ne th&#233;&#226;trale dont on a vu qu'elle &#233;tait elle-m&#234;me la m&#233;taphore de la sc&#232;ne primitive. Ce sont eux, surtout, qui vont conduire Pinocchio au cocher et, partant, &#224; l'&#238;le enchant&#233;e, l&#224; o&#249; tous les plaisirs sont permis, entendons, dans l'inconscient : &lt;i&gt;libido illimited&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, par ces fantasmes fondamentaux et motifs fantasmatiques secondaires, l'enfant &#233;chappe au principe de r&#233;alit&#233; et acc&#232;de &#224; une satisfaction auto-&#233;rotique imm&#233;diate&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;cisons que plus tard, lorsque dans la vie adulte la libido ne trouve plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et accompagne une activit&#233; masturbatoire qui ne peut &#234;tre occult&#233;e. Celle-ci est d'ailleurs magnifiquement repr&#233;sent&#233;e dans ce qui constitue peut-&#234;tre le point d'orgue du dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Masturbation infantile, menace de castration et fantasme de fustigation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tous les objets qui s'allongent, comme le parapluie, la cane &#224; p&#234;che, le stylo-bille, le cran-d'arr&#234;t, etc., repr&#233;sentent dans la symbolique des r&#234;ves et dans l'inconscient, l'&#233;rection du membre masculin, allons droit au but : le nez de Pinocchio, loin de trahir un mensonge, trahit bien plut&#244;t son &#233;rection et, partant, son activit&#233; masturbatoire. Il en va d'ailleurs de m&#234;me des oreilles et de la queue d'&#226;ne qui lui poussent soudain au beau milieu de l'&#238;le enchant&#233;e ; ne dit-on pas d'ailleurs : &#171; &#234;tre mont&#233;e comme un &#226;ne &#187; ou &#171; bander comme un &#226;ne &#187; pour parler d'une solide &#233;rection ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au nid d'oiseau, qui appara&#238;t au bout de la branche en laquelle le nez de Pinocchio est transform&#233;e, et dans lequel sont deux petits oisillons piaffant, il trahit tout simplement le motif de l'activit&#233; masturbatoire, qui est toujours le m&#234;me : &#171; comment fait-on les enfants ? &#187;, en d'autres termes il s'agit encore une fois de curiosit&#233; sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adulte d&#233;couvre toujours, d'une mani&#232;re ou d'une autre, l'activit&#233; masturbatoire de l'enfant. Surtout celle du petit gar&#231;on qui, la plupart du temps, a du mal &#224; dissimuler son activit&#233; et n'h&#233;site pas &#224; tripoter ind&#233;cemment son organe au nez et &#224; la barbe de tous. D'ailleurs, au d&#233;but de son activit&#233;, il ne sait pas encore que c'est l&#224; une excitation qu'il doit cacher. Les parents ou les adultes qui en sont les spectateurs ne manquent pas de lui faire quelques observations sur cette pratique qu'ils jugent ind&#233;cente. Ces mises en garde, m&#234;me si elle ne sont pas, la plupart du temps, suivies d'une menace v&#233;ritable d'amputation du membre ou de la main coupable, valent bient&#244;t pour telle dans l'inconscient. De la m&#234;me mani&#232;re que l'enfant qui suce son pouce se voit menac&#233; de l'amputation du doigt fautif, l'enfant qui joue ind&#233;cemment avec son organe se voit menac&#233; (par d&#233;placement) de l'amputation de celui-ci. Si c'est la m&#232;re qui prof&#232;re l'avertissement, elle manque rarement de se r&#233;f&#233;rer &#224; un tiers (p&#232;re ou m&#233;decin) qui viendrait ex&#233;cuter la castration redout&#233;e. Tel le mensonge qui grandit jusqu'&#224; ce qu'il se voit comme le nez au milieu de la figure, l'activit&#233; onaniste ne manque jamais d'&#234;tre d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le film, la f&#233;e bleue joue ind&#233;niablement le r&#244;le de cette m&#232;re qui surprend Pinocchio en pleine activit&#233; interdite, bien que la r&#233;primande soit ici mise en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste de cette op&#233;ration se retrouve, encore une fois, sous la forme d'un fantasme : le fantasme de castration ou de fustigation par le p&#232;re. La menace se retrouve &#233;voqu&#233;e &#224; plusieurs endroits du dessin anim&#233; : c'est d'abord la menace de redevenir du bois br&#251;l&#233; dans la roulotte de Stromboli. Stromboli le gitan, le juif, Stromboli le &#171; mangeur d'enfants &#187; : c'est encore une fois ici l'image d'Ouranos, le p&#232;re de la horde, immortalis&#233; par Goya en train de d&#233;vorer ses enfants. C'est ensuite la menace d'&#234;tre d&#233;sint&#233;gr&#233; et transform&#233; en &#226;ne par le cocher de l'&#238;le enchant&#233;e, qui r&#233;uni son monde &#224; la &#171; Taverne du Homard rouge &#187;, qui arbore sur son enseigne de superbes pinces &#233;voquant l'op&#233;ration tant redout&#233;e. C'est enfin, subtilement distill&#233; &#224; plusieurs reprises dans le dessin anim&#233; de Disney, la menace d'&#234;tre battu par le p&#232;re qui surgit de l'horloge, en lieu et place d'un coucou, et qui pr&#233;sente une sc&#232;ne o&#249; un enfant re&#231;oit une fess&#233;e &#224; califourchon sur les genoux du bon p&#232;re de famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici au c&#339;ur du dernier fantasme fondamental, dont la c&#233;l&#232;bre m&#233;tamorphose scopique se d&#233;cline sous le fameux fantasme d'assister &#224; une sc&#232;ne o&#249; un enfant est battu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; On bat un enfant &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observant que ce fantasme est facilement avou&#233; et se retrouve tr&#232;s fr&#233;quemment dans les r&#233;cits des souvenirs infantiles de ses patients, Freud d&#233;couvre bient&#244;t que l'&#233;vocation d'une telle sc&#232;ne est li&#233;e &#224; des sensations voluptueuses et conduit tr&#232;s souvent &#224; une activit&#233; masturbatoire intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est g&#233;n&#233;ralement &#224; l'&#226;ge de cinq ou six ans, notamment &#224; partir du d&#233;but de la p&#233;riode scolaire, que ces fantasmes de fustigation fleurissent, l'enfant &#233;tant tr&#232;s probablement excit&#233; par des sc&#232;nes o&#249; un camarade d'&#233;cole est battu par l'instituteur. En outre, toute une s&#233;rie de livres appartenant &#224; une litt&#233;rature s'adressant sp&#233;cifiquement &#224; la jeunesse, mettent en sc&#232;ne de tels fantasmes : c'est le cas par exemple de &lt;i&gt;La Case de l'oncle Tom&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;Malheurs de Sophie&lt;/i&gt; et de bon nombre d'ouvrages de la Biblioth&#232;que rose mettant en sc&#232;ne des enfants d&#233;gourdis et quelques peu effront&#233;s &#233;lev&#233;s dans des milieux o&#249; une &#233;ducation s&#233;v&#232;re n'h&#233;site pas &#224; avoir recours aux ch&#226;timents corporels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menant son enqu&#234;te, Freud d&#233;couvre que ce fantasme se d&#233;compose en trois phases, alternativement sadique et masochiste, o&#249; l'enfant observe le p&#232;re battre un enfant rival, puis fantasme d'&#234;tre lui-m&#234;me battu par le p&#232;re, avant d'&#233;prouver un plaisir sadique &#224; voir un enfant quelconque battu par un quelconque repr&#233;sentant de l'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, la source d'un tel fantasme se trouve dans l'anticipation de la rivalit&#233; et de la jalousie fraternelle &#224; l'&#233;gard d'un fr&#232;re (ou d'une s&#339;ur) qui viendrait soudain ravir l'amour des parents &#224; l'a&#238;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut lire en creux de ce fantasme et entendre &#224; demi-mots dans cette sc&#232;ne, c'est la phrase grammaticale ou le phras&#233; logique suivant : &#171; Papa n'aime pas cet autre enfant, il n'aime que moi &#187;. On peut facilement y lire, sous forme invers&#233;e, une v&#233;ritable d&#233;claration d'amour pour le p&#232;re et voir poindre ainsi un fort &#233;rotisme incestueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propre du sc&#233;nario fantasmatique &#233;tant de proposer au spectateur de jouir et d'occuper tous les r&#244;les du sc&#233;nario, l'enfant peut jouir de mani&#232;re sadique de l'humiliation impos&#233;e en public &#224; son rival, ou de mani&#232;re masochiste en s'identifiant &#224; l'enfant puni par culpabilit&#233; de son amour incestueux pour le p&#232;re : ce dernier motif reste alors refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'amour pour le p&#232;re et l'&#338;dipe dit &#171; invers&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est bien cet amour du p&#232;re qui est mis en sc&#232;ne dans le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;. Cet amour du p&#232;re, qui doit rester cach&#233; pour son motif incestueux et sa composante hautement &#233;rotique : car si l'on r&#233;fl&#233;chit, c'est bien Pinocchio, finalement, qui en &#233;tant bon petit gar&#231;on, donne un enfant au p&#232;re. Nous aboutissons l&#224; au d&#233;veloppement dernier de la th&#233;orie du co&#239;t et de la naissance o&#249; l'enfant est lui-m&#234;me tous les personnages du co&#239;t fantasm&#233; de la sc&#232;ne primitive : le membre viril du p&#232;re sous la forme du morceau de bois brut qui sera sculpt&#233; ; dans son propre r&#244;le, l'enfant qui va na&#238;tre ; enfin la m&#232;re qui va enfanter pour donner l'enfant au p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;sormais temps de pr&#233;ciser que le complexe d'&#338;dipe offre &#224; l'enfant deux possibilit&#233;s de satisfaction : l'une masculine et l'autre f&#233;minine. Comme nous l'avons vu avec &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, la voie classique pour l'enfant m&#226;le est d'entrer en rivalit&#233; avec le p&#232;re afin de gagner la m&#232;re ; mais le petit gar&#231;on peut &#233;galement envisager parall&#232;lement de se mettre &#224; la place de la m&#232;re afin de se faire aimer par le p&#232;re. Freud parle alors de complexe d'&#338;dipe invers&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), La Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons cependant que la r&#233;solution et la disparition du complexe d'&#338;dipe invers&#233; est identique &#224; celle du complexe positif. &#192; la suite de la menace de castration, corrobor&#233;e par la constatation de l'absence de p&#233;nis de la m&#232;re, le petit gar&#231;on m&#232;ne toujours le m&#234;me raisonnement : si la satisfaction &#339;dipienne doit se payer par l'amputation du p&#233;nis, l'int&#233;r&#234;t narcissique qu'il porte &#224; cette partie de son anatomie le pousse &#224; refouler l'investissement libidinal qu'il porte &#224; l'objet parental, quel qu'il soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que, dans le film, la f&#233;e bleue est munie d'une baguette magique et qu'&#224; son stade, Pinocchio n'est pas encore pr&#234;t &#224; accepter la diff&#233;rence des sexes. Tout au plus il s'y pr&#233;dispose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;nigme du p&#232;re : &#171; P&#232;re ne vois-tu pas que je br&#251;le ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessin anim&#233; Pinocchio pose, en m&#234;me temps que l'&#233;nigme de la sphinge, l'&#233;nigme du p&#232;re. Qu'est-ce qu'un p&#232;re ? Freud pose magnifiquement cette question &#233;nigmatique dans son &lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, d&#232;s l'ann&#233;e 1900, sous la forme d'un r&#234;ve qu'il baptise : &lt;i&gt;le r&#234;ve de l'enfant qui br&#251;le&lt;/i&gt;. Or il se trouve que le sc&#233;nario original de Pinocchio met en sc&#232;ne de mani&#232;re on ne plus fid&#232;le ce r&#234;ve fondateur. Le r&#234;ve original est le suivant : alors qu'il veille le cadavre de son enfant d&#233;c&#233;d&#233; des suites d'une longue maladie infantile, un p&#232;re r&#234;ve que son fils bien-aim&#233; se l&#232;ve, vient aupr&#232;s de lui et lui tire le bras en lui murmurant pleins de reproches : &#171; P&#232;re, ne vois&#8209;tu donc pas que je br&#251;le ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;veillant, le p&#232;re observe au m&#234;me moment qu'un des cierges qui entouraient le lit du d&#233;funt, s'est renvers&#233; et br&#251;le les draps du lit de mort et menace d'embraser un bras de la d&#233;pouille mortuaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, c'est le feu qui a r&#233;veill&#233; le p&#232;re, &#233;puis&#233; d'avoir, des jours et des nuits durant, veill&#233; aupr&#232;s de son fils agonisant de sa longue maladie ; mais si le motif du r&#233;veil est &#233;vident, le r&#234;ve, lui, reste &#233;nigmatique. En d'autres termes, l'on ne saurait confondre le motif du r&#233;veil avec celui du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, le r&#234;ve &#233;tant d'abord et avant tout l'accomplissement d'un d&#233;sir inconscient, celui-ci prolonge un moment la vie de l'enfant, tout comme le r&#234;ve fou de Geppetto anime le morceau de bois jusque-l&#224; inerte au beau milieu de l'atelier du sculpteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parall&#232;le avec le dessin anim&#233; de Walt Disney est frappant : Pinocchio, la b&#251;che de bois, destin&#233; &#224; &#234;tre br&#251;l&#233; et sans cesse menac&#233; de l'&#234;tre (par Stromboli notamment), se substitue ais&#233;ment &#224; l'enfant hallucin&#233; vivant qui br&#251;le aupr&#232;s du p&#232;re endormi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le dessin anim&#233; n'est-il finalement qu'un r&#234;ve ? Ou bien tout le r&#234;ve mis en sc&#232;ne par le dessin anim&#233; nous pr&#233;sente-t-il le d&#233;sir inconscient &#224; l'&#233;tat pur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de m&#234;me qu'en tant que r&#234;veur, nous sommes tous les personnages du r&#234;ve, en tant que spectateur, nous sommes tous les personnages du dessin anim&#233;. Tout comme le p&#232;re qui r&#234;ve est lui-m&#234;me l'enfant qui pose la question &#233;nigmatique : &#171; P&#232;re, ne vois-tu pas que je br&#251;le ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Br&#251;ler, c'est bien s&#251;r ici, br&#251;ler de d&#233;sir : br&#251;ler du d&#233;sir du p&#232;re. Voil&#224; l'&#233;nigme que pr&#233;sente le r&#234;ve : quel est le d&#233;sir du p&#232;re ? &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; met donc ici magnifiquement en sc&#232;ne l'une des questions majeures de l'inconscient et de la psychanalyse, la question du d&#233;sir et de la loi, c'est-&#224;-dire la question du p&#232;re : qu'est-ce qu'un p&#232;re ? Ou quel est ce d&#233;sir qui m'a un jour donn&#233; vie et qui, toujours, quelque part en moi, m'anime encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les d&#233;placements m&#233;tonymiques des questions-r&#233;ponses propos&#233;es et envisag&#233;es par l'enfant semblent sans fin, l'important ici, est qu'au bout du film, le jeune spectateur aura jou&#233; tous les r&#244;les et tous les personnages, et qu'il sera ainsi d'autant plus disposer &#224; proposer un jour &#224; cette question inconsciente des m&#233;taphores venant pleinement satisfaire sa curiosit&#233; sexuelle d&#233;sormais sublim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La curiosit&#233; (sexuelle) est-elle un vilain d&#233;faut ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus que le mensonge, c'est bien la curiosit&#233; sexuelle et la masturbation qui sont mises en sc&#232;ne dans &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;. Le petit enfant de bois (n'est donc pas si de bois que &#231;a), n'est pas tant puni pour avoir menti que pour avoir &#233;t&#233; curieux : sexuellement curieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Freud le soulignait en son temps, malgr&#233; toute leur bonne volont&#233;, les enfants n'arrivent pas &#224; croire &#224; la th&#233;orie de la cigogne. Pour cette question d'importance cruciale qu'est l'&#233;nigme de la conception, nos petites t&#234;tes blondes &#233;prouvent bien vite qu'ils sont bern&#233;s et tromp&#233;s par les r&#233;ponses qu'on leur sugg&#232;re. Aussi s'efforcent-ils d'obtenir par eux-m&#234;mes, en &#233;chafaudant leurs th&#233;ories sexuelles successives, les secrets de la recette que les adultes semblent garder par devers eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tiraill&#233;s entre, d'une part, les r&#233;ponses propos&#233;es par les grandes personnes &#8212; l&#233;gitim&#233;es qu'elles sont par leur autorit&#233; d'adultes qu'ils savent devoir respecter &#8212; et, d'autre part, le peu de cr&#233;dit qu'ils leur accordent effectivement (auquel s'ajoute la p&#233;nible impression de se sentir bern&#233;s), les enfants &#233;prouvent &#224; cette occasion le noyau de leur premier v&#233;ritable conflit psychique. Cas de conscience d'autant plus motiv&#233;, que leurs pulsions sexuelles et la satisfaction de leur libido est en jeu. C'est bien ce &#171; cas de conscience &#187; qui est le ressort dramatique du dessin anim&#233; de Walt Disney, o&#249; Pinocchio loin d'accepter les r&#233;ponses pr&#233;m&#226;ch&#233;es et le savoir qu'on lui propose par la voie scolaire, pr&#233;f&#232;re faire l'&#233;cole buissonni&#232;re et se forger seul sa propre opinion. Si ce chemin pr&#233;sente le risque ind&#233;niable d'un isolement de l'enfant, il m&#232;ne &#233;galement s'il est bien n&#233;goci&#233;, au d&#233;veloppement d'une activit&#233; intellectuelle &#233;panouie et contribue &#224; forger l'ind&#233;pendance de l'enfant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, l'on peut consid&#233;r&#233; que tous les objets ou outils en longueur, cannes, piques, morceaux de bois, veulent repr&#233;senter le membre masculin. (Cf. Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 280-317).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comprenons-nous bien : il ne s'agit pas ici de nier la r&#233;alit&#233; des actes de p&#233;dophilie et condamnables p&#233;nalement ; cela rel&#232;ve du juridique et n'entre nullement dans le cadre des fantasmes inconscients que nous abordons ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;cisons que plus tard, lorsque dans la vie adulte la libido ne trouve plus &#224; s'exprimer, celle-ci, par voie de r&#233;gression, retrouve le chemin de ces voies anciennes de satisfaction et de d&#233;charge. Si les formations inconscientes et morales de l'adulte n'admettent plus ces modes de satisfaction infantiles de la libido, celle-ci entre alors en conflit avec le moi et les objets et sc&#233;narios imaginaires doivent alors &#234;tre sans cesse refouler dans l'inconscient. L'&#233;nergie psychique est occup&#233;e &#224; lutter contre ces retours du refoul&#233; et des formations de compromis, appel&#233;s sympt&#244;mes, doivent t&#244;t ou tard appara&#238;tre afin de laisser la libido s'exprimer sous une forme d&#233;tourn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, in &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome VI, n&#176; 3-4, &#201;d. Deno&#235;l et Steele, Paris 1933, pp. 274-275.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 120.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Pinocchio : Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, mai 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Blanche-neige et les sept nains : L'&#338;dipe de la petite fille et la rivalit&#233; avec la m&#232;re</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Blanche-neige-et-les-sept-nains-L.html</link>
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		<dc:date>2012-02-05T11:33:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Lorsque Blanche-neige s'&#233;rige en reine du petit logis, elle prend en charge de mani&#232;re active sa f&#233;minit&#233; et se r&#233;concilie ainsi avec la jalousie maternelle qui l'a fait quitter la demeure royale. En outre, Blanche-neige se pr&#233;pare &#224; assumer sa sexualit&#233; f&#233;minine future et son pouvoir de s&#233;duction, en se rendant compte que les nains sont &#233;galement de &lt;i&gt;petits hommes&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes lorsque, soudain, des tr&#233;fonds de l'inconscient, le refoul&#233; fait brusquement retour et se rappelle &#224; la belle enfant.&lt;br /&gt;
L&#224; o&#249; le complexe d'&#338;dipe de la petite fille semblait en bonne voie ; l&#224; o&#249; Blanche-neige semblait avoir fait le grand m&#233;nage psychique n&#233;cessaire &#224; l'&#233;volution de sa maturit&#233; ; l&#224; o&#249; la libido de la petite fille semblait lentement glisser le long de l'&#233;quation symbolique p&#233;nis = enfant ; l&#224; o&#249; la petite fille semblait avoir r&#233;ussi &#224; surmonter le motif de la jalousie avec la m&#232;re ; l&#224; o&#249; la petite fille &#233;tait d&#233;j&#224; une petite femme&#8230; Soudain : &lt;i&gt;Adieu veau, vache, cochon, couv&#233;e&lt;/i&gt;, comme le disait La Fontaine.&lt;br /&gt;
C'est ce que l'on appelle, en psychanalyse, le retour du refoul&#233;. Et ce qui &#233;tait refoul&#233;, rappelons-nous, c'est l'ambivalence, la haine-jalouse pour la m&#232;re, qui fait suite &#224; la d&#233;ception due au constat de la diff&#233;rence des sexes. Ce qui &#233;tait refoul&#233;, en d'autres termes, c'est tout simplement l'amour premier pour la m&#232;re, c'est la m&#232;re comme premier objet d'amour.&lt;br /&gt;
[&#8230;] Si l'apparent bonheur de Blanche-neige dans la maison des sept nains tourne finalement au cauchemar, c'est que le d&#233;sir &#339;dipien qu'il sous-tendait &#233;tait ignor&#233; de Blanche-neige. D'un point de vue psychologique, tout &#233;tait pour le mieux dans le meilleur des mondes et la petite fille s'exer&#231;ait &#224; devenir m&#232;re. C'&#233;tait sans compter sur l'inconscient et sa logique &#339;dipienne implacable. Au vu du cauchemar qui surgit, il nous est permis de r&#233;interpr&#233;ter la prise de possession de la maison des sept nains comme l'expression d'un violent d&#233;sir &#339;dipien &#224; l'encontre de celle qui fait retour : la m&#232;re. Le retour de la m&#232;re d&#233;guis&#233;e, c'est, pour mieux dire, le retour d'un d&#233;sir d&#233;guis&#233; contre la m&#232;re.&lt;br /&gt;
En s'appuyant sur les brillantes d&#233;couvertes de M&#233;lanie Klein, il est possible de r&#233;interpr&#233;ter la prise de possession par Blanche-neige de la petite maison &#224; l'or&#233;e du bois, comme la prise de possession, par la petite fille, du ventre de la m&#232;re et des enfants qui s'y trouvent &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton78-749d3.gif?1757670837' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Blanche-neige et les sept nains : L'&#338;dipe de la petite fille et la rivalit&#233; avec la m&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;BLANCHE-NEIGE ET LES SEPT NAINS&lt;br /&gt;
L'&#338;dipe de la petite fille et la rivalit&#233; avec la m&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Blanche-Neige et les Sept Nains&lt;/i&gt; est le premier dessin anim&#233; produit par le studio d'animation &lt;i&gt;Walt Disney Pictures&lt;/i&gt; en format long-m&#233;trage (classique d'animation). Sorti le 21 d&#233;cembre 1937 aux &#201;tats-Unis, le film conna&#238;t un impact m&#233;diatique consid&#233;rable aussi bien sur le sol am&#233;ricain qu'&#224; l'&#233;tranger, au niveau international. En Europe, le film sort six mois plus tard et re&#231;oit d&#232;s 1938 un prix &#224; la &lt;i&gt;Mostra&lt;/i&gt; de Venise. En 1939, &lt;i&gt;Blanche-Neige et les Sept Nains&lt;/i&gt; re&#231;oit un Oscar d'honneur &#224; Hollywood pour avoir charm&#233; des millions de spectateurs et, surtout, pour avoir su faire &#233;merger le dessin anim&#233; comme nouveau genre cin&#233;matographique et comme un grand domaine du divertissement artistique. Un &lt;i&gt;Academy Award&lt;/i&gt; et sept petites statuettes remises en mains propres &#224; Walt Disney par Shirley Temple, viennent, cette ann&#233;e-l&#224;, couronner son importante innovation et consacrer son travail pionnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du sc&#233;nario, le film est l'adaptation d'un conte allemand publi&#233; pour la premi&#232;re fois en 1812 en Allemagne dans le livre pour enfants des deux fr&#232;res Jacob et Wilhelm Grimm, sous le titre &lt;i&gt;Schneewittchen&lt;/i&gt;. La traduction fran&#231;aise la plus connue demeure aujourd'hui encore celle de F&#233;lix Frank et E. Alsleben publi&#233;e en 1869 dans les &lt;i&gt;Contes allemands du temps pass&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacob et Wilhelm Grimm, &#171; Blanche-Neige &#187;, Contes allemands du temps pass&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du motif psychanalytique, le th&#232;me de la rivalit&#233; &#339;dipienne avec la m&#232;re est largement exploit&#233; et nous permet de mettre en &#233;vidence les temps logiques fondamentaux et toutes les subtilit&#233;s de l'&#233;mergence du complexe d'&#338;dipe de la petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Histoire et les personnages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous semblons tous conna&#238;tre par c&#339;ur le d&#233;but de cette histoire que l'on a maintes fois entendu raconter. &#171; Il &#233;tait une fois&#8230; &#187; une belle princesse nomm&#233;e Blanche-Neige : sa m&#232;re est morte et son p&#232;re est d&#233;sormais remari&#233; avec une femme, fi&#232;re et hautaine, qui lui jalouse sa grande beaut&#233;. Cette belle-m&#232;re, la cruelle et m&#233;chante reine, craignant qu'un jour la beaut&#233; de Blanche-Neige ne d&#233;passe la sienne, force la petite princesse &#224; s'habiller en haillons et &#224; travailler comme une souillon. Chaque jour, cependant, la reine vient consulter son miroir magique : &#171; Miroir magique au mur, qui a beaut&#233; parfaite et pure ? &#187; Aussi longtemps que le miroir r&#233;pondait que la beaut&#233; de la reine &#233;tait la plus c&#233;l&#233;br&#233;e, Blanche-Neige &#233;tait &#224; l'abri de la jalousie cruelle de la reine&#8230; Mais le d&#233;but du conte laisse pr&#233;sager qu'un jour arrivera, o&#249; un avenir encore plus sombre menacera de s'abattre sur le destin de la jeune princesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce jour, que commence le sc&#233;nario du dessin anim&#233; de Disney. Dans une pi&#232;ce d&#233;rob&#233;e d'un magnifique ch&#226;teau, une reine consulte son miroir magique pour savoir si elle est toujours et encore la plus belle de son royaume. Louant sa beaut&#233; majestueuse, celui-ci lui renvoie pourtant qu'&#171; une jeune fille en loques, dont les haillons ne peuvent dissimuler la gr&#226;ce &#187; est encore plus belle qu'elle. Sur la demande de la reine, le miroir renvoie une description flatteuse de la belle enfant : l&#232;vres rouges comme la rose, cheveux noirs comme l'&#233;b&#232;ne, teint blanc comme la neige. Dans cette fid&#232;le description, la reine reconnait sa fille adoptive : Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-neige vaque le plus souvent de son temps &#224; des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res, r&#234;vant qu'un prince charmant vienne l'emmener loin de cet ennuyeux quotidien. Celui-ci existe bel et bien : il l'adore et la courtise en chanson, mais timide, Blanche-neige se d&#233;robe &#224; ses yeux et se refuse encore &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reine charge son fid&#232;le et loyal serviteur de conduire Blanche-neige en un lieu isol&#233; de la for&#234;t et, sans autre proc&#232;s, de la tuer. La reine demande en outre &#224; son serviteur de lui rapporter le c&#339;ur de Blanche-neige dans un &#233;crin, afin qu'elle soit assur&#233;e du bon d&#233;roulement et de la r&#233;ussite totale de sa funeste entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le serviteur s'ex&#233;cute, mais au beau milieu de la for&#234;t, au moment fatidique, il d&#233;faille et ne peut se r&#233;soudre &#224; plonger son couteau dans le c&#339;ur de la belle enfant. Lui r&#233;v&#233;lant la teneur du complot et le commanditaire, le chasseur lui intime l'ordre de partir, de courir se cacher dans les bois et de ne jamais revenir au ch&#226;teau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de sa course, aval&#233;e par les branchages de l'&#233;paisse et noire for&#234;t, Blanche-neige tombe &#233;puis&#233;e et se r&#233;veille dans une clairi&#232;re, sous les yeux &#233;bahis des lapins, &#233;cureuils, biches, petits oiseaux et autres animaux de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant Blanche-neige par la main, les animaux la conduisent jusqu'&#224; une adorable petite maison o&#249; la charmante enfant semble pouvoir se r&#233;fugier et passer la nuit &#224; l'abri. D&#233;couvrant la maison vide, Blanche-neige s'&#233;tonne que tout le mobilier s'y pr&#233;sente en miniature et par sept. Pensant tout d'abord que la maison est habit&#233;e par sept enfants, Blanche-neige constate &#233;galement que son int&#233;rieur est couvert de poussi&#232;re, que le moindre recoin est assailli de toiles d'araign&#233;es et que des piles d'assiettes sales et de la vaisselles restent p&#234;le-m&#234;le &#233;parpill&#233;s sur la table. Blanche-neige en conclut d'abord que les enfants n'ont pas de m&#232;re pour faire leur m&#233;nage et laver leurs v&#234;tements sales qui trainent partout ; bref, qu'ils doivent &#234;tre orphelins. Sur leurs lits, sont cependant grav&#233;s leurs surnoms : Prof, Joyeux, Atchoum, Simplet, Grincheux, Timide et Dormeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-neige entreprend alors de nettoyer l'int&#233;rieur de fond en comble et de mettre un peu d'ordre dans la maison avec l'aide f&#233;&#233;rique des animaux de la for&#234;t ; elle anticipe qu'&#224; leur retour, les propri&#233;taires des lieux seront d'autant plus enclins &#224; l'accueillir dans leur foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, sept nains travailleurs, &#224; grands coups de pioches, cherchent infatigablement des pierres pr&#233;cieuses, diamants et rubis, au fond d'une mine abandonn&#233;e dans la montagne. Rentrant de cet harassant &#171; boulot &#187; ils d&#233;couvrent que la lumi&#232;re brille dans leur maison, que la porte est ouverte et que la chemin&#233;e fume. Croyant d'abord &#224; un fant&#244;me ou autre farfadet, ils d&#233;couvrent finalement l'adorable princesse, allong&#233;e en travers de trois de leurs petits lits mis c&#244;te &#224; c&#244;te, endormie et lasse de son &#233;puisant travail m&#233;nager. Elle est en train de s'&#233;tirer et de doucement s'&#233;veiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pr&#233;sentant, Blanche-neige, d&#233;couvre que les propri&#233;taires des lieux sont finalement des petits-hommes : sept nains qui, t&#244;t le matin partent &#224; la mine, loin dans les montagnes, et n'en reviennent que tard le soir. Elle devine ais&#233;ment les surnoms de chacun en fonction de leurs mimiques et caract&#232;res propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;sentations termin&#233;es, les nains acceptent de garder la princesse pour la prot&#233;ger de la mal&#233;fique belle-m&#232;re, la reine. En &#233;change, Blanche-neige se propose de faire la lessive, la couture, le m&#233;nage et la cuisine. All&#233;ch&#233;s par la promesse de belles tartes aux prunes, les sept nains acceptent &#224; la quasi-unanimit&#233; des votes&#8230; &#224; l'exception de celui de Grincheux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'harmonie r&#232;gne dans l'adorable maisonn&#233;e, m&#234;me si Blanche-neige exige de la part des sept nains, une rude discipline en mati&#232;re de propret&#233; et de toilette quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e, Blanche-neige reste cependant seule, en proie &#224; l'inqui&#233;tant isolement de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, de l'autre c&#244;t&#233; de la for&#234;t, la m&#233;chante belle-m&#232;re, la reine, apprend avec surprise par la divination de son miroir magique, que Blanche-neige est toujours en vie et plus belle que jamais. Elle demeure &#171; au pied des sept collines des joyaux, par de-l&#224; la septi&#232;me chute, dans le logis des sept nains &#187;, lui pr&#233;cise le mal&#233;fique miroir. Pour preuve, le miroir lui apprend que son fid&#232;le serviteur l'a trahi et lui a apport&#233; le c&#339;ur d'une biche en lieu et place de celui de Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mal&#233;fique reine d&#233;cide alors de se rendre au logis des nains et d'accomplir elle-m&#234;me la sale besogne. Saisissant son grimoire, elle se met &#224; la recherche d'une formule magique qui transforme sa beaut&#233; en laideur et ses habits de souveraine en haillons. D&#233;guisant sa voie et vieillissant ses traits, elle se rend &#224; la maison des sept nains en vielle marchande de pommes. Au pr&#233;alable, la m&#233;chante sorci&#232;re a bien pris soin d'empoisonner la plus belle, la plus rouge et la plus croquante de ses pommes : celle qu'elle destine secr&#232;tement &#224; Blanche-neige. Plong&#233;e dans le chaudron de la mort, le poison est cens&#233; &#224; son tour plonger celle qui la croque dans un profond et &#233;ternel sommeil, &#224; moins qu'un premier baiser d'amour ne vienne la r&#233;veiller, ce qui statistiquement para&#238;t peu probable s'agissant de l'innocente Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Blanche-neige r&#234;ve na&#239;vement en chanson &#224; son prince charmant, qui un jour d'un lointain printemps viendra peut-&#234;tre pour l'emmener, la sorci&#232;re, elle, accoure &#224; grands pas jusqu'&#224; la cabane des sept nains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la mise en garde des nains de ne pas ouvrir aux inconnus, Blanche-neige se laisse s&#233;duire par la vieille marchande de pommes qui para&#238;t inoffensive et qui pr&#233;texte un malaise cardiaque pour entrer se reposer un instant dans la maison. Blanche-neige ne semble pas se m&#233;fier et lui propose un verre d'eau, tandis que la vielle marchande lui met sous les yeux de belles pommes pour les tartes qu'elle est en train de pr&#233;parer pour les nains. Pour mieux la convaincre et la s&#233;duire, la marchande lui propose de lui faire go&#251;ter la plus belle et la plus rouge de ses pommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sorci&#232;re affirme que cette pomme est cens&#233;e exaucer les v&#339;ux les plus chers de celle qui la croque. Blanche-neige tombe dans le pi&#232;ge et croque la pomme fatale : sa respiration s'arr&#234;te, son sang se glace et Blanche-neige tombe finalement &#224; terre, la pomme roulant jusqu'&#224; la vieille sorci&#232;re qui &#233;clate alors en un rire sardonique, jubilant d'&#234;tre d&#233;sormais et sans conteste la plus belle femme sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;venus du danger imminent par les animaux de la for&#234;t, les nains se lancent &#224; la poursuite de la sorci&#232;re sous les &#233;clairs de la foudre qui s'abat, &#224; la nuit tomb&#233;e, sur l'&#233;paisse for&#234;t noire. Tentant de se d&#233;barrasser de ses poursuivants, la sorci&#232;re parvient par un chemin escarp&#233; jusqu'&#224; un rocher haut perch&#233;, mais touch&#233; par la foudre, celui-ci c&#232;de et projette la m&#233;chante reine au bas de la falaise dans une chute qui s'av&#232;re mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour dans leur maison, les sept nains ne peuvent rien faire d'autre que de constater le sommeil de mort de la belle et jolie princesse ; ils dressent alors une chapelle ardente pour lui rendre un dernier hommage et veiller sur son corps. Aussi belle &#224; la vie que dans la mort, Blanche-neige est mis dans un cercueil de verre o&#249; les nains peuvent continuer de l'adorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un jour, le prince charmant, parti &#224; la poursuite de sa bien-aim&#233;e, arrive enfin &#224; la terre des sept nains. Le prince se penche sur le corps de la belle princesse endormie et lui donne spontan&#233;ment sur ses l&#232;vres encore rouges un premier baiser d'amour. Les yeux de Blanche-neige s'animent et voil&#224; que la belle enfant s'&#233;tire &#224; nouveau : elle se r&#233;veille enfin de son sommeil de mort, enlace son prince et quitte la maison des sept nains sur le cheval blanc du son jeune et bel amant pour s'&#233;loigner enfin vers son destin royal.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; LA RIVALIT&#201; ET LE MOTIF DE LA M&#200;RE PR&#201;-&#338;DIPIENNE MORTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons commenc&#233; par exposer le complexe d'&#338;dipe du petit gar&#231;on&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christophe Bormans, &#171; Le Roi lion : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, car celui de la petite fille &#171; rec&#232;le un probl&#232;me de plus &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme le souligne Freud, que celui du petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on est en droit d'appeler le complexe d'&#338;dipe de la petite fille est structurellement diff&#233;rent de celui du petit gar&#231;on. Pour le comprendre, il est d'abord n&#233;cessaire d'avoir en t&#234;te les deux similitudes premi&#232;res du d&#233;veloppement de la sexualit&#233; et des recherches sexuelles dans l'un et l'autre cas : premi&#232;rement, tout comme le petit gar&#231;on, la petite fille a pour premier objet d'amour la m&#232;re ; deuxi&#232;mement, tout comme le petit gar&#231;on, elle atteint un m&#234;me stade d'organisation de la sexualit&#233; que l'on peut qualifier de g&#233;nital, et plus pr&#233;cis&#233;ment de phallique. Quant &#224; la diff&#233;rence, mais elle est radicale, elle intervient &#224; l'apog&#233;e de ce stade phallique : l&#224; o&#249;, sous la menace de castration, le petit gar&#231;on va devoir abandonner l'investissement libidinal pour sa m&#232;re pour sauver l'organe phallique avec lequel il a d&#233;couvert la volupt&#233; sexuelle (le p&#233;nis), la question ne se r&#233;sout pas aussi facilement pour la petite fille pour les motifs que l'on comprend ais&#233;ment. Si le clitoris remplit de mani&#232;re voluptueuse la sexualit&#233; naissante de la petite fille, la question que l'on est en droit de se poser dans le cas de la petite fille est la suivante : n'ayant rien &#224; perdre, qu'est-ce qui am&#232;ne la petite fille &#224; renoncer &#224; la m&#232;re comme objet libidinal et &#224; finalement opter pour un nouveau choix d'objet, celui du p&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute la difficult&#233; de la r&#233;solution du complexe d'&#338;dipe pour la petite fille et c'est toute cette difficult&#233; que le dessin anim&#233; de Walt Disney met particuli&#232;rement bien en sc&#232;ne dans &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt; : l&#224; o&#249; le constat de la diff&#233;rence des sexes a pour effet premier de rendre r&#233;elle la menace de castration et ainsi de mettre fin au complexe d'&#338;dipe pour le petit gar&#231;on, le constat de cette diff&#233;rence des sexes constitue pour la petite fille une porte d'entr&#233;e dans le complexe qui l'am&#232;nera &#224; la sexuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons cette question de la diff&#233;rence des sexes au moment o&#249; le spectateur rencontre Blanche-neige : le moment de la sc&#232;ne autour du puits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le puits et la diff&#233;rence des sexes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dessin anim&#233;, la premi&#232;re rencontre entre le spectateur et le personnage principal du film, Blanche-neige, s'effectue lorsque la jeune princesse, habill&#233;es de haillons, quitte les marches du perron qu'elle &#233;tait en train de laver pour aller au puits. Elle va y puiser l'eau pour ses t&#226;ches m&#233;nag&#232;res et, juste &#224; ce moment, quelques colombes se posent sur le rebord du puits. Blanche-neige s'adresse aux oiseaux et leur apprend qu'un pouvoir magique est dans ce puits. Lorsque l'on y fait un v&#339;u, si l'&#233;cho du puits vous r&#233;pond, le v&#339;u est exauc&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Faire un v&#339;u d&#233;sire-t-on,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au puits il faut le dire.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si l'&#233;cho sans tarder r&#233;pond,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;On a ce qu'on d&#233;sire.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le spectateur rompu avec le langage de l'inconscient aura tout de suite compris que le motif du puits est ici celui du trou, du creux, bref de l'absence de p&#233;nis. En d'autres termes, nous rencontrons Blanche-neige au moment de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment ne se n&#233;gocie pas de la m&#234;me mani&#232;re chez la petite fille que chez le petit gar&#231;on. L&#224; o&#249; nous avons vu que le petit gar&#231;on, mis en face de la diff&#233;rence des sexes, pr&#233;sentait une tendance &#224; ne pas en tenir compte, &#224; en rire, voire &#224; la d&#233;nier jusqu'&#224; ce que la menace de castration prenne le relais de cette am&#232;re constatation, la petite fille n'a g&#233;n&#233;ralement pas besoin de tergiverser. &#171; D'embl&#233;e elle a jug&#233; et d&#233;cid&#233; &#187;, nous dit Freud : &#171; Elle a vu cela, sait qu'elle n'en a pas et veut l'avoir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D'embl&#233;e elle a jug&#233; et d&#233;cid&#233;. Elle a vu cela, sait qu'elle ne l'a pas et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, il ne s'agit pas pour la petite fille d'un complexe de castration, mais &#224; proprement parler, d'un complexe de masculinit&#233;. La petite fille se sent tout d'abord diminu&#233;e, un sentiment d'inf&#233;riorit&#233; s'installe dans le psychisme de la jeune princesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La diff&#233;rence des sexes et le sentiment d'inf&#233;riorit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce sentiment d'inf&#233;riorit&#233; de la petite fille qui est particuli&#232;rement bien mis en &#233;vidence dans le dessin anim&#233; de Walt Disney, &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt;. Devant l'am&#232;re constat de la diff&#233;rence des sexes et l'absence de p&#233;nis, ici symbolis&#233; par le trou du puits, la petite fille se sent diminu&#233;e, &#224; la fois dans l'image inconsciente de son corps, et &#224; la fois dans le destin qui est le sien : Blanche-neige est mal habill&#233;e, en haillons, elle est assign&#233;e &#224; de basses besognes et &#224; des t&#226;ches basses et d&#233;gradantes. Dans son inconscient, la petite fille se consid&#232;re comme d&#233;grad&#233;e, diminu&#233;e par cette absence de p&#233;nis. Bless&#233;e narcissiquement, elle se r&#234;ve &#224; l'inverse : d'une grande beaut&#233; et d'&#234;tre muni de phallus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'image du beau et pur visage que le puits lui renvoie lorsqu'elle s'y mire. Quant &#224; la multiplication des colombes, ne doutons pas qu'elle repr&#233;sente ici le p&#233;nis manquant. L'on sait en effet que dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, les animaux qui se glissent dans les trous, ou ceux qui s'envolent, sont g&#233;n&#233;ralement les repr&#233;sentants des organes g&#233;nitaux masculins : ne dit-on pas d'ailleurs &#224; un petit gar&#231;on que &#171; le petit oiseau va sortir &#187;, lorsque l'on veut faire allusion au fait que sa braguette est ouverte ? En outre, si l'on se rappelle que c'est le souffle de l'Esprit saint (g&#233;n&#233;ralement repr&#233;sent&#233; par une colombe dans la symbolique chr&#233;tienne), qui vient mettre la vierge Marie enceinte du P&#232;re du Christ, on ne doutera plus que la Colombe est tout particuli&#232;rement un excellent repr&#233;sentant de l'organe masculin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce temps logique de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes (le puits et la Colombe) est fondamental, car si l'on suit Freud &#224; la lettre, c'est &#224; partir de cette d&#233;couverte que la petite fille va s'orienter vers son propre complexe d'&#338;dipe. Sur cette voie, trois possibilit&#233;s s'offrent &#224; elle : d'abord, tenant la m&#232;re comme responsable de son inf&#233;riorit&#233; constitutionnelle (comme responsable de l'avoir faite femme), la petite fille s'en d&#233;tourne afin de prendre le p&#232;re ou un de ses substituts comme objet d'amour ; ensuite, elle se d&#233;tourne de la sexualit&#233; en g&#233;n&#233;ral et de son onanisme en particulier ; enfin, elle s'oriente lentement, et parfois de mani&#232;re sinueuse, vers sa f&#233;minit&#233; future dans l'espoir d'accueillir un jour pleinement l'objet phallique tant convoit&#233;. Voyons successivement ces trois temps fondamentaux du complexe d'&#338;dipe de la petite fille avec la pr&#233;sentation que nous en fait Walt Disney dans son dessin anim&#233; &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le miroir de la f&#233;minit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-neige se mire au fond du puits. Cette sc&#232;ne fait bien s&#251;r &#233;cho &#224; la sc&#232;ne premi&#232;re du dessin anim&#233; : celle o&#249; la reine vient, comme chaque jour, contempler son miroir magique au mur. L'on comprend maintenant que la jalousie de la belle-m&#232;re est ici une mise en sc&#232;ne qui masque en m&#234;me temps qu'elle d&#233;couvre le motif sous-jacent : le motif &#339;dipien de la petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le miroir est d'ailleurs le symbole de l'inversion : dans la r&#233;alit&#233; psychique, c'est bien la petite fille qui, devant l'am&#232;re constat de la diff&#233;rence des sexes, se retourne contre sa m&#232;re, la tient comme responsable de son inf&#233;riorit&#233; organique et l'abandonne finalement comme objet d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le motif de la m&#232;re morte est si r&#233;pandu dans les contes d'enfant, c'est parce que c'est d'abord dans l'inconscient que la m&#232;re meurt comme premier objet d'amour. &lt;i&gt;Blanche-neige&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Belle et la B&#234;te&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Bambi&lt;/i&gt;, etc. : la liste est longue et nous tenterons d'y revenir tout au long de ce travail. Une fois morte (comme objet d'amour), la m&#232;re devient tr&#232;s vite une rivale pour la petite fille qui part imm&#233;diatement &#224; l'assaut du p&#232;re pour tenter de gagner son amour : c'est-l&#224; le motif premier de la jalousie, qui condens&#233; avec celui de l'inf&#233;riorit&#233; organique projet&#233; par l'image inconsciente du corps, donne finalement &#224; cette rivalit&#233; f&#233;minine ce caract&#232;re ravageur qu'il prend s'agissant de la beaut&#233; respective de la m&#232;re et de la fille et qui est particuli&#232;rement bien mis en &#233;vidence dans le conte de &lt;i&gt;Blanche-neige&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, apr&#232;s avoir constat&#233; l'insupportable diff&#233;rence des sexes et son absence constitutive de p&#233;nis, la petite fille va tenir la m&#232;re comme responsable de cette inf&#233;riorit&#233; et s'en d&#233;tourner : &#171; cette m&#232;re qui a lanc&#233; l'enfant dans la vie avec un &#233;quipement aussi insuffisant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dit Freud. La petite fille en veut terriblement &#224; sa m&#232;re de l'avoir fait manquante, s'en d&#233;tourne pour finir par la jalouser de recevoir l'objet du p&#232;re et pas elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons cependant quelque chose de fondamental pour comprendre le complexe d'&#338;dipe de la petite fille : c'est que dans l'inconscient, les choses et les temps ne sont pas chronologiques, mais bien logiques. En d'autres termes, il faut comprendre qu'avant sa propre fille, la m&#232;re est d'abord elle-m&#234;me une petite fille ; en ce sens, elle v&#233;hicule elle-m&#234;me son propre complexe d'&#338;dipe, c'est-&#224;-dire son propre complexe de masculinit&#233; qu'elle transmet de mani&#232;re souvent inconsciente et brute &#224; sa fille. C'est en ce sens chronologique, que le th&#232;me de la m&#233;chante belle-m&#232;re qui jalouse la beaut&#233; de Blanche-neige est tout &#224; fait recevable. D'un point de vue logique cependant, c'est bien la diff&#233;rence des sexes et sa d&#233;couverte qui est la cause premi&#232;re de l'abandon de la m&#232;re comme objet d'amour et du d&#233;tournement de la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;tournement de la sexualit&#233; (premi&#232;re rencontre avec le prince)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la petite fille constate au miroir de la rencontre avec le p&#233;nis du petit gar&#231;on sa propre inf&#233;riorit&#233;, non seulement elle en veut &#224; sa m&#232;re dans un premier temps et s'en d&#233;tourne dans un second, mais surtout, d&#233;&#231;ue, elle abandonne toute recherche sexuelle et toute volupt&#233; dans le domaine de la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;tournement est particuli&#232;rement bien mis en &#233;vidence dans la sc&#232;ne de la premi&#232;re rencontre avec le prince. Apr&#232;s la constatation de la diff&#233;rence des sexes, la petite fille se d&#233;tourne de la m&#232;re comme objet d'amour afin de prendre un substitut du p&#232;re : elle se met &#224; d&#233;sirer voir un jour venir celui qu'elle aime. C'est la chanson que chante Blanche-neige aux colombes assembl&#233;es autour du puits :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Je souhaite (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Voir celui que j'aime. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et qu'il vienne (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bient&#244;t. (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je l'attends, (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je r&#234;ve aux doux mots, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aux mots tendres (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'il dira. (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je souhaite (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Voir celui que j'aime. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'il me trouve (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bient&#244;t.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si Blanche-neige r&#234;ve au prince charmant, au moment pr&#233;cis o&#249; celui-ci escalade le mur pour la rejoindre aupr&#232;s du puits, elle prend peur et s'enfuit : pourquoi ? Si, comme on l'a d&#233;j&#224; soulign&#233;, l'escalade est le symbole, dans l'inconscient, de l'acte sexuel, l'on a ici la confirmation que la petite fille qu'est Blanche-neige n'est pas pr&#234;te : la d&#233;ception de sa f&#233;minit&#233; la d&#233;tourne dans un premier temps de toute sexualit&#233; et la conduit &#224; r&#234;ver d'une mani&#232;re lascive et, en quelque sorte, passive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se cache derri&#232;re les rideaux rouges, rougit elle-m&#234;me, est plong&#233;e dans une &#233;trange volupt&#233;, mais celle-ci est totalement d&#233;sexualis&#233;e. Elle semble avoir abandonn&#233; toute sexualit&#233;. En a-t-elle d'ailleurs jamais eu une ? Apr&#232;s tout, devant autant de pudeur, est-on v&#233;ritablement en droit d'affirmer que, tout comme le petit gar&#231;on, la petite fille a connu auparavant un d&#233;veloppement de sa recherche sexuelle et d'une activit&#233; onaniste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cueillette des fleurs et la masturbation infantile de la petite fille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue psychanalytique, l'on est effectivement en droit d'affirmer que, tout comme le petit gar&#231;on, la petite fille conna&#238;t g&#233;n&#233;ralement, au moment culminant de sa phase phallique, une intense activit&#233; onaniste. C'est avec son propre organe, le clitoris, que la petite fille atteint au plaisir masturbatoire durant cette p&#233;riode. Le clitoris se comporte &#224; cet &#233;gard comme le p&#233;nis et la petite fille ne manque d'ailleurs pas de rivaliser avec le petit gar&#231;on dans cette p&#233;riode masturbatoire. Est-ce par cette voie et par comparaison qu'elle en vient &#224; percevoir son propre organe comme inf&#233;rieur et entrer ainsi dans son propre complexe de masculinit&#233; ? C'est, &#224; n'en pas douter, une piste &#224; retenir, d'autant qu'une telle d&#233;ception par comparaison faciliterait sans aucun doute l'abandon de la sexualit&#233; et l'inhibition de l'onanisme. Car la masturbation existe bien chez la petite fille et le dessin anim&#233; de &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt; ne manque pas d'en &#233;voquer les contenus inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenons-nous que dans le dessin anim&#233; de Walt Disney, le premi&#232;re fois que nous rencontrons Blanche-neige, c'est lorsqu'elle est train de laver des marches. Or, si l'on sait que monter ou descendre des marches ou escaliers est dans l'inconscient, le symbole certain du co&#239;t et de l'acte sexuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Marches, &#233;chelles, escaliers, en l'occurrence le fait de s'y d&#233;placer, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'est pas permis de douter que les frotter est le symbole de la masturbation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous ensuite la mani&#232;re dont la m&#233;chante belle-m&#232;re ordonne &#224; son serviteur d'exposer Blanche-neige. Elle ordonne de conduire Blanche-neige dans la for&#234;t, dans un lieu isol&#233; o&#249; elle cueillera des fleurs sauvages. Si les fleurs sont le repr&#233;sentant symbolique du sexe f&#233;minin, souvent butin&#233;es, le c&#244;t&#233; sauvage ent&#233;rine le c&#244;t&#233; cach&#233; et voluptueux de l'activit&#233; ici symbolis&#233;e. L'endroit isol&#233;, bien entendu, pr&#233;pare &#224; l'activit&#233; que l'on fait en cachette. Enfin, la cueillette se situe dans la droite lign&#233;e symbolique des activit&#233;s de l'arrachage et du d&#233;tachement, dont l'exp&#233;rience psychanalytique montre qu'elle symbolise ouvertement la masturbation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'arrachage des poils (de l'herbe), qui prend ici la place de la souillure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux, le fantasme masturbatoire de la petite fille est ici d&#233;voil&#233; dans la sc&#232;ne avec le fid&#232;le serviteur de la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le c&#339;ur arrach&#233; et le fantasme de l'inceste avec p&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que viendrait repr&#233;senter ici ce fid&#232;le serviteur de la m&#232;re, si ce n'est le p&#232;re lui-m&#234;me ? Nous avons ici le motif du fameux fantasme que Freud expose dans son c&#233;l&#232;bre article : &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; On bat un enfant &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Rencontrant avec une &#233;tonnante fr&#233;quence chez ses patients et patientes, le souvenir de voire ou de croire avoir d&#233;j&#224; vu une sc&#232;ne o&#249; un enfant est battu, Freud en d&#233;duit qu'un tel souvenir est celui d'un sc&#233;nario avant tout fantasmatique servant de base &#224; une activit&#233; masturbatoire fortement investie libidinalement. Toujours pr&#233;sent avec une &#233;tonnante vivacit&#233;, ce sc&#233;nario fantasmatique, bien qu'il prenne ses racines dans des stades d'organisation de la sexualit&#233; ant&#233;rieurs et notamment sadiques, conna&#238;t son point de culminance avec la mont&#233;e en puissance de l'organisation g&#233;nitale phallique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la petite fille, derri&#232;re ces fantasmes de fustigation, se cache le d&#233;sir incestueux d'avoir des relations sexuelles et d'obtenir un enfant du p&#232;re. Si l'on admet que le fid&#232;le serviteur de la m&#232;re est le substitut parfait du p&#232;re, l'on ne peut que reconna&#238;tre que le motif de l'arrachage du c&#339;ur symbolise celui de la prise de la virginit&#233;. Lorsque l'on sait que tout objet oblongue et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; toutes armes allong&#233;es ou tranchantes telles les couteaux ou poignards repr&#233;sentent, dans l'inconscient, le membre masculin en &#233;rection&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple : Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'est plus permit d'avoir aucun doute sur le symbolisme de l'instrument brandi par le chasseur, au moment m&#234;me o&#249; son ombre s'avance sur l'innocente h&#233;ro&#239;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, on ne peut que reconna&#238;tre dans la sc&#232;ne de la cueillette des fleurs dans la for&#234;t, le fantasme primordial qui guide l'activit&#233; masturbatoire de la petite fille en sa phase phallique &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;. Comme le r&#233;sume Freud :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'enfant qui est alors battu-caress&#233; peut n'&#234;tre au fond rien d'autre que le clitoris, si bien que cette d&#233;claration, dans ce qu'elle a de plus profond, contient l'aveu de la masturbation qui, d&#232;s le d&#233;but, dans la phase phallique, jusqu'&#224; une &#233;poque tardive est attach&#233;e au contenu de cette formule &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, ce fantasme, &#171; r&#233;sidu de la p&#233;riode phallique de la petite fille &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en signant sa r&#233;surgence contient &#233;galement la preuve de l'activit&#233; masturbatoire intense de la petite fille &#224; l'&#233;poque de sa phase phallique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; la suite de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes et de son inf&#233;riorit&#233; constitutionnelle pr&#233;sum&#233;e, la petite fille pr&#233;sente une tendance tr&#232;s marqu&#233;e &#224; se r&#233;volter contre la masturbation. L&#224; o&#249; le gar&#231;on pourra continuer &#224; obtenir satisfaction par cette voie nonobstant l'&#233;ventuel sentiment de culpabilit&#233; associ&#233; &#224; cette activit&#233;, la petite fille, profond&#233;ment bless&#233;e dans son narcissisme, aura tendance &#224; associer la masturbation, fut-elle clitoridienne, &#224; une activit&#233; typiquement masculine, et &#224; vouloir s'en d&#233;tourner d&#233;finitivement afin d'acc&#233;der &#224; une sexualit&#233; diff&#233;rente et typiquement f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le motif du refoulement de la sexualit&#233; mis en sc&#232;ne par le motif de la fuite au travers de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refoulement de la sexualit&#233;, initi&#233; par la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes, semble d&#233;sormais redoubl&#233; par la crainte de l'inceste. Dans la sc&#232;ne de la cueillette des fleurs, la petite fille qu'est Blanche-neige semble &#233;galement faire de la castration la cons&#233;quence d'une punition de l'activit&#233; masturbatoire et semble attribuer cette punition au p&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fuite dans la for&#234;t : le refoulement de la masculinit&#233; et le motif de la m&#232;re morte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'horreur cumul&#233;e de la diff&#233;rence des sexes (sc&#232;ne du puits) et de l'inceste (sc&#232;ne dans la for&#234;t avec le serviteur), la petite fille va se d&#233;tourner de sa m&#232;re et refouler son activit&#233; sexuelle, notamment celle qu'elle associe &#224; la masculinit&#233;. Encore une fois, c'est l'humiliation narcissique subie et son inf&#233;riorit&#233; organique pr&#233;sum&#233;e lors de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes qui plonge la petite fille dans un tel d&#233;sarroi. Puisqu'on ne peut pas, sur ce terrain, tenir t&#234;te aux gar&#231;ons, mieux vaut s'abstenir de rivaliser et refouler toute sexualit&#233;, notamment masculine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce refoulement dans les tr&#233;fonds de l'inconscient qui est ici repr&#233;sent&#233; par la sc&#232;ne de la fuite dans la for&#234;t. Cette fuite signe &#224; la fois le d&#233;tournement de la sexualit&#233; et l'abandon de la m&#232;re comme objet d'investissement libidinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;pargn&#233;e par le chasseur, Blanche-neige fuit dans l'&#233;paisse for&#234;t noire : la m&#232;re, tout comme Blanche-neige dans la for&#234;t, est d&#233;finitivement perdue. Le motif de la m&#232;re morte est ici redoubl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, cette sc&#232;ne repr&#233;sente &#233;galement les dangers de la r&#233;gression. Blanche-neige risque d'&#234;tre aval&#233;e par la for&#234;t. Nous rencontrons une nouvelle fois ici le fantasme sadique-oral invers&#233; : celui d'&#234;tre d&#233;vor&#233;e par la m&#232;re nourrici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette travers&#233;e du fantasme oral, se joint la travers&#233;e du fantasme scopique. On cache, on refoule, de peur d'&#234;tre d&#233;couvert : la for&#234;t a des yeux, elle regarde fixement tout comme l'enfant a vu la diff&#233;rence des sexes et est fix&#233; &#224; la castration tant redout&#233;e. Les troncs d'arbres se transforment en crocodiles, les feuilles mortes en chauves-souris, &#233;puis&#233;e par sa lutte contre la castration fantasm&#233;e, Blanche-neige tombe inanim&#233;e au beau milieu de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; LE D&#201;SIR D'ENFANT ET LE MOTIF DE LA S&#201;DUCTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce refoulement semble r&#233;ussir : &#171; J'ai le c&#339;ur en f&#234;te &#224; pr&#233;sent, je suis persuad&#233;e que tout ira bien et que les choses vont s'arranger d'une fa&#231;on ou d'une autre &#187; d&#233;clare Blanche-neige aux animaux de la for&#234;t. L'on reconna&#238;t-l&#224; encore une fois le motif des animaux secourables, lesquels conduisent Blanche-neige jusqu'&#224; la maison des sept nains. Blanche-neige y entreprend le grand m&#233;nage psychique n&#233;cessaire &#224; son &#233;volution : salet&#233;, toile d'araign&#233;e, poussi&#232;res et d&#233;sordre c&#232;dent la place &#224; la propret&#233;, l'&#233;clat de la brillance, &#224; l'ordre et &#224; l'organisation. Un grand coup de balai est pass&#233; dans le psychisme de la petite fille : activit&#233; masturbatoire et inceste semble oubli&#233;s. Fatigu&#233;e, Blanche-neige s'endort et se r&#233;veillera face &#224; un nouveau d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#224; partir de ce refoulement r&#233;ussi, la libido de la petite fille &#233;volue. Selon la c&#233;l&#232;bre formule de Freud, la libido de la petite fille glisse alors le long de l'&#233;quation symbolique p&#233;nis = enfant. Ne pouvant poss&#233;der le p&#233;nis, la petite fille renonce &#224; ce d&#233;sir pour y substituer un nouveau : un d&#233;sir d'enfant. Entr&#233;e en jalousie avec la m&#232;re, elle lui dispute d&#233;sormais le d&#233;sir d'avoir un enfant du p&#232;re. Par ce biais, elle est d&#233;j&#224; une petite femme. C'est ce double motif du d&#233;sir d'enfant et de femme d&#233;j&#224; accomplie que condense &#224; merveille le th&#232;me de &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nains et le d&#233;sir de p&#233;nis de la petite fille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel le &lt;i&gt;Rumpelstilzchen&lt;/i&gt; allemand, ce petit bonhomme farceur des contes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Mat&#233;riaux de contes dans les r&#234;ves &#187;, &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, capable des plus extraordinaires prouesses, le nain est le lointain descendant du p&#233;nis longtemps convoit&#233; par la petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#234;ves, par exemple, les enfants ne signifient souvent rien d'autre que des organes g&#233;nitaux. &#192; cet &#233;gard, Freud nous rappelle que les hommes comme les femmes sont habitu&#233;s &#224; d&#233;signer d'une mani&#232;re quelque peu coquine leur organe g&#233;nital comme leur &#171; petite chose &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Stekel, quant &#224; lui, rappelle dans son c&#233;l&#232;bre ouvrage sur &lt;i&gt;La langue du r&#234;ve&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W. Stekel, Die Sprache des Traumes, Wiesbaden, J. F. Bergmann, 1911.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que le &#171; petit fr&#232;re &#187; doit s'entendre dans l'inconscient comme le repr&#233;sentant symbolique du p&#233;nis. Et Freud d'enfoncer le clou en d&#233;clarant que jouer avec des enfants, les chamailler ou les battre, est tr&#232;s fr&#233;quemment une pr&#233;sentation onirique de l'activit&#233; masturbatoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant &#234;tre d'abord saisis comme les repr&#233;sentants du p&#233;nis (ou du clitoris), les sept nains du dessin anim&#233; de Walt Disney apportent un plaisir libidinal non dissimul&#233; &#224; la petite fille Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailleurs infatigables comme le membre masculin id&#233;al, ils piochent inlassablement dans la terre. Au fond de la mine et ses galeries, ils d&#233;couvrent des pierres pr&#233;cieuses : diamants et rubis qui serviront &#224; faire les plus beaux bijoux et parures f&#233;minines, constituant autant de tr&#233;sors symbolisant la jouissance f&#233;minine qui d&#233;coule de cette activit&#233; souterraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les sept nains apportent un plaisir libidinal &#224; Blanche-neige, cela est flagrant dans &lt;i&gt;La Tyrolienne des nains&lt;/i&gt;, o&#249; les sept, tour &#224; tour, dansent, pirouettent et perdent l'&#233;quilibre. Enivr&#233;s de plaisir par la pr&#233;sence de la jeune princesse, Blanche-neige se joint &#224; leurs chants et, flatt&#233;e, danse all&#232;grement dans la maisonn&#233;e en faisant la r&#233;v&#233;rence. La contrebasse de Prof, la voix dansante d'Atchoum, la mandoline de Joyeux, l'accord&#233;on de Timide, le piano de Grincheux, la fl&#251;te de Dormeur et la batterie de Simplet : autant d'instruments que les sept nains manient &#224; merveille et dont ils se servent pour tenter de faire vibrer Blanche-neige jusqu'&#224; l'orgasme. Simplet, tel l'enfant phallique, va jusqu'&#224; se faire plus grand qu'il n'est et s'&#233;riger sur les &#233;paules d'Atchoum pour la ravir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technique du &lt;i&gt;Yodel&lt;/i&gt;, technique de chant typique du Tyrol, symbolise merveilleusement la jouissance ici partag&#233;e par Blanche-neige et les sept nains. Passant en un &#233;clair de la voix de corps &#224; la voix de t&#234;te en faisant r&#233;sonner les voyelles, telle Europe vocalisant sous les assauts de Zeus, Blanche-neige s'extasie de jouissance devant les prouesses des sept nains :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Oh l&#224; l&#224; youdy, oh l&#224; l&#224; youdy&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; L&#224; l&#224; youdirl&#224;, l&#224; l&#224; l&#224; youdirley&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;hioley hirley, hioley hirley hi&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'amour, Blanche-neige, &#233;puis&#233;e, raconte son histoire. Elle chante ensuite la chanson du prince charmant, anticipant le passage de la jouissance infantile aux plaisirs partag&#233;s des adultes. Quant aux nains, en acceptant d'aller se coucher et en c&#233;dant leur lit &#224; Blanche-neige, ils acceptent l'abstinence apr&#232;s la jouissance (choses toujours difficile pour les enfants en jeune &#226;ge).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nains = enfants de la petite femme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sept nains permettent &#233;galement &#224; Blanche-neige d'assumer son r&#244;le de femme en devenir. Ils permettent &#224; Blanche-neige d'endosser, si l'on peut dire de mani&#232;re active, son r&#244;le de future femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le souligne Freud, dans le domaine de la libido comme dans tous les domaines de la vie inconsciente, toute stimulation &#233;prouv&#233;e passivement fournit &#224; l'enfant l'irr&#233;pressible d&#233;sir de r&#233;agir en retour de mani&#232;re active. L'enfant cherche toujours &#224; r&#233;p&#233;ter sur autrui ce qui a &#233;t&#233; op&#233;r&#233; sur lui. &#171; Travail de maitrise du monde ext&#233;rieur &#187;, certes, ce travail sert &#233;galement &#224; l'enfant &#224; att&#233;nuer l'agression du monde ext&#233;rieur sur son monde int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Freud le souligne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand le docteur a ouvert la bouche de l'enfant qui se rebelle pour voir sa gorge, d&#232;s que le m&#233;decin est parti l'enfant va jouer au docteur et r&#233;p&#233;ter cette &#233;preuve de force sur un fr&#232;re ou une s&#339;ur plus petits que lui et qui sont autant sans d&#233;fense &#224; son &#233;gard qu'il l'a &#233;t&#233; lui&#8209;m&#234;me avec le m&#233;decin. On ne peut m&#233;conna&#238;tre ici une r&#233;volte contre la passivit&#233; et une pr&#233;f&#233;rence pour le r&#244;le actif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce m&#234;me sc&#233;nario que l'on voit se d&#233;velopper dans la maison des sept nains. Si la m&#232;re allaite, nourrit, lave et habille l'enfant, tous ces soins qui sont associ&#233;s &#224; un intense plaisir libidinal, l'enfant va tenter de les r&#233;p&#233;ter. Si le petit gar&#231;on joue au docteur, la petite fille joue avec sa poup&#233;e : elle l'habille, lui apprend la propret&#233; et la nourrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-neige prend les nains pour ses enfants : elle leur fait la lessive, la couture, le m&#233;nage et la cuisine, leur promet massepains et tartes aux prunes comme ultimes douceurs et sucreries. La marmite ne manque pas de bouillir &#224; gros bouillons et la soupe d&#233;borde : la jouissance est &#224; son comble pour les sept nains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Blanche-neige s'&#233;rige en reine du petit logis, elle prend en charge de mani&#232;re active sa f&#233;minit&#233; et se r&#233;concilie ainsi avec la jalousie maternelle qui l'a fait quitter la demeure royale. En outre, Blanche-neige se pr&#233;pare &#224; assumer sa sexualit&#233; f&#233;minine future et son pouvoir de s&#233;duction, en se rendant compte que les nains sont &#233;galement de &#171; petits hommes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pomme et le motif de la s&#233;duction primaire par la m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes lorsque, soudain, des tr&#233;fonds de l'inconscient, le refoul&#233; fait brusquement retour et se rappelle &#224; la belle enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; le complexe d'&#338;dipe de la petite fille semblait en bonne voie ; l&#224; o&#249; Blanche-neige semblait avoir fait le grand m&#233;nage psychique n&#233;cessaire &#224; l'&#233;volution de sa maturit&#233; ; l&#224; o&#249; la libido de la petite fille semblait lentement glisser le long de l'&#233;quation symbolique p&#233;nis = enfant ; l&#224; o&#249; la petite fille semblait avoir r&#233;ussi &#224; surmonter le motif de la jalousie avec la m&#232;re ; l&#224; o&#249; la petite fille &#233;tait d&#233;j&#224; une petite femme&#8230; Soudain : &#171; Adieu veau, vache, cochon, couv&#233;e &#187;, comme le disait La Fontaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que l'on appelle, en psychanalyse, le retour du refoul&#233;. Et ce qui &#233;tait refoul&#233;, rappelons-nous, c'est l'ambivalence, la haine-jalouse pour la m&#232;re, qui fait suite &#224; la d&#233;ception due au constat de la diff&#233;rence des sexes. Ce qui &#233;tait refoul&#233;, en d'autres termes, c'est tout simplement l'amour premier pour la m&#232;re, c'est la m&#232;re comme premier objet d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re, on le sait, est le premier objet d'amour pour l'enfant. Qu'il soit fille ou gar&#231;on, c'est la m&#232;re qui introduit l'enfant &#224; la volupt&#233; et aux premi&#232;res sensations g&#233;nitales par les toilettes et les soins corporels et qui introduit en quelque sorte l'enfant aux pr&#233;misses de sa phase phallique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la petite fille plus pr&#233;cis&#233;ment, c'est sur la relation originaire &#224; la m&#232;re que se construit la relation secondaire au p&#232;re, puis plus tard, au mari. Comme le souligne Freud, &#171; le report sur l'objet paternel des liens affectifs avec l'objet maternel forme bien le contenu principal du d&#233;veloppement en femme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que pour la petite fille, le d&#233;tournement de l'objet premier est plus ravageur : elle doit non seulement changer d'objet d'amour, mais doit en outre changer d'objet-sexu&#233;. Alors que le sexe de l'objet d'amour reste identique pour le petit gar&#231;on, la petite fille doit faire un effort suppl&#233;mentaire pour porter sa libido vers l'homme, c'est-&#224;-dire vers l'autre sexe : le sexe masculin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'&#224; la sortie de l'&#338;dipe et de sa rivalit&#233; avec le p&#232;re, lorsqu'il se d&#233;tourne de la m&#232;re comme objet libidinal, le petit gar&#231;on peut n&#233;anmoins conserver cette derni&#232;re comme objet d'amour (et il ne s'en prive d'ailleurs pas), la petite fille, elle, au moment o&#249; elle se d&#233;tourne de la m&#232;re comme objet libidinal, la perd &#233;galement comme objet d'amour par le jeux de la rivalit&#233; &#339;dipienne dans laquelle elle ne fait qu'entrer. La situation est d&#233;s&#233;quilibr&#233;e : la perte est double pour la petite fille qui se retrouve en quelque sorte en d&#233;sh&#233;rence amoureuse. D'o&#249; peut-&#234;tre ce narcissisme sp&#233;cifique que l'homme-Freud croit d&#233;celer chez la femme. Ce narcissisme qui fait que la relation au miroir de sa f&#233;minit&#233; est, chez elle, le sympt&#244;me de la sp&#233;cificit&#233; de son complexe d'&#338;dipe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est devant le retour, au grand jour, de cette difficile d&#233;sh&#233;rence et ce d&#233;sarroi que Blanche-neige est plac&#233;e au surgissement de la marchande de pomme. C'est le motif de l'horreur de cet arrachement &#224; ce premier objet d'amour, &#224; ce d&#233;sir premier, qui r&#233;appara&#238;t grim&#233; sous les traits de la vilaine sorci&#232;re marchande de pomme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette marchande de pomme se pr&#233;sente d'abord comme bonne, &#171; une vieille marchande inoffensive &#187;. Son apparition dans l'encadrement de la fen&#234;tre signe l'inqui&#233;tant du fantasme, mais les mots sont d'abord doux : &#171; mon bijou &#187;, &#171; ch&#233;rie &#187;, sont les expressions employ&#233;es par la vieille femme qui se montre aimante. Elle donne des conseils &#224; Blanche-neige sur ce que les hommes pr&#233;f&#232;rent (des pommes). Son c&#339;ur est fatigu&#233; et elle demande asile &#224; Blanche-neige comme une vieille m&#232;re aimante demande &#224; sa fille de l'aider. Elle lui demande un peu d'eau, son dessein semble pur. Elle flatte Blanche-neige la remerciant d'&#234;tre si gentille pour elle, pauvre vieille. Elle propose &#224; Blanche-neige d'exaucer ses v&#339;ux, notamment les v&#339;ux qui font des jeunes filles des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les th&#232;mes du c&#339;ur, du d&#233;sir, de l'amour profond qui est ici motiv&#233; par la vieille grand-m&#232;re qui conna&#238;t le c&#339;ur des jeunes filles. Au moment o&#249; Blanche-neige pense &#224; son prince, l'on reconna&#238;t d'o&#249; ce d&#233;sir tient son &#233;lan premier : il le puise de son premier objet d'amour, de l'amour maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pomme est bien &#233;videmment le symbole par excellence de la s&#233;duction. Elle est &#233;galement le symbole de la f&#233;condit&#233; et de la f&#233;minit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple Karl Abraham, &#171; R&#234;ve et mythe. Contribution &#224; l'&#233;tude de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est avec la pomme qu'&#200;ve, la femme, s&#233;duit Adam et lui donne une prog&#233;niture. C'est toute la complexit&#233; de l'&#338;dipe f&#233;minin et de la f&#233;minit&#233; qui est ici condens&#233; sous les traits de la sorci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici, comme le souligne Freud, &#171; le fantasme si fr&#233;quent qui fait de la m&#232;re, de la nourrice ou de la bonne d'enfants la s&#233;ductrice &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, fantasme qui est &#224; l'&#339;uvre aussi bien chez le petit gar&#231;on que chez la petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pomme, c'est bien s&#251;r l'objet oral et la petite fille peut retrouver par-l&#224; les premiers motifs de sa d&#233;ception maternelle : le sevrage. Le reproche de l'absence de p&#233;nis se renforce d'un autre reproche, ant&#233;rieur, adress&#233; &#224; la m&#232;re : celui de n'avoir pas donn&#233; assez de lait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pomme, pr&#233;alablement plong&#233;e dans le chaudron et impr&#233;gn&#233;e de poison, est d&#233;sormais devenue rouge pour tenter Blanche-neige et lui donner envie de la croquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;interpr&#233;tation de la prise de possession de la maison des sept nains&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question demeure cependant &#224; la lecture &#339;dipienne du conte de Blanche-neige : pourquoi le motif de la m&#232;re revient-il hanter Blanche-neige alors m&#234;me qu'un premier refoulement avait eu lieu avec le d&#233;part de la for&#234;t ? Le premier d&#233;part dans la for&#234;t n'avait en fait &#233;t&#233; qu'une fuite. Le retour du refoul&#233; est identique au refoul&#233;. La pomme condense le d&#233;sir &#339;dipien de Blanche-neige, mais celui-ci est d&#233;guis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car une lecture psychanalytique du conte ne peut passer sous silence, que ce n'est pas tant la m&#232;re qui est d&#233;guis&#233;e en sorci&#232;re, m&#234;me si la formule magique est subtile :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Poussi&#232;re de momie, pour me vieillir ; pour changer ma tenue, du noir de nuit ; pour vieillir ma voix, un caquet de vieille m&#233;g&#232;re ; pour blanchir mes cheveux, un hurlement d'effroi ; un vent de temp&#234;te attisera ma haine ; ajoutons encore la foudre au m&#233;lange final &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re son allure toute rapetiss&#233;e et sa d&#233;marche ramass&#233;e, la sorci&#232;re &#233;voque bien s&#251;r la menace de castration et complexe de masculinit&#233; par le rabougrissement du p&#233;nis qu'elle mat&#233;rialise par sa silhouette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, encore une fois, dans la logique de l'inconscient et du cauchemar que va mettre en sc&#232;ne le dessin anim&#233;, ce qui est v&#233;ritablement d&#233;guis&#233;, ce n'est pas tant la m&#232;re que le d&#233;sir &#339;dipien de la petite fille Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'apparent bonheur de Blanche-neige dans la maison des sept nains tourne finalement au cauchemar, c'est que le d&#233;sir &#339;dipien qu'il sous-tendait &#233;tait ignor&#233; de Blanche-neige. D'un point de vue psychologique, tout &#233;tait pour le mieux dans le meilleur des mondes et la petite fille s'exer&#231;ait &#224; devenir m&#232;re. C'&#233;tait sans compter sur l'inconscient et sa logique &#339;dipienne implacable. Au vu du cauchemar qui surgit, il nous est permis de r&#233;interpr&#233;ter la prise de possession de la maison des sept nains comme l'expression d'un violent d&#233;sir &#339;dipien &#224; l'encontre de celle qui fait retour : la m&#232;re. Le retour de la m&#232;re d&#233;guis&#233;e, c'est, pour mieux dire, le retour d'un d&#233;sir d&#233;guis&#233; contre la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'appuyant sur les brillantes d&#233;couvertes de M&#233;lanie Klein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;lanie Klein, &#171; Les premiers stades du complexe d'&#338;dipe &#187;, dans la Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est possible de r&#233;interpr&#233;ter la prise de possession par Blanche-neige de la petite maison &#224; l'or&#233;e du bois, comme la prise de possession, par la petite fille, du ventre de la m&#232;re et des enfants qui s'y trouvent. Si la maison &#224; l'or&#233;e du bois repr&#233;sente le ventre de la m&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les rites d'initiation des primitifs confirment cette interpr&#233;tation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la for&#234;t en repr&#233;sente l'aspect ext&#233;rieur (autrement dit le ventre-sexe f&#233;minin) et la maison son int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour M&#233;lanie Klein, si le petit gar&#231;on poss&#232;de bien le p&#233;nis avec lequel il tente de rivaliser avec le p&#232;re (comme nous l'avons vu dans &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;), la petite fille n'a elle qu'un d&#233;sir insatisfait, celui de la maternit&#233;, pour mat&#233;rialiser (&lt;i&gt;mater&lt;/i&gt;-ialiser) la rivalit&#233; avec la m&#232;re. En d'autres termes, la petite fille manque d'un &#171; support puissant &#187; dans l'anticipation de la sexuation. Une pleine maternit&#233; &#233;tant encore improbable au sortir de l'enfance, la petite fille vit ce d&#233;sir de maternit&#233; comme une tentative usurpatrice de s'emparer des enfants de la m&#232;re, c'est-&#224;-dire des enfants potentiellement contenus dans son ut&#233;rus. S'&#233;tayant sur des pulsions sadiques pr&#233;&#339;dipiennes dirig&#233;es contre le corps de la m&#232;re, le d&#233;sir &#339;dipien de la petite fille g&#233;n&#232;re rapidement anxi&#233;t&#233; et sentiment de culpabilit&#233;, celle-ci s'attendant &#224; la peine du talion lorsqu'elle tente de satisfaire ce d&#233;sir de maternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;lanie Klein y voit d'ailleurs la &#171; racine &#187; de l'int&#233;r&#234;t &#171; constant &#187; et &#171; souvent excessif &#187; des femmes pour leur beaut&#233; personnelle, car elles craignent que leur corps ne soit d&#233;truit par leur m&#232;re en retour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au fond du d&#233;sir de se parer et de s'embellir, il y a toujours le motif de restaurer la beaut&#233; endommag&#233;e, et ceci a son origine dans l'anxi&#233;t&#233; et dans le sentiment de culpabilit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;lanie Klein, &#171; Les premiers stades du complexe d'&#338;dipe &#187;, dans la Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le gar&#231;on tire de la possession de son p&#233;nis un &#171; support puissant &#187; &#224; la rivalit&#233; &#339;dipienne et &#224; l'acceptation de son sexe, la petite fille manque cruellement d'un support dans sa rivalit&#233; maternelle et est souvent contrainte de n'anticiper sa maternit&#233; qu'avec anxi&#233;t&#233; et sentiment de culpabilit&#233; vis-&#224;-vis de sa m&#232;re. Cette anxi&#233;t&#233; de la femme au sujet de sa f&#233;minit&#233; et de sa f&#233;condit&#233; peut &#234;tre finalement saisie comme le pendant du complexe de castration du petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce complexe de castration et cette anxi&#233;t&#233; ne peuvent &#234;tre mis &#224; l'&#233;cart et refoul&#233;s, ils contribuent alors &#224; mettre en &#233;chec les pulsions &#339;dipiennes et, par cons&#233;quent, l'&#233;volution vers l'assomption de son sexe et le d&#233;veloppement d'une maturation de la fonction sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;veloppant le sc&#233;nario de la prise de possession du ventre maternel et des enfants qui s'y trouvent, le conte de Blanche-neige permet &#224; la petite fille de se r&#233;concilier avec ses pulsions &#339;dipiennes inconscientes et, par cons&#233;quent, de symboliquement surmonter l'anxi&#233;t&#233; et le sentiment de culpabilit&#233; qu'elles g&#233;n&#232;rent. D'un point de vue purement scopique, la diminution du d&#233;plaisir qui d&#233;coule de la mise en sc&#232;ne d'un tel sc&#233;nario, met l'enfant en joie devant ce spectacle f&#233;&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une patiente me racontait comment enfant, elle s'imaginait &#233;voluer et nager (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommeil et co&#239;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En croquant la pomme, symbole de f&#233;condit&#233; et de f&#233;minit&#233;, Blanche-neige plonge dans le tr&#233;fonds de son d&#233;sir &#339;dipien inconscient. Or dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, croquer la pomme c'est bien s&#251;r et avant tout le symbole du co&#239;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d'autant plus que l'enfant, dans l'effervescence de ses premi&#232;res recherches sexuelles et l'&#233;laboration de ses premi&#232;res th&#233;ories sexuelles infantiles, associe souvent les fonctions de nutrition et de s&#233;cr&#233;tion aux fonctions g&#233;nitales : notamment du co&#239;t et de l'accouchement. Nous le verrons plus en d&#233;tail plus tard avec les dessins anim&#233;s de &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt;, mais l'une des th&#233;ories sexuelles les plus abouties de l'enfant est que la conception se fait par l'absorption d'une petite graine que le Papa met dans la bouche de la Maman par l'interm&#233;diaire d'un baiser d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on retrouve d'ailleurs ces th&#233;ories sexuelles infantiles dans les sympt&#244;mes n&#233;vrotiques hyst&#233;riques qui se concentrent tr&#232;s souvent sur la zone buccale et la pulsion orale. Les d&#233;go&#251;ts alimentaires et vomissements hyst&#233;riques, la gourmandise et l'absorption d'aliments indigestes, malsains ou attirants l'&#339;il (tout ce qui est habituellement qualifi&#233; de &#171; cochonneries &#187;) trahissent le d&#233;placement et la concentration des pulsions sexuelles refoul&#233;es et des pulsions orales sur la zone buccale. Sandor Ferenczi va m&#234;me jusqu'&#224; avancer que &#171; les envies diverses et &#233;tranges des femmes enceintes que l'on peut &#233;galement constater en dehors de la grossesse au moment des r&#232;gles, peuvent s'expliquer par la r&#233;pression d'une libido exacerb&#233;e par le processus biologique, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire par un &#233;tat hyst&#233;rique transitoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandor Ferenczi, &#171; Transfert et introjection &#187;, (1909), in &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, le double motif oral du baiser d'amour du prince et de la pomme s'associent et se renforcent pour repr&#233;senter, dans la symbolique inconsciente, le co&#239;t tant d&#233;sir&#233; que redout&#233; par la jeune princesse Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi le sommeil de mort ? Que repr&#233;sente-t-il ? L'on conna&#238;t, bien s&#251;r, l'effet d'endormissement et d&#233;tendant du co&#239;t, mais il n'explique en rien pourquoi ce sommeil est ici associ&#233; &#224; la mort. Pour le comprendre, il est n&#233;cessaire d'aller un peu plus loin dans l'&#233;lucidation des myst&#232;res des couches les plus profondes de la psych&#233; inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort, c'est bien s&#251;r la rigidit&#233; (cadav&#233;rique), la froideur. Or si l'on associe le th&#232;me de la rigidit&#233; et de la froideur &#224; l'acte du co&#239;t, nous d&#233;bouchons logiquement et imm&#233;diatement sur le motif de la frigidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud a depuis longtemps mis en &#233;vidence que le premier rapport sexuel d'une femme est souvent synonyme de d&#233;ception et d'insatisfaction. En d'autres termes, il existe chez les deux sexes mais peut-&#234;tre de mani&#232;re plus prononc&#233;e chez la femme, au d&#233;but des relations, une &#171; frigidit&#233; passag&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Le Tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il faut un peu d'habitude et de temps, et surtout de r&#233;p&#233;tition fr&#233;quente de l'acte, pour surmonter, avant que s'instaure une pleine satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'aspect purement physique, li&#233; &#224; ce que l'on pourrait ranger sous le th&#232;me de la douleur de la d&#233;floration, il existe un motif psychologique plus profond &#224; cette &#171; frigidit&#233; passag&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que dans le premier rapport sexuel de la femme, la blessure narcissique premi&#232;re de la petite fille se trouve r&#233;activ&#233;e. Le sentiment d'inf&#233;riorit&#233; h&#233;rit&#233; de son complexe de masculinit&#233; se trouve r&#233;activ&#233; et l'envie de p&#233;nis, secondairement &#233;labor&#233; par la petite fille, se r&#233;v&#232;le et se transforme d'abord en une &#171; amertume hostile &#187; envers l'homme et son membre viril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Freud qualifie de &#171; r&#233;action paradoxale de la femme &#224; la d&#233;floration &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Le Tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette r&#233;action paradoxale prend la forme d'un violent d&#233;sir de ch&#226;trer le jeune amant et de conserver pour elle et en elle son p&#233;nis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partag&#233;e entre l'amour envers l'homme qui lui fait conna&#238;tre le premier acte sexuel et sa r&#233;action paradoxale &#224; l'acte, le conflit inhibe et paralyse la jouissance de la jeune fille et l'emp&#234;che d'atteindre &#224; la pleine satisfaction : c'est ce qui explique la frigidit&#233; passag&#232;re des d&#233;buts des relations sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sommeil de mort, que l'on retrouve au c&#339;ur du conte de &lt;i&gt;La Belle au bois dormant&lt;/i&gt;, en condensant le motif de la rigidit&#233; et de la froideur, repr&#233;sente donc, dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, la d&#233;floration et la &#171; frigidit&#233; passag&#232;re &#187; de la jeune fille dans le premier co&#239;t. La jeune fille doit ainsi passer de l'autre c&#244;t&#233; de cette angoisse et de ce fantasme de d&#233;floration afin de s'&#233;panouir dans une vie sexuelle adulte et accomplie. Voil&#224; pourquoi le sommeil de mort peut &#234;tre &#233;galement per&#231;u comme un rite initiatique, ou comme un rite de passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mort, refoulement et p&#233;riode de latence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En traversant ce fantasme et l'angoisse qui lui est li&#233;e, Blanche-neige passe par une porte incontournable : la porte de l'inconscient. Sur ce chemin elle n'est pas seule mais guid&#233;e. &#192; cet &#233;gard, l'image de la sorci&#232;re descendant dans le fleuve souterrain pour se rendre aupr&#232;s de Blanche-neige prend soudain une valeur nouvelle et toute autre. &#192; l'instar de Charon, la sorci&#232;re-passeuse avance dans sa barque sur les flots de l'enfer. Renouvelant la coutume mortuaire grecque qui voulait que l'on glisse une pi&#232;ce de monnaie dans la bouche des morts, la sorci&#232;re glisse sa pomme (obole symbolique) dans la bouche de Blanche-neige afin de la faire passer sur l'autre rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autre rive, c'est bien s&#251;r la rive adulte, celle de l'&#234;tre sexu&#233;. Blanche-neige se r&#233;veillera par un baiser : apr&#232;s la p&#233;riode de latence, o&#249; la sexualit&#233; de Blanche-neige est comme gel&#233;e, mise entre les parenth&#232;ses du cercueil de verre, la jeune princesse s'&#233;veillera &#224; la pubert&#233;. Le baiser repr&#233;sente l'objet (le prince charmant, l'amant qui l'initie &#224; la sexualit&#233;), que Blanche-neige accepte d&#233;sormais pleinement. L&#224; o&#249; le refoulement premier de la sexualit&#233; s'effectuait par la pudeur, l&#224; o&#249; la sexualit&#233; infantile &#233;tait essentiellement masturbatoire et, partant, auto-&#233;rotique, le r&#233;veil &#224; la sexualit&#233; se fait d&#233;sormais en pleine acceptation de l'objet. &#192; la pubert&#233;, comme dit Freud, &#171; la pulsion sexuelle se met &#224; pr&#233;sent au service de la fonction de reproduction ; elle devient pour ainsi dire altruiste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, Trois essais sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes &#8212; et selon la formule consacr&#233;e : ils se mari&#232;rent et eurent beaucoup d'enfants !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacob et Wilhelm Grimm, &#171; Blanche-Neige &#187;, &lt;i&gt;Contes allemands du temps pass&#233;&lt;/i&gt;, Extraits des recueils des fr&#232;res Grimm et de Simrock, Bechstein, Franz Hoffmann, etc., traduit par F&#233;lix Frank et E. Alsleben, &#201;d. Didier et Cie, Paris, 1869, pp. 7-18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Christophe Bormans, &#171; &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; D'embl&#233;e elle a jug&#233; et d&#233;cid&#233;. Elle a vu cela, sait qu'elle ne l'a pas et veut l'avoir &#187; (Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Marches, &#233;chelles, escaliers, en l'occurrence le fait de s'y d&#233;placer, et ce aussi bien vers le haut que vers le bas, sont des pr&#233;sentations symboliques de l'acte sexu&#233;. &#187; Cf. Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'arrachage des poils (de l'herbe), qui prend ici la place de la souillure [&#8230;], se trouve mentionn&#233; &#224; c&#244;t&#233; de celle-ci dans le r&#234;ve suivant. L'exp&#233;rience psychanalytique montre qu'il est issu du cercle symbolique de l'onanisme (arracher, d&#233;tacher en arrachant) &#187; (Sigmund Freud, &#171; R&#234;ves dans le folklore &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, vol. XI (1911-1913), PUF, Paris, 1998, pp. 76).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, in &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome VI, n&#176; 3-4, &#201;d. Deno&#235;l et Steele, Paris 1933, p. 290.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple : Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395-453.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 139-154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Mat&#233;riaux de contes dans les r&#234;ves &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 26-33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W. Stekel, &lt;i&gt;Die Sprache des Traumes&lt;/i&gt;, Wiesbaden, J. F. Bergmann, 1911.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 150.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 139-154. Et Freud de pr&#233;ciser que le mari ne fait finalement trop souvent qu'h&#233;riter de la relation premi&#232;re &#224; la m&#232;re : &#171; Par exemple, nous avons depuis longtemps remarqu&#233; que beaucoup de femmes qui ont choisi leur mari selon le prototype paternel, ou lui ont donn&#233; la place du p&#232;re, r&#233;p&#232;tent sur lui dans le mariage leur mauvaise relation avec leur m&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245. (Nous reviendrons sur ce sujet au dernier chapitre).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple Karl Abraham, &#171; R&#234;ve et mythe. Contribution &#224; l'&#233;tude de la psychologie collective &#187; (1909), &#338;uvres compl&#232;tes, tome 1 : 1907-1914, Payot, 1989, pp. 68-118.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 139-154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;lanie Klein, &#171; Les premiers stades du complexe d'&#338;dipe &#187;, dans la &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome IV, n&#176; 4, &#201;d. G. Doin et Cie, 1930, pp. 634-649.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les rites d'initiation des primitifs confirment cette interpr&#233;tation ancestrale. La cabane initiatique, dans laquelle l'initi&#233; (ou l'initi&#233;e) doit se pr&#233;parer, repr&#233;sente le ventre de la m&#232;re et la r&#233;gression qu'il doit y op&#233;rer avant la nouvelle naissance qui l'attend durant son initiation. (Cf. Mircea Eliade, &lt;i&gt;Mythes, r&#234;ves et myst&#232;res&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, &#171; Les Essais &#187;, 1957 ; r&#233;&#233;d. &#171; Id&#233;es &#187;, 1972.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;lanie Klein, &#171; Les premiers stades du complexe d'&#338;dipe &#187;, dans la &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome IV, n&#176; 4, &#201;d. G. Doin et Cie, 1930, pp. 645. M&#233;lanie Klein fait d'ailleurs de cette remarque une des principales causes de la pr&#233;disposition des femmes &#224; l'hyst&#233;rie de conversion : &#171; II est probable que cette crainte profonde de la destruction des organes internes peut &#234;tre la cause psychique de la susceptibilit&#233; plus grande des femmes, en comparaison de celle des hommes, &#224; l'hyst&#233;rie de conversion, et aux maladies organiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une patiente me racontait comment enfant, elle s'imaginait &#233;voluer et nager avec les dauphins comme dans le film de Luc Besson, &lt;i&gt;Le grand bleu&lt;/i&gt;. Elle se r&#233;conciliait ainsi avec un fantasme sadique-anal fort qu'elle m'avait pr&#233;sent&#233; quelques minutes auparavant, dans la m&#234;me s&#233;ance, en me racontant un r&#234;ve d'&#233;ventration. En libre association, le souvenir infantile suivant &#233;merge : elle se souvient qu'un jour, furieuse contre sa m&#232;re, elle avait perc&#233; avec un stylo, un gros ballon gonflable sur lequel les enfants rebondissaient comme des kangourous : il n'en restait plus que des bouts de boyaux &#233;parses.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On sait que les premiers ballons &#233;taient fabriqu&#233;s avec des vessies de porc fra&#238;ches que l'on recouvraient d'une enveloppe de cuir, c'est-&#224;-dire qu'ils &#233;taient faits comme des ventres ; en outre, on reconna&#238;t le kangourou pour ostensiblement porter ses enfants dans une poche, sur leur ventre ; enfin les boyaux rappellent bien entendu les intestins.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout le r&#234;ve et les associations qui en d&#233;coulent et tournent autour, nous pr&#233;sente clairement le fantasme sadique-anal de l'enfant qui souhaite &#233;ventrer la m&#232;re afin de prendre possession de celui-ci (d&#233;sir pr&#233;&#339;dipien) et des enfants qui s'y trouvent. Comme la g&#233;nitalit&#233; n'est pas install&#233;e, la th&#233;orie du cloaque pr&#233;domine et l'enfant est persuad&#233; que les enfants sont fabriqu&#233;s dans le ventre intestinal et sortent par l'anus (d'o&#249; le ballon, les boyaux et les vessies).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandor Ferenczi, &#171; Transfert et introjection &#187;, (1909), in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse I (1908-1912), Paris, Payot, 1968, p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Le Tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Le Tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; (1905), Gallimard, Coll. &#171; Folio-essais &#187;, Paris, 1987, p. 143&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Blanche-neige et les sept nains : L'&#338;dipe de la petite fille et la rivalit&#233; avec la m&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Roi lion : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html</link>
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		<dc:date>2011-12-11T09:26:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Freud nous a depuis longtemps donn&#233; la cl&#233; de cette pathologique h&#233;sitation : si le prince Hamlet tout comme Simba, h&#233;site, c'est parce qu'inconsciemment, il croise dans le regard de l'oncle qu'il doit assassiner, son propre d&#233;sir &#339;dipien refoul&#233;. S'il ne peut se r&#233;soudre &#224; tuer son oncle, c'est parce qu'il se reconna&#238;t en lui : le tuer, c'est se tuer puisque c'est tuer le plus profond d&#233;sir qui, dans l'inconscient, le constitue. Le neveu partage avec son oncle ce d&#233;sir fou d'avoir voulu tuer son p&#232;re :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#8220;Hamlet peut tout, sauf accomplir la vengeance sur l'homme qui a &#233;limin&#233; son p&#232;re et pris sa place aupr&#232;s de sa m&#232;re, cet homme qui lui montre la r&#233;alisation de ses souhaits d'enfance refoul&#233;s&#8221; (Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 307).&lt;br /&gt;
Plus la vengeance se fait pressante, plus le d&#233;sir &#339;dipien refoul&#233; fait retour et plus la culpabilit&#233;, les auto-reproches et les scrupules qu'engendre ce d&#233;sir se font forts et paralysent cette vengeance. Hamlet est plong&#233; dans le cercle vicieux de l'inhibition.&lt;br /&gt;
Simba r&#233;ussit &#224; rompre ce cercle vicieux gr&#226;ce &#224; Rafiki. En bon psychanalyste, celui-ci l'aide &#224; reconna&#238;tre en lui ce qu'il ignorait et refoulait jusque-l&#224; : son destin et son d&#233;sir &#339;dipien. C'est d'ailleurs son propre reflet que Simba aper&#231;oit dans l'eau, alors que Rafiki, perch&#233; sur son arbre, secoue les branchages et les feuillages en pronon&#231;ant sarcastiquement des onomatop&#233;es incompr&#233;hensibles. Le psychanalyste-Rafiki arrive &#224; brouiller la r&#233;flexion narcissique de Simba dans l'eau calme, en lan&#231;ant un caillou dans sa mare, pierre dont l'onde finit par brouiller le reflet imaginaire du h&#233;ros.&lt;br /&gt;
Alors que Simba, &#233;nerv&#233; par cette pr&#233;sence troublante, demande &#224; Rafiki : &#8220;qui es-tu ?&#8221;, celui-ci lui r&#233;pond du tac au tac : &#8220;dis-moi plut&#244;t qui tu es ?&#8221; Le psychanalyste-Rafiki reprend &#224; son compte le fameux &lt;i&gt;Connais-toi toi-m&#234;me&lt;/i&gt;, le c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Gnothi seauton&lt;/i&gt; grec, le plus ancien des trois pr&#233;ceptes grav&#233;s sur le fronton du temple de Delphes, o&#249; &#338;dipe lui-m&#234;me &#233;tait venu consulter l'oracle. &#8220;Je croyais le savoir, je n'en suis plus tr&#232;s s&#251;r&#8221;, reconna&#238;t l'analysant Simba. En lui faisant rencontrer le p&#232;re qui vit en lui, Rafiki invite Simba &#224; reconna&#238;tre son d&#233;sir &#339;dipien. Le singe-psychanalyste n'h&#233;site d'ailleurs pas &#224; ass&#233;ner un coup de b&#226;ton &#224; Simba qui h&#233;siterait &#224; faire face &#224; son conflit. Il proc&#232;de ainsi comme le ma&#238;tre bouddhiste inspir&#233; de la technique zen, interrompant le silence par un coup de pied ou un coup de b&#226;ton. Le psychanalyste se contente d'un sarcasme qui invite l'analysant &#224; trouver les r&#233;ponses &#224; leurs propres questions et &#224; trancher d'eux-m&#234;mes leurs propres conflits. La psychanalyse-expresse du h&#233;ros est salvatrice et Simba repart affronter victorieusement son destin et reprendre sa place dans le cycle de la vie &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton77-53c9d.gif?1757670837' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE ROI LION&lt;br /&gt;
L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est le quarante-troisi&#232;me dessin anim&#233; produit par le studio d'animation &lt;i&gt;Walt Disney Pictures&lt;/i&gt; en format long-m&#233;trage (classique d'animation). Sorti le 15 juin 1994 aux &#201;tats-Unis, il devient rapidement le second plus gros succ&#232;s d'animation de l'histoire du cin&#233;ma, aussi bien en termes financiers qu'en nombre de spectateurs (plus de 10 millions d'entr&#233;es en France, 42 millions d'entr&#233;es dans le monde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue graphique, le film s'inspire largement de la bande dessin&#233;e japonaise (&lt;i&gt;manga&lt;/i&gt;), Le Roi L&#233;o, cr&#233;&#233;e en 1951 par le dessinateur nippon Osamu Tezuka. Du point de vue du sc&#233;nario, le motif de la trag&#233;die de l'&lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt; de Sophocle et le motif shakespearien d'Hamlet sont habilement entrem&#234;l&#233;s par les sc&#233;naristes de Disney et constituent le principal ressort psychanalytique de son succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Histoire et les personnages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un matin dans la savane africaine, au tout premier rayon du soleil, l'ensemble du r&#232;gne animal accoure pour c&#233;l&#233;brer la naissance d'un nouvel h&#233;ritier au lion Mufasa, roi incontest&#233; des animaux. Sa femme, la Reine Sarabi vient de mettre au monde Simba, destin&#233; &#224; r&#233;gner un jour sur la Terre des lions. Alors que tous s'inclinent devant la pr&#233;sentation du nouveau-n&#233; sur le rocher surplombant le royaume, un membre de la famille royal brille par son absence : Scar, fr&#232;re du roi Mufasa et oncle de l'h&#233;ritier, esprit fourbe au physique efflanqu&#233;, boude ostensiblement la c&#233;r&#233;monie et ronge sa col&#232;re. Cette naissance l'&#233;carte d&#233;finitivement de la succession et balaye en lui tout espoir d'acc&#233;der un jour au tr&#244;ne de mani&#232;re l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Mufasa s'applique &#224; parfaire l'&#233;ducation de Simba en lui apprenant l'art de la chasse, Scar conspire avec les hy&#232;nes et fomente un complot qui vise &#224; se servir de Simba comme d'un app&#226;t afin d'attirer Mufasa dans une embuscade. Le pi&#232;ge tendu vise &#224; faire d'une pierre deux coups : &#233;liminer conjointement le p&#232;re et le fils. Apr&#232;s une premi&#232;re tentative avort&#233;e dans le cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants, le sc&#233;nario diabolique est &#224; nouveau mis &#224; l'&#233;preuve dans les gorges. Attir&#233; puis aussit&#244;t abandonn&#233; par Scar sur une piste d&#233;serte, Simba erre un moment seul au pied des hauts-plateaux de la savane, attendant le retour de son oncle. Pendant ce temps, celui-ci donne l'ordre aux hy&#232;nes de d&#233;chainer le troupeau de gnous, lequel s'engouffre en contre-bas dans le d&#233;fil&#233; o&#249; se prom&#232;ne Simba et menace dans sa course folle d'&#233;craser le lionceau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feignant d'&#234;tre pris au d&#233;sarroi, Scar appelle Mufasa &#224; la rescousse. Le p&#232;re risque instantan&#233;ment sa vie pour sauver son fils. Simba hors de danger, Mufasa est lui m&#234;me sur le point de se sortir des gorges, lorsque Scar, lui refusant son aide, le pr&#233;cipite sciemment du haut de la paroi en d&#233;clamant un macabre : &#171; Longue vie au roi &#187; ! La chute de Mufasa est mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans avoir vu de ses propres yeux la sc&#232;ne, Simba ne peut que constater, apr&#232;s coup, la chute de son p&#232;re et d&#233;ambule un long moment pr&#232;s du corps inerte qu'il croit d'abord endormi. Arrivant par surprise, Scar le persuade de sa culpabilit&#233; dans cet accident tragique et lui conseille de s'enfuir, avant de lancer perfidement les hy&#232;nes &#224; sa poursuite. Si Simba r&#233;ussit &#224; &#233;chapper aux charognards et s'enfuir &#224; travers le d&#233;sert, Scar quant &#224; lui monte enfin sur le tr&#244;ne tant convoit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur du d&#233;sert, Simba est secouru par un suricate, Timon, et un phacoch&#232;re, Pumbaa, qui voient tous deux en ce lionceau un alli&#233; de taille pour leurs frasques futures. Vivant au jour le jour et adoptant pour seule devise de ne se faire aucun souci pour l'avenir (&lt;i&gt;Hakuna matata&lt;/i&gt;), Simba, Timon et Pumbaa deviennent vite les meilleurs amis du monde. Se nourrissant de-ci de-l&#224;, dormant &#224; la belle &#233;toile, se baignant dans les mares et poches d'eau qui fleurissent &#224; la saison des pluies, ils grandissent tous trois au del&#224; de la Terre des lions, dans la savane sauvage o&#249; Simba oublie vite son pass&#233; douloureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci se rappelle cependant &#224; lui lorsqu'un beau jour, les trois amis s'&#233;garent tout pr&#232;s de la fronti&#232;re de la Terre des lions : Pumbaa, parti chasser en &#233;claireur se fait soudain attaquer par une jeune lionne pleine de fougue. Tentant de sauver le phacoch&#232;re, Simba reconna&#238;t bient&#244;t Nala, son amie d'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233;es les joyeuses retrouvailles, celle-ci lui r&#233;v&#232;le que depuis qu'il s'est enfui du royaume, la Terre des lions ne connait que famine et d&#233;solation : les lionnes ne chassent plus et Scar a laiss&#233; aux hy&#232;nes le soin de g&#233;rer le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mettant face &#224; ses responsabilit&#233;s, Nala implore Simba de revenir au royaume, afin d'aider les lions &#224; retrouver leur dignit&#233; : l'accession du jeune prince au tr&#244;ne est leur seule chance d'un retour &#224; l'&#226;ge d'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simba semble d'abord s'ent&#234;ter &#224; oublier son pass&#233; et d&#233;cid&#233; &#224; d&#233;finitivement tourner le dos au tr&#244;ne, lorsque l'oracle vient &#224; sa rencontre sous la forme du sage et sorcier mandrill, Rafiki. Rafiki lui rappelle l'image de son p&#232;re qui brille au firmament et le remet face &#224; son destin. Le spectre de son p&#232;re Mufasa lui appara&#238;t et l'exhorte &#224; reprendre sa place dans le cycle de la vie. Simba part alors d&#233;fier son oncle Scar pour devenir roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Nala, partie en &#233;claireur avertir Sarabi et rassembler les lionnes, Simba, Timon et Pumbaa parviennent &#224; la Terre des lions avec grand fracas. Tout est enfin pr&#234;t pour la confrontation finale, lorsque Scar mettant de nouveau Simba face &#224; sa culpabilit&#233; dans le meurtre de son p&#232;re, semble prendre une nouvelle fois l'ascendant psychologique sur son jeune neveu. Mais au moment de pr&#233;cipiter Simba du haut d'un rocher, r&#233;p&#233;tant ainsi la sc&#232;ne du meurtre primitif, l'oncle orgueilleux ne peut cependant s'emp&#234;cher de r&#233;v&#233;ler au prince h&#233;ritier la v&#233;rit&#233; sur le meurtre de son p&#232;re : c'est lui, Scar, qui a tu&#233; Mufasa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jusqu'auboutisme narcissique signe sa perte, car c'est dans cette r&#233;v&#233;lation que Simba va chercher son dernier sursaut et puiser les forces n&#233;cessaires pour renverser le rapport qui lui &#233;tait jusque-l&#224; d&#233;favorable. Simba, d&#233;finitivement d&#233;gag&#233; de sa culpabilit&#233;, reprend le combat &#224; son compte et Scar finit malencontreusement pr&#233;cipit&#233; au fond d'un gouffre, o&#249; les hy&#232;nes affam&#233;es se retournent contre leur ancien ma&#238;tre et tyran pour le d&#233;vorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simba devient roi de la Terre des lions et &#233;pouse Nala. Au matin d'un nouveau jour, les premiers rayons du soleil guident les animaux de la savane vers le rocher surplombant la Terre des lions, qui accourent une nouvelle fois pour c&#233;l&#233;brer la naissance d'une nouvelle h&#233;riti&#232;re : la princesse Kiara, fille du nouveau couple royal, Simba et Nala.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; LE ROI LION ET LA MISE EN SC&#200;NE&lt;br /&gt;
DU COMPLEXE D'&#338;DIPE DU PETIT GAR&#199;ON&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; du sc&#233;nario et du succ&#232;s du dessin anim&#233; Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est sans conteste une mise en sc&#232;ne savamment orchestr&#233;e du complexe majeur de la psychanalyse et de l'inconscient freudien : le complexe d'&#338;dipe. L'histoire de ce jeune prince fougueux et d&#233;sireux d'acc&#233;der au tr&#244;ne, et qui commence par tuer son p&#232;re pour y parvenir, ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; la l&#233;gende du h&#233;ros grec immortalis&#233; par Sophocle dans son &lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le lionceau semble ici se distinguer du h&#233;ros grec dans la mesure o&#249; il ne tue pas lui-m&#234;me son p&#232;re, d'une part et, d'autre part, sauve sa propre m&#232;re l&#224; o&#249; &#338;dipe l'&#233;pouse. &#192; y regarder de plus pr&#232;s, la diff&#233;rence est-elle s'y flagrante ? N'oublions pas que dans la l&#233;gende grecque elle-m&#234;me, le d&#233;sir &#339;dipien est justement d&#233;rob&#233; au h&#233;ros, dans la mesure o&#249; c'est en souhaitant &#233;viter son destin funeste qu'il le r&#233;alise pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous apprend d'abord l'&#233;tude de l'inconscient, c'est que le sc&#233;nario &#339;dipien est toujours d&#233;plac&#233;, grim&#233;, m&#233;tamorphos&#233; et c'est tout le travail de l'analyse psychanalytique que de savoir le d&#233;masquer sous les traits, parfois difformes, derri&#232;re lesquels il se cache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas du &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt;, le sc&#233;nario se cache d&#233;j&#224; sous les traits de l'anthropomorphisme. Le premier masque que le sc&#233;nario &#339;dipien emprunte ici est un masque animal : un masque de lion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dessin anim&#233; anthropomorphe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la mise en sc&#232;ne, Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est en effet ce que l'on appelle un dessin anim&#233; anthropomorphe. L'anthropomorphisme consiste &#224; attribuer des comportements humains &#224; des formes non-humaines, le plus souvent des objets ou des animaux. Souvent dou&#233;s de parole, les animaux de ce type de dessins anim&#233;s ou de contes adoptent &#233;galement une morphologie et des mimiques proprement humaines, sans jamais pour autant prendre d&#233;finitivement la forme d'un &#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est &#224; cet &#233;gard le seul classique de Walt Disney dans lequel il n'est &#224; aucun moment fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'homme. Contrairement &#224; &lt;i&gt;Bambi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les 101 Dalmatiens&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Livre de la jungle&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Les Aristochats&lt;/i&gt; &#8212; qui bien qu'&#233;tant bas&#233;s sur des sc&#233;narios anthropomorphes, r&#233;ussissent toujours &#224; mettre en sc&#232;ne et &#233;voquer, ne serait-ce qu'en arri&#232;re-plan, l'homme et son existence terrestre &#8212;, ici, aucune pr&#233;sence humaine n'est, ne serait-ce qu'entre-aper&#231;ue ou mentionn&#233;e, &#224; aucun moment du sc&#233;nario.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme ici mis &#224; contribution est celui de la projection. Tout comme la cam&#233;ra projette sur l'&#233;cran blanc de la salle de cin&#233;ma, la s&#233;rie d'images que d&#233;roule la pellicule, les sc&#233;naristes et les t&#233;l&#233;spectateurs ne manquent pas de projeter sur les animaux leurs propres contenus psychiques conscients et inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le jeune spectateur, l'int&#233;r&#234;t de l'anthropomorphisme est double : non seulement il int&#233;resse spontan&#233;ment les enfants, qui restent longtemps fascin&#233;s par l'autonomie, la totale libert&#233; et le c&#244;t&#233; instinctif de l'animal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud souligne &#224; cet &#233;gard l'attrait irr&#233;sistible, le charme et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais il permet &#233;galement une certaine mise &#224; distance de nos pulsions les plus primitives et les plus inqui&#233;tantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Louise von Franz, grande sp&#233;cialiste de l'interpr&#233;tation des contes de f&#233;es, a pu par exemple constater que les plus jeunes enfants ont toujours tendance &#224; pr&#233;f&#233;rer les contes d'animaux et &#224; pr&#233;f&#233;rer &#233;couter les histoires de chiens et de chats que ceux qui mettent directement en sc&#232;ne des &#234;tres humains. Elle &#233;met aussi l'hypoth&#232;se que les contes d'animaux sont le &#171; mat&#233;riel de base, la forme la plus profonde et la plus ancienne du conte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marie-Louise von Franz, L'Interpr&#233;tation des contes de f&#233;es, &#201;d. J. Renard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces contes permettent surtout de prendre une distance symbolique suffisante avec les pulsions que nous avons du mal &#224; admettre au sein de notre organisation psychique consciente, celles que l'on qualifie justement d'&#171; animales &#187;. Ce sont par exemple le sadisme, le cannibalisme ou l'avarice. On dira facilement d'un homme qui est vorace, qu'il a l'app&#233;tit d'un tigre. On lui attribue une qualit&#233; animale afin de mettre &#224; une distance symbolique suffisante une qualit&#233; qui est profond&#233;ment enfouie dans notre inconscient et que l'on ne souhaite pas reconna&#238;tre aussi facilement. C'est l&#224;, &#224; proprement parler, le zoomorphisme, &#8212; qui est ant&#233;rieur &#224; l'anthropomorphisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple sur ce sujet : Salomon Reinach, &#171; Aetos Prometheus &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212;, et qui consiste en cette tendance &#224; attribuer &#224; quelqu'un des caract&#233;ristiques que l'on croit typiquement animales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune spectateur est ici rassur&#233; par une formation de compromis : les pulsions et motions psychiques mises en sc&#232;ne par le dessin anim&#233; semblent tr&#232;s &#233;loign&#233;s de celles des hommes, alors m&#234;me que le symbolisme utilis&#233; redouble d'effort pour d&#233;crire les qualit&#233;s et rapports familiaux typiquement humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, non seulement le lion est consid&#233;r&#233; comme le roi des animaux, mais le lion mis en sc&#232;ne par Disney (Mufasa et plus tard Simba) est roi des lions. Il s'agit l&#224;, dans ce roi des rois, d'un redoublement de la figure royale dont la symbolique &#233;minemment paternelle ne peut &#233;chapper &#224; aucun jeune spectateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En outre, comme le fait habilement remarquer Gabrielle Rubin, les animaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le soulignait Freud d&#232;s son &lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, les personnages de rois et de reines, d'empereurs ou d'imp&#233;ratrices, et plus g&#233;n&#233;ralement tous les personnages connus et c&#233;l&#232;bres, ont toujours vocation &#224; repr&#233;senter dans la symbolique inconsciente des r&#234;ves, les parents et le couple parental. Ici, le symbolisme du p&#232;re est renforc&#233; par cette association redoubl&#233;e entre le lion-roi des animaux et le roi-lion. Mufasa, est bien le roi des rois : le p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, avec d'une part, la suffisante mise &#224; distance des pulsions inconscientes primitives par l'habile proc&#233;d&#233; de l'anthropomorphisme et, d'autre part, l'adoption d'un cadre hautement symbolique de la triangulation cellulaire familiale, tout est d&#233;sormais pr&#234;t pour que le drame majeur de l'inconscient se joue sous nos yeux candides et &#233;merveill&#233;s. Les trois coups sont frapp&#233;s et le rideau peut s'ouvrir sur la trag&#233;die-reine de la psych&#233; : l'&#338;dipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La l&#233;gende d'&#338;dipe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende d'&#338;dipe raconte l'histoire de ce fils de La&#239;os et de Jocaste qui devint roi de Th&#232;bes apr&#232;s avoir, &#224; son insu, tu&#233; son p&#232;re et &#233;pous&#233; sa m&#232;re. Aussi connue qu'elle puisse &#234;tre, il n'est pas superflu de nous la remettre en m&#233;moire en pr&#233;ambule &#224; l'interpr&#233;tation analytique du drame du &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sireux d'avoir un enfant, le roi et la reine de Th&#232;bes, La&#239;os et Jocaste, consultent l'oracle d'Apollon, qui leur r&#233;pond sans d&#233;tour et de la mani&#232;re la plus abrupte, que s'ils avaient un fils, celui-ci tuerait son p&#232;re et &#233;pouserait sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; sa naissance, La&#239;os et Jocaste s'empressent d'exposer l'enfant &#8212; c'est-&#224;-dire de l'abandonner &#8212; et charge un serviteur de l'emmener, pieds et chevilles li&#233;s, sur le Mont Cith&#233;ron, &#224; mi-distance entre Th&#232;bes et Ath&#232;nes. Des bergers faisant pa&#238;tre leur b&#233;tail sur les p&#226;turages alentours, d&#233;couvrent l'enfant et le conduisent &#224; la cour de leur roi Polybe, roi de Corinthe, qui le recueille et l'&#233;l&#232;ve comme son propre fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En grandissant, &#338;dipe a bient&#244;t des doutes sur sa v&#233;ritable parent&#233; : il craint d'&#234;tre un fils adopt&#233;. Consultant &#224; son tour l'oracle d'Apollon &#224; Delphes, le dieu le renvoie &#224; son destin en lui rendant pour seule r&#233;ponse qu'il tuera son p&#232;re et &#233;pousera sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souhaitant &#224; tout prix &#233;viter ce futur tragique, &#338;dipe d&#233;cide de quitter Corinthe et de partir vers l'Est pour Th&#232;bes. C'est sur ce chemin qu'il rencontre un groupe d'hommes par lequel il est pris &#224; partie et, perdant patience, il finit par tuer leur chef, qui n'est autre que La&#239;os, son p&#232;re biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non conscient de l'affreux crime qu'il vient de perp&#233;trer, &#338;dipe arrive aux abords de Th&#232;bes, o&#249; il se confronte &#224; la Sphinge, ce monstre au buste de femme, au corps de lion et aux ailes d'aigle, qui assi&#232;ge la ville et d&#233;vore les passants qui ne r&#233;pondent pas &#224; ses &#233;nigmes. &#171; Quel est l'&#234;tre qui, le matin, marche sur quatre pattes, le midi, sur deux et sur trois le soir ? &#187; interroge l'ignoble chanteuse. &#171; L'Homme &#187;, r&#233;pond &#338;dipe &#224; juste titre. Et pour le remercier d'avoir d&#233;livr&#233; la ville de la chienne rhapsode, les Th&#233;bains lui donnent pour femme leur reine veuve, Jocaste. &#338;dipe &#233;pouse ainsi sa m&#232;re et devient roi &#224; la place de son propre p&#232;re, dont il ignore encore qu'il est le meurtrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ignorance de leur crime incestueux, Jocaste et &#338;dipe con&#231;oivent quatre enfants (&#201;t&#233;ocle, Polynice, Antigone et Ism&#232;ne), tandis que la peste s'abat bient&#244;t sur Th&#232;bes. L'oracle &#224; nouveau consult&#233;, &#338;dipe apprend qu'elle ne cessera que lorsque le meurtre de La&#239;os sera &#233;lucid&#233; et le crime veng&#233;. S'acharnant &#224; d&#233;couvrir le coupable, le jeune roi ne tarde pas &#224; s'apercevoir qu'il est lui-m&#234;me le meurtrier tant recherch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'elle apprend l'inf&#226;me nouvelle, Jocaste, de d&#233;sespoir, se donne la mort par pendaison. &#338;dipe, quant &#224; lui, se cr&#232;ve les yeux avec la broche de sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraint d'abdiquer et chass&#233; de Th&#232;bes, &#338;dipe erre aveugle, guid&#233; par les mains de sa fille Antigone, qui le conduira jusqu'&#224; sa derni&#232;re demeure, &#224; Colone, aux abords d'Ath&#232;nes. Sa s&#233;pulture restera &#224; jamais un lieu sacr&#233; et d'abondance pour la capitale de l'Attique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende d'&#338;dipe fut immortalis&#233;e au Ve si&#232;cle avant J.-C. par le dramaturge grecque Sophocle, dont les deux pi&#232;ces, &lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#338;dipe &#224; Colone&lt;/i&gt;, forment le diptyque de la trag&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Complexe d'&#338;dipe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le destin tragique d'&#338;dipe, que Freud, d&#232;s 1897&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, Lettre &#224; Wilhelm Fliess du 15 octobre 1897, La Naissance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, reconna&#238;t non seulement son propre complexe inconscient, mais attribue une valeur de port&#233;e universelle aux sentiments d'amour envers la m&#232;re et de jalousie envers le p&#232;re, que chaque enfant &#233;labore pr&#233;cocement d&#232;s l'&#226;ge tendre de trois ans, et finit par refouler d&#233;finitivement dans les tr&#233;fonds de son inconscient &#224; partir de sa sixi&#232;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant six ans, en effet, les enfants n'ont pas encore acquis toute la capacit&#233; de jugement par laquelle ils se distingueront plus tard en tant qu'adultes. On les voit souvent &#233;go&#239;stes, amorales, les &#233;ducateurs n'h&#233;sitant d'ailleurs pas &#224; qualifier de &#171; vilains &#187; certains des gestes qu'ils peuvent commettre spontan&#233;ment ou en premi&#232;re intention. Comme le pr&#233;cise Freud, &#171; &#224; cette &#233;poque de la vie, les enfants sont capables d'une jalousie des plus fortes et des plus nettes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, in &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils sont capables d'une forte hostilit&#233; non seulement envers les fr&#232;res ou les s&#339;urs, mais &#233;galement envers les parents eux-m&#234;mes. Pour l'enfant, cette hostilit&#233; peut facilement aller jusqu'&#224; s'exprimer par un souhait de mort envers le parent du m&#234;me sexe que lui, tandis qu'il nourrit un fort d&#233;sir, soutenu par sa sexualit&#233; naissante, &#224; l'&#233;gard du parent du sexe oppos&#233; au sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que Freud reconna&#238;t d&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle dans le destin d'&#338;dipe, voil&#224; ce qu'il soutient &#224; l'encontre de toute morale m&#233;dicale viennoise (et internationale) de son &#233;poque : tout enfant forme &#224; son insu des souhaits parricides et incestueux envers ses parents. Ces souhaits sont d'ailleurs attest&#233;s par les enfants des trois premi&#232;res g&#233;n&#233;rations de la mythologie grecque, enfants qui de Cronos &#224; Zeus, castrent leur p&#232;re et con&#231;oivent des mariages incestueux. &#192; sa d&#233;charge, l'enfant ignore que ses souhaits offensent la morale et, tel l'&lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt; exposant &#224; ciel ouvert le destin de son h&#233;ros, l'enfant n'h&#233;site pas &#224; les avouer et les clamer haut et fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que fait Simba dans la premi&#232;re partie du film, lorsque tout juste sorti du sein maternel, il chante &#224; celui qui veut bien l'entendre, qu'il d&#233;sire remplacer son p&#232;re. C'est le titre du premier morceau musical du dessin anim&#233;, juste apr&#232;s le g&#233;n&#233;rique du d&#233;but du film, tr&#232;s clairement intitul&#233; : &lt;i&gt;Je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre roi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre roi&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chanson de Simba r&#233;v&#232;le la montr&#233;e inexorable du d&#233;sir &#339;dipien pour le petit enfant qui s'&#233;veille &#224; sa troisi&#232;me ann&#233;e. Dans ce &lt;i&gt;Je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre roi&lt;/i&gt;, il faut bien s&#251;r entendre ce qui est ici clairement sous-entendu : &lt;i&gt;&#192; la place de mon p&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout enfant, Simba est insouciant et, surtout, n'est absolument pas conscient qu'il pr&#233;sume grandement de ses forces ; et Zazu, le Calao &#224; bec rouge, majordome de Mufasa, tente de le rappeler &#224; l'ordre : &lt;i&gt;Majest&#233;, tu ne te mouches pas du coude&lt;/i&gt;, mais rien n'y fait, Simba entame son infatigable refrain : &lt;i&gt;Je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre Roi !&lt;/i&gt; Le ressort du drame se situe bien entendu dans le &#171; d&#233;j&#224; &#187; qui pr&#233;cipite et anticipe, dans l'insistance du d&#233;sir, la mort du p&#232;re, bien que ce p&#232;re soit aim&#233; du fils. C'est d'ailleurs, dans cette ambivalence, que r&#233;side &#224; proprement parler le qualificatif de &#171; complexe &#187; qui sied si bien &#224; l'&#338;dipe. &#171; Complexe &#187;, car les deux motions, tendre d'une part et hostile de l'autre, coexistent bel et bien au m&#234;me moment dans le psychisme du jeune enfant. Mais le jeune enfant n'y voit encore aucune contradiction et Simba mart&#232;le inlassablement : &lt;i&gt;Je veux faire ce qui me pla&#238;t !&lt;/i&gt; Autrement dit, dans ses r&#234;ves les plus chers, il souhaite prendre la place de son p&#232;re sur le tr&#244;ne, bien qu'il n'a aucune conscience de ce que cela implique : un souhait de mort &#224; l'&#233;gard de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souhait de mort &#224; l'&#233;gard du p&#232;re va de pair avec une volont&#233; de poss&#233;der la m&#232;re. Si dans le dessin anim&#233;, la m&#232;re est repr&#233;sent&#233;e comme tendre et aimante (Sarabi), une terre est n&#233;anmoins interdite &#224; Simba et l'interdit &#233;mane du p&#232;re lui-m&#234;me (Mufasa). Lorsque le roi pr&#233;sente le royaume &#224; son fils, celui sur lequel il est destin&#233; &#224; r&#233;gner, c'est le royaume qui est dans la lumi&#232;re dont il est question, mais l'endroit qui est dans l'ombre demeure lui, interdit &#224; Simba : &#171; notre royaume s'arr&#234;te &#224; cette fronti&#232;re, tu ne dois jamais y aller &#187;. Le p&#232;re lui-m&#234;me est soumis &#224; cette loi, pr&#233;sent&#233;e ici comme loi de la nature, mais Simba ne le comprend pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette terre de l'ombre repr&#233;sente la partie de la Terre-m&#232;re interdite &#224; Simba, &#8212; &#224; proprement parler la jouissance de la m&#232;re. C'est la terre des hy&#232;nes, le c&#244;t&#233; obscur de la terre, obscur &#224; l'enfant en pleine recherche sexuelle, qui cherche &#224; r&#233;soudre l'&#233;nigme de la Sphinge : &#171; Comment fait-on les enfants ? &#187; Cette recherche jouissive est g&#233;n&#233;ralement partag&#233;e avec les enfants du m&#234;me &#226;ge et du sexe oppos&#233;. Nala, l'accompagne dans cette qu&#234;te du c&#244;t&#233; du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario du dessin anim&#233; du &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; met donc particuli&#232;rement bien en &#233;vidence comment le d&#233;sir de possession de la terre-m&#232;re et le souhait de mort &#224; l'&#233;gard du p&#232;re vont de pair et son ins&#233;parable. Encore faut-il nuancer notre propos, en pr&#233;cisant que cette relation biunivoque n'est valable que dans l'inconscient, car dans le conscient, force est de constater que l'enfant ne sait pour l'instant rien de ce qu'est v&#233;ritablement la mort et son souhait parricide lui semble dans un premier temps sans cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que la mort pour un enfant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lors de son premier grand ouvrage sur &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt; publi&#233; en 1900, que Freud expose pour la premi&#232;re fois publiquement son c&#233;l&#232;bre complexe d'&#338;dipe. Plus pr&#233;cis&#233;ment, c'est &#224; l'occasion du paragraphe sur les r&#234;ves typiques que sont les r&#234;ves o&#249; nous voyons mortes les personnes qui nous sont pourtant les plus ch&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; Les r&#234;ves de la mort de personnes ch&#232;res &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Freud y explique que ce type de r&#234;ve, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; paradoxal, est motiv&#233; par un d&#233;sir infantile : celui que nous avons tous eu, au moins une fois &#233;tant enfant, de voire mourir ces personnes qui pourtant nous semblent aujourd'hui si ch&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ma&#238;tre viennois prend cependant le soin de longuement pr&#233;ciser ce que recouvre exactement cette motivation. Lorsque l'enfant souhaite la mort d'un rival, fraternel ou paternel, il ne sait pas encore ce que la mort implique v&#233;ritablement dans la r&#233;alit&#233;. Pour l'enfant, la mort est d'abord un mot. L'enfant ne sait rien des processus de putr&#233;faction, de l'effroi de la guerre, du n&#233;ant, de l'infini. Ne sachant pas ce qu'est la mort, il n'en conna&#238;t pas la peur et joue avec ce mot et toutes ses d&#233;clinaisons en en retirant un plaisir non dissimul&#233;, comme l'a d'ailleurs si bien montr&#233; le r&#233;alisateur fran&#231;ais de Ren&#233; Cl&#233;ment dans son c&#233;l&#232;bre film Jeux interdits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons &#224; cet &#233;gard que Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est le premier dessin anim&#233; de Walt Disney dans lequel on voit directement mourir l'un des personnages principaux du film, ici le p&#232;re du h&#233;ros : Mufasa. Dans &lt;i&gt;Bambi&lt;/i&gt;, la mort de la m&#232;re n'est que sugg&#233;r&#233;e par le coup de feu fatal, la sc&#232;ne est d&#233;rob&#233;e aux yeux du spectateur. Cela tranche singuli&#232;rement avec les longs travelings et les gros plans autour du corps mort du p&#232;re de Simba. Si le c&#244;t&#233; morbide r&#233;ussit cependant &#224; passer au second plan, c'est justement parce que Simba, &#224; l'instar des jeunes enfants d&#233;crits par Freud, ne comprend pas, lui non plus, la mort. Cela confirme l'hypoth&#232;se de Freud, selon laquelle la mort n'a pas d'existence autre que verbale pour l'enfant : c'est, &#224; la limite, un d&#233;part en voyage prolong&#233; ou un long sommeil. Simba tente d'ailleurs de r&#233;veiller son p&#232;re et pense na&#239;vement qu'il est endormi : il se blotti contre son corps inerte en esp&#233;rant que celui-ci se r&#233;veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme l'enfant ne comprend pas la mort, Simba ne semble pas comprendre l'inertie du corps paternel. Il lui demande instamment de se lever, de venir avec lui et de rentrer &#224; la maison. Le quotidien semble &#234;tre immuable et ne jamais devoir s'arr&#234;ter pour l'enfant. Ce n'est que dans un second temps, dans un apr&#232;s-coup, que le lionceau appelle &#224; l'aide, semble comprendre qu'il se passe quelque chose d'inhabituel et commence &#224; pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, souhaiter la mort d'un rival, fr&#232;re ou p&#232;re, c'est donc d'abord souhaiter, &#224; un moment ponctuel, que ce rival s'en aille. Ce souhait d'abord na&#239;f, ne frappe s&#233;v&#232;rement le psychisme de l'enfant que dans un second temps. Ce n'est que dans un apr&#232;s-coup, une fois le complexe d'&#338;dipe refoul&#233; et le Surmoi instaur&#233;, que l'horreur du d&#233;sir primitif se fait entendre : et cet apr&#232;s-coup ne manque jamais d'avoir lieu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; LA DISPARITION DU COMPLEXE D'&#338;DIPE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#226;ge tendre de cinq ou six ans, le complexe d'&#338;dipe est vou&#233; &#224; la disparition, ou plus exactement, au refoulement dans l'inconscient. Les motifs de cette disparition peuvent certes &#234;tre envisag&#233;s d'une mani&#232;re ontog&#233;n&#233;tique : le complexe d'&#338;dipe serait vou&#233; &#224; s'&#233;teindre du fait m&#234;me du d&#233;veloppement progressif du petit homme, de son cerveau ou plus g&#233;n&#233;ralement de son aspect corporel, d&#233;veloppement qui irait de l'enfance &#224; l'&#226;ge adulte, en passant par la pubert&#233; et l'adolescence. Cette conception seule ne permettrait cependant pas de comprendre l'existence d'une p&#233;riode cruciale qui s'intercale et vient ponctuer ce sch&#233;ma, p&#233;riode que Freud a mis en &#233;vidence d&#232;s ses premi&#232;res recherches sur la sexualit&#233; infantile : la p&#233;riode de latence. Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette p&#233;riode qui est mise en sc&#232;ne dans la rencontre majeure du film : celle de Simba avec Timon et Pumbaa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire, les motifs les plus probables de la disparition du complexe d'&#338;dipe sont d'ordre interne et ses causes sont endog&#232;nes. La dynamique interne des processus psychiques invite en effet l'enfant &#224; &#233;voluer et se d&#233;doubler en deux sens oppos&#233;s : d'une part, vers la recherche incessante et croissante d'une jouissance d'ordre &#233;minemment sexuelle et, d'autre part, du fait de l'&#233;ducation et d'un d&#233;veloppement purement physiologique, vers la reconnaissance grandissante d'un principe de r&#233;alit&#233;. Le jeune enfant se trouve bient&#244;t pris en tenaille. Au carrefour de sa cinqui&#232;me ann&#233;e, l'enfant va logiquement &#234;tre amen&#233; &#224; confronter son souhait le plus tenace &#224; la r&#233;alit&#233; la plus incontournable : l'enfant peut difficilement rivaliser avec le p&#232;re dans la dimension sexuelle de son d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par confrontation &#224; ce principe de r&#233;alit&#233;, la grande d&#233;ception de ne pouvoir r&#233;ellement rivaliser avec le p&#232;re et emporter la jouissance de la m&#232;re entra&#238;ne une telle frustration et une telle blessure narcissique que le complexe d'&#338;dipe vole litt&#233;ralement en &#233;clat pour &#234;tre refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient, d'o&#249; il agira d&#233;sormais d'une mani&#232;re sourde et souvent impr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette disparition subite du complexe d'&#338;dipe, &#224; la crois&#233;e de ces deux moment cruciaux que sont la mont&#233;e du d&#233;sir &#339;dipien et sa confrontation au principe de r&#233;alit&#233;, que Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; met particuli&#232;rement bien en sc&#232;ne au premier tournant du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'organisation phallique et le complexe d'&#338;dipe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons bien au pr&#233;alable que la disparition subite du complexe d'&#338;dipe r&#233;pond point par point &#224; la mont&#233;e en puissance d'un stade de la sexualit&#233; infantile pr&#233;curseur de la g&#233;nitalit&#233; : le stade phallique. La disparition du premier est d'autant plus subite que la mont&#233;e en puissance du second est intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la quatri&#232;me ou cinqui&#232;me ann&#233;e de l'enfance, le d&#233;veloppement d'une sexualit&#233; pr&#233;coce passe par un stade d'organisation que l'on peut d&#233;j&#224; qualifier de g&#233;nital : c'est le stade phallique de l'organisation sexuelle. Ce stade est caract&#233;ris&#233; par une phase durant laquelle l'organe g&#233;nital masculin, le p&#233;nis, joue le r&#244;le majeur et guide la sexualit&#233; et les recherches sexuelles infantiles &#8212; tout en ne pouvant cependant pas assumer une sexualit&#233; adulte pleinement satisfaisante. C'est au cours de cette phase que le complexe d'&#338;dipe va culminer et atteindre sa tension maximale jusqu'&#224; &#234;tre pr&#233;cipit&#233; dans sa brusque disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, le p&#233;nis joue ind&#233;niablement un r&#244;le dans la sexualit&#233; en tant qu'organe d&#233;j&#224; sensitif. Une masturbation infantile ou une manipulation ostensible est facilement observable. Elle est du reste effectivement observ&#233;e par de nombreux parents et &#233;ducateurs qui, pour preuve de cette observation, n'h&#233;sitent pas &#224; menacer d'une mani&#232;re ou du autre le petit gar&#231;on : de la perte de cette partie intime, par exemple, ou de la main qui s'y exerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le petit gar&#231;on, l'anticipation de perdre cette partie du corps qu'il avait jusque-l&#224; investit de mani&#232;re narcissique se r&#233;sout en une angoisse telle, qu'il est l&#233;gitime de la qualifier d'angoisse de castration. Elle constitue ind&#233;niablement l'un des plus puissants motifs d'abandon de la rivalit&#233; &#339;dipienne et des investissements libidinaux des objets parentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;En avant la zizique !&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est manifestement dans cette phase d'organisation phallique que Simba est emp&#234;tr&#233; &#224; l'entr&#233;e de la sc&#232;ne dite du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants. Si la mont&#233;e en puissance de la phase phallique de l'organisation sexuelle passe relativement inaper&#231;u dans le dessin anim&#233;, c'est en grande partie &#224; cause de la tournure de &#171; com&#233;die musicale &#187; qu'adoptent de mani&#232;re tr&#232;s habile les sc&#233;naristes aux moments-cl&#233;s de ce sc&#233;nario &#339;dipien. Le r&#244;le crucial et incontournable de l'organe g&#233;nital masculin se donne pourtant &#224; voir &#224; qui veut bien l'entendre ; les sc&#232;nes se suivent et ne trompent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement Simba d&#233;clame vouloir d&#233;j&#224; &#234;tre roi, mais c'est d'abord Zazu, le majordome du p&#232;re, qui est qualifi&#233; de &#171; bec de banane &#187; au moment o&#249; il semble s'opposer &#224; la grande jubilation de Simba. Si la banane est le fruit phallique par excellence, la volont&#233; est ici manifeste de minimiser la puissance de l'organe du p&#232;re au travers de son majordome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la musique adoucit les m&#339;urs, elle sert surtout ici &#224; mettre en sc&#232;ne l'ambition phallique de Simba. Le ton est donn&#233; au tout d&#233;but de la chanson, lorsque Zazu r&#233;torque &#224; Simba :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;C'est la premi&#232;re fois qu'on voit un Roi avec si peu de poils !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'intervient le superbe tableau sc&#233;nique, au moment o&#249; Simba passe la t&#234;te dans un feuillage rouge flamboyant qui lui fait une crini&#232;re de lion adulte digne de celle de son p&#232;re. &#171; Si votre ramage se rapporte &#224; votre plumage, vous &#234;tes le Ph&#233;nix des h&#244;tes de ces bois &#187; faisait dire Monsieur de La Fontaine &#224; son flatteur renard dans le but d'exacerber le narcissisme du corbeau : il lui ravi ce faisant son fromage &#224; son nez et &#224; sa barbe. La crini&#232;re intervient bien entendu ici comme substitut des poils pubiens, atours de l'attribut viril. Par double d&#233;placement m&#233;tonymique, de ce qui est en bas &#224; ce qui est en haut et de la partie pour le tout, Simba tente clairement de s'affirmer comme possesseur d'un organe m&#226;le comparable &#224; celui de son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lionceau va cependant &#234;tre s&#233;v&#232;rement rabrou&#233; &#224; trois reprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord par Nala, qui le bat par deux fois &#224; la lutte. Au &#171; Gagn&#233; ! &#187; et &#171; Regagn&#233; ! &#187; de Nala, Simba r&#233;torque un : &#171; &#199;a suffit laisse-moi ! &#187; d'un ton boudeur. Moins fort qu'une femme est &#233;quivalent, dans l'inconscient, &#224; &#234;tre f&#233;minis&#233; et donc &#224; &#234;tre castr&#233; ; en tout cas, &#224; &#234;tre identifi&#233; comme non-possesseur du p&#233;nis tant convoit&#233; : la pilule est am&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, au moment de rugir dans le but d&#233;sesp&#233;r&#233; de faire fuir les hy&#232;nes, force est de constater pour Simba que son ramage &#224; lui n'est pas &#224; la hauteur. Les hy&#232;nes s'en moquent d'ailleurs en comparant le lionceau &#224; un chat et son rugissement avort&#233; &#224; un miaulement. Le lionceau est l&#224; encore s&#233;rieusement &#233;prouv&#233; dans son narcissisme et le principe de r&#233;alit&#233; commence &#224; se faire de plus en plus pressant. Pire, tentant &#224; nouveau sa chance, Simba croit enfin parvenir &#224; rugir comme un grand, lorsqu'il constate malheureusement &#8212; mais heureusement pour sa vie &#8212;, que le rugissement viril entendu n'est pas le sien, mais bien celui du roi, arriv&#233; &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; &#224; la rescousse. Le p&#232;re reste le possesseur de &#171; la grosse voix &#187;, celui qui soumet les hy&#232;nes &#224; sa puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous le d&#233;sir chant&#233; juste avant la sc&#232;ne du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Je vais faire dans la cour des grands une entr&#233;e triomphale,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;En poussant tr&#232;s royalement un rugissement bestial !&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La comparaison de ce rugissement imaginaire avec le principe de r&#233;alit&#233; est d&#233;sormais d'autant plus cruelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup fatal sera port&#233; par la comparaison avec l'empreinte de la patte du roi laiss&#233; sur le sol meule de la savane africaine. La patte de Simba est bien trop petite pour soutenir la comparaison, elle s'enfonce dans celle d&#233;j&#224; creus&#233;e de son p&#232;re. Le pied est, bien entendu ici, le symbole phallique par excellence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple sur ce sujet Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation au principe de r&#233;alit&#233; est impitoyable : Simba ne soutient pas la comparaison avec la virilit&#233; de son p&#232;re. Le complexe d'&#338;dipe semble d&#233;j&#224; s'engouffrer dans une impasse, lorsqu'un autre motif inconscient, encore plus radicale, vient forcer son destin et sa dissolution radicale : la constatation de l'absence de p&#233;nis chez la m&#232;re et l'am&#232;re constat de la diff&#233;rence des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants et la castration maternelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; est difficile &#224; s'imposer &#224; l'enfant, mue, co&#251;te que co&#251;te, par le d&#233;sir &#339;dipien. L'enfant s'ent&#234;te souvent et pr&#233;sente cette f&#226;cheuse tendance &#224; nier l'&#233;vidence jusqu'&#224; ce qu'une observation radicale, agissant la plupart du temps apr&#232;s-coup, finisse par avoir raison de son &#171; incroyance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), La Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette observation d&#233;cisive, c'est celle de l'organe g&#233;nital f&#233;minin : un jour ou l'autre, celui-ci ne manque pas d'appara&#238;tre dans toute sa nudit&#233; &#224; l'enfant de quatre ou cinq ans. Les occasions de cette contemplation sont nombreuses : lors de jeux avec des enfants filles de son &#226;ge, ou d'observation de la m&#232;re ou de femmes plus &#226;g&#233;es, au d&#233;tour d'une salle de bains, &#224; la plage ou ailleurs. C'est &#224; cette occasion que l'absence de p&#233;nis peut enfin &#234;tre repr&#233;sent&#233;e et la menace de castration faire effet dans l'intensit&#233; de son apr&#232;s-coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on peut reconna&#238;tre ce motif dans la sc&#232;ne du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants. &#192; peine parvenus dans ce lieu interdit, Simba et Nala tombent nez &#224; nez devant un cr&#226;ne d'&#233;l&#233;phant. Celui-ci a conserv&#233; ses deux d&#233;fenses et, lorsqu'ils devront s'enfuir &#224; la h&#226;te, les deux comp&#232;res vont finir par glisser comme sur un toboggan. La question de Nala est d'embl&#233;e tr&#232;s claire : &#171; Je me demande si sa cervelle est encore dans la carcasse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le cr&#226;ne (ou bo&#238;te cr&#226;nienne) est ici le symbole du contenant maternel, les deux d&#233;fenses pouvant ais&#233;ment repr&#233;senter symboliquement les trompes de Fallope. Nous avons-l&#224; l'ensemble de l'appareil g&#233;nital maternel, le sexe f&#233;minin &#224; proprement parler, tandis que la cervelle, ou cervelet, est le repr&#233;sentant symbolique du contenu, c'est-&#224;-dire de l'organe m&#226;le. &#192; l'instar du pied repr&#233;sentant symboliquement le membre viril et la chaussure l'ut&#233;rus, le contenant repr&#233;sente toujours, dans l'inconscient, l'organe f&#233;minin et le contenu, l'organe masculin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de Nala prend d&#233;sormais tout son sens du point de vue de l'inconscient et peut se traduire simplement : la m&#232;re est-elle castr&#233;e ? &#171; Il n'y a pas trente-six moyens de le savoir &#187; r&#233;pond Simba : &#171; Suis-moi on va v&#233;rifier &#187;. Cette v&#233;rification de la castration de la m&#232;re est tellement terrifiante, qu'elle peut &#234;tre ni&#233;e ou tourn&#233;e en d&#233;rision. &#171; Bec de banane est terrifi&#233; &#187; se moque Simba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs &#224; ce moment que les trois hy&#232;nes, Shenzi, Banza&#239; et Ed, sortent du cr&#226;ne comme un diable sort de sa bo&#238;te ou comme les reptiles sortent de la t&#234;te de m&#233;duse. Les trois hy&#232;nes rappellent ici le creux de l'appareil g&#233;nital f&#233;minin et l'effroi d'y d&#233;couvrir l'absence de p&#233;nis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient qu'&#224; partir de l'analyse des r&#234;ves et de leurs libres associations, Ferenczi a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; interpr&#233;ter la t&#234;te de M&#233;duse comme le symbole effrayant de la r&#233;gion g&#233;nitale f&#233;minine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sandor Ferenczi, &#171; Symbolisme de la t&#234;te de m&#233;duse &#187;, Psychanalyse III, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon le principe de la repr&#233;sentation par le contraire, les nombreux serpents qui s'enroulent autour de la t&#234;te peuvent ais&#233;ment sugg&#233;rer l'absence du p&#233;nis et r&#233;p&#233;ter la terrible impression que produisent sur l'enfant les organes g&#233;nitaux qui en sont d&#233;pourvus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des hy&#232;nes, ce symbolisme de la castration et de son horreur est renforc&#233; par les particularit&#233;s anatomiques et organisationnelles des hy&#233;nid&#233;s, dont on sait que les femelles poss&#232;dent un clitoris extr&#234;mement d&#233;velopp&#233; ressemblant &#224; un v&#233;ritable p&#233;nis et que leurs meutes adoptent une organisation de type matriarcal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le complexe de castration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre le fil du processus de dissolution du complexe d'&#338;dipe, le d&#233;roulement du sc&#233;nario du dessin anim&#233; confirme que ce sont bien les effets combin&#233;s de l'&#233;preuve de r&#233;alit&#233; (comparaison de sa propre anatomie par rapport &#224; celle de son p&#232;re) et de la menace de castration &#224; la suite de la masturbation infantile (menace renforc&#233;e par l'observation de l'absence de p&#233;nis chez la femme ou la fillette), qui vont r&#233;ussir &#224; faire monter l'angoisse de castration, pour finir par emporter avec elle les d&#233;sirs &#339;dipiens de l'enfant et les refouler dans les tr&#233;fonds de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si les d&#233;sirs &#339;dipiens doivent finalement co&#251;ter la perte du p&#233;nis, le raisonnement est simple et il n'y a g&#233;n&#233;ralement pas &#224; tergiverser : le petit gar&#231;on pr&#233;f&#232;rera toujours &#171; mettre le petit au bout &#187; comme on dit au Tarot, c'est-&#224;-dire sacrifier ses d&#233;sirs &#339;dipiens pour sauver cette partie du corps qu'il a fortement investit narcissiquement : le p&#233;nis. C'est ainsi que, logiquement et inconsciemment, &#171; le moi de l'enfant se d&#233;tourne du complexe d'&#338;dipe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), La Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; aux alentours de la cinqui&#232;me ou sixi&#232;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;preuve laisse n&#233;anmoins derri&#232;re-elle une trace, comme une cicatrice ind&#233;l&#233;bile. C'est cette cicatrice que porte et symbolise, Scar, l'oncle de Simba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cicatrice de Scar&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scar, rappelons-le clairement, veut litt&#233;ralement dire &#171; cicatrice &#187; en anglais. Cette cicatrice, qui menace ostensiblement l'&#339;il de l'oncle de Simba, rappelle tout d'abord le tragique destin d'&#338;dipe aux yeux crev&#233;s, aveugl&#233; par la contemplation, apr&#232;s-coup, de ses d&#233;sirs &#339;dipiens. En incarnant nominativement cette cicatrice, Scar personnifie la menace de castration et repr&#233;sente, dans l'imaginaire de son neveu &#8212; et &#224; n'en pas douter dans celui du jeune spectateur &#8212;, le terrible ogre des contes d'enfants, le terrifiant p&#232;re castrateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son imaginaire, le petit gar&#231;on craint en effet qu'un p&#232;re ne lui coupe l'organe tout puissant qui s'&#233;rige en grand ordonnateur du stade auquel il est parvenu dans le d&#233;veloppement de sa sexualit&#233;. La cicatrice dont il est question ici est la cicatrice laiss&#233;e par cette crainte inconsciente terrible. Inconsciente, car si Scar est cr&#233;dible comme repr&#233;sentant de cette menace, ce n'est pas tant en lui-m&#234;me, par le r&#233;el danger qu'il repr&#233;sente pour son neveu ; car de ce point de vue, force est de constater, bien au contraire, que Scar se montre toujours assez bienveillant avec son neveu. C'est surtout en tant que porteur de cette cicatrice dont il h&#233;rite de sa propre histoire infantile, en tant qu'enfant bless&#233; par de cette cicatrice narcissique, qu'il v&#233;hicule encore et toujours, que Scar rappelle la menace de castration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette cicatrice pr&#233;cipite les r&#233;sidus &#339;dipiens, cristallis&#233;s en sentiments d'inf&#233;riorit&#233; et fantasmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; On bat un enfant &#187;, traduit de l'allemand par Henri (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont est finalement prisonnier l'oncle malheureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but du film, Scar met en &#233;vidence ce sentiment d'inf&#233;riorit&#233; dont il est prisonnier. C'est la premi&#232;re sc&#232;ne apr&#232;s le g&#233;n&#233;rique, lorsque Scar s'adresse &#224; la souris : &#171; La vie n'est pas juste &#187; d&#233;clare-t-il, comme pour exprimer cette tristesse et cette injustice enfouie profond&#233;ment en lui. D'ailleurs Zazu n'&#233;voque-t-il pas sa m&#232;re ? &#171; Ta m&#232;re ne t'a jamais dit de ne pas jouer avec la nourriture ? &#187; Zazu lui rappelle-l&#224; ses tous premiers rapports avec sa m&#232;re et son impossibilit&#233; de se s&#233;parer de la nourriture premi&#232;re, de se s&#233;parer de la m&#232;re-nourrici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scar n'a probablement pas &#233;t&#233; totalement sevr&#233; et un attachement persiste comme une demande adress&#233;e &#224; l'Autre maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rivalit&#233; infantile avec son fr&#232;re se fait sentir d&#232;s la s&#233;quence suivante lorsque Mufasa entre en sc&#232;ne. &#171; Sur le plan de la force physique, j'ai bien peur que la g&#233;n&#233;tique n'ai pas jou&#233; en ma faveur &#187; avoue-t-il. Scar se sent inf&#233;rieur et probablement que Mufasa a &#233;t&#233; un fr&#232;re qui lui a &#233;t&#233; pr&#233;f&#233;r&#233; par sa propre m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, ce sentiment d'inf&#233;riorit&#233; provient d'abord d'une culpabilit&#233; issue de sa plus tendre enfance, durant laquelle il a du jalouser son fr&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; On bat un enfant &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, se faisant &#233;carter d'une m&#232;re qui lui a pr&#233;f&#233;r&#233; Mufasa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cicatrice de Scar repr&#233;sente cette blessure narcissique h&#233;rit&#233;e de son propre complexe d'&#338;dipe mal solutionn&#233;, qui persiste encore aujourd'hui sournoisement dans son inconscient malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fond, il n'est pas mauvais bougre, mais il ne sait que faire de ce sentiment de culpabilit&#233; dont il est porteur et qui le fait souffrir. Ne sachant se d&#233;barrasser de cette cicatrice, il tente de s'en d&#233;barrasser sur Simba en lui promettant le destin d'&#233;loignement que lui-m&#234;me a subi. Il r&#233;p&#232;te son propre trauma alors que selon toute probabilit&#233;, il aime son neveu. Son attitude est ambivalente et le jeune spectateur ne manque pas de le percevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste avant le drame, lorsque Scar attire son neveu dans les gorges, l'ambivalence de l'oncle atteint son point culminant. Scar semble tellement comprendre Simba, qu'il s'en moque comme pour se d&#233;tourner de quelque chose qui le touche de trop pr&#232;s. Il pique l&#224; o&#249; il est lui m&#234;me piqu&#233;, c'est-&#224;-dire dans son narcissisme, en lui rappelant l'&#233;pisode des hy&#232;nes et la petitesse de son rugissement. Simba s'y r&#233;essaye sur un petit l&#233;zard, juste avant l'accident fatal. Le rugissement se superpose d'ailleurs avec le bruit du troupeau qui s'engouffre dans les gorges, sous-entendant que c'est le d&#233;sir de rugissement de Simba, qui cause la perte de son p&#232;re, le pi&#232;ge se refermant ainsi sur l'ambition &#339;dipienne du fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Scar arrive, Simba ne peut plus faire face &#224; son d&#233;sir inconscient. Celui-ci questionne : &#171; Simba, qu'est-ce que tu as fait ? &#187; &#171; C'est un accident, je ne voulais pas ce qui est arriv&#233; &#187; r&#233;pond Simba. Scar insiste sur la difficult&#233; du refoulement : &#171; bien s&#251;r que tu ne le voulais pas. Personne ne peut vouloir des choses aussi horribles &#187;. Scar condense en lui le refoulement et le d&#233;sir refoul&#233;. Tout est redoubl&#233; comme pour mettre en &#233;vidence l'ambivalence du d&#233;sir premier. &#171; Qu'est-ce que ta m&#232;re dira ? Sauve-toi Simba, pars, pars tr&#232;s loin et ne reviens jamais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scar repr&#233;sente le p&#232;re imaginaire qui prive l'enfant de la m&#232;re (de sa jouissance, voire de l'organe de sa jouissance), et chasse le fils loin de la Terre-m&#232;re. Avec ce d&#233;part pr&#233;cipit&#233;, le triangle &#339;dipien form&#233; par l'enfant, le p&#232;re et la m&#232;re vole en &#233;clat au quatre coins de la savane et le complexe d'&#338;dipe est refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient tout comme Simba est projet&#233; de la lumi&#232;re des hauts-plateaux &#224; l'ab&#238;me du d&#233;sert, dans le clair-obscur de la tomb&#233;e du jour et du soleil couchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introjection et formation du Surmoi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image de la formation du Surmoi est d'ailleurs magnifiquement mise en sc&#232;ne par les sc&#233;naristes de Disney, juste apr&#232;s l'&#233;pisode du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants, o&#249; Simba outrepasse l'interdit paternel. Apr&#232;s que le p&#232;re ait donn&#233; une bonne le&#231;on &#224; son fils, &#224; nouveau copains, Mufasa lui montre le ciel, l&#224; o&#249; tous les rois (p&#232;res) des si&#232;cles pass&#233;s les contemplent du haut des &#233;toiles : &#171; Regarde le ciel, dit Mufasa, les rois des si&#232;cles pass&#233;s nous contemplent du haut des &#233;toiles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-l&#224; l'image de l'introjection de l'autorit&#233; du p&#232;re et des parents dans l'univers psychique du fils. L'image de l'introjection est particuli&#232;rement bien rendue, car l'introjection est, &#224; proprement parler, une extension du moi. Le ciel et les &#233;toiles qui le composent sont ici l'image de l'univers psychique de l'enfant qui s'agrandit et introjecte autant de nouvelles &#233;toiles qu'il est n&#233;cessaire &#224; la constitution de son moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition de Mufasa au ciel, comme une nouvelle &#233;toile, est la m&#233;taphore de l'identification et de la formation du Surmoi. Ou, pour pousser plus loin la m&#233;taphore, la constellation des &#233;toiles repr&#233;sente l'image du complexe d'&#338;dipe d&#233;sormais pass&#233;e dans l'univers psychique de l'inconscient et, en quelque sorte, sublim&#233;e par cette ascension et cette mont&#233;e au ciel. C'est-l&#224; une image magnifique de la disparition du complexe d'&#338;dipe volant en &#233;clat dans le ciel &#233;toil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;-haut, l'autorit&#233; du p&#232;re introject&#233;e dans l'univers psychique forme la partie de la constellation du Surmoi auquel l'enfant empruntera la rigueur et le jugement moral. Une double crainte contradictoire s'adoucit au m&#234;me moment, par la solution de cette identification au p&#232;re : celle de sa punition et celle de perdre son amour. Les deux seront anticip&#233;es et l'enfant n'aura pas, par l&#224;-m&#234;me, le d&#233;plaisir de la confrontation au dur principe de r&#233;alit&#233;. La m&#232;re, d&#233;sexualis&#233;e, deviendra la bonne &#233;toile, le p&#232;re, d&#233;-diabolis&#233;, l'&#233;toile du berger. La premi&#232;re oriente, le second guide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit Mufasa : &#171; Chaque fois que tu te sentiras seul, n'oublie pas que tous ces rois seront l&#224; pour te guider et que je serai parmi eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La castration symbolique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce Surmoi n'est pas pers&#233;cuteur, c'est que Mufasa affirme en m&#234;me temps son rapport &#224; la loi et &#224; son propre p&#232;re. Apr&#232;s l'&#233;pisode du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants, le p&#232;re admet lui aussi la castration et la symbolise en avouant qu'aujourd'hui il a eu peur pour son fils. &#171; M&#234;me les rois ont peur ? &#187; s'&#233;tonne Simba, d&#233;couvrant que nul n'&#233;chappe &#224; la loi du d&#233;sir et &#224; la castration symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simba fait ici la diff&#233;rence entre la castration et la mort, au profit de la vie. Alors que la n&#233;gation de la castration l'aurait conduit &#224; tenir t&#234;te aux hy&#232;nes et indubitablement &#224; la mort, l'acceptation de son immaturit&#233; &#233;quivaut &#224; l'acceptation symbolique de la castration, au profit de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous touchons-l&#224; &#224; la limite entre le normal et le pathologique. Si le complexe d'&#338;dipe &#233;tait v&#233;ritablement dissous, le Surmoi serait effectivement cette constellation id&#233;ale que l'on retrouve dans le ciel pur et &#233;toil&#233; du dessin anim&#233; de Walt Disney. Mais si le complexe n'est qu'&#224; peine refoul&#233;, alors il subsiste, dynamique comme une super nova, au-del&#224; de la galaxie, dans l'univers interstellaire de l'inconscient (le &#199;a), et le Surmoi devra plus tard d&#233;ployer tous les efforts n&#233;cessaires pour le cantonner au territoire qu'il lui avait pr&#233;c&#233;demment assign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, si comme le souligne Freud, &#171; le proc&#232;s dans son ensemble a, d'un c&#244;t&#233;, sauv&#233; l'organe g&#233;nital &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), La Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le revers de la m&#233;daille c'est que son fonctionnement s'en trouve d&#233;sormais suspendu jusqu'&#224; nouvel ordre. L'enfant se voit contraint d'interrompre le d&#233;veloppement sexuel qui jusque-l&#224; l'animait et rentre dans une longue p&#233;riode d'abstinence propice &#224; la camaraderie et &#224; la sublimation : la p&#233;riode de latence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. &#8212; LA SORTIE DE L'EDEN :&lt;br /&gt;
DE LA P&#201;RIODE DE LATENCE AU MONDE ADULTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le complexe d'&#338;dipe disparu dans les tr&#233;fonds de l'inconscient, le Surmoi d&#233;sormais form&#233;, s'ouvre alors ce que Freud appelle la p&#233;riode de latence. C'est la p&#233;riode de la vie de l'enfant qui va d'&#224; peu pr&#232;s cinq ou six ans et qui s'&#233;tend jusqu'&#224; celle que l'on nommerait aujourd'hui la pr&#233;adolescence. Elle est qualifi&#233;e de latence, au sens de latence de la sexualit&#233; infantile, dont les pulsions sexuelles viennent juste d'&#234;tre refoul&#233;es. Elles sont d&#233;sormais comme en sommeil et le Surmoi n'a pas besoin de forcer son talent et d'exercer son pouvoir de fa&#231;on tyrannique : la p&#233;riode est relativement paisible et favorable aux jeux de soci&#233;t&#233;, &#224; l'id&#233;alisation et &#224; la sublimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sortie de l'Eden et le motif des animaux secourables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette p&#233;riode qui est d&#233;crite par la rencontre avec Timon et Pumbaa, au-del&#224; de la Terre des lions. Le suricate Timon et le phacoch&#232;re Pumbaa repr&#233;sentent ici ce que l'on a coutume d'appeler dans les contes d'enfants, des animaux secourables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, classiquement, depuis la mythologie grecque et romaine, la louve recueillant &lt;i&gt;Remus et Romulus&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Chat bott&#233;&lt;/i&gt; des Contes de Perrault, les li&#232;vres, renards, loups, ours et lions dans celui des &lt;i&gt;Deux fr&#232;res&lt;/i&gt; des Contes de Grimm, le chimpanz&#233; Cheeta dans la version adapt&#233;e &#224; l'&#233;cran de &lt;i&gt;Tarzan&lt;/i&gt;, Raksha, la louve grise, m&#232;re adoptive de Mowgli, ou Baloo, l'ours bon-enfant du &lt;i&gt;Livre de la jungle&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'animal repr&#233;sente l'imago parentale secourable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce sujet Otto Rank et Hans Sachs, Psychanalyse et Sciences humaines, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parfois celle de la m&#232;re mais plus souvent celle du p&#232;re. C'est le bon-p&#232;re ou la bonne-m&#232;re, une fois la mauvaise m&#232;re ou le mauvais p&#232;re (Scar) refoul&#233; dans l'inconscient. Ainsi, &#224; la p&#233;riode de latence, le mauvais p&#232;re, Scar, repr&#233;sentant de la menace de castration, est-il refoul&#233; et laisse-t-il la place &#224; l'imago d'un bon p&#232;re sous la forme de l'animal secourable, par exemple Timon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pumbaa et les mots obsc&#232;nes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la m&#234;me &#233;poque, les pulsions sexuelles, nous l'avons dit, sont elles aussi refoul&#233;es. Cela ne veut pas dire pour autant que tout mode de satisfaction est banni. Au moment o&#249; les enfants r&#233;duisent consid&#233;rablement leurs pulsions perverses polymorphes afin d'entamer leur p&#233;riode de latence, un mode de satisfaction plus &#171; civilis&#233; &#187; se fait jour : c'est celui o&#249; l'enfant &#233;prouve un plaisir non dissimul&#233; &#224; entendre des mots obsc&#232;nes et, de mani&#232;re concomitante, l'envie irr&#233;pressible de les prononcer &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les parents sont relativement &#233;pargn&#233;s, les oncles et tantes et, plus g&#233;n&#233;ralement, toute la famille &#233;largie et les &#233;ducateurs deviennent les v&#233;ritables confidents des enfants qui testent les derniers mots appris &#224; la r&#233;cr&#233;ation dans la cour de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Ferenczi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sandor Ferenczi, &#171; Mots obsc&#232;nes. Contribution &#224; la p&#233;riode de latence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce besoin irr&#233;pressible de prononcer et de dessiner des obsc&#233;nit&#233;s doit se comprendre comme un &#171; stade pr&#233;liminaire &#187; &#224; l'inhibition d&#233;finitive des pulsions sexuelles infantiles, notamment les pulsions exhibitionnistes et voyeuristes. Cela constitue une premi&#232;re tentative d'apprivoiser ses pulsions sexuelles par le langage. Cette tentative est caract&#233;ristique de l'entr&#233;e dans la phase de latence proprement dite o&#249; sont &#233;labor&#233;es les forces psychiques qui vont venir s'opposer &#224; la sexualit&#233; infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie psychanalytique fait particuli&#232;rement allusion ici au d&#233;go&#251;t, &#224; la pudeur, &#224; la morale et aux aspirations &#224; l'esth&#233;tisme qui sont alors en voie de constitution. Les forces pulsionnelles sexuelles sont d&#233;tourn&#233;es de leurs buts sexuels par le Surmoi et les formations r&#233;actionnelles (d&#233;go&#251;t, pudeur, morale) ou la sublimation engagent le petit d'homme sur la voie d'aspirations esth&#233;tiques et id&#233;alistes : c'est &#224; ce moment que l'enfant recommence &#224; se passionner pour les jeux de soci&#233;t&#233;, la musique, la lecture, l'&#233;criture, la peinture et autres activit&#233;s artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme si la pulsion d&#233;sormais refoul&#233;e par le travail efficace du Surmoi, l'affect qui lui &#233;tait li&#233; se d&#233;place et s'associe d&#233;sormais au mat&#233;riel verbal et au vocabulaire sexuel. La prononciation de mots obsc&#232;nes est d&#233;sormais, &#224; elle seule, d&#233;charge de plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comportement, le franc-parler et plus pr&#233;cis&#233;ment le vocabulaire de Pumbaa illustre &#224; merveille ce stade d'entr&#233;e dans la p&#233;riode de latence : la gouaille de Pumbaa, ses mauvaises blagues et ses sous-entendus &#233;vocateurs. Pumbaa le &#171; crado &#187; comme l'appelle Timon dans la c&#233;l&#232;bre chanson Hakuna matata. C'est l&#224; que Pumbaa est d&#233;crit dans toute sa splendeur sadique-anale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Un jour, quelle horreur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il comprit que son odeur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au lieu de sentir la fleur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Soulevait les c&#339;urs.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais il y a dans tout cochon&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un po&#232;te qui sommeille.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quel martyr&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quand personne&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Peut plus vous sentir !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Disgr&#226;ce inf&#226;me&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Parfum d'inf&#226;me&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Inonde mon &#226;me&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Oh ! &#199;a pue le drame&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je d&#233;clenche une temp&#234;te&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Piti&#233;, arr&#234;te !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Chaque fois que je...&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non Pumbaa, pas devant les enfants ! &#187; arr&#234;te Timon. Certes on ne prononce pas de mots obsc&#232;nes devant les enfants, mais les mots obsc&#232;nes sont ici d&#233;sexualis&#233;s et renvoy&#233;s &#224; un stade d'organisation pr&#233;g&#233;nitale, en l'occurrence le stade anal, stade anal ici revisit&#233; puisqu'il y a jeu avec le plaisir de la transgression et l'au-del&#224; de la pudeur et du d&#233;go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Hakuna matata&lt;/i&gt;, qui veut dire, litt&#233;ralement, &#171; aucun souci &#187;, traduit l'oubli caract&#233;ristique de la p&#233;riode de latence. L'expression exprime un Surmoi qui n'a pas besoin d'&#234;tre tyrannique. &lt;i&gt;Hakuna matata&lt;/i&gt;, c'est l'anc&#234;tre du moderne &#171; &lt;i&gt;no soucy&lt;/i&gt; &#187;. On y entend tout &#224; la fois une reconnaissance de ces formations r&#233;actionnelles que sont la pudeur et le d&#233;go&#251;t, mais on y entend aussi, de mani&#232;re tr&#232;s nette, la transgression et la sublimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu avec le d&#233;go&#251;t est tr&#232;s bien illustr&#233; par le festin de larves dont se goinfrent d'embl&#233;e les trois comp&#232;res : &#224; la pr&#233;sentation par Timon d'une &#171; larve bien grasse &#187;, Pumbaa a le bon go&#251;t de pr&#233;ciser que tout cela est &#171; un peu gluant mais app&#233;tissant &#187;. &#171; Quelle horreur ! &#187; s'exclame aussit&#244;t Simba qui finira par surmonter ce d&#233;go&#251;t et se gaver comme ses h&#244;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la sublimation, elle se fait d&#233;j&#224; entendre dans la mani&#232;re d'exprimer la pulsion, puisqu'il s'agit, avec le couplet de Pumbaa, d'une tournure po&#233;tique : &#171; Il y a dans tout cochon un po&#232;te qui sommeille. &#187; Plus g&#233;n&#233;ralement, la po&#233;sie, la chanson, mais aussi l'&#233;criture argotique et les jeux de mots constituent autant de mode de sublimations des pulsions qui visent &#224; exprimer le mat&#233;riel inconscient refoul&#233; sur la sc&#232;ne sociale : la censure ainsi contourn&#233;e, le mat&#233;riel refoul&#233; (les pulsions du &#199;a) se voit socialement reconnu et valoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pumbaa vient d'ailleurs des langues bantoues et signifie &#171; &#233;tourdi &#187; en swahili. L'&#233;tourdi, c'est celui qui dit des &#233;tourderies, des choses plus grosses que lui. C'est ici, &#224; l'&#233;vidence, du &#199;a dont il est question. Le langage ordurier enfantin est toujours un langage argotique et le mot obsc&#232;ne en lui-m&#234;me est toujours un mot d'esprit. Tels les mots d'esprits et autres blagues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce sujet Sigmund Freud, Le mot d'esprit et ses rapports avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la prononciation des mots obsc&#232;nes procure d'autant plus de plaisir qu'elle permet d'att&#233;nuer la tension de la censure et rendre ainsi libre l'&#233;nergie psychique jusque-l&#224; utilis&#233;e &#224; refouler les motions et id&#233;es en provenance directe du &#199;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, cette p&#233;riode de d&#233;couverte et d'apprivoisement des pulsions vitales &#8212; pendant laquelle le Surmoi n'est pas encore tyrannique &#8212;, prend fin avec la p&#233;riode de la pr&#233;adolescence. C'est ce moment o&#249; l'on voit soudain la crini&#232;re de Simbaa prendre forme et s'&#233;toffer sans que celui-ci s'en rende compte. Cette crini&#232;re, tant convoit&#233;e par le lionceau lorsqu'il &#233;tait emp&#234;tr&#233; dans son complexe d'&#338;dipe, se d&#233;veloppe soudain &#224; son insu, et atteint bient&#244;t son plein &#233;panouissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la pubert&#233;, prend fin le paradis de la p&#233;riode de latence : la vie adulte pointe d&#233;j&#224; son nez avec ses gros tracas et ses petits soucis, parfois m&#234;me ses graves dilemmes et ses difficiles conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pubert&#233; et la rencontre avec Nala&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la pubert&#233;, les pulsions sexuelles sont r&#233;activ&#233;es et le tout nouvel adolescent se trouve &#224; nouveau confront&#233; au Surmoi. Ce moment est illustr&#233; par la rencontre avec Nala et l'amour qui s'y r&#233;v&#232;le. Un choix s'offre &#224; Simba : &#171; Je voudrai lui dire &lt;i&gt;Je t'aime&lt;/i&gt; mais comment lui avouer ? &#187; chante-t-il en silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il veut gagner son amour et suivre le &#199;a, il doit revenir sur la Terre des lions ; mais revenir sur la Terre des lions, c'est s'affronter &#224; nouveau au mat&#233;riel psychique qu'il a refoul&#233; et, surtout, &#224; l'instance qui l'a refoul&#233; : le Surmoi. Le conflit n&#233;vrotique entre le &#199;a et le Surmoi pointe son nez, et le Moi est &#233;cartel&#233;. C'est de la mani&#232;re dont le conflit va se d&#233;nouer que d&#233;pend l'avenir, n&#233;vrotique ou non, du jeune adolescent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire, Nala lui r&#233;v&#232;le que Scar a laiss&#233; les hy&#232;nes s'emparer du territoire. L&#224; o&#249; les lionnes, et Sarabi, sa propre m&#232;re en t&#234;te, organisaient la gestion et l'approvisionnement de la soci&#233;t&#233;, ce sont les hy&#232;nes qui d&#233;sormais sont les reines. La m&#232;re une fois en jeu, c'est l'&#338;dipe qui fait ici son grand retour et r&#233;appara&#238;t de mani&#232;re sournoise au travers de la rencontre avec le premier amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#232;re bafou&#233;e, sous la d&#233;pendance d'un oncle usurpateur, le doute, l'h&#233;sitation et la culpabilit&#233; qui assaillent le prince h&#233;ritier, le motif se reconna&#238;t ais&#233;ment : c'est celui de la c&#233;l&#232;bre pi&#232;ce de Shakespeare, &lt;i&gt;Hamlet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le motif hamletien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son premier grand ouvrage sur &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, Freud a su remarquer que la pi&#232;ce de Shakespeare s'enracinait sur le m&#234;me sol que celui de l'&lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt; de Sophocle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le rapprochement entre les motifs hamletiens et &#339;dipiens cf. &#233;galement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La diff&#233;rence, pour Freud, tient au progr&#232;s de la civilisation qui, en premier lieu, tient lui-m&#234;me, essentiellement, en un progr&#232;s du refoulement de la vie affective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce sujet Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, PUF, Paris, 1971.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui est r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour du destin du h&#233;ros &#338;dipe dans la pr&#233;histoire de la civilisation, est d&#233;sormais refoul&#233; dans les m&#233;andres des tergiversations du h&#233;ros moderne : Hamlet. Pour le d&#233;couvrir, il nous faut d&#233;sormais proc&#233;der &#224; la mani&#232;re de Freud, comme un fin limier de la cure analytique, traquant le retour du refoul&#233; au travers de toutes ses h&#233;sitations et formations de compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car toute la pi&#232;ce est construite autour de cette h&#233;sitation tragique dont personne ne comprend les v&#233;ritables motifs, tant l'&#233;vidence r&#233;clame d'accomplir la vengeance. Hamlet, le passionn&#233;, Hamlet le r&#233;solu, est soudain comme paralys&#233;, inhib&#233;, maladif et craintif devant la t&#226;che qu'il &#224; accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel Hamlet devant le spectre de son p&#232;re, Simba, r&#233;pugne lui aussi &#224; venger son p&#232;re, alors que celui-ci lui appara&#238;t au firmament et lui demande instamment de reprendre sa place dans le cycle de la vie. Alors que le spectre de Mufasa lui demande clairement de le venger et de d&#233;loger son oncle, Simba h&#233;site : &#171; Je sais ce que je dois faire, mais pour revenir, il me faut faire face &#224; mon pass&#233;, et je l'ai fuit depuis si longtemps&#8230; &#187; avoue-t-il aux jeunes spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le motif hamletien est d'autant plus rep&#233;rable qu'il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; par les sc&#233;naristes de Disney lorsque Scar, pr&#233;cipitant Mufasa dans sa chute mortelle, marmonne son &#171; Longue vie au roi ! &#187; faisant directement &#233;cho au &#171; Bonne nuit, doux prince &#187; d'Horatio, lorsqu'Hamlet meurt &#224; la fin de la pi&#232;ce, mortellement bless&#233; par la pointe de l'&#233;p&#233;e empoisonn&#233;e de La&#235;rte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre allusion directe &#224; la pi&#232;ce de Shakespeare est rep&#233;rable dans le dessin anim&#233; lorsque, Scar mont&#233; sur le tr&#244;ne, l'oncle usurpateur demande &#224; Zazu de chanter dans une cage improvis&#233;e dans le thorax d'un squelette de b&#234;te sauvage. Pendant ce temps, Scar tient en sa main droite un cr&#226;ne qui fait clairement r&#233;f&#233;rence &#224; celui de la c&#233;l&#232;bre sc&#232;ne o&#249; Hamlet joue avec le cr&#226;ne de Yorick (acte V, sc&#232;ne 1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud nous a depuis longtemps donn&#233; la cl&#233; de cette pathologique h&#233;sitation : si Hamlet tout comme Simba, h&#233;site, c'est parce qu'inconsciemment, il croise dans le regard de l'oncle qu'il doit assassiner, son propre d&#233;sir &#339;dipien refoul&#233;. S'il ne peut se r&#233;soudre &#224; tuer son oncle, c'est parce qu'il se reconna&#238;t en lui : le tuer, c'est se tuer puisque c'est tuer le plus profond d&#233;sir qui, dans l'inconscient, le constitue. Le neveu partage avec son oncle ce d&#233;sir fou d'avoir voulu tuer son p&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hamlet peut tout, sauf accomplir la vengeance sur l'homme qui a &#233;limin&#233; son p&#232;re et pris sa place aupr&#232;s de sa m&#232;re, cet homme qui lui montre la r&#233;alisation de ses souhaits d'enfance refoul&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, in &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus la vengeance se fait pressante, plus le d&#233;sir &#339;dipien refoul&#233; fait retour et plus la culpabilit&#233;, les auto-reproches et les scrupules qu'engendre ce d&#233;sir se font forts et paralysent cette vengeance. Hamlet est plong&#233; dans le cercle vicieux de l'inhibition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rencontre avec Rafiki et la psychanalyse r&#233;ussie de Simba&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simba r&#233;ussit &#224; rompre ce cercle vicieux gr&#226;ce &#224; Rafiki. En bon psychanalyste, celui-ci l'aide &#224; reconna&#238;tre en lui ce qu'il ignorait et refoulait jusque-l&#224; : son destin et son d&#233;sir &#339;dipien. C'est d'ailleurs son propre reflet que Simba aper&#231;oit dans l'eau, alors que Rafiki, perch&#233; sur son arbre, secoue les branchages et les feuillages en pronon&#231;ant sarcastiquement des onomatop&#233;es incompr&#233;hensibles. Le psychanalyste-Rafiki arrive &#224; brouiller la r&#233;flexion narcissique de Simba dans l'eau calme, en lan&#231;ant un caillou dans sa mare, pierre dont l'onde finit par brouiller le reflet imaginaire du h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Simba, &#233;nerv&#233; par cette pr&#233;sence troublante, demande &#224; Rafiki : &#171; qui es-tu ? &#187;, celui-ci lui r&#233;pond du tac au tac : &#171; dis-moi plut&#244;t qui tu es ? &#187; Le psychanalyste-Rafiki reprend &#224; son compte le fameux &lt;i&gt;Connais-toi toi-m&#234;me&lt;/i&gt;, le c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Gnothi seauton&lt;/i&gt; grec, le plus ancien des trois pr&#233;ceptes grav&#233;s sur le fronton du temple de Delphes, o&#249; &#338;dipe lui-m&#234;me &#233;tait venu consulter l'oracle. &#171; Je croyais le savoir, je n'en suis plus tr&#232;s s&#251;r &#187;, reconna&#238;t l'analysant Simba. En lui faisant rencontrer le p&#232;re qui vit en lui, Rafiki invite Simba &#224; reconna&#238;tre son d&#233;sir &#339;dipien. Le singe-psychanalyste n'h&#233;site d'ailleurs pas &#224; ass&#233;ner un coup de b&#226;ton &#224; Simba qui h&#233;siterait &#224; faire face &#224; son conflit. Il proc&#232;de ainsi comme le ma&#238;tre bouddhiste inspir&#233; de la technique zen, interrompant le silence par un coup de pied ou un coup de b&#226;ton. Le psychanalyste se contente d'un sarcasme qui invite l'analysant &#224; trouver les r&#233;ponses &#224; leurs propres questions et &#224; trancher d'eux-m&#234;mes leurs propres conflits. La psychanalyse-expresse du h&#233;ros est salvatrice et Simba repart affronter victorieusement son destin et reprendre sa place dans le cycle de la vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud souligne &#224; cet &#233;gard l'attrait irr&#233;sistible, le charme et la fascination qu'exercent sur nous les chats et f&#233;lins et plus g&#233;n&#233;ralement les grands animaux de proie (Cf. Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Psychanalyse, volume XII : 1913-1914&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marie-Louise von Franz, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des contes de f&#233;es&lt;/i&gt;, &#201;d. J. Renard, Coll. &#171; La Fontaine de Pierre &#187;, Paris, 1990, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple sur ce sujet : Salomon Reinach, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/Aetos-Prometheus.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Aetos Prometheus&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Cultes, Mythes et Religions&lt;/i&gt;, Tome III, &#201;d. Ernest Leroux, Paris, 1906, pp. 68-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En outre, comme le fait habilement remarquer Gabrielle Rubin, les animaux doivent &#171; une bonne partie de l'importance dont ils jouissent dans le mythe et la l&#233;gende &#224; la fa&#231;on ouverte dont ils montrent leurs organes g&#233;nitaux et leurs fonctions sexuelles au petit enfant humain d&#233;vor&#233; du d&#233;sir de savoir &#187;. Comme nous le verrons dans le troisi&#232;me et le quatri&#232;me chapitre de cet ouvrage, l'enfant se montre tr&#232;s t&#244;t extr&#234;mement curieux des questions sexuelles et se forge tr&#232;s t&#244;t ses propres th&#233;ories quant au co&#239;t et &#224; l'accouchement. Ainsi le petit Hans, apr&#232;s avoir vu un lion au zoo, s'&#233;crie-t-il joyeux et excit&#233; : &#171; J'ai vu le fait&#8209;pipi du lion ! &#187; &#171; Et le voil&#224; rassur&#233;, pr&#233;cise Gabrielle Rubin, il ne sait toujours pas si tout le monde poss&#232;de un p&#233;nis, mais le fait que le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; en ait un est d&#233;j&#224; satisfaisant pour son ego, car il est &#233;videmment plus valorisant de se comparer au roi des animaux qu'&#224; la vache de la ferme &#187; (Gabrielle Rubin, &lt;i&gt;&#201;loge de l'interdit. Interdit cr&#233;ateur et interdit castrateur&lt;/i&gt;, &#201;d. Eyrolles, Paris, 2011, p. 62).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, Lettre &#224; Wilhelm Fliess du 15 octobre 1897, &lt;i&gt;La Naissance de la Psychanalyse&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1956, p. 198&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 280-317.0&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; Les r&#234;ves de la mort de personnes ch&#232;res &#187;, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 280-317.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple sur ce sujet Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395 et suivantes ou l'article sur &#171; Le f&#233;tichisme &#187; (1927), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 133-138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 117-122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sandor Ferenczi, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/Symbolisme-de-la-tete-de-meduse-et.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Symbolisme de la t&#234;te de m&#233;duse&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse III, &#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Tome III : 1919-1926, Payot, Paris, 1974, p. 200.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 120.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, in &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome VI, n&#176; 3-4, &#201;d. Deno&#235;l et Steele, Paris 1933, pp. 287-288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, in &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome VI, n&#176; 3-4, &#201;d. Deno&#235;l et Steele, Paris 1933, p. 288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 117-122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sur ce sujet Otto Rank et Hans Sachs, &lt;i&gt;Psychanalyse et Sciences humaines&lt;/i&gt;, PUF, Collection &#171; Biblioth&#232;que de psychanalyse &#187;, Paris, 1980, note de bas de p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sandor Ferenczi, &#171; Mots obsc&#232;nes. Contribution &#224; la p&#233;riode de latence &#187;, (1910), in &lt;i&gt;Psychanalyse I, &#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; (1908-1912), Paris, Payot, 1968, pp. 132 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sur ce sujet Sigmund Freud, &lt;i&gt;Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le rapprochement entre les motifs hamletiens et &#339;dipiens cf. &#233;galement E. Jones, &lt;i&gt;&#338;dipe et Hamlet&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sur ce sujet Sigmund Freud, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 307.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, d&#233;cembre 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#338;dipe face &#224; l'&#233;nigme de la violence</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/OEdipe-face-a-l-enigme-de-la.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/OEdipe-face-a-l-enigme-de-la.html</guid>
		<dc:date>2008-07-10T07:03:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Corps trahis &#224; l'aune du moi id&#233;al, pays imaginaire o&#249; l'ombre du soleil vient s'&#233;chouer aux confins de l'imago maternelle. L'aspect r&#233;p&#233;titif et presque rituel de ce ratage monotone et m&#233;lancolique est appel&#233;, d&#232;s le d&#233;but du po&#232;me, par l'air lancinant de la traditionnelle chanson allemande du &lt;i&gt;Lieber Augustin&lt;/i&gt; : &#8220;Ah ! Mon cher Augustin, tout est fini, fini.&#8221; &#192; la magie du signifiant qui ne signifie rien, le &lt;i&gt;Bierstube&lt;/i&gt; de l'Autre langue suit l'extraordinaire condensation du n&#339;ud des pulsions phalliques : le lait du sein maternel et &#8220;les l&#232;vres gourmandes&#8221; de la pulsion orale conjointes au regard &#233;voqu&#233; par les &#8220;amandes&#8221; des yeux sont ici non pas tant convoqu&#233;s que v&#233;ritablement invoqu&#233;s par la demande de la voix dont le fredonnement implique la r&#233;p&#233;tition. La pulsion de mort est finalement apaisement de la jalousie d&#233;crite par le saint du m&#234;me nom, d&#233;peignant l'horreur qu'il &#233;prouve &#224; l'image du fr&#232;re cadet attach&#233; &#224; la mamelle de sa propre m&#232;re (saint Augustin, &lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt;, Livre I, chapitre VII). C'est de cette coupure (ablactation) que s'instaure le rien de la pulsion sexuelle dans son intrication intime &#224; la mort repr&#233;sent&#233;e par le tableau de B&#339;cklin (Le &lt;i&gt;Toteninsel&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'&#238;le des morts&lt;/i&gt;, 1880), dont on sait qu'il a &#233;t&#233; peint en r&#233;ponse &#224; la sollicitation d'une jeune veuve qui souhaitait fixer sa r&#234;verie sur une image appropri&#233;e &#224; la circonstance. Le po&#232;me en une abr&#233;action symbolique retrouve la m&#233;moire de la sexualit&#233; premi&#232;re : la chambre comme lieu clos, le peignoir qui s'ouvre sur la nudit&#233; du corps de la m&#232;re, la bouilloire se substituant &#224; la voix de la berceuse. La lumi&#232;re et la transparence viennent buter sur le roc du myst&#232;re de la mort et du sexuel peint par le ma&#238;tre suisse. &#192; la non-reconnaissance de sa propre image au miroir ou &#224; l'image prodigieuse et jubilatoire &#224; jamais perdue succ&#232;de le vertige du vide, de l'inconscient. Ce stade est incontournable, nous dit le po&#232;te, et marque &#224; jamais l'image du petit de l'homme : c'est &#8220;ainsi que les hommes vivent&#8221;. &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;&#338;dipe face &#224; l'&#233;nigme de la violence &lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Articles-psychanalyse-.html" rel="directory"&gt;Articles psychanalyse&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton76-f9d6b.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#338;DIPE FACE &#192; L'&#201;NIGME DE LA VIOLENCE&lt;br /&gt;
&#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187;&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un r&#233;cent succ&#232;s de librairie (&lt;i&gt;L'Homme sans gravit&#233;&lt;/i&gt;), le psychanalyste Charles Melman d&#233;non&#231;ait le surcro&#238;t de violence qu'appelait et provoquerait ce qu'il nommait &#171; la nouvelle &#233;conomie psychique &#187; avec son mot d'ordre de &#171; jouir &#224; tout prix &#187; : &#171; Dans cette &#233;poque o&#249; nous vivons, de plus en plus souvent [&#8230;] la violence survient &#224; tout bout de champ, pour tout et pour rien. Une esp&#232;ce de violence qui est devenue un mode banal de relation sociale &#187; (&lt;i&gt;L'Homme sans gravit&#233;&lt;/i&gt;, p. 85). Ce &#171; surcro&#238;t de violence &#187;, dont la presse parle tous les jours, le psychanalyste l'&#233;coutait chez les transporteurs de fonds qui demandent &#224; &#234;tre prot&#233;g&#233;s par la police, aussi bien que chez les policiers eux-m&#234;mes qui demandent &#224; l'&#234;tre &#233;galement pour p&#233;n&#233;trer dans les quartiers chauds des cit&#233;s. Passant alors en revue la situation du tiers-monde et sa guerre civile &#171; informelle &#187; &#224; l'image du secteur qualifi&#233; du m&#234;me nom par le BIT, la &#171; vieille dame &#187; qui se fait piquer son sac, la situation mis&#233;rable des &#171; employ&#233;s de maison &#187;, les &#171; vols de portables &#187; et les &#171; vols de voitures &#187;, le discours sociologique et critique de l'&#233;conomie politique venait inlassablement s'&#233;chouer sur cette simple question : &#171; Quelle solution apporter ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours de la psychanalyse soutient que cette violence &#224; l'&#339;uvre dans la r&#233;alit&#233; sociale, loin d'&#234;tre premi&#232;re est bien seconde, et que la seule r&#233;alit&#233; qui lui donne sa v&#233;ritable couleur est la r&#233;alit&#233; psychique. Ainsi le stade du miroir nous rappelle, comme en &#233;cho &#224; la po&#233;sie d'un Aragon, que la v&#233;ritable nature du moi chez Freud n'est qu'une s&#233;rie successive et enveloppante d'identifications : violence de l'intimidation, violence de la s&#233;duction, toute sa vie durant, l'enfant est condamn&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter les exp&#233;riences premi&#232;res l'ayant introduit &#224; &#171; ce mirage de la ma&#238;trise de ses fonctions, o&#249; sa subjectivit&#233; restera scind&#233;e &#187;. Ici, le moi se donne &#224; entendre pour ce qu'il est, et sa &#171; formation imaginaire, na&#239;vement objectiv&#233;e par les psychologues comme fonction synth&#233;tique du moi, montre bien plut&#244;t la condition qui l'ouvre &#224; la dialectique ali&#233;nante du Ma&#238;tre et de l'Esclave &#187; (Jacques Lacan, &#171; Variantes de la cure type &#187;, 3 f&#233;vrier 1955).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dialectique ali&#233;nante du Ma&#238;tre et de l'esclave revisit&#233;e par Lacan n'est-ce pas celle-l&#224; m&#234;me que l'on retrouve &#224; l'&#339;uvre dans la violence quotidienne ? O&#249; le sujet, aux prises avec ses fant&#244;mes, d&#233;nonce, tel un Hamlet moderne, qu'il y a bien quelque chose de pourri dans ce royaume qu'est la r&#233;alit&#233; sociale ? Si l'&#233;laboration de la r&#233;alit&#233; psychique des tous premiers stades nourriciers de l'enfance emp&#234;che l'&#339;dipe, le sujet est alors inlassablement ramen&#233; dans un combat imaginaire et violent contre la m&#232;re incestueuse et d&#233;vorante. Cette &#171; extension du domaine de la lutte &#187;, si bien d&#233;crite par un Michel Houellebecq, ne concerne pas tant aujourd'hui le social ou le politique que le sexuel. Le sujet est alors &#233;clat&#233;, morcel&#233; en &#171; parties cul &#187; &#233;l&#233;mentaires, &#233;lectrons libres sans sublimation aucune de cette &#233;nergie psychique que Freud nommait la libido.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, la psychanalyse ne promeut pas le retour au bon vieux syst&#232;me patriarcal, bien au contraire. C'est qu'&#224; l'image de l'&#339;dipe, le p&#232;re, pour la psychanalyse, n'est qu'un mythe, une m&#233;taphore. &#171; Certes l'&#339;dipe a &#233;t&#233; notre Sina&#239; &#187;, dit Lacan en 1937, &#171; mais rien ne nous interdit, poursuit-il, de voir dans la vie &#339;dipienne un aspect seulement du possible &#187;. Si derri&#232;re l'&#339;dipe plane l'ombre &#171; archa&#239;que &#187; du complexe maternel, l'image &#171; terrible de l'Ogresse &#187;,ou de &#171; quelque Baal ou Moloch maternel que l'on rencontrerait au fond des l&#233;gendes matriarcales &#187; (Lacan, 1937), d&#233;chiffrer l'&#233;nigme de l'inconscient permet d'&#233;chapper &#224; la violence moderne, qui telle une sphinge nouvelle aux abords des villes contemporaines semble vouloir &#224; nouveau d&#233;vorer ses habitants. Mais &#224; sphinge nouvelle, nouvelle &#233;nigme ! L'&#233;nigme n'est plus : &#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187;, quel que soit le nombre de ses pattes, mais d&#233;sormais : &#171; Quel est lettre&#8230; ? &#187; &#8211; celle du sujet &#8211; ou pour le dire avec Lacan, &#171; le chiffre de sa destin&#233;e mortelle &#187;. Car c'est bien ce dont il s'agit dans cette &#233;nigme de la violence : de la vie, de la mort et du sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir dans un premier temps pr&#233;sent&#233; ce que l'on entend commun&#233;ment sous l'expression de complexe d'&#338;dipe, nous verrons, dans un second temps clinique puis dans un troisi&#232;me temps pratique, qu'il est possible de faire parler l'&#233;nigme de la violence. Faire parler ce qui, apparemment, n'a pas de sens, pour peu qu'on entende lui restituer sa dimension premi&#232;re et inconsciente : &#171; Le comble du sens, il est sensible que c'est l'&#233;nigme &#187; (Jacques Lacan, &#171; Introduction &#224; l'&#233;dition allemande d'un premier volume des &#201;crits &#187;, parue dans &lt;i&gt;Scilicet&lt;/i&gt;, 1975, n&#176; 5, pp. 11-17). Car ce n'est qu'en r&#233;pondant &#224; cette nouvelle &#233;nigme mise &#224; jour par l'inconscient freudien qu'il sera possible de se servir de la violence sans sombrer dans la n&#233;vrose et le complexe de la famille patriarcale. &#171; Quelle solution apporter ? &#187;, demandait Charles Melman. &#171; Il n'est pas en notre seul pouvoir de praticien &#187; d'amener le sujet au &#171; moment o&#249; commence le v&#233;ritable voyage &#187;, &#233;crivait d&#233;j&#224; Lacan en conclusion de son article de 1949. La castration d'&#338;dipe, rappelait-il &#233;galement, &#171; n'a pas d'autre fin que de mettre fin &#224; la peste th&#233;baine, c'est-&#224;-dire de rendre au peuple la jouissance dont d'autres vont &#234;tre les garants, ce qui bien s&#251;r, vu d'o&#249; l'on part, n'ira pas sans quelques p&#233;rip&#233;ties am&#232;res pour tous &#187; (Jacques Lacan, &#171; Un homme et une femme &#187; [1971], &lt;i&gt;Une b&#233;vue&lt;/i&gt;, n&#176; 8-9, printemps &#233;t&#233; 1997).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le complexe d'&#338;dipe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pas de fum&#233;e sans Freud &#187;, rappelait le r&#233;cent laur&#233;at du Goncourt des lyc&#233;ens Pierre Grimbert. De m&#234;me : il n'y a pas d'&#339;dipe sans sexuel. Il n'y a pas de complexe d'&#338;dipe sans ce que Freud nommait cette &#171; floraison pr&#233;coce de la vie sexuelle &#187; ou ce que Jacques Lacan surnomme quant &#224; lui une &#171; pubert&#233; psychologique pr&#233;matur&#233;e &#187; (Lacan, 1938). &#192; l'apog&#233;e de cette &#171; floraison &#187; ou &#171; pubert&#233; pr&#233;matur&#233;e &#187;, les pulsions g&#233;nitales se fixent &#224; l'objet qui lui a donn&#233; les premiers soins, l'ayant ainsi introduit au sexuel : la m&#232;re. Cependant, cette relation pulsionnelle ne saurait &#234;tre uniquement binaire, dans la mesure o&#249; le contexte pr&#233;matur&#233; d'une telle pouss&#233;e libidinale vient n&#233;cessairement buter sur la frustration qui lui est inh&#233;rente. Autrement dit, le petit enfant n'a tout simplement pas les moyens de son ambition : &#171; La floraison pr&#233;coce de la vie sexuelle infantile est destin&#233;e au d&#233;clin parce que les d&#233;sirs y sont incompatibles avec la r&#233;alit&#233; et parce que l'enfant n'a pas atteint un stade de d&#233;veloppement suffisant &#187; (&#171; Au-del&#224; du principe de plaisir &#187;, p. 60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud aimait &#224; cet &#233;gard citer la c&#233;l&#232;bre phrase qu'il emprunte &#224; Napol&#233;on : &#171; L'anatomie, c'est le destin. &#187; Ce qui ne veut pas dire que l'enfant ne surestime pas ses propres capacit&#233;s &#224; satisfaire cette pulsion sexuelle et la chute n'en est que plus dure : &#171; Elle [la floraison pr&#233;coce de la vie sexuelle] trouve sa fin dans les circonstances les plus p&#233;nibles, au milieu de sentiments profond&#233;ment douloureux. La perte d'amour et l'&#233;chec portent au sentiment d'estime de soi un pr&#233;judice durable qui reste comme cicatrice narcissique &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; proprement parler cette &#171; floraison pr&#233;coce de la vie sexuelle &#187;, cette mont&#233;e en puissance d'une &#171; pubert&#233; psychologique pr&#233;matur&#233;e &#187; en ce qu'elle vient buter sur une frustration qui lui est inh&#233;rente et qui se cristallise en une v&#233;ritable tension ou d&#233;chirement narcissique, que l'on qualifie de complexe d'&#338;dipe. De l'issue de cette tension (complexe) d&#233;pend l'organisation de la vie psychique (et partant, sociale) du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surmoi et id&#233;al du moi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment pr&#233;cis que la frustration doit &#234;tre attribu&#233;e par l'enfant au fameux &#171; tiers objet &#187;, c'est-&#224;-dire au p&#232;re. Cette position de &#171; tiers objet &#187; est assur&#233;e et surtout renforc&#233;e par l'int&#233;r&#234;t mutuel des deux parents en pr&#233;sence, pour peu que cette pr&#233;sence elle-m&#234;me ne fasse pas d&#233;j&#224; d&#233;faut et que la curiosit&#233; de l'enfant ne soit pas d&#233;j&#224; &#233;touff&#233;e. Ce sont, comme le dit tr&#232;s po&#233;tiquement Lacan, des &#171; signes discrets et diffus qui trahissent &#187; &#224; la sensibilit&#233; de l'enfant &#171; les relations parentales &#187; : par &#171; les hasards intempestifs &#187;, ils &#171; les lui d&#233;voilent &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'axe pulsionnel d'abord, qui part de l'enfant vers le premier objet sexuel, et l'axe de frustration ensuite, qui va jusqu'au tiers objet, et, enfin, l'axe reliant les deux parents eux-m&#234;mes, nous avons l&#224; la base triangulaire et &#339;dipienne d'un n&#339;ud psychique encore &#224; tresser. Or, ce qu'il est important de comprendre, c'est que ce tressage ne peut tenir bon que si et seulement si le parent de m&#234;me sexe appara&#238;t &#224; la fois &#224; l'enfant comme l'agent de l'interdiction, et &#224; la fois comme l'exemple de sa transgression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; toute la sp&#233;cificit&#233; et l'efficacit&#233; du complexe d'&#338;dipe inconscient. Si l'appareil psychique conscient et la science rationnelle n'admettent pas la contradiction, &#224; l'inverse, dans l'inconscient, seul ce qui est paradoxal et contradictoire est fructueux, et c'est pourquoi le complexe d'&#338;dipe est fructueux. Pourquoi ? Parce que si la loi de l'interdit &#233;tait d&#233;croch&#233;e du d&#233;sir de transgression, il en r&#233;sulterait imm&#233;diatement une incompr&#233;hension totale de la loi du d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que le g&#233;nie de Freud a su magnifiquement d&#233;montr&#233; en empruntant le raisonnement que Frazer m&#232;ne &#224; propos des primitifs et qu'il r&#233;sume d'un trait : &#171; On ne voit pas quelle n&#233;cessit&#233; il y aurait &#224; d&#233;fendre ce que personne ne d&#233;sire faire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement : &#171; ce qui est d&#233;fendu de la fa&#231;on la plus formelle doit &#234;tre l'objet d'un d&#233;sir &#187; (Freud, &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, p. 74). C'est ce paradoxe du d&#233;sir et de la loi, cette &#171; tension &#187; dit Lacan, qui fait exister l'inconscient comme instance psychique dynamique, contrairement &#224; la froide logique aristot&#233;licienne et statique. C'est cette tension impossible &#224; r&#233;soudre pour l'enfant en bas &#226;ge qui s'inverse, favorisant ainsi le refoulement, tout en pr&#233;servant le d&#233;sir sous une forme d&#233;sormais n&#233;cessairement d&#233;tourn&#233;e. Tandis que le surmoi refoule le d&#233;sir, l'id&#233;al du moi tente de le sublimer. S'instaure alors jusqu'&#224; la pubert&#233; la p&#233;riode de latence, qui est latence de la pulsion sexuelle refoul&#233;e, laquelle laisse d&#233;sormais la place &#224; des centres d'int&#233;r&#234;ts sublim&#233;s, disons &#171; neutres &#187; et &#171; favorables aux acquisitions &#233;ducatives &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce double proc&#232;s a une importance g&#233;n&#233;tique fondamentale, car il reste inscrit dans le psychisme en deux instances permanentes : celle qui refoule s'appelle le surmoi, celle qui sublime, l'id&#233;al du moi. Elles repr&#233;sentent l'ach&#232;vement de la crise &#339;dipienne &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans cette instance de l'id&#233;al du moi obtenu par sublimation de l'imago parentale, le surmoi r&#233;pressif risquerait de fermer la porte &#224; tout d&#233;sir lorsque, au moment de la pubert&#233;, le caract&#232;re pr&#233;matur&#233; de la pulsion sexuelle ne pourra plus &#234;tre invoqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Moi id&#233;al &#187; et &#171; stade du miroir &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'efficacit&#233; du complexe d'&#338;dipe inconscient tient par cons&#233;quent &#224; la tension que polarise l'imago du p&#232;re. Si, suite &#224; sous-&#233;laboration psychique du complexe d'&#338;dipe, l'id&#233;al du moi ne s'&#233;l&#232;ve pas, non seulement l'imago du p&#232;re se trouve diminu&#233;e, mais le sujet reste ali&#233;n&#233; &#224; l'imago maternelle. Pour se soutenir, le d&#233;sir se voit d&#232;s lors oblig&#233; de s'appuyer sur une instance psychique plus narcissique : le moi id&#233;al. La conjonction d'un tel n&#339;ud psychique se donne &#224; entendre dans les images d'un p&#232;re diminu&#233; : qu'il soit &#171; estropi&#233; &#187;, &#171; aveugl&#233; &#187;, voire cadav&#233;rique. La r&#233;alit&#233; psychique inconsciente &#233;tant, quant &#224; elle, atrophi&#233;e, le sujet se verra oblig&#233; de d&#233;tourner de la r&#233;alit&#233; sociale ou de s'en d&#233;tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son article de 1949, Lacan revient sur l'exp&#233;rience du &#171; moi id&#233;al &#187; et insiste sur le caract&#232;re d&#233;terminant de la r&#233;alit&#233; psychique sur la r&#233;alit&#233; sociale dans ce qu'il nomme le &#171; stade du miroir &#187;. Le nourrisson, d&#232;s l'&#226;ge de six mois &#8212; et g&#233;n&#233;ralement jusqu'&#224; dix-huit mois &#8212;, bien que n'ayant pas encore acquis ni la ma&#238;trise de la marche, ni la station debout, reconna&#238;t pourtant d&#233;j&#224; son image dans le miroir. Cette reconnaissance est signal&#233;e par une &#171; mimique illuminative &#187; et &#171; jubilatoire &#187;, qui nous donne &#224; penser qu'il tente de surmonter les entraves des appuis ou soutiens humains ou artificiels (trotte b&#233;b&#233;, parent, etc.), dont il est embarrass&#233; (ou &#171; embrass&#233; &#187;), afin de &#171; suspendre son attitude &#187;. Loin d'&#234;tre unique, la r&#233;p&#233;tition de cette exp&#233;rience s'accompagnera d'une &#171; s&#233;rie de gestes &#187; dont le caract&#232;re ludique est mis en &#233;vidence par Lacan &#224; la suite du c&#233;l&#232;bre &#171; fort-da &#187; de Freud. R&#233;v&#233;lateur d'un &#171; dynamisme libidinal &#187;, le stade du miroir doit se comprendre comme une identification &#171; au sens plein que l'analyse donne &#224; ce terme : &#224; savoir la transformation produite chez le sujet, quand il assume une image &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; dynamisme libidinal &#187; de l'enfant pourtant plong&#233; dans la &#171; d&#233;pendance du nourrissage &#187;, nous donne &#171; la matrice symbolique o&#249; le &#8216;je' se pr&#233;cipite en une forme primordiale &#187;. &#171; Je id&#233;al &#187; selon Lacan, ou &#171; moi id&#233;al &#187; selon Freud, nous avons l&#224; la &#171; souche &#187; sur laquelle les &#171; identifications secondaires &#187; s'&#233;difieront. C'est-&#224;-dire que ce &#171; stade &#187; nous r&#233;v&#232;le combien le moi en tant que r&#233;alit&#233; psychique, pr&#233;c&#232;de la r&#233;alit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Violence clinique&lt;br /&gt;
&lt;small&gt;&#171; Moi qui me tra&#238;ne et m'&#233;parpille &#187; (Aragon)&lt;/small&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La non-r&#233;solution du complexe d'&#338;dipe est productrice de ce que l'on peut appeler des interf&#233;rences entre les diverses instances psychiques : &#171; moi id&#233;al &#187;, &#171; id&#233;al du moi &#187; et surmoi. En &#233;cho se produisent n&#233;cessairement des interf&#233;rences entre le d&#233;sir et la loi, conduisant le sujet au morcellement &#171; mental &#187;. L'arch&#233;type de ce morcellement nous est donn&#233; par la d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de l'imago maternelle, laquelle se donne &#224; entendre sous la forme d'une ali&#233;nation et d'une r&#233;pulsion &#224; l'image sp&#233;culaire. C'est, &#224; proprement parler, le complexe de castration dans toute sa fantasmagorie inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le meilleur des cas, ce sont les images de la &#171; statue &#187;, de l'&#171; automate &#187;, ou du &#171; fant&#244;me &#187; qui dominent l'homme ou la femme par trop attach&#233;e au moi id&#233;al du stade du miroir. Les contes de E. T. A. Hoffmann ou ceux de Th&#233;ophile Gautier nous en donnent la description fantasmatique, o&#249; le sujet vient s'emm&#234;ler. &#171; Discorde primordiale &#187;, o&#249; se trahissent &#171; inach&#232;vement &#187;, &#171; incoordination &#187;, et autres &#171; signes de malaise &#187; pouvant aller jusqu'&#224; la &#171; f&#339;talisation &#187;, signe la d&#233;pendance inaugurale du sujet &#224; l'objet maternel : &#171; Le stade du miroir est un drame [qui] pour le sujet, pris au leurre de l'identification spatiale, machine les fantasmes qui se succ&#232;dent d'une image morcel&#233;e du corps &#224; une forme que nous appellerons orthop&#233;dique de sa totalit&#233;, &#8212; &#224; l'armure enfin assum&#233;e d'une identit&#233; ali&#233;nante, qui va marquer de sa structure rigide tout son d&#233;veloppement mental &#187; (Lacan, 1949).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, de ce lieu de morcellement sont appel&#233;s, de mani&#232;re in&#233;puisable, des &#171; recollements &#187; du moi. Mais la violence r&#232;gne alors en ma&#238;tre absolu dans l'inconscient : dans les r&#234;ves, o&#249; le sujet se repr&#233;sente comme &#171; corps morcel&#233; &#187; aux &#171; membres disjoints &#187;, dans les formations de l'inconscient, o&#249; Lacan en appelle &#224; la peinture &#171; visionnaire &#187; d'un J&#233;r&#244;me Bosch fixant &#171; les pers&#233;cutions intestines &#187; du sujet &#224; l'aube du &#171; z&#233;nith imaginaire &#187; de l'humanit&#233; moderne. Quatre si&#232;cles plus tard, les murs de la Salp&#234;tri&#232;re d'un Jean-Martin Charcot s'ornent de la repr&#233;sentation des sympt&#244;mes et des spasmes de l'hyst&#233;rie f&#233;minine, o&#249; le corps, en v&#233;ritable contorsionniste, d&#233;ploie le fantasme de castration selon les lignes de perspectives m&#234;mes des l&#233;sions organiques. &#171; Chez la fille, de m&#234;me que la r&#233;pression de la sexualit&#233; impose plus volontiers aux fonctions corporelles ce morcellement mental o&#249; l'on peut d&#233;finir l'hyst&#233;rie, de m&#234;me la sublimation de l'imago maternelle tend &#224; tourner en sentiment de r&#233;pulsion pour sa d&#233;ch&#233;ance et en souci syst&#233;matique de l'image sp&#233;culaire &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc l'hyst&#233;rie et Anna O., dont le corps, bien qu'ayant conserv&#233; tout le charme et la gr&#226;ce de ses 21 ans, se couvre de paralysies, contractures et autres insensibilit&#233;s : toux nerveuse intense, graves troubles de la vue et du langage, Anna O. se trouve en outre r&#233;guli&#232;rement dans l'incapacit&#233; de boire et de manger. Elle offre alternativement au Docteur Breuer deux &#233;tats d'humeur nettement tranch&#233;s, l'un relativement calme et dans lequel elle para&#238;t sereine, l'autre, dans lequel elle appara&#238;t sous les traits d'une enfant surexcit&#233;e, voire insupportable. Elle passe de l'un &#224; l'autre par une sorte d'auto-hypnose, sous laquelle elle semble pouvoir se plonger d'elle-m&#234;me, et dont elle finit par se r&#233;veiller parfaitement lucide. Elle oublie sa langue maternelle, l'allemand, et ne peut plus s'exprimer qu'en anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la psychose et le pr&#233;sident Schreber, dont le corps, dou&#233; d'ubiquit&#233;, se retrouve quasiment sans organes : poumons, foie, larynx, etc. ont disparu dans la maladie. Trou&#233;, morcel&#233; et cadav&#233;rique, Schreber devient un v&#233;ritable homme tronc, conservant seulement ses extr&#233;mit&#233;s avec l'unique dessein &#8212; semble-t-il &#8212; de pouvoir se faire tirer les ficelles, c'est-&#224;-dire de pouvoir au moins s'animer comme une marionnette : &#171; Je ne puis dire jusqu'&#224; quelle distance peut s'exercer cette possibilit&#233; de tirer d'en haut &#8211; si je puis m'exprimer ainsi &#8211; les ficelles qui actionnent les &#234;tres humains &#187; (&lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, p. 83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la n&#233;vrose obsessionnelle &#8212; telle qu'elle est chant&#233;e par un Louis Aragon &#8212;, dans laquelle le moi s'&#233;parpille dans un d&#233;dale de d&#233;cors :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Tout est affaire de d&#233;cors&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Changer de lit changer de corps&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; quoi bon puisque c'est encore&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Moi qui moi-m&#234;me me trahis&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Moi qui me tra&#238;ne et m'&#233;parpille&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et mon ombre se d&#233;shabille&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Dans les bras semblables des filles&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O&#249; j'ai cru trouver un pays&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Corps trahis &#224; l'aune du moi id&#233;al, pays imaginaire o&#249; l'ombre du soleil vient s'&#233;chouer aux confins de l'imago maternelle. L'aspect r&#233;p&#233;titif et presque rituel de ce ratage monotone et m&#233;lancolique est appel&#233;, d&#232;s le d&#233;but du po&#232;me, par l'air lancinant de la traditionnelle chanson allemande du &lt;i&gt;Lieber Augustin&lt;/i&gt; : &#171; Ah ! Mon cher Augustin, tout est fini, fini. &#187; &#192; la magie du signifiant qui ne signifie rien, le &lt;i&gt;Bierstube&lt;/i&gt; de l'Autre langue suit l'extraordinaire condensation du n&#339;ud des pulsions phalliques : le lait du sein maternel et &#171; les l&#232;vres gourmandes &#187; de la pulsion orale conjointes au regard &#233;voqu&#233; par les &#171; amandes &#187; des yeux sont ici non pas tant convoqu&#233;s que v&#233;ritablement invoqu&#233;s par la demande de la voix dont le fredonnement implique la r&#233;p&#233;tition. La pulsion de mort est finalement apaisement de la jalousie d&#233;crite par le saint du m&#234;me nom &#8212; convoqu&#233; lui par Jacques Lacan &#8212;, d&#233;peignant l'horreur qu'il &#233;prouve &#224; l'image du fr&#232;re cadet attach&#233; &#224; la mamelle de sa propre m&#232;re (saint Augustin, &lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt;, Livre I, chapitre VII). C'est de cette coupure (ablactation) que s'instaure le rien de la pulsion sexuelle dans son intrication intime &#224; la mort repr&#233;sent&#233;e par le tableau de B&#339;cklin (Le &lt;i&gt;Toteninsel&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'&#238;le des morts&lt;/i&gt;, 1880), dont on sait qu'il a &#233;t&#233; peint en r&#233;ponse &#224; la sollicitation d'une jeune veuve qui souhaitait fixer sa r&#234;verie sur une image appropri&#233;e &#224; la circonstance. Le po&#232;me en une abr&#233;action symbolique retrouve la m&#233;moire de la sexualit&#233; premi&#232;re : la chambre comme lieu clos, le peignoir qui s'ouvre sur la nudit&#233; du corps de la m&#232;re, la bouilloire se substituant &#224; la voix de la berceuse. La lumi&#232;re et la transparence viennent buter sur le roc du myst&#232;re de la mort et du sexuel peint par le ma&#238;tre suisse. &#192; la non-reconnaissance de sa propre image au miroir ou &#224; l'image prodigieuse et jubilatoire &#224; jamais perdue succ&#232;de le vertige du vide, de l'inconscient. Ce stade est incontournable, nous dit le po&#232;te, et marque &#224; jamais l'image du petit de l'homme : c'est &#171; ainsi que les hommes vivent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas tant que Freud, Jacques Lacan ou la psychanalyse en g&#233;n&#233;ral &#8212; si l'on souhaite faire des g&#233;n&#233;ralit&#233;s &#8212; entendent soutenir, d'un point de vue moral, la position sociale du p&#232;re ou de la famille patriarcal : &#171; Nous ne sommes pas de ceux qui s'affligent d'un pr&#233;tendu rel&#226;chement du lien familial &#187;, dit Jacques Lacan en 1938. C'est uniquement parce que &#171; l'imago de la m&#232;re dans l'identification &#339;dipienne trahit [&#8230;] l'interf&#233;rence des identifications primordiales &#187; et marque de leurs &#171; formes &#187; et de leur &#171; ambivalence autant l'id&#233;al du moi que le surmoi &#187;, que &#171; la structure m&#234;me du drame &#339;dipien d&#233;signe le p&#232;re pour donner &#224; la fonction de sublimation sa forme la plus &#233;minente, parce que la plus pure &#187;. La psychanalyse ne saurait donc &#234;tre tax&#233;e d'une quelconque position moralisatrice, sans que se manifeste dans ce jugement la m&#233;connaissance de la subversion qu'elle instaure en d&#233;voilant, en m&#234;me temps que l'ali&#233;nation du moi, les ressorts dynamiques du psychisme inconscient : &#171; La psychanalyse manifeste dans les conditions morales de la cr&#233;ation un ferment r&#233;volutionnaire qu'on ne peut saisir que dans une analyse concr&#232;te, elle reconna&#238;t, pour le produire, &#224; la structure familiale une puissance qui d&#233;passe toute rationalisation &#233;ducative. Ce fait m&#233;rite d'&#234;tre propos&#233; aux th&#233;oriciens &#8212; &#224; quelque bord qu'ils appartiennent &#8212; d'une &#233;ducation sociale &#224; pr&#233;tentions totalitaires, afin que chacun en conclu selon ses d&#233;sirs &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nigme de la violence est d&#232;s lors en tout point comparable &#224; l'&#233;nigme d'un sphinx, d&#233;ployant ses ailes sous les regards apeur&#233;s des habitants de villes modernes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Quel est lettre&#8230; ? &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mot &#8220;sphinx&#8221; &#233;veille l'id&#233;e d'&#233;nigme &#187;, comme C. G. Jung le pose de mani&#232;re tr&#232;s pertinente dans ses &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt; (p. 305). Le sphinx est en effet &#224; l'image des questions qu'il pose : un &#234;tre &#233;nigmatique. Le sphinx (ou la sphinge) est, rappelons-le, un monstre f&#233;minin, dont la figure est celle d'une femme, mais qui poss&#233;dait la poitrine, les pattes et la queue d'un lion, et qui, en outre, &#233;tait pourvu d'ailes, comme un oiseau de proie. &#201;trange cr&#233;ature ! D'o&#249; vient-elle ? &#171; La g&#233;n&#233;alogie du sphinx est riche en rapports avec le probl&#232;me qui nous occupe &#187;, observait Jung en 1912 (p. 309). Dans la &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/961-La-Theogonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ogonie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, H&#233;siode lui donne comme m&#232;re &#171; Echidna &#224; l'&#226;me violente &#187;, dit H&#233;siode (&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/961-La-Theogonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ogonie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 297 et suiv.). Echidna, la Vip&#232;re, qui &#233;tait, elle, un monstre au corps de femme se terminant par une queue de serpent. Cette dualit&#233; d'Echidna &#8212; tout comme celle de la sphinge &#8212;, &#171; belle jeune femme par en haut, serpent horrible par le bas &#187;, nous introduit d'embl&#233;e, selon Jung &#224; l'image de la m&#232;re, dont la moiti&#233; haute, c'est-&#224;-dire humaine et attirante, serait &#171; digne d'&#234;tre aim&#233;e &#187;, tandis que la moiti&#233; basse et animale repr&#233;senterait l'inceste, le sexuel terrible et angoissant. Du reste, G&#339;the ne dit-il pas des m&#232;res qu'elles sont &#171; entour&#233;es d'images de toutes les cr&#233;atures &#187; ? (&lt;i&gt;Faust&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Echidna, m&#232;re du sphinx, avait d&#233;j&#224; elle-m&#234;me coutume de d&#233;vorer les passants &#224; sa port&#233;e. Elle est tant&#244;t directement issue de la m&#232;re universelle, la terre maternelle Ga&#239;a, qui l'aurait enfant&#233;e avec les Tartares, personnification des enfers, tant&#244;t fille de Phorcys et de C&#233;to, eux-m&#234;mes enfants de Pontos et de Ga&#239;a, c'est-&#224;-dire le Flot de la Mer et la Terre. Quoi qu'il en soit, on attribue &#224; Echidna beaucoup d'enfant monstrueux : avec Typhon, elle engendra Orthos, le chien de G&#233;ryon, Cerb&#232;re, le chien des Enfers, l'Hydre de Lerne, Chim&#232;re ; et, avec son propre fils, Orthos, elle eut le lion de N&#233;m&#233;e ; et, enfin, le Phix, qui n'est autre que le Sphinx, monstre l&#233;gendaire du drame &#339;dipien. Comme C. G. Jung le pr&#233;cise, &#171; Echidna est la m&#232;re de toutes les horreurs &#187; : &#171; &#192; elle, dit-on, s'unit d'amour Typhon &#8212; le terrible, l'insolent bandit &#224; la vierge aux yeux qui p&#233;tillent &#8212; et de lui elle con&#231;ut et enfanta des enfants au c&#339;ur violent. Elle mit d'abord au monde Orthos, le chien de G&#233;ryon. &#8212; Apr&#232;s lui elle enfantait encore un monstre irr&#233;sistible, qu'&#224; peine on ose nommer, le cruel Cerb&#232;re, le chien d'Had&#232;s, &#224; la voix d'airain, aux cinquante t&#234;tes, implacable et puissant. &#8212; Et, apr&#232;s ces deux-l&#224;, elle mit encore au monde Hydre [&#8230;]. &#8212; Elle enfanta aussi Chim&#232;re [&#8230;]. &#8212; Elle enfanta encore, apr&#232;s avoir subi la loi d'Orthos, Phix la pernicieuse, d&#233;sastre pour les Cadm&#233;ens, et le lion de N&#233;m&#233;e &#187; (H&#233;siode, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/961-La-Theogonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ogonie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 297 et suiv.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc gr&#226;ce &#224; un commerce sexuel incestueux avec un chien &#8212; qui plus est son propre fils &#8212;, qu'Echidna engendra Phix la pernicieuse, c'est-&#224;-dire le sphinx. D'o&#249; viennent tous ces &#234;tres tous plus laids et plus horribles les uns que les autres ? Ce sont de simples formations de notre propre inconscient, r&#233;pond Freud, ils repr&#233;sentent nos pulsions inconscientes : &#171; La th&#233;orie des pulsions est, pour ainsi dire, notre mythologie. Les pulsions sont des &#234;tres mythiques, formidables dans leur impr&#233;cision. Nous ne pouvons dans notre travail faire abstraction d'eux un seul instant et cependant nous ne sommes jamais certains de les voir nettement &#187; (S. Freud, &#171; Angoisse et vie pulsionnelle &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles Conf&#233;rences d'introduction &#224; la psychanalyse&lt;/i&gt; [1933], Gallimard, Folio, 1984, p. 128-129).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelles pulsions s'agit-il ici ? Si l'on en trouve de nombreuses traces dans la mythologie, en quoi cette figure du sphinx renvoie-t-elle n&#233;cessairement &#224; &#338;dipe et au complexe du m&#234;me nom mis en &#233;vidence par la psychanalyse freudienne ? &#171; Il y a en effet en Egypte des sphinx m&#226;les et des sphinx femelles &#187;, observe Jung. Ce qu'il interpr&#232;te &#224; l'aide de l'hypoth&#232;se selon laquelle le monstre masculin s'adresse plus particuli&#232;rement &#224; une femme pour laquelle le danger vient en premier lieu du p&#232;re ; tandis que le monstre f&#233;minin s'adresse &#224; un homme tel &#338;dipe, pour lequel le danger reste, sa vie durant, la m&#232;re (cf. Jung, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 309-310). Cependant, le sphinx est avant tout une repr&#233;sentation mythologique de l'imago maternelle que l'on peut appeler la &#171; m&#232;re terrible &#187;. Car qui d'autre que la m&#232;re, pr&#233;cise Jung, &#171; se tient au d&#233;but d'une destin&#233;e comme annonce symbolique et in&#233;luctable &#187; ? (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, p. 305). Qui d'autre que la m&#232;re donne la mort en m&#234;me temps que la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc la Sphinge, &#171; mangeuse de chair crue &#187;, selon l'expression d'Eschyle (&lt;i&gt;Les Sept contre Th&#232;bes&lt;/i&gt;, 540 et suiv., p. 90) : et toute la violence moderne se laisse d&#233;crypter dans ce mythe qui remonte pourtant &#224; la tradition orale de la Gr&#232;ce ancienne. Car c'est telles de nouvelles sphinges que les enfants des banlieues se postent aujourd'hui aux abords des cit&#233;s, tel le monstre ancien aux abords de Th&#232;bes terrorisant les passants :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gardiens de la place, ou gal&#233;riens, c'est comme &#231;a qu'on surnommait tous les mecs qui tra&#238;naient sur la place. Le gardien, c'est celui qui ouvre ou qui ferme la place. Tous les jeunes de mon &#226;ge tra&#238;naient &#224; la place. Nous &#233;tions post&#233;s l&#224;-bas comme des douaniers, on surveillait les bus qui passaient, les voitures, les gens. Quand nous recherchions des mecs, on faisait des barrages, on bloquait les bus et le chauffeur regardait la sc&#232;ne, impuissant. Quand les flics passaient, on les regardait de travers [&#8230;]. Sur la place le matin nous &#233;tions une vingtaine, l'apr&#232;s midi une cinquantaine et le soir une bonne centaine, sans compter les autres qui &#233;taient post&#233;s au parc, au Font d'Eaubonne, &#224; la Ruche, etc. &#187; (Dembo Goumane, &lt;i&gt;Dembo story&lt;/i&gt;, &#201;d. Hachette Litt&#233;ratures, Paris, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; gal&#233;riens &#187; ne sont-ils pas aujourd'hui pour nous de nouvelles &#233;nigmes en ce qu'ils nous rappellent, selon l'expression de Jung (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, p. 309), &#171; le pi&#232;ge tendu par le sphinx au voyageur &#187; ? Une version, peut-&#234;tre plus ancienne, pr&#233;sentait en effet l'histoire d'une mani&#232;re plus r&#233;p&#233;titive encore : chaque jour, les Th&#233;bains se r&#233;unissaient sur la place de la ville, pour essayer de r&#233;soudre en commun la devinette, mais sans jamais y parvenir. Et, chaque jour, en conclusion de cette s&#233;ance, le Sphinx d&#233;vorait l'un des habitants. Post&#233;s sur ces places, fig&#233;s tels des statuts, les &#171; gal&#233;riens &#187; ne personnifient-ils pas l'&#233;nigme de l'homme, sp&#233;cifi&#233; qu'il est par sa position verticale, et immortalis&#233;e par la devinette &#224; laquelle les Th&#233;bains ne peuvent r&#233;pondre : &#171; Quel est l'&#234;tre qui marche tant&#244;t &#224; deux pattes, tant&#244;t &#224; trois, tant&#244;t &#224; quatre, et qui, contrairement &#224; la loi g&#233;n&#233;rale, est le plus faible quand il a le plus de pattes ? &#187; Cette &#233;nigme, &#224; propos de la marche et de la position verticale de l'homme, c'est bien ce que Lacan nous donnait &#224; entendre dans sa formalisation, o&#249; il observait le spectacle saisissant d'un nourrisson devant le miroir, qui &#171; en un affairement jubilatoire &#187;, tente de surmonter les entraves de sa pr&#233;maturation, pour rejoindre &#8212; si ce n'est la ma&#238;trise de la marche &#8212;, cette myst&#233;rieuse station debout qui fait l'&#233;nigme de la Sphinge (J. Lacan, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, p. 94).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;nigme de l'&#233;rection ainsi pos&#233;e, le stade du miroir se laisse d&#233;crypter bien autrement. Rappelons-nous &#224; cet &#233;gard cette sublime note de bas de page que Freud intercale en 1919 au tout d&#233;but de la quatri&#232;me section de son &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, faisant du redressement ou verticalisation de l'homme, l'origine m&#234;me du processus in&#233;luctable de civilisation, et non pas tant en lui-m&#234;me qu'en vertu du rejet &#224; l'arri&#232;re-plan &#171; du pouvoir excitant de l'odeur &#187; qui lui est corr&#233;latif : &#171; &#192; partir de l&#224; un encha&#238;nement se d&#233;roule qui, de la d&#233;pr&#233;ciation des perceptions olfactives et de l'isolement des femmes au moment de leurs menstrues, conduisit &#224; la pr&#233;pond&#233;rance des perceptions visuelles, &#224; la visibilit&#233; des organes g&#233;nitaux, puis &#224; la continuit&#233; de l'excitation sexuelle, &#224; la fondation de la famille et de la sorte au seuil de la civilisation humaine. Il ne s'agit l&#224; que d'une sp&#233;culation th&#233;orique, mais elle est assez importante pour m&#233;riter d'&#234;tre v&#233;rifi&#233;e avec exactitude sur les animaux dont les conditions de vie se rapprochent le plus de celles de l'homme &#187; (Freud, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1971, note de bas de page n&#176; 1, pp. 49-51).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effort vers la propret&#233; et le v&#233;ritable mot d'ordre hygi&#233;niste qui s'impose &#224; son &#233;poque ne proc&#232;dent que du &#171; besoin imp&#233;rieux de faire dispara&#238;tre les excr&#233;ments devenus d&#233;sagr&#233;ables &#224; l'odorat &#187;. La conclusion de Freud est sans appel : c'est le refoulement de l'&#233;rotisme anal qui ouvre la voie &#224; la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La station debout des gal&#233;riens de Dembo Goumane ne sont-ils pas pour les passants, simples badauds interloqu&#233;s par l'imaginaire de la violence, de v&#233;ritables &#233;nigmes ? S'ils manquent &#224; y r&#233;pondre, ce qu'ils pensent &#234;tre la peste moderne semble devoir se r&#233;pandre sans limites. Car la peste, c'est ce qui empeste ; et les noms choisis pour d&#233;signer ce qui pourtant peut &#234;tre d'une grande noblesse pour certains autres peuples ou civilisations pass&#233;es condensent aujourd'hui chez nous le caract&#232;re &#224; la fois myst&#233;rieux et secret de l'&#233;nigme ; et ce, tant au niveau du signifiant que du signifi&#233;. Le &#171; shit &#187;, dans sa congruence au &#171; chut &#187;, rappelle le caract&#232;re secret et myst&#233;rieux de toute &#233;nigme. Quant &#224; ce qui est ici signifi&#233;, c'est bien la peste, autrement dit ce qui est pestif&#233;r&#233; ou malodorant : le &#171; shit &#187;, c'est-&#224;-dire la &#171; merde &#187;. La boucle freudienne de l'&#233;nigme de la verticalisation et des excr&#233;ments est ici boucl&#233;e. Avec tout de m&#234;me ce corollaire, que s'identifier &#224; la sphinge n'est pas, bien entendu, r&#233;soudre l'&#233;nigme pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au contraire, en s'identifiant au monstre antique apostrophant les voyageurs, les gal&#233;riens ne font que s'identifier &#224; la m&#232;re &#8212; &#171; L'&#233;nigme du sphinx, pr&#233;cisait Jung en 1912, c'&#233;tait lui-m&#234;me, image de la m&#232;re terrible dont &#338;dipe n'a pas compris l'avertissement &#187; (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, p. 309) &#8212;, et restent ainsi fix&#233;s dans un narcissisme exacerb&#233; : &#171; certains &#234;tres qui n'ont jamais r&#233;solu l'&#339;dipe restent &#224; deux dimensions, dit Lacan : la fixation maternelle et le narcissisme &#187; (Jacques Lacan, &#171; Intervention sur l'expos&#233; de D. Lagache &#8220;Deuil et m&#233;lancolie&#8221; &#224; la Soci&#233;t&#233; Psychanalytique de paris &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de psychanalyse&lt;/i&gt;, 1938, tome X n&#176; 3, pp. 564-565). Le caract&#232;re narcissique du monstre est confirm&#233; par la l&#233;gende d'&#338;dipe, dans lequel le sphinx aurait &#233;t&#233; envoy&#233; par H&#233;ra qui ha&#239;ssait Th&#232;bes &#224; cause de la naissance de Bacchus, le dieu narcissique sorti de la cuisse de Jupiter (cf. Jung, pp. 309-310).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce commerce &#233;trange, o&#249; l'argent et le symbole excr&#233;mentiel circulent alternativement et de mani&#232;re florissante, ne fait que confirmer l'hypoth&#232;se d'une fixation au narcissisme infantile en m&#234;me temps que l'hypoth&#232;se freudienne &#233;voqu&#233;e dans cette m&#234;me note de bas de page du &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous savons qu'il en est autrement chez les petits-enfants, auxquels ils n'inspirent nulle r&#233;pugnance, mais apparaissent comme pr&#233;cieux en tant que partie d'eux-m&#234;mes d&#233;tach&#233;e de leur corps. L'&#233;ducation s'emploie avec une &#233;nergie particuli&#232;re &#224; h&#226;ter la venue du stade suivant au cours duquel les excr&#233;ments doivent perdre toute valeur, devenir objet de d&#233;go&#251;t et de r&#233;pugnance, &#234;tre donc r&#233;pudi&#233;s. Pareille d&#233;pr&#233;ciation serait impossible si leur forte odeur ne condamnait pas ces mati&#232;res retir&#233;es au corps &#224; partager le sort r&#233;serv&#233; aux impressions olfactives apr&#232;s que l'&#234;tre se fut relev&#233; du sol &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en effet pour le moins surprenant que ce que l'on surnomme &#171; shit &#187; et qui est sens&#233;e d&#233;clencher le d&#233;cha&#238;nement des sensations n'ait, en r&#233;alit&#233;, pas plus d'odeur que cela ! Quant &#224; son caract&#232;re totalement dess&#233;ch&#233;, il est tout de m&#234;me le signe, si l'on suit Ferenczi, que les &#171; gal&#233;riens &#187; ne sont pas soumis au seul principe de plaisir et reconnaissent un tant soit peu le principe de r&#233;alit&#233;. On peut appliquer au &#171; shit &#187; ce que Ferenczi disait du sable pour le petit enfant : il &#171; n'est rien d'autre qu'un symbole excr&#233;mentiel, autrement dit de l'excr&#233;ment d&#233;sodoris&#233; et dess&#233;ch&#233; &#187; (cf. S. Ferenczi, &#171; Sur l'ontogen&#232;se de l'int&#233;r&#234;t pour l'argent &#187;, 1914).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la conclusion &#224; laquelle aboutissait Ferenczi : &#171; La phrase &#8220;L'argent n'a pas d'odeur&#8221; est un euph&#233;misme par inversion. Dans l'inconscient, il se formule sans aucun doute ainsi : pecunia olet, c'est-&#224;-dire : argent = excr&#233;ment &#187; (Ferenczi, &#171; Pecunia olet &#187;, 1916). &#192; observer l'int&#233;r&#234;t surd&#233;velopp&#233; pour les symboles d'excr&#233;ments dess&#233;ch&#233;s et l'argent qui circule dans les commerces illicites, la fixation &#224; la violence de l'imago maternelle de la sphinge n'est plus &#224; d&#233;montrer. D'autant que lorsqu'il n'y a plus rien &#224; vendre, le racket pur et simple semble aussi bien faire l'affaire, ce qui n'est pas l&#224; encore sans nous rappeler &#171; l'inflexible chanteuse &#187; de Sophocle : &#171; Tu es venu d&#233;livrer la cit&#233; cadm&#233;enne du tribut qu'elle payait &#224; l'inflexible chanteuse &#187; (Sophocle, &lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt;, 36).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas entendre dans ce d&#233;cha&#238;nement de la violence quotidienne, telle qu'elle est d&#233;nonc&#233;e par les m&#233;dias, l'angoisse d'un retour antique, non pas tant &#224; une famille matriarcale, qu'&#224; une soci&#233;t&#233; de &#171; droit maternel &#187; ? On se souvient que, refusant de reconna&#238;tre un penchant r&#233;el &#224; l'inceste, Jung fait remarquer &#224; Freud dans une lettre dat&#233;e du 8 mai 1912, que son interdiction, y compris &#224; une &#233;poque ant&#233;rieure &#224; la famille patriarcale, est tr&#232;s contestable :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense par cons&#233;quent que l'interdiction de l'inceste (au sens de la morale originelle) est une simple formule ou c&#233;r&#233;monie d'expiation &lt;i&gt;in re vili&lt;/i&gt; (&#8220;dans une chose sans valeur&#8221;) : ce qui a &#233;t&#233; si pr&#233;cieux pour l'enfant, la m&#232;re, et qui est tellement d&#233;nu&#233; de valeur pour l'adulte qu'il la jette dans le buisson de quelques coups de pied, cela est, par l'interdiction de l'inceste, d&#233;clar&#233; extraordinairement pr&#233;cieux, donc d&#233;sir&#233; et interdit (cela est de la vraie morale originelle : une quelconque plaisanterie est interdite, tout comme elle peut aussi devenir f&#233;tiche). L'intention de l'interdiction, comme on le voit, n'est donc pas l'emp&#234;chement de l'inceste, mais la fondation de la famille (cr&#233;ation de la pi&#233;t&#233;, de l'Etat) &#187; (&lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, Freud-Jung, Gallimard, Paris, p. 632).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce sur quoi Freud r&#233;torque &#224; son interlocuteur que le droit maternel ne doit pas &#234;tre confondu avec le gouvernement des femmes. Freud s'appuyait alors sur l'hypoth&#232;se de travail du philosophe suisse Johann Jakob Bachofen &#8212; &#233;galement cit&#233; par Freud dans la quatri&#232;me partie de &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt; &#8212;, et dont l'ouvrage principal, &lt;i&gt;Das Mutterrechi&lt;/i&gt; (Stuttgart 1861), forge pour la premi&#232;re fois l'expression &#171; droit maternel &#187; (Mutterrecht). Le droit maternel y d&#233;signe &#171; un &#233;tat de la soci&#233;t&#233; dans lequel les femmes r&#232;gnent moins par le pouvoir politique que par les liens de parent&#233; et la religion &#187; (Freud Jung, lettre dat&#233;e du 14 mai 1912, pp. 633-634). Aussi &#171; le droit maternel, pr&#233;cisait Freud, s'accorde particuli&#232;rement bien avec l'avilissement polygamique de la femme &#187; (pp. 633-634). Freud en profite pour pr&#233;ciser &#224; son interlocuteur que &#171; le p&#232;re est celui qui poss&#232;de sexuellement la m&#232;re (et les enfants, en tant que propri&#233;t&#233;), tandis que &#171; le fait de l'engendrement par le p&#232;re n'a pas, en effet, d'importance psychologique pour l'enfant &#187; (Freud, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, pp. 633-634).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du p&#232;re n'est nullement politique, mais bien strictement inconsciente. &#192; ne pas prendre en compte cette derni&#232;re dimension inconsciente et &#224; poser la question sur un plan uniquement politique ou sociologique, on voit d&#233;j&#224; se profiler ici la faute du p&#232;re soi disant absent ou fautif, tant d&#233;cri&#233; &#224; l'heure actuelle par toute une litt&#233;rature qui, observons-le tout de m&#234;me, donne cr&#233;dit par l&#224; m&#234;me &#224; ce qu'elle entend pourtant d&#233;noncer. Il est vrai que toute une tradition faisait du Sphinx une fille naturelle de La&#239;os le roi de Th&#232;bes. Dans cette version, le monstre aurait &#233;t&#233; envoy&#233; par H&#233;ra contre Th&#232;bes pour punir la cit&#233; du crime de La&#239;os, qui avait aim&#233; le fils de P&#233;lops, Chrysippos, d'un amour coupable, nous dit Pierre Grimal (&lt;i&gt;Dictionnaire de la mythologie&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1951, p. 428). L'on voit donc ici que la question du p&#232;re absent et de l'homosexualit&#233; n'a rien de nouveau, n'en d&#233;plaisent aux partisans d'une telle th&#232;se. Cependant &#8212; et l&#224; encore &#8212;, c'est oublier que c'est en souhaitant &#233;claircir le meurtre de La&#239;os et de venger le crime (&#224; entendre ici comme faute) de son p&#232;re, qu'&#338;dipe d&#233;couvre qu'il en est lui seul l'assassin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'&#233;nigme d'&#338;dipe ne soit soluble (ou solvable) qu'en tenant compte du psychisme inconscient, voil&#224; qui est &#233;galement confirm&#233; par les sphingid&#233;s que l'on rencontre encore de nos jours &#8212; ou du moins de nos nuits &#8212;, puisque les sphingid&#233;s sont &#233;galement des papillons cr&#233;pusculaires et que, plus g&#233;n&#233;ralement, le papillon est &#224; la fois all&#233;gorie et symbole de la psych&#233;. Ainsi le papillon humain s'avance battant ses ailes dans l'obscurit&#233; du r&#234;ve de G&#233;rard de Nerval, au tout d&#233;but d'Aur&#233;lia :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette nuit-l&#224;, je fis un r&#234;ve qui me confirma dans ma pens&#233;e. &#8211; J'errais dans un vaste &#233;difice compos&#233; de plusieurs salles, dont les unes &#233;taient consacr&#233;es &#224; l'&#233;tude, d'autres &#224; la conversation ou aux discussions philosophiques. Je m'arr&#234;tai avec int&#233;r&#234;t dans une des premi&#232;res, o&#249; je crus reconna&#238;tre mes anciens ma&#238;tres et mes anciens condisciples. Les le&#231;ons continuaient sur les auteurs grecs et latins, avec ce bourdonnement monotone qui semble une pri&#232;re &#224; la d&#233;esse Mn&#233;mosyne. &#8212; Je passai dans une autre salle, o&#249; avaient lieu des conf&#233;rences philosophiques. J'y pris part quelque temps, puis j'en sortis pour chercher ma chambre dans une sorte d'h&#244;tellerie aux escaliers immenses, pleins de voyageurs affair&#233;s. Je me perdis plusieurs fois dans les longs corridors, et, en traversant une des galeries centrales, je fus frapp&#233; d'un spectacle &#233;trange. Un &#234;tre d'une grandeur d&#233;mesur&#233;e, &#8212; homme ou femme, je ne sais, &#8212; voltigeait p&#233;niblement au-dessus de l'espace et semblait se d&#233;battre parmi des nuages &#233;pais. Manquant d'haleine et de force, il tomba enfin au milieu de la cour obscure, accrochant et froissant ses ailes le long des toits et des balustres. Je pus le contempler un instant. Il &#233;tait color&#233; de teintes vermeilles, et ses ailes brillaient de mille reflets changeants. V&#234;tu d'une robe longue &#224; plis antiques, il ressemblait &#224; &lt;i&gt;l'Ange de la M&#233;lancolie&lt;/i&gt; d'Albrecht D&#252;rer. Je ne pus m'emp&#234;cher de pousser des cris d'effroi, qui me r&#233;veill&#232;rent en sursaut &#187; (G&#233;rard de Nerval, &lt;i&gt;Aur&#233;lia&lt;/i&gt;, premi&#232;re partie, &#167; II).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quel est cet &#234;tre d'une grandeur d&#233;mesur&#233;e, dont on ne sait s'il est homme ou femme ? Pourquoi tombe-t-il ainsi en froissant ses ailes le long des toits et des balustres ? G&#233;rard de Nerval, errant au d&#233;but de son roman dans les corridors de la philosophie, nous rappelle &#224; se m&#233;prendre &#338;dipe qui, r&#233;solvant l'&#233;nigme &#224; la force de son esprit pr&#233;cipite ainsi le monstre de son rocher, inaugurant sa lente descente aux enfers que nous d&#233;crit le roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'&#233;nigme de la violence est insoluble &#224; la prendre dans ses deux dimensions courantes qui sont celle du corps et de l'esprit. C'est ce que les Am&#233;ricains ont coutume d'appeler en logique, un &lt;i&gt;double-blind&lt;/i&gt;, ou &#171; double aveugle &#187;, et que nous connaissons traditionnellement sous la forme du c&#233;l&#232;bre : &#171; la bourse ou la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187; &#192; ne pas r&#233;pondre, &#224; rester dans le mutisme du corps et de l'imaginaire maternel, le candidat &#224; la r&#233;solution de l'&#233;nigme se fait d&#233;vorer par le monstre. &#192; r&#233;pondre en faisant preuve de la force de son esprit, le candidat ne peut que s'engager dans la voie de l'horreur : s'il r&#233;pond incorrectement, il est &#233;galement d&#233;vor&#233;, s'il r&#233;pond correctement, il rejoint l'horreur de l'inceste. &#171; Parce qu'il surestimait son intelligence, &#233;crit Jung, il s'est pr&#233;cipit&#233; tr&#232;s virilement dans le pi&#232;ge, commettant, sans le savoir, l'inceste sacril&#232;ge &#187; (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, p. 309). &#192; ne saisir l'&#233;nigme qu'en tenant compte de ces deux dimensions du corps (physique) et de l'esprit (intelligence), ou, pour le dire autrement, de la libido maternelle et de la libido paternelle, la question &#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187; aspire le sujet dans un tournage en rond n&#233;vrotique, o&#249; la souffrance de l'esprit obs&#233;d&#233; a son pendant dans le sympt&#244;me physique de l'hyst&#233;rique. Si l'&#233;nigme n'a pas de solution, il reste que seule la prise en compte d'une troisi&#232;me dimension &#8212; celle de l'inconscient &#8212; permet de serrer borrom&#233;ennement l'&#233;nigme. Cette &#233;nigme, appelons-la d&#233;sormais avec Jacques Lacan objet &lt;i&gt;petit a&lt;/i&gt;. La question, d&#232;s lors, ne se donne plus tant &#224; entendre de la mani&#232;re classique &#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187;, mais bien cette fois : &#171; Quelle est lettre&#8230; ? C'est-&#224;-dire : quelle est la jouissance, se d&#233;chiffrant d&#233;sormais comme pure lettre (trait ou pur hi&#233;roglyphe, si l'on veut), qui se donne &#224; entendre dans cette &#233;nigme pos&#233;e par ce monstre inconscient qui n'est autre que la m&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait un temps d&#233;raisonnable, on avait mis les morts &#224; table &#187;, chante Aragon, avant d'entendre voler dans un ciel &#171; gris de nuages &#187; et d&#233;ployant leurs ailes par-dessus les &#171; maisons des quais &#187;, les oies sauvages criant &#171; la mort au passage &#187;. Les oies sauvages, ou l'oie (Loi) sauvage des cit&#233;s, qui bien que pourvu d'ailes ne fait que garder les places, tels les &#171; gal&#233;riens &#187; de Dembo Goumane. La violence ou l'agressivit&#233; qui se manifeste dans ce que Freud qualifiait de &#171; malaise dans la civilisation &#187; se laisse encore aujourd'hui d&#233;crypter dans le mythe &#339;dipien du h&#233;ros et de la sphinge. &#171; Le sphinx est un de ces animaux cr&#233;ateurs d'angoisse o&#249; l'on peut ais&#233;ment d&#233;couvrir des traits manifestes de leur d&#233;rivation maternelle &#187; (Jung, p. 309) : c'est l&#224; un motif mis en &#233;vidence par la psychanalyse s'int&#233;ressant aux formations de l'inconscient, qu'elle soit d'inspiration viennoise (Freud), suisse (Jung), ou fran&#231;aise (Lacan). &#338;dipe croyait avoir vaincu la sphinge, descendant directe de la grande d&#233;esse maternelle, en r&#233;solvant une &#233;nigme enfantine : or c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; partir de l&#224; qu'il fut en proie &#224; l'inceste et qu'il dut prendre sa propre m&#232;re (Jocaste la Reine veuve) comme &#233;pouse, puisque sa main ainsi que le tr&#244;ne devaient revenir &#224; celui qui avait d&#233;livr&#233; le pays du monstre. Contrairement aux apparences, &#338;dipe s'est tout simplement laiss&#233; terroris&#233; par l'apparition de la personnification de la m&#232;re d&#233;vorante en s'empressant de r&#233;pondre. Comme Jung le pr&#233;cise, il ignorait encore &#171; l'&#233;tonnement philosophique de Faust : &#8220;Les m&#232;res ! Les m&#232;res, comme cela sonne &#233;trangement !&#8221; Il ne savait pas que l'esprit de l'homme n'est jamais &#224; la hauteur de l'&#233;nigme du sphinx &#187; (Jung, p. 310). Si la violence que l'on agite aujourd'hui dans les m&#233;dias semble &#233;nigmatique, elle n'est en cela qu'&#224; l'image de la sphinge de l'antique Th&#232;bes. Que fait-elle l&#224; ? Souvenons-nous des paroles du po&#232;te : &#171; Le Sphinx avec ses chants artificieux nous obligea &#224; regarder devant nous sans sonder de myst&#232;res &#187; (Sophocle, &lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt;, 130, p. 648).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est une premi&#232;re version d'un article ensuite publi&#233; dans &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Psychologie-de-la-violence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Psychologie de la violence&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, (sous la dir. de Christophe Bormans et Guy Massat), &#201;d. Studyrama, Paris, pp. 128-144.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; FREUD Sigmund, &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, Petite Biblioth&#232;que Payot, 1965.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; FREUD Sigmund, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; H&#201;SIODE, &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/961-La-Theogonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ogonie&lt;/a&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; JUNG C. G., &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, Georg, Zurich, 1993.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LACAN Jacques, &#171; La famille &#187;, &lt;i&gt;Encyclop&#233;die fran&#231;aise&lt;/i&gt;, t. 8.40.3-16 et 42.1-8, Larousse, Paris, 1938.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LACAN Jacques, &#171; Intervention sur l'expos&#233; de D. Lagache &#8220;Deuil et m&#233;lancolie&#8221; &#224; la Soci&#233;t&#233; Psychanalytique de paris &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de psychanalyse&lt;/i&gt;, 1938, tome X n&#176; 3, pp. 564-565.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LACAN Jacques, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; MELMAN Charles, &lt;i&gt;L'Homme sans gravit&#233;&lt;/i&gt;, Deno&#235;l, 2002.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; SOPHOCLE, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/-rubrique46-.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#338;dipe Roi&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gen&#232;se de la violence et violence de la Gen&#232;se</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Genese-de-la-violence-et-violence.html</link>
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		<dc:date>2007-01-08T10:23:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Lacan</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Au sortir du paradis terrestre (sevrage, ablactation), Ca&#239;n, le premier n&#233;, est surpris par l'image de son fr&#232;re nouveau-n&#233;, Abel, attach&#233; &#224; la mamelle de la m&#232;re de tous les hommes, Eve : &#8220;Elle enfanta encore son fr&#232;re Abel&#8221; (4,2). Le regard de l'&#201;ternel sur cette offrande est regard de la m&#232;re sur cet enfant auquel elle offre son sein, image qui r&#233;active une chute, dont la Gen&#232;se t&#233;moigne du caract&#232;re par trop pr&#233;cipit&#233; et ravageur. Au sortir de l'Eden, Ca&#239;n est litt&#233;ralement &#8220;surpris par l'intrus dans le d&#233;sarroi du sevrage&#8221;, et tel l'enfant observ&#233; par saint Augustin, &#8220;il le r&#233;active sans cesse &#224; son spectacle&#8221;. Il r&#233;gresse imm&#233;diatement et &#8220;r&#233;agit&#8221; rapidement &#8220;par la destruction imaginaire du monstre&#8221; qui n'est autre que le simple reflet invers&#233; de son propre d&#233;sir, renvoyant ainsi Abel et l'inceste consomm&#233; dans les profondeurs des entrailles d'o&#249; il sort, celles de &#8220;la terre qui a ouvert sa bouche&#8221; comme le pr&#233;cisent les &#201;critures (4,11). Ca&#239;n, d&#233;sormais &#8220;errant&#8221; et &#8220;vagabond sur la terre&#8221;, est condamn&#233; - telle une fourmi sur la surface topologique -, &#224; ne jamais pouvoir y entrer si ce n'est qu'&#224; sa propre mort ; il inaugure par l&#224; m&#234;me le prototype du fantasme et de la culpabilit&#233; obsessionnelle.&lt;br /&gt;
Ce que nous enseigne tout aussi bien la Gen&#232;se que la lettre lacanienne, c'est que &#8220;la jalousie humaine&#8221;, en formant son objet, &#8220;se r&#233;v&#232;le comme l'arch&#233;type des sentiments sociaux&#8221;. L'&#233;ternel &#8220;Faisons l'homme &#224; notre image, selon notre ressemblance&#8221; ou &#8220;le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu'elle nous est r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'exp&#233;rience psychanalytique&#8221;, signifie que la confrontation au d&#233;sir incestueux (ou imago maternelle) est non seulement incontournable, mais surtout qu'elle r&#233;v&#232;le la violence inaugurale et constitutive du sujet de l'inconscient. &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;Gen&#232;se de la violence et violence de la Gen&#232;se&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton73-0208b.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;GEN&#200;SE DE LA VIOLENCE&lt;br /&gt;
ET VIOLENCE DE LA GEN&#200;SE&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au commencement &#233;tait l'acte &#187;, fait &#233;crire Goethe &#224; Faust, substituant ainsi le myst&#232;re du Verbe de l'&#233;vangile de saint Jean par un acte au caract&#232;re non moins myst&#233;rieux. Aspirant en effet &#224; une &#171; r&#233;v&#233;lation, qui nulle part ne brille d'un &#233;clat plus pur et plus beau que dans le Nouveau Testament &#187;, le jeune Faust, entrant dans le cabinet d'&#233;tude avec le barbet, ouvre le texte et se propose &#171; de traduire le saint original dans la langue allemande &#187; selon la m&#233;thode psychanalytique de la libre association, c'est-&#224;-dire en s'abandonnant pour une fois &#224; des &#171; impressions na&#239;ves &#187; : &#171; Il est &#233;crit : &#8220;Au commencement &#233;tait le verbe !&#8221; Ici je m'arr&#234;te d&#233;j&#224; ! Qui me soutiendra plus loin ? Il m'est impossible d'estimer assez ce mot, &#8220;le verbe !&#8221; Il faut que je le traduise autrement, si l'esprit daigne m'&#233;clairer. Il est &#233;crit : &#8220;Au commencement &#233;tait l'esprit !&#8221; R&#233;fl&#233;chissons bien sur cette premi&#232;re ligne, et que la plume ne se h&#226;te pas trop ! Est-ce bien l'esprit qui cr&#233;e et conserve tout ? Il devrait y avoir : Au commencement &#233;tait la force ! Cependant tout en &#233;crivant ceci, quelque chose me dit que je ne dois pas m'arr&#234;ter &#224; ce sens. L'esprit m'&#233;claire enfin ! L'inspiration descend sur moi, et j'&#233;cris consol&#233; : &#8220;Au commencement &#233;tait l'acte !&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Im Anfang war die Tat ! &#187;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Acte &#187; provient de la racine indo-europ&#233;enne &lt;i&gt;ag&lt;/i&gt;, qui signifie pousser devant soi. Cette signification premi&#232;re, identique au verbe latin &lt;i&gt;agere&lt;/i&gt;, signifiera plus tard &#171; s'occuper &#187; et &#171; agir &#187;, et donne &#233;galement en fran&#231;ais &#171; acte &#187;. Le verbe, l'acte, la force : pourquoi ne pas entendre cette libre association de Faust comme une invite &#224; nouer ces trois dimensions ? La force de l'acte de parole est au commencement de toute chose. Ainsi est &#233;crit dans la Gen&#232;se : &#171; Le Seigneur Dieu forma donc l'homme du limon de la terre ; Il souffla sur son visage un souffle de vie, et l'homme devint vivant et anim&#233; &#187; (Gen&#232;se 2,7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le souffle de la parole, la force de l'acte de parole est &#224; l'origine de l'homme, de la pulsion de vie, la violence se donne alors &#224; entendre imm&#233;diatement comme &#233;chec de la parole. Ainsi Ca&#239;n, au moment m&#234;me o&#249; il va pour adresser la parole &#224; son fr&#232;re Abel, se jette sur lui et le tue (4,8). La Gen&#232;se condense ainsi toute la probl&#233;matique de la violence : &#224; l'&#233;chec du verbe, sans la parole cr&#233;atrice de la vie, la force et l'action ne peuvent que s'allier dans une pulsion destructrice qui est pulsion de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'autres meurtres sont ensuite commis dans la Gen&#232;se, nul autre que ce meurtre primitif, ce meurtre premier, n'illustre mieux la violence &#224; l'oeuvre dans l'&#201;criture. Mais comment expliquer la gen&#232;se de ce meurtre ? L'ex&#233;g&#232;se en donne une interpr&#233;tation comme cons&#233;quence du p&#233;ch&#233; originel : ayant go&#251;t&#233; au fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, les hommes partageraient d&#233;sormais leurs actions en mauvaises et bienfaisantes. La suite logique est que, confront&#233; pour la premi&#232;re fois en acte &#224; ces deux p&#244;les, Ca&#239;n s'engage dans une mauvaise voie. Charge &#224; sa descendance de purger ensuite le p&#233;ch&#233; et de ne plus recommencer. L'explication est classique et ravie la psychologie moderne : elle est de bonne facture comportementaliste. Cependant, la lettre de l'&#201;criture est beaucoup plus riche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison en est que si l'on d&#233;chiffre &#224; la lettre l'acte de Ca&#239;n dans sa corr&#233;lation au p&#233;ch&#233; originel, cette explication masque un motif inconscient que chaque sujet est &#224; m&#234;me de retrouver dans sa propre structure psychique. S'y r&#233;v&#232;le l'enfant cach&#233; de la Gen&#232;se, l'enfant phallique refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient. C'est ce motif que nous allons expliciter, non pas tant ici en r&#233;f&#233;rence au mythe parricide freudien du m&#226;le de la horde primitive, qu'au stade du miroir de la formalisation lacanienne, que ce premier fratricide illustre magnifiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rappellerons dans un premier temps les tenants et les aboutissants bibliques du meurtre, puis, dans un second temps, il s'agira d'interpr&#233;ter comment le p&#233;ch&#233; originel et la chute du paradis avaient pr&#233;par&#233; &#224; cette confrontation fratricide des deux premiers n&#233;s de l'humanit&#233; mythique : Ca&#239;n et Abel. Enfin, il s'agira de mettre en &#233;vidence combien la formalisation de Jacques Lacan dite du stade du miroir, en faisant appel aux concepts fondamentaux de la psychanalyse comme l'imago, le &#171; fort-da &#187; ou le masochisme primaire, red&#233;couvre dans l'inconscient cette rivalit&#233; violente et fratricide inaugurale du pacte social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'instant du regard : le crime de Ca&#239;n&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons tout d'abord l'acte en lui-m&#234;me. C'est au chapitre quatre de la Gen&#232;se que Ca&#239;n commet son crime. Celui-ci peut &#234;tre compris comme une succession de trois temps logiques : le temps du regard, le temps pour comprendre et le moment de conclure. Puis, apr&#232;s coup, deux mouvements refoulent l'acte : inconsciemment d'abord, puisque le crime revient sous la forme hallucin&#233;e d'une question pos&#233;e par une voix (celle de l'&#201;ternel), puis consciemment ensuite, sous la forme d'un rejet de la faute sur l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le temps du regard&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence par un temps qui est temps du regard. Abel le berger et Ca&#239;n le laboureur font, chacun de leur c&#244;t&#233;, une offrande &#224; l'&#201;ternel : &#171; Au bout de quelque temps, Ca&#239;n fit &#224; l'&#201;ternel une offrande des fruits de la terre ; et Abel, de son c&#244;t&#233;, en fit une des premiers-n&#233;s de son troupeau et de leur graisse. L'&#201;ternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ; mais il ne porta pas un regard favorable sur Ca&#239;n et sur son offrande. Ca&#239;n fut tr&#232;s irrit&#233;, et son visage fut abattu &#187; (4,3-5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette asym&#233;trie du regard de l'&#201;ternel sur les offrandes respectives des deux fr&#232;res irrite Ca&#239;n, c'est-&#224;-dire le fait se lever et s'&#233;lancer vers la col&#232;re. Le temps pour comprendre qui succ&#232;de au temps du regard est d&#233;j&#224; bien entam&#233;, lorsque l'&#201;ternel tente d'expliquer &#224; Ca&#239;n le d&#233;sir et ses avatars : &#171; Et l'&#201;ternel dit &#224; Ca&#239;n : Pourquoi es-tu irrit&#233;, et pourquoi ton visage est-il abattu ? Certainement, si tu agis bien, tu rel&#232;veras ton visage, et si tu agis mal, le p&#233;ch&#233; se couche &#224; la porte, et ses d&#233;sirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui &#187; (4,6-7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;chec de ce moment pour comprendre. Ca&#239;n n'a pas acc&#232;s &#224; son d&#233;sir, il est en de&#231;&#224;. L'instant du regard le pr&#233;cipite dans un moment de conclure anticipatoire et d&#233;sastreux : &#171; Cependant, Ca&#239;n adressa la &lt;br class='autobr' /&gt;
parole &#224; son fr&#232;re Abel ; mais, comme ils &#233;taient dans les champs, Ca&#239;n se jeta sur son fr&#232;re Abel, et le tua &#187; (4,8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le refoulement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se donne alors &#224; entendre le refoulement, qui perp&#233;tue l'&#233;chec de la parole. Mais observons bien que le retour de refoul&#233; inconscient pr&#233;c&#232;de le refoulement au sens conscient du terme, qui lui est le fait de Ca&#239;n. Dans un premier temps, en effet, c'est la question : &#171; O&#249; est ton fr&#232;re Abel ? &#187; (4.9). Cette parole est retour du refoul&#233; car elle se donne &#224; entendre &#224; Ca&#239;n, sous la forme d'une voix hallucin&#233;e, celle de l'&#201;ternel. Ce &#171; O&#249; est ton fr&#232;re &#187;, n'est pas sans rappeler le &#171; O&#249; es-tu ? &#187; que l'&#201;ternel adresse &#224; Adam, apr&#232;s que celui-ci ait mang&#233; la pomme. C'est alors qu'Abel prend &#224; son compte le refoulement en esquivant la question et en r&#233;pondant : &#171; Je ne sais pas ; suis-je le gardien de mon fr&#232;re ? &#187; (4,9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'irr&#233;parable est d&#233;j&#224; commis, c'est n&#233;anmoins le refoulement qui devient ici le v&#233;ritable crime et qui va poursuivre d&#233;sormais Ca&#239;n : &#171; Et Dieu dit : Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton fr&#232;re crie de la terre jusqu'&#224; moi &#187; (4,10). La voix du sang fait retour, poursuit Ca&#239;n, qui d&#233;sormais a peur de subir le m&#234;me ch&#226;timent, peur d'&#234;tre tu&#233; : &#171; Quiconque me trouvera me tuera &#187; (4.14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier temps fondateur - et qui reste toujours incompr&#233;hensible pour Ca&#239;n - fait alors retour, c'est le temps du regard : &#171; L'oeil &#233;tait dans la tombe et regardait Ca&#239;n &#187; (Victor Hugo). Il n'est d&#232;s lors pas difficile de reconna&#238;tre avec C. G. Jung que, derri&#232;re ce motif de l'oeil d'un dieu vengeur, se cachent &#171; les traits du p&#232;re effrayant dont la col&#232;re poursuit &#187; (Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, pp. 122-125).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le signifiant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons que ce refoulement n'est nullement annulable par le ch&#226;timent. Bien au contraire, le ch&#226;timent le perp&#233;tue en tentant d'en effacer la trace. Car, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, le ch&#226;timent subit par Ca&#239;n est doublement curieux. Non seulement l'&#201;ternel va prot&#233;ger Ca&#239;n, mais, en outre, il lui r&#233;serve la place qu'il avait r&#233;serv&#233;e &#224; Abel : &#171; L'&#201;ternel lui dit : si quelqu'un tuait Ca&#239;n, Ca&#239;n serait veng&#233; sept fois. Et l'&#201;ternel mit un signe sur Ca&#239;n pour que quiconque le trouverait ne le tu&#226;t point &#187; (4.15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que Ca&#239;n r&#233;ussit &#224; se prot&#233;ger, il est justement stigmatis&#233; par cette protection (ce &#171; signe &#187; mit par l'&#201;ternel sur Ca&#239;n). La trace du crime effac&#233;e par le pardon se perp&#233;tue d&#232;s lors comme pur signifiant. Ce qui est convoqu&#233; par Ca&#239;n pour le prot&#233;ger sert justement &#224; sa perte, puisque cette trace effac&#233;e par le pardon &#171; signe &#187; d&#233;sormais sa faute sur une autre sc&#232;ne, comme disait Freud, sur laquelle sans cesse lui sera rem&#233;mor&#233; son crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca&#239;n est condamn&#233; &#224; errer comme un vagabond : &#171; Maintenant, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton fr&#232;re. Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus sa richesse. Tu seras errant et vagabond sur la terre &#187; (11-12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons cependant que si le ch&#226;timent consiste &#224; ne plus pouvoir &#234;tre cultivateur (le sol ne donnera plus de richesse) et d'&#234;tre condamn&#233; &#224; errer (c'est-&#224;-dire &#224; &#234;tre pasteur), il l&#233;gitime alors pleinement le motif du crime puisque Ca&#239;n &#233;tait laboureur et Abel berger. En confortant Ca&#239;n en lieu et place d'Abel, ce ch&#226;timent en forme de pardon est l&#224; pour lui rappeler le crime et ses motifs. Ainsi Ca&#239;n peut le juger &#171; trop grand pour &#234;tre support&#233; &#187; (4,13).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps pour comprendre :&lt;br /&gt;
la chute du paradis terrestre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que le meurtre soit fondateur, n'est-ce pas l&#224; la d&#233;couverte que Freud nous proposait dans son c&#233;l&#232;bre Totem et Tabou ? Ind&#233;niablement, bien qu'un d&#233;placement ce soit ici faufil&#233; entre le mythe freudien et le mythe biblique. Dans le mythe freudien, le meurtre est commis sur le p&#232;re et les fils s'entendent ensuite pour le pacte civilisateur, tandis que dans le mythe biblique, le meurtre est commis sur le fr&#232;re, et le p&#232;re donne ensuite sa &#171; b&#233;n&#233;diction &#187; au fils pour fonder la civilisation moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la civilisation n'&#233;chappe pas au meurtre fondateur (Freud et les &#233;critures saintes semblent s'accorder sur ce point), quel est le v&#233;ritable mobile du crime ? Un regard ? Un regard, certes, mais en quoi ce regard est-il ravageur ? En quoi ce regard a-t-il des effets aussi d&#233;vastateurs sur celui qui en subit la c&#233;cit&#233; ? C'est que ce regard marque l'incompl&#233;tude de l'homme par rapport &#224; sa propre image. C'est le pas que Lacan fait faire &#224; notre &#233;coute des formations de l'inconscient. L&#224; o&#249; Freud interpr&#232;te la face cach&#233;e du meurtre en &#233;quivalence du d&#233;sir incestueux, Lacan va confirmer l'interpr&#233;tation sans pour autant faire appel au mythe de la horde primitive, mais &#224; sa formalisation du stade du miroir, suivant en cela saint Augustin &#224; la lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le comprendre, il nous faut encore une fois en revenir au commencement, c'est-&#224;-dire au p&#233;ch&#233; originel. C'est l&#224; que le v&#233;ritable motif du meurtre de Ca&#239;n se donne &#224; entendre et se laisse d&#233;voiler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Faisons l'homme &#224; notre image&lt;/i&gt; &#187; (Gen&#232;se 1,26)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me jour (1,23), apr&#232;s que la terre a produit des animaux vivants selon leur esp&#232;ce (1,23), les animaux terrestres, Dieu cr&#233;a l'homme : &#171; Puis Dieu dit : Faisons l'homme &#224; notre image, selon notre ressemblance &#187; (1,26), pour &#171; qu'il domine sur les animaux terrestres &#187; (1,26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il conclure de ce c&#233;l&#232;bre verset que Dieu est &#224; l'image de l'homme ? Certainement pas, cela n'est nullement d&#233;ductible de la proposition biblique verset 26 du premier chapitre de la Gen&#232;se. Ce qui est seulement &#224; entendre, mais ce n'est pas rien, c'est que : l'homme semble sans cesse pr&#233;c&#233;der par son image. Qu'est-ce &#224; dire ? Des pr&#233;cisions sont apport&#233;es un peu plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que tout a &#233;t&#233; achev&#233;, au septi&#232;me jour, on sait en effet que Dieu se repose de son oeuvre. Cependant, comme dans un brusque &#171; flash-back &#187;, le deuxi&#232;me chapitre de Gen&#232;se entame alors la narration d&#233;taill&#233;e de la cr&#233;ation de l'homme : une vapeur (2,6) s'&#233;l&#232;ve de la terre, arrose toute sa surface, et Dieu peut alors cr&#233;er l'homme en lui soufflant dans les narines &#171; un souffle de vie &#187; (2,7). L'&#201;ternel le met dans le jardin d'Eden qu'il avait plant&#233; &#224; cet effet &#224; l'orient, au sein duquel reposaient trois arbres : d'abord un arbre de toute esp&#232;ce, agr&#233;able &#224; voir, et dont les fruits &#233;taient &#171; bons &#224; manger &#187;, puis &#171; l'arbre de la vie &#187; (au milieu du jardin), et enfin &#171; l'arbre de la connaissance du bien et du mal &#187; (2,9). On se souvient que l'ordre donn&#233; par l'&#201;ternel &#224; l'homme est celui de ne pas manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal : &#171; L'&#201;ternel Dieu donna cet ordre &#224; l'homme : Tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour o&#249; tu en mangeras, tu mourras &#187; (2, 16-17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que l'&#201;ternel se fait cette r&#233;flexion : &#171; Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable &#224; lui &#187; (2,18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Eros, celui qui rompt les membres&lt;/i&gt; &#187; (H&#233;siode)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plongeant dans un &#171; profond sommeil &#187; (sorte d'hypnose), l'&#201;ternel op&#233;ra l'homme, &#171; prit une de ses c&#244;tes &#187;, et &#171; referma la chair &#224; sa place &#187; (2, 23). Avec cette c&#244;te, &#171; l'&#201;ternel Dieu forma une femme &#187;, et la pr&#233;senta &#224; l'homme (2,22) : &#171; Et l'homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! on l'appellera femme, parce qu'elle a &#233;t&#233; prise de l'homme &#187; (2,23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si pour H&#233;siode et la mythologie grecque, Eros, le Dieu de l'Amour, est d'abord celui qui rompt les membres, il a, on le voit, son pendant dans la mythologie biblique, puisque c'est apr&#232;s s'&#234;tre vu briser les os que l'homme conna&#238;t l'amour de la femme. Cet arrachement devra sans cesse &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;, puisqu'il est rappel&#233; dans la foul&#233;e que l'homme devra sans cesse renouveler cet arrachement et quitter son p&#232;re et sa m&#232;re, pour retrouver sa femme : &#171; C'est pourquoi l'homme quittera son p&#232;re et sa m&#232;re, et s'attachera &#224; sa femme, et ils deviendront une seule chair &#187; (2,24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la r&#233;f&#233;rence au mythe de Platon d'un &#234;tre unique &#224; l'origine que Zeus aurait s&#233;par&#233; en deux, et dont les deux moiti&#233;s n'auraient ensuite de cesse de s'accoupler, ce qu'il nous faut entendre ici, c'est que cet acte d'arrachement, de l'homme &#224; la terre, de la c&#244;te &#224; l'homme, de la femme &#224; la c&#244;te, etc., pr&#233;c&#232;de qu'on le veuille ou non toute sexualit&#233; : &#171; [...] Dieu leur dit : Soyez f&#233;conds, multipliez, remplissez la terre [...] &#187; (1,28).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'enfant cach&#233; de la Gen&#232;se&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le serpent, qui &#233;tait le plus rus&#233; de tous les animaux (3,1), proposa alors &#224; la femme de manger le fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, soudaine condensation de l'arbre de la vie et de l'arbre de la connaissance bien et du mal. Comment s'y prend-il ? &#171; Vous ne mourrez point &#187; (3,4), lui dit-il. Puis il s'empresse de pr&#233;ciser : &#171; Le jour o&#249; vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront &#187; (3,15), et &#171; vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal &#187; (3,15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme et la femme, qui ne s'appelaient pas encore Adam et &#200;ve, mang&#232;rent du fruit de l'arbre d&#233;fendu (3,6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que, jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#171; l'homme et sa femme &#233;taient tous deux nus &#187;, et n'en avaient point honte (2,25), &#171; les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils &#233;taient nus &#187; (3,7), et ils y rem&#233;di&#232;rent cousant des feuilles de figuier pour s'en faire des &#171; ceintures &#187; (3,7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous ici, c'est le moment d'interpr&#233;ter. Dans une lettre &#224; Jung, dat&#233;e du 17 d&#233;cembre 1911, Freud invite son correspondant &#224; comprendre le mythe de la Gen&#232;se comme une &#171; mis&#233;rable d&#233;figuration tendancieuse d'un apprenti pr&#234;tre &#187;, qui, comme dans un r&#234;ve, aurait &#171; condens&#233; en un r&#233;cit deux sources diff&#233;rentes &#187;. Ainsi s'expliquerait selon lui, par exemple, la confusion entre les deux arbres : &#171; Il n'est pas impossible que les deux arbres sacr&#233;s viennent de ce que dans chacun des &#233;crits qui lui ont servi de sources, il a trouv&#233; un arbre &#187; (S. Freud et C. G. Jung, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, 1906-1914, Gallimard, Paris, 1992). Mais, plus g&#233;n&#233;ralement, Freud d&#233;fend la proposition selon laquelle le mythe de la Gen&#232;se ne relate que des formes &#171; manifestes &#187; de motifs mythologiques, qui ne sont pas directement utilisables pour des r&#233;sultats psychanalytiques. Seules leurs formes latentes et originelles sont v&#233;ritablement exploitables du point de vue de l'inconscient, ce qui n'est accessible que par un travail d'&#233;laboration et de comparaison avec d'autres mythes, afin d'&#233;carter les d&#233;figurations grossi&#232;res que ces motifs ont subies au cours du processus de civilisation et de d&#233;veloppement des mythes. &#192; suivre Freud sur cette voie d'interpr&#233;tation, la s&#233;quence ci-dessus se fait entendre selon un ordre logique qui n'est pas sans nous rappeler quelques &#233;vidences : Dieu vient d'inciter l'homme et la femme &#224; se multiplier, puis un fruit est cueilli, et enfin des yeux s'ouvrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t clairement que ce fruit qui chute de l'arbre de la vie doit ici se comprendre comme une m&#233;taphore : celle d'un enfant qui vient de na&#238;tre et dont les yeux s'ouvrent &#224; la vie. Qu'&#233;voque donc ce serpent fantaisiste, ce serpent qui rampe, si ce n'est le premier r&#233;flexe du nourrisson, celui du &#171; fouissement &#187;, o&#249; le nouveau n&#233; rampe sur le ventre de sa m&#232;re afin de venir &#171; automatiquement &#187; se sustenter jusqu'au sein ? Ce r&#233;flexe fait partie de ce que l'on appelle les r&#233;flexes &#171; archa&#239;ques &#187; du nourrisson, lesquels apparaissent d&#232;s la naissance, pour dispara&#238;tre ensuite. Ils sont au nombre de quatre. Tout d'abord, le r&#233;flexe dit de Moro ou r&#233;flexe d'embrassement : les bras s'&#233;cartent sym&#233;triquement et se rejoignent. Ensuite, le r&#233;flexe de redressement et de marche automatique : &#224; une pression plantaire, l'enfant r&#233;agit en se redressant. En troisi&#232;me lieu, le &lt;i&gt;grasping&lt;/i&gt;, o&#249; la stimulation de la paume de la main entra&#238;ne une flexion des doigts et un agrippement. Enfin, celui que nous venons d'&#233;voquer, le r&#233;flexe de fouissement, c'est-&#224;-dire le r&#233;flexe de recherche et d'orientation vers le sein, lequel est d'ailleurs suivi des r&#233;flexes de succion et de d&#233;glutition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;flexes ont certes une valeur adaptatrice importante (leur absence est signe d'immaturit&#233;), mais une valeur qui est purement &lt;br class='autobr' /&gt;
fonctionnelle puisqu'ils disparaissent ensuite rapidement, cette disparition m&#234;me signant l'&#233;volution d'une bonne maturation. Cependant, en comparant l'ensemble de ces r&#233;flexes archa&#239;ques &#224; la s&#233;quence biblique, le fruit d&#233;fendu pr&#233;sente une &#233;trange ressemblance avec le sein maternel, et le serpent avec l'enfant lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons en effet interpr&#233;ter le p&#233;ch&#233; originel comme une condensation des quatre r&#233;flexes archa&#239;ques du nourrisson. Dans le fait de s'&#233;lever pour cueillir le fuit d'abord, qui repr&#233;sente ici le r&#233;flexe de redressement (ne voit-on pas, sur bon nombre de repr&#233;sentations et gravures, le serpent debout au pied de l'arbre d&#233;fendu ?) Dans l'acte lui-m&#234;me de cueillir ce fruit, ensuite, o&#249; se condensent les r&#233;flexes d'embrassement et d'agrippement. Quant au fruit que l'enfant souhaite cueillir apr&#232;s avoir ramp&#233; comme un serpent sur le ventre de sa m&#232;re (r&#233;flexe du &#171; fouissement &#187;), il se substitue pleinement dans ce contexte au sein maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;O&#249; es-tu ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que de cette mani&#232;re que l'on peut comprendre le fameux &#171; O&#249; es-tu ? &#187; (3,9) que l'&#201;ternel adresse &#224; l'homme. Car si l'&#201;ternel voit tout, on est en droit de se demander pourquoi il demande &#224; l'homme o&#249; il est : &#171; Mais l'&#201;ternel Dieu appela l'homme, et lui dit : O&#249; es-tu ? Il r&#233;pondit : J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis cach&#233;. Et l'&#201;ternel Dieu dit : Qui t'a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mang&#233; de l'arbre dont je t'avais d&#233;fendu de manger ? L'homme r&#233;pondit : La femme que tu as mise aupr&#232;s de moi m'a donn&#233; de l'arbre, et j'en ai mang&#233;. Et l'&#201;ternel Dieu dit &#224; la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? La femme r&#233;pondit : Le serpent m'a s&#233;duite, et j'en ai mang&#233; &#187; (3, 9-13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le motif classique de la femme apparaissant comme la s&#233;ductrice de l'homme, &#224; qui elle donnerait la pomme &#224; manger, para&#238;t un peu court eu &#233;gard au foisonnement mythologique. Dans sa lettre &#224; Jung, Freud lui confie que Otto Rank l'a rendu attentif au fait qu'il pourrait s'agir ici, dans le mythe de la Gen&#232;se, d'une simple inversion de motif : &#171; Alors la chose serait claire ; Eve serait la m&#232;re dont na&#238;t Adam, et nous nous trouverions devant l'inceste maternel qui nous est familier, dont la punition, etc. Tout aussi &#233;trange est ce trait que la femme donne &#224; l'homme quelque chose de f&#233;condant (une grenade) &#224; manger. En revanche, invers&#233;, cela est &#224; nouveau quelque chose de connu. Que l'homme donne &#224; la femme un fruit &#224; manger, c'est une vieille c&#233;r&#233;monie de mariage (cf. encore la fa&#231;on dont Proserpine doit rester dans l'Had&#232;s comme &#233;pouse de Pluton) &#187; (Freud &#224; Jung, 17 d&#233;cembre 1911).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans remettre radicalement en cause cette interpr&#233;tation, il est selon nous plus simple ici d'envisager que le fruit donn&#233; par la femme &#224; l'homme est tout simplement un enfant et qu'ainsi l'&#233;quation donn&#233;e plus haut se laisse r&#233;soudre selon l'&#233;quivalence : serpent = enfant = fruit = sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, &#224; la m&#234;me &#233;poque, C. G. Jung va plus loin dans la mise en &lt;br class='autobr' /&gt;
perspective de cette &#233;quation entre le fruit de l'arbre et le sein maternel. Dans &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, il insiste en effet longuement sur le caract&#232;re maternel du bois en g&#233;n&#233;ral et de l'arbre de vie en particulier : &#171; L'arbre de vie est en premier lieu sans doute un arbre g&#233;n&#233;alogique portant des fruits, donc une sorte de m&#232;re des g&#233;n&#233;rations. De nombreux mythes font descendre les hommes des arbres, beaucoup repr&#233;sentent le h&#233;ros enferm&#233; dans l'arbre maternel : ainsi Osiris mort dans la bruy&#232;re ; Adonis, dans la myrrhe, etc. De nombreuses divinit&#233;s f&#233;minines &#233;taient v&#233;n&#233;r&#233;es sous formes d'arbres : d'o&#249; le culte des bois et des arbres sacr&#233;s. Il est par cons&#233;quent compr&#233;hensible que &lt;br class='autobr' /&gt;
ce soit sous un pin qu'Attis s'&#233;mascule : cela signifie qu'il le fait &#224; cause de sa m&#232;re - ou en relation avec elle. La Junon de Thespie &#233;tait une branche d'arbre ; celle de Samos, une planche ; celle d'Argos, une colonne ; la Diane de Carie, un morceau de bois mal d&#233;grossi ; l'Ath&#233;n&#233;e de Lindus, une colonne polie. Tertullien appelle la C&#233;r&#232;s de Pharos : &#8220;&lt;i&gt;rudis palus et informe lignum sine effigie&lt;/i&gt;&#8221;. Athenaeus remarque au sujet de la Latone de D&#233;los qu'elle est un (...), un morceau de bois informe. Tertullien nomme une Pallas attique : &#8220;&lt;i&gt;crucis stipes&lt;/i&gt;&#8221;, pieu en forme de croix (ou m&#226;t). Le simple pilier de bois est phallique, comme l'indique d&#233;j&#224; le nom (&lt;i&gt;Pfahl&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;palus&lt;/i&gt;, etc.) &#187; (C. G. Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fruit de l'arbre repr&#233;sentant le sein maternel est, selon l'expression de Jung, &#171; symbole de libido &#187;. C'est-&#224;-dire que le fruit, le sein maternel, repr&#233;sente &#171; la libido du fils dont l'objet fut jadis la m&#232;re &#187; (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, p. 375). En ce sens, l'insistance sur le fruit signe la r&#233;sistance du fils &#224; d&#233;tacher sa libido de l'imago maternelle, signe la permanence et la souffrance du d&#233;sir incestueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; retenir ce motif d'&#233;quivalence entre l'arbre et le sein de la m&#232;re, le fameux &#171; O&#249; es-tu &#187; de l'&#201;ternel se donne ainsi &#224; entendre d'une mani&#232;re quelque peu diff&#233;rente ; il ne s'adresse pas tant &#224; l'homme &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; son fils premier-n&#233; : Ca&#239;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'ablactation ou la chute du paradis terrestre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; o&#249; es-tu ? &#187;, n'est pas tant une interrogation qu'une exclamation, une interpellation : tu en es encore l&#224;, au sein de ta m&#232;re ! C'est bien l'enfant (serpent) qui est ici sevr&#233; en &#233;tant maudit &#224; se rappeler le fouissement : &#171; L'&#201;ternel Dieu dit au serpent : Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le b&#233;tail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussi&#232;re tous les jours de ta vie &#187; (3,14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; jamais grav&#233;e dans la fameuse &#233;nigme de la Sphinge que r&#233;sout &#338;dipe en r&#233;v&#233;lant que l'homme est d'abord celui qui marche &#224; quatre pattes, cette naissance premi&#232;re et idyllique ne sera plus : &#171; Il dit &#224; la femme : J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur &#187; (3,16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inimiti&#233; est alors jet&#233;e sur l'enfant, sur la post&#233;rit&#233; de l'homme : &#171; Je mettrai inimiti&#233; entre toi et la femme, entre ta post&#233;rit&#233; et sa post&#233;rit&#233; : celle-ci t'&#233;crasera la t&#234;te, et tu lui blesseras le talon &#187; (3,15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'homme, on le sait, il devra travailler : &#171; Il dit &#224; l'homme : Puisque tu as &#233;cout&#233; la voix de ta femme, et que tu as mang&#233; de l'arbre au sujet duquel je t'avais donn&#233; cet ordre : Tu n'en mangeras point ! le sol sera maudit &#224; cause de toi. C'est &#224; force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des &#233;pines et des ronces, et tu mangeras de l'herbe des champs. C'est &#224; la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'&#224; ce que tu retournes dans la terre, d'o&#249; tu as &#233;t&#233; pris ; car tu es poussi&#232;re, et tu retourneras dans la poussi&#232;re &#187; (3,17-20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se de la naissance est alors confirm&#233;e par la nomination &lt;br class='autobr' /&gt;
d'Adam et d'&#200;ve, qui jusque-l&#224; n'avaient pas de nom, et par le statut d'&#200;ve en tant que m&#232;re, qui est alors ent&#233;rin&#233; : &#171; Adam donna &#224; sa femme le nom d'&#200;ve : car elle a &#233;t&#233; la m&#232;re de tous les vivants &#187; (3,20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;criture peut alors revenir sur l'hypoth&#232;se de la consommation du fruit de l'arbre de la connaissance, et sous-entend que le fruit mang&#233; aurait &#233;t&#233; le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal : &#171; L'&#201;ternel Dieu dit : Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Emp&#234;chons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre &#233;ternellement &#187; (3,22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, la chute du paradis terrestre, qui ne doit pas tant s'entendre au sens conscient d'une cons&#233;quence d'un p&#233;ch&#233; quelconque, que comme l'ablactation pr&#233;matur&#233;e du petit de l'homme. L'embl&#232;me de l'Eden, immortalis&#233; par les ch&#233;rubins et leur &#233;p&#233;e flamboyante, condense alors toute la probl&#233;matique de l'enfant (ch&#233;rubin) et de sa coupure (l'&#233;p&#233;e) du sein maternel : &#171; Et l'&#201;ternel Dieu le chassa du jardin d'Eden, pour qu'il cultiv&#226;t la terre, d'o&#249; il avait &#233;t&#233; pris. C'est ainsi qu'il chassa Adam ; et il mit &#224; l'orient du jardin d'Eden les ch&#233;rubins qui agitent une &#233;p&#233;e flamboyante, pour garder le chemin de l'arbre de vie &#187; (3,23-24).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le moment de conclure :&lt;br /&gt;
le fratricide stade du miroir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; On trouverait difficilement une &lt;i&gt;nursery&lt;/i&gt; sans conflits violents entre ses habitants &#187;, &#233;crit Freud dans ses conf&#233;rences d'introduction &#224; la psychanalyse. La principale raison de ces conflits, Freud la trouve dans le d&#233;sir de chacun de monopoliser &#224; son profit l'amour des parents. Dans ces conditions, les sentiments hostiles se portent d'abord sur les fr&#232;res et les soeurs, pr&#233;cise-t-il. Et l'Eden comme premi&#232;re &lt;i&gt;nursery&lt;/i&gt; n'y fait pas exception. C'est &#224; la lumi&#232;re de cette r&#232;gle freudienne &#233;l&#233;mentaire que doit se comprendre le meurtre d'Abel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca&#239;n est le premier-n&#233; con&#231;u dans le paradis terrestre. C'est lui qui, &lt;br class='autobr' /&gt;
avant tout, en a &#233;t&#233; chass&#233;. Cette image idyllique de l'enfant au paradis - de l'enfant au sein de la m&#232;re -, elle le hantera partout comme un oeil qui le regarde. &#192; commencer par la naissance de son fr&#232;re, Abel, qui r&#233;active cette imago maternelle &#224; laquelle il ne peut mesurer que son incompl&#233;tude, son d&#233;sir dans toute son ali&#233;nation. C'est l&#224; toute l'originalit&#233; de la th&#232;se lacanienne, laquelle s'affirme d&#232;s 1938 dans un article sur la famille et son fameux &#171; stade du miroir &#187;. Revisitant la th&#232;se d'Henri Wallon (&lt;i&gt;Les Origines du caract&#232;re chez l'enfant&lt;/i&gt;, &#233;ditions Boivin et Cie, Paris, 1934, pp. 190-207), Jacques Lacan prend &#224; t&#233;moin saint Augustin. &#171; La faiblesse du corps au premier &#226;ge est innocente, dit saint Augustin, l'&#226;me ne l'est pas &#187; : &#171; Un enfant que j'ai vu et observ&#233; &#233;tait jaloux. Il ne parlait pas encore, et regardait, p&#226;le et farouche, son fr&#232;re de lait. Chose connue ; les m&#232;res et nourrices pr&#233;tendent conjurer ce mal par je ne sais quels enchantements. Mais est-ce innocence dans ce petit &#234;tre, abreuv&#233; &#224; cette source de lait abondamment &#233;panch&#233; de n'y pas souffrir pr&#232;s de lui un fr&#232;re indigent dont ce seul aliment soutient la vie ? &#187; (&lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt;, I, VII).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se fondamentale soutenue conjointement par Lacan et saint Augustin est ici que la rivalit&#233; fraternelle ne doit pas tant s'entendre comme un conflit entre deux individus, que comme un conflit dans chaque sujet, conflit psychique interne issu de la confrontation &#224; cette identification mentale (imago maternelle) constitutive du d&#233;sir incestueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#234;tre qui absorbe est tout absorb&#233; &#187;, &#233;crit Jacques Lacan. Cela semble &#224; premi&#232;re vue paradoxal, que ce soit l'enfant qui t&#232;te qui soit en fait lui-m&#234;me absorb&#233;. Cette absorption n'est nullement paradoxale, si l'on comprend qu'&#224; ce stade l'objet du d&#233;sir se confond avec le sujet du d&#233;sir dans le fantasme fondamental constitutif du petit de l'homme. Si, du point de vue du besoin en effet, l'acte porte bien sur l'oralit&#233;, en d'autres termes si, du point de vue corporel, il s'agit bien d'un allaitement, d'un nourrissage, du point de vue du d&#233;sir par contre, cette satisfaction va bien au-del&#224; d'une satisfaction nourrici&#232;re. C'est avant tout une absorption, et qui plus est une absorption &#171; scopique &#187;. Scopique parce que le regard de l'enfant qui t&#232;te croise, se r&#233;fl&#233;chit et se confond avec celui de la m&#232;re, lequel se satisfait lui-m&#234;me de regarder son enfant se satisfaire : &#171; Dans l'allaitement, l'&#233;treinte et la contemplation de l'enfant, la m&#232;re, en m&#234;me temps, re&#231;oit et satisfait le plus primitif de tous les d&#233;sirs (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Regard de regard &#187;, &#171; d&#233;sir de d&#233;sir &#187;, l'on entre ici d'embl&#233;e dans une topologie particuli&#232;re, celle de l'inconscient, qui sp&#233;cifie et oriente toute la structure psychique de l'&#234;tre parlant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'imago maternelle&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'imago a, &#224; l'origine, &#233;t&#233; forg&#233; par C. G. Jung dans son &lt;br class='autobr' /&gt;
article de 1911, &#171; M&#233;tamorphoses et symboles de la libido &#187;. Le terme est emprunt&#233; au roman de Carl Spitteler, Prix Nobel de litt&#233;rature de 1919. D&#232;s cette &#233;poque, Jung entend se diff&#233;rencier de la th&#233;orie freudienne et, notamment, de la notion de complexe trop &#233;troitement associ&#233;e &#224; la notion de d&#233;sir incestueux. Cette notion d'imago, selon Jung, rend en effet mieux compte de la libido inconsciente, laquelle ne saurait en aucun cas se laisser d&#233;finir selon une direction exacte et unique, mais serait bien au contraire multi-directionnelle et conflictuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses ouvrages ult&#233;rieurs, C. G. Jung remplacera le terme &#171; imago &#187; par son fameux concept &#171; arch&#233;type &#187;, exprimant ainsi les caract&#232;res impersonnels et collectifs des motifs qui r&#233;sident dans les couches historiquement les plus profondes de l'inconscient (Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, p. 100). Jung renverse ainsi radicalement la conception freudienne qui accorde la primaut&#233; au d&#233;sir incestueux. Pour Jung, ce d&#233;sir n'est pas premier et la &#171; prohibition de l'inceste &#187; n'a rien de primaire, mais est bien secondaire et ne peut &#234;tre d&#233;finie que d'un strict point de vue social. Le d&#233;sir premier, le but premier, est simple d&#233;sir de redevenir enfant, de retourner sous la protection maternelle. C'est sur la voie de ce d&#233;sir premier que l'enfant rencontre l'inceste, puisqu'un des moyens les plus simples de r&#233;aliser ce d&#233;sir est de revenir dans la m&#232;re pour la f&#233;conder et &#234;tre &#224; nouveau r&#233;-enfant&#233; par elle : &#171; Ce qui est recherch&#233;, ce n'est pas la cohabitation incestueuse, mais la renaissance &#187; (Jung, p. 376). &#171; L'obstacle de la prohibition de l'inceste rend la fantaisie inventive [...]. L'aboutissement du tabou de l'inceste et de ses tentations de transposition, c'est l'exercice de l'imagination qui, peu &#224; peu, en cr&#233;ant des possibilit&#233;s, trace des voies le long desquelles la libido peut s'activer. Elle se trouve ainsi transposer insensiblement en des formes spirituelles &#187; (Jung, p. 376).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement radical permet &#224; Jung de se s&#233;parer compl&#232;tement d'une th&#233;orie sexuelle des n&#233;vroses, ce que l'on a appel&#233; le pansexualisme freudien : &#171; L'absurdit&#233; instinctuelle n&#233;vrotique de l'homme jeune tient donc &#224; une disposition analogue de ses parents et le trouble de sa sph&#232;re sexuelle est un ph&#233;nom&#232;ne secondaire et nullement primaire. Par cons&#233;quent, il n'y a pas de th&#233;orie sexuelle, mais il y a une th&#233;orie psychologique des n&#233;vroses &#187; (Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, p. 2748).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce concept d'imago que part Jacques Lacan pour construire sa formalisation du stade du miroir. Cependant, si pour Jung l'imago est une formation inconsciente purement fantasmatique, sans lien r&#233;el avec le d&#233;sir incestueux, dans sa formalisation, Jacques Lacan lui redonne toute sa dimension &#171; d'apr&#232;s-coup &#187;, c'est-&#224;-dire traumatisante et sexuelle pour le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stade du miroir vient en effet dans un premier temps redoubler ce que Rank qualifiait quant &#224; lui de &#171; traumatisme de la naissance &#187;, c'est-&#224;-dire l'arrachement du nouveau-n&#233; aux entrailles du ventre maternel. En ce sens, Lacan reconna&#238;t que cette ablactation, ce sevrage au sens le plus &#233;troit, &#171; donne son expression psychique, la premi&#232;re et aussi la plus ad&#233;quate, &#224; l'imago plus obscure d'un sevrage plus ancien, plus p&#233;nible et d'une plus grande ampleur vitale : celui qui, &#224; la naissance, s&#233;pare l'enfant de la matrice, s&#233;paration pr&#233;matur&#233;e d'o&#249; provient un malaise que nul soin maternel ne peut compenser &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Lacan reste tr&#232;s critique &#224; l'&#233;gard des th&#232;ses de O. Rank, il insiste cependant &#224; sa mani&#232;re sur la base objective de ce traumatisme qu'il accorde volontiers &#224; la pr&#233;maturation sp&#233;cifique de la naissance chez l'homme : &#171; L'angoisse, dont le prototype appara&#238;t dans l'asphyxie de la naissance, le froid, li&#233; &#224; la nudit&#233; du t&#233;gument, et le malaise labyrinthique auquel r&#233;pond la satisfaction du bercement, organisent par leur triade le ton p&#233;nible de la vie organique qui, pour les meilleurs observateurs, domine les six premiers mois de l'homme. Ces malaises primordiaux ont tous la m&#234;me cause : une insuffisante adaptation &#224; la rupture des conditions d'ambiance et de nutrition qui font l'&#233;quilibre parasitaire de la vie intra-ut&#233;rine &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, et bien au-del&#224; de faire de l'homme &#171; un animal &#224; naissance pr&#233;matur&#233;e &#187;, c'est bien la captation ali&#233;nante de la rencontre avec le d&#233;sir inconscient que vient redoubler et sp&#233;cifier l'imago de l'enfant &#224; la mamelle. Car de m&#234;me que l'arrachement de la c&#244;te d'Adam pr&#233;c&#232;de l'&#233;rotisme de l'homme, l'arrachement du sein maternel laisse subsister dans l'apr&#232;s-coup la trace de l'&#233;rotisme premier o&#249; le d&#233;sir incestueux se r&#233;v&#232;le comme d&#233;sir de l'Autre, et se fige dans l'image de la captation scopique (&#171; Le d&#233;sir inconscient est le d&#233;sir de l'Autre &#187;, Lacan, 1966, p. 632).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que le moi affirme son &#171; identit&#233; &#187;, il se confond avec cette image qui le forme et l'ali&#232;ne. C'est en ce sens, rappelons-le ici, qu'il faut entendre les paroles bibliques selon lesquelles l'&#201;ternel a fait l'homme &#224; son image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la maturation du petit de l'homme ne peut se concevoir que comme une longue suite de sevrages r&#233;p&#233;t&#233;s, dans lesquels ce sevrage primordial sera au fur et &#224; mesure liquid&#233; et son complexe d&#233;pass&#233;. C'est ainsi que se constitue la personnalit&#233; : &#171; tout ach&#232;vement de la personnalit&#233; exige ce nouveau sevrage &#187;. &#192; cet &#233;gard, Lacan rappelle l'id&#233;e h&#233;g&#233;lienne selon laquelle &#171; l'individu qui ne lutte pas pour &#234;tre reconnu hors du groupe familial n'atteint jamais &#224; la personnalit&#233; avant la mort &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Du &#171; fort-da &#187; &#224; l'enfant battu&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ach&#232;vement de la maturit&#233; et le d&#233;passement de ce stade imaginaire ne s'effectuent qu'avec la survenue et la r&#233;solution d'un nouveau complexe, symbolique celui-l&#224; - et nomm&#233;ment le complexe d'&#338;dipe -, un stade est d&#233;j&#224; primordial pour en signer la r&#233;solution anticipatoire, et c'est ce stade que Lacan qualifie du miroir. Mais, plut&#244;t que d'une &#233;volution vers Jung, il s'agit bien plus d'un retour &#224; Freud, dans la description des r&#233;actions et attitudes sp&#233;cifiques que ce conflit r&#233;anime dans chaque sujet, r&#233;actions que Freud avait d&#233;j&#224; observ&#233;es en son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si l'on comprend que le malaise du sevrage humain (ablactation ou chute du paradis terrestre) est la principale source du d&#233;sir de mort, force est de reconna&#238;tre que le d&#233;passement de cette imago, de ce complexe, ne peut s'effectuer que par un passage par ce qu'il faut qualifier de &#171; masochisme primaire &#187;. Masochisme qualifi&#233; ici de &#171; primaire &#187; ou fondamental, dans la mesure o&#249; pour se donner une chance de d&#233;passer l'ali&#233;nation premi&#232;re, le sujet se voit justement contraint, dans un premier temps, de la reproduire. C'est en effet ce que Freud avait d&#233;j&#224; observ&#233; en 1920 dans son &#171; Au-del&#224; du principe de plaisir &#187;, chez l'enfant aux prises avec sa bobine de fil, jeu ou mise en sc&#232;ne immortalis&#233;e par ses deux exclamations &#171; fort &#187; et &#171; da &#187; : &#171; C'est bien ainsi que sont apparus les jeux primitifs de l'enfant &#224; l'oeil connaisseur de Freud : cette joie de la premi&#232;re enfance de rejeter un objet du champ de son regard, puis, l'objet retrouv&#233;, d'en renouveler in&#233;puisablement l'exclusion, signifie bien que c'est le path&#233;tique du sevrage que le sujet s'inflige &#224; nouveau, tel qu'il l'a subi, mais dont il triomphe maintenant qu'il est actif dans sa reproduction. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la quintessence m&#234;me de ce jeu du &#171; fort-da &#187; que Lacan retrouve dans ce qu'il nomme stade du miroir. &#192; ceci pr&#232;s qu'il y distingue les trois attitudes condens&#233;es dans le &#171; fort-da &#187; du neveu de Freud, lesquelles sont celles de la parade (mise en sc&#232;ne), du despotisme (fort), de la s&#233;duction (da) : &#171; Qu'on s'arr&#234;te un instant, dit Lacan, &#224; l'enfant qui se donne en spectacle et &#224; celui qui le suit du regard : quel est le plus spectateur ? Ou bien qu'on observe l'enfant qui prodigue envers un autre ses tentatives de s&#233;duction : o&#249; est le s&#233;ducteur ? Enfin, de l'enfant qui jouit des preuves de la domination qu'il exerce et de celui qui se compla&#238;t &#224; s'y soumettre, qu'on se demande quel est le plus asservi ? Ici se r&#233;alise ce paradoxe : que chaque partenaire confond la partie de l'autre avec la sienne propre et s'identifie &#224; lui &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; la grammaire mise en &#233;vidence par Freud en 1919 lorsque, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;coutant le fantasme s'&#233;noncer sous la forme d'un &#171; On bat un enfant &#187;, il le d&#233;chiffre en faisant jouer au sujet tous les r&#244;les de ce sc&#233;nario, observant n&#233;anmoins que cet enfant battu est d'abord et avant tout un fr&#232;re ha&#239; : &#171; Dans la chambre d'enfants il y a aussi d'autres enfants, plus &#226;g&#233;s ou plus jeunes de tr&#232;s peu d'ann&#233;es, qu'on n'aime pas beaucoup, pour bien des raisons, mais principalement parce qu'on doit partager avec eux l'amour des parents, et qu'&#224; cause de cela on repousse de soi avec toute l'&#233;nergie sauvage qui est propre &#224; la vie sentimentale de ces ann&#233;es. Si c'est un petit fr&#232;re ou une petite soeur plus jeune (...) on le m&#233;prise, non content de le ha&#239;r, et il faut pourtant qu'on supporte de voir comme il tire &#224; lui cette part de tendresse que les parents aveugl&#233;s r&#233;servent chaque fois au plus jeune. On comprend bient&#244;t que le fait d'&#234;tre battu, m&#234;me si cela ne fait pas tr&#232;s mal, signifie une r&#233;vocation de l'amour et une humiliation &#187; (S. Freud, &#171; Un enfant est battu &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, vol. XV, pp. 115-146).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Freud pr&#233;cise en effet que dans un second temps, constitutif de l'intervention de la culpabilit&#233; et le refoulement du d&#233;sir incestueux, le sadisme s'inverse en masochisme. Sous l'effet de la r&#233;gression, l'&#233;criture du fantasme fondamental peut alors s'&#233;noncer d&#233;sormais ainsi : &#171; Le p&#232;re me bat (je suis battu par le p&#232;re). &#187; Cette permutation des r&#244;les - aussi bien des acteurs que des spectateurs - dans le sc&#233;nario est sp&#233;cifique du fantasme fondamental, et il en va de m&#234;me dans la formalisation du stade du miroir o&#249;, selon la formule de Lacan, &#171; chaque partenaire confond la partie de l'autre avec la sienne propre et s'identifie &#224; lui &#187;. C'est encore une fois ici le sujet lui-m&#234;me, ou encore le path&#233;tique de son propre sevrage, qu'il s'inflige &#224; nouveau, en le donnant en spectacle, en lui prodiguant des tentatives de s&#233;ductions, ou le repoussant comme un despote. Il se donne &#224; voir, &#224; se faire s&#233;duire par, ou &#224; se faire dominer par ce path&#233;tique, &#171; tel qu'il l'a subi &#187;, pour mieux en triompher dans l'activit&#233; de sa repr&#233;sentation : &#171; L'objet que choisit l'agressivit&#233; dans les primitifs jeux de la mort est, en effet, hochet ou d&#233;chet, biologiquement indiff&#233;rent ; le sujet l'abolit gratuitement, en quelque sorte pour le plaisir, il ne fait que consommer ainsi la perte de l'objet maternel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, prendre l'autre pour miroir de soi-m&#234;me permet de renvoyer une image permettant de fixer l'un des p&#244;les du masochisme primaire afin de tenter de le d&#233;passer f&#251;t-ce sur un mode hautement sacrificiel. Dans ces jeux primitifs ou ce stade, cette rencontre en miroir &#171; d&#233;bouche sur une alternative nouvelle o&#249; se joue le sort de la r&#233;alit&#233; &#187; : &#171; Ou bien il [le sujet] retrouve l'objet maternel et va s'accrocher au refus du r&#233;el et &#224; la destruction de l'autre ; ou bien, conduit &#224; quelque autre objet, il le re&#231;oit sous la forme caract&#233;ristique de la connaissance humaine, comme objet communicable, puisque concurrence implique &#224; la fois rivalit&#233; et accord ; mais en m&#234;me temps il reconna&#238;t l'autre avec lequel s'engage la lutte ou le contrat, bref il trouve &#224; la fois l'autrui et l'objet socialis&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire qu'ou bien le sujet r&#233;ussit, gr&#226;ce notamment &#224; ses identifications primaires et secondaires, &#224; d&#233;passer cette ali&#233;nation premi&#232;re de son d&#233;sir et sa captation imaginaire, ou bien il n'y r&#233;ussit pas, et il est alors irr&#233;m&#233;diablement engag&#233; sur une pente r&#233;gressive et agressive. &#171; Dans la mesure o&#249; elle r&#233;siste &#224; ces exigences nouvelles qui sont celles du progr&#232;s de la personnalit&#233;, pr&#233;cise Jacques Lacan, l'imago, salutaire &#224; l'origine, devient facteur de mort &#187; (Lacan, 1938). La rencontre avec l'autre, dans la mesure o&#249; elle r&#233;active l'absorption premi&#232;re et dans et par l'objet non-sublim&#233;, engage en effet le sujet vers la r&#233;gression du d&#233;sir &#224; un app&#233;tit. Ali&#233;n&#233; dans l'image du d&#233;sir de l'autre, le sujet ne se donne plus &#224; entendre que dans &#171; c'est un moi ou l'autre &#187;, c'est-&#224;-dire que &#171; c'est un moi ou l'autre qui doit dispara&#238;tre &#187;. Si c'est un moi, alors le sujet peut rester fixer &#224; l'imago du sein maternel, et se donne alors la mort selon cette image : gr&#232;ve de la faim ou r&#233;gime, anorexie mentale, toxicomanies, etc. C'est &#171; l'app&#233;tit de la mort &#187; &#233;crit Jacques Lacan : &#171; Cette tendance psychique &#224; la mort, sous la forme originelle que lui donne le sevrage, se r&#233;v&#232;le dans des suicides tr&#232;s sp&#233;ciaux qui se caract&#233;risent comme &#8220;non violents&#8221;, en m&#234;me temps qu'y appara&#238;t la forme orale du complexe : gr&#232;ve de la faim de l'anorexie mentale, empoisonnement lent de certaines toxicomanies par la bouche, r&#233;gime de famine des n&#233;vroses gastriques. L'analyse de ces cas montre que, dans son abandon &#224; la mort, le sujet cherche &#224; retrouver l'imago de la m&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'avec le crime de Ca&#239;n l'Ancien testament donne &#224; entendre avec Freud et Lacan, c'est que c'est tout sp&#233;cialement dans la situation &#171; fraternelle primitive &#187; que la violence primordiale se d&#233;montre. Ce ph&#233;nom&#232;ne, secondaire &#224; l'identification, est en rapport &#233;troit avec le nourrissage, selon le th&#232;me classique de la pomme et du fruit d&#233;fendu, &#233;galement illustr&#233; par le passage de saint Augustin : &#171; Nulle part ailleurs que dans la rencontre du fr&#232;re non sevr&#233;, cette ali&#233;nation fondamentale ne se donne &#224; entendre dans ses effets d&#233;vastateurs. C'est l&#224; o&#249; l'image de l'ali&#233;nation fondamentale culmine &#187;. La raison derni&#232;re en est &#171; qu'elle r&#233;p&#232;te dans le sujet l'imago de la situation maternelle et avec elle le d&#233;sir de la mort &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus d'un enfant qui se consid&#232;re comme tr&#244;nant en s&#233;curit&#233; dans l'amour in&#233;branlable de ses parents a &#233;t&#233; d'un seul coup d&#233;chu de tous les cieux de sa toute-puissance pr&#233;somptueuse &#187;, &#233;crit Freud en 1919 (&#171; On bat un enfant &#187;). Au sortir du paradis terrestre (sevrage, ablactation), Ca&#239;n, le premier n&#233;, est surpris par l'image de son fr&#232;re nouveau-n&#233;, Abel, attach&#233; &#224; la mamelle de la m&#232;re de tous les hommes, Eve : &#171; Elle enfanta encore son fr&#232;re Abel &#187; (4,2). Le regard de l'&#201;ternel sur cette offrande est regard de la m&#232;re sur cet enfant auquel elle offre son sein, image qui r&#233;active une chute, dont la Gen&#232;se t&#233;moigne du caract&#232;re par trop pr&#233;cipit&#233; et ravageur. Au sortir de l'Eden, Ca&#239;n est litt&#233;ralement &#171; surpris par l'intrus dans le d&#233;sarroi du sevrage &#187;, et tel l'enfant observ&#233; par saint Augustin, &#171; il le r&#233;active sans cesse &#224; son spectacle &#187;. Il r&#233;gresse imm&#233;diatement et &#171; r&#233;agit &#187; rapidement &#171; par la destruction &lt;br class='autobr' /&gt;
imaginaire du monstre &#187; qui n'est autre que le simple reflet invers&#233; de son propre d&#233;sir, renvoyant ainsi Abel et l'inceste consomm&#233; dans les profondeurs des entrailles d'o&#249; il sort, celles de &#171; la terre qui a ouvert sa bouche &#187; comme le pr&#233;cisent les &#201;critures (4,11). Ca&#239;n, d&#233;sormais &#171; errant &#187; et &#171; vagabond sur la terre &#187;, est condamn&#233; - telle une fourmi sur la surface topologique -, &#224; ne jamais pouvoir y entrer si ce n'est qu'&#224; sa propre mort ; il inaugure par l&#224; m&#234;me le prototype du fantasme et de la culpabilit&#233; obsessionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous enseigne tout aussi bien la Gen&#232;se que la lettre lacanienne, c'est que &#171; la jalousie humaine &#187;, en formant son objet, &#171; se r&#233;v&#232;le comme l'arch&#233;type des sentiments sociaux &#187; (Lacan, 1938). L'&#233;ternel &#171; Faisons l'homme &#224; notre image, selon notre ressemblance &#187; ou &#171; le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu'elle nous est r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'exp&#233;rience psychanalytique &#187; (Lacan, Seuil, Paris, 1966, p. 93-100), signifie que la confrontation au d&#233;sir incestueux (ou imago maternelle) est non seulement incontournable, mais surtout qu'elle r&#233;v&#232;le la violence inaugurale et constitutive du sujet de l'inconscient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Im Anfang war die Tat !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est une premi&#232;re version d'un article ensuite publi&#233; dans &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Psychologie-de-la-violence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Psychologie de la violence&lt;/a&gt;, (sous la dir. de Christophe Bormans et Guy Massat), &#201;d. Studyrama, Paris, pp. 19-35.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Freud et le souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Leonard-de-Vinci-de-Freud.html</link>
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		<dc:date>2006-03-17T14:58:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ces &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, - ces boulettes de la m&#232;re -, associ&#233;es, ici, avec la fourrure du pardessus, la longue queue, la petite barbe en pointe, les turqueries, un Freud &#8220;stup&#233;fait&#8221; par la d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt;... &#199;a nous parle quand m&#234;me un peu tout &#231;a :&lt;br /&gt;
&#8220;Mon r&#234;ve des trois Parques, dit Freud beaucoup plus loin, est un r&#234;ve de faim, tr&#232;s net, mais il ram&#232;ne le besoin de nourriture &#224; la nostalgie de l'enfant pour le sein maternel et il utilise un penchant innocent pour en couvrir un plus grand qui, lui, ne peux s'ext&#233;rioriser franchement&#8221; (&lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt;, p. 204).&lt;br /&gt;
R&#233;fl&#233;chissons : ne serait-ce pas l&#224; ce &lt;i&gt;penchant plus grand&lt;/i&gt; du r&#234;ve des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, qui viendrait, justement, faire irruption dans le sujet qui nous pr&#233;occupe, - au travers de ce &#8220;Vautour-Geier&#8221; du &lt;i&gt;Souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci&lt;/i&gt; ? Non pas tant, ici, comme un &lt;i&gt;lapsus&lt;/i&gt;, encore moins comme un jugement conscient, que les auteurs du &lt;i&gt;Livre noir&lt;/i&gt; s'empressent bien vite &#224; qualifier de &#8220;mauvaise foi&#8221;, mais bien comme un jugement inconscient, quelque chose qui serait ici de l'ordre de ce que Freud qualifiera de &#8220;&lt;i&gt;Verleugnung&lt;/i&gt;&#8221; dans son article sur le &#8220;F&#233;tichisme&#8221; - c'est-&#224;-dire : un d&#233;ni &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;Da Vinci Ode&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Seminaires-.html" rel="directory"&gt;S&#233;minaires psychanalytiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton65-c2632.gif?1757671327' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de l'intervention au s&#233;minaire interne de l'&#201;cole Psychanalytique de la Salp&#234;tri&#232;re (EPSa - &lt;i&gt;Sexe&lt;/i&gt;-poser) le mercredi 14 d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Lorsque la recherche m&#233;dicale sur l'&#226;me, qui d'ordinaire se contente d'un mat&#233;riel humain m&#233;diocre, aborde l'un des Grands du genre humain, elle n'ob&#233;it pas pour autant aux motifs qui lui sont si fr&#233;quemment imput&#233;s par les profanes. Elle ne tend pas &#8220;&#224; noircir ce qui rayonne, ni &#224; tra&#238;ner le sublime dans la poussi&#232;re&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi - par ces cinq lignes - que Freud ouvre son Essai : &#171; Un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci &#187;. Au-del&#224; de la r&#233;sonance que peut avoir, aujourd'hui, pour nous - apr&#232;s la publication du &lt;i&gt;Livre noir de la psychanalyse&lt;/i&gt; -, ces quelques lignes introductives, je vous demanderai, bien entendu, de pr&#234;ter ici attention &#224; un signifiant : le signifiant &#171; poussi&#232;re &#187; (&#171; Staub &#187;), que Freud emprunte ici &#224; Schiller. Je ne vous le citerai pas en Allemand (le mien est d&#233;plorable ), mais en Fran&#231;ais, &#231;a donne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le monde aime &#224; noircir ce qui rayonne&lt;br /&gt;
Et &#224; tra&#238;ner le sublime dans la poussi&#232;re &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... Tra&#238;ner le sublime dans la poussi&#232;re... &#187; Deux vers, tir&#233;s d'un po&#232;me de Schiller, dont le titre et l'apostrophe ne sont pas ici anodin - bien au contraire -, puisqu'il s'agit de &#171; Das Madchen von Orleans &#187; (&#171; La Jeune fille d'Orl&#233;ans &#187;), po&#232;me ins&#233;r&#233; comme prologue &#224; l'&#233;dition de 1801 de sa pi&#232;ce &#171; Die Jungfrau von Orleans &#187;, autrement dit, cette fois, que l'on peut bien traduire par : &#171; La pucelle d'Orl&#233;ans &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. F. von Schiller, &#171; article 618 &#187;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et la pi&#232;ce, nous dit-on, est une attaque violente contre &#171; La Pucelle d'Orl&#233;ans &#187; de Voltaire (1762), que Schiller (entre autre) juge blasph&#233;matoire, et c'est par ce po&#232;me, qu'il d&#233;cide, justement, de rendre &#224; Jeanne d'Arc, disons toute sa &#171; dignit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud ne pouvait r&#234;ver mieux pour introduire son essai sur L&#233;onard de Vinci !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci &#187; (&#171; Eine Kindheitserinnerung des L&#233;onardo Da Vinci &#187;) - mais qu'il aurait peut-&#234;tre &#233;t&#233; plus juste d'intituler : &#171; Une fantaisie infantile de L&#233;onard de Vinci &#187; -, est publi&#233; pour la premi&#232;re fois en mai 1910, chez Franz Deuticke : le manuscrit fait 71 pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud n'y fera que deux ajouts, lors de la publication de la seconde et de la troisi&#232;me &#233;dition, respectivement en 1919 et 1923, nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage a d'abord &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais par M. Bonaparte, en 1927, puis ensuite, par J. Altounian et &lt;i&gt;ali&lt;/i&gt; (A. et O. Bourgignon, P. Cotet et A. Rauzy) en 1987 (dont est paru une &#233;dition bilingue en 1991) ; puis enfin, dans les &#339;uvres compl&#232;tes de Sigmund Freud (volume X), publi&#233;e chez PUF en 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces deux derni&#232;res &#233;ditions - et notamment l'&#233;dition bilingue - que j'utiliserai ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que Freud avait, depuis semble-t-il assez longtemps, un faible pour L&#233;onard de Vinci. Il soumet notamment son cas &#224; Fliess, dans une lettre dat&#233;e du 9 octobre 1898, dans le cadre d'une sombre th&#233;orie des gauchers &#224; laquelle Fliess para&#238;t s'int&#233;resser &#224; l'&#233;poque. En 1907 (ann&#233;e de la publication sur la &#171; Gradiva de Jensen &#187;), invit&#233; par Hugo Heller &#224; r&#233;v&#233;ler ses dix livres pr&#233;f&#233;r&#233;s, il place le roman de Dimitri Merejkovski sur L&#233;onard &#224; la cinqui&#232;me place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet essai - &#171; Un souvenir d'enfance sur L&#233;onard de Vinci &#187; occupe - non pas dans l'&#339;uvre de Freud, mais - pour l'Homme-Freud, une place tout &#224; fait particuli&#232;re, une place cruciale, disons pivot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, peut-&#234;tre, parce que c'est &#224; son retour d'Am&#233;rique (en octobre 1909) - que lui vient l'id&#233;e - disons ici particuli&#232;rement &#171; fix&#233;e &#187;, si ce n'est &#171; fixe &#187; - d'&#233;crire cet ouvrage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis mon retour, &#233;crit-il &#224; Jung dans une tr&#232;s longue lettre dat&#233;e du 17 octobre 1909, j'ai eu une seule id&#233;e. L'&#233;nigme du caract&#232;re de L&#233;onard de Vinci est tout &#224; coup devenue transparente pour moi. Ce serait donc l&#224; un premier pas dans la biographie. Mais le mat&#233;riel sur L[&#233;onard] est si maigre que je d&#233;sesp&#232;re d'exposer de mani&#232;re saisissable aux autres ce dont je suis &#224; bon escient convaincu. J'attends &#224; pr&#233;sent avec impatience un ouvrage italien sur sa jeunesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit tr&#232;s certainement de N. Smiraglia Scognamiglio, Ricerche e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que j'ai command&#233;. Entre-temps je peux vous r&#233;v&#233;ler le secret. - Vous [et l&#224; il y a, dans la lettre originale, un lapsus de Freud, qui &#233;crit &#171; mich &#187; (moi) au lieu de &#171; sich &#187; (vous)] - Vous rappelez-vous ma remarque dans les Th&#233;ories sexuelles infantiles (2e &#171; recueil &#187; [l'essai vient d'&#234;tre r&#233;imprim&#233; en f&#233;vrier 1909]), sur l'&#233;chec n&#233;cessaire de cette investigation primitive des enfants, et l'effet paralysant qui r&#233;sulte de ce premier &#233;chec ? Relisez ces mots ; ils n'&#233;taient alors pas compris aussi s&#233;rieusement que je les comprends maintenant. Or, le grand L&#233;onard, qui &#233;tait sexuellement inactif ou homosexuel, &#233;tait &#233;galement un tel homme, qui a t&#244;t converti sa sexualit&#233; en pulsion de savoir, et qui est rest&#233; accroch&#233; &#224; l'exemplarit&#233; [&lt;i&gt;Vorbildlichkeit&lt;/i&gt;] de l'inach&#232;vement &#187; (Freud-Jung, Correspondance, Gallimard, Paris, 1975, p. 336).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, le moment auquel Freud se lance dans ce projet d'&#233;crire son essai sur L&#233;onard de Vinci, semble en tous points pivot : de retour de ce formidable voyage en Am&#233;rique, nous allons, tout doucement, vers le IIe congr&#232;s de Psychanalyse (apr&#232;s celui de Salzbourg en 1908), le Congr&#232;s de Nuremberg (30 et 31 mars 1910), et o&#249; seront fond&#233;s le &lt;i&gt;Zentralblatt fur Psychoanalyse&lt;/i&gt; et, surtout, l'IPA, o&#249; C. G. Jung prendra place dans son premier fauteuil pr&#233;sidentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud semble totalement absorb&#233; par son essai, &#224; tel point qu'il interrompt la r&#233;daction de ses &lt;i&gt;Cinq Le&#231;ons&lt;/i&gt; (ses le&#231;ons d'Am&#233;rique - trois seulement sont termin&#233;es) pour se consacrer uniquement &#224; son &#233;tude sur L&#233;onard de Vinci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; &#224; la fin mai 1910, cet essai restera pendant longtemps son ouvrage de pr&#233;dilection, &#233;crivant encore &#224; Ferenczi en 1919 (soit 9 ans apr&#232;s, dans une lettre dat&#233;e du 13 f&#233;vrier), que ce texte est &#171; la seule belle chose &#187; qu'il ait jamais produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; : &#171; ... une seule id&#233;e &#187; (&#224; Jung), &#171; ... la seule belle chose... &#187; (&#224; Ferenczi), tout ici nous laisse entendre que cette &lt;i&gt;Fantaisie de L&#233;onard&lt;/i&gt;... H&#233; bien c'est son essai &#171; F&#233;tiche &#187; &#224; Freud - et je n'avance peut-&#234;tre pas ce mot au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors effectivement, l'essai commence bien par ce fameux &#171; secret &#187;, - secret de &#171; l'&#233;nigme &#187;, pour reprendre les propres mots de Freud, &#171; secret &#187; qu'il &#171; r&#233;v&#232;le &#187; &#224; Jung en octobre 1910 (&lt;i&gt;lapsus calami&lt;/i&gt; en prime) -, Freud red&#233;couvrant son propre texte, le second des &#171; Trois essais... &#187; (celui sur les &#171; Th&#233;ories sexuelles infantiles &#187;) ; ce texte donc sur &#171; l'&#233;chec n&#233;cessaire de cette investigation primitive des enfants &#187;, c'est par l&#224; que Freud commence, d&#232;s la premi&#232;re section de l'essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais auparavant, bien s&#251;r, il nous touche quelques mots de la vie, de l'&#339;uvre et de la sexualit&#233; de L&#233;onard. Ce que nous allons tout de m&#234;me faire ici, nous aussi.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;I&lt;br /&gt;
L&#233;onard de Vinci et &#171; &lt;i&gt;il primo motore&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard, est n&#233; en 1452 dans la petite ville de Vinci (entre Florence et Empoli).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Enfance de L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un enfant hors mariage, d'un p&#232;re, Ser Piero da Vinci, &#171; notaire et rejeton d'une famille de notaires et de cultivateurs &#187; - lesquels tenaient leur nom de la localit&#233; de Vinci - ; et d'une m&#232;re, une certaine Catarina, vraisemblablement &#171; une jeune paysanne &#187;, nous dit Freud, et qui &#233;pousera plus tard, en secondes noces, un autre habitant de la localit&#233; de Vinci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard passe, selon Freud, les premi&#232;res ann&#233;es de sa jeune vie (&#171; d&#233;cisives &#187;, nous pr&#233;cise-t-il) chez sa m&#232;re, &#171; pauvre et abandonn&#233;e &#187; ; et, &#224; l'&#226;ge de cinq ans (d'apr&#232;s les registres des imp&#244;ts), il est accueilli dans la maison de son p&#232;re, lequel s'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment re-mari&#233; avec une noble femme - Donna Albiera -, l'ann&#233;e m&#234;me de la naissance de L&#233;onard, mais qui n'avait pas encore eu d'enfant. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette &#171; absence &#187;, suppose Freud - &#171; l'absence d'enfant dans ce mariage &#187; - que L&#233;onard doit d'&#234;tre &#171; accueilli au cours de sa cinqui&#232;me ann&#233;e (...) dans la maison paternelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette maison paternelle, L&#233;onard est donc tout d'abord un &#171; enfant ill&#233;gitime &#187;, Freud prend bien soin de le pr&#233;ciser ; mais des enfants l&#233;gitimes viendront ensuite - et en nombre -, puisque L&#233;onard, aura finalement 12 fr&#232;res et s&#339;urs (10 fr&#232;res et 2 s&#339;urs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit L&#233;onard est donc &#233;lev&#233; dans la maison paternelle &#224; partir de 5 ans, jusqu'&#224; ce qu'il entre comme apprenti dans l'atelier d'Andrea del Verrocchio (&#224; un &#226;ge que l'on ignore), mais probablement fort jeune - tout ce que l'on sait, c'est que le nom de L&#233;onard figure d&#233;j&#224;, en 1472 (il a donc 20 ans), sur la liste des membres de la &#171; Compagnia del Pittori &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, voil&#224;, c'est tout ce que l'on sait sur l'enfance de L&#233;onard de Vinci. Et encore, une bonne moiti&#233; a l&#224;-d&#233;j&#224; &#233;t&#233; reconstruit par Freud, on verra peut-&#234;tre comment ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin nous voyons l&#224; d&#232;s le d&#233;part, un certain nombre de signifiants qui, bien entendu, int&#233;ressent Freud au plus pr&#232;s, pour qui se souvient de la configuration familiale d'un Freud, fils a&#238;n&#233; du troisi&#232;me mariage de son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un Grand homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de l'essai, en effet, Freud nous d&#233;peint ce L&#233;onard en &#171; Grand &#187; : un &#171; G&#233;nie universel &#187;, un homme &#171; d'une beaut&#233; achev&#233;e du visage &#187;, &#171; d'une force corporelle inaccoutum&#233;e &#187;, &#171; enchanteur dans ses mani&#232;res &#187;, &#171; ma&#238;tre du discours &#187;, portant volontiers des &#171; v&#234;tements fastueux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme Grand, donc (avec un grand G), et un homme tout &#224; fait myst&#233;rieux : &#171; &#201;nigmatique &#187;, &#171; Ma&#238;tre myst&#233;rieux &#187;, soup&#231;onner de s'adonner &#224; la &#171; magie noire &#187;, diss&#233;quant &#171; des cadavres de chevaux ou d'hommes &#187;, et construisant des &#171; appareils &#187; pour le moins curieux. Voil&#224; un homme qui, pour Freud, s'&#233;cartait &#171; consid&#233;rablement des commentateurs d'Aristote et se rapprochait des alchimistes m&#233;pris&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud nous cite un extrait de son &lt;i&gt;Trait&#233; de la peinture&lt;/i&gt;, &#171; significatif &#187; selon l'expression de Freud, dans lequel L&#233;onard, comparant la peinture &#224; la sculpture, d&#233;crit les incommodit&#233;s du travail du sculpteur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le voici [le sculpteur] avec le visage tout barbouill&#233; et poudr&#233; de poussi&#232;re de marbre, si bien qu'il a l'air d'un boulanger et est tellement recouvert de petits &#233;clats de marbre qu'il semble avoir re&#231;u de la neige sur le dos, et sa demeure est pleine d'&#233;clats de pierre et de poussi&#232;re. C'est tout le contraire dans le cas du peintre, car le peintre est assis tr&#232;s confortablement devant son oeuvre, bien habill&#233;, et manie le tr&#232;s l&#233;ger pinceau aux aimables couleurs. Il est par&#233; d'habits &#224; sa guise. Et sa demeure est pleine de peintures enjou&#233;es, et d'une propret&#233; resplendissante. Il a souvent de la compagnie, musique ou lecteurs de diverses belles oeuvres, ce qu'on &#233;coute avec grand agr&#233;ment sans fracas de marteau ni autre bruit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; ce jeune homme enjou&#233; et plein de poussi&#232;re, ce beau, grand et myst&#233;rieux L&#233;onard, se combine et, surtout, succ&#232;de (apr&#232;s la premi&#232;re p&#233;riode de L&#233;onard de Vinci) un chercheur, faisant place, lui, &#224; une certaine &#171; lenteur &#187;, voire une certaine &#171; inhibition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revirement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce revirement, Freud le situe au moment de son d&#233;part de Milan, apr&#232;s le d&#233;clin du r&#232;gne de Ludovic Sforza, dit le More (&#224; la cour duquel, nous rappelle Freud, L&#233;onard s'&#233;tait introduit comme joueur de luth). &#192; un L&#233;onard qui, dans une premi&#232;re p&#233;riode, semble d'abord travailler sans inhibition, d'une &#171; force cr&#233;atrice virile &#187; et connaissant, &#224; Milan, une forte &#171; productivit&#233; artistique &#187;, succ&#232;de donc, en France (&#171; son dernier asile &#187;), un homme &#171; instable &#187;, &#171; peu riche en succ&#232;s ext&#233;rieurs &#187; ; un homme dont &#171; l'&#233;clat &#187; de &#171; l'humeur (...) p&#226;li &#187;, nous dit Freud, et dont les int&#233;r&#234;ts en viennent toujours plus &#224; se porter &#171; de son art [peinture et sculpture] vers la science &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc deux p&#233;riodes : avant et apr&#232;s 1499, lorsqu'il part de Milan pour aller &#224; Florence, puis &#224; Paris (1516).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, il est peut-&#234;tre n&#233;cessaire de relativiser un peu ici : sa &#171; lenteur &#187; - &#171; proverbiale &#187;, pr&#233;cise Freud -, s'&#233;tait manifest&#233;e d&#232;s le d&#233;but de son &#339;uvre, et notamment dans l'ex&#233;cution d'un de ces chef-d'&#339;uvre, la C&#232;ne, &#224; tel point que, selon Freud, c'est elle, cette lenteur, qui est la cause premi&#232;re de la d&#233;t&#233;rioration si rapide de la fresque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est elle [sa lenteur] aussi qui d&#233;termina le destin de la C&#232;ne, qui n'&#233;tait pas imm&#233;rit&#233;. L&#233;onard ne put se familiariser avec la peinture al fresco [En italien dans le texte. Peinture &#8220;al fresco&#8221;, c'est-&#224;-dire sur un support &#8220;frais&#8221; ; d'o&#249; l'expression fran&#231;aise peinture &#224; fresque ; c'est donc en un sens impropre que &#8220;fresque&#8221; peut designer une peinture murale r&#233;alis&#233;e selon un autre proc&#233;d&#233;, comme celui de L&#233;onard.] qui requiert de travailler rapidement, tant que l'enduit est encore humide ; aussi choisit-il des couleurs &#224; l'huile dont la dessiccation lui permettait de tirer en longueur l'ach&#232;vement de la fresque, selon l'humeur et &#224; loisir. Mais ces couleurs se d&#233;tach&#232;rent de l'enduit sur lequel elles furent appliqu&#233;es et qui les isolait du mur ; les d&#233;fauts de ce mur et les destins subis par ce lieu concoururent &#224; provoquer la d&#233;t&#233;rioration in&#233;luctable, semble-t-il, de la fresque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lenteur proverbiale &#187; donc : pas moins de 3 ans pour peindre la C&#232;ne du couvent de Santa Maria delle Grazie &#224; Milan, pas moins de 4 ans pour le portrait de Monna Lisa, sans compter, que cette &#171; lenteur &#187;, l'oblige &#224; laisser inachev&#233;es bon nombre de ses &#339;uvres (comme ces derniers tableaux : la L&#233;da, la Madone de Sant'Onofrio, le Bacchus et le Saint Jean-Baptiste jeune), et ce, semble-t-il, dans la plus grande indiff&#233;rence du ma&#238;tre lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette &#171; lenteur proverbiale &#187;, de cette &#171; inactivit&#233; et indiff&#233;rence &#187; et, finalement, de ce &#171; d&#233;tournement &#187; de l'int&#233;r&#234;t de L&#233;onard pour la peinture, au profit d'un int&#233;r&#234;t a priori &#171; &#233;tranger &#187; - &#171; celui de l'exp&#233;rimentateur &#187; -, Freud en fait le &#171; sympt&#244;me &#187; d'une &#171; inhibition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que du point de vue de sa sexualit&#233;, L&#233;onard semble &#233;galement - de ce qu'on peut en savoir : et justement on en sait peu, ce qui est bien une preuve pour Freud -, L&#233;onard semble donc du point de vue de la sexualit&#233;, relativement : &#171; inhib&#233; &#187;, l&#224; encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sexualit&#233; de L&#233;onard de Vinci&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et L&#233;onard, nous dit Freud, donne en effet &#171; l'exemple d'une froide r&#233;cusation du sexuel, qu'on n'attendrait pas d'un artiste et peintre de la beaut&#233; f&#233;minine. Solmi cite de lui la phrase suivante, caract&#233;ristique de sa frigidit&#233; : &#8220;L'acte de procr&#233;ation, et tout ce qui s'y relie, est si r&#233;pugnant que les humains finiraient bient&#244;t par s'&#233;teindre s'il ne s'agissait l&#224; d'une coutume transmise de tout temps et s'il n'y avait pas encore de jolis visages et des pr&#233;dispositions sensuelles&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de sa sexualit&#233;, Freud nous d&#233;crit un L&#233;onard de Vinci &#171; chaste &#187;, voire &#171; abstinent &#187;, v&#233;g&#233;tarien - il &#171; refusait, &#224; ce qu'on dit, l'alimentation carn&#233;e parce qu'il ne trouvait pas justifi&#233; de ravir la vie aux animaux &#187; - &#171; chaste &#187; et &#171; abstinent &#187;, donc, et ce jusqu'au point o&#249; il est m&#234;me &#171; douteux &#187;, nous dit Freud, &#171; que L&#233;onard ait jamais &#233;treint amoureusement une femme &#187; et, du reste, &#171; on n'a pas connaissance non plus, pr&#233;cise Freud, d'une intime relation d'&#226;me &#224; &#226;me avec une femme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment encore : lorsqu'il &#233;tait encore apprenti et vivait dans la maison de son ma&#238;tre Verrocchio, il aurait &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; (avec d'autres) pour commerce homosexuel interdit - laquelle d&#233;nonciation aurait n&#233;anmoins abouti &#224; un non-lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce sujet, Freud pr&#233;cise que, comme Ma&#238;tre, il s'entourait soit de gar&#231;ons de mauvaises r&#233;putations (comme mod&#232;les), soit de beaux gar&#231;ons qu'il prenait pour &#233;l&#232;ves. D'ailleurs, c'est au dernier de ses &#233;l&#232;ves, Francesco Melzi (qui apr&#232;s l'avoir accompagn&#233; en France, resta pr&#232;s de lui jusqu'&#224; sa mort), qu'il l&#233;gua son h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc un homme, L&#233;onard, qui est apparemment sexuellement abstinent ; et c'est cela qui int&#233;resse Freud au plus haut point, c'est le cas de le dire. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La clef de son &#234;tre &#187; : &#171; &lt;i&gt;Il primo motore&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, nous dit Freud, dans un extrait d'un texte de ses &lt;i&gt;Conf&#233;renze Florentine&lt;/i&gt;, que L&#233;onard nous livre &#171; la clef de son &#234;tre &#187; (et il nous cite l&#224; un passage de ces Conf&#233;renze) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aucune chose ne se peut aimer ou ha&#239;r si l'on n'en a pas d'abord connaissance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentant cette phrase de L&#233;onard, Freud aboutit &#224; la conclusion que Leonard n'a pu vouloir dire que ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On devrait aimer d'une telle fa&#231;on qu'on retienne l'affect, qu'on le soumette au travail de la pens&#233;e et qu'on ne lui donne pas libre cours avant qu'il n'ait subi l'examen par la pens&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est donc bien l&#224; dans ce que Freud avan&#231;ait &#224; Jung, (la r&#233;v&#233;lation de ce &#171; secret &#187; de &#171; l'&#233;nigme &#187;, &#171; la clef de son &#234;tre &#187;) : Ce &#171; grand L&#233;onard, qui &#233;tait sexuellement inactif ou homosexuel &#187;, et qui &#171; &#233;tait &#233;galement un tel homme, qui a t&#244;t converti sa sexualit&#233; en pulsion de savoir &#187;, mais &#171; qui est rest&#233; accroch&#233; &#224; l'exemplarit&#233; de l'inach&#232;vement &#187; (&lt;i&gt;Lettre &#224; Jung&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que Freud voulait en venir, en partant de cette citation de L&#233;onard extraite des Conf&#233;renze Florentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;nigme de la sphinge&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, Freud nous r&#233;-expose ces fameuses pulsions de la toute premi&#232;re enfance, cette p&#233;riode de la recherche sexuelle infantile, ou d'investigation sexuelle infantile (&lt;i&gt;infantielen sexualforschung&lt;/i&gt;) ; cette recherche sexuelle, se portant sur ce que Freud appelle l'&#233;nigme de la sphinge : &#224; savoir, la question de savoir d'o&#249; viennent les enfants, et c'est sur cette voie, que l'enfant semble infatigable (&#171; l'infatigable plaisir &#224; questionner &#187; - &lt;i&gt;fragelust&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans ses recherches, l'enfant arrive &#224; quoi ? H&#233; bien, la plupart du temps, sur des choses que l'on va retrouver dans l'inconscient, &#224; savoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le s&#233;jour de l'enfant dans le ventre de la m&#232;re ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des vues sur la provenance de l'enfant &#224; partir de l'acte de manger ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur sa mise au monde par l'intestin ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur le r&#244;le du p&#232;re, &#171; difficile &#224; d&#233;gager &#187;, nous dit Freud, puisque l'enfant pressent d&#233;j&#224; l'existence de l'acte sexuel, mais celui-ci lui appara&#238;t comme quelque chose d'hostile et de violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui mais voil&#224; ! - parce qu'il y a un &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Comme sa propre constitution sexuelle n'est pas encore en mesure d'assumer la t&#226;che de la procr&#233;ation &#187; (&#171; l'anatomie c'est le destin &#187; dira ailleurs Freud, reprenant la phrase de Napol&#233;on), cette recherche va n&#233;cessairement venir se perdre dans le &#171; sable &#187;, dit Freud - et je dirai, pour ma part, dans la poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte, apr&#232;s ce que l'on peut appeler une premi&#232;re v&#233;ritable exp&#233;rience &#171; d'autonomie intellectuelle &#187;, une frustration ressentie comme &#171; profond&#233;ment d&#233;primante &#187;, dit Freud. L'enfant ne pardonnera plus jamais aux adultes d'avoir &#233;t&#233;, en cette occasion &#171; frustr&#233; de la v&#233;rit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, Freud parle ici de &#171; frustration &#187;, et intervient ensuite, ce qu'il appelle le refoulement (Verdrangung), lequel porte sur le sexuel, il s'agit d'un refoulement sexuel (&lt;i&gt;Sexualverdrangung&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Forschung et destin de la forschung&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, que devient, ult&#233;rieurement, ces ou cette pulsion(s) de recherche (&lt;i&gt;forschertriebes&lt;/i&gt;), quel est son destin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; trois possibilit&#233;s distinctes, r&#233;pond Freud : inhibition, contrainte ou sublimation ; et ce, selon qu'elle (la &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt;) reste plus ou moins li&#233;e &#224; - selon qu'elle partage plus ou moins le m&#234;me destin que celui de - la pulsion sexuelle (&lt;i&gt;Sexualtriebe&lt;/i&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Car ou bien cette &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt; partage le m&#234;me destin que la sexualit&#233;, et le d&#233;sir de savoir (&lt;i&gt;Wi&#223;begierde&lt;/i&gt;) reste alors inhib&#233; et la libre activit&#233; de l'intelligence restreinte - &#171; peut-&#234;tre &#224; vie &#187;, pr&#233;cise Freud : c'est l&#224; l'inhibition, le &#171; type de l'inhibition n&#233;vrotique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ou bien, le d&#233;veloppement intellectuel est d&#233;j&#224; suffisamment vigoureux pour que cette &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt; puisse &#171; r&#233;sister &#187; &#224; ce refoulement sexuel qui le &#171; harc&#232;le &#187;, et alors, on &#233;chappe &#224; l'inhibition ; mais l'inconscient faisant toujours retour (la recherche sexuelle r&#233;prim&#233;e faisant retour de l'inconscient), la recherche (&lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt;) est &#171; d&#233;form&#233;e &#187; en contrainte - en &#171; contrainte de rumination &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, le troisi&#232;me type - &#171; le plus rare et le plus parfait &#187;, prend bien soin de pr&#233;ciser Freud -, dans lequel la &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt; &#233;chappe au refoulement sexuel (&lt;i&gt;Sexualverdrangung&lt;/i&gt;) et, par cons&#233;quent, le sujet &#233;chappe &#224; l'inhibition et &#224; la contrainte de pens&#233;e n&#233;vrotique : c'est la sublimation (&lt;i&gt;sublimierung&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Freud, le L&#233;onard des premi&#232;res ann&#233;es, est un &#171; cas exemplaire &#187; du troisi&#232;me type, c'est-&#224;-dire de sublimation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'apr&#232;s l'activit&#233; infantile du d&#233;sir de savoir au service d'int&#233;r&#234;ts sexuels, il ait ensuite r&#233;ussi &#224; sublimer en pouss&#233;e &#224; la recherche la plus grande part de sa libido, tels seraient, nous dit Freud, le noyau et le secret de son &#234;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, justement, lorsque l'on a affaire &#224; un homme d'un tel type, on ne peut s'emp&#234;cher de se demander : pourquoi et comment ? Pourquoi lui, n'est-ce pas... Et pourquoi pas moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'est certes pas ais&#233; d'apporter la preuve de cette conception &#187;, nous dit Freud ; et pourtant c'est bien cette preuve qu'il va aller chercher, dans ce souvenir, cette fantaisie infantile, qu'il trouve et qu'il nous expose dans la seconde section de son essai.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;II&lt;br /&gt;
L'Enfant-vautour&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le souvenir en question, autour duquel le travail de Freud tourne - comme on tourne autour d'un trou, justement -, c'est celui-ci, que Freud extrait de ses &#233;crits scientifiques, et avec lequel Freud d&#233;bute la seconde section de son petit essai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une seule et unique fois, &#233;crit Freud, autant que je sache, pr&#233;cise-t-il de surcro&#238;t, L&#233;onard a ins&#233;r&#233; dans un de ses &#233;crits scientifiques une indication sur son enfance. &#192; un endroit qui traite du vol du vautour, il s'interrompt soudain pour suivre un souvenir qui surgit en lui du fond de ses toutes premi&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Il semble qu'il m'&#233;tait d&#233;j&#224; assign&#233; auparavant de m'int&#233;resser aussi fondamentalement au vautour, car il me vient &#224; l'esprit comme tout premier souvenir qu'&#233;tant encore au berceau, un vautour est descendu jusqu'&#224; moi, m'a ouvert la bouche de sa queue et, &#224; plusieurs reprises, a heurt&#233; mes l&#232;vres de cette m&#234;me queue.&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, tout de suite, Freud va situer ce souvenir du c&#244;t&#233; de la fantaisie, certes, mais il n'en fait pas moins remarquer que, pour exhumer et fa&#231;onner une telle fantaisie, celle-ci doit s'appuyer sur un &#171; rien r&#233;el &#187;, &lt;i&gt;reale nichtigkeit&lt;/i&gt;, - ce qui peut &#233;galement se traduire, remarquons-le ici, par &#171; nullit&#233; vraie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Freud analyse bien sur cette fantaisie, comme toute cr&#233;ation psychique (r&#234;ve, vision, d&#233;lire, etc.) et, bien entendu, l'interpr&#232;te, lui donne un sens, disons une signification sexuelle et inconsciente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors la &#171; Queue &#187;, c'est, bien entendu, le membre viril en italien (&lt;i&gt;coda&lt;/i&gt;). Et Freud en conclue imm&#233;diatement qu'il s'agit l&#224; d'un fantasme de fellation, autrement dit d'un acte sexuel, et qui plus est : &#224; caract&#232;re passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, Freud remonte l'&#233;quation bien connue (sein = f&#232;ces = enfant = phallus), et nous dit que cette fantaisie est certainement une r&#233;-&#233;laboration d'une premi&#232;re jouissance (&#171; vitale &#187;, pr&#233;cise Freud), laquelle serait rest&#233;e &#171; indestructiblement empreinte &#187; dans le psychisme de L&#233;onard : celle du sein, de la t&#233;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re cette fantaisie ne se cache donc rien d'autre qu'une &#171; r&#233;miniscence &#187; : &#171; t&#233;ter le sein de la m&#232;re &#187;, laquelle r&#233;miniscence est tout autant significative pour les deux sexes. Seulement-l&#224;, elle aurait &#233;t&#233; &#171; r&#233;-&#233;labor&#233;e &#187; par L&#233;onard de Vinci, en fantaisie homosexuelle passive, et Freud pr&#233;cise bien, dans l'inconscient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il nous est indiff&#233;rent que l'accusation port&#233;e contre l'adolescent L&#233;onard ait &#233;t&#233; justifi&#233;e ou non ; ce n'est pas l'activit&#233; r&#233;elle, mais la mani&#232;re de sentir qui nous fait d&#233;cider si nous devons reconna&#238;tre &#224; quelqu'un la particularit&#233; de l'inversion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La substitution du vautour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement l&#224;, dans cette fantaisie de la t&#233;t&#233;e, la m&#232;re a &#233;t&#233; remplac&#233;e par : un Vautour. D'o&#249; vient ce vautour et comment appara&#238;t-il &#224; cet endroit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et remarquez-bien que jusque-l&#224;, Freud n'a absolument pas besoin du fameux vautour : la fantaisie se tient sans cela. Mais Freud en rajoute une couche, il se fait plaisir, disons, et un plaisir qui a &#224; voir, pour le coup, avec cette activit&#233; de recherche (&lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voici, dit-il, que surgit une id&#233;e, si &#233;loign&#233;es qu'on serait tent&#233; d'y renoncer. Dans les pictogrammes sacr&#233;s des anciens &#201;gyptiens, &#8220;m&#232;re&#8221; s'&#233;crit en effet par l'image du vautour. Ces &#201;gyptiens v&#233;n&#233;raient aussi une divinit&#233; maternelle qui fut repr&#233;sent&#233;e avec une t&#234;te de vautour ou avec plusieurs t&#234;tes dont l'une au moins &#233;tait celle d'un vautour. Le nom de cette d&#233;esse se pronon&#231;ait Mout ; la similitude de son avec notre mot &#8220;Mutter&#8221; ne serait-elle que fortuite ? Le vautour se trouve ainsi r&#233;ellement en rapport avec la m&#232;re, mais &#224; quoi cela peut-il nous servir ? Avons-nous le droit de supposer chez L&#233;onard cette connaissance, alors que le premier &#224; avoir pu d&#233;chiffrer les hi&#233;roglyphes est Fran&#231;ois Champollion (1790-1832) ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, Freud cite pour preuve &#224; l'appui de son hypoth&#232;se, les &lt;i&gt;Hieroglyphica&lt;/i&gt; d'Horapollon et le &lt;i&gt;Livre de sagesse sacerdotale de l'Orient&lt;/i&gt; transmis sous le nom du dieu Herm&#232;s Trism&#233;giste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le d&#233;nomm&#233; Horapollon, en effet, nous dit bien que les &#201;gyptiens utilisent l'image du vautour pour d&#233;signer une m&#232;re (j'ai moi-m&#234;me pu retrouver l'ouvrage, et ce Horapollon, il dit ceci) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quant ils voulaient d&#233;noter une m&#232;re (...), il peignaient un vautour (...) pour ce qu'en cette esp&#232;ce d'oiseaux ne s'y trouve point de m&#226;le et sont engendr&#233;s en cette mani&#232;re : Quant le vautour veut concevoir, il tourne le derri&#232;re vers la bise et demeure ainsi par cinq jours durant lesquels il ne boit ni mange, en telle forme s'emplit et con&#231;oit ; il y a d'autres genres de vautours qui ne con&#231;oivent point au vent, mais leurs oeufs sont inutiles &#224; g&#233;niture, seulement sont bons a manger. (...) Par lui aussi ils d&#233;notent la m&#232;re car &#234;tre m&#232;re appartient au f&#233;minin &#187; (Horapollon, &#171; &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/spip.php?page=article&amp;id_article=625'&gt;article 625&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;De la signification des notes hi&#233;roglyphiques des &#201;gyptiens&lt;/i&gt;, Traduit du grec par Jean Martin, J. Kerver, Paris, 1543).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, nous pr&#233;cise Freud, les P&#232;res de l'&#201;glise se seraient empar&#233;s de cette l&#233;gende des vautours, afin de tirer argument de cette histoire contre les sceptiques qui ne voulaient pas croire &#224; l'histoire Sainte, celle de la Vierge Marie, f&#233;cond&#233;e par le vent, c'est-&#224;-dire par le souffle du Saint-Esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud pense que c'est comme &#231;a, que L&#233;onard aurait eu vent (c'est le cas de le dire), de cette fable des vautours, et l'aurait finalement r&#233;investi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous pouvons maintenant nous repr&#233;senter la gen&#232;se de la fantaisie du vautour chez L&#233;onard de la mani&#232;re suivante. Le jour o&#249; il lut chez un P&#232;re de l'&#201;glise ou dans un livre de sciences naturelles que les vautours &#233;taient tous femelles et savaient se reproduire sans le concours de m&#226;les, surgit en lui un souvenir qui se transforma en cette fantaisie, mais qui voulait dire qu'il avait &#233;t&#233; lui aussi un de ces enfants de vautour, qui avait eu une m&#232;re mais pas de p&#232;re, et &#224; cela s'associa, de la fa&#231;on dont seules des impressions si anciennes peuvent s'exprimer, un &#233;cho de la jouissance qui lui avait &#233;t&#233; dispens&#233;e sur le sein maternel. (...) N'en vint-il pas ainsi &#224; s'identifier au Christ enfant, au consolateur et r&#233;dempteur, pas seulement de cette unique femme ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, apr&#232;s &#171; L'Homme-aux-rats &#187; et peu avant &#171; L'Homme-aux-loups &#187;, Freud nous propose L&#233;onard en &#171; Enfant-vautour &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'enfant-vautour &#187;, telle est donc, selon Freud, la condensation, l'aboutissement de sa &lt;i&gt;sexualforschung&lt;/i&gt;, laquelle condensation, comme image subliminale ou sublim&#233;e, &#233;chappe au refoulement et fait surgir son avidit&#233; de savoir et l'oriente vers des recherches sur le vol des oiseaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vautour et phallus maternel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi, demande Freud, ce contenu mn&#233;sique a-t-il &#233;t&#233; r&#233;&#233;labor&#233; en une situation homosexuelle, o&#249; L&#233;onard re&#231;oit la queue, le p&#233;nis masculin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien pr&#233;cis&#233;ment, dans la plupart des figurations de la D&#233;esse &#233;gyptienne &#224; t&#234;te de Vautour (Mout), celle-ci est &#233;galement dot&#233;e par les &#201;gyptiens d'un phallus : &#171; son corps, caract&#233;ris&#233; comme f&#233;minin par les seins, portait aussi un membre viril en &#233;tat d'&#233;rection &#187;, dit Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or si le vautour vient &#224; la place de la m&#232;re, c'est que notre L&#233;onard en est rest&#233; &#224; l'hypoth&#232;se enfantine du p&#233;nis maternel, laquelle est justement la source commune d'o&#249; proc&#232;de la formation androgyne des divinit&#233;s maternelles. Et ce phallus n'est pas le seul apanage de la Mout &#233;gyptienne, puisqu'on le retrouve, &#224; l'origine, chez Neith de Sais, l'Ath&#233;na grecque, et Aphrodite notamment : &#171; le phallus adjoint au corps f&#233;minin signifie la force cr&#233;atrice originelle de la nature &#187;, la &#171; perfection divine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas tant d'hermaphrodisme, au sens m&#233;dical du mot, pr&#233;cise Freud :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elles [ces D&#233;esses] ajoutent simplement aux seins, pris comme embl&#232;mes de la maternit&#233;, le membre viril tel qu'il se trouvait dans la premi&#232;re repr&#233;sentation du corps de la m&#232;re par l'enfant. La mythologie a conserv&#233; pour les croyants cette v&#233;n&#233;rable et toute premi&#232;re image du corps de la m&#232;re que forme la fantaisie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud d'achever la traduction de la fantaisie de L&#233;onard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au temps o&#249; ma tendre curiosit&#233; se portait sur la m&#232;re et o&#249; je lui attribuais encore un organe g&#233;nital tel que le mien &#187; : &#171; Par cette relation &#233;rotique &#224; la m&#232;re, je suis devenu un homosexuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud enfonce-l&#224; le clou, du c&#244;t&#233; de la m&#232;re de L&#233;onard cette fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi, &#224; la fa&#231;on de toutes les m&#232;res insatisfaites, mit-elle son jeune fils &#224; la place de son mari et lui ravit-elle par une maturation trop pr&#233;coce de son &#233;rotisme une part de sa virilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;sumer mieux que Lacan dans &lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; cette th&#232;se freudienne ici fondamentale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ordre familiale ne fait que traduire que le P&#232;re n'est pas le g&#233;niteur, et que la M&#232;re reste contaminer la femme pour le petit d'homme ; le reste s'ensuit &#187; (p. 51).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais se pose tout de m&#234;me ici, chez Freud, un probl&#232;me - que je laisserai ici en suspend pour le moment ; car si l'on comprend bien, la sublimation se base ici sur quelque chose qui est de l'ordre d'un d&#233;ni :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est possible que dans ces figures L&#233;onard ait d&#233;ni&#233; le malheur de sa vie amoureuse et l'ait surmont&#233; par l'art en figurant l'accomplissement du d&#233;sir, chez le gar&#231;on fascin&#233; par sa m&#232;re, dans cette r&#233;union bienheureuse du masculin et du f&#233;minin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;III&lt;br /&gt;
L'erreur de Freud&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;H&#233; bien justement, il s'agit tout de m&#234;me et pr&#233;cis&#233;ment d'un trou, ici, - d'un trou autour duquel Freud va donc tourner -, puisqu'il s'agit d'un &lt;i&gt;lapsus&lt;/i&gt;, d'un &lt;i&gt;lapsus calami&lt;/i&gt; en l'occurrence, lequel concerne un &#171; nom d'oiseau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le probl&#232;me est que le fameux oiseau auquel L&#233;onard fait r&#233;f&#233;rence, est un &#171; nibio &#187; (en italien), et que ce &#171; nibio &#187;, &#231;a n'est pas un vautour, mais un milan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, pour la premi&#232;re fois, l'historien de l'art Eric Maclagan, dans un article intitul&#233; &#171; Leonardo in the consulting room &#187; (Burlington Magazine for Connoisseurs, n&#176; 42, 1923, p. 54-57) qui r&#233;v&#232;le, en 1923, cette erreur de traduction. Cette &#171; trouvaille &#187; a &#233;t&#233; reprise par Meyer Shapiro, dans son article &#171; Leonardo and Freud : an art-historical study &#187; (Journal of the History of Ideas, n&#176; 17, 1956, p. 147-178) publi&#233; en 1956, puis r&#233;cemment, par le fameux &lt;i&gt;Livre noir de la psychanalyse&lt;/i&gt; (Vivre, penser et aller mieux sans Freud, Les Ar&#232;nes, Paris, 2005), et notamment : l'article d'Han Isra&#235;ls (&#171; L'Homme au vautour : Freud et L&#233;onard de Vinci &#187;), ainsi que l'article de Mikkel Borch-Jacobsen (&#171; Une erreur de traduction ? &#187;) qui le prolonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient l'erreur ? Apparemment, seulement quatre ouvrages en allemand, parmi la bibliographie cit&#233;e par Freud, donnent &#233;galement le passage de L&#233;onard sur le &#171; nibio &#187;-milan. Sur les quatre, deux - dont celui d'Edmondo Solmi, que Freud cite abondamment -, donne pour traduction allemande de ce &#171; Nibio &#187;, &#171; Geier &#187; (Vautour) au lieu de &#171; H&#252;hnergeier &#187; (Milan).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, se trouverait-il l'origine de l'erreur ? Difficile &#224; dire, d'abord parce que, inversement, les deux autres ouvrages en allemand qui reproduisent le souvenir d'enfance, celui de Woldemar von Seidlitz et celui de Marie Herzfeld donnent tous les deux la traduction correcte : H&#252;hnergeier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc : s'agit-il v&#233;ritablement d'une erreur ? Difficile &#224; dire, parce que Freud, dans son essai, au moment m&#234;me o&#249; il cite ce souvenir, donne, en bas de page, le texte en Italien. Or Freud conna&#238;t parfaitement bien l'Italien. Du reste, tout au long de son essai, Freud pars&#232;me litt&#233;ralement son texte de citations en Italien, dont il ne fait que donner la traduction allemande en bas de page (la plupart du temps, c'est donc l'inverse). &#192; cet &#233;gard d'ailleurs, la traduction du fameux souvenir infantile est la propre traduction de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand bien m&#234;me il n'aurait pas connu pas la traduction de &#171; nibio &#187;, il est difficile de croire qu'il n'aurait pas pris la peine de v&#233;rifier dans son dictionnaire allemand-italien apr&#232;s avoir reconnu les divergences de traduction entre les livres de Merejkovski et de Herzfeld.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus difficile, que Han lsra&#235;ls a pu &#233;tablir que lors d'une Conf&#233;rence sur L&#233;onard donn&#233;e le 1er d&#233;cembre 1909 &#224; la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Vienne - intitul&#233;e &#171; Une fantaisie de L&#233;onard de Vinci &#187;, et dont il se d&#233;clare insatisfait dans une lettre &#224; Ferenczi dat&#233;e du 3 d&#233;cembre &#224; Ferenczi - Freud a bel et bien utilis&#233; (au moins une fois) la traduction correcte, puisqu'il en est rest&#233; une trace, sous forme des minutes prises &#224; cette occasion par Otto Rank.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus difficile que l'on sait que Freud avait l'habitude de tracer, dans les livres qu'il lisait, un trait vertical au crayon vert ou brun, les passages qui l'int&#233;ressaient ou qu'il comptait citer plus tard. Or, s'&#233;tant rendu au Freud Mus&#233;um de Londres, Han Isra&#235;ls y a consult&#233; l'exemplaire du livre de Marie Herzfeld de la biblioth&#232;que de Freud, et, &#224; l'endroit pr&#233;cis du H&#252;hnergeier (Milan) de L&#233;onard, Mikkel Borch-Jacobsen, nous dit : &#171; le sceptique pourra alors constater de ses propres yeux que Freud a bien trac&#233; dans la marge non pas un, mais deux traits verticaux au crayon brun... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, deux traits verticaux, une trace, de &#171; ses propres yeux &#187;, c'est tout &#224; fait cela, pourrait-on r&#233;pondre &#224; M. Borch-Jacobsen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car enfin, de quoi s'agit-il, ici, si ce n'est pas d'un lapsus ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;IV&lt;br /&gt;
La &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt;, l'image devinette et la lettre V&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Alors, partons tout d'abord, si vous le voulez bien de cette &lt;i&gt;Forschung&lt;/i&gt;, qui est tout de m&#234;me au centre de cet essai de Freud ; - c'est d'ailleurs de l&#224;, rappelez-vous qu'il part, expliquant &#224; Jung, &#224; son retour d'Am&#233;rique, dans cette id&#233;e fix&#233;e, que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces mots [ceux de ses &lt;i&gt;Trois essais&lt;/i&gt;] ; ils n'&#233;taient alors pas compris aussi s&#233;rieusement que je les comprends maintenant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a, &#231;a doit vous rappelez, tout de m&#234;me n'est-ce pas, un processus psychique, inconscient : quelque chose qui serait entre l'inqui&#233;tant (&lt;i&gt;Unheimlich&lt;/i&gt;) et le d&#233;j&#224; vu... Tout un programme, s'agissant, au plein c&#339;ur de l'ouvrage, d'un phallus maternel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#234;ve des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, si j'ai insist&#233; sur le signifiant &#171; poussi&#232;re &#187; tout &#224; l'heure, &#224; la fois s'agissant de Freud (qui le cite d'embl&#233;e par les vers de Schiller), et &#224; la fois s'agissant de L&#233;onard, comparant le sculpteur au peintre (et l'on sait que Freud situe la psychanalyse, compar&#233;e justement &#224; la peinture, du cot&#233; de la sculpture) -, si j'ai donc insist&#233; sur ce signifiant poussi&#232;re, c'est qu'il nous tient &#224; c&#339;ur, certainement, mais aussi parce qu'il tient Freud &#224; c&#339;ur, et on le sait notamment par ses associations sur le r&#234;ve dit des trois parques, ou des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je r&#234;ve - Je vais dans une cuisine pour me pr&#233;parer un entremets. Il y a l&#224; trois femmes. L'une est l'h&#244;tesse, elle tourne quelque chose dans ses mains, para&#238;t faire des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;. Elle r&#233;pond que je n'ai qu'&#224; attendre qu'elle ait fini (il n'est pas s&#251;r qu'elle parle). Je m'impatiente et m'en vais, f&#226;ch&#233;. Je mets un pardessus, mais le premier que j'essaie est trop long pour moi. Je l'enl&#232;ve, un peu surpris qu'il soit garni de fourrure. Le second a une longue queue avec des dessins turcs. Un &#233;tranger, qui a une longue figure et une petite barbe en pointe, survient et m'emp&#234;che de le mettre, en d&#233;clarant que c'est le sien. Je lui montre qu'il est couvert de broderies turques. Il demande : En quoi les turqueries (tra&#238;ne, dessins...) vous regardent-elles ?... Nous sommes ensuite tr&#232;s amis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les derni&#232;res associations du r&#234;ves, sur les turqueries, vous rappellent peut-&#234;tre le fameux Signorelli (oubli de nom) et les fameux m&#339;urs des turcs, concernant la mort et la sexualit&#233;. Du reste, le fameux Boltrafflo, qui vient &#224; Freud, en lieu et place de Signorelli, est, pr&#233;cis&#233;ment, un &#233;l&#232;ve de L&#233;onard de Vinci, et &#224; ce titre, est incidemment cit&#233; par Freud au cours de son essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les Kn&#246;del, ce sont des boulettes de farine ou de semoule - c'est un plat tr&#232;s courant en Autriche -, lesquelles boulettes peuvent aussi garnies de viande : &lt;i&gt;fleischkn&#246;del&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Celle qui les roule (l'h&#244;tesse du r&#234;ve), c'est la premi&#232;re des trois Parques : la m&#232;re qui donne la vie et aussi (mon cas dans le r&#234;ve dit Freud) la premi&#232;re nourriture au vivant (le sein).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, une des Parques frotte ses mains comme si elle voulait faire des Kn&#246;del - &#171; Occupation singuli&#232;re pour une Parque ! Il faut trouver une explication &#187;, dit Freud. Et l&#224;, il lui revient un &#171; souvenir &#187; de sa &#171; premi&#232;re enfance &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'avais six ans et que ma m&#232;re me donnait mes premi&#232;res le&#231;ons, elle m'enseignait que nous avions &#233;t&#233; faits de terre et que nous devions revenir &#224; la terre. Cela ne me convenait pas, j'en doutai. Ma m&#232;re frotta alors les paumes de ses mains (tout &#224; fait comme pour faire des Kn&#246;del, mais elle n'avait pas pris de p&#226;te), et elle me montra les petits fragments d'&#233;piderme noir&#226;tres qui s'en &#233;taient d&#233;tach&#233;s comme une preuve que nous &#233;tions faits de terre. Je fus stup&#233;fait par cette d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt; et je me r&#233;signai &#224; ce que plus tard j'appris &#224; formuler : &#8220;tu dois rendre ta vie &#224; la nature&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... &#171; Que nous avions &#233;t&#233; faits de terre et que nous devions revenir &#224; la terre &#187;... Vous connaissez : &#171; Poussi&#232;re, tu redeviendras poussi&#232;re ! &#187; (Gen&#232;se 3,19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud nous pr&#233;cise, en note de bas de page, que les &#171; deux sentiments qui se font jour dans cette sc&#232;ne &#187;, sont bien la &#171; stup&#233;faction &#187; et la &#171; r&#233;signation &#224; l'in&#233;vitable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, - ces boulettes de la m&#232;re -, associ&#233;es, ici, avec la fourrure du pardessus, la longue queue, la petite barbe en pointe, les turqueries, un Freud &#8220;stup&#233;fait&#8221; par la d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt;... &#199;a nous parle quand m&#234;me un peu tout &#231;a :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Mon r&#234;ve des trois Parques, dit Freud beaucoup plus loin, est un r&#234;ve de faim, tr&#232;s net, mais il ram&#232;ne le besoin de nourriture &#224; la nostalgie de l'enfant pour le sein maternel et il utilise un penchant innocent pour en couvrir un plus grand qui, lui, ne peux s'ext&#233;rioriser franchement&#8221; (&lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt;, p. 204).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chissons : ne serait-ce pas l&#224; ce &lt;i&gt;penchant plus grand&lt;/i&gt; du r&#234;ve des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, qui viendrait, justement, faire irruption dans le sujet qui nous pr&#233;occupe, - au travers de ce &#8220;Vautour-Geier&#8221; du &lt;i&gt;Souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci&lt;/i&gt; ? Non pas tant, ici, comme un &lt;i&gt;lapsus&lt;/i&gt;, encore moins comme un jugement conscient, que les auteurs du &lt;i&gt;Livre noir&lt;/i&gt; s'empressent bien vite &#224; qualifier de &#8220;mauvaise foi&#8221;, mais bien comme un jugement inconscient, quelque chose qui serait ici de l'ordre de ce que Freud qualifiera de &#8220;&lt;i&gt;Verleugnung&lt;/i&gt;&#8221; dans son article sur le &#8220;F&#233;tichisme&#8221; - c'est-&#224;-dire : un d&#233;ni !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Scotomisation et image-devinette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez comment Freud introduira ce d&#233;ni ? C'est par la &#171; scotomisation &#187; de Laforgue. Le scotome, c'est l'obscurcissement, &#224; proprement parler : une lacune dans le champs visuel (due semble-t-il &#224; l'insensibilit&#233; de certains points de la r&#233;tine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lacune dans le champs visuel &#187;... Or, en 1919, Freud rajoute une tr&#232;s longue note (p. 211, 213 et 215 de l'&#233;dition bilingue) avec en prime un beau dessin, reprenant le tableau du Louvre de Sainte Anne en tierce (l'agneau en prime). Cette note, c'est Oskar Pfister qui lui la sugg&#232;re, lequel Pfister aurait fait une &#171; singuli&#232;re d&#233;couverte &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il a d&#233;cel&#233; dans le drap&#233;, bizarrement arrang&#233; et malais&#233; &#224; comprendre, de Marie, le contour du vautour et l'interpr&#232;te comme image-devinette inconsciente (voir fig. 2). &#187; (p. 213).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, je n'ai jamais vu de vautour dans ce tableau, que ce soi dans l'original, ou dans le dessin joint par Pfister. N&#233;anmoins, ce qui est curieux, c'est qu'il y a bien un tableau de L&#233;onard de Vinci, dans lequel il y a de fameuses &#171; images-devinettes &#187;, pour reprendre ici l'expression de Pfister. Ce tableau, Freud l'&#233;voque, mais non pas tant pour le commenter, ce qui est dommage, mais pour illustrer la &#171; lenteur &#187; de L&#233;onard de Vinci : ce tableau, c'est la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, chose curieuse, il ne remarque pas toutes les anomalies que L&#233;onard de Vinci a glisser dans ce tableau. Elles ont &#233;t&#233; &#171; r&#233;v&#233;l&#233; &#187;, pourrait-on dire, par le fameux Da Vinci Code, le livre de Dan Brown, publi&#233; en 2003. Il y en a essentiellement quatre, quatre &#171; images-devinettes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'abord, qu'il n'y pas de Graal, sur la fresque qui est cens&#233;e le repr&#233;senter ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ensuite, le personnage assis &#224; la droite du Christ, est une femme ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Troisi&#232;mement, il y a un couteau qui se ballade dans une main qui ne semble appartenir &#224; personne ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et enfin, - &#171; last but not least &#187; - le Christ et la femme &#224; sa droite, forment une lettre : un V.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous &#233;pargnerai tous les d&#233;veloppements que j'ai fais l'autre jour sur ce tableau - ce n'est pas le propos de ce soir -, mais cette &#171; devinette &#187;, peinte sciemment par L&#233;onard de Vinci, a pour r&#233;ponse ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce V de la C&#232;ne, repr&#233;sente le F&#233;minin sacr&#233; (Ewig-Weibliche) : il est l'ancien symbole de la d&#233;esse-plan&#232;te V&#233;nus, embl&#232;me de l'ut&#233;rus, disons de la f&#233;condit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas-l&#224;, cette d&#233;esse-m&#234;me, que Freud introduit dans son texte par cette &#171; Une-B&#233;vue &#187;, par ce Vautour D&#233;esse maternelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'homme &#224; la lettre V&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, vous allez me dire, tous ces &#171; symboles &#187;, ces &#171; image-devinettes &#187;, c'est de l'imaginaire ! La lettre V, c'est &#171; significatif &#187; du cas de l'Homme aux-loups ; qu'est-ce que cela vient faire ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;h bien justement, Freud qui n'avait pas insist&#233; sur le Vautour dans sa Conf&#233;rence de d&#233;cembre 1909, il y insiste, justement, au moment de sa publication en mai 1910. Or, que s'est-il pass&#233; entre-temps ? Dans sa clinique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; bien l'Homme-aux-loups arrive, bien tranquillement, et se pr&#233;sente &#224; Freud, au tout d&#233;but de l'ann&#233;e 1910, au mois de janvier 1910 tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment ; c'est-&#224;-dire, au moment m&#234;me o&#249; Freud commence &#224; r&#233;diger son essai sur L&#233;onard (l'essai est r&#233;dig&#233; entre janvier et mars 1910).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serguei Pankejeff, donc, immortalis&#233; par le cas dit de l'Homme-aux-loups, lequel, comme le rappelait Bernard Roland l'autre jour, nous est surtout connu par le fameux r&#234;ve (cauchemar) des cinq (ou six) loups, perch&#233;s sur un arbre, en train de le regarder fixement ; lesquels loups ont les oreilles dress&#233;es, taill&#233;es en pointe, comme un V ou un &#171; double &#187; V ; lesquels loups, encore, forment une pyramide (un V l&#224; encore), dont on ne comprend pas bien si elle est invers&#233;e ou non (puisque le loup sans queue en formerai &lt;i&gt;seul&lt;/i&gt; la base).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Vn c'est aussi le papillon qu'il chasse, dont il devient phobique, ce &#171; grand et beau papillon, aux ailes ray&#233;es de jaune, termin&#233;es en pointe &#187;, un &#171; papillon machaon &#187; dit Freud, ou &#171; Queue d'hirondelle &#187;, lequel forme un V fixe en se posant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cauchemar, Serguei le fait &#224; cinq heure, et Freud d'insister sur ce V (ce cinq romain), sans sembler vouloir savoir, dans ce cas, que c'est l&#224; l'embl&#232;me de cette divinit&#233; maternelle et phallique qu'il d&#233;peint sous les traits de son Vautour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce ici une simple co&#239;ncidence ? Certes, Freud gardera longtemps l'Homme aux loups en analyse, mais il pr&#233;cise tr&#232;s clairement dans l'&#233;tude du cas que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le patient avait communiqu&#233; le r&#234;ve de tr&#232;s bonne heure et adopt&#233; tr&#232;s t&#244;t ma conviction que derri&#232;re lui se trouvait dissimul&#233;e la causation de sa n&#233;vrose infantile &#187; (p. 31).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t, &#231;a veut dire chez Freud, pour qui une analyse didactique peut se faire en quelques heures, &#231;a peut assur&#233;ment vouloir dire tout de suite : c'est-&#224;-dire d&#232;s le d&#233;but de l'analyse (janvier-f&#233;vrier 1910).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, la principale origine de l'erreur de Freud, comme vous l'avez peut-&#234;tre devin&#233;, se trouve dans la traduction allemande d'un roman, russe, sur L&#233;onard de Vinci, celui de l'&#233;crivain Dimitri Serghe&#239;evitch Merejkovski (celui-l&#224; m&#234;me que Freud cite en 1907 parmi ses livres pr&#233;f&#233;r&#233;s). Car en russe, en effet, le mot &#171; korshun &#187; d&#233;signe aussi bien un &#171; vautour &#187; qu'un &#171; milan &#187;, et de fait, le traducteur allemand avait fait l'erreur de choisir le premier de ces deux termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, et curieusement, nous dit Borch-Jacobsen, les fameux deux traits verticaux, que Freud a trac&#233; dans la marge &#224; cot&#233; du passage sur le milan dans le livre de Marie Herzfeld, - cette marque se trouve &#224; la page V...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comble, c'est qu'&#224; ce m&#234;me endroit du fameux &lt;i&gt;Livre noir de la psychanalyse&lt;/i&gt;, &#224; la page 118 de mon &#233;dition, Borch-Jacobsen en commet lui-m&#234;me un &lt;i&gt;lapsus calami&lt;/i&gt; lorsqu'il souhaite &#233;crire &#171; vautour &#187; en Allemand, puisqu'il &#233;crit : &#171; Geir &#187; &#224; la place de &#171; Geier &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que l'Homme-aux-loups est n&#233; le m&#234;me jour que le personnage int&#233;ress&#233; de la C&#232;ne, et qu'il s'identifiait lui-aussi, tout comme L&#233;onard de Vinci, au Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &lt;i&gt;ouketi&lt;/i&gt; : r&#233;el de transfert ou transfert de r&#233;el ? Puisqu'alors que chez l'Homme-aux-loups, la lettre (V) repr&#233;sente la sc&#232;ne (originaire), chez l'enfant-vautour, L&#233;onard, la m&#234;me lettre (V), est pr&#233;cis&#233;ment repr&#233;sentante-repr&#233;sent&#233;e de-dans la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud n'en voulut-il &#171; rien savoir au sens du refoulement &#187;, de ce &#171; nibio &#187; ? Ou bien toute sublimation se construit-elle sur des nids (d&#233;ni) de poussi&#232;res, qui finissent toujours par nous ravir vers d'autres cieux ? - Sphinges rapaces, oiseaux de proie, r&#233;el inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*-*&lt;br /&gt;
*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, cette d&#233;esse-vautour, c'est bien elle qui le ravit, Freud, au sens plein de ce &#171; ravissement &#187; dans lequel la lettre V est l&#224;-encore, int&#233;ress&#233;e ; &#224; savoir ce ravissement, tel que Marguerite Duras nous l'&#233;nonce - celui de Lol V. Stein -, et tel que Lacan nous le commente dans son texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ailes de papier, V ciseaux, Stein, la pierre, au jeu de la mourre tu te perds. &#187;... Tel que j'esp&#232;re m'&#234;tre perdu ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224;, - peut-&#234;tre pour ouvrir le d&#233;bat - je vous poserai cette question que, finalement, je me suis pos&#233;e ce soir : S'agit-il, dans ce &#171; Vautour-Geier &#187; qui fait litt&#233;ralement irruption dans ce L&#233;onard de Vinci de Freud, - s'agit-il : de refoulement (&lt;i&gt;lapsus&lt;/i&gt;), de d&#233;ni (&lt;i&gt;Verleugnung&lt;/i&gt;), de forclusion (&lt;i&gt;Verworfung&lt;/i&gt;) ou de sublimation (&lt;i&gt;Sublimierung&lt;/i&gt;) ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. F. von Schiller, &#171; &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/spip.php?page=article&amp;id_article=618'&gt;article 618&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit tr&#232;s certainement de N. Smiraglia Scognamiglio, &lt;i&gt;Ricerche e Documenti sulla Giovinezza di Leonardo da Vinci&lt;/i&gt;, Naples, 1900.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Da Vinci Code, qu&#234;te du Graal et Cause freudienne</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Da-Vinci-Code-quete-du-Graal-et.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/Da-Vinci-Code-quete-du-Graal-et.html</guid>
		<dc:date>2006-01-21T12:10:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ce &#8220;Sang r&#233;el&#8221;, donc, qui jaillit de la gorge d'Irma-Marie, ce r&#234;ve princeps, comment ne pas voir qu'il v&#233;hicule ce f&#233;minin, sacralis&#233;, dont Freud est porteur au moment m&#234;me o&#249; il se lance dans cette &#8220;voie royale&#8221;, selon sa propre expression, qui le m&#232;ne de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves et l'inconscient.&lt;br /&gt;
Voil&#224; donc l'h&#233;r&#233;sie (RSI) : Lacan ne s'y trompera pas ! L'h&#233;r&#233;tique, c'est au sens premier, quelqu'un qui a la connaissance des secrets de la religion. Ainsi, celui qui pr&#233;f&#233;rait les &#233;vangiles apocryphes - du grec &lt;i&gt;apokruphos&lt;/i&gt;, &#8220;rendu secret&#8221; -, ou non conformes &#224; la publication de l'Empereur Constantin, &#233;tait consid&#233;r&#233; comme h&#233;r&#233;tique.&lt;br /&gt;
Le mot h&#233;r&#233;sie vient du grec &#8220;airesis&#8221;, qui signifie &#8220;choix&#8221;. En ce sens, les premiers h&#233;r&#233;tiques, ce sont ceux qui ont fait le choix de Marie-Madeleine, le choix du f&#233;minin. &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;8 d&#233;cembre 2005&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton64-81268.jpg?1757670738' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de l'intervention du jeudi 8 d&#233;cembre 2005 au cartel &#171; Jouissance f&#233;minine et mystique &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce soir je vais vous raconter des histoires... Des histoires qui vont nous donner du grain &#224; moudre, ou plut&#244;t apporter de l'eau &#224; notre moulin ; car un cartel, &#231;a mouline. Des histoires, donc, et &#224; proprement parler, deux histoires : d'abord, celle du Saint-Graal, telle qu'elle nous est pr&#233;sent&#233;e par Dan Brown dans son fameux Da Vinci Code - sorte de synth&#232;se romanc&#233;e sur ce que les historiens s'accordent aujourd'hui - ; ensuite, celle de nos Saintes reliques &#224; nous, de notre &#171; Nativit&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire l'histoire de ce que l'on a appel&#233; la &#171; Naissance de la psychanalyse &#187; - vous l'aurez compris, celle des lettres de Freud &#224; Fliess. Pourquoi vous raconter ces deux histoires, et les mettre, disons, en parall&#232;le ? Parce qu'elles ont - vous allez le comprendre tr&#232;s vite en ce qui concerne la premi&#232;re -, elles ont comme point central, comme point pivot, le th&#232;me qui nous pr&#233;occupe cette ann&#233;e : &#171; Le f&#233;minin et la mystique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PREMI&#200;RE PARTIE. - Le Da Vinci Code et le Saint-Graal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du best-seller am&#233;ricain le &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, roman policier publi&#233; par Dan Brown en 2003, est tr&#232;s simple : tout commence par l'assassinat annonc&#233; d'un homme, Jacques Sauni&#232;re - Conservateur du Mus&#233;e du Louvre &#224; Paris - qui a le temps, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; assassin&#233; &#224; son bureau (mais avant de mourir), de r&#233;v&#233;ler, sous une forme cod&#233;e, le motif de son propre assassinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme et un homme, en l'occurrence Sophie Neveu (la petite fille de Jacques Sauni&#232;re) et Robert Langdon, professeur de symbolique religieuse &#224; l'Universit&#233; de Harvard - tous les deux pr&#233;venus par Jacques Sauni&#232;re lui-m&#234;me sentant l'imminence du danger qui le guettait -, arrivent sur les lieux du crime avant la police, et &#224; ce titre, vont &#234;tre imm&#233;diatement accus&#233;s par elle et poursuivis tout au long du roman, sorte de course poursuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette course, ils n'auront de cesse de d&#233;couvrir le mobile du crime, non seulement afin de se disculper, mais aussi et surtout, parce que le jeu de piste laiss&#233; derri&#232;re lui par Jacques Sauni&#232;re, semble en valoir la chandelle, puisque le mobile du crime n'est autre que : le myst&#232;re du Saint-Graal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au chapitre 55 du roman, que le puzzle va commencer &#224; se mettre en place, pour les deux personnages principaux, et que l'auteur du livre - Dan Brown - va nous expliquer sa version de la l&#233;gende du Graal, intimement li&#233;e &#224; celle du Nouveau testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Nouveau Testament et l'Empereur Constantin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant la phrase du Docteur Martyn Percy, docteur en droit canon, Dan Brown nous explique en effet que &#171; La Bible n'a pas &#233;t&#233; transmise par fax c&#233;leste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons, nous, d&#233;couvert avec Freud (et ses ap&#244;tres pourrait-on dire, notamment Karl Abraham), la Bible a &#233;t&#233; &#233;crit par diff&#233;rents auteurs, &#224; diff&#233;rentes p&#233;riodes de l'histoire, et a finalement subie au cours des temps, de tr&#232;s grosses distorsions au travers de ses diff&#233;rentes traductions, additions et r&#233;visions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le Nouveau Testament tel que nous la connaissons aujourd'hui, a &#233;t&#233; disons standardis&#233;e par un pa&#239;en, l'empereur Constantin le Grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le pr&#233;cise Dan Brown, &#171; plus de quatre-vingts &#233;vangiles auraient pu figurer dans le Nouveau Testament, mais seulement quatre d'entre eux ont &#233;t&#233; retenus - ceux de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait l'Empereur Constantin ? C'est un Empereur - n&#233; entre 280-288, et mort en 327 - qui &#171; a pass&#233; toute sa vie dans le paganisme &#187;, et qui n'aura &#233;t&#233; baptis&#233; qu'&#224; la toute fin de sa vie. &#171; Pendant son r&#232;gne, nous dit Dan Brown, la religion officielle de Rome &#233;tait le culte du Soleil invincible - &lt;i&gt;Sol invictus&lt;/i&gt; &#187;, et l'Empereur en &#233;tait lui-m&#234;me le &#171; grand pr&#234;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc d&#233;j&#224; &#224; la fin du IIIe si&#232;cle et, depuis la crucifixion du Christ, les chr&#233;tiens d'un cot&#233;, qui sont en pleine expansion, et les Pa&#239;ens de l'autre, s'affrontent sans discontinu&#233;. Au d&#233;but du IVe si&#232;cle, cependant, le conflit avait pris de telles proportions qu'il en &#233;tait devenu une menace pour l'Empire. En &#171; homme d'affaire avis&#233; &#187;, selon l'expression de Dan Brown, Constantin d&#233;cide alors de miser sur ce qu'il croit &#234;tre le &#171; meilleur cheval &#187; : le Christianisme ; et en 325, par un exceptionnel tour de force, Constantin unifie Rome en imposant une seule et unique religion : c'est le fameux concile de Nic&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tour de force, c'est que &#171; par une astucieuse fusion des dates, des rituels et des symboles pa&#239;ens dans la tradition chr&#233;tienne en formation, il a r&#233;ussi &#224; cr&#233;er une religion hybride, assimilable par tous ses sujets. &#187; C'est l&#224; ce qu'on appelle aujourd'hui le Christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Dan Brown peut-il nous &#233;num&#233;rer les reste des vestiges pa&#239;ens au sein de la nouvelle symbolique chr&#233;tienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le disque solaire du dieu &#233;gyptien est devenu aur&#233;ole des saints, le pictogramme d'Isis allaitant son nouveau-n&#233; Horus a servi de base aux images de la Vierge et de l'Enfant J&#233;sus. Une majorit&#233; des &#233;l&#233;ments du rituel catholique, comme la mitre, l'autel de la doxologie et l'eucharistie - le fait de manger le corps de Dieu -, tout cela vient en droite ligne des religions pa&#239;ennes de l'Antiquit&#233;. (...) Il n'y avait pas grand-chose de purement chr&#233;tien dans la nouvelle religion proclam&#233;e par Constantin, nous dit Dan Brown. Le dieu Mithra - [&#171; Dieu solaire de l'ancien Iran, dont le culte se r&#233;pandit dans le monde hell&#233;nistique, puis romain &#187;, nous pr&#233;cise le traducteur du roman] - &#233;tait depuis longtemps appel&#233; Fils de Dieu et Lumi&#232;re du Monde. On c&#233;l&#233;brait sa naissance le 25 d&#233;cembre, qui &#233;tait aussi la f&#234;te anniversaire d'Osiris, d'Adonis et de Dionysos. Il a &#233;t&#233; enterr&#233; dans une caverne rocheuse, et il est ressuscit&#233; trois jours plus tard. Le nouveau-n&#233; Krishna a re&#231;u en cadeau de l'or, de l'encens et de la myrrhe. M&#234;me le jour saint hebdomadaire a &#233;t&#233; calqu&#233; sur celui des pa&#239;ens. (...) &#192; l'origine (...) les chr&#233;tiens honoraient le sabbat juif le samedi. C'est Constantin qui l'a d&#233;plac&#233; pour le faire co&#239;ncider avec la c&#233;l&#233;bration du dieu Mithra. Aujourd'hui - nous dit Dan Brown -, la plupart des chr&#233;tiens assistent au service dominical, sans savoir qu'ils c&#233;l&#232;brent la f&#234;te du dieu Soleil &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; coup de pouce &#187; &#224; la &#171; divinit&#233; de J&#233;sus &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si aucun historien n'a jamais ni&#233; l'existence de J&#233;sus, il reste qu'il semblait &#234;tre avant tout consid&#233;r&#233; - jusqu'au fameux concile de Nic&#233;e - comme un proph&#232;te, et &#224; ce titre - et &#224; l'instar de Socrate - : comme un mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais afin d'intimider les pa&#239;ens r&#233;calcitrants, tout en signifiant aux chr&#233;tiens qu'ils n'obtiendraient leur salut que par l'ob&#233;dience &#224; la nouvelle &#201;glise catholique romaine, le concile de Nic&#233;e a donn&#233; en quelque sorte un &#171; coup de pouce divin &#187;, selon l'expression de Dan Brown, au nouveau statut de J&#233;sus, et ce, pas moins de trois si&#232;cles apr&#232;s sa mort (c'est, en quelque sort, une seconde r&#233;surrection).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concile de Nic&#233;e a donc forg&#233; et impos&#233; un &#171; J&#233;sus divin &#187; transcendant la r&#233;alit&#233; du monde humain, afin que sa puissance ne soit plus discutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour cela, il a fallut exclure de la r&#233;daction du Nouveau Testament, tous les textes qui racontaient la vie de simple mortel de J&#233;sus, et, au contraire, privil&#233;gier - en les adaptant au besoin -, ceux qui le faisaient appara&#238;tre comme divin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis, nous avons, nous scientifiques, d&#233;couvert certains de ces &#233;vangiles apocryphes, qui ont n&#233;anmoins surv&#233;cu. Ce sont, par exemple, les parchemins coptes d'Hag Hammadi, d&#233;couvert en 1945, ou les fameux &#171; Manuscrits de la mer Morte &#187;, d&#233;couverts en 1947 dans une grotte de Qumram (d&#233;sert de Jud&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, tous ces textes, outre de d&#233;peindre J&#233;sus en simple mortel, nous mettent sur la piste du mobile qui nous pr&#233;occupe ici : la &#171; v&#233;ritable nature du Saint-Graal &#187;. De quoi s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Saint-Graal r&#233;v&#233;l&#233; par la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; bien, selon Dan Brown, L&#233;onard de Vinci &#233;tait au parfum ! C'est-&#224;-dire qu'il connaissait le secret du Saint-Graal : il en aurait laiss&#233; des indices dans ses oeuvres, allant m&#234;me jusqu'&#224; le peindre - peindre le Saint-Graal -, et pr&#233;cis&#233;ment dans la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La C&#232;ne, c'est, vous le savez, la fresque peinte par Leonardo De Vinci pour l'&#233;glise Santa Maria delle Grazie (Sainte-Marie-des-Gr&#226;ces) &#224; Milan : elle est consid&#233;r&#233; comme son v&#233;ritable chef-d'oeuvre. Elle a &#233;t&#233; command&#233;e par Ludovic le More pour le r&#233;fectoire de l'&#233;glise. C'est une peinture murale de 4,60 m de haut sur 8,85 m de large, ex&#233;cut&#233;e entre 1495 et 1497. Elle repr&#233;sente, on le sait, le dernier repas de J&#233;sus avec ses disciples, au moment pr&#233;cis o&#249; il leur annonce qu'un des leurs l'a trahi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais o&#249; est le Saint-Graal ? Je vous rappelle les &#233;v&#233;nements, la sc&#232;ne, elle se situe au moment de la f&#234;te de P&#226;que (la derni&#232;re P&#226;que), un soir, dans une maison de ville pas tr&#232;s loin de J&#233;rusalem. Je vous renvoie ici au premier &#201;p&#238;tre de Paul au Corinthiens, Chapitre 11. Juste apr&#232;s, J&#233;sus avertira Pierre de son reniement. Mais si l'on s'en tient &#224; cette C&#232;ne, et si l'on s'en r&#233;f&#232;re uniquement &#224; Paul : &#171; Apr&#232;s le repas, il prit la coupe, en disant : &#034;Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; chaque fois que vous en boirez, faites-le en m&#233;moire de moi.&#034; &#187; (Paul, Premier &#201;p&#238;tre aux Corinthiens, Chapitre 11, verset 25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or o&#249; est cette coupe, ce calice, ce Graal, justement, dans la C&#232;ne peinte par L&#233;onard ? Tous les ap&#244;tres, J&#233;sus compris, ont devant eux un petit verre rempli de vin. Donc treize en tout : il n'y a donc pas de calice, pas de Saint-Graal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH164/I-1-0b102.jpg?1757670738' width='300' height='164' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or, si &#171; tout le dogme &#233;tabli par la Bible (...) &#233;voque unanimement le calice dans lequel le Christ avait transform&#233; le vin en son propre sang &#187;, demande Dan Brown, comment se fait-il que L&#233;onard De Vinci ne l'ait justement pas repr&#233;sent&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a encore plus troublant ; car, nous dit l'auteur, la fresque de la C&#232;ne est &#171; la cl&#233; de tout le myst&#232;re du Graal &#187;, et L&#233;onard de Vinci la fait clairement appara&#238;tre, seulement... - et je vous r&#233;v&#232;le ici le secret - : &#171; Le Graal n'est pas une chose... c'est une personne... C'est m&#234;me une femme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Graal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Graal du Nouveau Testament, est donc une femme, et &#171; une femme, nous dit Dan Brown, d&#233;tentrice d'un secret tellement grave que sa r&#233;v&#233;lation mena&#231;ait de d&#233;truire les fondements de la chr&#233;tient&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est de cette femme, justement, que L&#233;onard de Vinci a fait le portrait dans la C&#232;ne, o&#249; il lui r&#233;serve la place d'honneur, &#224; la droite du Seigneur. Qu'observe-t-on en effet &#224; cette place ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_12 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH300/I-2-2ed50.jpg?1757670738' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De longs cheveux roux, des petites mains fines modestement pos&#233;es sur la table, comme une &#171; poitrine l&#233;g&#232;rement arrondie &#187;, une &#171; courbe gracieuse du cou &#187;, une &#171; expression retenue... &#187; Elle semble jeune, avoir l'air &#171; sage et modeste &#187;... Cela ressemble en tous points &#224; l'image d'une femme ! Et j'esp&#232;re qu'&#224; vous, elle n'est pas sans vous rappeler le visage et, disons la posture - invers&#233;e - de la Sainte Th&#233;r&#232;se du Bernin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ne pas l'avoir remarqu&#233; plus t&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une premi&#232;re explication qui est d'ordre technique. Je ne vous raconte pas l'histoire de la fresque, mais je prie de vous r&#233;f&#233;rez &#224; un texte de G&#339;the, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/La-Cene-de-Leonard-de-Vinci.html&#034;&gt;La C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci&lt;/a&gt; &#187;, lequel relate toutes les p&#233;rip&#233;ties (et intemp&#233;ries) par lesquelles est pass&#233;e cette fresque, qui a &#233;t&#233; peinte &#224; la d&#233;trempe (&lt;i&gt;al fresco&lt;/i&gt;, comme le pr&#233;cise Freud) sur un fond de pl&#226;tre sec, lequel commen&#231;a tr&#232;s vite &#224; se d&#233;t&#233;riorer, et ce d&#232;s apr&#232;s que L&#233;onard de Vinci l'eut r&#233;alis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sorte que lorsque vous aurez lu le texte de G&#339;the en question - bien sur je n'ai pas choisi cet auteur au hasard -, la v&#233;ritable question, &#224; vrai dire, que nous devrons nous poser, c'est : comment se fait-il, qu'apr&#232;s tous ces avatars subies par la fresque, l'on ait encore la chance de pouvoir l'observer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore, G&#339;the a &#233;crit son texte &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, autrement dit, avant que sa grande restauration de 1954, ait &#233;t&#233; achev&#233;e. Au cours de cette derni&#232;re restauration, on a d&#251; retirer, millim&#232;tre par millim&#232;tre, les couches de crasse et de peinture surajout&#233;e, notamment au XVIIIe si&#232;cle, par des mains parfois maladroites, afin de rendre &#224; nouveau visible l'&#339;uvre de L&#233;onard De Vinci telle qu'on peut penser qu'il l'avait con&#231;ue et r&#233;alis&#233;e. Or, la plupart des reproductions de la C&#232;ne datant d'avant cette restauration, vous comprendrez qu'il &#233;tait difficile jusqu'&#224; peu de temps, d'y lire v&#233;ritablement le tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une seconde explication qui nous concerne de plus pr&#232;s - je vous renvoie au S&#233;minaire X de Lacan et surtout au texte de Freud sur le f&#233;tichisme. Je cite Dan Brown :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La notion pr&#233;con&#231;ue que l'on a du tableau l'emporte sur nos capacit&#233;s d'observation et emp&#234;che notre cerveau de remarquer ce qui ne cadre pas avec elle. C'est un ph&#233;nom&#232;ne visuel, pr&#233;cise Dan Brown, qu'on appelle scotome (...), une sorte de &#8220;lacune&#8221; dans le champ visuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, bien entendu, cette femme, au centre de la C&#232;ne, &#224; la droite du Christ, que l'on &#171; scotomiserait &#187;, vous l'aurez compris, c'est Marie Madeleine, laquelle n'&#233;tait pas une prostitu&#233;e, mais tout simplement la compagne de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie Madeleine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de m&#234;me que Rome voulait convaincre ses sujets que J&#233;sus le proph&#232;te &#233;tait un &#234;tre divin, de m&#234;me le Concile de Nic&#233;e a rejet&#233; du Nouveau Testament tous les r&#233;cits de sa vie &#233;voquant la v&#233;ritable identit&#233; de Marie-Madeleine. Et &#171; il y avait un th&#232;me r&#233;current dans tous les &#233;vangiles &#187;, semble-t-il, c'est celui selon lequel Marie Madeleine &#233;tait bien la compagne de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, notons avec Dan Brown, la stricte correspondance des v&#234;tements de J&#233;sus et de Marie Madeleine dans la C&#232;ne peinte par L&#233;onard de Vinci : &#171; robe rouge et cape bleue pour J&#233;sus - robe bleue et cape rouge pour Marie Madeleine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue historique, un grand nombre d'historiens - sur lesquels s'est appuy&#233; Dan Brown -, sont d'accords pour soutenir la th&#232;se de &#171; Marie Madeleine-compagne de J&#233;sus &#187;. Je cite Dan Brown :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un J&#233;sus mari&#233; est beaucoup plus vraisemblable qu'un J&#233;sus c&#233;libataire. (...) Parce qu'il &#233;tait juif, (...) et que la soci&#233;t&#233; juive de son &#233;poque proscrivait, dans les faits, le c&#233;libat &#187;. Le c&#233;libat &#233;tait, en effet, condamn&#233; par la coutume et &#171; tout p&#232;re juif se devait de trouver une femme qui convienne &#224; son fils. Si J&#233;sus n'avait pas &#233;t&#233; mari&#233;, on en trouverait mention au moins dans l'un des quatre &#201;vangiles, accompagn&#233;e d'une explication de son statut si peu conventionnel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;vangile Gnostiques (&#171; du grec gnostykos &#8220;qui sait&#8221;, nous pr&#233;cise le traducteur du roman), et notamment dans celui de Philippe, retrouv&#233; dans des papyrus coptes de Nag Hammadi et des manuscrits aram&#233;ens de la mer Morte, on peut en effet lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et le Sauveur avait pour compagne Marie Madeleine. Elle &#233;tait la pr&#233;f&#233;r&#233;e du Christ, qui l'embrassait souvent sur la bouche. Les autres ap&#244;tres en &#233;taient offens&#233;s et ils exprimaient souvent leur d&#233;saccord. Ils disaient &#224; J&#233;sus : &#034;Pourquoi l'aimes-tu plus que nous ?&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58 ; ces textes sont tr&#232;s ais&#233;ment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en aram&#233;en, le mot &#171; compagne &#187;, signifierait, justement, &#233;pouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire : on trouve &#233;galement, dans ces Manuscrits, une &#233;vangile selon Marie Madeleine, c'est un apocryphe copte qui date du second si&#232;cle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors Pierre dit : &#8220;Est-il possible que le ma&#238;tre se soit entretenu ainsi avec une femme sur des secrets que nous, nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes, et tous &#233;couter cette femme ? L'a-t-il vraiment choisie et pr&#233;f&#233;r&#233;e &#224; nous ?&#8221;... Et L&#233;vi r&#233;pondit : &#8220;Pierre, tu as toujours &#233;t&#233; un emport&#233;. Je te vois maintenant acharn&#233; contre la femme, comme le sont nos adversaires. Pourtant, si le Ma&#238;tre l'a agr&#233;&#233;e, qui es-tu pour la rejeter ? Assur&#233;ment le Ma&#238;tre la conna&#238;t tr&#232;s bien. il l'a aim&#233;e plus que nous&#8221;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58 ; texte &#233;galement tr&#232;s facilement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme dont parle ici Pierre est Marie Madeleine, dont Pierre &#233;tait manifestement jaloux, et selon Dan Brown, &#171; les enjeux d&#233;passaient de loin la question affective &#187;, puisqu'il semble que ce soit &#224; Marie Madeleine, que J&#233;sus souhaitait confier le soin de conduire son &#201;glise apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit tout &#224; l'heure, &#171; Marie Madeleine, dont Pierre &#233;tait manifestement jaloux &#187;, car chose &#233;trange, cette jalousie de Pierre envers Marie Madeleine, est parfaitement bien repr&#233;sent&#233;e dans la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci. De fait, il tend une main mena&#231;ante sous le cou de ce personnage assis &#224; la droite du Christ...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH233/I-3-fee0a.jpg?1757670738' width='300' height='233' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;S'il ne s'agissait pas de Marie Madeleine, pourquoi L&#233;onard De Vinci aurait-il d&#233;peint ainsi un Pierre aussi agressif ? Ce qui confirme la th&#232;se de l'&#201;vangile Copte : Pierre semble furieux d'apprendre qu'il va devoir jouer les seconds r&#244;les, qu'il va devoir se soumettre... au f&#233;minin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, la castration en surgit d'une mani&#232;re d'autant plus surprenante : puisqu'une main surgit, qui tend un poignard ! &#192; qui appartient-elle ? Si l'on compte les bras, para&#238;t-il, elle ne semble appartenir personne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;tonymie et r&#233;v&#233;lation de l'&#233;nigme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait Marie Madeleine ? En &#171; r&#233;alit&#233; &#187;, Marie Madeleine appartenait, para&#238;t-il, &#224; la tribu de Benjamin : elle devait &#234;tre par cons&#233;quent elle aussi de descendance royale, tout comme J&#233;sus qui, lui, appartenait &#224; la maison de David, descendant de Salomon, roi des Juifs. De sorte que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mariage de J&#233;sus avec une h&#233;riti&#232;re de la puissante maison de Benjamin r&#233;unissait deux lign&#233;es de sang royal. Ce qui en faisait une s&#233;rieuse menace de restauration de la dynastie royale, avec le pouvoir qui &#233;tait le sien du temps de Salomon. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'&#233;nigme que donne &#224; entendre Dan Brown devient &#233;vidente : lorsqu'on parle l&#233;gende du Calice, lorsque l'on parle du &#171; Calice qui contient le sang du Christ &#187;, c'est pour &#233;voquer Marie Madeleine, laquelle portait en elle la lign&#233;e royale de J&#233;sus. Le Calice, c'est le vase sacr&#233; - Marie Madeleine -, d&#233;positaire de la lign&#233;e puisque porteuse du fruit d'une union royale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi parler de Saint-Graal ? Le processus ici &#224; l'&#339;uvre, nous est familier - il s'agit d'une m&#233;tonymie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mot Sangr&#233;al est d&#233;riv&#233; de San Greal ou Saint-Graal. Mais, sous sa forme la plus ancienne, le mot &#233;tait coup&#233; d'une autre fa&#231;on. (...) Sang Real (...) Sang r&#233;al signifiait Sang royal. (...) San gr&#233;al... Sang real... San Greal... Sang royal... Saint-Graal. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc la s&#233;quence suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sang real (sang royal ou r&#233;el) - San Greal (d&#233;placement de la lettre : G) - Saint-Graal (refoulement du e et redoublement du a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Saint-Graal &#187;, c'est donc, pour nous, le &#171; Sang r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc pour asseoir son pouvoir et se d&#233;clarer &#171; seule et unique voie de la r&#233;demption et de la vie &#233;ternelle &#187;, que Rome a du propager l'image de prostitu&#233;e de Marie Madeleine, et dissimuler toutes preuves de son union avec J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende raconte d'ailleurs, que Marie Madeleine, enceinte lorsque J&#233;sus a &#233;t&#233; crucifi&#233;, aurait &#233;t&#233; contrainte de fuir la Terre sainte - avec l'aide de Joseph d'Anmathie -, afin de prot&#233;ger sa descendance. Elle serait partie clandestinement en France (Gaule), o&#249; elle aurait trouv&#233; refuge aupr&#232;s d'une communaut&#233; juive, et l&#224;, aurait mis au monde une fille, du nom de Sarah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende veut &#233;galement, que la descendance de J&#233;sus perp&#233;tu&#233;e en France, se serait enrichie, au Ve si&#232;cle, en se m&#234;lant avec un autre sang royal, pour cr&#233;er la lign&#233;e m&#233;rovingienne (je ne vais pas d&#233;velopper cela ce soir, je vous renvoie aux textes et ouvrages d'historiens qui abondent dans ce sens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Langue des oiseaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors vous allez me dire : comment &#231;a se fait qu'on n'en sait rien de tout &#199;a ? Ou, inversement, comment est-ce qu'on le sait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du Saint-Graal a en fait &#233;t&#233; cri&#233;e sur tous les toits pendant des si&#232;cles, mais sous forme de m&#233;taphores et de symboles. Et c'est l&#224; que nous allons en revenir &#224; la langue des oiseaux (peut-&#234;tre pas tout &#224; fait ce soir, mais la prochaine fois). Dans l'art et les l&#233;gendes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la peinture, la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci en est peut-&#234;tre le plus parfait exemple. Mais, para&#238;t-il, Botticelli, Poussin, et le Bernin y sont &#233;galement all&#233;s de leurs repr&#233;sentation. Je ne citerai ici que le tableau de Poussin : Les Bergers d'Arcadie, expos&#233; lui-aussi au Louvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la musique, je ne citerai que Mozart, dont &#171; La Fl&#251;te enchant&#233;e &#187; - ce n'est quasiment plus un secret pour personne -, regorge litt&#233;ralement de symboles et d'allusions au Saint-Graal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les l&#233;gendes c&#233;l&#232;bres comme celles du &#171; Roi Arthur &#187; ou &#171; Notre-Dame de Paris &#187;, etc. Des contes comme &#171; Cendrillon &#187;, nous dit Dan Brown, &#171; La Belle au bois dormant &#187; ou &#171; Blanche-Neige &#187;, sont autant d'all&#233;gories du F&#233;minin sacr&#233; emprisonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la litt&#233;rature, l'exemple le plus remarquable nous est certainement donn&#233; par un auteur qui nous est cher - puisqu'inestimable pour Freud -, et que j'ai d&#233;j&#224; cit&#233; ce soir : c'est G&#339;the, qui ne cesse de promouvoir le F&#233;minin sacr&#233; que Rome aurait banni : le fameux &#171; Ewig-Weibliche &#187; (L'&#201;ternel f&#233;minin ou F&#233;minin sacr&#233;), si cher &#224; Wladimir Granoff&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Wladimir Granoff, La pens&#233;e et le f&#233;minin, Champs-Flammarion, Paris, 2004.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a tr&#232;s bien saisi le v&#233;ritable aiguillage vers le f&#233;minin sacr&#233; que l'&#339;uvre G&#339;the constitue pour l'orientation de celle de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Freud, L&#233;onard de Vinci et la lettre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, un si&#232;cle avant le best-seller am&#233;ricain de Dan Brown, c'est bien chez L&#233;onard de Vinci, que Freud &#233;tait venu - pour la premi&#232;re fois -, chercher le f&#233;minin sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard de Vinci, qui aurait &#233;t&#233; &#233;lev&#233;, sans p&#232;re, par une m&#232;re et sa propre m&#232;re, &#224; l'instar de J&#233;sus dans les jupes de Marie et de Sainte Anne, &#233;ternis&#233; par le tableau dit de la Vierge et l'enfant J&#233;sus avec Sainte Anne (je commenterai ce tableau un autre jour, car il s'agira d'y rep&#233;rer un quatri&#232;me personnage, le sinthome &#224; proprement parler : l'agneau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si un si&#232;cle plus tard - &#224; la lumi&#232;res de nouvelles recherches sur L&#233;onard de Vinci - tout cela s'av&#232;re faux, si l'imaginaire de Freud l'avait dup&#233;, voir si le symbolique l'avait l&#226;ch&#233; - le conduisant &#224; la fameuse b&#233;vue, aux fameux lapsus sur le &#171; Vautour &#187;, dont je parlerai bient&#244;t -, il reste que dans tout cela (en-dessous de l'imaginaire et par-dessus le symbolique), il y touchait bien &#224; un r&#233;el (&#171; toucher &#187; &#233;tant &#224; prendre ici, au sens o&#249; il suffit que la clef de Faust touche - et non pas ouvre - le tr&#233;pieds des M&#232;res dans le second Faust), toucher &#224; un r&#233;el donc, et pr&#233;cis&#233;ment : une lettre. C'est ce que j'essaierai de mettre en lumi&#232;re la prochaine fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contentons ici de travailler &#224; d&#233;ployer des pistes. Et j'en vois ici essentiellement trois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Celle, historique et r&#233;elle, des lettres et du f&#233;minin dans l'histoire - non pas du mouvement analytique -, mais de la Chose freudienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 &#176; - Celle, freudienne et th&#233;orique, de la sexualit&#233; f&#233;minine et du tabou de la virginit&#233; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3&#176; - Celle de l'&#233;thique h&#233;r&#233;tique de Jacques Lacan, laquelle part de la sublimation dans l'amour courtois (1959), pour &#171; d&#233;boucher &#187;, au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, sur l'&lt;i&gt;objet a&lt;/i&gt; et le RSI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aurai &#233;videmment pas le temps d'aborder tout cela ce soir ; mais commen&#231;ons tout de m&#234;me ; et par la piste historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DEUXI&#200;ME PARTIE. - La Cause freudienne et le F&#233;minin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, toute cette histoire de Saint-Graal peut nous sembler abracadabrante, n'est-ce pas, rocambolesque : mais regardons un temps soit peu sous nos yeux, ce qu'il s'est effectivement pass&#233; avec le mouvement analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces Jung, Ferenczi et autres - cette ceinture rapproch&#233;e, par Jones, ces v&#233;ritables ap&#244;tres de la Cause freudienne -, rassembl&#233;s autour d'un Freud qui, &#224; l'instar d'un nouveau Messie, va finalement souhaiter confier l'avenir de sa Cause &#224; une femme qui n'a, depuis, cess&#233;e d'&#234;tre attaqu&#233;e de toute part, nomm&#233;ment Anna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les lettres d&#233;rob&#233;es et Sainte-Irma&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre Saint-Graal a nous aussi, existe. Il nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; (en partie), par (non pas le Christ) mais tout de m&#234;me un certain Kris. Vous connaissez en effet peu ou prou l'histoire de notre &#171; Nativit&#233; &#187; &#224; nous, celle de la &#171; Naissance de la psychanalyse &#187;. Rappelez-vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes &#224; peu apr&#232;s en l'an de gr&#226;ce 1900, et Freud - furieux du sale tour qui lui est arriv&#233; dans son &#171; hainamoration &#187; du fameux Otto (rhinolaryngologiste) berlinois - Freud, soudain, d&#233;truit les lettres de Fliess. Seulement de son cot&#233;, Fliess, lui, les conserve, bien au chaud semble-t-il. De sorte que juste apr&#232;s sa mort, en 1928, sa veuve de femme - la fameuse &#171; m&#233;chante femme &#187; comme l'appelait Freud -, vend le paquet de quelques 284 lettres &#233;crites de la main m&#234;me de Freud (ainsi que les notes et manuscrits qui vont avec), &#224; un libraire berlinois, Reinhold Stahl. Mais &#224; cette condition pr&#232;s - express&#233;ment exprim&#233;e par Madame Fliess -, que le libraire s'engage &#224; ne pas retourner les lettres &#224; son envoyeur, c'est-&#224;-dire, en l'occurrence, &#224; Freud ; afin, bien &#233;videmment, qu'il ne les d&#233;truise pas, ce sur quoi son pouvoir, d'imaginaire, serait aussit&#244;t r&#233;duit &#224; n&#233;ant par le feu froid du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;chante femme &#233;tait donc notre Ministre avant l'heure, tenant &#224; ce que la lettre soit exhiber de la plus belle mani&#232;re, tout en ne sachant qu'en faire. Tellement en &#233;vidence, que le fameux libraire (Stahl), fuyant le r&#233;gime nazi et se r&#233;fugiant en France, ne tarde pas &#224; y rencontrer notre Marie Bonaparte nationale, lui offrant sur le champ le paquet de lettre pour la modique somme de 100 &#163;. Et Mme Marie Bonaparte s'en empare donc en 1937... Ou plut&#244;t s'en-pare, puisqu'en analyse avec Freud &#224; l'&#233;poque, elle les emporte &#224; Vienne afin de lui lire sous son nez, sur son divan m&#234;me, disons &#224; sa barbe ! C'est l&#224;, para&#238;t-il, qu'il lui aurait racont&#233; l'histoire juive sur la mani&#232;re de cuisiner le faisan :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous commencez par enterrer l'oiseau et vous le laissez sous terre une semaine, ensuite vous le d&#233;terrez.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et apr&#232;s ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Eh bien apr&#232;s, vous le jetez ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jones, Vie et oeuvre de Freud, vol. I, PUF, p. 319&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, Freud ayant essay&#233; de la convaincre de les d&#233;truire, elle n'en voulut rien savoir et d&#233;posa les documents &#224; la banque Rothschild &#224; Vienne ! Oui, mais nous sommes &#224; l'hiver 1937-1938, et en mars 1938, Hitler envahit l'Autriche... et il &#233;tait pr&#233;visible que la banque serait d&#233;valis&#233;e par les Morfaloux... Mais, &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt;, Marie Bonaparte se pr&#233;cipite &#224; Vienne, et en sa qualit&#233; de Princesse du Danemark, mais surtout de Gr&#232;ce, elle obtient l'autorisation de retirer son pr&#233;cieux magot sous le regard inquisiteur de la Gestapo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Paris, elle les met, croit-elle, en s&#251;ret&#233;, mais en 1941, c'est uniquement gr&#226;ce &#224; la cl&#233;mence du g&#233;n&#233;ral von Choltitz - qui finit par d&#233;sob&#233;ir aux ordres d'Hitler &#224; la fin de la guerre -, que les lettres peuvent finalement sortir de L&#233;gation de Danemark, o&#249; elles avaient fini par atterrir, pour ensuite traverser la Manche min&#233;e, et arriver en bon &#233;tat &#224; Londres, envelopp&#233;es d'un &#171; tissu imperm&#233;able l&#233;ger, nous dit Jones, afin, qu'en cas de naufrage, elle eussent quelque chance d'&#234;tre conserv&#233;es. &#187; (Jones, vol. I, p. 319).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les lettres, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; copi&#233;es, ont &#233;t&#233; soigneusement s&#233;lectionn&#233;es par Anna Freud et Ernst Kris, puis finalement publi&#233;es, et &#171; Ernst Kris &#233;crivit pour le recueil une belle pr&#233;face et y adjoignit un grand nombre de notes propres &#224; lui assurer la reconnaissance de tous ceux qui s'int&#233;ressent aux id&#233;es et &#224; la vie de Freud &#187; ; &#231;a c'est la vacherie de Jones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voyages suppos&#233;s du Saint-Graal, d&#233;crits par Dan Brown, voyages des soi-disant coffres d'&#233;crit apocryphes et des reliques de Marie Madeleine, ne vous rappellent-t-ils pas les p&#233;rip&#233;ties, bien r&#233;elles pourtant, des lettres de Freud &#224; Fliess, convoy&#233;es par &#171; Marie-Madeleine &#187; Bonaparte : n'est-ce pas l&#224; nos saintes reliques &#224; nous, Templiers de la Cause freudienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les documents du Graal &#233;taient para&#238;t-il transport&#233;s dans quatre &#233;normes malles, lesquelles renfermeraient la l&#233;gendaire Source Q - c'est-&#224;-dire un manuscrit qui pourraient &#234;tre &#233;crits de la propre main de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que dans notre cas, bien entendu, la Marie Madeleine en question, ce serait plut&#244;t Sainte Anne elle-m&#234;me - la m&#232;re du Christ - c'est-&#224;-dire Anna. Ou du moins, si c'est la fille, une chose est certaine : c'est qu'elle est bien de Sang royal, de sang r&#233;el, c'est-&#224;-dire de la descendance de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'important est que dans cette publication, l&#224; encore, il s'agit d'un v&#233;ritable concile de Nic&#233;e, s'agissant de document &#233;crits par la main m&#234;me de Freud. Pourquoi est-ce que je dis &#231;a ? Parce qu'il semble que les documents qui auraient pu servir &#224; une v&#233;ritable interpr&#233;tation du r&#234;ve canonique, celui de l'injection faite &#224; Irma, ont bien &#233;t&#233; occult&#233; : on a, l&#224; encore, essay&#233; de donn&#233; un &#171; coup de pouce divin &#187; &#224; l'&#339;uvre de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de cette publication, a &#233;t&#233; occult&#233;, semble-t-il - dans ce concile de Nic&#233;e de la Psychanalyse -, quelque chose qui a attrait &#224; ce r&#234;ve princeps de la &lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt;, et dont Freud nous dit pourtant, dans l'ouvrage m&#234;me, et &#171; malgr&#233; toute l'&#233;tude &#224; laquelle Freud le soumet &#187;, comme le fait remarquer W. Granoff qui rapporte l'affaire, que &#171; plus d'un fil y est laiss&#233; dans l'ombre, parce qu'il ne peut aller au-del&#224; &#187;... &#171; Au-del&#224; &#187; de ce r&#234;ve qui &#171; repr&#233;sente l'int&#233;rieur d'un corps f&#233;minin &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Wladimir Granoff, La pens&#233;e et le f&#233;minin, Champs-Flammarion, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve, vous le savez, date de juillet 1895 (&#224; Bellevue). Ce r&#234;ve, Freud, lui donne une importance telle qu'en 1900 avec Fliess, et quelques ann&#233;es plus tard avec Jones, il jouera avec l'id&#233;e d'apposer une plaque sur cette maison de Bellevue, laquelle dirait : &#171; Dans cette maison, le secret des r&#234;ves fut r&#233;v&#233;l&#233; au docteur S. Freud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se joue-t-il dans ce r&#234;ve - &#171; au-del&#224; &#187; de &#171; la symbolique &#187; freudienne, dirai-je ? La fameuse, Irma - dont je vous fait tout de ma remarquer que l'anagramme phon&#233;tique est Marie - s'appelait en fait Emma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emma Eckstein (1865-1924).&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'&#233;tait tout d'abord, il faut le pr&#233;ciser d'embl&#233;e, une amie intime de la famille et une jeune fille tr&#232;s proche de Freud. Mais bien sur, c'est &#233;galement une patiente de Freud, depuis 1892 semble-t-il, et qui plus est, une patiente qui souffre dans son corps, et de quelque chose qui a avoir avec l'oto-rhino-laryngologie et la th&#233;orie de Fliess : de dysm&#233;norrh&#233;es et des sinus. C'&#233;tait, bien entendu, viser dans le mille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette souffrance (ou de cette passion) : Ni une ni deux - comme on dit - Freud la fait examiner puis op&#233;rer par le Dr Fliess. &#171; Car, pour elle, pr&#233;cise Granoff ironique, Freud voulait le meilleur sp&#233;cialiste &#187;. Fliess arrive, accourt de Berlin &#224; Vienne, et op&#232;re les sinus de la dite Irma (op&#233;ration comportant la r&#233;section de la cr&#234;te dite turbinale, nous dit Granoff).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est qu'apr&#232;s la fameuse op&#233;ration, l'&#233;tat de la malade ne cesse d'empirer - elle passe du p&#232;re au pire - ; et il faut se rendre &#224; l'&#233;vidence : un autre sp&#233;cialiste doit intervenir, viennois celui-l&#224;, on doit faire au plus vite. On la r&#233;-op&#232;re donc et oh ! surprise : il d&#233;gage du champ op&#233;ratoire du pr&#233;c&#233;dent op&#233;rateur, &#171; environ cinquante centim&#232;tres de pansement que le bon Dr Fliess y avait oubli&#233;s, c'est-&#224;-dire de la gaze &#187;, nous pr&#233;cise Granoff&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W. Granoff, Op. Cit., p. 169.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;morragie, &#233;tat de choc, on arr&#234;te finalement le flot, mais Freud, qui assiste &#224; cette nouvelle op&#233;ration se sent mal et quitte la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous comprenez maintenant, je suppose, tout le remue-m&#233;nage du r&#234;ve, tout le chass&#233;-crois&#233; des m&#233;decins examinant et contre-examinant la pauvre Irma : les docteurs M., le fameux Otto et autres L&#233;opold. D'autant qu'il y eut ensuite, semble-t-il, d'autres h&#233;morragies et d'autres interventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous comprenez &#233;galement ce qui est int&#233;ress&#233; dans le r&#234;ve :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1&#176; non seulement, ce flot de sang qui jaillit de l'int&#233;rieur de ce corps f&#233;minin, &#224; la suite de la chute de cette fine membrane (de la gaze oubli&#233;e par Otto) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2&#176; mais corr&#233;lativement, comme allant de pair avec ce myst&#232;re du f&#233;minin, quelque chose qu'il serait peut-&#234;tre int&#233;ressant de situer du cot&#233; d'un r&#233;el de transfert, ou d'un transfert de r&#233;el, puisqu'imm&#233;diatement apr&#232;s, s'engage entre Freud et Fliess un &#233;change de lettres, qui comme les &#233;vangiles apocryphes, ont &#233;t&#233; banni du faire-part de &#171; La naissance de la psychanalyse &#187;. Que se passe-t-il dans ces lettres ? &#201;changes &#171; enfi&#233;vr&#233;es &#187;, nous dit Granoff, surtout &#171; de la part de Freud, qui litt&#233;ralement se rua &#224; la d&#233;fense anticip&#233;e de son ami et se multiplia en t&#233;moignages de consid&#233;ration inentam&#233;e quant &#224; la valeur scientifique de son coll&#232;gue &#187; (Granoff, p. 168 et suiv.). Et c'est cela qui se passe entre f&#233;vrier 1895 (date de la r&#233;-op&#233;ration) et la fameuse nuit du 23-24 juillet 1895, o&#249; se d&#233;clenche ce r&#234;ve princeps du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; Sang r&#233;el &#187;, donc, qui jaillit de la gorge d'Irma-Marie, ce r&#234;ve princeps, comment ne pas voir qu'il v&#233;hicule ce f&#233;minin, sacralis&#233;, dont Freud est porteur au moment m&#234;me o&#249; il se lance dans cette &#171; voie royale &#187;, selon sa propre expression, qui le m&#232;ne de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves et l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc l'&#171; H&#233;r&#233;sie &#187; (RSI) : Lacan ne s'y trompera pas ! L'h&#233;r&#233;tique, c'est au sens premier, quelqu'un qui a la connaissance des secrets de la religion. Ainsi, celui qui pr&#233;f&#233;rait les &#233;vangiles apocryphes - du grec apokruphos, &#171; rendu secret &#187; -, ou non conformes &#224; la publication de l'Empereur Constantin, &#233;tait consid&#233;r&#233; comme h&#233;r&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot h&#233;r&#233;sie vient du grec &#171; airesis &#187;, qui signifie &#171; choix &#187;. En ce sens, les premiers h&#233;r&#233;tiques, ce sont ceux qui ont fait le choix de Marie-Madeleine, le choix du f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi ce choix nous int&#233;resse-t-il dans le cadre de notre int&#233;r&#234;t pour le L&#233;onard de Vinci, et plus particuli&#232;rement le L&#233;onard de Vinci de Freud ? Je vous le dirai, mais d'abord revenons-en au L&#233;onard de Vinci de la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La C&#232;ne et le F&#233;minin sacr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons tous les ic&#244;nes modernes du masculin et du f&#233;minin que sont, d'une part, ce petit cercle surmont&#233; d'une fl&#232;che partant vers la droite lorsqu'on le regarde (mais vers sa gauche &#224; lui, le cercle qui nous regarde), et d'autre part, cet autre petit cercle - cette petite t&#234;te - qui surmonte une sorte de croix, ou de signe plus pour les math&#233;maticiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ces symboles proviennent de symboles astronomiques anciens qui sont respectivement sens&#233;s repr&#233;sent&#233;s celui du dieu-plan&#232;te Mars (masculin), et de la d&#233;esse-plan&#232;te V&#233;nus (f&#233;minin), lesquels symboles avaient autrefois une forme beaucoup plus simple, nous dit le &#171; Da Vinci code &#187;, puisqu'ils &#233;taient ceci :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un V invers&#233;, ou une sorte de ? (delta majuscule) ou triangle sans base, pour l'homme. Ce symbole, on l'appelait la &#171; Lame &#187; ; il &#233;tait sens&#233; repr&#233;senter l'agression et la virilit&#233;, un symbole phallique. (Mais vous pouvez &#233;galement faire raisonner le signifiant &#171; Lame &#187; &#224; votre guise).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et, pour l'ic&#244;ne du f&#233;minin, nous avions, &#224; l'oppos&#233;, un v&#233;ritable V, ce que l'on appelait, para&#238;t-il, &#171; Calice &#187;, ce qu'il ressemble &#224; une coupe, ou &#224; un vase, c'est-&#224;-dire, vous l'aurez compris, qu'il est sens&#233; symboliser l'ut&#233;rus, embl&#232;me de la f&#233;condit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc bien que, lorsque l'on dit que le Graal est un calice, il s'agit en fait bien l&#224; d'une all&#233;gorie pour d&#233;signer le fameux F&#233;minin sacr&#233; (Ewig-Weibliche), si cher &#224; G&#339;the et Granoff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sachant cela, si l'on observe bien la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci, on observe que J&#233;sus et sa compagne, &#224; partir de leur tailles qui semblent jointes, s'&#233;cartent l'un de l'autre, afin de former d'une mani&#232;re fort peu discutable, entre leurs deux bustes, un V.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH210/I-4-d166f.jpg?1757670738' width='300' height='210' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la C&#232;ne rec&#232;le - non pas comme une anamorphose comme dans le tableau des &#171; Ambassadeurs &#187; de Hans Holbein (1533 - National Gallery, Londres) - mais bien, tout de m&#234;me, une image cach&#233;e, secr&#232;te pour celui qui la d&#233;couvre : une lettre peinte par les deux corps joints et disjoints, le V symbole du Calice, du f&#233;minin sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne vous &#233;tonnez pas : L&#233;onard de Vinci connaissait le principe de l'image cach&#233;e et de l'anamorphose, puisque l'anamorphose est un proc&#233;d&#233; ant&#233;rieur &#224; L&#233;onard de Vinci - les anamorphoses chinoises datent de l'&#233;poque Ming (1368 &#224; 1644) - et surtout, puisqu'on conna&#238;t de lui cette anamorphose d'un visage d'enfant et d'un &#339;il, qui date de 1485 (Codex Atlanticus). Sur ce dessin, il faut regarder depuis la droite du dessin, en regard frisant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH127/I-5-a8081.jpg?1757670738' width='300' height='127' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout porte &#224; croire, donc, que dans ce tableau de la C&#232;ne, une lettre, un V, t&#233;moigne (en chute) du passage, si longuement d&#233;crit par Freud dans son dernier ouvrage - &lt;i&gt;L'Homme Moise et le monoth&#233;isme&lt;/i&gt; -, du passage du F&#233;minin sacr&#233;, de la D&#233;esse, &#224; une religion monoth&#233;iste, d'essence masculine, pour laquelle la D&#233;esse semble repr&#233;senter une terrible menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans ce passage de l'imaginaire au symbolique - comme l'explique tr&#232;s clairement Freud dans son ouvrage de 1939 -, lequel est, insiste-t-il, certes cr&#233;ateur et apaisant pour la civilisation dans son ensemble, il n'en reste pas moins qu'une lettre, un r&#233;el, est v&#233;ritablement escamot&#233;e. C'est cette lettre, semble-t-il, qui fait retour ici, dans ce texte d'un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci, lequel, faut-il le rappeler, date de 1910, c'est-&#224;-dire de cette ann&#233;e qui marque un tournant dans l'histoire du mouvement psychanalytique : Freud y revient d'Am&#233;rique, c'est le premier congr&#232;s de l'IPA, au cours duquel il va installer Jung dans le fauteuil de Pr&#233;sident - et ce, malgr&#233; les premiers signes avant-coureurs de la brouille qui se font sentir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Et justement - je vous invite &#224; relire la correspondance -, ces premi&#232;res &#233;chauffour&#233;es ont lieu, pr&#233;cis&#233;ment, &#224; propos de la question de l'inceste, certes, mais en ce qu'elle est intimement li&#233;e, &#224; l'origine du d&#233;bat qui se noue l&#224; entre Freud et Jung, &#224; celle du f&#233;minin sacr&#233; et de ses traces dans l'Antiquit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, Freud finissant par comprendre, en 1912, o&#249; Jung voulait en venir, lui renvoie dans une lettre du 14 mai 1912 - comprenant enfin l&#224; o&#249; il s'&#233;garait et esp&#233;rant qu'il allait revenir sur le droit chemin - qu'il ne faut pas confondre le droit maternel (mutterrecht) avec le gouvernement des femmes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; &lt;i&gt;Cher ami,&lt;br /&gt; Comme vous vous y attendez certainement, votre conception de l'inceste n'est toujours pas tout &#224; fait claire pour moi. Parfois il me semble qu'elle ne s'&#233;loigne pas de la conception que nous avons eue jusqu'ici, mais cela peut &#234;tre &#233;clairci par une discussion plus approfondie. &#192; vos arguments j'aurais trois choses &#224; observer - des r&#233;ticences, pas pr&#233;cis&#233;ment des r&#233;futations. (...) 2&#176; - Le droit maternel ne doit pas &#234;tre confondu avec le gouvernement des femmes. Peu de choses parlent en faveur de ce dernier. Le droit maternel s'accorde particuli&#232;rement bien avec l'avilissement polygamique de la femme.&lt;/i&gt; &#187; (pp. 633-634).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans ce &#171; droit maternel &#187; (Mutterrecht), Freud d&#233;signe clairement un &#233;tat de la soci&#233;t&#233; dans lequel les femmes r&#232;gnent moins par le pouvoir politique que par les liens de parent&#233; et la religion. L'expression de &#171; Mutterrecht &#187; est due au philosophe suisse Johann Jakob Bachofen (1815-1887), dont l'ouvrage principal, &#171; Das Mutterrechi &#187; (Stuttgart 1861) est &#233;galement cit&#233; par Freud dans la derni&#232;re partie de Totem et Tabou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car dans ce passage du F&#233;minin sacr&#233; au monoth&#233;isme, dans ce passage de l'imaginaire au symbolique, le r&#233;el de la lettre n'y est qu'escamot&#233;e, puisqu'en v&#233;rit&#233;, les traditions pa&#239;ennes n'ont pas v&#233;ritablement disparu... Et Freud y insiste et en t&#233;moigne, par un petit texte tr&#232;s court et tr&#232;s &#233;nigmatique - et par lequel je terminerai ce soir : &#171; Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Gross ist die Diana der Epheser &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud, Oeuvres compl&#232;tes, vol. XI, PUF, Paris, 1998, pp. 49-53.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, texte publi&#233; en 1911 dans le Zbl. Psychoanal. (vol. 2, n&#176;3), et dans lequel Freud s'appuie sur un livre, celui de F&#233;lix Sartiaux, &#171; Villes mortes d'Asie Mineure &#187;, publi&#233; &#224; Paris, en 1911, mais &#233;galement sur un tr&#232;s court po&#232;me de l'incontournable G&#339;the, auquel justement et curieusement (car il n'y fait aucune allusion), Freud emprunte le titre : &#171; Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte de Goethe est publi&#233; en post-scriptum de la premi&#232;re publication de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud y &#233;voque d&#233;j&#224; l'Ap&#244;tre Paul - qui restera tout au long de son &#339;uvre son v&#233;ritable cheval de bataille, c'est le cas de le dire (&#171; arri&#232;re cocotte ! &#187;) -, lequel Paul, serait venu &#224; &#201;ph&#232;se vers l'an 54 de notre &#232;re, - qui plus est avec Marie (son Irma &#224; lui) -, et y aurait tent&#233; de substituer sa nouvelle d&#233;esse maternelle, &#224; l'ancienne divinit&#233; Art&#233;mis (Diane).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les artisans et orf&#232;vres qui fabriquaient pour les p&#232;lerins des reproductions du temple et de la divinit&#233; &#171; durent alors trembler, nous dit Freud, pour leur d&#233;esse comme pour leur n&#233;goce. Ils se soulev&#232;rent et, aux cris sans cesse r&#233;p&#233;t&#233;s de &#8220;Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens&#8221;, ils se r&#233;pandirent &#224; travers la rue principale, Arkadian&#232;, jusqu'au th&#233;&#226;tre o&#249; leur meneur D&#233;m&#233;trios tint un discours incendiaire contre les Juifs et contre Paul. C'est avec peine que les autorit&#233;s parvinrent &#224; &#233;touffer l'&#233;meute en assurant que la majest&#233; de la grande d&#233;esse &#233;tait intangible et hors de toute attaque &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud, Op. cit., p. 52.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, - je vous renvoie-l&#224; aux Actes des Ap&#244;tres de la Bible de J&#233;rusalem, chapitre XIX :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tous se mirent &#224; scander d'une seule voix (...) : Grande est l'Art&#233;mis d'&#201;ph&#232;se ! &#187; (verset 34).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, je vous laisse l&#224;-dessus pour aujourd'hui, et la prochaine fois que j'interviendrai, nous continuerons - dans le droit fil de ce que je viens d'avancer ce soir - en abordant l'h&#233;r&#233;sie de Lacan, et pr&#233;cis&#233;ment le traitement qu'il fait subir &#224; la sublimation dans ses d&#233;veloppements sur &#171; &lt;i&gt;Das Ding&lt;/i&gt; &#187; et l'Amour courtois dans &#171; L'&#201;thique de la psychanalyse &#187;. Le titre anticip&#233; en est : &#171; Cathares et Catharsis &#187;, et nous essaierons d'entendre, si oui ou non, Lacan - contrairement &#224; Freud peut-&#234;tre - d&#233;sacralise le f&#233;minin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58 ; ces textes sont tr&#232;s ais&#233;ment consultables sur internet&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58 ; texte &#233;galement tr&#232;s facilement consultable sur internet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Wladimir Granoff, &lt;i&gt;La pens&#233;e et le f&#233;minin&lt;/i&gt;, Champs-Flammarion, Paris, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jones, &lt;i&gt;Vie et oeuvre de Freud&lt;/i&gt;, vol. I, PUF, p. 319&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Wladimir Granoff, &lt;i&gt;La pens&#233;e et le f&#233;minin&lt;/i&gt;, Champs-Flammarion, Paris, 2004, p. 168-170&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emma Eckstein (1865-1924).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W. Granoff, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud, Oeuvres compl&#232;tes, vol. XI, PUF, Paris, 1998, pp. 49-53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le texte de Goethe est publi&#233; en post-scriptum de la premi&#232;re publication de ce texte sur &lt;i&gt;Psychanalyse-paris.com&lt;/i&gt; : &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/Da-Vinci-Code-quete-du-Graal-et.html&#034;&gt;Da Vinci Code, qu&#234;te du Graal et Cause freudienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud, &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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