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	<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
	<link>https://psychanalyste-paris.com/</link>
	<description>Psychanalyste-paris.com propose des articles et &#233;ditoriaux sur la psychanalyse et les formations de l'inconscient freudien : histoire de la naissance de la psychanalyse, d&#233;finitions de la psychanalyse freudienne et lacanienne, psychanalyse des contes de f&#233;es, consultations et formations du psychanalyste. La psychanalyse est une m&#233;thode d'investigation de l'inconscient et de ses formations : par l'analyse des r&#234;ves, des lapsus et des actes manqu&#233;s, par la rem&#233;moration et l'analyse des souvenirs infantiles, la m&#233;thode psychanalytique de la libre association et de la cure par la parole d&#233;noue progressivement les inhibitions, les sympt&#244;mes et les angoisses et nous lib&#232;re d&#233;finitivement de toutes nos souffrances psychiques.
Christophe Bormans, Psychanalyste
&#8211; 8, rue de Florence - 75008 Paris
&#8211; Secteur Nord-Ouest : 2e, 8e, 9e, 17e et 18e arrondissements de Paris
&#8211; T&#233;l. : 01 40 41 07 27
&#8211; M&#176; : Place Clichy, Europe, Rome ou Li&#232;ge
&#8211; RER ou SNCF : Gare Haussmann / Saint-Lazare</description>
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		<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
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		<title>Blanche-neige et les sept nains : L'&#338;dipe de la petite fille et la rivalit&#233; avec la m&#232;re</title>
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		<dc:date>2012-02-05T11:33:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Lorsque Blanche-neige s'&#233;rige en reine du petit logis, elle prend en charge de mani&#232;re active sa f&#233;minit&#233; et se r&#233;concilie ainsi avec la jalousie maternelle qui l'a fait quitter la demeure royale. En outre, Blanche-neige se pr&#233;pare &#224; assumer sa sexualit&#233; f&#233;minine future et son pouvoir de s&#233;duction, en se rendant compte que les nains sont &#233;galement de &lt;i&gt;petits hommes&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes lorsque, soudain, des tr&#233;fonds de l'inconscient, le refoul&#233; fait brusquement retour et se rappelle &#224; la belle enfant.&lt;br /&gt;
L&#224; o&#249; le complexe d'&#338;dipe de la petite fille semblait en bonne voie ; l&#224; o&#249; Blanche-neige semblait avoir fait le grand m&#233;nage psychique n&#233;cessaire &#224; l'&#233;volution de sa maturit&#233; ; l&#224; o&#249; la libido de la petite fille semblait lentement glisser le long de l'&#233;quation symbolique p&#233;nis = enfant ; l&#224; o&#249; la petite fille semblait avoir r&#233;ussi &#224; surmonter le motif de la jalousie avec la m&#232;re ; l&#224; o&#249; la petite fille &#233;tait d&#233;j&#224; une petite femme&#8230; Soudain : &lt;i&gt;Adieu veau, vache, cochon, couv&#233;e&lt;/i&gt;, comme le disait La Fontaine.&lt;br /&gt;
C'est ce que l'on appelle, en psychanalyse, le retour du refoul&#233;. Et ce qui &#233;tait refoul&#233;, rappelons-nous, c'est l'ambivalence, la haine-jalouse pour la m&#232;re, qui fait suite &#224; la d&#233;ception due au constat de la diff&#233;rence des sexes. Ce qui &#233;tait refoul&#233;, en d'autres termes, c'est tout simplement l'amour premier pour la m&#232;re, c'est la m&#232;re comme premier objet d'amour.&lt;br /&gt;
[&#8230;] Si l'apparent bonheur de Blanche-neige dans la maison des sept nains tourne finalement au cauchemar, c'est que le d&#233;sir &#339;dipien qu'il sous-tendait &#233;tait ignor&#233; de Blanche-neige. D'un point de vue psychologique, tout &#233;tait pour le mieux dans le meilleur des mondes et la petite fille s'exer&#231;ait &#224; devenir m&#232;re. C'&#233;tait sans compter sur l'inconscient et sa logique &#339;dipienne implacable. Au vu du cauchemar qui surgit, il nous est permis de r&#233;interpr&#233;ter la prise de possession de la maison des sept nains comme l'expression d'un violent d&#233;sir &#339;dipien &#224; l'encontre de celle qui fait retour : la m&#232;re. Le retour de la m&#232;re d&#233;guis&#233;e, c'est, pour mieux dire, le retour d'un d&#233;sir d&#233;guis&#233; contre la m&#232;re.&lt;br /&gt;
En s'appuyant sur les brillantes d&#233;couvertes de M&#233;lanie Klein, il est possible de r&#233;interpr&#233;ter la prise de possession par Blanche-neige de la petite maison &#224; l'or&#233;e du bois, comme la prise de possession, par la petite fille, du ventre de la m&#232;re et des enfants qui s'y trouvent &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton78-749d3.gif?1757670837' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Blanche-neige et les sept nains : L'&#338;dipe de la petite fille et la rivalit&#233; avec la m&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;BLANCHE-NEIGE ET LES SEPT NAINS&lt;br /&gt;
L'&#338;dipe de la petite fille et la rivalit&#233; avec la m&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Blanche-Neige et les Sept Nains&lt;/i&gt; est le premier dessin anim&#233; produit par le studio d'animation &lt;i&gt;Walt Disney Pictures&lt;/i&gt; en format long-m&#233;trage (classique d'animation). Sorti le 21 d&#233;cembre 1937 aux &#201;tats-Unis, le film conna&#238;t un impact m&#233;diatique consid&#233;rable aussi bien sur le sol am&#233;ricain qu'&#224; l'&#233;tranger, au niveau international. En Europe, le film sort six mois plus tard et re&#231;oit d&#232;s 1938 un prix &#224; la &lt;i&gt;Mostra&lt;/i&gt; de Venise. En 1939, &lt;i&gt;Blanche-Neige et les Sept Nains&lt;/i&gt; re&#231;oit un Oscar d'honneur &#224; Hollywood pour avoir charm&#233; des millions de spectateurs et, surtout, pour avoir su faire &#233;merger le dessin anim&#233; comme nouveau genre cin&#233;matographique et comme un grand domaine du divertissement artistique. Un &lt;i&gt;Academy Award&lt;/i&gt; et sept petites statuettes remises en mains propres &#224; Walt Disney par Shirley Temple, viennent, cette ann&#233;e-l&#224;, couronner son importante innovation et consacrer son travail pionnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du sc&#233;nario, le film est l'adaptation d'un conte allemand publi&#233; pour la premi&#232;re fois en 1812 en Allemagne dans le livre pour enfants des deux fr&#232;res Jacob et Wilhelm Grimm, sous le titre &lt;i&gt;Schneewittchen&lt;/i&gt;. La traduction fran&#231;aise la plus connue demeure aujourd'hui encore celle de F&#233;lix Frank et E. Alsleben publi&#233;e en 1869 dans les &lt;i&gt;Contes allemands du temps pass&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacob et Wilhelm Grimm, &#171; Blanche-Neige &#187;, Contes allemands du temps pass&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du motif psychanalytique, le th&#232;me de la rivalit&#233; &#339;dipienne avec la m&#232;re est largement exploit&#233; et nous permet de mettre en &#233;vidence les temps logiques fondamentaux et toutes les subtilit&#233;s de l'&#233;mergence du complexe d'&#338;dipe de la petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Histoire et les personnages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous semblons tous conna&#238;tre par c&#339;ur le d&#233;but de cette histoire que l'on a maintes fois entendu raconter. &#171; Il &#233;tait une fois&#8230; &#187; une belle princesse nomm&#233;e Blanche-Neige : sa m&#232;re est morte et son p&#232;re est d&#233;sormais remari&#233; avec une femme, fi&#232;re et hautaine, qui lui jalouse sa grande beaut&#233;. Cette belle-m&#232;re, la cruelle et m&#233;chante reine, craignant qu'un jour la beaut&#233; de Blanche-Neige ne d&#233;passe la sienne, force la petite princesse &#224; s'habiller en haillons et &#224; travailler comme une souillon. Chaque jour, cependant, la reine vient consulter son miroir magique : &#171; Miroir magique au mur, qui a beaut&#233; parfaite et pure ? &#187; Aussi longtemps que le miroir r&#233;pondait que la beaut&#233; de la reine &#233;tait la plus c&#233;l&#233;br&#233;e, Blanche-Neige &#233;tait &#224; l'abri de la jalousie cruelle de la reine&#8230; Mais le d&#233;but du conte laisse pr&#233;sager qu'un jour arrivera, o&#249; un avenir encore plus sombre menacera de s'abattre sur le destin de la jeune princesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce jour, que commence le sc&#233;nario du dessin anim&#233; de Disney. Dans une pi&#232;ce d&#233;rob&#233;e d'un magnifique ch&#226;teau, une reine consulte son miroir magique pour savoir si elle est toujours et encore la plus belle de son royaume. Louant sa beaut&#233; majestueuse, celui-ci lui renvoie pourtant qu'&#171; une jeune fille en loques, dont les haillons ne peuvent dissimuler la gr&#226;ce &#187; est encore plus belle qu'elle. Sur la demande de la reine, le miroir renvoie une description flatteuse de la belle enfant : l&#232;vres rouges comme la rose, cheveux noirs comme l'&#233;b&#232;ne, teint blanc comme la neige. Dans cette fid&#232;le description, la reine reconnait sa fille adoptive : Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-neige vaque le plus souvent de son temps &#224; des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res, r&#234;vant qu'un prince charmant vienne l'emmener loin de cet ennuyeux quotidien. Celui-ci existe bel et bien : il l'adore et la courtise en chanson, mais timide, Blanche-neige se d&#233;robe &#224; ses yeux et se refuse encore &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reine charge son fid&#232;le et loyal serviteur de conduire Blanche-neige en un lieu isol&#233; de la for&#234;t et, sans autre proc&#232;s, de la tuer. La reine demande en outre &#224; son serviteur de lui rapporter le c&#339;ur de Blanche-neige dans un &#233;crin, afin qu'elle soit assur&#233;e du bon d&#233;roulement et de la r&#233;ussite totale de sa funeste entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le serviteur s'ex&#233;cute, mais au beau milieu de la for&#234;t, au moment fatidique, il d&#233;faille et ne peut se r&#233;soudre &#224; plonger son couteau dans le c&#339;ur de la belle enfant. Lui r&#233;v&#233;lant la teneur du complot et le commanditaire, le chasseur lui intime l'ordre de partir, de courir se cacher dans les bois et de ne jamais revenir au ch&#226;teau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de sa course, aval&#233;e par les branchages de l'&#233;paisse et noire for&#234;t, Blanche-neige tombe &#233;puis&#233;e et se r&#233;veille dans une clairi&#232;re, sous les yeux &#233;bahis des lapins, &#233;cureuils, biches, petits oiseaux et autres animaux de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant Blanche-neige par la main, les animaux la conduisent jusqu'&#224; une adorable petite maison o&#249; la charmante enfant semble pouvoir se r&#233;fugier et passer la nuit &#224; l'abri. D&#233;couvrant la maison vide, Blanche-neige s'&#233;tonne que tout le mobilier s'y pr&#233;sente en miniature et par sept. Pensant tout d'abord que la maison est habit&#233;e par sept enfants, Blanche-neige constate &#233;galement que son int&#233;rieur est couvert de poussi&#232;re, que le moindre recoin est assailli de toiles d'araign&#233;es et que des piles d'assiettes sales et de la vaisselles restent p&#234;le-m&#234;le &#233;parpill&#233;s sur la table. Blanche-neige en conclut d'abord que les enfants n'ont pas de m&#232;re pour faire leur m&#233;nage et laver leurs v&#234;tements sales qui trainent partout ; bref, qu'ils doivent &#234;tre orphelins. Sur leurs lits, sont cependant grav&#233;s leurs surnoms : Prof, Joyeux, Atchoum, Simplet, Grincheux, Timide et Dormeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-neige entreprend alors de nettoyer l'int&#233;rieur de fond en comble et de mettre un peu d'ordre dans la maison avec l'aide f&#233;&#233;rique des animaux de la for&#234;t ; elle anticipe qu'&#224; leur retour, les propri&#233;taires des lieux seront d'autant plus enclins &#224; l'accueillir dans leur foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, sept nains travailleurs, &#224; grands coups de pioches, cherchent infatigablement des pierres pr&#233;cieuses, diamants et rubis, au fond d'une mine abandonn&#233;e dans la montagne. Rentrant de cet harassant &#171; boulot &#187; ils d&#233;couvrent que la lumi&#232;re brille dans leur maison, que la porte est ouverte et que la chemin&#233;e fume. Croyant d'abord &#224; un fant&#244;me ou autre farfadet, ils d&#233;couvrent finalement l'adorable princesse, allong&#233;e en travers de trois de leurs petits lits mis c&#244;te &#224; c&#244;te, endormie et lasse de son &#233;puisant travail m&#233;nager. Elle est en train de s'&#233;tirer et de doucement s'&#233;veiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pr&#233;sentant, Blanche-neige, d&#233;couvre que les propri&#233;taires des lieux sont finalement des petits-hommes : sept nains qui, t&#244;t le matin partent &#224; la mine, loin dans les montagnes, et n'en reviennent que tard le soir. Elle devine ais&#233;ment les surnoms de chacun en fonction de leurs mimiques et caract&#232;res propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;sentations termin&#233;es, les nains acceptent de garder la princesse pour la prot&#233;ger de la mal&#233;fique belle-m&#232;re, la reine. En &#233;change, Blanche-neige se propose de faire la lessive, la couture, le m&#233;nage et la cuisine. All&#233;ch&#233;s par la promesse de belles tartes aux prunes, les sept nains acceptent &#224; la quasi-unanimit&#233; des votes&#8230; &#224; l'exception de celui de Grincheux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'harmonie r&#232;gne dans l'adorable maisonn&#233;e, m&#234;me si Blanche-neige exige de la part des sept nains, une rude discipline en mati&#232;re de propret&#233; et de toilette quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e, Blanche-neige reste cependant seule, en proie &#224; l'inqui&#233;tant isolement de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, de l'autre c&#244;t&#233; de la for&#234;t, la m&#233;chante belle-m&#232;re, la reine, apprend avec surprise par la divination de son miroir magique, que Blanche-neige est toujours en vie et plus belle que jamais. Elle demeure &#171; au pied des sept collines des joyaux, par de-l&#224; la septi&#232;me chute, dans le logis des sept nains &#187;, lui pr&#233;cise le mal&#233;fique miroir. Pour preuve, le miroir lui apprend que son fid&#232;le serviteur l'a trahi et lui a apport&#233; le c&#339;ur d'une biche en lieu et place de celui de Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mal&#233;fique reine d&#233;cide alors de se rendre au logis des nains et d'accomplir elle-m&#234;me la sale besogne. Saisissant son grimoire, elle se met &#224; la recherche d'une formule magique qui transforme sa beaut&#233; en laideur et ses habits de souveraine en haillons. D&#233;guisant sa voie et vieillissant ses traits, elle se rend &#224; la maison des sept nains en vielle marchande de pommes. Au pr&#233;alable, la m&#233;chante sorci&#232;re a bien pris soin d'empoisonner la plus belle, la plus rouge et la plus croquante de ses pommes : celle qu'elle destine secr&#232;tement &#224; Blanche-neige. Plong&#233;e dans le chaudron de la mort, le poison est cens&#233; &#224; son tour plonger celle qui la croque dans un profond et &#233;ternel sommeil, &#224; moins qu'un premier baiser d'amour ne vienne la r&#233;veiller, ce qui statistiquement para&#238;t peu probable s'agissant de l'innocente Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Blanche-neige r&#234;ve na&#239;vement en chanson &#224; son prince charmant, qui un jour d'un lointain printemps viendra peut-&#234;tre pour l'emmener, la sorci&#232;re, elle, accoure &#224; grands pas jusqu'&#224; la cabane des sept nains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la mise en garde des nains de ne pas ouvrir aux inconnus, Blanche-neige se laisse s&#233;duire par la vieille marchande de pommes qui para&#238;t inoffensive et qui pr&#233;texte un malaise cardiaque pour entrer se reposer un instant dans la maison. Blanche-neige ne semble pas se m&#233;fier et lui propose un verre d'eau, tandis que la vielle marchande lui met sous les yeux de belles pommes pour les tartes qu'elle est en train de pr&#233;parer pour les nains. Pour mieux la convaincre et la s&#233;duire, la marchande lui propose de lui faire go&#251;ter la plus belle et la plus rouge de ses pommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sorci&#232;re affirme que cette pomme est cens&#233;e exaucer les v&#339;ux les plus chers de celle qui la croque. Blanche-neige tombe dans le pi&#232;ge et croque la pomme fatale : sa respiration s'arr&#234;te, son sang se glace et Blanche-neige tombe finalement &#224; terre, la pomme roulant jusqu'&#224; la vieille sorci&#232;re qui &#233;clate alors en un rire sardonique, jubilant d'&#234;tre d&#233;sormais et sans conteste la plus belle femme sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;venus du danger imminent par les animaux de la for&#234;t, les nains se lancent &#224; la poursuite de la sorci&#232;re sous les &#233;clairs de la foudre qui s'abat, &#224; la nuit tomb&#233;e, sur l'&#233;paisse for&#234;t noire. Tentant de se d&#233;barrasser de ses poursuivants, la sorci&#232;re parvient par un chemin escarp&#233; jusqu'&#224; un rocher haut perch&#233;, mais touch&#233; par la foudre, celui-ci c&#232;de et projette la m&#233;chante reine au bas de la falaise dans une chute qui s'av&#232;re mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour dans leur maison, les sept nains ne peuvent rien faire d'autre que de constater le sommeil de mort de la belle et jolie princesse ; ils dressent alors une chapelle ardente pour lui rendre un dernier hommage et veiller sur son corps. Aussi belle &#224; la vie que dans la mort, Blanche-neige est mis dans un cercueil de verre o&#249; les nains peuvent continuer de l'adorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un jour, le prince charmant, parti &#224; la poursuite de sa bien-aim&#233;e, arrive enfin &#224; la terre des sept nains. Le prince se penche sur le corps de la belle princesse endormie et lui donne spontan&#233;ment sur ses l&#232;vres encore rouges un premier baiser d'amour. Les yeux de Blanche-neige s'animent et voil&#224; que la belle enfant s'&#233;tire &#224; nouveau : elle se r&#233;veille enfin de son sommeil de mort, enlace son prince et quitte la maison des sept nains sur le cheval blanc du son jeune et bel amant pour s'&#233;loigner enfin vers son destin royal.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; LA RIVALIT&#201; ET LE MOTIF DE LA M&#200;RE PR&#201;-&#338;DIPIENNE MORTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons commenc&#233; par exposer le complexe d'&#338;dipe du petit gar&#231;on&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christophe Bormans, &#171; Le Roi lion : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, car celui de la petite fille &#171; rec&#232;le un probl&#232;me de plus &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme le souligne Freud, que celui du petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on est en droit d'appeler le complexe d'&#338;dipe de la petite fille est structurellement diff&#233;rent de celui du petit gar&#231;on. Pour le comprendre, il est d'abord n&#233;cessaire d'avoir en t&#234;te les deux similitudes premi&#232;res du d&#233;veloppement de la sexualit&#233; et des recherches sexuelles dans l'un et l'autre cas : premi&#232;rement, tout comme le petit gar&#231;on, la petite fille a pour premier objet d'amour la m&#232;re ; deuxi&#232;mement, tout comme le petit gar&#231;on, elle atteint un m&#234;me stade d'organisation de la sexualit&#233; que l'on peut qualifier de g&#233;nital, et plus pr&#233;cis&#233;ment de phallique. Quant &#224; la diff&#233;rence, mais elle est radicale, elle intervient &#224; l'apog&#233;e de ce stade phallique : l&#224; o&#249;, sous la menace de castration, le petit gar&#231;on va devoir abandonner l'investissement libidinal pour sa m&#232;re pour sauver l'organe phallique avec lequel il a d&#233;couvert la volupt&#233; sexuelle (le p&#233;nis), la question ne se r&#233;sout pas aussi facilement pour la petite fille pour les motifs que l'on comprend ais&#233;ment. Si le clitoris remplit de mani&#232;re voluptueuse la sexualit&#233; naissante de la petite fille, la question que l'on est en droit de se poser dans le cas de la petite fille est la suivante : n'ayant rien &#224; perdre, qu'est-ce qui am&#232;ne la petite fille &#224; renoncer &#224; la m&#232;re comme objet libidinal et &#224; finalement opter pour un nouveau choix d'objet, celui du p&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute la difficult&#233; de la r&#233;solution du complexe d'&#338;dipe pour la petite fille et c'est toute cette difficult&#233; que le dessin anim&#233; de Walt Disney met particuli&#232;rement bien en sc&#232;ne dans &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt; : l&#224; o&#249; le constat de la diff&#233;rence des sexes a pour effet premier de rendre r&#233;elle la menace de castration et ainsi de mettre fin au complexe d'&#338;dipe pour le petit gar&#231;on, le constat de cette diff&#233;rence des sexes constitue pour la petite fille une porte d'entr&#233;e dans le complexe qui l'am&#232;nera &#224; la sexuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons cette question de la diff&#233;rence des sexes au moment o&#249; le spectateur rencontre Blanche-neige : le moment de la sc&#232;ne autour du puits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le puits et la diff&#233;rence des sexes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dessin anim&#233;, la premi&#232;re rencontre entre le spectateur et le personnage principal du film, Blanche-neige, s'effectue lorsque la jeune princesse, habill&#233;es de haillons, quitte les marches du perron qu'elle &#233;tait en train de laver pour aller au puits. Elle va y puiser l'eau pour ses t&#226;ches m&#233;nag&#232;res et, juste &#224; ce moment, quelques colombes se posent sur le rebord du puits. Blanche-neige s'adresse aux oiseaux et leur apprend qu'un pouvoir magique est dans ce puits. Lorsque l'on y fait un v&#339;u, si l'&#233;cho du puits vous r&#233;pond, le v&#339;u est exauc&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Faire un v&#339;u d&#233;sire-t-on,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au puits il faut le dire.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si l'&#233;cho sans tarder r&#233;pond,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;On a ce qu'on d&#233;sire.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le spectateur rompu avec le langage de l'inconscient aura tout de suite compris que le motif du puits est ici celui du trou, du creux, bref de l'absence de p&#233;nis. En d'autres termes, nous rencontrons Blanche-neige au moment de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment ne se n&#233;gocie pas de la m&#234;me mani&#232;re chez la petite fille que chez le petit gar&#231;on. L&#224; o&#249; nous avons vu que le petit gar&#231;on, mis en face de la diff&#233;rence des sexes, pr&#233;sentait une tendance &#224; ne pas en tenir compte, &#224; en rire, voire &#224; la d&#233;nier jusqu'&#224; ce que la menace de castration prenne le relais de cette am&#232;re constatation, la petite fille n'a g&#233;n&#233;ralement pas besoin de tergiverser. &#171; D'embl&#233;e elle a jug&#233; et d&#233;cid&#233; &#187;, nous dit Freud : &#171; Elle a vu cela, sait qu'elle n'en a pas et veut l'avoir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D'embl&#233;e elle a jug&#233; et d&#233;cid&#233;. Elle a vu cela, sait qu'elle ne l'a pas et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, il ne s'agit pas pour la petite fille d'un complexe de castration, mais &#224; proprement parler, d'un complexe de masculinit&#233;. La petite fille se sent tout d'abord diminu&#233;e, un sentiment d'inf&#233;riorit&#233; s'installe dans le psychisme de la jeune princesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La diff&#233;rence des sexes et le sentiment d'inf&#233;riorit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce sentiment d'inf&#233;riorit&#233; de la petite fille qui est particuli&#232;rement bien mis en &#233;vidence dans le dessin anim&#233; de Walt Disney, &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt;. Devant l'am&#232;re constat de la diff&#233;rence des sexes et l'absence de p&#233;nis, ici symbolis&#233; par le trou du puits, la petite fille se sent diminu&#233;e, &#224; la fois dans l'image inconsciente de son corps, et &#224; la fois dans le destin qui est le sien : Blanche-neige est mal habill&#233;e, en haillons, elle est assign&#233;e &#224; de basses besognes et &#224; des t&#226;ches basses et d&#233;gradantes. Dans son inconscient, la petite fille se consid&#232;re comme d&#233;grad&#233;e, diminu&#233;e par cette absence de p&#233;nis. Bless&#233;e narcissiquement, elle se r&#234;ve &#224; l'inverse : d'une grande beaut&#233; et d'&#234;tre muni de phallus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'image du beau et pur visage que le puits lui renvoie lorsqu'elle s'y mire. Quant &#224; la multiplication des colombes, ne doutons pas qu'elle repr&#233;sente ici le p&#233;nis manquant. L'on sait en effet que dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, les animaux qui se glissent dans les trous, ou ceux qui s'envolent, sont g&#233;n&#233;ralement les repr&#233;sentants des organes g&#233;nitaux masculins : ne dit-on pas d'ailleurs &#224; un petit gar&#231;on que &#171; le petit oiseau va sortir &#187;, lorsque l'on veut faire allusion au fait que sa braguette est ouverte ? En outre, si l'on se rappelle que c'est le souffle de l'Esprit saint (g&#233;n&#233;ralement repr&#233;sent&#233; par une colombe dans la symbolique chr&#233;tienne), qui vient mettre la vierge Marie enceinte du P&#232;re du Christ, on ne doutera plus que la Colombe est tout particuli&#232;rement un excellent repr&#233;sentant de l'organe masculin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce temps logique de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes (le puits et la Colombe) est fondamental, car si l'on suit Freud &#224; la lettre, c'est &#224; partir de cette d&#233;couverte que la petite fille va s'orienter vers son propre complexe d'&#338;dipe. Sur cette voie, trois possibilit&#233;s s'offrent &#224; elle : d'abord, tenant la m&#232;re comme responsable de son inf&#233;riorit&#233; constitutionnelle (comme responsable de l'avoir faite femme), la petite fille s'en d&#233;tourne afin de prendre le p&#232;re ou un de ses substituts comme objet d'amour ; ensuite, elle se d&#233;tourne de la sexualit&#233; en g&#233;n&#233;ral et de son onanisme en particulier ; enfin, elle s'oriente lentement, et parfois de mani&#232;re sinueuse, vers sa f&#233;minit&#233; future dans l'espoir d'accueillir un jour pleinement l'objet phallique tant convoit&#233;. Voyons successivement ces trois temps fondamentaux du complexe d'&#338;dipe de la petite fille avec la pr&#233;sentation que nous en fait Walt Disney dans son dessin anim&#233; &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le miroir de la f&#233;minit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-neige se mire au fond du puits. Cette sc&#232;ne fait bien s&#251;r &#233;cho &#224; la sc&#232;ne premi&#232;re du dessin anim&#233; : celle o&#249; la reine vient, comme chaque jour, contempler son miroir magique au mur. L'on comprend maintenant que la jalousie de la belle-m&#232;re est ici une mise en sc&#232;ne qui masque en m&#234;me temps qu'elle d&#233;couvre le motif sous-jacent : le motif &#339;dipien de la petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le miroir est d'ailleurs le symbole de l'inversion : dans la r&#233;alit&#233; psychique, c'est bien la petite fille qui, devant l'am&#232;re constat de la diff&#233;rence des sexes, se retourne contre sa m&#232;re, la tient comme responsable de son inf&#233;riorit&#233; organique et l'abandonne finalement comme objet d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le motif de la m&#232;re morte est si r&#233;pandu dans les contes d'enfant, c'est parce que c'est d'abord dans l'inconscient que la m&#232;re meurt comme premier objet d'amour. &lt;i&gt;Blanche-neige&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Belle et la B&#234;te&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Bambi&lt;/i&gt;, etc. : la liste est longue et nous tenterons d'y revenir tout au long de ce travail. Une fois morte (comme objet d'amour), la m&#232;re devient tr&#232;s vite une rivale pour la petite fille qui part imm&#233;diatement &#224; l'assaut du p&#232;re pour tenter de gagner son amour : c'est-l&#224; le motif premier de la jalousie, qui condens&#233; avec celui de l'inf&#233;riorit&#233; organique projet&#233; par l'image inconsciente du corps, donne finalement &#224; cette rivalit&#233; f&#233;minine ce caract&#232;re ravageur qu'il prend s'agissant de la beaut&#233; respective de la m&#232;re et de la fille et qui est particuli&#232;rement bien mis en &#233;vidence dans le conte de &lt;i&gt;Blanche-neige&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, apr&#232;s avoir constat&#233; l'insupportable diff&#233;rence des sexes et son absence constitutive de p&#233;nis, la petite fille va tenir la m&#232;re comme responsable de cette inf&#233;riorit&#233; et s'en d&#233;tourner : &#171; cette m&#232;re qui a lanc&#233; l'enfant dans la vie avec un &#233;quipement aussi insuffisant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dit Freud. La petite fille en veut terriblement &#224; sa m&#232;re de l'avoir fait manquante, s'en d&#233;tourne pour finir par la jalouser de recevoir l'objet du p&#232;re et pas elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons cependant quelque chose de fondamental pour comprendre le complexe d'&#338;dipe de la petite fille : c'est que dans l'inconscient, les choses et les temps ne sont pas chronologiques, mais bien logiques. En d'autres termes, il faut comprendre qu'avant sa propre fille, la m&#232;re est d'abord elle-m&#234;me une petite fille ; en ce sens, elle v&#233;hicule elle-m&#234;me son propre complexe d'&#338;dipe, c'est-&#224;-dire son propre complexe de masculinit&#233; qu'elle transmet de mani&#232;re souvent inconsciente et brute &#224; sa fille. C'est en ce sens chronologique, que le th&#232;me de la m&#233;chante belle-m&#232;re qui jalouse la beaut&#233; de Blanche-neige est tout &#224; fait recevable. D'un point de vue logique cependant, c'est bien la diff&#233;rence des sexes et sa d&#233;couverte qui est la cause premi&#232;re de l'abandon de la m&#232;re comme objet d'amour et du d&#233;tournement de la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;tournement de la sexualit&#233; (premi&#232;re rencontre avec le prince)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la petite fille constate au miroir de la rencontre avec le p&#233;nis du petit gar&#231;on sa propre inf&#233;riorit&#233;, non seulement elle en veut &#224; sa m&#232;re dans un premier temps et s'en d&#233;tourne dans un second, mais surtout, d&#233;&#231;ue, elle abandonne toute recherche sexuelle et toute volupt&#233; dans le domaine de la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;tournement est particuli&#232;rement bien mis en &#233;vidence dans la sc&#232;ne de la premi&#232;re rencontre avec le prince. Apr&#232;s la constatation de la diff&#233;rence des sexes, la petite fille se d&#233;tourne de la m&#232;re comme objet d'amour afin de prendre un substitut du p&#232;re : elle se met &#224; d&#233;sirer voir un jour venir celui qu'elle aime. C'est la chanson que chante Blanche-neige aux colombes assembl&#233;es autour du puits :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Je souhaite (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Voir celui que j'aime. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et qu'il vienne (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bient&#244;t. (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je l'attends, (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je r&#234;ve aux doux mots, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aux mots tendres (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'il dira. (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je souhaite (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Voir celui que j'aime. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'il me trouve (&#233;cho) &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bient&#244;t.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si Blanche-neige r&#234;ve au prince charmant, au moment pr&#233;cis o&#249; celui-ci escalade le mur pour la rejoindre aupr&#232;s du puits, elle prend peur et s'enfuit : pourquoi ? Si, comme on l'a d&#233;j&#224; soulign&#233;, l'escalade est le symbole, dans l'inconscient, de l'acte sexuel, l'on a ici la confirmation que la petite fille qu'est Blanche-neige n'est pas pr&#234;te : la d&#233;ception de sa f&#233;minit&#233; la d&#233;tourne dans un premier temps de toute sexualit&#233; et la conduit &#224; r&#234;ver d'une mani&#232;re lascive et, en quelque sorte, passive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se cache derri&#232;re les rideaux rouges, rougit elle-m&#234;me, est plong&#233;e dans une &#233;trange volupt&#233;, mais celle-ci est totalement d&#233;sexualis&#233;e. Elle semble avoir abandonn&#233; toute sexualit&#233;. En a-t-elle d'ailleurs jamais eu une ? Apr&#232;s tout, devant autant de pudeur, est-on v&#233;ritablement en droit d'affirmer que, tout comme le petit gar&#231;on, la petite fille a connu auparavant un d&#233;veloppement de sa recherche sexuelle et d'une activit&#233; onaniste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cueillette des fleurs et la masturbation infantile de la petite fille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue psychanalytique, l'on est effectivement en droit d'affirmer que, tout comme le petit gar&#231;on, la petite fille conna&#238;t g&#233;n&#233;ralement, au moment culminant de sa phase phallique, une intense activit&#233; onaniste. C'est avec son propre organe, le clitoris, que la petite fille atteint au plaisir masturbatoire durant cette p&#233;riode. Le clitoris se comporte &#224; cet &#233;gard comme le p&#233;nis et la petite fille ne manque d'ailleurs pas de rivaliser avec le petit gar&#231;on dans cette p&#233;riode masturbatoire. Est-ce par cette voie et par comparaison qu'elle en vient &#224; percevoir son propre organe comme inf&#233;rieur et entrer ainsi dans son propre complexe de masculinit&#233; ? C'est, &#224; n'en pas douter, une piste &#224; retenir, d'autant qu'une telle d&#233;ception par comparaison faciliterait sans aucun doute l'abandon de la sexualit&#233; et l'inhibition de l'onanisme. Car la masturbation existe bien chez la petite fille et le dessin anim&#233; de &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt; ne manque pas d'en &#233;voquer les contenus inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenons-nous que dans le dessin anim&#233; de Walt Disney, le premi&#232;re fois que nous rencontrons Blanche-neige, c'est lorsqu'elle est train de laver des marches. Or, si l'on sait que monter ou descendre des marches ou escaliers est dans l'inconscient, le symbole certain du co&#239;t et de l'acte sexuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Marches, &#233;chelles, escaliers, en l'occurrence le fait de s'y d&#233;placer, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'est pas permis de douter que les frotter est le symbole de la masturbation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous ensuite la mani&#232;re dont la m&#233;chante belle-m&#232;re ordonne &#224; son serviteur d'exposer Blanche-neige. Elle ordonne de conduire Blanche-neige dans la for&#234;t, dans un lieu isol&#233; o&#249; elle cueillera des fleurs sauvages. Si les fleurs sont le repr&#233;sentant symbolique du sexe f&#233;minin, souvent butin&#233;es, le c&#244;t&#233; sauvage ent&#233;rine le c&#244;t&#233; cach&#233; et voluptueux de l'activit&#233; ici symbolis&#233;e. L'endroit isol&#233;, bien entendu, pr&#233;pare &#224; l'activit&#233; que l'on fait en cachette. Enfin, la cueillette se situe dans la droite lign&#233;e symbolique des activit&#233;s de l'arrachage et du d&#233;tachement, dont l'exp&#233;rience psychanalytique montre qu'elle symbolise ouvertement la masturbation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'arrachage des poils (de l'herbe), qui prend ici la place de la souillure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux, le fantasme masturbatoire de la petite fille est ici d&#233;voil&#233; dans la sc&#232;ne avec le fid&#232;le serviteur de la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le c&#339;ur arrach&#233; et le fantasme de l'inceste avec p&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que viendrait repr&#233;senter ici ce fid&#232;le serviteur de la m&#232;re, si ce n'est le p&#232;re lui-m&#234;me ? Nous avons ici le motif du fameux fantasme que Freud expose dans son c&#233;l&#232;bre article : &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; On bat un enfant &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Rencontrant avec une &#233;tonnante fr&#233;quence chez ses patients et patientes, le souvenir de voire ou de croire avoir d&#233;j&#224; vu une sc&#232;ne o&#249; un enfant est battu, Freud en d&#233;duit qu'un tel souvenir est celui d'un sc&#233;nario avant tout fantasmatique servant de base &#224; une activit&#233; masturbatoire fortement investie libidinalement. Toujours pr&#233;sent avec une &#233;tonnante vivacit&#233;, ce sc&#233;nario fantasmatique, bien qu'il prenne ses racines dans des stades d'organisation de la sexualit&#233; ant&#233;rieurs et notamment sadiques, conna&#238;t son point de culminance avec la mont&#233;e en puissance de l'organisation g&#233;nitale phallique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la petite fille, derri&#232;re ces fantasmes de fustigation, se cache le d&#233;sir incestueux d'avoir des relations sexuelles et d'obtenir un enfant du p&#232;re. Si l'on admet que le fid&#232;le serviteur de la m&#232;re est le substitut parfait du p&#232;re, l'on ne peut que reconna&#238;tre que le motif de l'arrachage du c&#339;ur symbolise celui de la prise de la virginit&#233;. Lorsque l'on sait que tout objet oblongue et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; toutes armes allong&#233;es ou tranchantes telles les couteaux ou poignards repr&#233;sentent, dans l'inconscient, le membre masculin en &#233;rection&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple : Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'est plus permit d'avoir aucun doute sur le symbolisme de l'instrument brandi par le chasseur, au moment m&#234;me o&#249; son ombre s'avance sur l'innocente h&#233;ro&#239;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, on ne peut que reconna&#238;tre dans la sc&#232;ne de la cueillette des fleurs dans la for&#234;t, le fantasme primordial qui guide l'activit&#233; masturbatoire de la petite fille en sa phase phallique &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;. Comme le r&#233;sume Freud :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'enfant qui est alors battu-caress&#233; peut n'&#234;tre au fond rien d'autre que le clitoris, si bien que cette d&#233;claration, dans ce qu'elle a de plus profond, contient l'aveu de la masturbation qui, d&#232;s le d&#233;but, dans la phase phallique, jusqu'&#224; une &#233;poque tardive est attach&#233;e au contenu de cette formule &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, ce fantasme, &#171; r&#233;sidu de la p&#233;riode phallique de la petite fille &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en signant sa r&#233;surgence contient &#233;galement la preuve de l'activit&#233; masturbatoire intense de la petite fille &#224; l'&#233;poque de sa phase phallique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; la suite de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes et de son inf&#233;riorit&#233; constitutionnelle pr&#233;sum&#233;e, la petite fille pr&#233;sente une tendance tr&#232;s marqu&#233;e &#224; se r&#233;volter contre la masturbation. L&#224; o&#249; le gar&#231;on pourra continuer &#224; obtenir satisfaction par cette voie nonobstant l'&#233;ventuel sentiment de culpabilit&#233; associ&#233; &#224; cette activit&#233;, la petite fille, profond&#233;ment bless&#233;e dans son narcissisme, aura tendance &#224; associer la masturbation, fut-elle clitoridienne, &#224; une activit&#233; typiquement masculine, et &#224; vouloir s'en d&#233;tourner d&#233;finitivement afin d'acc&#233;der &#224; une sexualit&#233; diff&#233;rente et typiquement f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le motif du refoulement de la sexualit&#233; mis en sc&#232;ne par le motif de la fuite au travers de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refoulement de la sexualit&#233;, initi&#233; par la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes, semble d&#233;sormais redoubl&#233; par la crainte de l'inceste. Dans la sc&#232;ne de la cueillette des fleurs, la petite fille qu'est Blanche-neige semble &#233;galement faire de la castration la cons&#233;quence d'une punition de l'activit&#233; masturbatoire et semble attribuer cette punition au p&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fuite dans la for&#234;t : le refoulement de la masculinit&#233; et le motif de la m&#232;re morte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'horreur cumul&#233;e de la diff&#233;rence des sexes (sc&#232;ne du puits) et de l'inceste (sc&#232;ne dans la for&#234;t avec le serviteur), la petite fille va se d&#233;tourner de sa m&#232;re et refouler son activit&#233; sexuelle, notamment celle qu'elle associe &#224; la masculinit&#233;. Encore une fois, c'est l'humiliation narcissique subie et son inf&#233;riorit&#233; organique pr&#233;sum&#233;e lors de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes qui plonge la petite fille dans un tel d&#233;sarroi. Puisqu'on ne peut pas, sur ce terrain, tenir t&#234;te aux gar&#231;ons, mieux vaut s'abstenir de rivaliser et refouler toute sexualit&#233;, notamment masculine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce refoulement dans les tr&#233;fonds de l'inconscient qui est ici repr&#233;sent&#233; par la sc&#232;ne de la fuite dans la for&#234;t. Cette fuite signe &#224; la fois le d&#233;tournement de la sexualit&#233; et l'abandon de la m&#232;re comme objet d'investissement libidinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;pargn&#233;e par le chasseur, Blanche-neige fuit dans l'&#233;paisse for&#234;t noire : la m&#232;re, tout comme Blanche-neige dans la for&#234;t, est d&#233;finitivement perdue. Le motif de la m&#232;re morte est ici redoubl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, cette sc&#232;ne repr&#233;sente &#233;galement les dangers de la r&#233;gression. Blanche-neige risque d'&#234;tre aval&#233;e par la for&#234;t. Nous rencontrons une nouvelle fois ici le fantasme sadique-oral invers&#233; : celui d'&#234;tre d&#233;vor&#233;e par la m&#232;re nourrici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette travers&#233;e du fantasme oral, se joint la travers&#233;e du fantasme scopique. On cache, on refoule, de peur d'&#234;tre d&#233;couvert : la for&#234;t a des yeux, elle regarde fixement tout comme l'enfant a vu la diff&#233;rence des sexes et est fix&#233; &#224; la castration tant redout&#233;e. Les troncs d'arbres se transforment en crocodiles, les feuilles mortes en chauves-souris, &#233;puis&#233;e par sa lutte contre la castration fantasm&#233;e, Blanche-neige tombe inanim&#233;e au beau milieu de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; LE D&#201;SIR D'ENFANT ET LE MOTIF DE LA S&#201;DUCTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce refoulement semble r&#233;ussir : &#171; J'ai le c&#339;ur en f&#234;te &#224; pr&#233;sent, je suis persuad&#233;e que tout ira bien et que les choses vont s'arranger d'une fa&#231;on ou d'une autre &#187; d&#233;clare Blanche-neige aux animaux de la for&#234;t. L'on reconna&#238;t-l&#224; encore une fois le motif des animaux secourables, lesquels conduisent Blanche-neige jusqu'&#224; la maison des sept nains. Blanche-neige y entreprend le grand m&#233;nage psychique n&#233;cessaire &#224; son &#233;volution : salet&#233;, toile d'araign&#233;e, poussi&#232;res et d&#233;sordre c&#232;dent la place &#224; la propret&#233;, l'&#233;clat de la brillance, &#224; l'ordre et &#224; l'organisation. Un grand coup de balai est pass&#233; dans le psychisme de la petite fille : activit&#233; masturbatoire et inceste semble oubli&#233;s. Fatigu&#233;e, Blanche-neige s'endort et se r&#233;veillera face &#224; un nouveau d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#224; partir de ce refoulement r&#233;ussi, la libido de la petite fille &#233;volue. Selon la c&#233;l&#232;bre formule de Freud, la libido de la petite fille glisse alors le long de l'&#233;quation symbolique p&#233;nis = enfant. Ne pouvant poss&#233;der le p&#233;nis, la petite fille renonce &#224; ce d&#233;sir pour y substituer un nouveau : un d&#233;sir d'enfant. Entr&#233;e en jalousie avec la m&#232;re, elle lui dispute d&#233;sormais le d&#233;sir d'avoir un enfant du p&#232;re. Par ce biais, elle est d&#233;j&#224; une petite femme. C'est ce double motif du d&#233;sir d'enfant et de femme d&#233;j&#224; accomplie que condense &#224; merveille le th&#232;me de &lt;i&gt;Blanche-neige et les sept nains&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nains et le d&#233;sir de p&#233;nis de la petite fille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel le &lt;i&gt;Rumpelstilzchen&lt;/i&gt; allemand, ce petit bonhomme farceur des contes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Mat&#233;riaux de contes dans les r&#234;ves &#187;, &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, capable des plus extraordinaires prouesses, le nain est le lointain descendant du p&#233;nis longtemps convoit&#233; par la petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#234;ves, par exemple, les enfants ne signifient souvent rien d'autre que des organes g&#233;nitaux. &#192; cet &#233;gard, Freud nous rappelle que les hommes comme les femmes sont habitu&#233;s &#224; d&#233;signer d'une mani&#232;re quelque peu coquine leur organe g&#233;nital comme leur &#171; petite chose &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Stekel, quant &#224; lui, rappelle dans son c&#233;l&#232;bre ouvrage sur &lt;i&gt;La langue du r&#234;ve&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W. Stekel, Die Sprache des Traumes, Wiesbaden, J. F. Bergmann, 1911.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que le &#171; petit fr&#232;re &#187; doit s'entendre dans l'inconscient comme le repr&#233;sentant symbolique du p&#233;nis. Et Freud d'enfoncer le clou en d&#233;clarant que jouer avec des enfants, les chamailler ou les battre, est tr&#232;s fr&#233;quemment une pr&#233;sentation onirique de l'activit&#233; masturbatoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant &#234;tre d'abord saisis comme les repr&#233;sentants du p&#233;nis (ou du clitoris), les sept nains du dessin anim&#233; de Walt Disney apportent un plaisir libidinal non dissimul&#233; &#224; la petite fille Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailleurs infatigables comme le membre masculin id&#233;al, ils piochent inlassablement dans la terre. Au fond de la mine et ses galeries, ils d&#233;couvrent des pierres pr&#233;cieuses : diamants et rubis qui serviront &#224; faire les plus beaux bijoux et parures f&#233;minines, constituant autant de tr&#233;sors symbolisant la jouissance f&#233;minine qui d&#233;coule de cette activit&#233; souterraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les sept nains apportent un plaisir libidinal &#224; Blanche-neige, cela est flagrant dans &lt;i&gt;La Tyrolienne des nains&lt;/i&gt;, o&#249; les sept, tour &#224; tour, dansent, pirouettent et perdent l'&#233;quilibre. Enivr&#233;s de plaisir par la pr&#233;sence de la jeune princesse, Blanche-neige se joint &#224; leurs chants et, flatt&#233;e, danse all&#232;grement dans la maisonn&#233;e en faisant la r&#233;v&#233;rence. La contrebasse de Prof, la voix dansante d'Atchoum, la mandoline de Joyeux, l'accord&#233;on de Timide, le piano de Grincheux, la fl&#251;te de Dormeur et la batterie de Simplet : autant d'instruments que les sept nains manient &#224; merveille et dont ils se servent pour tenter de faire vibrer Blanche-neige jusqu'&#224; l'orgasme. Simplet, tel l'enfant phallique, va jusqu'&#224; se faire plus grand qu'il n'est et s'&#233;riger sur les &#233;paules d'Atchoum pour la ravir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technique du &lt;i&gt;Yodel&lt;/i&gt;, technique de chant typique du Tyrol, symbolise merveilleusement la jouissance ici partag&#233;e par Blanche-neige et les sept nains. Passant en un &#233;clair de la voix de corps &#224; la voix de t&#234;te en faisant r&#233;sonner les voyelles, telle Europe vocalisant sous les assauts de Zeus, Blanche-neige s'extasie de jouissance devant les prouesses des sept nains :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Oh l&#224; l&#224; youdy, oh l&#224; l&#224; youdy&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; L&#224; l&#224; youdirl&#224;, l&#224; l&#224; l&#224; youdirley&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;hioley hirley, hioley hirley hi&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'amour, Blanche-neige, &#233;puis&#233;e, raconte son histoire. Elle chante ensuite la chanson du prince charmant, anticipant le passage de la jouissance infantile aux plaisirs partag&#233;s des adultes. Quant aux nains, en acceptant d'aller se coucher et en c&#233;dant leur lit &#224; Blanche-neige, ils acceptent l'abstinence apr&#232;s la jouissance (choses toujours difficile pour les enfants en jeune &#226;ge).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nains = enfants de la petite femme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sept nains permettent &#233;galement &#224; Blanche-neige d'assumer son r&#244;le de femme en devenir. Ils permettent &#224; Blanche-neige d'endosser, si l'on peut dire de mani&#232;re active, son r&#244;le de future femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le souligne Freud, dans le domaine de la libido comme dans tous les domaines de la vie inconsciente, toute stimulation &#233;prouv&#233;e passivement fournit &#224; l'enfant l'irr&#233;pressible d&#233;sir de r&#233;agir en retour de mani&#232;re active. L'enfant cherche toujours &#224; r&#233;p&#233;ter sur autrui ce qui a &#233;t&#233; op&#233;r&#233; sur lui. &#171; Travail de maitrise du monde ext&#233;rieur &#187;, certes, ce travail sert &#233;galement &#224; l'enfant &#224; att&#233;nuer l'agression du monde ext&#233;rieur sur son monde int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Freud le souligne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand le docteur a ouvert la bouche de l'enfant qui se rebelle pour voir sa gorge, d&#232;s que le m&#233;decin est parti l'enfant va jouer au docteur et r&#233;p&#233;ter cette &#233;preuve de force sur un fr&#232;re ou une s&#339;ur plus petits que lui et qui sont autant sans d&#233;fense &#224; son &#233;gard qu'il l'a &#233;t&#233; lui&#8209;m&#234;me avec le m&#233;decin. On ne peut m&#233;conna&#238;tre ici une r&#233;volte contre la passivit&#233; et une pr&#233;f&#233;rence pour le r&#244;le actif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce m&#234;me sc&#233;nario que l'on voit se d&#233;velopper dans la maison des sept nains. Si la m&#232;re allaite, nourrit, lave et habille l'enfant, tous ces soins qui sont associ&#233;s &#224; un intense plaisir libidinal, l'enfant va tenter de les r&#233;p&#233;ter. Si le petit gar&#231;on joue au docteur, la petite fille joue avec sa poup&#233;e : elle l'habille, lui apprend la propret&#233; et la nourrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-neige prend les nains pour ses enfants : elle leur fait la lessive, la couture, le m&#233;nage et la cuisine, leur promet massepains et tartes aux prunes comme ultimes douceurs et sucreries. La marmite ne manque pas de bouillir &#224; gros bouillons et la soupe d&#233;borde : la jouissance est &#224; son comble pour les sept nains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Blanche-neige s'&#233;rige en reine du petit logis, elle prend en charge de mani&#232;re active sa f&#233;minit&#233; et se r&#233;concilie ainsi avec la jalousie maternelle qui l'a fait quitter la demeure royale. En outre, Blanche-neige se pr&#233;pare &#224; assumer sa sexualit&#233; f&#233;minine future et son pouvoir de s&#233;duction, en se rendant compte que les nains sont &#233;galement de &#171; petits hommes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pomme et le motif de la s&#233;duction primaire par la m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes lorsque, soudain, des tr&#233;fonds de l'inconscient, le refoul&#233; fait brusquement retour et se rappelle &#224; la belle enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; le complexe d'&#338;dipe de la petite fille semblait en bonne voie ; l&#224; o&#249; Blanche-neige semblait avoir fait le grand m&#233;nage psychique n&#233;cessaire &#224; l'&#233;volution de sa maturit&#233; ; l&#224; o&#249; la libido de la petite fille semblait lentement glisser le long de l'&#233;quation symbolique p&#233;nis = enfant ; l&#224; o&#249; la petite fille semblait avoir r&#233;ussi &#224; surmonter le motif de la jalousie avec la m&#232;re ; l&#224; o&#249; la petite fille &#233;tait d&#233;j&#224; une petite femme&#8230; Soudain : &#171; Adieu veau, vache, cochon, couv&#233;e &#187;, comme le disait La Fontaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que l'on appelle, en psychanalyse, le retour du refoul&#233;. Et ce qui &#233;tait refoul&#233;, rappelons-nous, c'est l'ambivalence, la haine-jalouse pour la m&#232;re, qui fait suite &#224; la d&#233;ception due au constat de la diff&#233;rence des sexes. Ce qui &#233;tait refoul&#233;, en d'autres termes, c'est tout simplement l'amour premier pour la m&#232;re, c'est la m&#232;re comme premier objet d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re, on le sait, est le premier objet d'amour pour l'enfant. Qu'il soit fille ou gar&#231;on, c'est la m&#232;re qui introduit l'enfant &#224; la volupt&#233; et aux premi&#232;res sensations g&#233;nitales par les toilettes et les soins corporels et qui introduit en quelque sorte l'enfant aux pr&#233;misses de sa phase phallique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la petite fille plus pr&#233;cis&#233;ment, c'est sur la relation originaire &#224; la m&#232;re que se construit la relation secondaire au p&#232;re, puis plus tard, au mari. Comme le souligne Freud, &#171; le report sur l'objet paternel des liens affectifs avec l'objet maternel forme bien le contenu principal du d&#233;veloppement en femme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que pour la petite fille, le d&#233;tournement de l'objet premier est plus ravageur : elle doit non seulement changer d'objet d'amour, mais doit en outre changer d'objet-sexu&#233;. Alors que le sexe de l'objet d'amour reste identique pour le petit gar&#231;on, la petite fille doit faire un effort suppl&#233;mentaire pour porter sa libido vers l'homme, c'est-&#224;-dire vers l'autre sexe : le sexe masculin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'&#224; la sortie de l'&#338;dipe et de sa rivalit&#233; avec le p&#232;re, lorsqu'il se d&#233;tourne de la m&#232;re comme objet libidinal, le petit gar&#231;on peut n&#233;anmoins conserver cette derni&#232;re comme objet d'amour (et il ne s'en prive d'ailleurs pas), la petite fille, elle, au moment o&#249; elle se d&#233;tourne de la m&#232;re comme objet libidinal, la perd &#233;galement comme objet d'amour par le jeux de la rivalit&#233; &#339;dipienne dans laquelle elle ne fait qu'entrer. La situation est d&#233;s&#233;quilibr&#233;e : la perte est double pour la petite fille qui se retrouve en quelque sorte en d&#233;sh&#233;rence amoureuse. D'o&#249; peut-&#234;tre ce narcissisme sp&#233;cifique que l'homme-Freud croit d&#233;celer chez la femme. Ce narcissisme qui fait que la relation au miroir de sa f&#233;minit&#233; est, chez elle, le sympt&#244;me de la sp&#233;cificit&#233; de son complexe d'&#338;dipe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est devant le retour, au grand jour, de cette difficile d&#233;sh&#233;rence et ce d&#233;sarroi que Blanche-neige est plac&#233;e au surgissement de la marchande de pomme. C'est le motif de l'horreur de cet arrachement &#224; ce premier objet d'amour, &#224; ce d&#233;sir premier, qui r&#233;appara&#238;t grim&#233; sous les traits de la vilaine sorci&#232;re marchande de pomme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette marchande de pomme se pr&#233;sente d'abord comme bonne, &#171; une vieille marchande inoffensive &#187;. Son apparition dans l'encadrement de la fen&#234;tre signe l'inqui&#233;tant du fantasme, mais les mots sont d'abord doux : &#171; mon bijou &#187;, &#171; ch&#233;rie &#187;, sont les expressions employ&#233;es par la vieille femme qui se montre aimante. Elle donne des conseils &#224; Blanche-neige sur ce que les hommes pr&#233;f&#232;rent (des pommes). Son c&#339;ur est fatigu&#233; et elle demande asile &#224; Blanche-neige comme une vieille m&#232;re aimante demande &#224; sa fille de l'aider. Elle lui demande un peu d'eau, son dessein semble pur. Elle flatte Blanche-neige la remerciant d'&#234;tre si gentille pour elle, pauvre vieille. Elle propose &#224; Blanche-neige d'exaucer ses v&#339;ux, notamment les v&#339;ux qui font des jeunes filles des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les th&#232;mes du c&#339;ur, du d&#233;sir, de l'amour profond qui est ici motiv&#233; par la vieille grand-m&#232;re qui conna&#238;t le c&#339;ur des jeunes filles. Au moment o&#249; Blanche-neige pense &#224; son prince, l'on reconna&#238;t d'o&#249; ce d&#233;sir tient son &#233;lan premier : il le puise de son premier objet d'amour, de l'amour maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pomme est bien &#233;videmment le symbole par excellence de la s&#233;duction. Elle est &#233;galement le symbole de la f&#233;condit&#233; et de la f&#233;minit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple Karl Abraham, &#171; R&#234;ve et mythe. Contribution &#224; l'&#233;tude de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est avec la pomme qu'&#200;ve, la femme, s&#233;duit Adam et lui donne une prog&#233;niture. C'est toute la complexit&#233; de l'&#338;dipe f&#233;minin et de la f&#233;minit&#233; qui est ici condens&#233; sous les traits de la sorci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici, comme le souligne Freud, &#171; le fantasme si fr&#233;quent qui fait de la m&#232;re, de la nourrice ou de la bonne d'enfants la s&#233;ductrice &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, fantasme qui est &#224; l'&#339;uvre aussi bien chez le petit gar&#231;on que chez la petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pomme, c'est bien s&#251;r l'objet oral et la petite fille peut retrouver par-l&#224; les premiers motifs de sa d&#233;ception maternelle : le sevrage. Le reproche de l'absence de p&#233;nis se renforce d'un autre reproche, ant&#233;rieur, adress&#233; &#224; la m&#232;re : celui de n'avoir pas donn&#233; assez de lait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pomme, pr&#233;alablement plong&#233;e dans le chaudron et impr&#233;gn&#233;e de poison, est d&#233;sormais devenue rouge pour tenter Blanche-neige et lui donner envie de la croquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;interpr&#233;tation de la prise de possession de la maison des sept nains&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question demeure cependant &#224; la lecture &#339;dipienne du conte de Blanche-neige : pourquoi le motif de la m&#232;re revient-il hanter Blanche-neige alors m&#234;me qu'un premier refoulement avait eu lieu avec le d&#233;part de la for&#234;t ? Le premier d&#233;part dans la for&#234;t n'avait en fait &#233;t&#233; qu'une fuite. Le retour du refoul&#233; est identique au refoul&#233;. La pomme condense le d&#233;sir &#339;dipien de Blanche-neige, mais celui-ci est d&#233;guis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car une lecture psychanalytique du conte ne peut passer sous silence, que ce n'est pas tant la m&#232;re qui est d&#233;guis&#233;e en sorci&#232;re, m&#234;me si la formule magique est subtile :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Poussi&#232;re de momie, pour me vieillir ; pour changer ma tenue, du noir de nuit ; pour vieillir ma voix, un caquet de vieille m&#233;g&#232;re ; pour blanchir mes cheveux, un hurlement d'effroi ; un vent de temp&#234;te attisera ma haine ; ajoutons encore la foudre au m&#233;lange final &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re son allure toute rapetiss&#233;e et sa d&#233;marche ramass&#233;e, la sorci&#232;re &#233;voque bien s&#251;r la menace de castration et complexe de masculinit&#233; par le rabougrissement du p&#233;nis qu'elle mat&#233;rialise par sa silhouette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, encore une fois, dans la logique de l'inconscient et du cauchemar que va mettre en sc&#232;ne le dessin anim&#233;, ce qui est v&#233;ritablement d&#233;guis&#233;, ce n'est pas tant la m&#232;re que le d&#233;sir &#339;dipien de la petite fille Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'apparent bonheur de Blanche-neige dans la maison des sept nains tourne finalement au cauchemar, c'est que le d&#233;sir &#339;dipien qu'il sous-tendait &#233;tait ignor&#233; de Blanche-neige. D'un point de vue psychologique, tout &#233;tait pour le mieux dans le meilleur des mondes et la petite fille s'exer&#231;ait &#224; devenir m&#232;re. C'&#233;tait sans compter sur l'inconscient et sa logique &#339;dipienne implacable. Au vu du cauchemar qui surgit, il nous est permis de r&#233;interpr&#233;ter la prise de possession de la maison des sept nains comme l'expression d'un violent d&#233;sir &#339;dipien &#224; l'encontre de celle qui fait retour : la m&#232;re. Le retour de la m&#232;re d&#233;guis&#233;e, c'est, pour mieux dire, le retour d'un d&#233;sir d&#233;guis&#233; contre la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'appuyant sur les brillantes d&#233;couvertes de M&#233;lanie Klein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;lanie Klein, &#171; Les premiers stades du complexe d'&#338;dipe &#187;, dans la Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est possible de r&#233;interpr&#233;ter la prise de possession par Blanche-neige de la petite maison &#224; l'or&#233;e du bois, comme la prise de possession, par la petite fille, du ventre de la m&#232;re et des enfants qui s'y trouvent. Si la maison &#224; l'or&#233;e du bois repr&#233;sente le ventre de la m&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les rites d'initiation des primitifs confirment cette interpr&#233;tation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la for&#234;t en repr&#233;sente l'aspect ext&#233;rieur (autrement dit le ventre-sexe f&#233;minin) et la maison son int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour M&#233;lanie Klein, si le petit gar&#231;on poss&#232;de bien le p&#233;nis avec lequel il tente de rivaliser avec le p&#232;re (comme nous l'avons vu dans &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;), la petite fille n'a elle qu'un d&#233;sir insatisfait, celui de la maternit&#233;, pour mat&#233;rialiser (&lt;i&gt;mater&lt;/i&gt;-ialiser) la rivalit&#233; avec la m&#232;re. En d'autres termes, la petite fille manque d'un &#171; support puissant &#187; dans l'anticipation de la sexuation. Une pleine maternit&#233; &#233;tant encore improbable au sortir de l'enfance, la petite fille vit ce d&#233;sir de maternit&#233; comme une tentative usurpatrice de s'emparer des enfants de la m&#232;re, c'est-&#224;-dire des enfants potentiellement contenus dans son ut&#233;rus. S'&#233;tayant sur des pulsions sadiques pr&#233;&#339;dipiennes dirig&#233;es contre le corps de la m&#232;re, le d&#233;sir &#339;dipien de la petite fille g&#233;n&#232;re rapidement anxi&#233;t&#233; et sentiment de culpabilit&#233;, celle-ci s'attendant &#224; la peine du talion lorsqu'elle tente de satisfaire ce d&#233;sir de maternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;lanie Klein y voit d'ailleurs la &#171; racine &#187; de l'int&#233;r&#234;t &#171; constant &#187; et &#171; souvent excessif &#187; des femmes pour leur beaut&#233; personnelle, car elles craignent que leur corps ne soit d&#233;truit par leur m&#232;re en retour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au fond du d&#233;sir de se parer et de s'embellir, il y a toujours le motif de restaurer la beaut&#233; endommag&#233;e, et ceci a son origine dans l'anxi&#233;t&#233; et dans le sentiment de culpabilit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;lanie Klein, &#171; Les premiers stades du complexe d'&#338;dipe &#187;, dans la Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le gar&#231;on tire de la possession de son p&#233;nis un &#171; support puissant &#187; &#224; la rivalit&#233; &#339;dipienne et &#224; l'acceptation de son sexe, la petite fille manque cruellement d'un support dans sa rivalit&#233; maternelle et est souvent contrainte de n'anticiper sa maternit&#233; qu'avec anxi&#233;t&#233; et sentiment de culpabilit&#233; vis-&#224;-vis de sa m&#232;re. Cette anxi&#233;t&#233; de la femme au sujet de sa f&#233;minit&#233; et de sa f&#233;condit&#233; peut &#234;tre finalement saisie comme le pendant du complexe de castration du petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce complexe de castration et cette anxi&#233;t&#233; ne peuvent &#234;tre mis &#224; l'&#233;cart et refoul&#233;s, ils contribuent alors &#224; mettre en &#233;chec les pulsions &#339;dipiennes et, par cons&#233;quent, l'&#233;volution vers l'assomption de son sexe et le d&#233;veloppement d'une maturation de la fonction sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;veloppant le sc&#233;nario de la prise de possession du ventre maternel et des enfants qui s'y trouvent, le conte de Blanche-neige permet &#224; la petite fille de se r&#233;concilier avec ses pulsions &#339;dipiennes inconscientes et, par cons&#233;quent, de symboliquement surmonter l'anxi&#233;t&#233; et le sentiment de culpabilit&#233; qu'elles g&#233;n&#232;rent. D'un point de vue purement scopique, la diminution du d&#233;plaisir qui d&#233;coule de la mise en sc&#232;ne d'un tel sc&#233;nario, met l'enfant en joie devant ce spectacle f&#233;&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une patiente me racontait comment enfant, elle s'imaginait &#233;voluer et nager (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommeil et co&#239;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En croquant la pomme, symbole de f&#233;condit&#233; et de f&#233;minit&#233;, Blanche-neige plonge dans le tr&#233;fonds de son d&#233;sir &#339;dipien inconscient. Or dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, croquer la pomme c'est bien s&#251;r et avant tout le symbole du co&#239;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d'autant plus que l'enfant, dans l'effervescence de ses premi&#232;res recherches sexuelles et l'&#233;laboration de ses premi&#232;res th&#233;ories sexuelles infantiles, associe souvent les fonctions de nutrition et de s&#233;cr&#233;tion aux fonctions g&#233;nitales : notamment du co&#239;t et de l'accouchement. Nous le verrons plus en d&#233;tail plus tard avec les dessins anim&#233;s de &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt;, mais l'une des th&#233;ories sexuelles les plus abouties de l'enfant est que la conception se fait par l'absorption d'une petite graine que le Papa met dans la bouche de la Maman par l'interm&#233;diaire d'un baiser d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on retrouve d'ailleurs ces th&#233;ories sexuelles infantiles dans les sympt&#244;mes n&#233;vrotiques hyst&#233;riques qui se concentrent tr&#232;s souvent sur la zone buccale et la pulsion orale. Les d&#233;go&#251;ts alimentaires et vomissements hyst&#233;riques, la gourmandise et l'absorption d'aliments indigestes, malsains ou attirants l'&#339;il (tout ce qui est habituellement qualifi&#233; de &#171; cochonneries &#187;) trahissent le d&#233;placement et la concentration des pulsions sexuelles refoul&#233;es et des pulsions orales sur la zone buccale. Sandor Ferenczi va m&#234;me jusqu'&#224; avancer que &#171; les envies diverses et &#233;tranges des femmes enceintes que l'on peut &#233;galement constater en dehors de la grossesse au moment des r&#232;gles, peuvent s'expliquer par la r&#233;pression d'une libido exacerb&#233;e par le processus biologique, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire par un &#233;tat hyst&#233;rique transitoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandor Ferenczi, &#171; Transfert et introjection &#187;, (1909), in &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, le double motif oral du baiser d'amour du prince et de la pomme s'associent et se renforcent pour repr&#233;senter, dans la symbolique inconsciente, le co&#239;t tant d&#233;sir&#233; que redout&#233; par la jeune princesse Blanche-neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi le sommeil de mort ? Que repr&#233;sente-t-il ? L'on conna&#238;t, bien s&#251;r, l'effet d'endormissement et d&#233;tendant du co&#239;t, mais il n'explique en rien pourquoi ce sommeil est ici associ&#233; &#224; la mort. Pour le comprendre, il est n&#233;cessaire d'aller un peu plus loin dans l'&#233;lucidation des myst&#232;res des couches les plus profondes de la psych&#233; inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort, c'est bien s&#251;r la rigidit&#233; (cadav&#233;rique), la froideur. Or si l'on associe le th&#232;me de la rigidit&#233; et de la froideur &#224; l'acte du co&#239;t, nous d&#233;bouchons logiquement et imm&#233;diatement sur le motif de la frigidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud a depuis longtemps mis en &#233;vidence que le premier rapport sexuel d'une femme est souvent synonyme de d&#233;ception et d'insatisfaction. En d'autres termes, il existe chez les deux sexes mais peut-&#234;tre de mani&#232;re plus prononc&#233;e chez la femme, au d&#233;but des relations, une &#171; frigidit&#233; passag&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Le Tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il faut un peu d'habitude et de temps, et surtout de r&#233;p&#233;tition fr&#233;quente de l'acte, pour surmonter, avant que s'instaure une pleine satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'aspect purement physique, li&#233; &#224; ce que l'on pourrait ranger sous le th&#232;me de la douleur de la d&#233;floration, il existe un motif psychologique plus profond &#224; cette &#171; frigidit&#233; passag&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que dans le premier rapport sexuel de la femme, la blessure narcissique premi&#232;re de la petite fille se trouve r&#233;activ&#233;e. Le sentiment d'inf&#233;riorit&#233; h&#233;rit&#233; de son complexe de masculinit&#233; se trouve r&#233;activ&#233; et l'envie de p&#233;nis, secondairement &#233;labor&#233; par la petite fille, se r&#233;v&#232;le et se transforme d'abord en une &#171; amertume hostile &#187; envers l'homme et son membre viril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Freud qualifie de &#171; r&#233;action paradoxale de la femme &#224; la d&#233;floration &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Le Tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette r&#233;action paradoxale prend la forme d'un violent d&#233;sir de ch&#226;trer le jeune amant et de conserver pour elle et en elle son p&#233;nis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partag&#233;e entre l'amour envers l'homme qui lui fait conna&#238;tre le premier acte sexuel et sa r&#233;action paradoxale &#224; l'acte, le conflit inhibe et paralyse la jouissance de la jeune fille et l'emp&#234;che d'atteindre &#224; la pleine satisfaction : c'est ce qui explique la frigidit&#233; passag&#232;re des d&#233;buts des relations sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sommeil de mort, que l'on retrouve au c&#339;ur du conte de &lt;i&gt;La Belle au bois dormant&lt;/i&gt;, en condensant le motif de la rigidit&#233; et de la froideur, repr&#233;sente donc, dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, la d&#233;floration et la &#171; frigidit&#233; passag&#232;re &#187; de la jeune fille dans le premier co&#239;t. La jeune fille doit ainsi passer de l'autre c&#244;t&#233; de cette angoisse et de ce fantasme de d&#233;floration afin de s'&#233;panouir dans une vie sexuelle adulte et accomplie. Voil&#224; pourquoi le sommeil de mort peut &#234;tre &#233;galement per&#231;u comme un rite initiatique, ou comme un rite de passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mort, refoulement et p&#233;riode de latence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En traversant ce fantasme et l'angoisse qui lui est li&#233;e, Blanche-neige passe par une porte incontournable : la porte de l'inconscient. Sur ce chemin elle n'est pas seule mais guid&#233;e. &#192; cet &#233;gard, l'image de la sorci&#232;re descendant dans le fleuve souterrain pour se rendre aupr&#232;s de Blanche-neige prend soudain une valeur nouvelle et toute autre. &#192; l'instar de Charon, la sorci&#232;re-passeuse avance dans sa barque sur les flots de l'enfer. Renouvelant la coutume mortuaire grecque qui voulait que l'on glisse une pi&#232;ce de monnaie dans la bouche des morts, la sorci&#232;re glisse sa pomme (obole symbolique) dans la bouche de Blanche-neige afin de la faire passer sur l'autre rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autre rive, c'est bien s&#251;r la rive adulte, celle de l'&#234;tre sexu&#233;. Blanche-neige se r&#233;veillera par un baiser : apr&#232;s la p&#233;riode de latence, o&#249; la sexualit&#233; de Blanche-neige est comme gel&#233;e, mise entre les parenth&#232;ses du cercueil de verre, la jeune princesse s'&#233;veillera &#224; la pubert&#233;. Le baiser repr&#233;sente l'objet (le prince charmant, l'amant qui l'initie &#224; la sexualit&#233;), que Blanche-neige accepte d&#233;sormais pleinement. L&#224; o&#249; le refoulement premier de la sexualit&#233; s'effectuait par la pudeur, l&#224; o&#249; la sexualit&#233; infantile &#233;tait essentiellement masturbatoire et, partant, auto-&#233;rotique, le r&#233;veil &#224; la sexualit&#233; se fait d&#233;sormais en pleine acceptation de l'objet. &#192; la pubert&#233;, comme dit Freud, &#171; la pulsion sexuelle se met &#224; pr&#233;sent au service de la fonction de reproduction ; elle devient pour ainsi dire altruiste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, Trois essais sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes &#8212; et selon la formule consacr&#233;e : ils se mari&#232;rent et eurent beaucoup d'enfants !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacob et Wilhelm Grimm, &#171; Blanche-Neige &#187;, &lt;i&gt;Contes allemands du temps pass&#233;&lt;/i&gt;, Extraits des recueils des fr&#232;res Grimm et de Simrock, Bechstein, Franz Hoffmann, etc., traduit par F&#233;lix Frank et E. Alsleben, &#201;d. Didier et Cie, Paris, 1869, pp. 7-18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Christophe Bormans, &#171; &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; D'embl&#233;e elle a jug&#233; et d&#233;cid&#233;. Elle a vu cela, sait qu'elle ne l'a pas et veut l'avoir &#187; (Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Marches, &#233;chelles, escaliers, en l'occurrence le fait de s'y d&#233;placer, et ce aussi bien vers le haut que vers le bas, sont des pr&#233;sentations symboliques de l'acte sexu&#233;. &#187; Cf. Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'arrachage des poils (de l'herbe), qui prend ici la place de la souillure [&#8230;], se trouve mentionn&#233; &#224; c&#244;t&#233; de celle-ci dans le r&#234;ve suivant. L'exp&#233;rience psychanalytique montre qu'il est issu du cercle symbolique de l'onanisme (arracher, d&#233;tacher en arrachant) &#187; (Sigmund Freud, &#171; R&#234;ves dans le folklore &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, vol. XI (1911-1913), PUF, Paris, 1998, pp. 76).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, in &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome VI, n&#176; 3-4, &#201;d. Deno&#235;l et Steele, Paris 1933, p. 290.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple : Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395-453.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Quelques cons&#233;quences psychiques de la diff&#233;rence anatomique entre les sexes &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 139-154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Mat&#233;riaux de contes dans les r&#234;ves &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 26-33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W. Stekel, &lt;i&gt;Die Sprache des Traumes&lt;/i&gt;, Wiesbaden, J. F. Bergmann, 1911.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 150.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 139-154. Et Freud de pr&#233;ciser que le mari ne fait finalement trop souvent qu'h&#233;riter de la relation premi&#232;re &#224; la m&#232;re : &#171; Par exemple, nous avons depuis longtemps remarqu&#233; que beaucoup de femmes qui ont choisi leur mari selon le prototype paternel, ou lui ont donn&#233; la place du p&#232;re, r&#233;p&#232;tent sur lui dans le mariage leur mauvaise relation avec leur m&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245. (Nous reviendrons sur ce sujet au dernier chapitre).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple Karl Abraham, &#171; R&#234;ve et mythe. Contribution &#224; l'&#233;tude de la psychologie collective &#187; (1909), &#338;uvres compl&#232;tes, tome 1 : 1907-1914, Payot, 1989, pp. 68-118.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur la sexualit&#233; f&#233;minine &#187; (1931), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 139-154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;lanie Klein, &#171; Les premiers stades du complexe d'&#338;dipe &#187;, dans la &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome IV, n&#176; 4, &#201;d. G. Doin et Cie, 1930, pp. 634-649.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les rites d'initiation des primitifs confirment cette interpr&#233;tation ancestrale. La cabane initiatique, dans laquelle l'initi&#233; (ou l'initi&#233;e) doit se pr&#233;parer, repr&#233;sente le ventre de la m&#232;re et la r&#233;gression qu'il doit y op&#233;rer avant la nouvelle naissance qui l'attend durant son initiation. (Cf. Mircea Eliade, &lt;i&gt;Mythes, r&#234;ves et myst&#232;res&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, &#171; Les Essais &#187;, 1957 ; r&#233;&#233;d. &#171; Id&#233;es &#187;, 1972.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;lanie Klein, &#171; Les premiers stades du complexe d'&#338;dipe &#187;, dans la &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome IV, n&#176; 4, &#201;d. G. Doin et Cie, 1930, pp. 645. M&#233;lanie Klein fait d'ailleurs de cette remarque une des principales causes de la pr&#233;disposition des femmes &#224; l'hyst&#233;rie de conversion : &#171; II est probable que cette crainte profonde de la destruction des organes internes peut &#234;tre la cause psychique de la susceptibilit&#233; plus grande des femmes, en comparaison de celle des hommes, &#224; l'hyst&#233;rie de conversion, et aux maladies organiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une patiente me racontait comment enfant, elle s'imaginait &#233;voluer et nager avec les dauphins comme dans le film de Luc Besson, &lt;i&gt;Le grand bleu&lt;/i&gt;. Elle se r&#233;conciliait ainsi avec un fantasme sadique-anal fort qu'elle m'avait pr&#233;sent&#233; quelques minutes auparavant, dans la m&#234;me s&#233;ance, en me racontant un r&#234;ve d'&#233;ventration. En libre association, le souvenir infantile suivant &#233;merge : elle se souvient qu'un jour, furieuse contre sa m&#232;re, elle avait perc&#233; avec un stylo, un gros ballon gonflable sur lequel les enfants rebondissaient comme des kangourous : il n'en restait plus que des bouts de boyaux &#233;parses.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On sait que les premiers ballons &#233;taient fabriqu&#233;s avec des vessies de porc fra&#238;ches que l'on recouvraient d'une enveloppe de cuir, c'est-&#224;-dire qu'ils &#233;taient faits comme des ventres ; en outre, on reconna&#238;t le kangourou pour ostensiblement porter ses enfants dans une poche, sur leur ventre ; enfin les boyaux rappellent bien entendu les intestins.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout le r&#234;ve et les associations qui en d&#233;coulent et tournent autour, nous pr&#233;sente clairement le fantasme sadique-anal de l'enfant qui souhaite &#233;ventrer la m&#232;re afin de prendre possession de celui-ci (d&#233;sir pr&#233;&#339;dipien) et des enfants qui s'y trouvent. Comme la g&#233;nitalit&#233; n'est pas install&#233;e, la th&#233;orie du cloaque pr&#233;domine et l'enfant est persuad&#233; que les enfants sont fabriqu&#233;s dans le ventre intestinal et sortent par l'anus (d'o&#249; le ballon, les boyaux et les vessies).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandor Ferenczi, &#171; Transfert et introjection &#187;, (1909), in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse I (1908-1912), Paris, Payot, 1968, p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Le Tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Le Tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; (1905), Gallimard, Coll. &#171; Folio-essais &#187;, Paris, 1987, p. 143&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Blanche-neige et les sept nains : L'&#338;dipe de la petite fille et la rivalit&#233; avec la m&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Roi lion : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html</link>
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		<dc:date>2011-12-11T09:26:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Freud nous a depuis longtemps donn&#233; la cl&#233; de cette pathologique h&#233;sitation : si le prince Hamlet tout comme Simba, h&#233;site, c'est parce qu'inconsciemment, il croise dans le regard de l'oncle qu'il doit assassiner, son propre d&#233;sir &#339;dipien refoul&#233;. S'il ne peut se r&#233;soudre &#224; tuer son oncle, c'est parce qu'il se reconna&#238;t en lui : le tuer, c'est se tuer puisque c'est tuer le plus profond d&#233;sir qui, dans l'inconscient, le constitue. Le neveu partage avec son oncle ce d&#233;sir fou d'avoir voulu tuer son p&#232;re :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#8220;Hamlet peut tout, sauf accomplir la vengeance sur l'homme qui a &#233;limin&#233; son p&#232;re et pris sa place aupr&#232;s de sa m&#232;re, cet homme qui lui montre la r&#233;alisation de ses souhaits d'enfance refoul&#233;s&#8221; (Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 307).&lt;br /&gt;
Plus la vengeance se fait pressante, plus le d&#233;sir &#339;dipien refoul&#233; fait retour et plus la culpabilit&#233;, les auto-reproches et les scrupules qu'engendre ce d&#233;sir se font forts et paralysent cette vengeance. Hamlet est plong&#233; dans le cercle vicieux de l'inhibition.&lt;br /&gt;
Simba r&#233;ussit &#224; rompre ce cercle vicieux gr&#226;ce &#224; Rafiki. En bon psychanalyste, celui-ci l'aide &#224; reconna&#238;tre en lui ce qu'il ignorait et refoulait jusque-l&#224; : son destin et son d&#233;sir &#339;dipien. C'est d'ailleurs son propre reflet que Simba aper&#231;oit dans l'eau, alors que Rafiki, perch&#233; sur son arbre, secoue les branchages et les feuillages en pronon&#231;ant sarcastiquement des onomatop&#233;es incompr&#233;hensibles. Le psychanalyste-Rafiki arrive &#224; brouiller la r&#233;flexion narcissique de Simba dans l'eau calme, en lan&#231;ant un caillou dans sa mare, pierre dont l'onde finit par brouiller le reflet imaginaire du h&#233;ros.&lt;br /&gt;
Alors que Simba, &#233;nerv&#233; par cette pr&#233;sence troublante, demande &#224; Rafiki : &#8220;qui es-tu ?&#8221;, celui-ci lui r&#233;pond du tac au tac : &#8220;dis-moi plut&#244;t qui tu es ?&#8221; Le psychanalyste-Rafiki reprend &#224; son compte le fameux &lt;i&gt;Connais-toi toi-m&#234;me&lt;/i&gt;, le c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Gnothi seauton&lt;/i&gt; grec, le plus ancien des trois pr&#233;ceptes grav&#233;s sur le fronton du temple de Delphes, o&#249; &#338;dipe lui-m&#234;me &#233;tait venu consulter l'oracle. &#8220;Je croyais le savoir, je n'en suis plus tr&#232;s s&#251;r&#8221;, reconna&#238;t l'analysant Simba. En lui faisant rencontrer le p&#232;re qui vit en lui, Rafiki invite Simba &#224; reconna&#238;tre son d&#233;sir &#339;dipien. Le singe-psychanalyste n'h&#233;site d'ailleurs pas &#224; ass&#233;ner un coup de b&#226;ton &#224; Simba qui h&#233;siterait &#224; faire face &#224; son conflit. Il proc&#232;de ainsi comme le ma&#238;tre bouddhiste inspir&#233; de la technique zen, interrompant le silence par un coup de pied ou un coup de b&#226;ton. Le psychanalyste se contente d'un sarcasme qui invite l'analysant &#224; trouver les r&#233;ponses &#224; leurs propres questions et &#224; trancher d'eux-m&#234;mes leurs propres conflits. La psychanalyse-expresse du h&#233;ros est salvatrice et Simba repart affronter victorieusement son destin et reprendre sa place dans le cycle de la vie &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-des-contes-de-fees-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse des contes de f&#233;es&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton77-53c9d.gif?1757670837' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE ROI LION&lt;br /&gt;
L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est le quarante-troisi&#232;me dessin anim&#233; produit par le studio d'animation &lt;i&gt;Walt Disney Pictures&lt;/i&gt; en format long-m&#233;trage (classique d'animation). Sorti le 15 juin 1994 aux &#201;tats-Unis, il devient rapidement le second plus gros succ&#232;s d'animation de l'histoire du cin&#233;ma, aussi bien en termes financiers qu'en nombre de spectateurs (plus de 10 millions d'entr&#233;es en France, 42 millions d'entr&#233;es dans le monde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue graphique, le film s'inspire largement de la bande dessin&#233;e japonaise (&lt;i&gt;manga&lt;/i&gt;), Le Roi L&#233;o, cr&#233;&#233;e en 1951 par le dessinateur nippon Osamu Tezuka. Du point de vue du sc&#233;nario, le motif de la trag&#233;die de l'&lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt; de Sophocle et le motif shakespearien d'Hamlet sont habilement entrem&#234;l&#233;s par les sc&#233;naristes de Disney et constituent le principal ressort psychanalytique de son succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Histoire et les personnages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un matin dans la savane africaine, au tout premier rayon du soleil, l'ensemble du r&#232;gne animal accoure pour c&#233;l&#233;brer la naissance d'un nouvel h&#233;ritier au lion Mufasa, roi incontest&#233; des animaux. Sa femme, la Reine Sarabi vient de mettre au monde Simba, destin&#233; &#224; r&#233;gner un jour sur la Terre des lions. Alors que tous s'inclinent devant la pr&#233;sentation du nouveau-n&#233; sur le rocher surplombant le royaume, un membre de la famille royal brille par son absence : Scar, fr&#232;re du roi Mufasa et oncle de l'h&#233;ritier, esprit fourbe au physique efflanqu&#233;, boude ostensiblement la c&#233;r&#233;monie et ronge sa col&#232;re. Cette naissance l'&#233;carte d&#233;finitivement de la succession et balaye en lui tout espoir d'acc&#233;der un jour au tr&#244;ne de mani&#232;re l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Mufasa s'applique &#224; parfaire l'&#233;ducation de Simba en lui apprenant l'art de la chasse, Scar conspire avec les hy&#232;nes et fomente un complot qui vise &#224; se servir de Simba comme d'un app&#226;t afin d'attirer Mufasa dans une embuscade. Le pi&#232;ge tendu vise &#224; faire d'une pierre deux coups : &#233;liminer conjointement le p&#232;re et le fils. Apr&#232;s une premi&#232;re tentative avort&#233;e dans le cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants, le sc&#233;nario diabolique est &#224; nouveau mis &#224; l'&#233;preuve dans les gorges. Attir&#233; puis aussit&#244;t abandonn&#233; par Scar sur une piste d&#233;serte, Simba erre un moment seul au pied des hauts-plateaux de la savane, attendant le retour de son oncle. Pendant ce temps, celui-ci donne l'ordre aux hy&#232;nes de d&#233;chainer le troupeau de gnous, lequel s'engouffre en contre-bas dans le d&#233;fil&#233; o&#249; se prom&#232;ne Simba et menace dans sa course folle d'&#233;craser le lionceau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feignant d'&#234;tre pris au d&#233;sarroi, Scar appelle Mufasa &#224; la rescousse. Le p&#232;re risque instantan&#233;ment sa vie pour sauver son fils. Simba hors de danger, Mufasa est lui m&#234;me sur le point de se sortir des gorges, lorsque Scar, lui refusant son aide, le pr&#233;cipite sciemment du haut de la paroi en d&#233;clamant un macabre : &#171; Longue vie au roi &#187; ! La chute de Mufasa est mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans avoir vu de ses propres yeux la sc&#232;ne, Simba ne peut que constater, apr&#232;s coup, la chute de son p&#232;re et d&#233;ambule un long moment pr&#232;s du corps inerte qu'il croit d'abord endormi. Arrivant par surprise, Scar le persuade de sa culpabilit&#233; dans cet accident tragique et lui conseille de s'enfuir, avant de lancer perfidement les hy&#232;nes &#224; sa poursuite. Si Simba r&#233;ussit &#224; &#233;chapper aux charognards et s'enfuir &#224; travers le d&#233;sert, Scar quant &#224; lui monte enfin sur le tr&#244;ne tant convoit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur du d&#233;sert, Simba est secouru par un suricate, Timon, et un phacoch&#232;re, Pumbaa, qui voient tous deux en ce lionceau un alli&#233; de taille pour leurs frasques futures. Vivant au jour le jour et adoptant pour seule devise de ne se faire aucun souci pour l'avenir (&lt;i&gt;Hakuna matata&lt;/i&gt;), Simba, Timon et Pumbaa deviennent vite les meilleurs amis du monde. Se nourrissant de-ci de-l&#224;, dormant &#224; la belle &#233;toile, se baignant dans les mares et poches d'eau qui fleurissent &#224; la saison des pluies, ils grandissent tous trois au del&#224; de la Terre des lions, dans la savane sauvage o&#249; Simba oublie vite son pass&#233; douloureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci se rappelle cependant &#224; lui lorsqu'un beau jour, les trois amis s'&#233;garent tout pr&#232;s de la fronti&#232;re de la Terre des lions : Pumbaa, parti chasser en &#233;claireur se fait soudain attaquer par une jeune lionne pleine de fougue. Tentant de sauver le phacoch&#232;re, Simba reconna&#238;t bient&#244;t Nala, son amie d'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233;es les joyeuses retrouvailles, celle-ci lui r&#233;v&#232;le que depuis qu'il s'est enfui du royaume, la Terre des lions ne connait que famine et d&#233;solation : les lionnes ne chassent plus et Scar a laiss&#233; aux hy&#232;nes le soin de g&#233;rer le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mettant face &#224; ses responsabilit&#233;s, Nala implore Simba de revenir au royaume, afin d'aider les lions &#224; retrouver leur dignit&#233; : l'accession du jeune prince au tr&#244;ne est leur seule chance d'un retour &#224; l'&#226;ge d'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simba semble d'abord s'ent&#234;ter &#224; oublier son pass&#233; et d&#233;cid&#233; &#224; d&#233;finitivement tourner le dos au tr&#244;ne, lorsque l'oracle vient &#224; sa rencontre sous la forme du sage et sorcier mandrill, Rafiki. Rafiki lui rappelle l'image de son p&#232;re qui brille au firmament et le remet face &#224; son destin. Le spectre de son p&#232;re Mufasa lui appara&#238;t et l'exhorte &#224; reprendre sa place dans le cycle de la vie. Simba part alors d&#233;fier son oncle Scar pour devenir roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Nala, partie en &#233;claireur avertir Sarabi et rassembler les lionnes, Simba, Timon et Pumbaa parviennent &#224; la Terre des lions avec grand fracas. Tout est enfin pr&#234;t pour la confrontation finale, lorsque Scar mettant de nouveau Simba face &#224; sa culpabilit&#233; dans le meurtre de son p&#232;re, semble prendre une nouvelle fois l'ascendant psychologique sur son jeune neveu. Mais au moment de pr&#233;cipiter Simba du haut d'un rocher, r&#233;p&#233;tant ainsi la sc&#232;ne du meurtre primitif, l'oncle orgueilleux ne peut cependant s'emp&#234;cher de r&#233;v&#233;ler au prince h&#233;ritier la v&#233;rit&#233; sur le meurtre de son p&#232;re : c'est lui, Scar, qui a tu&#233; Mufasa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jusqu'auboutisme narcissique signe sa perte, car c'est dans cette r&#233;v&#233;lation que Simba va chercher son dernier sursaut et puiser les forces n&#233;cessaires pour renverser le rapport qui lui &#233;tait jusque-l&#224; d&#233;favorable. Simba, d&#233;finitivement d&#233;gag&#233; de sa culpabilit&#233;, reprend le combat &#224; son compte et Scar finit malencontreusement pr&#233;cipit&#233; au fond d'un gouffre, o&#249; les hy&#232;nes affam&#233;es se retournent contre leur ancien ma&#238;tre et tyran pour le d&#233;vorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simba devient roi de la Terre des lions et &#233;pouse Nala. Au matin d'un nouveau jour, les premiers rayons du soleil guident les animaux de la savane vers le rocher surplombant la Terre des lions, qui accourent une nouvelle fois pour c&#233;l&#233;brer la naissance d'une nouvelle h&#233;riti&#232;re : la princesse Kiara, fille du nouveau couple royal, Simba et Nala.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; LE ROI LION ET LA MISE EN SC&#200;NE&lt;br /&gt;
DU COMPLEXE D'&#338;DIPE DU PETIT GAR&#199;ON&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; du sc&#233;nario et du succ&#232;s du dessin anim&#233; Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est sans conteste une mise en sc&#232;ne savamment orchestr&#233;e du complexe majeur de la psychanalyse et de l'inconscient freudien : le complexe d'&#338;dipe. L'histoire de ce jeune prince fougueux et d&#233;sireux d'acc&#233;der au tr&#244;ne, et qui commence par tuer son p&#232;re pour y parvenir, ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; la l&#233;gende du h&#233;ros grec immortalis&#233; par Sophocle dans son &lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le lionceau semble ici se distinguer du h&#233;ros grec dans la mesure o&#249; il ne tue pas lui-m&#234;me son p&#232;re, d'une part et, d'autre part, sauve sa propre m&#232;re l&#224; o&#249; &#338;dipe l'&#233;pouse. &#192; y regarder de plus pr&#232;s, la diff&#233;rence est-elle s'y flagrante ? N'oublions pas que dans la l&#233;gende grecque elle-m&#234;me, le d&#233;sir &#339;dipien est justement d&#233;rob&#233; au h&#233;ros, dans la mesure o&#249; c'est en souhaitant &#233;viter son destin funeste qu'il le r&#233;alise pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous apprend d'abord l'&#233;tude de l'inconscient, c'est que le sc&#233;nario &#339;dipien est toujours d&#233;plac&#233;, grim&#233;, m&#233;tamorphos&#233; et c'est tout le travail de l'analyse psychanalytique que de savoir le d&#233;masquer sous les traits, parfois difformes, derri&#232;re lesquels il se cache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas du &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt;, le sc&#233;nario se cache d&#233;j&#224; sous les traits de l'anthropomorphisme. Le premier masque que le sc&#233;nario &#339;dipien emprunte ici est un masque animal : un masque de lion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dessin anim&#233; anthropomorphe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la mise en sc&#232;ne, Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est en effet ce que l'on appelle un dessin anim&#233; anthropomorphe. L'anthropomorphisme consiste &#224; attribuer des comportements humains &#224; des formes non-humaines, le plus souvent des objets ou des animaux. Souvent dou&#233;s de parole, les animaux de ce type de dessins anim&#233;s ou de contes adoptent &#233;galement une morphologie et des mimiques proprement humaines, sans jamais pour autant prendre d&#233;finitivement la forme d'un &#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est &#224; cet &#233;gard le seul classique de Walt Disney dans lequel il n'est &#224; aucun moment fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'homme. Contrairement &#224; &lt;i&gt;Bambi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les 101 Dalmatiens&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Livre de la jungle&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Les Aristochats&lt;/i&gt; &#8212; qui bien qu'&#233;tant bas&#233;s sur des sc&#233;narios anthropomorphes, r&#233;ussissent toujours &#224; mettre en sc&#232;ne et &#233;voquer, ne serait-ce qu'en arri&#232;re-plan, l'homme et son existence terrestre &#8212;, ici, aucune pr&#233;sence humaine n'est, ne serait-ce qu'entre-aper&#231;ue ou mentionn&#233;e, &#224; aucun moment du sc&#233;nario.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme ici mis &#224; contribution est celui de la projection. Tout comme la cam&#233;ra projette sur l'&#233;cran blanc de la salle de cin&#233;ma, la s&#233;rie d'images que d&#233;roule la pellicule, les sc&#233;naristes et les t&#233;l&#233;spectateurs ne manquent pas de projeter sur les animaux leurs propres contenus psychiques conscients et inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le jeune spectateur, l'int&#233;r&#234;t de l'anthropomorphisme est double : non seulement il int&#233;resse spontan&#233;ment les enfants, qui restent longtemps fascin&#233;s par l'autonomie, la totale libert&#233; et le c&#244;t&#233; instinctif de l'animal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud souligne &#224; cet &#233;gard l'attrait irr&#233;sistible, le charme et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais il permet &#233;galement une certaine mise &#224; distance de nos pulsions les plus primitives et les plus inqui&#233;tantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Louise von Franz, grande sp&#233;cialiste de l'interpr&#233;tation des contes de f&#233;es, a pu par exemple constater que les plus jeunes enfants ont toujours tendance &#224; pr&#233;f&#233;rer les contes d'animaux et &#224; pr&#233;f&#233;rer &#233;couter les histoires de chiens et de chats que ceux qui mettent directement en sc&#232;ne des &#234;tres humains. Elle &#233;met aussi l'hypoth&#232;se que les contes d'animaux sont le &#171; mat&#233;riel de base, la forme la plus profonde et la plus ancienne du conte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marie-Louise von Franz, L'Interpr&#233;tation des contes de f&#233;es, &#201;d. J. Renard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces contes permettent surtout de prendre une distance symbolique suffisante avec les pulsions que nous avons du mal &#224; admettre au sein de notre organisation psychique consciente, celles que l'on qualifie justement d'&#171; animales &#187;. Ce sont par exemple le sadisme, le cannibalisme ou l'avarice. On dira facilement d'un homme qui est vorace, qu'il a l'app&#233;tit d'un tigre. On lui attribue une qualit&#233; animale afin de mettre &#224; une distance symbolique suffisante une qualit&#233; qui est profond&#233;ment enfouie dans notre inconscient et que l'on ne souhaite pas reconna&#238;tre aussi facilement. C'est l&#224;, &#224; proprement parler, le zoomorphisme, &#8212; qui est ant&#233;rieur &#224; l'anthropomorphisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple sur ce sujet : Salomon Reinach, &#171; Aetos Prometheus &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212;, et qui consiste en cette tendance &#224; attribuer &#224; quelqu'un des caract&#233;ristiques que l'on croit typiquement animales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune spectateur est ici rassur&#233; par une formation de compromis : les pulsions et motions psychiques mises en sc&#232;ne par le dessin anim&#233; semblent tr&#232;s &#233;loign&#233;s de celles des hommes, alors m&#234;me que le symbolisme utilis&#233; redouble d'effort pour d&#233;crire les qualit&#233;s et rapports familiaux typiquement humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, non seulement le lion est consid&#233;r&#233; comme le roi des animaux, mais le lion mis en sc&#232;ne par Disney (Mufasa et plus tard Simba) est roi des lions. Il s'agit l&#224;, dans ce roi des rois, d'un redoublement de la figure royale dont la symbolique &#233;minemment paternelle ne peut &#233;chapper &#224; aucun jeune spectateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En outre, comme le fait habilement remarquer Gabrielle Rubin, les animaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le soulignait Freud d&#232;s son &lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, les personnages de rois et de reines, d'empereurs ou d'imp&#233;ratrices, et plus g&#233;n&#233;ralement tous les personnages connus et c&#233;l&#232;bres, ont toujours vocation &#224; repr&#233;senter dans la symbolique inconsciente des r&#234;ves, les parents et le couple parental. Ici, le symbolisme du p&#232;re est renforc&#233; par cette association redoubl&#233;e entre le lion-roi des animaux et le roi-lion. Mufasa, est bien le roi des rois : le p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, avec d'une part, la suffisante mise &#224; distance des pulsions inconscientes primitives par l'habile proc&#233;d&#233; de l'anthropomorphisme et, d'autre part, l'adoption d'un cadre hautement symbolique de la triangulation cellulaire familiale, tout est d&#233;sormais pr&#234;t pour que le drame majeur de l'inconscient se joue sous nos yeux candides et &#233;merveill&#233;s. Les trois coups sont frapp&#233;s et le rideau peut s'ouvrir sur la trag&#233;die-reine de la psych&#233; : l'&#338;dipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La l&#233;gende d'&#338;dipe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende d'&#338;dipe raconte l'histoire de ce fils de La&#239;os et de Jocaste qui devint roi de Th&#232;bes apr&#232;s avoir, &#224; son insu, tu&#233; son p&#232;re et &#233;pous&#233; sa m&#232;re. Aussi connue qu'elle puisse &#234;tre, il n'est pas superflu de nous la remettre en m&#233;moire en pr&#233;ambule &#224; l'interpr&#233;tation analytique du drame du &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sireux d'avoir un enfant, le roi et la reine de Th&#232;bes, La&#239;os et Jocaste, consultent l'oracle d'Apollon, qui leur r&#233;pond sans d&#233;tour et de la mani&#232;re la plus abrupte, que s'ils avaient un fils, celui-ci tuerait son p&#232;re et &#233;pouserait sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; sa naissance, La&#239;os et Jocaste s'empressent d'exposer l'enfant &#8212; c'est-&#224;-dire de l'abandonner &#8212; et charge un serviteur de l'emmener, pieds et chevilles li&#233;s, sur le Mont Cith&#233;ron, &#224; mi-distance entre Th&#232;bes et Ath&#232;nes. Des bergers faisant pa&#238;tre leur b&#233;tail sur les p&#226;turages alentours, d&#233;couvrent l'enfant et le conduisent &#224; la cour de leur roi Polybe, roi de Corinthe, qui le recueille et l'&#233;l&#232;ve comme son propre fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En grandissant, &#338;dipe a bient&#244;t des doutes sur sa v&#233;ritable parent&#233; : il craint d'&#234;tre un fils adopt&#233;. Consultant &#224; son tour l'oracle d'Apollon &#224; Delphes, le dieu le renvoie &#224; son destin en lui rendant pour seule r&#233;ponse qu'il tuera son p&#232;re et &#233;pousera sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souhaitant &#224; tout prix &#233;viter ce futur tragique, &#338;dipe d&#233;cide de quitter Corinthe et de partir vers l'Est pour Th&#232;bes. C'est sur ce chemin qu'il rencontre un groupe d'hommes par lequel il est pris &#224; partie et, perdant patience, il finit par tuer leur chef, qui n'est autre que La&#239;os, son p&#232;re biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non conscient de l'affreux crime qu'il vient de perp&#233;trer, &#338;dipe arrive aux abords de Th&#232;bes, o&#249; il se confronte &#224; la Sphinge, ce monstre au buste de femme, au corps de lion et aux ailes d'aigle, qui assi&#232;ge la ville et d&#233;vore les passants qui ne r&#233;pondent pas &#224; ses &#233;nigmes. &#171; Quel est l'&#234;tre qui, le matin, marche sur quatre pattes, le midi, sur deux et sur trois le soir ? &#187; interroge l'ignoble chanteuse. &#171; L'Homme &#187;, r&#233;pond &#338;dipe &#224; juste titre. Et pour le remercier d'avoir d&#233;livr&#233; la ville de la chienne rhapsode, les Th&#233;bains lui donnent pour femme leur reine veuve, Jocaste. &#338;dipe &#233;pouse ainsi sa m&#232;re et devient roi &#224; la place de son propre p&#232;re, dont il ignore encore qu'il est le meurtrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ignorance de leur crime incestueux, Jocaste et &#338;dipe con&#231;oivent quatre enfants (&#201;t&#233;ocle, Polynice, Antigone et Ism&#232;ne), tandis que la peste s'abat bient&#244;t sur Th&#232;bes. L'oracle &#224; nouveau consult&#233;, &#338;dipe apprend qu'elle ne cessera que lorsque le meurtre de La&#239;os sera &#233;lucid&#233; et le crime veng&#233;. S'acharnant &#224; d&#233;couvrir le coupable, le jeune roi ne tarde pas &#224; s'apercevoir qu'il est lui-m&#234;me le meurtrier tant recherch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'elle apprend l'inf&#226;me nouvelle, Jocaste, de d&#233;sespoir, se donne la mort par pendaison. &#338;dipe, quant &#224; lui, se cr&#232;ve les yeux avec la broche de sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraint d'abdiquer et chass&#233; de Th&#232;bes, &#338;dipe erre aveugle, guid&#233; par les mains de sa fille Antigone, qui le conduira jusqu'&#224; sa derni&#232;re demeure, &#224; Colone, aux abords d'Ath&#232;nes. Sa s&#233;pulture restera &#224; jamais un lieu sacr&#233; et d'abondance pour la capitale de l'Attique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende d'&#338;dipe fut immortalis&#233;e au Ve si&#232;cle avant J.-C. par le dramaturge grecque Sophocle, dont les deux pi&#232;ces, &lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#338;dipe &#224; Colone&lt;/i&gt;, forment le diptyque de la trag&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Complexe d'&#338;dipe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le destin tragique d'&#338;dipe, que Freud, d&#232;s 1897&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, Lettre &#224; Wilhelm Fliess du 15 octobre 1897, La Naissance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, reconna&#238;t non seulement son propre complexe inconscient, mais attribue une valeur de port&#233;e universelle aux sentiments d'amour envers la m&#232;re et de jalousie envers le p&#232;re, que chaque enfant &#233;labore pr&#233;cocement d&#232;s l'&#226;ge tendre de trois ans, et finit par refouler d&#233;finitivement dans les tr&#233;fonds de son inconscient &#224; partir de sa sixi&#232;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant six ans, en effet, les enfants n'ont pas encore acquis toute la capacit&#233; de jugement par laquelle ils se distingueront plus tard en tant qu'adultes. On les voit souvent &#233;go&#239;stes, amorales, les &#233;ducateurs n'h&#233;sitant d'ailleurs pas &#224; qualifier de &#171; vilains &#187; certains des gestes qu'ils peuvent commettre spontan&#233;ment ou en premi&#232;re intention. Comme le pr&#233;cise Freud, &#171; &#224; cette &#233;poque de la vie, les enfants sont capables d'une jalousie des plus fortes et des plus nettes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, in &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils sont capables d'une forte hostilit&#233; non seulement envers les fr&#232;res ou les s&#339;urs, mais &#233;galement envers les parents eux-m&#234;mes. Pour l'enfant, cette hostilit&#233; peut facilement aller jusqu'&#224; s'exprimer par un souhait de mort envers le parent du m&#234;me sexe que lui, tandis qu'il nourrit un fort d&#233;sir, soutenu par sa sexualit&#233; naissante, &#224; l'&#233;gard du parent du sexe oppos&#233; au sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que Freud reconna&#238;t d&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle dans le destin d'&#338;dipe, voil&#224; ce qu'il soutient &#224; l'encontre de toute morale m&#233;dicale viennoise (et internationale) de son &#233;poque : tout enfant forme &#224; son insu des souhaits parricides et incestueux envers ses parents. Ces souhaits sont d'ailleurs attest&#233;s par les enfants des trois premi&#232;res g&#233;n&#233;rations de la mythologie grecque, enfants qui de Cronos &#224; Zeus, castrent leur p&#232;re et con&#231;oivent des mariages incestueux. &#192; sa d&#233;charge, l'enfant ignore que ses souhaits offensent la morale et, tel l'&lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt; exposant &#224; ciel ouvert le destin de son h&#233;ros, l'enfant n'h&#233;site pas &#224; les avouer et les clamer haut et fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que fait Simba dans la premi&#232;re partie du film, lorsque tout juste sorti du sein maternel, il chante &#224; celui qui veut bien l'entendre, qu'il d&#233;sire remplacer son p&#232;re. C'est le titre du premier morceau musical du dessin anim&#233;, juste apr&#232;s le g&#233;n&#233;rique du d&#233;but du film, tr&#232;s clairement intitul&#233; : &lt;i&gt;Je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre roi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre roi&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chanson de Simba r&#233;v&#232;le la montr&#233;e inexorable du d&#233;sir &#339;dipien pour le petit enfant qui s'&#233;veille &#224; sa troisi&#232;me ann&#233;e. Dans ce &lt;i&gt;Je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre roi&lt;/i&gt;, il faut bien s&#251;r entendre ce qui est ici clairement sous-entendu : &lt;i&gt;&#192; la place de mon p&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout enfant, Simba est insouciant et, surtout, n'est absolument pas conscient qu'il pr&#233;sume grandement de ses forces ; et Zazu, le Calao &#224; bec rouge, majordome de Mufasa, tente de le rappeler &#224; l'ordre : &lt;i&gt;Majest&#233;, tu ne te mouches pas du coude&lt;/i&gt;, mais rien n'y fait, Simba entame son infatigable refrain : &lt;i&gt;Je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre Roi !&lt;/i&gt; Le ressort du drame se situe bien entendu dans le &#171; d&#233;j&#224; &#187; qui pr&#233;cipite et anticipe, dans l'insistance du d&#233;sir, la mort du p&#232;re, bien que ce p&#232;re soit aim&#233; du fils. C'est d'ailleurs, dans cette ambivalence, que r&#233;side &#224; proprement parler le qualificatif de &#171; complexe &#187; qui sied si bien &#224; l'&#338;dipe. &#171; Complexe &#187;, car les deux motions, tendre d'une part et hostile de l'autre, coexistent bel et bien au m&#234;me moment dans le psychisme du jeune enfant. Mais le jeune enfant n'y voit encore aucune contradiction et Simba mart&#232;le inlassablement : &lt;i&gt;Je veux faire ce qui me pla&#238;t !&lt;/i&gt; Autrement dit, dans ses r&#234;ves les plus chers, il souhaite prendre la place de son p&#232;re sur le tr&#244;ne, bien qu'il n'a aucune conscience de ce que cela implique : un souhait de mort &#224; l'&#233;gard de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souhait de mort &#224; l'&#233;gard du p&#232;re va de pair avec une volont&#233; de poss&#233;der la m&#232;re. Si dans le dessin anim&#233;, la m&#232;re est repr&#233;sent&#233;e comme tendre et aimante (Sarabi), une terre est n&#233;anmoins interdite &#224; Simba et l'interdit &#233;mane du p&#232;re lui-m&#234;me (Mufasa). Lorsque le roi pr&#233;sente le royaume &#224; son fils, celui sur lequel il est destin&#233; &#224; r&#233;gner, c'est le royaume qui est dans la lumi&#232;re dont il est question, mais l'endroit qui est dans l'ombre demeure lui, interdit &#224; Simba : &#171; notre royaume s'arr&#234;te &#224; cette fronti&#232;re, tu ne dois jamais y aller &#187;. Le p&#232;re lui-m&#234;me est soumis &#224; cette loi, pr&#233;sent&#233;e ici comme loi de la nature, mais Simba ne le comprend pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette terre de l'ombre repr&#233;sente la partie de la Terre-m&#232;re interdite &#224; Simba, &#8212; &#224; proprement parler la jouissance de la m&#232;re. C'est la terre des hy&#232;nes, le c&#244;t&#233; obscur de la terre, obscur &#224; l'enfant en pleine recherche sexuelle, qui cherche &#224; r&#233;soudre l'&#233;nigme de la Sphinge : &#171; Comment fait-on les enfants ? &#187; Cette recherche jouissive est g&#233;n&#233;ralement partag&#233;e avec les enfants du m&#234;me &#226;ge et du sexe oppos&#233;. Nala, l'accompagne dans cette qu&#234;te du c&#244;t&#233; du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario du dessin anim&#233; du &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; met donc particuli&#232;rement bien en &#233;vidence comment le d&#233;sir de possession de la terre-m&#232;re et le souhait de mort &#224; l'&#233;gard du p&#232;re vont de pair et son ins&#233;parable. Encore faut-il nuancer notre propos, en pr&#233;cisant que cette relation biunivoque n'est valable que dans l'inconscient, car dans le conscient, force est de constater que l'enfant ne sait pour l'instant rien de ce qu'est v&#233;ritablement la mort et son souhait parricide lui semble dans un premier temps sans cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que la mort pour un enfant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lors de son premier grand ouvrage sur &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt; publi&#233; en 1900, que Freud expose pour la premi&#232;re fois publiquement son c&#233;l&#232;bre complexe d'&#338;dipe. Plus pr&#233;cis&#233;ment, c'est &#224; l'occasion du paragraphe sur les r&#234;ves typiques que sont les r&#234;ves o&#249; nous voyons mortes les personnes qui nous sont pourtant les plus ch&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; Les r&#234;ves de la mort de personnes ch&#232;res &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Freud y explique que ce type de r&#234;ve, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; paradoxal, est motiv&#233; par un d&#233;sir infantile : celui que nous avons tous eu, au moins une fois &#233;tant enfant, de voire mourir ces personnes qui pourtant nous semblent aujourd'hui si ch&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ma&#238;tre viennois prend cependant le soin de longuement pr&#233;ciser ce que recouvre exactement cette motivation. Lorsque l'enfant souhaite la mort d'un rival, fraternel ou paternel, il ne sait pas encore ce que la mort implique v&#233;ritablement dans la r&#233;alit&#233;. Pour l'enfant, la mort est d'abord un mot. L'enfant ne sait rien des processus de putr&#233;faction, de l'effroi de la guerre, du n&#233;ant, de l'infini. Ne sachant pas ce qu'est la mort, il n'en conna&#238;t pas la peur et joue avec ce mot et toutes ses d&#233;clinaisons en en retirant un plaisir non dissimul&#233;, comme l'a d'ailleurs si bien montr&#233; le r&#233;alisateur fran&#231;ais de Ren&#233; Cl&#233;ment dans son c&#233;l&#232;bre film Jeux interdits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons &#224; cet &#233;gard que Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; est le premier dessin anim&#233; de Walt Disney dans lequel on voit directement mourir l'un des personnages principaux du film, ici le p&#232;re du h&#233;ros : Mufasa. Dans &lt;i&gt;Bambi&lt;/i&gt;, la mort de la m&#232;re n'est que sugg&#233;r&#233;e par le coup de feu fatal, la sc&#232;ne est d&#233;rob&#233;e aux yeux du spectateur. Cela tranche singuli&#232;rement avec les longs travelings et les gros plans autour du corps mort du p&#232;re de Simba. Si le c&#244;t&#233; morbide r&#233;ussit cependant &#224; passer au second plan, c'est justement parce que Simba, &#224; l'instar des jeunes enfants d&#233;crits par Freud, ne comprend pas, lui non plus, la mort. Cela confirme l'hypoth&#232;se de Freud, selon laquelle la mort n'a pas d'existence autre que verbale pour l'enfant : c'est, &#224; la limite, un d&#233;part en voyage prolong&#233; ou un long sommeil. Simba tente d'ailleurs de r&#233;veiller son p&#232;re et pense na&#239;vement qu'il est endormi : il se blotti contre son corps inerte en esp&#233;rant que celui-ci se r&#233;veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme l'enfant ne comprend pas la mort, Simba ne semble pas comprendre l'inertie du corps paternel. Il lui demande instamment de se lever, de venir avec lui et de rentrer &#224; la maison. Le quotidien semble &#234;tre immuable et ne jamais devoir s'arr&#234;ter pour l'enfant. Ce n'est que dans un second temps, dans un apr&#232;s-coup, que le lionceau appelle &#224; l'aide, semble comprendre qu'il se passe quelque chose d'inhabituel et commence &#224; pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, souhaiter la mort d'un rival, fr&#232;re ou p&#232;re, c'est donc d'abord souhaiter, &#224; un moment ponctuel, que ce rival s'en aille. Ce souhait d'abord na&#239;f, ne frappe s&#233;v&#232;rement le psychisme de l'enfant que dans un second temps. Ce n'est que dans un apr&#232;s-coup, une fois le complexe d'&#338;dipe refoul&#233; et le Surmoi instaur&#233;, que l'horreur du d&#233;sir primitif se fait entendre : et cet apr&#232;s-coup ne manque jamais d'avoir lieu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; LA DISPARITION DU COMPLEXE D'&#338;DIPE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#226;ge tendre de cinq ou six ans, le complexe d'&#338;dipe est vou&#233; &#224; la disparition, ou plus exactement, au refoulement dans l'inconscient. Les motifs de cette disparition peuvent certes &#234;tre envisag&#233;s d'une mani&#232;re ontog&#233;n&#233;tique : le complexe d'&#338;dipe serait vou&#233; &#224; s'&#233;teindre du fait m&#234;me du d&#233;veloppement progressif du petit homme, de son cerveau ou plus g&#233;n&#233;ralement de son aspect corporel, d&#233;veloppement qui irait de l'enfance &#224; l'&#226;ge adulte, en passant par la pubert&#233; et l'adolescence. Cette conception seule ne permettrait cependant pas de comprendre l'existence d'une p&#233;riode cruciale qui s'intercale et vient ponctuer ce sch&#233;ma, p&#233;riode que Freud a mis en &#233;vidence d&#232;s ses premi&#232;res recherches sur la sexualit&#233; infantile : la p&#233;riode de latence. Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette p&#233;riode qui est mise en sc&#232;ne dans la rencontre majeure du film : celle de Simba avec Timon et Pumbaa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire, les motifs les plus probables de la disparition du complexe d'&#338;dipe sont d'ordre interne et ses causes sont endog&#232;nes. La dynamique interne des processus psychiques invite en effet l'enfant &#224; &#233;voluer et se d&#233;doubler en deux sens oppos&#233;s : d'une part, vers la recherche incessante et croissante d'une jouissance d'ordre &#233;minemment sexuelle et, d'autre part, du fait de l'&#233;ducation et d'un d&#233;veloppement purement physiologique, vers la reconnaissance grandissante d'un principe de r&#233;alit&#233;. Le jeune enfant se trouve bient&#244;t pris en tenaille. Au carrefour de sa cinqui&#232;me ann&#233;e, l'enfant va logiquement &#234;tre amen&#233; &#224; confronter son souhait le plus tenace &#224; la r&#233;alit&#233; la plus incontournable : l'enfant peut difficilement rivaliser avec le p&#232;re dans la dimension sexuelle de son d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par confrontation &#224; ce principe de r&#233;alit&#233;, la grande d&#233;ception de ne pouvoir r&#233;ellement rivaliser avec le p&#232;re et emporter la jouissance de la m&#232;re entra&#238;ne une telle frustration et une telle blessure narcissique que le complexe d'&#338;dipe vole litt&#233;ralement en &#233;clat pour &#234;tre refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient, d'o&#249; il agira d&#233;sormais d'une mani&#232;re sourde et souvent impr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette disparition subite du complexe d'&#338;dipe, &#224; la crois&#233;e de ces deux moment cruciaux que sont la mont&#233;e du d&#233;sir &#339;dipien et sa confrontation au principe de r&#233;alit&#233;, que Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; met particuli&#232;rement bien en sc&#232;ne au premier tournant du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'organisation phallique et le complexe d'&#338;dipe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons bien au pr&#233;alable que la disparition subite du complexe d'&#338;dipe r&#233;pond point par point &#224; la mont&#233;e en puissance d'un stade de la sexualit&#233; infantile pr&#233;curseur de la g&#233;nitalit&#233; : le stade phallique. La disparition du premier est d'autant plus subite que la mont&#233;e en puissance du second est intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la quatri&#232;me ou cinqui&#232;me ann&#233;e de l'enfance, le d&#233;veloppement d'une sexualit&#233; pr&#233;coce passe par un stade d'organisation que l'on peut d&#233;j&#224; qualifier de g&#233;nital : c'est le stade phallique de l'organisation sexuelle. Ce stade est caract&#233;ris&#233; par une phase durant laquelle l'organe g&#233;nital masculin, le p&#233;nis, joue le r&#244;le majeur et guide la sexualit&#233; et les recherches sexuelles infantiles &#8212; tout en ne pouvant cependant pas assumer une sexualit&#233; adulte pleinement satisfaisante. C'est au cours de cette phase que le complexe d'&#338;dipe va culminer et atteindre sa tension maximale jusqu'&#224; &#234;tre pr&#233;cipit&#233; dans sa brusque disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, le p&#233;nis joue ind&#233;niablement un r&#244;le dans la sexualit&#233; en tant qu'organe d&#233;j&#224; sensitif. Une masturbation infantile ou une manipulation ostensible est facilement observable. Elle est du reste effectivement observ&#233;e par de nombreux parents et &#233;ducateurs qui, pour preuve de cette observation, n'h&#233;sitent pas &#224; menacer d'une mani&#232;re ou du autre le petit gar&#231;on : de la perte de cette partie intime, par exemple, ou de la main qui s'y exerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le petit gar&#231;on, l'anticipation de perdre cette partie du corps qu'il avait jusque-l&#224; investit de mani&#232;re narcissique se r&#233;sout en une angoisse telle, qu'il est l&#233;gitime de la qualifier d'angoisse de castration. Elle constitue ind&#233;niablement l'un des plus puissants motifs d'abandon de la rivalit&#233; &#339;dipienne et des investissements libidinaux des objets parentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;En avant la zizique !&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est manifestement dans cette phase d'organisation phallique que Simba est emp&#234;tr&#233; &#224; l'entr&#233;e de la sc&#232;ne dite du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants. Si la mont&#233;e en puissance de la phase phallique de l'organisation sexuelle passe relativement inaper&#231;u dans le dessin anim&#233;, c'est en grande partie &#224; cause de la tournure de &#171; com&#233;die musicale &#187; qu'adoptent de mani&#232;re tr&#232;s habile les sc&#233;naristes aux moments-cl&#233;s de ce sc&#233;nario &#339;dipien. Le r&#244;le crucial et incontournable de l'organe g&#233;nital masculin se donne pourtant &#224; voir &#224; qui veut bien l'entendre ; les sc&#232;nes se suivent et ne trompent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement Simba d&#233;clame vouloir d&#233;j&#224; &#234;tre roi, mais c'est d'abord Zazu, le majordome du p&#232;re, qui est qualifi&#233; de &#171; bec de banane &#187; au moment o&#249; il semble s'opposer &#224; la grande jubilation de Simba. Si la banane est le fruit phallique par excellence, la volont&#233; est ici manifeste de minimiser la puissance de l'organe du p&#232;re au travers de son majordome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la musique adoucit les m&#339;urs, elle sert surtout ici &#224; mettre en sc&#232;ne l'ambition phallique de Simba. Le ton est donn&#233; au tout d&#233;but de la chanson, lorsque Zazu r&#233;torque &#224; Simba :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;C'est la premi&#232;re fois qu'on voit un Roi avec si peu de poils !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'intervient le superbe tableau sc&#233;nique, au moment o&#249; Simba passe la t&#234;te dans un feuillage rouge flamboyant qui lui fait une crini&#232;re de lion adulte digne de celle de son p&#232;re. &#171; Si votre ramage se rapporte &#224; votre plumage, vous &#234;tes le Ph&#233;nix des h&#244;tes de ces bois &#187; faisait dire Monsieur de La Fontaine &#224; son flatteur renard dans le but d'exacerber le narcissisme du corbeau : il lui ravi ce faisant son fromage &#224; son nez et &#224; sa barbe. La crini&#232;re intervient bien entendu ici comme substitut des poils pubiens, atours de l'attribut viril. Par double d&#233;placement m&#233;tonymique, de ce qui est en bas &#224; ce qui est en haut et de la partie pour le tout, Simba tente clairement de s'affirmer comme possesseur d'un organe m&#226;le comparable &#224; celui de son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lionceau va cependant &#234;tre s&#233;v&#232;rement rabrou&#233; &#224; trois reprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord par Nala, qui le bat par deux fois &#224; la lutte. Au &#171; Gagn&#233; ! &#187; et &#171; Regagn&#233; ! &#187; de Nala, Simba r&#233;torque un : &#171; &#199;a suffit laisse-moi ! &#187; d'un ton boudeur. Moins fort qu'une femme est &#233;quivalent, dans l'inconscient, &#224; &#234;tre f&#233;minis&#233; et donc &#224; &#234;tre castr&#233; ; en tout cas, &#224; &#234;tre identifi&#233; comme non-possesseur du p&#233;nis tant convoit&#233; : la pilule est am&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, au moment de rugir dans le but d&#233;sesp&#233;r&#233; de faire fuir les hy&#232;nes, force est de constater pour Simba que son ramage &#224; lui n'est pas &#224; la hauteur. Les hy&#232;nes s'en moquent d'ailleurs en comparant le lionceau &#224; un chat et son rugissement avort&#233; &#224; un miaulement. Le lionceau est l&#224; encore s&#233;rieusement &#233;prouv&#233; dans son narcissisme et le principe de r&#233;alit&#233; commence &#224; se faire de plus en plus pressant. Pire, tentant &#224; nouveau sa chance, Simba croit enfin parvenir &#224; rugir comme un grand, lorsqu'il constate malheureusement &#8212; mais heureusement pour sa vie &#8212;, que le rugissement viril entendu n'est pas le sien, mais bien celui du roi, arriv&#233; &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; &#224; la rescousse. Le p&#232;re reste le possesseur de &#171; la grosse voix &#187;, celui qui soumet les hy&#232;nes &#224; sa puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous le d&#233;sir chant&#233; juste avant la sc&#232;ne du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Je vais faire dans la cour des grands une entr&#233;e triomphale,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;En poussant tr&#232;s royalement un rugissement bestial !&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La comparaison de ce rugissement imaginaire avec le principe de r&#233;alit&#233; est d&#233;sormais d'autant plus cruelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup fatal sera port&#233; par la comparaison avec l'empreinte de la patte du roi laiss&#233; sur le sol meule de la savane africaine. La patte de Simba est bien trop petite pour soutenir la comparaison, elle s'enfonce dans celle d&#233;j&#224; creus&#233;e de son p&#232;re. Le pied est, bien entendu ici, le symbole phallique par excellence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple sur ce sujet Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation au principe de r&#233;alit&#233; est impitoyable : Simba ne soutient pas la comparaison avec la virilit&#233; de son p&#232;re. Le complexe d'&#338;dipe semble d&#233;j&#224; s'engouffrer dans une impasse, lorsqu'un autre motif inconscient, encore plus radicale, vient forcer son destin et sa dissolution radicale : la constatation de l'absence de p&#233;nis chez la m&#232;re et l'am&#232;re constat de la diff&#233;rence des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants et la castration maternelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; est difficile &#224; s'imposer &#224; l'enfant, mue, co&#251;te que co&#251;te, par le d&#233;sir &#339;dipien. L'enfant s'ent&#234;te souvent et pr&#233;sente cette f&#226;cheuse tendance &#224; nier l'&#233;vidence jusqu'&#224; ce qu'une observation radicale, agissant la plupart du temps apr&#232;s-coup, finisse par avoir raison de son &#171; incroyance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), La Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette observation d&#233;cisive, c'est celle de l'organe g&#233;nital f&#233;minin : un jour ou l'autre, celui-ci ne manque pas d'appara&#238;tre dans toute sa nudit&#233; &#224; l'enfant de quatre ou cinq ans. Les occasions de cette contemplation sont nombreuses : lors de jeux avec des enfants filles de son &#226;ge, ou d'observation de la m&#232;re ou de femmes plus &#226;g&#233;es, au d&#233;tour d'une salle de bains, &#224; la plage ou ailleurs. C'est &#224; cette occasion que l'absence de p&#233;nis peut enfin &#234;tre repr&#233;sent&#233;e et la menace de castration faire effet dans l'intensit&#233; de son apr&#232;s-coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on peut reconna&#238;tre ce motif dans la sc&#232;ne du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants. &#192; peine parvenus dans ce lieu interdit, Simba et Nala tombent nez &#224; nez devant un cr&#226;ne d'&#233;l&#233;phant. Celui-ci a conserv&#233; ses deux d&#233;fenses et, lorsqu'ils devront s'enfuir &#224; la h&#226;te, les deux comp&#232;res vont finir par glisser comme sur un toboggan. La question de Nala est d'embl&#233;e tr&#232;s claire : &#171; Je me demande si sa cervelle est encore dans la carcasse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le cr&#226;ne (ou bo&#238;te cr&#226;nienne) est ici le symbole du contenant maternel, les deux d&#233;fenses pouvant ais&#233;ment repr&#233;senter symboliquement les trompes de Fallope. Nous avons-l&#224; l'ensemble de l'appareil g&#233;nital maternel, le sexe f&#233;minin &#224; proprement parler, tandis que la cervelle, ou cervelet, est le repr&#233;sentant symbolique du contenu, c'est-&#224;-dire de l'organe m&#226;le. &#192; l'instar du pied repr&#233;sentant symboliquement le membre viril et la chaussure l'ut&#233;rus, le contenant repr&#233;sente toujours, dans l'inconscient, l'organe f&#233;minin et le contenu, l'organe masculin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de Nala prend d&#233;sormais tout son sens du point de vue de l'inconscient et peut se traduire simplement : la m&#232;re est-elle castr&#233;e ? &#171; Il n'y a pas trente-six moyens de le savoir &#187; r&#233;pond Simba : &#171; Suis-moi on va v&#233;rifier &#187;. Cette v&#233;rification de la castration de la m&#232;re est tellement terrifiante, qu'elle peut &#234;tre ni&#233;e ou tourn&#233;e en d&#233;rision. &#171; Bec de banane est terrifi&#233; &#187; se moque Simba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs &#224; ce moment que les trois hy&#232;nes, Shenzi, Banza&#239; et Ed, sortent du cr&#226;ne comme un diable sort de sa bo&#238;te ou comme les reptiles sortent de la t&#234;te de m&#233;duse. Les trois hy&#232;nes rappellent ici le creux de l'appareil g&#233;nital f&#233;minin et l'effroi d'y d&#233;couvrir l'absence de p&#233;nis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient qu'&#224; partir de l'analyse des r&#234;ves et de leurs libres associations, Ferenczi a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; interpr&#233;ter la t&#234;te de M&#233;duse comme le symbole effrayant de la r&#233;gion g&#233;nitale f&#233;minine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sandor Ferenczi, &#171; Symbolisme de la t&#234;te de m&#233;duse &#187;, Psychanalyse III, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon le principe de la repr&#233;sentation par le contraire, les nombreux serpents qui s'enroulent autour de la t&#234;te peuvent ais&#233;ment sugg&#233;rer l'absence du p&#233;nis et r&#233;p&#233;ter la terrible impression que produisent sur l'enfant les organes g&#233;nitaux qui en sont d&#233;pourvus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des hy&#232;nes, ce symbolisme de la castration et de son horreur est renforc&#233; par les particularit&#233;s anatomiques et organisationnelles des hy&#233;nid&#233;s, dont on sait que les femelles poss&#232;dent un clitoris extr&#234;mement d&#233;velopp&#233; ressemblant &#224; un v&#233;ritable p&#233;nis et que leurs meutes adoptent une organisation de type matriarcal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le complexe de castration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre le fil du processus de dissolution du complexe d'&#338;dipe, le d&#233;roulement du sc&#233;nario du dessin anim&#233; confirme que ce sont bien les effets combin&#233;s de l'&#233;preuve de r&#233;alit&#233; (comparaison de sa propre anatomie par rapport &#224; celle de son p&#232;re) et de la menace de castration &#224; la suite de la masturbation infantile (menace renforc&#233;e par l'observation de l'absence de p&#233;nis chez la femme ou la fillette), qui vont r&#233;ussir &#224; faire monter l'angoisse de castration, pour finir par emporter avec elle les d&#233;sirs &#339;dipiens de l'enfant et les refouler dans les tr&#233;fonds de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si les d&#233;sirs &#339;dipiens doivent finalement co&#251;ter la perte du p&#233;nis, le raisonnement est simple et il n'y a g&#233;n&#233;ralement pas &#224; tergiverser : le petit gar&#231;on pr&#233;f&#232;rera toujours &#171; mettre le petit au bout &#187; comme on dit au Tarot, c'est-&#224;-dire sacrifier ses d&#233;sirs &#339;dipiens pour sauver cette partie du corps qu'il a fortement investit narcissiquement : le p&#233;nis. C'est ainsi que, logiquement et inconsciemment, &#171; le moi de l'enfant se d&#233;tourne du complexe d'&#338;dipe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), La Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; aux alentours de la cinqui&#232;me ou sixi&#232;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;preuve laisse n&#233;anmoins derri&#232;re-elle une trace, comme une cicatrice ind&#233;l&#233;bile. C'est cette cicatrice que porte et symbolise, Scar, l'oncle de Simba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cicatrice de Scar&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scar, rappelons-le clairement, veut litt&#233;ralement dire &#171; cicatrice &#187; en anglais. Cette cicatrice, qui menace ostensiblement l'&#339;il de l'oncle de Simba, rappelle tout d'abord le tragique destin d'&#338;dipe aux yeux crev&#233;s, aveugl&#233; par la contemplation, apr&#232;s-coup, de ses d&#233;sirs &#339;dipiens. En incarnant nominativement cette cicatrice, Scar personnifie la menace de castration et repr&#233;sente, dans l'imaginaire de son neveu &#8212; et &#224; n'en pas douter dans celui du jeune spectateur &#8212;, le terrible ogre des contes d'enfants, le terrifiant p&#232;re castrateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son imaginaire, le petit gar&#231;on craint en effet qu'un p&#232;re ne lui coupe l'organe tout puissant qui s'&#233;rige en grand ordonnateur du stade auquel il est parvenu dans le d&#233;veloppement de sa sexualit&#233;. La cicatrice dont il est question ici est la cicatrice laiss&#233;e par cette crainte inconsciente terrible. Inconsciente, car si Scar est cr&#233;dible comme repr&#233;sentant de cette menace, ce n'est pas tant en lui-m&#234;me, par le r&#233;el danger qu'il repr&#233;sente pour son neveu ; car de ce point de vue, force est de constater, bien au contraire, que Scar se montre toujours assez bienveillant avec son neveu. C'est surtout en tant que porteur de cette cicatrice dont il h&#233;rite de sa propre histoire infantile, en tant qu'enfant bless&#233; par de cette cicatrice narcissique, qu'il v&#233;hicule encore et toujours, que Scar rappelle la menace de castration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette cicatrice pr&#233;cipite les r&#233;sidus &#339;dipiens, cristallis&#233;s en sentiments d'inf&#233;riorit&#233; et fantasmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; On bat un enfant &#187;, traduit de l'allemand par Henri (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont est finalement prisonnier l'oncle malheureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but du film, Scar met en &#233;vidence ce sentiment d'inf&#233;riorit&#233; dont il est prisonnier. C'est la premi&#232;re sc&#232;ne apr&#232;s le g&#233;n&#233;rique, lorsque Scar s'adresse &#224; la souris : &#171; La vie n'est pas juste &#187; d&#233;clare-t-il, comme pour exprimer cette tristesse et cette injustice enfouie profond&#233;ment en lui. D'ailleurs Zazu n'&#233;voque-t-il pas sa m&#232;re ? &#171; Ta m&#232;re ne t'a jamais dit de ne pas jouer avec la nourriture ? &#187; Zazu lui rappelle-l&#224; ses tous premiers rapports avec sa m&#232;re et son impossibilit&#233; de se s&#233;parer de la nourriture premi&#232;re, de se s&#233;parer de la m&#232;re-nourrici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scar n'a probablement pas &#233;t&#233; totalement sevr&#233; et un attachement persiste comme une demande adress&#233;e &#224; l'Autre maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rivalit&#233; infantile avec son fr&#232;re se fait sentir d&#232;s la s&#233;quence suivante lorsque Mufasa entre en sc&#232;ne. &#171; Sur le plan de la force physique, j'ai bien peur que la g&#233;n&#233;tique n'ai pas jou&#233; en ma faveur &#187; avoue-t-il. Scar se sent inf&#233;rieur et probablement que Mufasa a &#233;t&#233; un fr&#232;re qui lui a &#233;t&#233; pr&#233;f&#233;r&#233; par sa propre m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, ce sentiment d'inf&#233;riorit&#233; provient d'abord d'une culpabilit&#233; issue de sa plus tendre enfance, durant laquelle il a du jalouser son fr&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; On bat un enfant &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, se faisant &#233;carter d'une m&#232;re qui lui a pr&#233;f&#233;r&#233; Mufasa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cicatrice de Scar repr&#233;sente cette blessure narcissique h&#233;rit&#233;e de son propre complexe d'&#338;dipe mal solutionn&#233;, qui persiste encore aujourd'hui sournoisement dans son inconscient malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fond, il n'est pas mauvais bougre, mais il ne sait que faire de ce sentiment de culpabilit&#233; dont il est porteur et qui le fait souffrir. Ne sachant se d&#233;barrasser de cette cicatrice, il tente de s'en d&#233;barrasser sur Simba en lui promettant le destin d'&#233;loignement que lui-m&#234;me a subi. Il r&#233;p&#232;te son propre trauma alors que selon toute probabilit&#233;, il aime son neveu. Son attitude est ambivalente et le jeune spectateur ne manque pas de le percevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste avant le drame, lorsque Scar attire son neveu dans les gorges, l'ambivalence de l'oncle atteint son point culminant. Scar semble tellement comprendre Simba, qu'il s'en moque comme pour se d&#233;tourner de quelque chose qui le touche de trop pr&#232;s. Il pique l&#224; o&#249; il est lui m&#234;me piqu&#233;, c'est-&#224;-dire dans son narcissisme, en lui rappelant l'&#233;pisode des hy&#232;nes et la petitesse de son rugissement. Simba s'y r&#233;essaye sur un petit l&#233;zard, juste avant l'accident fatal. Le rugissement se superpose d'ailleurs avec le bruit du troupeau qui s'engouffre dans les gorges, sous-entendant que c'est le d&#233;sir de rugissement de Simba, qui cause la perte de son p&#232;re, le pi&#232;ge se refermant ainsi sur l'ambition &#339;dipienne du fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Scar arrive, Simba ne peut plus faire face &#224; son d&#233;sir inconscient. Celui-ci questionne : &#171; Simba, qu'est-ce que tu as fait ? &#187; &#171; C'est un accident, je ne voulais pas ce qui est arriv&#233; &#187; r&#233;pond Simba. Scar insiste sur la difficult&#233; du refoulement : &#171; bien s&#251;r que tu ne le voulais pas. Personne ne peut vouloir des choses aussi horribles &#187;. Scar condense en lui le refoulement et le d&#233;sir refoul&#233;. Tout est redoubl&#233; comme pour mettre en &#233;vidence l'ambivalence du d&#233;sir premier. &#171; Qu'est-ce que ta m&#232;re dira ? Sauve-toi Simba, pars, pars tr&#232;s loin et ne reviens jamais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scar repr&#233;sente le p&#232;re imaginaire qui prive l'enfant de la m&#232;re (de sa jouissance, voire de l'organe de sa jouissance), et chasse le fils loin de la Terre-m&#232;re. Avec ce d&#233;part pr&#233;cipit&#233;, le triangle &#339;dipien form&#233; par l'enfant, le p&#232;re et la m&#232;re vole en &#233;clat au quatre coins de la savane et le complexe d'&#338;dipe est refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient tout comme Simba est projet&#233; de la lumi&#232;re des hauts-plateaux &#224; l'ab&#238;me du d&#233;sert, dans le clair-obscur de la tomb&#233;e du jour et du soleil couchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introjection et formation du Surmoi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image de la formation du Surmoi est d'ailleurs magnifiquement mise en sc&#232;ne par les sc&#233;naristes de Disney, juste apr&#232;s l'&#233;pisode du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants, o&#249; Simba outrepasse l'interdit paternel. Apr&#232;s que le p&#232;re ait donn&#233; une bonne le&#231;on &#224; son fils, &#224; nouveau copains, Mufasa lui montre le ciel, l&#224; o&#249; tous les rois (p&#232;res) des si&#232;cles pass&#233;s les contemplent du haut des &#233;toiles : &#171; Regarde le ciel, dit Mufasa, les rois des si&#232;cles pass&#233;s nous contemplent du haut des &#233;toiles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-l&#224; l'image de l'introjection de l'autorit&#233; du p&#232;re et des parents dans l'univers psychique du fils. L'image de l'introjection est particuli&#232;rement bien rendue, car l'introjection est, &#224; proprement parler, une extension du moi. Le ciel et les &#233;toiles qui le composent sont ici l'image de l'univers psychique de l'enfant qui s'agrandit et introjecte autant de nouvelles &#233;toiles qu'il est n&#233;cessaire &#224; la constitution de son moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition de Mufasa au ciel, comme une nouvelle &#233;toile, est la m&#233;taphore de l'identification et de la formation du Surmoi. Ou, pour pousser plus loin la m&#233;taphore, la constellation des &#233;toiles repr&#233;sente l'image du complexe d'&#338;dipe d&#233;sormais pass&#233;e dans l'univers psychique de l'inconscient et, en quelque sorte, sublim&#233;e par cette ascension et cette mont&#233;e au ciel. C'est-l&#224; une image magnifique de la disparition du complexe d'&#338;dipe volant en &#233;clat dans le ciel &#233;toil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;-haut, l'autorit&#233; du p&#232;re introject&#233;e dans l'univers psychique forme la partie de la constellation du Surmoi auquel l'enfant empruntera la rigueur et le jugement moral. Une double crainte contradictoire s'adoucit au m&#234;me moment, par la solution de cette identification au p&#232;re : celle de sa punition et celle de perdre son amour. Les deux seront anticip&#233;es et l'enfant n'aura pas, par l&#224;-m&#234;me, le d&#233;plaisir de la confrontation au dur principe de r&#233;alit&#233;. La m&#232;re, d&#233;sexualis&#233;e, deviendra la bonne &#233;toile, le p&#232;re, d&#233;-diabolis&#233;, l'&#233;toile du berger. La premi&#232;re oriente, le second guide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit Mufasa : &#171; Chaque fois que tu te sentiras seul, n'oublie pas que tous ces rois seront l&#224; pour te guider et que je serai parmi eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La castration symbolique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce Surmoi n'est pas pers&#233;cuteur, c'est que Mufasa affirme en m&#234;me temps son rapport &#224; la loi et &#224; son propre p&#232;re. Apr&#232;s l'&#233;pisode du cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants, le p&#232;re admet lui aussi la castration et la symbolise en avouant qu'aujourd'hui il a eu peur pour son fils. &#171; M&#234;me les rois ont peur ? &#187; s'&#233;tonne Simba, d&#233;couvrant que nul n'&#233;chappe &#224; la loi du d&#233;sir et &#224; la castration symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simba fait ici la diff&#233;rence entre la castration et la mort, au profit de la vie. Alors que la n&#233;gation de la castration l'aurait conduit &#224; tenir t&#234;te aux hy&#232;nes et indubitablement &#224; la mort, l'acceptation de son immaturit&#233; &#233;quivaut &#224; l'acceptation symbolique de la castration, au profit de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous touchons-l&#224; &#224; la limite entre le normal et le pathologique. Si le complexe d'&#338;dipe &#233;tait v&#233;ritablement dissous, le Surmoi serait effectivement cette constellation id&#233;ale que l'on retrouve dans le ciel pur et &#233;toil&#233; du dessin anim&#233; de Walt Disney. Mais si le complexe n'est qu'&#224; peine refoul&#233;, alors il subsiste, dynamique comme une super nova, au-del&#224; de la galaxie, dans l'univers interstellaire de l'inconscient (le &#199;a), et le Surmoi devra plus tard d&#233;ployer tous les efforts n&#233;cessaires pour le cantonner au territoire qu'il lui avait pr&#233;c&#233;demment assign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, si comme le souligne Freud, &#171; le proc&#232;s dans son ensemble a, d'un c&#244;t&#233;, sauv&#233; l'organe g&#233;nital &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), La Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le revers de la m&#233;daille c'est que son fonctionnement s'en trouve d&#233;sormais suspendu jusqu'&#224; nouvel ordre. L'enfant se voit contraint d'interrompre le d&#233;veloppement sexuel qui jusque-l&#224; l'animait et rentre dans une longue p&#233;riode d'abstinence propice &#224; la camaraderie et &#224; la sublimation : la p&#233;riode de latence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. &#8212; LA SORTIE DE L'EDEN :&lt;br /&gt;
DE LA P&#201;RIODE DE LATENCE AU MONDE ADULTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le complexe d'&#338;dipe disparu dans les tr&#233;fonds de l'inconscient, le Surmoi d&#233;sormais form&#233;, s'ouvre alors ce que Freud appelle la p&#233;riode de latence. C'est la p&#233;riode de la vie de l'enfant qui va d'&#224; peu pr&#232;s cinq ou six ans et qui s'&#233;tend jusqu'&#224; celle que l'on nommerait aujourd'hui la pr&#233;adolescence. Elle est qualifi&#233;e de latence, au sens de latence de la sexualit&#233; infantile, dont les pulsions sexuelles viennent juste d'&#234;tre refoul&#233;es. Elles sont d&#233;sormais comme en sommeil et le Surmoi n'a pas besoin de forcer son talent et d'exercer son pouvoir de fa&#231;on tyrannique : la p&#233;riode est relativement paisible et favorable aux jeux de soci&#233;t&#233;, &#224; l'id&#233;alisation et &#224; la sublimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sortie de l'Eden et le motif des animaux secourables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette p&#233;riode qui est d&#233;crite par la rencontre avec Timon et Pumbaa, au-del&#224; de la Terre des lions. Le suricate Timon et le phacoch&#232;re Pumbaa repr&#233;sentent ici ce que l'on a coutume d'appeler dans les contes d'enfants, des animaux secourables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, classiquement, depuis la mythologie grecque et romaine, la louve recueillant &lt;i&gt;Remus et Romulus&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Chat bott&#233;&lt;/i&gt; des Contes de Perrault, les li&#232;vres, renards, loups, ours et lions dans celui des &lt;i&gt;Deux fr&#232;res&lt;/i&gt; des Contes de Grimm, le chimpanz&#233; Cheeta dans la version adapt&#233;e &#224; l'&#233;cran de &lt;i&gt;Tarzan&lt;/i&gt;, Raksha, la louve grise, m&#232;re adoptive de Mowgli, ou Baloo, l'ours bon-enfant du &lt;i&gt;Livre de la jungle&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'animal repr&#233;sente l'imago parentale secourable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce sujet Otto Rank et Hans Sachs, Psychanalyse et Sciences humaines, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parfois celle de la m&#232;re mais plus souvent celle du p&#232;re. C'est le bon-p&#232;re ou la bonne-m&#232;re, une fois la mauvaise m&#232;re ou le mauvais p&#232;re (Scar) refoul&#233; dans l'inconscient. Ainsi, &#224; la p&#233;riode de latence, le mauvais p&#232;re, Scar, repr&#233;sentant de la menace de castration, est-il refoul&#233; et laisse-t-il la place &#224; l'imago d'un bon p&#232;re sous la forme de l'animal secourable, par exemple Timon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pumbaa et les mots obsc&#232;nes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la m&#234;me &#233;poque, les pulsions sexuelles, nous l'avons dit, sont elles aussi refoul&#233;es. Cela ne veut pas dire pour autant que tout mode de satisfaction est banni. Au moment o&#249; les enfants r&#233;duisent consid&#233;rablement leurs pulsions perverses polymorphes afin d'entamer leur p&#233;riode de latence, un mode de satisfaction plus &#171; civilis&#233; &#187; se fait jour : c'est celui o&#249; l'enfant &#233;prouve un plaisir non dissimul&#233; &#224; entendre des mots obsc&#232;nes et, de mani&#232;re concomitante, l'envie irr&#233;pressible de les prononcer &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les parents sont relativement &#233;pargn&#233;s, les oncles et tantes et, plus g&#233;n&#233;ralement, toute la famille &#233;largie et les &#233;ducateurs deviennent les v&#233;ritables confidents des enfants qui testent les derniers mots appris &#224; la r&#233;cr&#233;ation dans la cour de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Ferenczi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sandor Ferenczi, &#171; Mots obsc&#232;nes. Contribution &#224; la p&#233;riode de latence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce besoin irr&#233;pressible de prononcer et de dessiner des obsc&#233;nit&#233;s doit se comprendre comme un &#171; stade pr&#233;liminaire &#187; &#224; l'inhibition d&#233;finitive des pulsions sexuelles infantiles, notamment les pulsions exhibitionnistes et voyeuristes. Cela constitue une premi&#232;re tentative d'apprivoiser ses pulsions sexuelles par le langage. Cette tentative est caract&#233;ristique de l'entr&#233;e dans la phase de latence proprement dite o&#249; sont &#233;labor&#233;es les forces psychiques qui vont venir s'opposer &#224; la sexualit&#233; infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie psychanalytique fait particuli&#232;rement allusion ici au d&#233;go&#251;t, &#224; la pudeur, &#224; la morale et aux aspirations &#224; l'esth&#233;tisme qui sont alors en voie de constitution. Les forces pulsionnelles sexuelles sont d&#233;tourn&#233;es de leurs buts sexuels par le Surmoi et les formations r&#233;actionnelles (d&#233;go&#251;t, pudeur, morale) ou la sublimation engagent le petit d'homme sur la voie d'aspirations esth&#233;tiques et id&#233;alistes : c'est &#224; ce moment que l'enfant recommence &#224; se passionner pour les jeux de soci&#233;t&#233;, la musique, la lecture, l'&#233;criture, la peinture et autres activit&#233;s artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme si la pulsion d&#233;sormais refoul&#233;e par le travail efficace du Surmoi, l'affect qui lui &#233;tait li&#233; se d&#233;place et s'associe d&#233;sormais au mat&#233;riel verbal et au vocabulaire sexuel. La prononciation de mots obsc&#232;nes est d&#233;sormais, &#224; elle seule, d&#233;charge de plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comportement, le franc-parler et plus pr&#233;cis&#233;ment le vocabulaire de Pumbaa illustre &#224; merveille ce stade d'entr&#233;e dans la p&#233;riode de latence : la gouaille de Pumbaa, ses mauvaises blagues et ses sous-entendus &#233;vocateurs. Pumbaa le &#171; crado &#187; comme l'appelle Timon dans la c&#233;l&#232;bre chanson Hakuna matata. C'est l&#224; que Pumbaa est d&#233;crit dans toute sa splendeur sadique-anale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Un jour, quelle horreur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il comprit que son odeur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au lieu de sentir la fleur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Soulevait les c&#339;urs.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais il y a dans tout cochon&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un po&#232;te qui sommeille.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quel martyr&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quand personne&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Peut plus vous sentir !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Disgr&#226;ce inf&#226;me&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Parfum d'inf&#226;me&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Inonde mon &#226;me&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Oh ! &#199;a pue le drame&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je d&#233;clenche une temp&#234;te&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Piti&#233;, arr&#234;te !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Chaque fois que je...&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non Pumbaa, pas devant les enfants ! &#187; arr&#234;te Timon. Certes on ne prononce pas de mots obsc&#232;nes devant les enfants, mais les mots obsc&#232;nes sont ici d&#233;sexualis&#233;s et renvoy&#233;s &#224; un stade d'organisation pr&#233;g&#233;nitale, en l'occurrence le stade anal, stade anal ici revisit&#233; puisqu'il y a jeu avec le plaisir de la transgression et l'au-del&#224; de la pudeur et du d&#233;go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Hakuna matata&lt;/i&gt;, qui veut dire, litt&#233;ralement, &#171; aucun souci &#187;, traduit l'oubli caract&#233;ristique de la p&#233;riode de latence. L'expression exprime un Surmoi qui n'a pas besoin d'&#234;tre tyrannique. &lt;i&gt;Hakuna matata&lt;/i&gt;, c'est l'anc&#234;tre du moderne &#171; &lt;i&gt;no soucy&lt;/i&gt; &#187;. On y entend tout &#224; la fois une reconnaissance de ces formations r&#233;actionnelles que sont la pudeur et le d&#233;go&#251;t, mais on y entend aussi, de mani&#232;re tr&#232;s nette, la transgression et la sublimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu avec le d&#233;go&#251;t est tr&#232;s bien illustr&#233; par le festin de larves dont se goinfrent d'embl&#233;e les trois comp&#232;res : &#224; la pr&#233;sentation par Timon d'une &#171; larve bien grasse &#187;, Pumbaa a le bon go&#251;t de pr&#233;ciser que tout cela est &#171; un peu gluant mais app&#233;tissant &#187;. &#171; Quelle horreur ! &#187; s'exclame aussit&#244;t Simba qui finira par surmonter ce d&#233;go&#251;t et se gaver comme ses h&#244;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la sublimation, elle se fait d&#233;j&#224; entendre dans la mani&#232;re d'exprimer la pulsion, puisqu'il s'agit, avec le couplet de Pumbaa, d'une tournure po&#233;tique : &#171; Il y a dans tout cochon un po&#232;te qui sommeille. &#187; Plus g&#233;n&#233;ralement, la po&#233;sie, la chanson, mais aussi l'&#233;criture argotique et les jeux de mots constituent autant de mode de sublimations des pulsions qui visent &#224; exprimer le mat&#233;riel inconscient refoul&#233; sur la sc&#232;ne sociale : la censure ainsi contourn&#233;e, le mat&#233;riel refoul&#233; (les pulsions du &#199;a) se voit socialement reconnu et valoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pumbaa vient d'ailleurs des langues bantoues et signifie &#171; &#233;tourdi &#187; en swahili. L'&#233;tourdi, c'est celui qui dit des &#233;tourderies, des choses plus grosses que lui. C'est ici, &#224; l'&#233;vidence, du &#199;a dont il est question. Le langage ordurier enfantin est toujours un langage argotique et le mot obsc&#232;ne en lui-m&#234;me est toujours un mot d'esprit. Tels les mots d'esprits et autres blagues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce sujet Sigmund Freud, Le mot d'esprit et ses rapports avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la prononciation des mots obsc&#232;nes procure d'autant plus de plaisir qu'elle permet d'att&#233;nuer la tension de la censure et rendre ainsi libre l'&#233;nergie psychique jusque-l&#224; utilis&#233;e &#224; refouler les motions et id&#233;es en provenance directe du &#199;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, cette p&#233;riode de d&#233;couverte et d'apprivoisement des pulsions vitales &#8212; pendant laquelle le Surmoi n'est pas encore tyrannique &#8212;, prend fin avec la p&#233;riode de la pr&#233;adolescence. C'est ce moment o&#249; l'on voit soudain la crini&#232;re de Simbaa prendre forme et s'&#233;toffer sans que celui-ci s'en rende compte. Cette crini&#232;re, tant convoit&#233;e par le lionceau lorsqu'il &#233;tait emp&#234;tr&#233; dans son complexe d'&#338;dipe, se d&#233;veloppe soudain &#224; son insu, et atteint bient&#244;t son plein &#233;panouissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la pubert&#233;, prend fin le paradis de la p&#233;riode de latence : la vie adulte pointe d&#233;j&#224; son nez avec ses gros tracas et ses petits soucis, parfois m&#234;me ses graves dilemmes et ses difficiles conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pubert&#233; et la rencontre avec Nala&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la pubert&#233;, les pulsions sexuelles sont r&#233;activ&#233;es et le tout nouvel adolescent se trouve &#224; nouveau confront&#233; au Surmoi. Ce moment est illustr&#233; par la rencontre avec Nala et l'amour qui s'y r&#233;v&#232;le. Un choix s'offre &#224; Simba : &#171; Je voudrai lui dire &lt;i&gt;Je t'aime&lt;/i&gt; mais comment lui avouer ? &#187; chante-t-il en silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il veut gagner son amour et suivre le &#199;a, il doit revenir sur la Terre des lions ; mais revenir sur la Terre des lions, c'est s'affronter &#224; nouveau au mat&#233;riel psychique qu'il a refoul&#233; et, surtout, &#224; l'instance qui l'a refoul&#233; : le Surmoi. Le conflit n&#233;vrotique entre le &#199;a et le Surmoi pointe son nez, et le Moi est &#233;cartel&#233;. C'est de la mani&#232;re dont le conflit va se d&#233;nouer que d&#233;pend l'avenir, n&#233;vrotique ou non, du jeune adolescent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire, Nala lui r&#233;v&#232;le que Scar a laiss&#233; les hy&#232;nes s'emparer du territoire. L&#224; o&#249; les lionnes, et Sarabi, sa propre m&#232;re en t&#234;te, organisaient la gestion et l'approvisionnement de la soci&#233;t&#233;, ce sont les hy&#232;nes qui d&#233;sormais sont les reines. La m&#232;re une fois en jeu, c'est l'&#338;dipe qui fait ici son grand retour et r&#233;appara&#238;t de mani&#232;re sournoise au travers de la rencontre avec le premier amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#232;re bafou&#233;e, sous la d&#233;pendance d'un oncle usurpateur, le doute, l'h&#233;sitation et la culpabilit&#233; qui assaillent le prince h&#233;ritier, le motif se reconna&#238;t ais&#233;ment : c'est celui de la c&#233;l&#232;bre pi&#232;ce de Shakespeare, &lt;i&gt;Hamlet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le motif hamletien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son premier grand ouvrage sur &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, Freud a su remarquer que la pi&#232;ce de Shakespeare s'enracinait sur le m&#234;me sol que celui de l'&lt;i&gt;&#338;dipe-roi&lt;/i&gt; de Sophocle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le rapprochement entre les motifs hamletiens et &#339;dipiens cf. &#233;galement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La diff&#233;rence, pour Freud, tient au progr&#232;s de la civilisation qui, en premier lieu, tient lui-m&#234;me, essentiellement, en un progr&#232;s du refoulement de la vie affective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce sujet Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, PUF, Paris, 1971.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui est r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour du destin du h&#233;ros &#338;dipe dans la pr&#233;histoire de la civilisation, est d&#233;sormais refoul&#233; dans les m&#233;andres des tergiversations du h&#233;ros moderne : Hamlet. Pour le d&#233;couvrir, il nous faut d&#233;sormais proc&#233;der &#224; la mani&#232;re de Freud, comme un fin limier de la cure analytique, traquant le retour du refoul&#233; au travers de toutes ses h&#233;sitations et formations de compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car toute la pi&#232;ce est construite autour de cette h&#233;sitation tragique dont personne ne comprend les v&#233;ritables motifs, tant l'&#233;vidence r&#233;clame d'accomplir la vengeance. Hamlet, le passionn&#233;, Hamlet le r&#233;solu, est soudain comme paralys&#233;, inhib&#233;, maladif et craintif devant la t&#226;che qu'il &#224; accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel Hamlet devant le spectre de son p&#232;re, Simba, r&#233;pugne lui aussi &#224; venger son p&#232;re, alors que celui-ci lui appara&#238;t au firmament et lui demande instamment de reprendre sa place dans le cycle de la vie. Alors que le spectre de Mufasa lui demande clairement de le venger et de d&#233;loger son oncle, Simba h&#233;site : &#171; Je sais ce que je dois faire, mais pour revenir, il me faut faire face &#224; mon pass&#233;, et je l'ai fuit depuis si longtemps&#8230; &#187; avoue-t-il aux jeunes spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le motif hamletien est d'autant plus rep&#233;rable qu'il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; par les sc&#233;naristes de Disney lorsque Scar, pr&#233;cipitant Mufasa dans sa chute mortelle, marmonne son &#171; Longue vie au roi ! &#187; faisant directement &#233;cho au &#171; Bonne nuit, doux prince &#187; d'Horatio, lorsqu'Hamlet meurt &#224; la fin de la pi&#232;ce, mortellement bless&#233; par la pointe de l'&#233;p&#233;e empoisonn&#233;e de La&#235;rte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre allusion directe &#224; la pi&#232;ce de Shakespeare est rep&#233;rable dans le dessin anim&#233; lorsque, Scar mont&#233; sur le tr&#244;ne, l'oncle usurpateur demande &#224; Zazu de chanter dans une cage improvis&#233;e dans le thorax d'un squelette de b&#234;te sauvage. Pendant ce temps, Scar tient en sa main droite un cr&#226;ne qui fait clairement r&#233;f&#233;rence &#224; celui de la c&#233;l&#232;bre sc&#232;ne o&#249; Hamlet joue avec le cr&#226;ne de Yorick (acte V, sc&#232;ne 1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud nous a depuis longtemps donn&#233; la cl&#233; de cette pathologique h&#233;sitation : si Hamlet tout comme Simba, h&#233;site, c'est parce qu'inconsciemment, il croise dans le regard de l'oncle qu'il doit assassiner, son propre d&#233;sir &#339;dipien refoul&#233;. S'il ne peut se r&#233;soudre &#224; tuer son oncle, c'est parce qu'il se reconna&#238;t en lui : le tuer, c'est se tuer puisque c'est tuer le plus profond d&#233;sir qui, dans l'inconscient, le constitue. Le neveu partage avec son oncle ce d&#233;sir fou d'avoir voulu tuer son p&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hamlet peut tout, sauf accomplir la vengeance sur l'homme qui a &#233;limin&#233; son p&#232;re et pris sa place aupr&#232;s de sa m&#232;re, cet homme qui lui montre la r&#233;alisation de ses souhaits d'enfance refoul&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, in &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus la vengeance se fait pressante, plus le d&#233;sir &#339;dipien refoul&#233; fait retour et plus la culpabilit&#233;, les auto-reproches et les scrupules qu'engendre ce d&#233;sir se font forts et paralysent cette vengeance. Hamlet est plong&#233; dans le cercle vicieux de l'inhibition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rencontre avec Rafiki et la psychanalyse r&#233;ussie de Simba&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simba r&#233;ussit &#224; rompre ce cercle vicieux gr&#226;ce &#224; Rafiki. En bon psychanalyste, celui-ci l'aide &#224; reconna&#238;tre en lui ce qu'il ignorait et refoulait jusque-l&#224; : son destin et son d&#233;sir &#339;dipien. C'est d'ailleurs son propre reflet que Simba aper&#231;oit dans l'eau, alors que Rafiki, perch&#233; sur son arbre, secoue les branchages et les feuillages en pronon&#231;ant sarcastiquement des onomatop&#233;es incompr&#233;hensibles. Le psychanalyste-Rafiki arrive &#224; brouiller la r&#233;flexion narcissique de Simba dans l'eau calme, en lan&#231;ant un caillou dans sa mare, pierre dont l'onde finit par brouiller le reflet imaginaire du h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Simba, &#233;nerv&#233; par cette pr&#233;sence troublante, demande &#224; Rafiki : &#171; qui es-tu ? &#187;, celui-ci lui r&#233;pond du tac au tac : &#171; dis-moi plut&#244;t qui tu es ? &#187; Le psychanalyste-Rafiki reprend &#224; son compte le fameux &lt;i&gt;Connais-toi toi-m&#234;me&lt;/i&gt;, le c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Gnothi seauton&lt;/i&gt; grec, le plus ancien des trois pr&#233;ceptes grav&#233;s sur le fronton du temple de Delphes, o&#249; &#338;dipe lui-m&#234;me &#233;tait venu consulter l'oracle. &#171; Je croyais le savoir, je n'en suis plus tr&#232;s s&#251;r &#187;, reconna&#238;t l'analysant Simba. En lui faisant rencontrer le p&#232;re qui vit en lui, Rafiki invite Simba &#224; reconna&#238;tre son d&#233;sir &#339;dipien. Le singe-psychanalyste n'h&#233;site d'ailleurs pas &#224; ass&#233;ner un coup de b&#226;ton &#224; Simba qui h&#233;siterait &#224; faire face &#224; son conflit. Il proc&#232;de ainsi comme le ma&#238;tre bouddhiste inspir&#233; de la technique zen, interrompant le silence par un coup de pied ou un coup de b&#226;ton. Le psychanalyste se contente d'un sarcasme qui invite l'analysant &#224; trouver les r&#233;ponses &#224; leurs propres questions et &#224; trancher d'eux-m&#234;mes leurs propres conflits. La psychanalyse-expresse du h&#233;ros est salvatrice et Simba repart affronter victorieusement son destin et reprendre sa place dans le cycle de la vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud souligne &#224; cet &#233;gard l'attrait irr&#233;sistible, le charme et la fascination qu'exercent sur nous les chats et f&#233;lins et plus g&#233;n&#233;ralement les grands animaux de proie (Cf. Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Psychanalyse, volume XII : 1913-1914&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marie-Louise von Franz, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des contes de f&#233;es&lt;/i&gt;, &#201;d. J. Renard, Coll. &#171; La Fontaine de Pierre &#187;, Paris, 1990, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple sur ce sujet : Salomon Reinach, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/Aetos-Prometheus.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Aetos Prometheus&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Cultes, Mythes et Religions&lt;/i&gt;, Tome III, &#201;d. Ernest Leroux, Paris, 1906, pp. 68-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En outre, comme le fait habilement remarquer Gabrielle Rubin, les animaux doivent &#171; une bonne partie de l'importance dont ils jouissent dans le mythe et la l&#233;gende &#224; la fa&#231;on ouverte dont ils montrent leurs organes g&#233;nitaux et leurs fonctions sexuelles au petit enfant humain d&#233;vor&#233; du d&#233;sir de savoir &#187;. Comme nous le verrons dans le troisi&#232;me et le quatri&#232;me chapitre de cet ouvrage, l'enfant se montre tr&#232;s t&#244;t extr&#234;mement curieux des questions sexuelles et se forge tr&#232;s t&#244;t ses propres th&#233;ories quant au co&#239;t et &#224; l'accouchement. Ainsi le petit Hans, apr&#232;s avoir vu un lion au zoo, s'&#233;crie-t-il joyeux et excit&#233; : &#171; J'ai vu le fait&#8209;pipi du lion ! &#187; &#171; Et le voil&#224; rassur&#233;, pr&#233;cise Gabrielle Rubin, il ne sait toujours pas si tout le monde poss&#232;de un p&#233;nis, mais le fait que le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; en ait un est d&#233;j&#224; satisfaisant pour son ego, car il est &#233;videmment plus valorisant de se comparer au roi des animaux qu'&#224; la vache de la ferme &#187; (Gabrielle Rubin, &lt;i&gt;&#201;loge de l'interdit. Interdit cr&#233;ateur et interdit castrateur&lt;/i&gt;, &#201;d. Eyrolles, Paris, 2011, p. 62).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, Lettre &#224; Wilhelm Fliess du 15 octobre 1897, &lt;i&gt;La Naissance de la Psychanalyse&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1956, p. 198&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 280-317.0&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; Les r&#234;ves de la mort de personnes ch&#232;res &#187;, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 280-317.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple sur ce sujet Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395 et suivantes ou l'article sur &#171; Le f&#233;tichisme &#187; (1927), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 133-138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 117-122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sandor Ferenczi, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/Symbolisme-de-la-tete-de-meduse-et.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Symbolisme de la t&#234;te de m&#233;duse&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse III, &#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Tome III : 1919-1926, Payot, Paris, 1974, p. 200.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 120.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, in &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome VI, n&#176; 3-4, &#201;d. Deno&#235;l et Steele, Paris 1933, pp. 287-288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/On-bat-un-enfant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On bat un enfant&lt;/a&gt; &#187;, traduit de l'allemand par Henri Hoesli, in &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse&lt;/i&gt;, Tome VI, n&#176; 3-4, &#201;d. Deno&#235;l et Steele, Paris 1933, p. 288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La disparition du complexe d'&#338;dipe &#187; (1923), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 117-122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sur ce sujet Otto Rank et Hans Sachs, &lt;i&gt;Psychanalyse et Sciences humaines&lt;/i&gt;, PUF, Collection &#171; Biblioth&#232;que de psychanalyse &#187;, Paris, 1980, note de bas de p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sandor Ferenczi, &#171; Mots obsc&#232;nes. Contribution &#224; la p&#233;riode de latence &#187;, (1910), in &lt;i&gt;Psychanalyse I, &#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; (1908-1912), Paris, Payot, 1968, pp. 132 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sur ce sujet Sigmund Freud, &lt;i&gt;Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le rapprochement entre les motifs hamletiens et &#339;dipiens cf. &#233;galement E. Jones, &lt;i&gt;&#338;dipe et Hamlet&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sur ce sujet Sigmund Freud, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 307.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Le &lt;i&gt;Roi lion&lt;/i&gt; : L'&#338;dipe du petit gar&#231;on et le meurtre du p&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, d&#233;cembre 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Narcissisme et &#233;change</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Narcissisme-et-echange.html</link>
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		<dc:date>2009-01-23T03:29:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Pulsions et destins des pulsions</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Chacun conna&#238;t en outre, la fi&#232;vre collectrice, qui prend les enfants dans les cours d'&#233;coles primaires. Collectionner (c'est-&#224;-dire &#233;conomiser) et troquer (c'est-&#224;-dire &#233;changer), constituent v&#233;ritablement les premiers pas d'une activit&#233; &#233;conomique qui pourra devenir par la suite florissante. Cailloux, billes ou boutons, sont autant de pi&#232;ces primitives, c'est-&#224;-dire de monnaie en tant qu'elle satisfait enti&#232;rement aux trois principes fondamentaux mis en &#233;vidence par l'&#233;conomie politique : instrument de r&#233;serve de valeur et unit&#233; de compte (collection), et moyen d'&#233;change (troc).&lt;br /&gt;
Le caract&#232;re libidinal et jouissif de la pulsion anal infantile a progressivement &#233;t&#233; refoul&#233;, sublim&#233; ou id&#233;alis&#233; dans l'inconscient, au fur et &#224; mesure que s'est affirm&#233; le principe de r&#233;alit&#233;. Ne reste plus que la derni&#232;re &#233;tape : la transformation de ces monnaies primitives en pi&#232;ces et billets.&lt;br /&gt;
Quant aux cartes &#224; jouer et &#224; collectionner, qui ne semblaient gu&#232;re &#224; la mode du temps de Ferenczi, mais qui sont aujourd'hui si r&#233;pandues et estim&#233;es dans les cours de r&#233;cr&#233;ation, elles sont progressivement &#233;chang&#233;es contre des papiers monnaie, des livrets de caisse d'&#233;pargne, et plus tard, des actions ou autres obligations (SICAV, Bons du Tr&#233;sor, etc.). Ainsi, les produits et les march&#233;s financiers qui n'en finissent pas de se multiplier selon un pur principe de r&#233;alit&#233;, sont-ils dans l'inconscient, attach&#233;s au pur principe de plaisir et &#233;manent de la joie de le poss&#233;der qui a sa source la plus profonde et la plus f&#233;conde dans la coprophilie. La question de savoir si, dans ce floril&#232;ge d'&#233;changes, la pulsion anale est effectivement sublim&#233;e ou si, au contraire, l'objet de cette pulsion narcissique est simplement id&#233;alis&#233;, reste quant &#224; elle, dans le contexte actuel, plus que jamais pos&#233;e. &#187; (Christophe Bormans, &#171; Narcissisme et &#233;change &#187;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Pulsions-et-destins-des-pulsions-+.html" rel="tag"&gt;Pulsions et destins des pulsions&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton1-0e085.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'objet de cette contribution est pr&#233;cis&#233;ment d'&#233;tudier la forme que prennent les &#233;changes dans l'inconscient et de pr&#233;senter la structure particuli&#232;re que prend cette &#233;conomie particuli&#232;re qu'est l'&#233;conomie psychique de l'inconscient freudien. Nous pr&#233;senterons d'abord, dans une premi&#232;re partie, la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des pulsions qu'a esquiss&#233;e Freud au cours de ses nombreux &#233;crits techniques puis, dans une seconde partie plus pratique ou clinique, nous illustrerons &#224; l'aide de l'exemple de la pulsion anale, comment le ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;change lui-m&#234;me, peut &#234;tre envisag&#233; par la psychanalyse comme une formation de l'inconscient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Narcissisme et &#233;change&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que la civilisation, sinon une s&#233;rie sans fin de substitutions, un remplacement incessant de certains int&#233;r&#234;ts, de certaines id&#233;es et tendances par d'autres ? &#187;. Telle &#233;tait la question par laquelle commen&#231;ait le c&#233;l&#232;bre article d'Ernest Jones, psychanalyste et traducteur officiel de l'&#339;uvre du ma&#238;tre de Vienne dans la langue de Shakespeare, sur &#171; La th&#233;orie du symbolisme &#187; (&lt;i&gt;Th&#233;orie et pratique de la psychanalyse&lt;/i&gt;, Payot, Paris, 1969, p. 82). Pour une meilleure compr&#233;hension de notre propos, nous pouvons r&#233;sumer ce point de vue, &#224; la formule suivante : qu'est-ce que la civilisation, sinon une s&#233;rie sans fin d'&#233;changes ? Si l'anthropologie et l'&#233;conomie politique ont coutume d'&#233;tudier les diff&#233;rentes formes qu'ont pris les &#233;changes au cours de l'&#233;volution des civilisations, la psychanalyse quant &#224; elle, s'int&#233;resse &#224; la mani&#232;re dont l'enfant &#233;change progressivement ses centres d'int&#233;r&#234;ts primitifs vers des centres d'int&#233;r&#234;ts dits plus civilis&#233;s et, surtout, ce qu'il en est advenu, une fois arriv&#233; au stade adulte. Pour rendre compte des processus inconscients, la m&#233;taphore &#233;conomique nous appara&#238;t ici d'un grand int&#233;r&#234;t pratique. S. Freud lui-m&#234;me en a d'ailleurs fait un large usage en de nombreuses occasions, notamment en 1917, au moment de forger sa seconde topique. Dans son article &#171; Sur les transpositions de pulsions &#187;, il souligne en effet, combien dans les formations de l'inconscient (r&#234;ves, sympt&#244;mes, actes manqu&#233;s, fantasmes, etc.), les concepts et symboles inconscients &#171; s'&#233;changent &#187; les uns contre les autres et forment ainsi une v&#233;ritable &#233;conomie inconsciente : &#171; En nous exprimant ainsi, prend-il imm&#233;diatement le soin de pr&#233;ciser, nous savons bien que nous transf&#233;rons &#224; tort, sur l'inconscient, des d&#233;signations qui sont utilis&#233;es pour d'autres domaines de la vie psychique et que nous nous laissons entra&#238;ner par l'avantage qu'une comparaison peut apporter. R&#233;p&#233;tons aussi dans une forme absolument irr&#233;cusable que ces &#233;l&#233;ments sont fr&#233;quemment trait&#233;s dans l'inconscient comme s'ils &#233;taient &#233;quivalents les uns aux autres et comme s'ils pouvaient se substituer sans inconv&#233;nient les uns aux autres &#187; (&#171; Sur les transpositions de pulsions plus particuli&#232;rement dans l'&#233;rotisme anal &#187;, [1917], &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1969, pp. 107-108).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de cette contribution est pr&#233;cis&#233;ment d'&#233;tudier la forme que prennent les &#233;changes dans l'inconscient et de pr&#233;senter la structure particuli&#232;re que prend cette &#233;conomie particuli&#232;re qu'est l'&#233;conomie psychique de l'inconscient freudien. Nous pr&#233;senterons d'abord, dans une premi&#232;re partie, la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des pulsions qu'a esquiss&#233;e Freud au cours de ses nombreux &#233;crits techniques puis, dans une seconde partie plus pratique ou clinique, nous illustrerons &#224; l'aide de l'exemple de la pulsion anale, comment le ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;change lui-m&#234;me, peut &#234;tre envisag&#233; par la psychanalyse comme une formation de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I - Narcissisme et destin du narcissisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on admet que l'inconscient est le lieu des pulsions, l'on doit &#233;galement comprendre que toute pulsion, en tant que repr&#233;sentante de l'&#233;nergie psychique inconsciente, la libido, est soumise &#224; un double principe : le principe de plaisir et le principe de r&#233;alit&#233;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, en tant qu'&#234;tre parlant, nous cherchons tous &#224; concilier le principe de r&#233;alit&#233; et le principe de plaisir. Nos repr&#233;sentations infantiles originaires sont progressivement &#233;chang&#233;es contre des repr&#233;sentations conforment au principe de r&#233;alit&#233;, mais nous n'abandonnons pas pour cela l'objectif de conserver et de satisfaire, au principe de plaisir. Devant ce dilemme, cet impossible, l'inconscient est le lieu o&#249; sont refoul&#233;es ces repr&#233;sentations repr&#233;sentantes du principe de plaisir que l'on peut qualifier ce faisant, d'originelles. Comme Freud le souligne, dans une formulation ambigu&#235; qui aura fait couler beaucoup d'encre : &#171; les traits de caract&#232;re qui demeurent sont soit la continuation inchang&#233;e des pulsions originaires, soit la sublimation de celles-ci, soit des formations r&#233;actionnelles contre ces pulsions &#187; (&lt;i&gt;Caract&#232;re et &#233;rotisme anal&lt;/i&gt;, 1908).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien comprendre ces trois destins fondamentaux de nos pulsions, il est tout d'abord n&#233;cessaire dans un premier temps d'&#233;tudier, les pulsions elles-m&#234;mes, et notamment la premi&#232;re d'entre elles, que Freud nous pr&#233;sente sous l'hypoth&#232;se d'un narcissisme primaire de l'enfant, narcissisme qui va profond&#233;ment influencer tout le d&#233;veloppement du moi et de la personnalit&#233; de chacun d'entre nous : &#171; le d&#233;veloppement du moi consiste &#224; s'&#233;loigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense &#224; recouvrer ce narcissisme &#187; (&#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, [1914], &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1969, p. 104).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud a &#233;tudi&#233; le narcissisme en 1914 et il n'y reviendra jamais aussi clairement par la suite. Dans ce texte superbe, Freud pr&#233;sente tout d'abord l'&#234;tre humain, comme n'ayant que deux objets sexuels originaires : lui-m&#234;me et la femme qui lui donne ses soins. Ainsi, on aime, nous dit Freud, selon le type narcissique ou selon le type par &#233;tayage. Selon le type narcissique, on aime &#171; ce que l'on est soi-m&#234;me &#187;, &#171; ce que l'on a &#233;t&#233; soi-m&#234;me &#187;, &#171; ce que l'on voudrait &#234;tre soi-m&#234;me &#187;, ou encore &#171; la personne qui a &#233;t&#233; une partie du propre soi &#187;. Selon le type par &#233;tayage, on aime &#171; la femme qui nourrit &#187; ou &#171; l'homme qui prot&#232;ge &#187; et, partant, &#171; les lign&#233;es de personnes substitutives qui en partent &#187; (&#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, [1914], &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1969, p. 96).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le fait que l'&#234;tre humain se prenne lui-m&#234;me comme objet sexuel originaire ne va pas de soi. Cette hypoth&#232;se d'un narcissisme primaire, Freud la fonde en observant d'une part, la capture imaginaire que l'enfant exerce sur l'adulte et, d'autre part, la capture imaginaire que l'adulte projette sur l'enfant. En ce qui concerne la premi&#232;re observation, Freud la d&#233;crit tr&#232;s po&#233;tiquement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il appara&#238;t en effet avec &#233;vidence que le narcissisme d'une personne d&#233;ploie un grand attrait sur ceux qui se sont dessaisis de toute la mesure de leur propre narcissisme et sont en qu&#234;te de l'amour d'objet ; le charme de l'enfant repose en bonne partie sur son narcissisme, le fait qu'il se suffit &#224; lui-m&#234;me, son inaccessibilit&#233; ; de m&#234;me le charme de certains animaux qui semblent ne pas se soucier de nous, comme les chats et les grands animaux de proie ; et m&#234;me le grand criminel et l'humoriste forcent notre int&#233;r&#234;t, lorsque la po&#233;sie nous les repr&#233;sente, par ce narcissisme cons&#233;quent qu'ils savent montrer en tenant &#224; distance de leur moi tout ce qui les diminuerait. C'est comme si nous les envions pour l'&#233;tat psychique bienheureux qu'ils maintiennent, pour une position de libido inattaquable que nous avons nous-m&#234;mes abandonn&#233;e par la suite &#187; (&#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, [1914], &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1969, p. 94).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la capture imaginaire que l'adulte exerce sur l'enfant, Freud l'observe au travers de l'amour et des d&#233;sirs insatisfaits que les parents projettent sur leurs propres enfants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le narcissisme primaire de l'enfant, dont nous avons suppos&#233; l'existence et qui constitue l'une des pr&#233;suppositions de nos th&#233;ories sur la libido, est moins facile &#224; saisir par l'observation directe qu'&#224; confirmer par un raisonnement r&#233;current &#224; partir d'autre point. Si l'on consid&#232;re l'attitude de parents tendres envers leurs enfants, l'on est oblig&#233; d'y reconna&#238;tre la reviviscence et la reproduction de leur propre narcissisme qu'ils ont depuis longtemps abandonn&#233;. Un bon indice que nous avons d&#233;j&#224; appr&#233;ci&#233;, dans le choix d'objet, comme stigmate du narcissisme, la surestimation, domine, c'est bien connu, cette relation affective. Il existe ainsi une compulsion &#224; attribuer &#224; l'enfant toutes les perfections, ce que ne permettrait pas la froide observation, et &#224; cacher et oublier tous ses d&#233;fauts ; le d&#233;ni de la sexualit&#233; infantile est bien en rapport avec cette attitude. Mais il existe aussi devant l'enfant une tendance &#224; suspendre toutes les acquisitions culturelles dont on a extorqu&#233; la reconnaissance &#224; son propre narcissisme, et &#224; renouveler &#224; son sujet la revendication de privil&#232;ges depuis longtemps abandonn&#233;s. L'enfant aura la vie meilleure que ses parents, il ne sera pas soumis aux n&#233;cessit&#233;s dont on a fait l'exp&#233;rience qu'elles dominaient la vie. Maladie, mort, renonciation de jouissance, restrictions &#224; sa propre volont&#233; ne vaudront pas pour l'enfant, les lois de la nature comme celles de la soci&#233;t&#233; s'arr&#234;teront devant lui, il sera &#224; nouveau le centre et le c&#339;ur de la cr&#233;ation. [...] Il accomplira les r&#234;ves de d&#233;sir que les parents n'ont pas mis &#224; ex&#233;cution, il sera un grand homme, un h&#233;ros, &#224; la place du p&#232;re ; elle &#233;pousera un prince, d&#233;dommagement tardif pour la m&#232;re. Le point le plus &#233;pineux du syst&#232;me narcissique, cette immortalit&#233; du moi que la r&#233;alit&#233; bat en br&#232;che, a retrouv&#233; un lieu s&#251;r en se r&#233;fugiant chez l'enfant. L'amour des parents, si touchant et, au fond, si enfantin, n'est rien d'autre que leur narcissisme qui vient de rena&#238;tre et qui, malgr&#233; sa m&#233;tamorphose en amour d'objet, manifeste &#224; ne pas s'y tromper son ancienne nature &#187; (p. 96).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces deux faces d'une m&#234;me pi&#232;ce, cette double observation quant &#224; l'hypoth&#232;se d'un narcissisme primaire &#233;mise par Freud, que Jacques Lacan va recoller bout &#224; bout au sein d'une m&#234;me surface, afin de forger sa propre topologie de l'inconscient. Tout au long de son &#339;uvre (stade du miroir, Sch&#233;ma L et sch&#233;ma R), Lacan n'aura en effet de cesse de d&#233;noncer que toute relation imaginaire est profond&#233;ment m&#233;connaissance du sujet v&#233;ritable de l'inconscient et combien, une psychanalyse assise sur une th&#233;orie du moi ou de l'ego, ne fait que renforcer cette ali&#233;nation constitutive du moi : &#171; La psychanalyse seule reconna&#238;t ce n&#339;ud de servitude imaginaire que l'amour doit toujours red&#233;faire ou trancher &#187; (Jacques Lacan, &#171; Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je - telle qu'elle nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'exp&#233;rience psychanalytique&#171; , 1949, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966, p. 100).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, si nul n'ignore le principe de r&#233;alit&#233; et que celui-ci est l&#224; pour nous rappeler que nous ne pouvons maintenir ind&#233;finiment une telle jouissance infantile, et que nous devons n&#233;cessairement l'abandonner, le principe de plaisir nous rappelle cependant sans cesse qu'il nous faut &#224; tout prix la retrouver. Comme Freud le pr&#233;cise, l'homme se montre bien &#171; incapable de renoncer &#224; la satisfaction dont il a joui une fois &#187; (p. 98). En ce sens, &#171; &#234;tre &#224; nouveau, comme dans l'enfance, et &#233;galement en ce qui concerne les tendances sexuelles, son propre id&#233;al, voil&#224; le bonheur que veut atteindre l'homme &#187; (p. 104). Bref, si le principe de r&#233;alit&#233; nous incite, voire nous oblige, &#224; abandonner le narcissisme primaire, contre quoi allons nous l'&#233;changer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu pr&#233;c&#233;demment, il y a essentiellement trois mani&#232;res d'&#233;changer la pulsion narcissique infantile premi&#232;re, afin de satisfaire un temps soit peu au principe de r&#233;alit&#233;, sans lequel l'adulte ne pourrait pleinement se d&#233;velopper. Ces trois mani&#232;res sont l'id&#233;alisation, la sublimation ou le refoulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'id&#233;alisation, le narcissisme se trouve alors d&#233;plac&#233;, c'est-&#224;-dire &#233;chang&#233; dans l'inconscient, contre ce que Freud appelle l'id&#233;al du moi (Surmoi) : &#171; ce qu'il projette devant lui comme son id&#233;al est le substitut du narcissisme perdu de son enfance &#187;. Il y a bien l&#224; une substitution, c'est-&#224;-dire un &#233;change, sous la contrainte du principe de r&#233;alit&#233;, d'une formation contre une autre, en l'occurrence, d'un narcissisme contre un id&#233;al. C'est ainsi que l'homme se civilise, en &#233;changeant, sous l'objectif de maximiser le plaisir et sous la contrainte du principe de r&#233;alit&#233;, l'objet libidinal premier. Mais l'id&#233;alisation n'est qu'une forme particuli&#232;re de l'&#233;change dans l'inconscient. Cet &#233;change concerne pr&#233;cis&#233;ment l'objet de la pulsion, et non pas la pulsion elle-m&#234;me. Dans ce cas pr&#233;cis, la nature sexuelle de l'objet de la pulsion n'est aucunement abandonn&#233;e. De ce fait, la pulsion elle-m&#234;me reste fortement sexualis&#233;e et, par cons&#233;quent n&#233;vrotique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'insatisfaction qui r&#233;sulte du non-accomplissement de cet id&#233;al, lib&#232;re de la libido [...] qui se transforme en conscience de culpabilit&#233; (angoisse sociale). La conscience de culpabilit&#233; &#233;tait originellement l'angoisse d'&#234;tre ch&#226;ti&#233; par les parents, ou, plus exactement de perdre leur amour ; aux parents est venue plus tard se substituer la foule ind&#233;termin&#233;e de nos compagnons. On comprend mieux ainsi pourquoi la parano&#239;a est souvent caus&#233;e par une atteinte du moi, par une frustration de la satisfaction dans le domaine de l'id&#233;al du moi &#187; (p. 105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris ce type d'&#233;change du narcissisme primaire contre un id&#233;al &#224; r&#233;aliser, ne constitue pas un &#233;change pleinement satisfaisant dans l'inconscient, dans la mesure o&#249; l'id&#233;al, augmentant les exigences du moi, augmente &#233;galement la frustration de ne pas pouvoir satisfaire cet id&#233;al. &#192; l'oppos&#233; de l'id&#233;alisation, la sublimation quant &#224; elle, est un processus qui consiste &#224; &#233;changer le but lui-m&#234;me de la pulsion, c'est-&#224;-dire la satisfaction, qui se d&#233;sexualise ainsi progressivement : &#171; la pulsion se dirige sur un autre but, &#233;loign&#233; de la satisfaction sexuelle : l'accent est mis ici sur la d&#233;viation qui &#233;loigne du sexuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sublimation est donc un processus psychique inconscient qui consiste &#224; &#233;changer tout &#224; la fois des objets et des buts sexuels premiers contre des objets et des buts non sexuels. Or, si l'on a &#233;galement compris que le but et l'objet sexuel par excellence est, justement, ce fameux narcissisme primaire infantile au travers duquel ne se manifeste que m&#233;prise et ali&#233;nation &#224; l'autre, il ne nous reste plus d&#233;sormais qu'&#224; illustrer de mani&#232;re un peu plus pratique et concr&#232;te, comment, un tel &#233;change peut avoir lieu. Nous l'illustrerons par l'exemple de la pulsion &#233;rotique anale, laquelle est &#233;troitement corr&#233;l&#233;e, dans l'inconscient, au narcissisme primaire. Comme le souligne Freud : &#171; La d&#233;f&#233;cation fournit &#224; l'enfant la premi&#232;re occasion de d&#233;cider entre l'attitude narcissique et l'attitude d'amour d'objet : ou bien il c&#232;de docilement l'excr&#233;ment, il le &#8220;sacrifie&#8221; &#224; l'amour, ou bien il le retient pour la satisfaction auto-&#233;rotique et, plus tard, pour l'affirmation de sa propre volont&#233;. Par cette derni&#232;re d&#233;cision est constitu&#233; l'ent&#234;tement (obstination), qui na&#238;t donc d'une persistance narcissique dans l'&#233;rotisme anal &#187; (Freud, &#171; Sur les transpositions de pulsions plus particuli&#232;rement dans l'&#233;rotisme anal &#187;, 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II - L'&#201;change : id&#233;alisation ou sublimation des pulsions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de cette seconde section est donc d'illustrer les processus d'&#233;change auxquels les buts et les objets des pulsions sont perp&#233;tuellement soumis dans l'inconscient, au travers de l'exemple de la transformation de l'int&#233;r&#234;t anal &#233;rotique en int&#233;r&#234;t pour l'argent qui, pour l'&#233;conomie politique constitue tout &#224; la fois un instrument de r&#233;serve de valeur et, surtout, le moyen d'&#233;change par excellence. L'un des destins de la pulsion anale est, en effet, comme Freud l'a soulign&#233; tr&#232;s t&#244;t, d'&#233;changer l'objet de la pulsion originaire, les f&#232;ces, contre un objet nouveau, que l'enfant apprend &#224; conna&#238;tre progressivement au fur et &#224; mesure qu'il est confront&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; adulte, l'argent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la pens&#233;e n&#233;vrotique, une autre circonstance vient m&#234;me &#224; l'appui de cette assimilation. L'int&#233;r&#234;t originairement &#233;rotique port&#233; &#224; la d&#233;f&#233;cation est destin&#233;, nous le savons, &#224; s'&#233;teindre dans les ann&#233;es de la maturit&#233; ; au cours de ces ann&#233;es appara&#238;t comme quelque chose de nouveau qui a jusqu'alors manqu&#233; &#224; l'enfant, l'int&#233;r&#234;t pour l'argent ; cela facilite le fait que l'aspiration ant&#233;rieure, qui est sur le point de perdre son but, se trouve transport&#233;e sur le but qui est en train d'&#233;merger &#187; (&#171; Caract&#232;re et &#233;rotisme anal &#187;, 1908).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1917, Freud revient encore une fois sur ce destin particulier de la pulsion anale (&#171; Sur les transpositions de pulsions plus particuli&#232;rement dans l'&#233;rotisme anal &#187;, 1917), c'est &#224; ses principaux disciples d'alors, notamment Ernest Jones, K. Abraham et S. Ferenczi, que reviendra cependant la t&#226;che d'illustrer cliniquement comment, sous le double objectif de satisfaire au principe de r&#233;alit&#233; et &#224; celui de plaisir, l'enfant &#233;change progressivement l'excr&#233;ment comme objet de la pulsion anale au profit de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son article de 1914 &#171; Sur l'ontogen&#232;se de l'int&#233;r&#234;t pour l'argent &#187;, S. Ferenczi t&#233;moigne, en tant que praticien, de la jouissance, totalement d&#233;nu&#233;e d'inhibition, que l'enfant prend &#224; retenir, puis &#224; jouer avec ses f&#232;ces. En tant qu'elles sont retenues, elle constituent ses premi&#232;res r&#233;elles &#233;conomies. Lorsque sous le principe de r&#233;alit&#233;, l'enfant en vient &#224; s'en d&#233;faire, la recherche du principe de plaisir sera refoul&#233;e dans l'inconscient, et les f&#232;ces resteront &#171; en corr&#233;lation inconsciente constante avec toute activit&#233; corporelle ou toute tendance spirituelle qui a quelque chose &#224; voir avec l'accumulation, l'amoncellement et l'&#233;pargne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant, on le sait, pr&#233;sente tout d'abord cette f&#226;cheuse tendance pour ses parents, de jouer avec ses excr&#233;ments. Il prend plaisir &#224; jouer et &#224; malaxer les mati&#232;res f&#233;cales, si bien que &#171; les f&#232;ces deviennent donc l'objet d'une &#8220;introjection&#8221; et &#224; ce stade du d&#233;veloppement [...] elles ont la valeur d'un jouet pr&#233;cieux dont l'enfant ne se d&#233;fait que sous l'intimidation et la menace d'&#234;tre puni &#187;. Le principe de r&#233;alit&#233; alt&#232;re progressivement l'int&#233;r&#234;t de l'enfant pour ses d&#233;jections, si bien que celles-ci en viennent &#224; l'incommoder, notamment pour la marche, et l'odeur en vient &#224; le d&#233;go&#251;ter, tandis que &#171; les autres propri&#233;t&#233;s de cette mati&#232;re, humidit&#233;, coloration instable, viscosit&#233;, ne blessent pas encore son sens de la propret&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation, qui &#233;tymologiquement veut dire &#171; sortir hors de &#187; (et plus pr&#233;cis&#233;ment, pour notre propos, sortir hors de l'environnement pulsionnel), &#233;l&#232;ve progressivement le sentiment de propret&#233; de l'enfant. Il &#233;vite bient&#244;t les mati&#232;res visqueuses et humides laissant des traces. Il apprend la &#171; salet&#233; &#187;, comme on dit. &#171; L'int&#233;r&#234;t de l'enfant se tourne vers le sable, qui, tout en gardant la couleur de la terre, est sec et propre. La joie instinctive de l'enfant &#224; faire des tas et &#233;difier des structures de sable est alors rationalis&#233;e et ratifi&#233;e apr&#232;s coup comme &#233;tant un jeu &#8220;sain&#8221;, c'est-&#224;-dire hygi&#233;nique, par les adultes qui se f&#233;licitent de ces jeux qui occupent sagement les petits pendant des heures. Et pourtant, nous dit Ferenczi, le tas de sable n'est rien d'autre qu'un symbole excr&#233;mentiel, autrement dit de l'excr&#233;ment d&#233;sodoris&#233; et dess&#233;ch&#233; &#187;. Pourtant, l'enfant n'est pas au bout de ses peines. &#192; peine s'est-il f&#233;licit&#233; de son bonheur de tr&#244;ner dans le bac &#224; sable, que ce royaume doit, lui aussi, &#234;tre abandonn&#233;. Il entame alors, ce que Ferenczi appelle &#171; l'&#226;ge de pierre infantile &#187; : cailloux, coquillages, noyaux de fruits, billes ou boutons, pierres pr&#233;cieuses, constituent autant de substituts des f&#232;ces o&#249; l'odorant, l'humide et le mou, sont progressivement &#233;chang&#233;s contre l'inodore, le sec et le dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun conna&#238;t en outre, la fi&#232;vre collectrice, qui prend les enfants dans les cours d'&#233;coles primaires. Collectionner (c'est-&#224;-dire &#233;conomiser) et troquer (c'est-&#224;-dire &#233;changer), constituent v&#233;ritablement les premiers pas d'une activit&#233; &#233;conomique qui pourra devenir par la suite florissante. Cailloux, billes ou boutons, sont autant de pi&#232;ces primitives, c'est-&#224;-dire de monnaie en tant qu'elle satisfait enti&#232;rement aux trois principes fondamentaux mis en &#233;vidence par l'&#233;conomie politique : instrument de r&#233;serve de valeur et unit&#233; de compte (collection), et moyen d'&#233;change (troc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re libidinal et jouissif de la pulsion anal infantile a progressivement &#233;t&#233; refoul&#233;, sublim&#233; ou id&#233;alis&#233; dans l'inconscient, au fur et &#224; mesure que s'est affirm&#233; le principe de r&#233;alit&#233;. Ne reste plus que la derni&#232;re &#233;tape : la transformation de ces monnaies primitives en pi&#232;ces et billets. &#201;coutons la conclusion de Ferenczi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#339;il se r&#233;jouit &#224; la vue de leur &#233;clat et de leur couleur, l'oreille prend du plaisir &#224; leur sonorit&#233; m&#233;tallique, le toucher a de l'agr&#233;ment &#224; jouer avec le petit disque rond et lisse, il n'y a que l'odorat qui n'en retire rien, et quant au go&#251;t, il doit se contenter de la saveur m&#233;tallique faible mais caract&#233;ristique des pi&#232;ces de monnaie. Voil&#224; pour l'essentiel achev&#233; le d&#233;veloppement de l'argent comme symbole. En partant du plaisir que donne le contenu intestinal on aboutit &#224; la joie que procure l'argent ; mais d'apr&#232;s ce qui a &#233;t&#233; dit cet argent n'est rien d'autre en somme que de l'excr&#233;ment d&#233;sodoris&#233;, dess&#233;ch&#233; et rendu brillant : pecunia non olet : l'argent n'a pas d'odeur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux cartes &#224; jouer et &#224; collectionner, qui ne semblaient gu&#232;re &#224; la mode du temps de Ferenczi, mais qui sont aujourd'hui si r&#233;pandues et estim&#233;es dans les cours de r&#233;cr&#233;ation, elles sont progressivement &#233;chang&#233;es contre des papiers monnaie, des livrets de caisse d'&#233;pargne, et plus tard, des actions ou autres obligations (SICAV, Bons du Tr&#233;sor, etc.). Ainsi, les produits et les march&#233;s financiers qui n'en finissent pas de se multiplier selon un pur principe de r&#233;alit&#233;, sont-ils dans l'inconscient, attach&#233;s au pur principe de plaisir et &#233;manent de la joie de le poss&#233;der qui a sa source la plus profonde et la plus f&#233;conde dans la coprophilie. La question de savoir si, dans ce floril&#232;ge d'&#233;changes, la pulsion anale est effectivement sublim&#233;e ou si, au contraire, l'objet de cette pulsion narcissique est simplement id&#233;alis&#233;, reste quant &#224; elle, dans le contexte actuel, plus que jamais pos&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Une premi&#232;re version de ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans Beno&#238;t BERTHOU (sous la dir.), &#171; L'&#201;change &#187;, Studyrama, collection : &#171; Principes - Culture g&#233;n&#233;rale &#187;, Jeunes &#201;ditions, Paris, Septembre 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#338;dipe face &#224; l'&#233;nigme de la violence</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/OEdipe-face-a-l-enigme-de-la.html</link>
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		<dc:date>2008-07-10T07:03:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Corps trahis &#224; l'aune du moi id&#233;al, pays imaginaire o&#249; l'ombre du soleil vient s'&#233;chouer aux confins de l'imago maternelle. L'aspect r&#233;p&#233;titif et presque rituel de ce ratage monotone et m&#233;lancolique est appel&#233;, d&#232;s le d&#233;but du po&#232;me, par l'air lancinant de la traditionnelle chanson allemande du &lt;i&gt;Lieber Augustin&lt;/i&gt; : &#8220;Ah ! Mon cher Augustin, tout est fini, fini.&#8221; &#192; la magie du signifiant qui ne signifie rien, le &lt;i&gt;Bierstube&lt;/i&gt; de l'Autre langue suit l'extraordinaire condensation du n&#339;ud des pulsions phalliques : le lait du sein maternel et &#8220;les l&#232;vres gourmandes&#8221; de la pulsion orale conjointes au regard &#233;voqu&#233; par les &#8220;amandes&#8221; des yeux sont ici non pas tant convoqu&#233;s que v&#233;ritablement invoqu&#233;s par la demande de la voix dont le fredonnement implique la r&#233;p&#233;tition. La pulsion de mort est finalement apaisement de la jalousie d&#233;crite par le saint du m&#234;me nom, d&#233;peignant l'horreur qu'il &#233;prouve &#224; l'image du fr&#232;re cadet attach&#233; &#224; la mamelle de sa propre m&#232;re (saint Augustin, &lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt;, Livre I, chapitre VII). C'est de cette coupure (ablactation) que s'instaure le rien de la pulsion sexuelle dans son intrication intime &#224; la mort repr&#233;sent&#233;e par le tableau de B&#339;cklin (Le &lt;i&gt;Toteninsel&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'&#238;le des morts&lt;/i&gt;, 1880), dont on sait qu'il a &#233;t&#233; peint en r&#233;ponse &#224; la sollicitation d'une jeune veuve qui souhaitait fixer sa r&#234;verie sur une image appropri&#233;e &#224; la circonstance. Le po&#232;me en une abr&#233;action symbolique retrouve la m&#233;moire de la sexualit&#233; premi&#232;re : la chambre comme lieu clos, le peignoir qui s'ouvre sur la nudit&#233; du corps de la m&#232;re, la bouilloire se substituant &#224; la voix de la berceuse. La lumi&#232;re et la transparence viennent buter sur le roc du myst&#232;re de la mort et du sexuel peint par le ma&#238;tre suisse. &#192; la non-reconnaissance de sa propre image au miroir ou &#224; l'image prodigieuse et jubilatoire &#224; jamais perdue succ&#232;de le vertige du vide, de l'inconscient. Ce stade est incontournable, nous dit le po&#232;te, et marque &#224; jamais l'image du petit de l'homme : c'est &#8220;ainsi que les hommes vivent&#8221;. &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;&#338;dipe face &#224; l'&#233;nigme de la violence &lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton76-f9d6b.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#338;DIPE FACE &#192; L'&#201;NIGME DE LA VIOLENCE&lt;br /&gt;
&#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187;&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un r&#233;cent succ&#232;s de librairie (&lt;i&gt;L'Homme sans gravit&#233;&lt;/i&gt;), le psychanalyste Charles Melman d&#233;non&#231;ait le surcro&#238;t de violence qu'appelait et provoquerait ce qu'il nommait &#171; la nouvelle &#233;conomie psychique &#187; avec son mot d'ordre de &#171; jouir &#224; tout prix &#187; : &#171; Dans cette &#233;poque o&#249; nous vivons, de plus en plus souvent [&#8230;] la violence survient &#224; tout bout de champ, pour tout et pour rien. Une esp&#232;ce de violence qui est devenue un mode banal de relation sociale &#187; (&lt;i&gt;L'Homme sans gravit&#233;&lt;/i&gt;, p. 85). Ce &#171; surcro&#238;t de violence &#187;, dont la presse parle tous les jours, le psychanalyste l'&#233;coutait chez les transporteurs de fonds qui demandent &#224; &#234;tre prot&#233;g&#233;s par la police, aussi bien que chez les policiers eux-m&#234;mes qui demandent &#224; l'&#234;tre &#233;galement pour p&#233;n&#233;trer dans les quartiers chauds des cit&#233;s. Passant alors en revue la situation du tiers-monde et sa guerre civile &#171; informelle &#187; &#224; l'image du secteur qualifi&#233; du m&#234;me nom par le BIT, la &#171; vieille dame &#187; qui se fait piquer son sac, la situation mis&#233;rable des &#171; employ&#233;s de maison &#187;, les &#171; vols de portables &#187; et les &#171; vols de voitures &#187;, le discours sociologique et critique de l'&#233;conomie politique venait inlassablement s'&#233;chouer sur cette simple question : &#171; Quelle solution apporter ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours de la psychanalyse soutient que cette violence &#224; l'&#339;uvre dans la r&#233;alit&#233; sociale, loin d'&#234;tre premi&#232;re est bien seconde, et que la seule r&#233;alit&#233; qui lui donne sa v&#233;ritable couleur est la r&#233;alit&#233; psychique. Ainsi le stade du miroir nous rappelle, comme en &#233;cho &#224; la po&#233;sie d'un Aragon, que la v&#233;ritable nature du moi chez Freud n'est qu'une s&#233;rie successive et enveloppante d'identifications : violence de l'intimidation, violence de la s&#233;duction, toute sa vie durant, l'enfant est condamn&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter les exp&#233;riences premi&#232;res l'ayant introduit &#224; &#171; ce mirage de la ma&#238;trise de ses fonctions, o&#249; sa subjectivit&#233; restera scind&#233;e &#187;. Ici, le moi se donne &#224; entendre pour ce qu'il est, et sa &#171; formation imaginaire, na&#239;vement objectiv&#233;e par les psychologues comme fonction synth&#233;tique du moi, montre bien plut&#244;t la condition qui l'ouvre &#224; la dialectique ali&#233;nante du Ma&#238;tre et de l'Esclave &#187; (Jacques Lacan, &#171; Variantes de la cure type &#187;, 3 f&#233;vrier 1955).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dialectique ali&#233;nante du Ma&#238;tre et de l'esclave revisit&#233;e par Lacan n'est-ce pas celle-l&#224; m&#234;me que l'on retrouve &#224; l'&#339;uvre dans la violence quotidienne ? O&#249; le sujet, aux prises avec ses fant&#244;mes, d&#233;nonce, tel un Hamlet moderne, qu'il y a bien quelque chose de pourri dans ce royaume qu'est la r&#233;alit&#233; sociale ? Si l'&#233;laboration de la r&#233;alit&#233; psychique des tous premiers stades nourriciers de l'enfance emp&#234;che l'&#339;dipe, le sujet est alors inlassablement ramen&#233; dans un combat imaginaire et violent contre la m&#232;re incestueuse et d&#233;vorante. Cette &#171; extension du domaine de la lutte &#187;, si bien d&#233;crite par un Michel Houellebecq, ne concerne pas tant aujourd'hui le social ou le politique que le sexuel. Le sujet est alors &#233;clat&#233;, morcel&#233; en &#171; parties cul &#187; &#233;l&#233;mentaires, &#233;lectrons libres sans sublimation aucune de cette &#233;nergie psychique que Freud nommait la libido.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, la psychanalyse ne promeut pas le retour au bon vieux syst&#232;me patriarcal, bien au contraire. C'est qu'&#224; l'image de l'&#339;dipe, le p&#232;re, pour la psychanalyse, n'est qu'un mythe, une m&#233;taphore. &#171; Certes l'&#339;dipe a &#233;t&#233; notre Sina&#239; &#187;, dit Lacan en 1937, &#171; mais rien ne nous interdit, poursuit-il, de voir dans la vie &#339;dipienne un aspect seulement du possible &#187;. Si derri&#232;re l'&#339;dipe plane l'ombre &#171; archa&#239;que &#187; du complexe maternel, l'image &#171; terrible de l'Ogresse &#187;,ou de &#171; quelque Baal ou Moloch maternel que l'on rencontrerait au fond des l&#233;gendes matriarcales &#187; (Lacan, 1937), d&#233;chiffrer l'&#233;nigme de l'inconscient permet d'&#233;chapper &#224; la violence moderne, qui telle une sphinge nouvelle aux abords des villes contemporaines semble vouloir &#224; nouveau d&#233;vorer ses habitants. Mais &#224; sphinge nouvelle, nouvelle &#233;nigme ! L'&#233;nigme n'est plus : &#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187;, quel que soit le nombre de ses pattes, mais d&#233;sormais : &#171; Quel est lettre&#8230; ? &#187; &#8211; celle du sujet &#8211; ou pour le dire avec Lacan, &#171; le chiffre de sa destin&#233;e mortelle &#187;. Car c'est bien ce dont il s'agit dans cette &#233;nigme de la violence : de la vie, de la mort et du sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir dans un premier temps pr&#233;sent&#233; ce que l'on entend commun&#233;ment sous l'expression de complexe d'&#338;dipe, nous verrons, dans un second temps clinique puis dans un troisi&#232;me temps pratique, qu'il est possible de faire parler l'&#233;nigme de la violence. Faire parler ce qui, apparemment, n'a pas de sens, pour peu qu'on entende lui restituer sa dimension premi&#232;re et inconsciente : &#171; Le comble du sens, il est sensible que c'est l'&#233;nigme &#187; (Jacques Lacan, &#171; Introduction &#224; l'&#233;dition allemande d'un premier volume des &#201;crits &#187;, parue dans &lt;i&gt;Scilicet&lt;/i&gt;, 1975, n&#176; 5, pp. 11-17). Car ce n'est qu'en r&#233;pondant &#224; cette nouvelle &#233;nigme mise &#224; jour par l'inconscient freudien qu'il sera possible de se servir de la violence sans sombrer dans la n&#233;vrose et le complexe de la famille patriarcale. &#171; Quelle solution apporter ? &#187;, demandait Charles Melman. &#171; Il n'est pas en notre seul pouvoir de praticien &#187; d'amener le sujet au &#171; moment o&#249; commence le v&#233;ritable voyage &#187;, &#233;crivait d&#233;j&#224; Lacan en conclusion de son article de 1949. La castration d'&#338;dipe, rappelait-il &#233;galement, &#171; n'a pas d'autre fin que de mettre fin &#224; la peste th&#233;baine, c'est-&#224;-dire de rendre au peuple la jouissance dont d'autres vont &#234;tre les garants, ce qui bien s&#251;r, vu d'o&#249; l'on part, n'ira pas sans quelques p&#233;rip&#233;ties am&#232;res pour tous &#187; (Jacques Lacan, &#171; Un homme et une femme &#187; [1971], &lt;i&gt;Une b&#233;vue&lt;/i&gt;, n&#176; 8-9, printemps &#233;t&#233; 1997).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le complexe d'&#338;dipe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pas de fum&#233;e sans Freud &#187;, rappelait le r&#233;cent laur&#233;at du Goncourt des lyc&#233;ens Pierre Grimbert. De m&#234;me : il n'y a pas d'&#339;dipe sans sexuel. Il n'y a pas de complexe d'&#338;dipe sans ce que Freud nommait cette &#171; floraison pr&#233;coce de la vie sexuelle &#187; ou ce que Jacques Lacan surnomme quant &#224; lui une &#171; pubert&#233; psychologique pr&#233;matur&#233;e &#187; (Lacan, 1938). &#192; l'apog&#233;e de cette &#171; floraison &#187; ou &#171; pubert&#233; pr&#233;matur&#233;e &#187;, les pulsions g&#233;nitales se fixent &#224; l'objet qui lui a donn&#233; les premiers soins, l'ayant ainsi introduit au sexuel : la m&#232;re. Cependant, cette relation pulsionnelle ne saurait &#234;tre uniquement binaire, dans la mesure o&#249; le contexte pr&#233;matur&#233; d'une telle pouss&#233;e libidinale vient n&#233;cessairement buter sur la frustration qui lui est inh&#233;rente. Autrement dit, le petit enfant n'a tout simplement pas les moyens de son ambition : &#171; La floraison pr&#233;coce de la vie sexuelle infantile est destin&#233;e au d&#233;clin parce que les d&#233;sirs y sont incompatibles avec la r&#233;alit&#233; et parce que l'enfant n'a pas atteint un stade de d&#233;veloppement suffisant &#187; (&#171; Au-del&#224; du principe de plaisir &#187;, p. 60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud aimait &#224; cet &#233;gard citer la c&#233;l&#232;bre phrase qu'il emprunte &#224; Napol&#233;on : &#171; L'anatomie, c'est le destin. &#187; Ce qui ne veut pas dire que l'enfant ne surestime pas ses propres capacit&#233;s &#224; satisfaire cette pulsion sexuelle et la chute n'en est que plus dure : &#171; Elle [la floraison pr&#233;coce de la vie sexuelle] trouve sa fin dans les circonstances les plus p&#233;nibles, au milieu de sentiments profond&#233;ment douloureux. La perte d'amour et l'&#233;chec portent au sentiment d'estime de soi un pr&#233;judice durable qui reste comme cicatrice narcissique &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; proprement parler cette &#171; floraison pr&#233;coce de la vie sexuelle &#187;, cette mont&#233;e en puissance d'une &#171; pubert&#233; psychologique pr&#233;matur&#233;e &#187; en ce qu'elle vient buter sur une frustration qui lui est inh&#233;rente et qui se cristallise en une v&#233;ritable tension ou d&#233;chirement narcissique, que l'on qualifie de complexe d'&#338;dipe. De l'issue de cette tension (complexe) d&#233;pend l'organisation de la vie psychique (et partant, sociale) du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surmoi et id&#233;al du moi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment pr&#233;cis que la frustration doit &#234;tre attribu&#233;e par l'enfant au fameux &#171; tiers objet &#187;, c'est-&#224;-dire au p&#232;re. Cette position de &#171; tiers objet &#187; est assur&#233;e et surtout renforc&#233;e par l'int&#233;r&#234;t mutuel des deux parents en pr&#233;sence, pour peu que cette pr&#233;sence elle-m&#234;me ne fasse pas d&#233;j&#224; d&#233;faut et que la curiosit&#233; de l'enfant ne soit pas d&#233;j&#224; &#233;touff&#233;e. Ce sont, comme le dit tr&#232;s po&#233;tiquement Lacan, des &#171; signes discrets et diffus qui trahissent &#187; &#224; la sensibilit&#233; de l'enfant &#171; les relations parentales &#187; : par &#171; les hasards intempestifs &#187;, ils &#171; les lui d&#233;voilent &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'axe pulsionnel d'abord, qui part de l'enfant vers le premier objet sexuel, et l'axe de frustration ensuite, qui va jusqu'au tiers objet, et, enfin, l'axe reliant les deux parents eux-m&#234;mes, nous avons l&#224; la base triangulaire et &#339;dipienne d'un n&#339;ud psychique encore &#224; tresser. Or, ce qu'il est important de comprendre, c'est que ce tressage ne peut tenir bon que si et seulement si le parent de m&#234;me sexe appara&#238;t &#224; la fois &#224; l'enfant comme l'agent de l'interdiction, et &#224; la fois comme l'exemple de sa transgression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; toute la sp&#233;cificit&#233; et l'efficacit&#233; du complexe d'&#338;dipe inconscient. Si l'appareil psychique conscient et la science rationnelle n'admettent pas la contradiction, &#224; l'inverse, dans l'inconscient, seul ce qui est paradoxal et contradictoire est fructueux, et c'est pourquoi le complexe d'&#338;dipe est fructueux. Pourquoi ? Parce que si la loi de l'interdit &#233;tait d&#233;croch&#233;e du d&#233;sir de transgression, il en r&#233;sulterait imm&#233;diatement une incompr&#233;hension totale de la loi du d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que le g&#233;nie de Freud a su magnifiquement d&#233;montr&#233; en empruntant le raisonnement que Frazer m&#232;ne &#224; propos des primitifs et qu'il r&#233;sume d'un trait : &#171; On ne voit pas quelle n&#233;cessit&#233; il y aurait &#224; d&#233;fendre ce que personne ne d&#233;sire faire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement : &#171; ce qui est d&#233;fendu de la fa&#231;on la plus formelle doit &#234;tre l'objet d'un d&#233;sir &#187; (Freud, &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, p. 74). C'est ce paradoxe du d&#233;sir et de la loi, cette &#171; tension &#187; dit Lacan, qui fait exister l'inconscient comme instance psychique dynamique, contrairement &#224; la froide logique aristot&#233;licienne et statique. C'est cette tension impossible &#224; r&#233;soudre pour l'enfant en bas &#226;ge qui s'inverse, favorisant ainsi le refoulement, tout en pr&#233;servant le d&#233;sir sous une forme d&#233;sormais n&#233;cessairement d&#233;tourn&#233;e. Tandis que le surmoi refoule le d&#233;sir, l'id&#233;al du moi tente de le sublimer. S'instaure alors jusqu'&#224; la pubert&#233; la p&#233;riode de latence, qui est latence de la pulsion sexuelle refoul&#233;e, laquelle laisse d&#233;sormais la place &#224; des centres d'int&#233;r&#234;ts sublim&#233;s, disons &#171; neutres &#187; et &#171; favorables aux acquisitions &#233;ducatives &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce double proc&#232;s a une importance g&#233;n&#233;tique fondamentale, car il reste inscrit dans le psychisme en deux instances permanentes : celle qui refoule s'appelle le surmoi, celle qui sublime, l'id&#233;al du moi. Elles repr&#233;sentent l'ach&#232;vement de la crise &#339;dipienne &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans cette instance de l'id&#233;al du moi obtenu par sublimation de l'imago parentale, le surmoi r&#233;pressif risquerait de fermer la porte &#224; tout d&#233;sir lorsque, au moment de la pubert&#233;, le caract&#232;re pr&#233;matur&#233; de la pulsion sexuelle ne pourra plus &#234;tre invoqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Moi id&#233;al &#187; et &#171; stade du miroir &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'efficacit&#233; du complexe d'&#338;dipe inconscient tient par cons&#233;quent &#224; la tension que polarise l'imago du p&#232;re. Si, suite &#224; sous-&#233;laboration psychique du complexe d'&#338;dipe, l'id&#233;al du moi ne s'&#233;l&#232;ve pas, non seulement l'imago du p&#232;re se trouve diminu&#233;e, mais le sujet reste ali&#233;n&#233; &#224; l'imago maternelle. Pour se soutenir, le d&#233;sir se voit d&#232;s lors oblig&#233; de s'appuyer sur une instance psychique plus narcissique : le moi id&#233;al. La conjonction d'un tel n&#339;ud psychique se donne &#224; entendre dans les images d'un p&#232;re diminu&#233; : qu'il soit &#171; estropi&#233; &#187;, &#171; aveugl&#233; &#187;, voire cadav&#233;rique. La r&#233;alit&#233; psychique inconsciente &#233;tant, quant &#224; elle, atrophi&#233;e, le sujet se verra oblig&#233; de d&#233;tourner de la r&#233;alit&#233; sociale ou de s'en d&#233;tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son article de 1949, Lacan revient sur l'exp&#233;rience du &#171; moi id&#233;al &#187; et insiste sur le caract&#232;re d&#233;terminant de la r&#233;alit&#233; psychique sur la r&#233;alit&#233; sociale dans ce qu'il nomme le &#171; stade du miroir &#187;. Le nourrisson, d&#232;s l'&#226;ge de six mois &#8212; et g&#233;n&#233;ralement jusqu'&#224; dix-huit mois &#8212;, bien que n'ayant pas encore acquis ni la ma&#238;trise de la marche, ni la station debout, reconna&#238;t pourtant d&#233;j&#224; son image dans le miroir. Cette reconnaissance est signal&#233;e par une &#171; mimique illuminative &#187; et &#171; jubilatoire &#187;, qui nous donne &#224; penser qu'il tente de surmonter les entraves des appuis ou soutiens humains ou artificiels (trotte b&#233;b&#233;, parent, etc.), dont il est embarrass&#233; (ou &#171; embrass&#233; &#187;), afin de &#171; suspendre son attitude &#187;. Loin d'&#234;tre unique, la r&#233;p&#233;tition de cette exp&#233;rience s'accompagnera d'une &#171; s&#233;rie de gestes &#187; dont le caract&#232;re ludique est mis en &#233;vidence par Lacan &#224; la suite du c&#233;l&#232;bre &#171; fort-da &#187; de Freud. R&#233;v&#233;lateur d'un &#171; dynamisme libidinal &#187;, le stade du miroir doit se comprendre comme une identification &#171; au sens plein que l'analyse donne &#224; ce terme : &#224; savoir la transformation produite chez le sujet, quand il assume une image &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; dynamisme libidinal &#187; de l'enfant pourtant plong&#233; dans la &#171; d&#233;pendance du nourrissage &#187;, nous donne &#171; la matrice symbolique o&#249; le &#8216;je' se pr&#233;cipite en une forme primordiale &#187;. &#171; Je id&#233;al &#187; selon Lacan, ou &#171; moi id&#233;al &#187; selon Freud, nous avons l&#224; la &#171; souche &#187; sur laquelle les &#171; identifications secondaires &#187; s'&#233;difieront. C'est-&#224;-dire que ce &#171; stade &#187; nous r&#233;v&#232;le combien le moi en tant que r&#233;alit&#233; psychique, pr&#233;c&#232;de la r&#233;alit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Violence clinique&lt;br /&gt;
&lt;small&gt;&#171; Moi qui me tra&#238;ne et m'&#233;parpille &#187; (Aragon)&lt;/small&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La non-r&#233;solution du complexe d'&#338;dipe est productrice de ce que l'on peut appeler des interf&#233;rences entre les diverses instances psychiques : &#171; moi id&#233;al &#187;, &#171; id&#233;al du moi &#187; et surmoi. En &#233;cho se produisent n&#233;cessairement des interf&#233;rences entre le d&#233;sir et la loi, conduisant le sujet au morcellement &#171; mental &#187;. L'arch&#233;type de ce morcellement nous est donn&#233; par la d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de l'imago maternelle, laquelle se donne &#224; entendre sous la forme d'une ali&#233;nation et d'une r&#233;pulsion &#224; l'image sp&#233;culaire. C'est, &#224; proprement parler, le complexe de castration dans toute sa fantasmagorie inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le meilleur des cas, ce sont les images de la &#171; statue &#187;, de l'&#171; automate &#187;, ou du &#171; fant&#244;me &#187; qui dominent l'homme ou la femme par trop attach&#233;e au moi id&#233;al du stade du miroir. Les contes de E. T. A. Hoffmann ou ceux de Th&#233;ophile Gautier nous en donnent la description fantasmatique, o&#249; le sujet vient s'emm&#234;ler. &#171; Discorde primordiale &#187;, o&#249; se trahissent &#171; inach&#232;vement &#187;, &#171; incoordination &#187;, et autres &#171; signes de malaise &#187; pouvant aller jusqu'&#224; la &#171; f&#339;talisation &#187;, signe la d&#233;pendance inaugurale du sujet &#224; l'objet maternel : &#171; Le stade du miroir est un drame [qui] pour le sujet, pris au leurre de l'identification spatiale, machine les fantasmes qui se succ&#232;dent d'une image morcel&#233;e du corps &#224; une forme que nous appellerons orthop&#233;dique de sa totalit&#233;, &#8212; &#224; l'armure enfin assum&#233;e d'une identit&#233; ali&#233;nante, qui va marquer de sa structure rigide tout son d&#233;veloppement mental &#187; (Lacan, 1949).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, de ce lieu de morcellement sont appel&#233;s, de mani&#232;re in&#233;puisable, des &#171; recollements &#187; du moi. Mais la violence r&#232;gne alors en ma&#238;tre absolu dans l'inconscient : dans les r&#234;ves, o&#249; le sujet se repr&#233;sente comme &#171; corps morcel&#233; &#187; aux &#171; membres disjoints &#187;, dans les formations de l'inconscient, o&#249; Lacan en appelle &#224; la peinture &#171; visionnaire &#187; d'un J&#233;r&#244;me Bosch fixant &#171; les pers&#233;cutions intestines &#187; du sujet &#224; l'aube du &#171; z&#233;nith imaginaire &#187; de l'humanit&#233; moderne. Quatre si&#232;cles plus tard, les murs de la Salp&#234;tri&#232;re d'un Jean-Martin Charcot s'ornent de la repr&#233;sentation des sympt&#244;mes et des spasmes de l'hyst&#233;rie f&#233;minine, o&#249; le corps, en v&#233;ritable contorsionniste, d&#233;ploie le fantasme de castration selon les lignes de perspectives m&#234;mes des l&#233;sions organiques. &#171; Chez la fille, de m&#234;me que la r&#233;pression de la sexualit&#233; impose plus volontiers aux fonctions corporelles ce morcellement mental o&#249; l'on peut d&#233;finir l'hyst&#233;rie, de m&#234;me la sublimation de l'imago maternelle tend &#224; tourner en sentiment de r&#233;pulsion pour sa d&#233;ch&#233;ance et en souci syst&#233;matique de l'image sp&#233;culaire &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc l'hyst&#233;rie et Anna O., dont le corps, bien qu'ayant conserv&#233; tout le charme et la gr&#226;ce de ses 21 ans, se couvre de paralysies, contractures et autres insensibilit&#233;s : toux nerveuse intense, graves troubles de la vue et du langage, Anna O. se trouve en outre r&#233;guli&#232;rement dans l'incapacit&#233; de boire et de manger. Elle offre alternativement au Docteur Breuer deux &#233;tats d'humeur nettement tranch&#233;s, l'un relativement calme et dans lequel elle para&#238;t sereine, l'autre, dans lequel elle appara&#238;t sous les traits d'une enfant surexcit&#233;e, voire insupportable. Elle passe de l'un &#224; l'autre par une sorte d'auto-hypnose, sous laquelle elle semble pouvoir se plonger d'elle-m&#234;me, et dont elle finit par se r&#233;veiller parfaitement lucide. Elle oublie sa langue maternelle, l'allemand, et ne peut plus s'exprimer qu'en anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la psychose et le pr&#233;sident Schreber, dont le corps, dou&#233; d'ubiquit&#233;, se retrouve quasiment sans organes : poumons, foie, larynx, etc. ont disparu dans la maladie. Trou&#233;, morcel&#233; et cadav&#233;rique, Schreber devient un v&#233;ritable homme tronc, conservant seulement ses extr&#233;mit&#233;s avec l'unique dessein &#8212; semble-t-il &#8212; de pouvoir se faire tirer les ficelles, c'est-&#224;-dire de pouvoir au moins s'animer comme une marionnette : &#171; Je ne puis dire jusqu'&#224; quelle distance peut s'exercer cette possibilit&#233; de tirer d'en haut &#8211; si je puis m'exprimer ainsi &#8211; les ficelles qui actionnent les &#234;tres humains &#187; (&lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, p. 83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la n&#233;vrose obsessionnelle &#8212; telle qu'elle est chant&#233;e par un Louis Aragon &#8212;, dans laquelle le moi s'&#233;parpille dans un d&#233;dale de d&#233;cors :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Tout est affaire de d&#233;cors&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Changer de lit changer de corps&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; quoi bon puisque c'est encore&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Moi qui moi-m&#234;me me trahis&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Moi qui me tra&#238;ne et m'&#233;parpille&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et mon ombre se d&#233;shabille&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Dans les bras semblables des filles&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O&#249; j'ai cru trouver un pays&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Corps trahis &#224; l'aune du moi id&#233;al, pays imaginaire o&#249; l'ombre du soleil vient s'&#233;chouer aux confins de l'imago maternelle. L'aspect r&#233;p&#233;titif et presque rituel de ce ratage monotone et m&#233;lancolique est appel&#233;, d&#232;s le d&#233;but du po&#232;me, par l'air lancinant de la traditionnelle chanson allemande du &lt;i&gt;Lieber Augustin&lt;/i&gt; : &#171; Ah ! Mon cher Augustin, tout est fini, fini. &#187; &#192; la magie du signifiant qui ne signifie rien, le &lt;i&gt;Bierstube&lt;/i&gt; de l'Autre langue suit l'extraordinaire condensation du n&#339;ud des pulsions phalliques : le lait du sein maternel et &#171; les l&#232;vres gourmandes &#187; de la pulsion orale conjointes au regard &#233;voqu&#233; par les &#171; amandes &#187; des yeux sont ici non pas tant convoqu&#233;s que v&#233;ritablement invoqu&#233;s par la demande de la voix dont le fredonnement implique la r&#233;p&#233;tition. La pulsion de mort est finalement apaisement de la jalousie d&#233;crite par le saint du m&#234;me nom &#8212; convoqu&#233; lui par Jacques Lacan &#8212;, d&#233;peignant l'horreur qu'il &#233;prouve &#224; l'image du fr&#232;re cadet attach&#233; &#224; la mamelle de sa propre m&#232;re (saint Augustin, &lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt;, Livre I, chapitre VII). C'est de cette coupure (ablactation) que s'instaure le rien de la pulsion sexuelle dans son intrication intime &#224; la mort repr&#233;sent&#233;e par le tableau de B&#339;cklin (Le &lt;i&gt;Toteninsel&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'&#238;le des morts&lt;/i&gt;, 1880), dont on sait qu'il a &#233;t&#233; peint en r&#233;ponse &#224; la sollicitation d'une jeune veuve qui souhaitait fixer sa r&#234;verie sur une image appropri&#233;e &#224; la circonstance. Le po&#232;me en une abr&#233;action symbolique retrouve la m&#233;moire de la sexualit&#233; premi&#232;re : la chambre comme lieu clos, le peignoir qui s'ouvre sur la nudit&#233; du corps de la m&#232;re, la bouilloire se substituant &#224; la voix de la berceuse. La lumi&#232;re et la transparence viennent buter sur le roc du myst&#232;re de la mort et du sexuel peint par le ma&#238;tre suisse. &#192; la non-reconnaissance de sa propre image au miroir ou &#224; l'image prodigieuse et jubilatoire &#224; jamais perdue succ&#232;de le vertige du vide, de l'inconscient. Ce stade est incontournable, nous dit le po&#232;te, et marque &#224; jamais l'image du petit de l'homme : c'est &#171; ainsi que les hommes vivent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas tant que Freud, Jacques Lacan ou la psychanalyse en g&#233;n&#233;ral &#8212; si l'on souhaite faire des g&#233;n&#233;ralit&#233;s &#8212; entendent soutenir, d'un point de vue moral, la position sociale du p&#232;re ou de la famille patriarcal : &#171; Nous ne sommes pas de ceux qui s'affligent d'un pr&#233;tendu rel&#226;chement du lien familial &#187;, dit Jacques Lacan en 1938. C'est uniquement parce que &#171; l'imago de la m&#232;re dans l'identification &#339;dipienne trahit [&#8230;] l'interf&#233;rence des identifications primordiales &#187; et marque de leurs &#171; formes &#187; et de leur &#171; ambivalence autant l'id&#233;al du moi que le surmoi &#187;, que &#171; la structure m&#234;me du drame &#339;dipien d&#233;signe le p&#232;re pour donner &#224; la fonction de sublimation sa forme la plus &#233;minente, parce que la plus pure &#187;. La psychanalyse ne saurait donc &#234;tre tax&#233;e d'une quelconque position moralisatrice, sans que se manifeste dans ce jugement la m&#233;connaissance de la subversion qu'elle instaure en d&#233;voilant, en m&#234;me temps que l'ali&#233;nation du moi, les ressorts dynamiques du psychisme inconscient : &#171; La psychanalyse manifeste dans les conditions morales de la cr&#233;ation un ferment r&#233;volutionnaire qu'on ne peut saisir que dans une analyse concr&#232;te, elle reconna&#238;t, pour le produire, &#224; la structure familiale une puissance qui d&#233;passe toute rationalisation &#233;ducative. Ce fait m&#233;rite d'&#234;tre propos&#233; aux th&#233;oriciens &#8212; &#224; quelque bord qu'ils appartiennent &#8212; d'une &#233;ducation sociale &#224; pr&#233;tentions totalitaires, afin que chacun en conclu selon ses d&#233;sirs &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nigme de la violence est d&#232;s lors en tout point comparable &#224; l'&#233;nigme d'un sphinx, d&#233;ployant ses ailes sous les regards apeur&#233;s des habitants de villes modernes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Quel est lettre&#8230; ? &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mot &#8220;sphinx&#8221; &#233;veille l'id&#233;e d'&#233;nigme &#187;, comme C. G. Jung le pose de mani&#232;re tr&#232;s pertinente dans ses &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt; (p. 305). Le sphinx est en effet &#224; l'image des questions qu'il pose : un &#234;tre &#233;nigmatique. Le sphinx (ou la sphinge) est, rappelons-le, un monstre f&#233;minin, dont la figure est celle d'une femme, mais qui poss&#233;dait la poitrine, les pattes et la queue d'un lion, et qui, en outre, &#233;tait pourvu d'ailes, comme un oiseau de proie. &#201;trange cr&#233;ature ! D'o&#249; vient-elle ? &#171; La g&#233;n&#233;alogie du sphinx est riche en rapports avec le probl&#232;me qui nous occupe &#187;, observait Jung en 1912 (p. 309). Dans la &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/961-La-Theogonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ogonie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, H&#233;siode lui donne comme m&#232;re &#171; Echidna &#224; l'&#226;me violente &#187;, dit H&#233;siode (&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/961-La-Theogonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ogonie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 297 et suiv.). Echidna, la Vip&#232;re, qui &#233;tait, elle, un monstre au corps de femme se terminant par une queue de serpent. Cette dualit&#233; d'Echidna &#8212; tout comme celle de la sphinge &#8212;, &#171; belle jeune femme par en haut, serpent horrible par le bas &#187;, nous introduit d'embl&#233;e, selon Jung &#224; l'image de la m&#232;re, dont la moiti&#233; haute, c'est-&#224;-dire humaine et attirante, serait &#171; digne d'&#234;tre aim&#233;e &#187;, tandis que la moiti&#233; basse et animale repr&#233;senterait l'inceste, le sexuel terrible et angoissant. Du reste, G&#339;the ne dit-il pas des m&#232;res qu'elles sont &#171; entour&#233;es d'images de toutes les cr&#233;atures &#187; ? (&lt;i&gt;Faust&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Echidna, m&#232;re du sphinx, avait d&#233;j&#224; elle-m&#234;me coutume de d&#233;vorer les passants &#224; sa port&#233;e. Elle est tant&#244;t directement issue de la m&#232;re universelle, la terre maternelle Ga&#239;a, qui l'aurait enfant&#233;e avec les Tartares, personnification des enfers, tant&#244;t fille de Phorcys et de C&#233;to, eux-m&#234;mes enfants de Pontos et de Ga&#239;a, c'est-&#224;-dire le Flot de la Mer et la Terre. Quoi qu'il en soit, on attribue &#224; Echidna beaucoup d'enfant monstrueux : avec Typhon, elle engendra Orthos, le chien de G&#233;ryon, Cerb&#232;re, le chien des Enfers, l'Hydre de Lerne, Chim&#232;re ; et, avec son propre fils, Orthos, elle eut le lion de N&#233;m&#233;e ; et, enfin, le Phix, qui n'est autre que le Sphinx, monstre l&#233;gendaire du drame &#339;dipien. Comme C. G. Jung le pr&#233;cise, &#171; Echidna est la m&#232;re de toutes les horreurs &#187; : &#171; &#192; elle, dit-on, s'unit d'amour Typhon &#8212; le terrible, l'insolent bandit &#224; la vierge aux yeux qui p&#233;tillent &#8212; et de lui elle con&#231;ut et enfanta des enfants au c&#339;ur violent. Elle mit d'abord au monde Orthos, le chien de G&#233;ryon. &#8212; Apr&#232;s lui elle enfantait encore un monstre irr&#233;sistible, qu'&#224; peine on ose nommer, le cruel Cerb&#232;re, le chien d'Had&#232;s, &#224; la voix d'airain, aux cinquante t&#234;tes, implacable et puissant. &#8212; Et, apr&#232;s ces deux-l&#224;, elle mit encore au monde Hydre [&#8230;]. &#8212; Elle enfanta aussi Chim&#232;re [&#8230;]. &#8212; Elle enfanta encore, apr&#232;s avoir subi la loi d'Orthos, Phix la pernicieuse, d&#233;sastre pour les Cadm&#233;ens, et le lion de N&#233;m&#233;e &#187; (H&#233;siode, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/961-La-Theogonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ogonie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 297 et suiv.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc gr&#226;ce &#224; un commerce sexuel incestueux avec un chien &#8212; qui plus est son propre fils &#8212;, qu'Echidna engendra Phix la pernicieuse, c'est-&#224;-dire le sphinx. D'o&#249; viennent tous ces &#234;tres tous plus laids et plus horribles les uns que les autres ? Ce sont de simples formations de notre propre inconscient, r&#233;pond Freud, ils repr&#233;sentent nos pulsions inconscientes : &#171; La th&#233;orie des pulsions est, pour ainsi dire, notre mythologie. Les pulsions sont des &#234;tres mythiques, formidables dans leur impr&#233;cision. Nous ne pouvons dans notre travail faire abstraction d'eux un seul instant et cependant nous ne sommes jamais certains de les voir nettement &#187; (S. Freud, &#171; Angoisse et vie pulsionnelle &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles Conf&#233;rences d'introduction &#224; la psychanalyse&lt;/i&gt; [1933], Gallimard, Folio, 1984, p. 128-129).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelles pulsions s'agit-il ici ? Si l'on en trouve de nombreuses traces dans la mythologie, en quoi cette figure du sphinx renvoie-t-elle n&#233;cessairement &#224; &#338;dipe et au complexe du m&#234;me nom mis en &#233;vidence par la psychanalyse freudienne ? &#171; Il y a en effet en Egypte des sphinx m&#226;les et des sphinx femelles &#187;, observe Jung. Ce qu'il interpr&#232;te &#224; l'aide de l'hypoth&#232;se selon laquelle le monstre masculin s'adresse plus particuli&#232;rement &#224; une femme pour laquelle le danger vient en premier lieu du p&#232;re ; tandis que le monstre f&#233;minin s'adresse &#224; un homme tel &#338;dipe, pour lequel le danger reste, sa vie durant, la m&#232;re (cf. Jung, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 309-310). Cependant, le sphinx est avant tout une repr&#233;sentation mythologique de l'imago maternelle que l'on peut appeler la &#171; m&#232;re terrible &#187;. Car qui d'autre que la m&#232;re, pr&#233;cise Jung, &#171; se tient au d&#233;but d'une destin&#233;e comme annonce symbolique et in&#233;luctable &#187; ? (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, p. 305). Qui d'autre que la m&#232;re donne la mort en m&#234;me temps que la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc la Sphinge, &#171; mangeuse de chair crue &#187;, selon l'expression d'Eschyle (&lt;i&gt;Les Sept contre Th&#232;bes&lt;/i&gt;, 540 et suiv., p. 90) : et toute la violence moderne se laisse d&#233;crypter dans ce mythe qui remonte pourtant &#224; la tradition orale de la Gr&#232;ce ancienne. Car c'est telles de nouvelles sphinges que les enfants des banlieues se postent aujourd'hui aux abords des cit&#233;s, tel le monstre ancien aux abords de Th&#232;bes terrorisant les passants :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gardiens de la place, ou gal&#233;riens, c'est comme &#231;a qu'on surnommait tous les mecs qui tra&#238;naient sur la place. Le gardien, c'est celui qui ouvre ou qui ferme la place. Tous les jeunes de mon &#226;ge tra&#238;naient &#224; la place. Nous &#233;tions post&#233;s l&#224;-bas comme des douaniers, on surveillait les bus qui passaient, les voitures, les gens. Quand nous recherchions des mecs, on faisait des barrages, on bloquait les bus et le chauffeur regardait la sc&#232;ne, impuissant. Quand les flics passaient, on les regardait de travers [&#8230;]. Sur la place le matin nous &#233;tions une vingtaine, l'apr&#232;s midi une cinquantaine et le soir une bonne centaine, sans compter les autres qui &#233;taient post&#233;s au parc, au Font d'Eaubonne, &#224; la Ruche, etc. &#187; (Dembo Goumane, &lt;i&gt;Dembo story&lt;/i&gt;, &#201;d. Hachette Litt&#233;ratures, Paris, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; gal&#233;riens &#187; ne sont-ils pas aujourd'hui pour nous de nouvelles &#233;nigmes en ce qu'ils nous rappellent, selon l'expression de Jung (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, p. 309), &#171; le pi&#232;ge tendu par le sphinx au voyageur &#187; ? Une version, peut-&#234;tre plus ancienne, pr&#233;sentait en effet l'histoire d'une mani&#232;re plus r&#233;p&#233;titive encore : chaque jour, les Th&#233;bains se r&#233;unissaient sur la place de la ville, pour essayer de r&#233;soudre en commun la devinette, mais sans jamais y parvenir. Et, chaque jour, en conclusion de cette s&#233;ance, le Sphinx d&#233;vorait l'un des habitants. Post&#233;s sur ces places, fig&#233;s tels des statuts, les &#171; gal&#233;riens &#187; ne personnifient-ils pas l'&#233;nigme de l'homme, sp&#233;cifi&#233; qu'il est par sa position verticale, et immortalis&#233;e par la devinette &#224; laquelle les Th&#233;bains ne peuvent r&#233;pondre : &#171; Quel est l'&#234;tre qui marche tant&#244;t &#224; deux pattes, tant&#244;t &#224; trois, tant&#244;t &#224; quatre, et qui, contrairement &#224; la loi g&#233;n&#233;rale, est le plus faible quand il a le plus de pattes ? &#187; Cette &#233;nigme, &#224; propos de la marche et de la position verticale de l'homme, c'est bien ce que Lacan nous donnait &#224; entendre dans sa formalisation, o&#249; il observait le spectacle saisissant d'un nourrisson devant le miroir, qui &#171; en un affairement jubilatoire &#187;, tente de surmonter les entraves de sa pr&#233;maturation, pour rejoindre &#8212; si ce n'est la ma&#238;trise de la marche &#8212;, cette myst&#233;rieuse station debout qui fait l'&#233;nigme de la Sphinge (J. Lacan, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, p. 94).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;nigme de l'&#233;rection ainsi pos&#233;e, le stade du miroir se laisse d&#233;crypter bien autrement. Rappelons-nous &#224; cet &#233;gard cette sublime note de bas de page que Freud intercale en 1919 au tout d&#233;but de la quatri&#232;me section de son &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, faisant du redressement ou verticalisation de l'homme, l'origine m&#234;me du processus in&#233;luctable de civilisation, et non pas tant en lui-m&#234;me qu'en vertu du rejet &#224; l'arri&#232;re-plan &#171; du pouvoir excitant de l'odeur &#187; qui lui est corr&#233;latif : &#171; &#192; partir de l&#224; un encha&#238;nement se d&#233;roule qui, de la d&#233;pr&#233;ciation des perceptions olfactives et de l'isolement des femmes au moment de leurs menstrues, conduisit &#224; la pr&#233;pond&#233;rance des perceptions visuelles, &#224; la visibilit&#233; des organes g&#233;nitaux, puis &#224; la continuit&#233; de l'excitation sexuelle, &#224; la fondation de la famille et de la sorte au seuil de la civilisation humaine. Il ne s'agit l&#224; que d'une sp&#233;culation th&#233;orique, mais elle est assez importante pour m&#233;riter d'&#234;tre v&#233;rifi&#233;e avec exactitude sur les animaux dont les conditions de vie se rapprochent le plus de celles de l'homme &#187; (Freud, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1971, note de bas de page n&#176; 1, pp. 49-51).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effort vers la propret&#233; et le v&#233;ritable mot d'ordre hygi&#233;niste qui s'impose &#224; son &#233;poque ne proc&#232;dent que du &#171; besoin imp&#233;rieux de faire dispara&#238;tre les excr&#233;ments devenus d&#233;sagr&#233;ables &#224; l'odorat &#187;. La conclusion de Freud est sans appel : c'est le refoulement de l'&#233;rotisme anal qui ouvre la voie &#224; la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La station debout des gal&#233;riens de Dembo Goumane ne sont-ils pas pour les passants, simples badauds interloqu&#233;s par l'imaginaire de la violence, de v&#233;ritables &#233;nigmes ? S'ils manquent &#224; y r&#233;pondre, ce qu'ils pensent &#234;tre la peste moderne semble devoir se r&#233;pandre sans limites. Car la peste, c'est ce qui empeste ; et les noms choisis pour d&#233;signer ce qui pourtant peut &#234;tre d'une grande noblesse pour certains autres peuples ou civilisations pass&#233;es condensent aujourd'hui chez nous le caract&#232;re &#224; la fois myst&#233;rieux et secret de l'&#233;nigme ; et ce, tant au niveau du signifiant que du signifi&#233;. Le &#171; shit &#187;, dans sa congruence au &#171; chut &#187;, rappelle le caract&#232;re secret et myst&#233;rieux de toute &#233;nigme. Quant &#224; ce qui est ici signifi&#233;, c'est bien la peste, autrement dit ce qui est pestif&#233;r&#233; ou malodorant : le &#171; shit &#187;, c'est-&#224;-dire la &#171; merde &#187;. La boucle freudienne de l'&#233;nigme de la verticalisation et des excr&#233;ments est ici boucl&#233;e. Avec tout de m&#234;me ce corollaire, que s'identifier &#224; la sphinge n'est pas, bien entendu, r&#233;soudre l'&#233;nigme pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au contraire, en s'identifiant au monstre antique apostrophant les voyageurs, les gal&#233;riens ne font que s'identifier &#224; la m&#232;re &#8212; &#171; L'&#233;nigme du sphinx, pr&#233;cisait Jung en 1912, c'&#233;tait lui-m&#234;me, image de la m&#232;re terrible dont &#338;dipe n'a pas compris l'avertissement &#187; (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, p. 309) &#8212;, et restent ainsi fix&#233;s dans un narcissisme exacerb&#233; : &#171; certains &#234;tres qui n'ont jamais r&#233;solu l'&#339;dipe restent &#224; deux dimensions, dit Lacan : la fixation maternelle et le narcissisme &#187; (Jacques Lacan, &#171; Intervention sur l'expos&#233; de D. Lagache &#8220;Deuil et m&#233;lancolie&#8221; &#224; la Soci&#233;t&#233; Psychanalytique de paris &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de psychanalyse&lt;/i&gt;, 1938, tome X n&#176; 3, pp. 564-565). Le caract&#232;re narcissique du monstre est confirm&#233; par la l&#233;gende d'&#338;dipe, dans lequel le sphinx aurait &#233;t&#233; envoy&#233; par H&#233;ra qui ha&#239;ssait Th&#232;bes &#224; cause de la naissance de Bacchus, le dieu narcissique sorti de la cuisse de Jupiter (cf. Jung, pp. 309-310).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce commerce &#233;trange, o&#249; l'argent et le symbole excr&#233;mentiel circulent alternativement et de mani&#232;re florissante, ne fait que confirmer l'hypoth&#232;se d'une fixation au narcissisme infantile en m&#234;me temps que l'hypoth&#232;se freudienne &#233;voqu&#233;e dans cette m&#234;me note de bas de page du &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous savons qu'il en est autrement chez les petits-enfants, auxquels ils n'inspirent nulle r&#233;pugnance, mais apparaissent comme pr&#233;cieux en tant que partie d'eux-m&#234;mes d&#233;tach&#233;e de leur corps. L'&#233;ducation s'emploie avec une &#233;nergie particuli&#232;re &#224; h&#226;ter la venue du stade suivant au cours duquel les excr&#233;ments doivent perdre toute valeur, devenir objet de d&#233;go&#251;t et de r&#233;pugnance, &#234;tre donc r&#233;pudi&#233;s. Pareille d&#233;pr&#233;ciation serait impossible si leur forte odeur ne condamnait pas ces mati&#232;res retir&#233;es au corps &#224; partager le sort r&#233;serv&#233; aux impressions olfactives apr&#232;s que l'&#234;tre se fut relev&#233; du sol &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en effet pour le moins surprenant que ce que l'on surnomme &#171; shit &#187; et qui est sens&#233;e d&#233;clencher le d&#233;cha&#238;nement des sensations n'ait, en r&#233;alit&#233;, pas plus d'odeur que cela ! Quant &#224; son caract&#232;re totalement dess&#233;ch&#233;, il est tout de m&#234;me le signe, si l'on suit Ferenczi, que les &#171; gal&#233;riens &#187; ne sont pas soumis au seul principe de plaisir et reconnaissent un tant soit peu le principe de r&#233;alit&#233;. On peut appliquer au &#171; shit &#187; ce que Ferenczi disait du sable pour le petit enfant : il &#171; n'est rien d'autre qu'un symbole excr&#233;mentiel, autrement dit de l'excr&#233;ment d&#233;sodoris&#233; et dess&#233;ch&#233; &#187; (cf. S. Ferenczi, &#171; Sur l'ontogen&#232;se de l'int&#233;r&#234;t pour l'argent &#187;, 1914).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la conclusion &#224; laquelle aboutissait Ferenczi : &#171; La phrase &#8220;L'argent n'a pas d'odeur&#8221; est un euph&#233;misme par inversion. Dans l'inconscient, il se formule sans aucun doute ainsi : pecunia olet, c'est-&#224;-dire : argent = excr&#233;ment &#187; (Ferenczi, &#171; Pecunia olet &#187;, 1916). &#192; observer l'int&#233;r&#234;t surd&#233;velopp&#233; pour les symboles d'excr&#233;ments dess&#233;ch&#233;s et l'argent qui circule dans les commerces illicites, la fixation &#224; la violence de l'imago maternelle de la sphinge n'est plus &#224; d&#233;montrer. D'autant que lorsqu'il n'y a plus rien &#224; vendre, le racket pur et simple semble aussi bien faire l'affaire, ce qui n'est pas l&#224; encore sans nous rappeler &#171; l'inflexible chanteuse &#187; de Sophocle : &#171; Tu es venu d&#233;livrer la cit&#233; cadm&#233;enne du tribut qu'elle payait &#224; l'inflexible chanteuse &#187; (Sophocle, &lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt;, 36).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas entendre dans ce d&#233;cha&#238;nement de la violence quotidienne, telle qu'elle est d&#233;nonc&#233;e par les m&#233;dias, l'angoisse d'un retour antique, non pas tant &#224; une famille matriarcale, qu'&#224; une soci&#233;t&#233; de &#171; droit maternel &#187; ? On se souvient que, refusant de reconna&#238;tre un penchant r&#233;el &#224; l'inceste, Jung fait remarquer &#224; Freud dans une lettre dat&#233;e du 8 mai 1912, que son interdiction, y compris &#224; une &#233;poque ant&#233;rieure &#224; la famille patriarcale, est tr&#232;s contestable :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense par cons&#233;quent que l'interdiction de l'inceste (au sens de la morale originelle) est une simple formule ou c&#233;r&#233;monie d'expiation &lt;i&gt;in re vili&lt;/i&gt; (&#8220;dans une chose sans valeur&#8221;) : ce qui a &#233;t&#233; si pr&#233;cieux pour l'enfant, la m&#232;re, et qui est tellement d&#233;nu&#233; de valeur pour l'adulte qu'il la jette dans le buisson de quelques coups de pied, cela est, par l'interdiction de l'inceste, d&#233;clar&#233; extraordinairement pr&#233;cieux, donc d&#233;sir&#233; et interdit (cela est de la vraie morale originelle : une quelconque plaisanterie est interdite, tout comme elle peut aussi devenir f&#233;tiche). L'intention de l'interdiction, comme on le voit, n'est donc pas l'emp&#234;chement de l'inceste, mais la fondation de la famille (cr&#233;ation de la pi&#233;t&#233;, de l'Etat) &#187; (&lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, Freud-Jung, Gallimard, Paris, p. 632).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce sur quoi Freud r&#233;torque &#224; son interlocuteur que le droit maternel ne doit pas &#234;tre confondu avec le gouvernement des femmes. Freud s'appuyait alors sur l'hypoth&#232;se de travail du philosophe suisse Johann Jakob Bachofen &#8212; &#233;galement cit&#233; par Freud dans la quatri&#232;me partie de &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt; &#8212;, et dont l'ouvrage principal, &lt;i&gt;Das Mutterrechi&lt;/i&gt; (Stuttgart 1861), forge pour la premi&#232;re fois l'expression &#171; droit maternel &#187; (Mutterrecht). Le droit maternel y d&#233;signe &#171; un &#233;tat de la soci&#233;t&#233; dans lequel les femmes r&#232;gnent moins par le pouvoir politique que par les liens de parent&#233; et la religion &#187; (Freud Jung, lettre dat&#233;e du 14 mai 1912, pp. 633-634). Aussi &#171; le droit maternel, pr&#233;cisait Freud, s'accorde particuli&#232;rement bien avec l'avilissement polygamique de la femme &#187; (pp. 633-634). Freud en profite pour pr&#233;ciser &#224; son interlocuteur que &#171; le p&#232;re est celui qui poss&#232;de sexuellement la m&#232;re (et les enfants, en tant que propri&#233;t&#233;), tandis que &#171; le fait de l'engendrement par le p&#232;re n'a pas, en effet, d'importance psychologique pour l'enfant &#187; (Freud, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, pp. 633-634).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du p&#232;re n'est nullement politique, mais bien strictement inconsciente. &#192; ne pas prendre en compte cette derni&#232;re dimension inconsciente et &#224; poser la question sur un plan uniquement politique ou sociologique, on voit d&#233;j&#224; se profiler ici la faute du p&#232;re soi disant absent ou fautif, tant d&#233;cri&#233; &#224; l'heure actuelle par toute une litt&#233;rature qui, observons-le tout de m&#234;me, donne cr&#233;dit par l&#224; m&#234;me &#224; ce qu'elle entend pourtant d&#233;noncer. Il est vrai que toute une tradition faisait du Sphinx une fille naturelle de La&#239;os le roi de Th&#232;bes. Dans cette version, le monstre aurait &#233;t&#233; envoy&#233; par H&#233;ra contre Th&#232;bes pour punir la cit&#233; du crime de La&#239;os, qui avait aim&#233; le fils de P&#233;lops, Chrysippos, d'un amour coupable, nous dit Pierre Grimal (&lt;i&gt;Dictionnaire de la mythologie&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1951, p. 428). L'on voit donc ici que la question du p&#232;re absent et de l'homosexualit&#233; n'a rien de nouveau, n'en d&#233;plaisent aux partisans d'une telle th&#232;se. Cependant &#8212; et l&#224; encore &#8212;, c'est oublier que c'est en souhaitant &#233;claircir le meurtre de La&#239;os et de venger le crime (&#224; entendre ici comme faute) de son p&#232;re, qu'&#338;dipe d&#233;couvre qu'il en est lui seul l'assassin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'&#233;nigme d'&#338;dipe ne soit soluble (ou solvable) qu'en tenant compte du psychisme inconscient, voil&#224; qui est &#233;galement confirm&#233; par les sphingid&#233;s que l'on rencontre encore de nos jours &#8212; ou du moins de nos nuits &#8212;, puisque les sphingid&#233;s sont &#233;galement des papillons cr&#233;pusculaires et que, plus g&#233;n&#233;ralement, le papillon est &#224; la fois all&#233;gorie et symbole de la psych&#233;. Ainsi le papillon humain s'avance battant ses ailes dans l'obscurit&#233; du r&#234;ve de G&#233;rard de Nerval, au tout d&#233;but d'Aur&#233;lia :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette nuit-l&#224;, je fis un r&#234;ve qui me confirma dans ma pens&#233;e. &#8211; J'errais dans un vaste &#233;difice compos&#233; de plusieurs salles, dont les unes &#233;taient consacr&#233;es &#224; l'&#233;tude, d'autres &#224; la conversation ou aux discussions philosophiques. Je m'arr&#234;tai avec int&#233;r&#234;t dans une des premi&#232;res, o&#249; je crus reconna&#238;tre mes anciens ma&#238;tres et mes anciens condisciples. Les le&#231;ons continuaient sur les auteurs grecs et latins, avec ce bourdonnement monotone qui semble une pri&#232;re &#224; la d&#233;esse Mn&#233;mosyne. &#8212; Je passai dans une autre salle, o&#249; avaient lieu des conf&#233;rences philosophiques. J'y pris part quelque temps, puis j'en sortis pour chercher ma chambre dans une sorte d'h&#244;tellerie aux escaliers immenses, pleins de voyageurs affair&#233;s. Je me perdis plusieurs fois dans les longs corridors, et, en traversant une des galeries centrales, je fus frapp&#233; d'un spectacle &#233;trange. Un &#234;tre d'une grandeur d&#233;mesur&#233;e, &#8212; homme ou femme, je ne sais, &#8212; voltigeait p&#233;niblement au-dessus de l'espace et semblait se d&#233;battre parmi des nuages &#233;pais. Manquant d'haleine et de force, il tomba enfin au milieu de la cour obscure, accrochant et froissant ses ailes le long des toits et des balustres. Je pus le contempler un instant. Il &#233;tait color&#233; de teintes vermeilles, et ses ailes brillaient de mille reflets changeants. V&#234;tu d'une robe longue &#224; plis antiques, il ressemblait &#224; &lt;i&gt;l'Ange de la M&#233;lancolie&lt;/i&gt; d'Albrecht D&#252;rer. Je ne pus m'emp&#234;cher de pousser des cris d'effroi, qui me r&#233;veill&#232;rent en sursaut &#187; (G&#233;rard de Nerval, &lt;i&gt;Aur&#233;lia&lt;/i&gt;, premi&#232;re partie, &#167; II).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quel est cet &#234;tre d'une grandeur d&#233;mesur&#233;e, dont on ne sait s'il est homme ou femme ? Pourquoi tombe-t-il ainsi en froissant ses ailes le long des toits et des balustres ? G&#233;rard de Nerval, errant au d&#233;but de son roman dans les corridors de la philosophie, nous rappelle &#224; se m&#233;prendre &#338;dipe qui, r&#233;solvant l'&#233;nigme &#224; la force de son esprit pr&#233;cipite ainsi le monstre de son rocher, inaugurant sa lente descente aux enfers que nous d&#233;crit le roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'&#233;nigme de la violence est insoluble &#224; la prendre dans ses deux dimensions courantes qui sont celle du corps et de l'esprit. C'est ce que les Am&#233;ricains ont coutume d'appeler en logique, un &lt;i&gt;double-blind&lt;/i&gt;, ou &#171; double aveugle &#187;, et que nous connaissons traditionnellement sous la forme du c&#233;l&#232;bre : &#171; la bourse ou la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187; &#192; ne pas r&#233;pondre, &#224; rester dans le mutisme du corps et de l'imaginaire maternel, le candidat &#224; la r&#233;solution de l'&#233;nigme se fait d&#233;vorer par le monstre. &#192; r&#233;pondre en faisant preuve de la force de son esprit, le candidat ne peut que s'engager dans la voie de l'horreur : s'il r&#233;pond incorrectement, il est &#233;galement d&#233;vor&#233;, s'il r&#233;pond correctement, il rejoint l'horreur de l'inceste. &#171; Parce qu'il surestimait son intelligence, &#233;crit Jung, il s'est pr&#233;cipit&#233; tr&#232;s virilement dans le pi&#232;ge, commettant, sans le savoir, l'inceste sacril&#232;ge &#187; (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, p. 309). &#192; ne saisir l'&#233;nigme qu'en tenant compte de ces deux dimensions du corps (physique) et de l'esprit (intelligence), ou, pour le dire autrement, de la libido maternelle et de la libido paternelle, la question &#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187; aspire le sujet dans un tournage en rond n&#233;vrotique, o&#249; la souffrance de l'esprit obs&#233;d&#233; a son pendant dans le sympt&#244;me physique de l'hyst&#233;rique. Si l'&#233;nigme n'a pas de solution, il reste que seule la prise en compte d'une troisi&#232;me dimension &#8212; celle de l'inconscient &#8212; permet de serrer borrom&#233;ennement l'&#233;nigme. Cette &#233;nigme, appelons-la d&#233;sormais avec Jacques Lacan objet &lt;i&gt;petit a&lt;/i&gt;. La question, d&#232;s lors, ne se donne plus tant &#224; entendre de la mani&#232;re classique &#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; ? &#187;, mais bien cette fois : &#171; Quelle est lettre&#8230; ? C'est-&#224;-dire : quelle est la jouissance, se d&#233;chiffrant d&#233;sormais comme pure lettre (trait ou pur hi&#233;roglyphe, si l'on veut), qui se donne &#224; entendre dans cette &#233;nigme pos&#233;e par ce monstre inconscient qui n'est autre que la m&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait un temps d&#233;raisonnable, on avait mis les morts &#224; table &#187;, chante Aragon, avant d'entendre voler dans un ciel &#171; gris de nuages &#187; et d&#233;ployant leurs ailes par-dessus les &#171; maisons des quais &#187;, les oies sauvages criant &#171; la mort au passage &#187;. Les oies sauvages, ou l'oie (Loi) sauvage des cit&#233;s, qui bien que pourvu d'ailes ne fait que garder les places, tels les &#171; gal&#233;riens &#187; de Dembo Goumane. La violence ou l'agressivit&#233; qui se manifeste dans ce que Freud qualifiait de &#171; malaise dans la civilisation &#187; se laisse encore aujourd'hui d&#233;crypter dans le mythe &#339;dipien du h&#233;ros et de la sphinge. &#171; Le sphinx est un de ces animaux cr&#233;ateurs d'angoisse o&#249; l'on peut ais&#233;ment d&#233;couvrir des traits manifestes de leur d&#233;rivation maternelle &#187; (Jung, p. 309) : c'est l&#224; un motif mis en &#233;vidence par la psychanalyse s'int&#233;ressant aux formations de l'inconscient, qu'elle soit d'inspiration viennoise (Freud), suisse (Jung), ou fran&#231;aise (Lacan). &#338;dipe croyait avoir vaincu la sphinge, descendant directe de la grande d&#233;esse maternelle, en r&#233;solvant une &#233;nigme enfantine : or c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; partir de l&#224; qu'il fut en proie &#224; l'inceste et qu'il dut prendre sa propre m&#232;re (Jocaste la Reine veuve) comme &#233;pouse, puisque sa main ainsi que le tr&#244;ne devaient revenir &#224; celui qui avait d&#233;livr&#233; le pays du monstre. Contrairement aux apparences, &#338;dipe s'est tout simplement laiss&#233; terroris&#233; par l'apparition de la personnification de la m&#232;re d&#233;vorante en s'empressant de r&#233;pondre. Comme Jung le pr&#233;cise, il ignorait encore &#171; l'&#233;tonnement philosophique de Faust : &#8220;Les m&#232;res ! Les m&#232;res, comme cela sonne &#233;trangement !&#8221; Il ne savait pas que l'esprit de l'homme n'est jamais &#224; la hauteur de l'&#233;nigme du sphinx &#187; (Jung, p. 310). Si la violence que l'on agite aujourd'hui dans les m&#233;dias semble &#233;nigmatique, elle n'est en cela qu'&#224; l'image de la sphinge de l'antique Th&#232;bes. Que fait-elle l&#224; ? Souvenons-nous des paroles du po&#232;te : &#171; Le Sphinx avec ses chants artificieux nous obligea &#224; regarder devant nous sans sonder de myst&#232;res &#187; (Sophocle, &lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt;, 130, p. 648).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est une premi&#232;re version d'un article ensuite publi&#233; dans &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Psychologie-de-la-violence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Psychologie de la violence&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, (sous la dir. de Christophe Bormans et Guy Massat), &#201;d. Studyrama, Paris, pp. 128-144.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; FREUD Sigmund, &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, Petite Biblioth&#232;que Payot, 1965.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; FREUD Sigmund, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; H&#201;SIODE, &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/961-La-Theogonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ogonie&lt;/a&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; JUNG C. G., &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, Georg, Zurich, 1993.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LACAN Jacques, &#171; La famille &#187;, &lt;i&gt;Encyclop&#233;die fran&#231;aise&lt;/i&gt;, t. 8.40.3-16 et 42.1-8, Larousse, Paris, 1938.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LACAN Jacques, &#171; Intervention sur l'expos&#233; de D. Lagache &#8220;Deuil et m&#233;lancolie&#8221; &#224; la Soci&#233;t&#233; Psychanalytique de paris &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de psychanalyse&lt;/i&gt;, 1938, tome X n&#176; 3, pp. 564-565.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LACAN Jacques, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; MELMAN Charles, &lt;i&gt;L'Homme sans gravit&#233;&lt;/i&gt;, Deno&#235;l, 2002.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; SOPHOCLE, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/-rubrique46-.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#338;dipe Roi&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gen&#232;se de la violence et violence de la Gen&#232;se</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Genese-de-la-violence-et-violence.html</link>
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		<dc:date>2007-01-08T10:23:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Lacan</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Au sortir du paradis terrestre (sevrage, ablactation), Ca&#239;n, le premier n&#233;, est surpris par l'image de son fr&#232;re nouveau-n&#233;, Abel, attach&#233; &#224; la mamelle de la m&#232;re de tous les hommes, Eve : &#8220;Elle enfanta encore son fr&#232;re Abel&#8221; (4,2). Le regard de l'&#201;ternel sur cette offrande est regard de la m&#232;re sur cet enfant auquel elle offre son sein, image qui r&#233;active une chute, dont la Gen&#232;se t&#233;moigne du caract&#232;re par trop pr&#233;cipit&#233; et ravageur. Au sortir de l'Eden, Ca&#239;n est litt&#233;ralement &#8220;surpris par l'intrus dans le d&#233;sarroi du sevrage&#8221;, et tel l'enfant observ&#233; par saint Augustin, &#8220;il le r&#233;active sans cesse &#224; son spectacle&#8221;. Il r&#233;gresse imm&#233;diatement et &#8220;r&#233;agit&#8221; rapidement &#8220;par la destruction imaginaire du monstre&#8221; qui n'est autre que le simple reflet invers&#233; de son propre d&#233;sir, renvoyant ainsi Abel et l'inceste consomm&#233; dans les profondeurs des entrailles d'o&#249; il sort, celles de &#8220;la terre qui a ouvert sa bouche&#8221; comme le pr&#233;cisent les &#201;critures (4,11). Ca&#239;n, d&#233;sormais &#8220;errant&#8221; et &#8220;vagabond sur la terre&#8221;, est condamn&#233; - telle une fourmi sur la surface topologique -, &#224; ne jamais pouvoir y entrer si ce n'est qu'&#224; sa propre mort ; il inaugure par l&#224; m&#234;me le prototype du fantasme et de la culpabilit&#233; obsessionnelle.&lt;br /&gt;
Ce que nous enseigne tout aussi bien la Gen&#232;se que la lettre lacanienne, c'est que &#8220;la jalousie humaine&#8221;, en formant son objet, &#8220;se r&#233;v&#232;le comme l'arch&#233;type des sentiments sociaux&#8221;. L'&#233;ternel &#8220;Faisons l'homme &#224; notre image, selon notre ressemblance&#8221; ou &#8220;le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu'elle nous est r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'exp&#233;rience psychanalytique&#8221;, signifie que la confrontation au d&#233;sir incestueux (ou imago maternelle) est non seulement incontournable, mais surtout qu'elle r&#233;v&#232;le la violence inaugurale et constitutive du sujet de l'inconscient. &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;Gen&#232;se de la violence et violence de la Gen&#232;se&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Jacques-Lacan-+.html" rel="tag"&gt;Jacques Lacan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton73-0208b.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;GEN&#200;SE DE LA VIOLENCE&lt;br /&gt;
ET VIOLENCE DE LA GEN&#200;SE&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au commencement &#233;tait l'acte &#187;, fait &#233;crire Goethe &#224; Faust, substituant ainsi le myst&#232;re du Verbe de l'&#233;vangile de saint Jean par un acte au caract&#232;re non moins myst&#233;rieux. Aspirant en effet &#224; une &#171; r&#233;v&#233;lation, qui nulle part ne brille d'un &#233;clat plus pur et plus beau que dans le Nouveau Testament &#187;, le jeune Faust, entrant dans le cabinet d'&#233;tude avec le barbet, ouvre le texte et se propose &#171; de traduire le saint original dans la langue allemande &#187; selon la m&#233;thode psychanalytique de la libre association, c'est-&#224;-dire en s'abandonnant pour une fois &#224; des &#171; impressions na&#239;ves &#187; : &#171; Il est &#233;crit : &#8220;Au commencement &#233;tait le verbe !&#8221; Ici je m'arr&#234;te d&#233;j&#224; ! Qui me soutiendra plus loin ? Il m'est impossible d'estimer assez ce mot, &#8220;le verbe !&#8221; Il faut que je le traduise autrement, si l'esprit daigne m'&#233;clairer. Il est &#233;crit : &#8220;Au commencement &#233;tait l'esprit !&#8221; R&#233;fl&#233;chissons bien sur cette premi&#232;re ligne, et que la plume ne se h&#226;te pas trop ! Est-ce bien l'esprit qui cr&#233;e et conserve tout ? Il devrait y avoir : Au commencement &#233;tait la force ! Cependant tout en &#233;crivant ceci, quelque chose me dit que je ne dois pas m'arr&#234;ter &#224; ce sens. L'esprit m'&#233;claire enfin ! L'inspiration descend sur moi, et j'&#233;cris consol&#233; : &#8220;Au commencement &#233;tait l'acte !&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Im Anfang war die Tat ! &#187;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Acte &#187; provient de la racine indo-europ&#233;enne &lt;i&gt;ag&lt;/i&gt;, qui signifie pousser devant soi. Cette signification premi&#232;re, identique au verbe latin &lt;i&gt;agere&lt;/i&gt;, signifiera plus tard &#171; s'occuper &#187; et &#171; agir &#187;, et donne &#233;galement en fran&#231;ais &#171; acte &#187;. Le verbe, l'acte, la force : pourquoi ne pas entendre cette libre association de Faust comme une invite &#224; nouer ces trois dimensions ? La force de l'acte de parole est au commencement de toute chose. Ainsi est &#233;crit dans la Gen&#232;se : &#171; Le Seigneur Dieu forma donc l'homme du limon de la terre ; Il souffla sur son visage un souffle de vie, et l'homme devint vivant et anim&#233; &#187; (Gen&#232;se 2,7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le souffle de la parole, la force de l'acte de parole est &#224; l'origine de l'homme, de la pulsion de vie, la violence se donne alors &#224; entendre imm&#233;diatement comme &#233;chec de la parole. Ainsi Ca&#239;n, au moment m&#234;me o&#249; il va pour adresser la parole &#224; son fr&#232;re Abel, se jette sur lui et le tue (4,8). La Gen&#232;se condense ainsi toute la probl&#233;matique de la violence : &#224; l'&#233;chec du verbe, sans la parole cr&#233;atrice de la vie, la force et l'action ne peuvent que s'allier dans une pulsion destructrice qui est pulsion de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'autres meurtres sont ensuite commis dans la Gen&#232;se, nul autre que ce meurtre primitif, ce meurtre premier, n'illustre mieux la violence &#224; l'oeuvre dans l'&#201;criture. Mais comment expliquer la gen&#232;se de ce meurtre ? L'ex&#233;g&#232;se en donne une interpr&#233;tation comme cons&#233;quence du p&#233;ch&#233; originel : ayant go&#251;t&#233; au fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, les hommes partageraient d&#233;sormais leurs actions en mauvaises et bienfaisantes. La suite logique est que, confront&#233; pour la premi&#232;re fois en acte &#224; ces deux p&#244;les, Ca&#239;n s'engage dans une mauvaise voie. Charge &#224; sa descendance de purger ensuite le p&#233;ch&#233; et de ne plus recommencer. L'explication est classique et ravie la psychologie moderne : elle est de bonne facture comportementaliste. Cependant, la lettre de l'&#201;criture est beaucoup plus riche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison en est que si l'on d&#233;chiffre &#224; la lettre l'acte de Ca&#239;n dans sa corr&#233;lation au p&#233;ch&#233; originel, cette explication masque un motif inconscient que chaque sujet est &#224; m&#234;me de retrouver dans sa propre structure psychique. S'y r&#233;v&#232;le l'enfant cach&#233; de la Gen&#232;se, l'enfant phallique refoul&#233; dans les tr&#233;fonds de l'inconscient. C'est ce motif que nous allons expliciter, non pas tant ici en r&#233;f&#233;rence au mythe parricide freudien du m&#226;le de la horde primitive, qu'au stade du miroir de la formalisation lacanienne, que ce premier fratricide illustre magnifiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rappellerons dans un premier temps les tenants et les aboutissants bibliques du meurtre, puis, dans un second temps, il s'agira d'interpr&#233;ter comment le p&#233;ch&#233; originel et la chute du paradis avaient pr&#233;par&#233; &#224; cette confrontation fratricide des deux premiers n&#233;s de l'humanit&#233; mythique : Ca&#239;n et Abel. Enfin, il s'agira de mettre en &#233;vidence combien la formalisation de Jacques Lacan dite du stade du miroir, en faisant appel aux concepts fondamentaux de la psychanalyse comme l'imago, le &#171; fort-da &#187; ou le masochisme primaire, red&#233;couvre dans l'inconscient cette rivalit&#233; violente et fratricide inaugurale du pacte social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'instant du regard : le crime de Ca&#239;n&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons tout d'abord l'acte en lui-m&#234;me. C'est au chapitre quatre de la Gen&#232;se que Ca&#239;n commet son crime. Celui-ci peut &#234;tre compris comme une succession de trois temps logiques : le temps du regard, le temps pour comprendre et le moment de conclure. Puis, apr&#232;s coup, deux mouvements refoulent l'acte : inconsciemment d'abord, puisque le crime revient sous la forme hallucin&#233;e d'une question pos&#233;e par une voix (celle de l'&#201;ternel), puis consciemment ensuite, sous la forme d'un rejet de la faute sur l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le temps du regard&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence par un temps qui est temps du regard. Abel le berger et Ca&#239;n le laboureur font, chacun de leur c&#244;t&#233;, une offrande &#224; l'&#201;ternel : &#171; Au bout de quelque temps, Ca&#239;n fit &#224; l'&#201;ternel une offrande des fruits de la terre ; et Abel, de son c&#244;t&#233;, en fit une des premiers-n&#233;s de son troupeau et de leur graisse. L'&#201;ternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ; mais il ne porta pas un regard favorable sur Ca&#239;n et sur son offrande. Ca&#239;n fut tr&#232;s irrit&#233;, et son visage fut abattu &#187; (4,3-5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette asym&#233;trie du regard de l'&#201;ternel sur les offrandes respectives des deux fr&#232;res irrite Ca&#239;n, c'est-&#224;-dire le fait se lever et s'&#233;lancer vers la col&#232;re. Le temps pour comprendre qui succ&#232;de au temps du regard est d&#233;j&#224; bien entam&#233;, lorsque l'&#201;ternel tente d'expliquer &#224; Ca&#239;n le d&#233;sir et ses avatars : &#171; Et l'&#201;ternel dit &#224; Ca&#239;n : Pourquoi es-tu irrit&#233;, et pourquoi ton visage est-il abattu ? Certainement, si tu agis bien, tu rel&#232;veras ton visage, et si tu agis mal, le p&#233;ch&#233; se couche &#224; la porte, et ses d&#233;sirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui &#187; (4,6-7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;chec de ce moment pour comprendre. Ca&#239;n n'a pas acc&#232;s &#224; son d&#233;sir, il est en de&#231;&#224;. L'instant du regard le pr&#233;cipite dans un moment de conclure anticipatoire et d&#233;sastreux : &#171; Cependant, Ca&#239;n adressa la &lt;br class='autobr' /&gt;
parole &#224; son fr&#232;re Abel ; mais, comme ils &#233;taient dans les champs, Ca&#239;n se jeta sur son fr&#232;re Abel, et le tua &#187; (4,8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le refoulement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se donne alors &#224; entendre le refoulement, qui perp&#233;tue l'&#233;chec de la parole. Mais observons bien que le retour de refoul&#233; inconscient pr&#233;c&#232;de le refoulement au sens conscient du terme, qui lui est le fait de Ca&#239;n. Dans un premier temps, en effet, c'est la question : &#171; O&#249; est ton fr&#232;re Abel ? &#187; (4.9). Cette parole est retour du refoul&#233; car elle se donne &#224; entendre &#224; Ca&#239;n, sous la forme d'une voix hallucin&#233;e, celle de l'&#201;ternel. Ce &#171; O&#249; est ton fr&#232;re &#187;, n'est pas sans rappeler le &#171; O&#249; es-tu ? &#187; que l'&#201;ternel adresse &#224; Adam, apr&#232;s que celui-ci ait mang&#233; la pomme. C'est alors qu'Abel prend &#224; son compte le refoulement en esquivant la question et en r&#233;pondant : &#171; Je ne sais pas ; suis-je le gardien de mon fr&#232;re ? &#187; (4,9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'irr&#233;parable est d&#233;j&#224; commis, c'est n&#233;anmoins le refoulement qui devient ici le v&#233;ritable crime et qui va poursuivre d&#233;sormais Ca&#239;n : &#171; Et Dieu dit : Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton fr&#232;re crie de la terre jusqu'&#224; moi &#187; (4,10). La voix du sang fait retour, poursuit Ca&#239;n, qui d&#233;sormais a peur de subir le m&#234;me ch&#226;timent, peur d'&#234;tre tu&#233; : &#171; Quiconque me trouvera me tuera &#187; (4.14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier temps fondateur - et qui reste toujours incompr&#233;hensible pour Ca&#239;n - fait alors retour, c'est le temps du regard : &#171; L'oeil &#233;tait dans la tombe et regardait Ca&#239;n &#187; (Victor Hugo). Il n'est d&#232;s lors pas difficile de reconna&#238;tre avec C. G. Jung que, derri&#232;re ce motif de l'oeil d'un dieu vengeur, se cachent &#171; les traits du p&#232;re effrayant dont la col&#232;re poursuit &#187; (Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, pp. 122-125).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le signifiant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons que ce refoulement n'est nullement annulable par le ch&#226;timent. Bien au contraire, le ch&#226;timent le perp&#233;tue en tentant d'en effacer la trace. Car, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, le ch&#226;timent subit par Ca&#239;n est doublement curieux. Non seulement l'&#201;ternel va prot&#233;ger Ca&#239;n, mais, en outre, il lui r&#233;serve la place qu'il avait r&#233;serv&#233;e &#224; Abel : &#171; L'&#201;ternel lui dit : si quelqu'un tuait Ca&#239;n, Ca&#239;n serait veng&#233; sept fois. Et l'&#201;ternel mit un signe sur Ca&#239;n pour que quiconque le trouverait ne le tu&#226;t point &#187; (4.15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que Ca&#239;n r&#233;ussit &#224; se prot&#233;ger, il est justement stigmatis&#233; par cette protection (ce &#171; signe &#187; mit par l'&#201;ternel sur Ca&#239;n). La trace du crime effac&#233;e par le pardon se perp&#233;tue d&#232;s lors comme pur signifiant. Ce qui est convoqu&#233; par Ca&#239;n pour le prot&#233;ger sert justement &#224; sa perte, puisque cette trace effac&#233;e par le pardon &#171; signe &#187; d&#233;sormais sa faute sur une autre sc&#232;ne, comme disait Freud, sur laquelle sans cesse lui sera rem&#233;mor&#233; son crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca&#239;n est condamn&#233; &#224; errer comme un vagabond : &#171; Maintenant, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton fr&#232;re. Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus sa richesse. Tu seras errant et vagabond sur la terre &#187; (11-12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons cependant que si le ch&#226;timent consiste &#224; ne plus pouvoir &#234;tre cultivateur (le sol ne donnera plus de richesse) et d'&#234;tre condamn&#233; &#224; errer (c'est-&#224;-dire &#224; &#234;tre pasteur), il l&#233;gitime alors pleinement le motif du crime puisque Ca&#239;n &#233;tait laboureur et Abel berger. En confortant Ca&#239;n en lieu et place d'Abel, ce ch&#226;timent en forme de pardon est l&#224; pour lui rappeler le crime et ses motifs. Ainsi Ca&#239;n peut le juger &#171; trop grand pour &#234;tre support&#233; &#187; (4,13).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps pour comprendre :&lt;br /&gt;
la chute du paradis terrestre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que le meurtre soit fondateur, n'est-ce pas l&#224; la d&#233;couverte que Freud nous proposait dans son c&#233;l&#232;bre Totem et Tabou ? Ind&#233;niablement, bien qu'un d&#233;placement ce soit ici faufil&#233; entre le mythe freudien et le mythe biblique. Dans le mythe freudien, le meurtre est commis sur le p&#232;re et les fils s'entendent ensuite pour le pacte civilisateur, tandis que dans le mythe biblique, le meurtre est commis sur le fr&#232;re, et le p&#232;re donne ensuite sa &#171; b&#233;n&#233;diction &#187; au fils pour fonder la civilisation moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la civilisation n'&#233;chappe pas au meurtre fondateur (Freud et les &#233;critures saintes semblent s'accorder sur ce point), quel est le v&#233;ritable mobile du crime ? Un regard ? Un regard, certes, mais en quoi ce regard est-il ravageur ? En quoi ce regard a-t-il des effets aussi d&#233;vastateurs sur celui qui en subit la c&#233;cit&#233; ? C'est que ce regard marque l'incompl&#233;tude de l'homme par rapport &#224; sa propre image. C'est le pas que Lacan fait faire &#224; notre &#233;coute des formations de l'inconscient. L&#224; o&#249; Freud interpr&#232;te la face cach&#233;e du meurtre en &#233;quivalence du d&#233;sir incestueux, Lacan va confirmer l'interpr&#233;tation sans pour autant faire appel au mythe de la horde primitive, mais &#224; sa formalisation du stade du miroir, suivant en cela saint Augustin &#224; la lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le comprendre, il nous faut encore une fois en revenir au commencement, c'est-&#224;-dire au p&#233;ch&#233; originel. C'est l&#224; que le v&#233;ritable motif du meurtre de Ca&#239;n se donne &#224; entendre et se laisse d&#233;voiler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Faisons l'homme &#224; notre image&lt;/i&gt; &#187; (Gen&#232;se 1,26)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me jour (1,23), apr&#232;s que la terre a produit des animaux vivants selon leur esp&#232;ce (1,23), les animaux terrestres, Dieu cr&#233;a l'homme : &#171; Puis Dieu dit : Faisons l'homme &#224; notre image, selon notre ressemblance &#187; (1,26), pour &#171; qu'il domine sur les animaux terrestres &#187; (1,26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il conclure de ce c&#233;l&#232;bre verset que Dieu est &#224; l'image de l'homme ? Certainement pas, cela n'est nullement d&#233;ductible de la proposition biblique verset 26 du premier chapitre de la Gen&#232;se. Ce qui est seulement &#224; entendre, mais ce n'est pas rien, c'est que : l'homme semble sans cesse pr&#233;c&#233;der par son image. Qu'est-ce &#224; dire ? Des pr&#233;cisions sont apport&#233;es un peu plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que tout a &#233;t&#233; achev&#233;, au septi&#232;me jour, on sait en effet que Dieu se repose de son oeuvre. Cependant, comme dans un brusque &#171; flash-back &#187;, le deuxi&#232;me chapitre de Gen&#232;se entame alors la narration d&#233;taill&#233;e de la cr&#233;ation de l'homme : une vapeur (2,6) s'&#233;l&#232;ve de la terre, arrose toute sa surface, et Dieu peut alors cr&#233;er l'homme en lui soufflant dans les narines &#171; un souffle de vie &#187; (2,7). L'&#201;ternel le met dans le jardin d'Eden qu'il avait plant&#233; &#224; cet effet &#224; l'orient, au sein duquel reposaient trois arbres : d'abord un arbre de toute esp&#232;ce, agr&#233;able &#224; voir, et dont les fruits &#233;taient &#171; bons &#224; manger &#187;, puis &#171; l'arbre de la vie &#187; (au milieu du jardin), et enfin &#171; l'arbre de la connaissance du bien et du mal &#187; (2,9). On se souvient que l'ordre donn&#233; par l'&#201;ternel &#224; l'homme est celui de ne pas manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal : &#171; L'&#201;ternel Dieu donna cet ordre &#224; l'homme : Tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour o&#249; tu en mangeras, tu mourras &#187; (2, 16-17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que l'&#201;ternel se fait cette r&#233;flexion : &#171; Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable &#224; lui &#187; (2,18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Eros, celui qui rompt les membres&lt;/i&gt; &#187; (H&#233;siode)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plongeant dans un &#171; profond sommeil &#187; (sorte d'hypnose), l'&#201;ternel op&#233;ra l'homme, &#171; prit une de ses c&#244;tes &#187;, et &#171; referma la chair &#224; sa place &#187; (2, 23). Avec cette c&#244;te, &#171; l'&#201;ternel Dieu forma une femme &#187;, et la pr&#233;senta &#224; l'homme (2,22) : &#171; Et l'homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! on l'appellera femme, parce qu'elle a &#233;t&#233; prise de l'homme &#187; (2,23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si pour H&#233;siode et la mythologie grecque, Eros, le Dieu de l'Amour, est d'abord celui qui rompt les membres, il a, on le voit, son pendant dans la mythologie biblique, puisque c'est apr&#232;s s'&#234;tre vu briser les os que l'homme conna&#238;t l'amour de la femme. Cet arrachement devra sans cesse &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;, puisqu'il est rappel&#233; dans la foul&#233;e que l'homme devra sans cesse renouveler cet arrachement et quitter son p&#232;re et sa m&#232;re, pour retrouver sa femme : &#171; C'est pourquoi l'homme quittera son p&#232;re et sa m&#232;re, et s'attachera &#224; sa femme, et ils deviendront une seule chair &#187; (2,24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la r&#233;f&#233;rence au mythe de Platon d'un &#234;tre unique &#224; l'origine que Zeus aurait s&#233;par&#233; en deux, et dont les deux moiti&#233;s n'auraient ensuite de cesse de s'accoupler, ce qu'il nous faut entendre ici, c'est que cet acte d'arrachement, de l'homme &#224; la terre, de la c&#244;te &#224; l'homme, de la femme &#224; la c&#244;te, etc., pr&#233;c&#232;de qu'on le veuille ou non toute sexualit&#233; : &#171; [...] Dieu leur dit : Soyez f&#233;conds, multipliez, remplissez la terre [...] &#187; (1,28).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'enfant cach&#233; de la Gen&#232;se&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le serpent, qui &#233;tait le plus rus&#233; de tous les animaux (3,1), proposa alors &#224; la femme de manger le fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, soudaine condensation de l'arbre de la vie et de l'arbre de la connaissance bien et du mal. Comment s'y prend-il ? &#171; Vous ne mourrez point &#187; (3,4), lui dit-il. Puis il s'empresse de pr&#233;ciser : &#171; Le jour o&#249; vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront &#187; (3,15), et &#171; vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal &#187; (3,15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme et la femme, qui ne s'appelaient pas encore Adam et &#200;ve, mang&#232;rent du fruit de l'arbre d&#233;fendu (3,6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que, jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#171; l'homme et sa femme &#233;taient tous deux nus &#187;, et n'en avaient point honte (2,25), &#171; les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils &#233;taient nus &#187; (3,7), et ils y rem&#233;di&#232;rent cousant des feuilles de figuier pour s'en faire des &#171; ceintures &#187; (3,7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous ici, c'est le moment d'interpr&#233;ter. Dans une lettre &#224; Jung, dat&#233;e du 17 d&#233;cembre 1911, Freud invite son correspondant &#224; comprendre le mythe de la Gen&#232;se comme une &#171; mis&#233;rable d&#233;figuration tendancieuse d'un apprenti pr&#234;tre &#187;, qui, comme dans un r&#234;ve, aurait &#171; condens&#233; en un r&#233;cit deux sources diff&#233;rentes &#187;. Ainsi s'expliquerait selon lui, par exemple, la confusion entre les deux arbres : &#171; Il n'est pas impossible que les deux arbres sacr&#233;s viennent de ce que dans chacun des &#233;crits qui lui ont servi de sources, il a trouv&#233; un arbre &#187; (S. Freud et C. G. Jung, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, 1906-1914, Gallimard, Paris, 1992). Mais, plus g&#233;n&#233;ralement, Freud d&#233;fend la proposition selon laquelle le mythe de la Gen&#232;se ne relate que des formes &#171; manifestes &#187; de motifs mythologiques, qui ne sont pas directement utilisables pour des r&#233;sultats psychanalytiques. Seules leurs formes latentes et originelles sont v&#233;ritablement exploitables du point de vue de l'inconscient, ce qui n'est accessible que par un travail d'&#233;laboration et de comparaison avec d'autres mythes, afin d'&#233;carter les d&#233;figurations grossi&#232;res que ces motifs ont subies au cours du processus de civilisation et de d&#233;veloppement des mythes. &#192; suivre Freud sur cette voie d'interpr&#233;tation, la s&#233;quence ci-dessus se fait entendre selon un ordre logique qui n'est pas sans nous rappeler quelques &#233;vidences : Dieu vient d'inciter l'homme et la femme &#224; se multiplier, puis un fruit est cueilli, et enfin des yeux s'ouvrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t clairement que ce fruit qui chute de l'arbre de la vie doit ici se comprendre comme une m&#233;taphore : celle d'un enfant qui vient de na&#238;tre et dont les yeux s'ouvrent &#224; la vie. Qu'&#233;voque donc ce serpent fantaisiste, ce serpent qui rampe, si ce n'est le premier r&#233;flexe du nourrisson, celui du &#171; fouissement &#187;, o&#249; le nouveau n&#233; rampe sur le ventre de sa m&#232;re afin de venir &#171; automatiquement &#187; se sustenter jusqu'au sein ? Ce r&#233;flexe fait partie de ce que l'on appelle les r&#233;flexes &#171; archa&#239;ques &#187; du nourrisson, lesquels apparaissent d&#232;s la naissance, pour dispara&#238;tre ensuite. Ils sont au nombre de quatre. Tout d'abord, le r&#233;flexe dit de Moro ou r&#233;flexe d'embrassement : les bras s'&#233;cartent sym&#233;triquement et se rejoignent. Ensuite, le r&#233;flexe de redressement et de marche automatique : &#224; une pression plantaire, l'enfant r&#233;agit en se redressant. En troisi&#232;me lieu, le &lt;i&gt;grasping&lt;/i&gt;, o&#249; la stimulation de la paume de la main entra&#238;ne une flexion des doigts et un agrippement. Enfin, celui que nous venons d'&#233;voquer, le r&#233;flexe de fouissement, c'est-&#224;-dire le r&#233;flexe de recherche et d'orientation vers le sein, lequel est d'ailleurs suivi des r&#233;flexes de succion et de d&#233;glutition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;flexes ont certes une valeur adaptatrice importante (leur absence est signe d'immaturit&#233;), mais une valeur qui est purement &lt;br class='autobr' /&gt;
fonctionnelle puisqu'ils disparaissent ensuite rapidement, cette disparition m&#234;me signant l'&#233;volution d'une bonne maturation. Cependant, en comparant l'ensemble de ces r&#233;flexes archa&#239;ques &#224; la s&#233;quence biblique, le fruit d&#233;fendu pr&#233;sente une &#233;trange ressemblance avec le sein maternel, et le serpent avec l'enfant lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons en effet interpr&#233;ter le p&#233;ch&#233; originel comme une condensation des quatre r&#233;flexes archa&#239;ques du nourrisson. Dans le fait de s'&#233;lever pour cueillir le fuit d'abord, qui repr&#233;sente ici le r&#233;flexe de redressement (ne voit-on pas, sur bon nombre de repr&#233;sentations et gravures, le serpent debout au pied de l'arbre d&#233;fendu ?) Dans l'acte lui-m&#234;me de cueillir ce fruit, ensuite, o&#249; se condensent les r&#233;flexes d'embrassement et d'agrippement. Quant au fruit que l'enfant souhaite cueillir apr&#232;s avoir ramp&#233; comme un serpent sur le ventre de sa m&#232;re (r&#233;flexe du &#171; fouissement &#187;), il se substitue pleinement dans ce contexte au sein maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;O&#249; es-tu ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que de cette mani&#232;re que l'on peut comprendre le fameux &#171; O&#249; es-tu ? &#187; (3,9) que l'&#201;ternel adresse &#224; l'homme. Car si l'&#201;ternel voit tout, on est en droit de se demander pourquoi il demande &#224; l'homme o&#249; il est : &#171; Mais l'&#201;ternel Dieu appela l'homme, et lui dit : O&#249; es-tu ? Il r&#233;pondit : J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis cach&#233;. Et l'&#201;ternel Dieu dit : Qui t'a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mang&#233; de l'arbre dont je t'avais d&#233;fendu de manger ? L'homme r&#233;pondit : La femme que tu as mise aupr&#232;s de moi m'a donn&#233; de l'arbre, et j'en ai mang&#233;. Et l'&#201;ternel Dieu dit &#224; la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? La femme r&#233;pondit : Le serpent m'a s&#233;duite, et j'en ai mang&#233; &#187; (3, 9-13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le motif classique de la femme apparaissant comme la s&#233;ductrice de l'homme, &#224; qui elle donnerait la pomme &#224; manger, para&#238;t un peu court eu &#233;gard au foisonnement mythologique. Dans sa lettre &#224; Jung, Freud lui confie que Otto Rank l'a rendu attentif au fait qu'il pourrait s'agir ici, dans le mythe de la Gen&#232;se, d'une simple inversion de motif : &#171; Alors la chose serait claire ; Eve serait la m&#232;re dont na&#238;t Adam, et nous nous trouverions devant l'inceste maternel qui nous est familier, dont la punition, etc. Tout aussi &#233;trange est ce trait que la femme donne &#224; l'homme quelque chose de f&#233;condant (une grenade) &#224; manger. En revanche, invers&#233;, cela est &#224; nouveau quelque chose de connu. Que l'homme donne &#224; la femme un fruit &#224; manger, c'est une vieille c&#233;r&#233;monie de mariage (cf. encore la fa&#231;on dont Proserpine doit rester dans l'Had&#232;s comme &#233;pouse de Pluton) &#187; (Freud &#224; Jung, 17 d&#233;cembre 1911).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans remettre radicalement en cause cette interpr&#233;tation, il est selon nous plus simple ici d'envisager que le fruit donn&#233; par la femme &#224; l'homme est tout simplement un enfant et qu'ainsi l'&#233;quation donn&#233;e plus haut se laisse r&#233;soudre selon l'&#233;quivalence : serpent = enfant = fruit = sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, &#224; la m&#234;me &#233;poque, C. G. Jung va plus loin dans la mise en &lt;br class='autobr' /&gt;
perspective de cette &#233;quation entre le fruit de l'arbre et le sein maternel. Dans &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, il insiste en effet longuement sur le caract&#232;re maternel du bois en g&#233;n&#233;ral et de l'arbre de vie en particulier : &#171; L'arbre de vie est en premier lieu sans doute un arbre g&#233;n&#233;alogique portant des fruits, donc une sorte de m&#232;re des g&#233;n&#233;rations. De nombreux mythes font descendre les hommes des arbres, beaucoup repr&#233;sentent le h&#233;ros enferm&#233; dans l'arbre maternel : ainsi Osiris mort dans la bruy&#232;re ; Adonis, dans la myrrhe, etc. De nombreuses divinit&#233;s f&#233;minines &#233;taient v&#233;n&#233;r&#233;es sous formes d'arbres : d'o&#249; le culte des bois et des arbres sacr&#233;s. Il est par cons&#233;quent compr&#233;hensible que &lt;br class='autobr' /&gt;
ce soit sous un pin qu'Attis s'&#233;mascule : cela signifie qu'il le fait &#224; cause de sa m&#232;re - ou en relation avec elle. La Junon de Thespie &#233;tait une branche d'arbre ; celle de Samos, une planche ; celle d'Argos, une colonne ; la Diane de Carie, un morceau de bois mal d&#233;grossi ; l'Ath&#233;n&#233;e de Lindus, une colonne polie. Tertullien appelle la C&#233;r&#232;s de Pharos : &#8220;&lt;i&gt;rudis palus et informe lignum sine effigie&lt;/i&gt;&#8221;. Athenaeus remarque au sujet de la Latone de D&#233;los qu'elle est un (...), un morceau de bois informe. Tertullien nomme une Pallas attique : &#8220;&lt;i&gt;crucis stipes&lt;/i&gt;&#8221;, pieu en forme de croix (ou m&#226;t). Le simple pilier de bois est phallique, comme l'indique d&#233;j&#224; le nom (&lt;i&gt;Pfahl&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;palus&lt;/i&gt;, etc.) &#187; (C. G. Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fruit de l'arbre repr&#233;sentant le sein maternel est, selon l'expression de Jung, &#171; symbole de libido &#187;. C'est-&#224;-dire que le fruit, le sein maternel, repr&#233;sente &#171; la libido du fils dont l'objet fut jadis la m&#232;re &#187; (&lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, p. 375). En ce sens, l'insistance sur le fruit signe la r&#233;sistance du fils &#224; d&#233;tacher sa libido de l'imago maternelle, signe la permanence et la souffrance du d&#233;sir incestueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; retenir ce motif d'&#233;quivalence entre l'arbre et le sein de la m&#232;re, le fameux &#171; O&#249; es-tu &#187; de l'&#201;ternel se donne ainsi &#224; entendre d'une mani&#232;re quelque peu diff&#233;rente ; il ne s'adresse pas tant &#224; l'homme &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; son fils premier-n&#233; : Ca&#239;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'ablactation ou la chute du paradis terrestre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; o&#249; es-tu ? &#187;, n'est pas tant une interrogation qu'une exclamation, une interpellation : tu en es encore l&#224;, au sein de ta m&#232;re ! C'est bien l'enfant (serpent) qui est ici sevr&#233; en &#233;tant maudit &#224; se rappeler le fouissement : &#171; L'&#201;ternel Dieu dit au serpent : Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le b&#233;tail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussi&#232;re tous les jours de ta vie &#187; (3,14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; jamais grav&#233;e dans la fameuse &#233;nigme de la Sphinge que r&#233;sout &#338;dipe en r&#233;v&#233;lant que l'homme est d'abord celui qui marche &#224; quatre pattes, cette naissance premi&#232;re et idyllique ne sera plus : &#171; Il dit &#224; la femme : J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur &#187; (3,16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inimiti&#233; est alors jet&#233;e sur l'enfant, sur la post&#233;rit&#233; de l'homme : &#171; Je mettrai inimiti&#233; entre toi et la femme, entre ta post&#233;rit&#233; et sa post&#233;rit&#233; : celle-ci t'&#233;crasera la t&#234;te, et tu lui blesseras le talon &#187; (3,15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'homme, on le sait, il devra travailler : &#171; Il dit &#224; l'homme : Puisque tu as &#233;cout&#233; la voix de ta femme, et que tu as mang&#233; de l'arbre au sujet duquel je t'avais donn&#233; cet ordre : Tu n'en mangeras point ! le sol sera maudit &#224; cause de toi. C'est &#224; force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des &#233;pines et des ronces, et tu mangeras de l'herbe des champs. C'est &#224; la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'&#224; ce que tu retournes dans la terre, d'o&#249; tu as &#233;t&#233; pris ; car tu es poussi&#232;re, et tu retourneras dans la poussi&#232;re &#187; (3,17-20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se de la naissance est alors confirm&#233;e par la nomination &lt;br class='autobr' /&gt;
d'Adam et d'&#200;ve, qui jusque-l&#224; n'avaient pas de nom, et par le statut d'&#200;ve en tant que m&#232;re, qui est alors ent&#233;rin&#233; : &#171; Adam donna &#224; sa femme le nom d'&#200;ve : car elle a &#233;t&#233; la m&#232;re de tous les vivants &#187; (3,20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;criture peut alors revenir sur l'hypoth&#232;se de la consommation du fruit de l'arbre de la connaissance, et sous-entend que le fruit mang&#233; aurait &#233;t&#233; le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal : &#171; L'&#201;ternel Dieu dit : Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Emp&#234;chons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre &#233;ternellement &#187; (3,22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, la chute du paradis terrestre, qui ne doit pas tant s'entendre au sens conscient d'une cons&#233;quence d'un p&#233;ch&#233; quelconque, que comme l'ablactation pr&#233;matur&#233;e du petit de l'homme. L'embl&#232;me de l'Eden, immortalis&#233; par les ch&#233;rubins et leur &#233;p&#233;e flamboyante, condense alors toute la probl&#233;matique de l'enfant (ch&#233;rubin) et de sa coupure (l'&#233;p&#233;e) du sein maternel : &#171; Et l'&#201;ternel Dieu le chassa du jardin d'Eden, pour qu'il cultiv&#226;t la terre, d'o&#249; il avait &#233;t&#233; pris. C'est ainsi qu'il chassa Adam ; et il mit &#224; l'orient du jardin d'Eden les ch&#233;rubins qui agitent une &#233;p&#233;e flamboyante, pour garder le chemin de l'arbre de vie &#187; (3,23-24).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le moment de conclure :&lt;br /&gt;
le fratricide stade du miroir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; On trouverait difficilement une &lt;i&gt;nursery&lt;/i&gt; sans conflits violents entre ses habitants &#187;, &#233;crit Freud dans ses conf&#233;rences d'introduction &#224; la psychanalyse. La principale raison de ces conflits, Freud la trouve dans le d&#233;sir de chacun de monopoliser &#224; son profit l'amour des parents. Dans ces conditions, les sentiments hostiles se portent d'abord sur les fr&#232;res et les soeurs, pr&#233;cise-t-il. Et l'Eden comme premi&#232;re &lt;i&gt;nursery&lt;/i&gt; n'y fait pas exception. C'est &#224; la lumi&#232;re de cette r&#232;gle freudienne &#233;l&#233;mentaire que doit se comprendre le meurtre d'Abel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca&#239;n est le premier-n&#233; con&#231;u dans le paradis terrestre. C'est lui qui, &lt;br class='autobr' /&gt;
avant tout, en a &#233;t&#233; chass&#233;. Cette image idyllique de l'enfant au paradis - de l'enfant au sein de la m&#232;re -, elle le hantera partout comme un oeil qui le regarde. &#192; commencer par la naissance de son fr&#232;re, Abel, qui r&#233;active cette imago maternelle &#224; laquelle il ne peut mesurer que son incompl&#233;tude, son d&#233;sir dans toute son ali&#233;nation. C'est l&#224; toute l'originalit&#233; de la th&#232;se lacanienne, laquelle s'affirme d&#232;s 1938 dans un article sur la famille et son fameux &#171; stade du miroir &#187;. Revisitant la th&#232;se d'Henri Wallon (&lt;i&gt;Les Origines du caract&#232;re chez l'enfant&lt;/i&gt;, &#233;ditions Boivin et Cie, Paris, 1934, pp. 190-207), Jacques Lacan prend &#224; t&#233;moin saint Augustin. &#171; La faiblesse du corps au premier &#226;ge est innocente, dit saint Augustin, l'&#226;me ne l'est pas &#187; : &#171; Un enfant que j'ai vu et observ&#233; &#233;tait jaloux. Il ne parlait pas encore, et regardait, p&#226;le et farouche, son fr&#232;re de lait. Chose connue ; les m&#232;res et nourrices pr&#233;tendent conjurer ce mal par je ne sais quels enchantements. Mais est-ce innocence dans ce petit &#234;tre, abreuv&#233; &#224; cette source de lait abondamment &#233;panch&#233; de n'y pas souffrir pr&#232;s de lui un fr&#232;re indigent dont ce seul aliment soutient la vie ? &#187; (&lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt;, I, VII).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se fondamentale soutenue conjointement par Lacan et saint Augustin est ici que la rivalit&#233; fraternelle ne doit pas tant s'entendre comme un conflit entre deux individus, que comme un conflit dans chaque sujet, conflit psychique interne issu de la confrontation &#224; cette identification mentale (imago maternelle) constitutive du d&#233;sir incestueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#234;tre qui absorbe est tout absorb&#233; &#187;, &#233;crit Jacques Lacan. Cela semble &#224; premi&#232;re vue paradoxal, que ce soit l'enfant qui t&#232;te qui soit en fait lui-m&#234;me absorb&#233;. Cette absorption n'est nullement paradoxale, si l'on comprend qu'&#224; ce stade l'objet du d&#233;sir se confond avec le sujet du d&#233;sir dans le fantasme fondamental constitutif du petit de l'homme. Si, du point de vue du besoin en effet, l'acte porte bien sur l'oralit&#233;, en d'autres termes si, du point de vue corporel, il s'agit bien d'un allaitement, d'un nourrissage, du point de vue du d&#233;sir par contre, cette satisfaction va bien au-del&#224; d'une satisfaction nourrici&#232;re. C'est avant tout une absorption, et qui plus est une absorption &#171; scopique &#187;. Scopique parce que le regard de l'enfant qui t&#232;te croise, se r&#233;fl&#233;chit et se confond avec celui de la m&#232;re, lequel se satisfait lui-m&#234;me de regarder son enfant se satisfaire : &#171; Dans l'allaitement, l'&#233;treinte et la contemplation de l'enfant, la m&#232;re, en m&#234;me temps, re&#231;oit et satisfait le plus primitif de tous les d&#233;sirs (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Regard de regard &#187;, &#171; d&#233;sir de d&#233;sir &#187;, l'on entre ici d'embl&#233;e dans une topologie particuli&#232;re, celle de l'inconscient, qui sp&#233;cifie et oriente toute la structure psychique de l'&#234;tre parlant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'imago maternelle&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'imago a, &#224; l'origine, &#233;t&#233; forg&#233; par C. G. Jung dans son &lt;br class='autobr' /&gt;
article de 1911, &#171; M&#233;tamorphoses et symboles de la libido &#187;. Le terme est emprunt&#233; au roman de Carl Spitteler, Prix Nobel de litt&#233;rature de 1919. D&#232;s cette &#233;poque, Jung entend se diff&#233;rencier de la th&#233;orie freudienne et, notamment, de la notion de complexe trop &#233;troitement associ&#233;e &#224; la notion de d&#233;sir incestueux. Cette notion d'imago, selon Jung, rend en effet mieux compte de la libido inconsciente, laquelle ne saurait en aucun cas se laisser d&#233;finir selon une direction exacte et unique, mais serait bien au contraire multi-directionnelle et conflictuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses ouvrages ult&#233;rieurs, C. G. Jung remplacera le terme &#171; imago &#187; par son fameux concept &#171; arch&#233;type &#187;, exprimant ainsi les caract&#232;res impersonnels et collectifs des motifs qui r&#233;sident dans les couches historiquement les plus profondes de l'inconscient (Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, p. 100). Jung renverse ainsi radicalement la conception freudienne qui accorde la primaut&#233; au d&#233;sir incestueux. Pour Jung, ce d&#233;sir n'est pas premier et la &#171; prohibition de l'inceste &#187; n'a rien de primaire, mais est bien secondaire et ne peut &#234;tre d&#233;finie que d'un strict point de vue social. Le d&#233;sir premier, le but premier, est simple d&#233;sir de redevenir enfant, de retourner sous la protection maternelle. C'est sur la voie de ce d&#233;sir premier que l'enfant rencontre l'inceste, puisqu'un des moyens les plus simples de r&#233;aliser ce d&#233;sir est de revenir dans la m&#232;re pour la f&#233;conder et &#234;tre &#224; nouveau r&#233;-enfant&#233; par elle : &#171; Ce qui est recherch&#233;, ce n'est pas la cohabitation incestueuse, mais la renaissance &#187; (Jung, p. 376). &#171; L'obstacle de la prohibition de l'inceste rend la fantaisie inventive [...]. L'aboutissement du tabou de l'inceste et de ses tentations de transposition, c'est l'exercice de l'imagination qui, peu &#224; peu, en cr&#233;ant des possibilit&#233;s, trace des voies le long desquelles la libido peut s'activer. Elle se trouve ainsi transposer insensiblement en des formes spirituelles &#187; (Jung, p. 376).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement radical permet &#224; Jung de se s&#233;parer compl&#232;tement d'une th&#233;orie sexuelle des n&#233;vroses, ce que l'on a appel&#233; le pansexualisme freudien : &#171; L'absurdit&#233; instinctuelle n&#233;vrotique de l'homme jeune tient donc &#224; une disposition analogue de ses parents et le trouble de sa sph&#232;re sexuelle est un ph&#233;nom&#232;ne secondaire et nullement primaire. Par cons&#233;quent, il n'y a pas de th&#233;orie sexuelle, mais il y a une th&#233;orie psychologique des n&#233;vroses &#187; (Jung, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses de l'&#226;me et ses symboles&lt;/i&gt;, p. 2748).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce concept d'imago que part Jacques Lacan pour construire sa formalisation du stade du miroir. Cependant, si pour Jung l'imago est une formation inconsciente purement fantasmatique, sans lien r&#233;el avec le d&#233;sir incestueux, dans sa formalisation, Jacques Lacan lui redonne toute sa dimension &#171; d'apr&#232;s-coup &#187;, c'est-&#224;-dire traumatisante et sexuelle pour le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stade du miroir vient en effet dans un premier temps redoubler ce que Rank qualifiait quant &#224; lui de &#171; traumatisme de la naissance &#187;, c'est-&#224;-dire l'arrachement du nouveau-n&#233; aux entrailles du ventre maternel. En ce sens, Lacan reconna&#238;t que cette ablactation, ce sevrage au sens le plus &#233;troit, &#171; donne son expression psychique, la premi&#232;re et aussi la plus ad&#233;quate, &#224; l'imago plus obscure d'un sevrage plus ancien, plus p&#233;nible et d'une plus grande ampleur vitale : celui qui, &#224; la naissance, s&#233;pare l'enfant de la matrice, s&#233;paration pr&#233;matur&#233;e d'o&#249; provient un malaise que nul soin maternel ne peut compenser &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Lacan reste tr&#232;s critique &#224; l'&#233;gard des th&#232;ses de O. Rank, il insiste cependant &#224; sa mani&#232;re sur la base objective de ce traumatisme qu'il accorde volontiers &#224; la pr&#233;maturation sp&#233;cifique de la naissance chez l'homme : &#171; L'angoisse, dont le prototype appara&#238;t dans l'asphyxie de la naissance, le froid, li&#233; &#224; la nudit&#233; du t&#233;gument, et le malaise labyrinthique auquel r&#233;pond la satisfaction du bercement, organisent par leur triade le ton p&#233;nible de la vie organique qui, pour les meilleurs observateurs, domine les six premiers mois de l'homme. Ces malaises primordiaux ont tous la m&#234;me cause : une insuffisante adaptation &#224; la rupture des conditions d'ambiance et de nutrition qui font l'&#233;quilibre parasitaire de la vie intra-ut&#233;rine &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, et bien au-del&#224; de faire de l'homme &#171; un animal &#224; naissance pr&#233;matur&#233;e &#187;, c'est bien la captation ali&#233;nante de la rencontre avec le d&#233;sir inconscient que vient redoubler et sp&#233;cifier l'imago de l'enfant &#224; la mamelle. Car de m&#234;me que l'arrachement de la c&#244;te d'Adam pr&#233;c&#232;de l'&#233;rotisme de l'homme, l'arrachement du sein maternel laisse subsister dans l'apr&#232;s-coup la trace de l'&#233;rotisme premier o&#249; le d&#233;sir incestueux se r&#233;v&#232;le comme d&#233;sir de l'Autre, et se fige dans l'image de la captation scopique (&#171; Le d&#233;sir inconscient est le d&#233;sir de l'Autre &#187;, Lacan, 1966, p. 632).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que le moi affirme son &#171; identit&#233; &#187;, il se confond avec cette image qui le forme et l'ali&#232;ne. C'est en ce sens, rappelons-le ici, qu'il faut entendre les paroles bibliques selon lesquelles l'&#201;ternel a fait l'homme &#224; son image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la maturation du petit de l'homme ne peut se concevoir que comme une longue suite de sevrages r&#233;p&#233;t&#233;s, dans lesquels ce sevrage primordial sera au fur et &#224; mesure liquid&#233; et son complexe d&#233;pass&#233;. C'est ainsi que se constitue la personnalit&#233; : &#171; tout ach&#232;vement de la personnalit&#233; exige ce nouveau sevrage &#187;. &#192; cet &#233;gard, Lacan rappelle l'id&#233;e h&#233;g&#233;lienne selon laquelle &#171; l'individu qui ne lutte pas pour &#234;tre reconnu hors du groupe familial n'atteint jamais &#224; la personnalit&#233; avant la mort &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Du &#171; fort-da &#187; &#224; l'enfant battu&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ach&#232;vement de la maturit&#233; et le d&#233;passement de ce stade imaginaire ne s'effectuent qu'avec la survenue et la r&#233;solution d'un nouveau complexe, symbolique celui-l&#224; - et nomm&#233;ment le complexe d'&#338;dipe -, un stade est d&#233;j&#224; primordial pour en signer la r&#233;solution anticipatoire, et c'est ce stade que Lacan qualifie du miroir. Mais, plut&#244;t que d'une &#233;volution vers Jung, il s'agit bien plus d'un retour &#224; Freud, dans la description des r&#233;actions et attitudes sp&#233;cifiques que ce conflit r&#233;anime dans chaque sujet, r&#233;actions que Freud avait d&#233;j&#224; observ&#233;es en son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si l'on comprend que le malaise du sevrage humain (ablactation ou chute du paradis terrestre) est la principale source du d&#233;sir de mort, force est de reconna&#238;tre que le d&#233;passement de cette imago, de ce complexe, ne peut s'effectuer que par un passage par ce qu'il faut qualifier de &#171; masochisme primaire &#187;. Masochisme qualifi&#233; ici de &#171; primaire &#187; ou fondamental, dans la mesure o&#249; pour se donner une chance de d&#233;passer l'ali&#233;nation premi&#232;re, le sujet se voit justement contraint, dans un premier temps, de la reproduire. C'est en effet ce que Freud avait d&#233;j&#224; observ&#233; en 1920 dans son &#171; Au-del&#224; du principe de plaisir &#187;, chez l'enfant aux prises avec sa bobine de fil, jeu ou mise en sc&#232;ne immortalis&#233;e par ses deux exclamations &#171; fort &#187; et &#171; da &#187; : &#171; C'est bien ainsi que sont apparus les jeux primitifs de l'enfant &#224; l'oeil connaisseur de Freud : cette joie de la premi&#232;re enfance de rejeter un objet du champ de son regard, puis, l'objet retrouv&#233;, d'en renouveler in&#233;puisablement l'exclusion, signifie bien que c'est le path&#233;tique du sevrage que le sujet s'inflige &#224; nouveau, tel qu'il l'a subi, mais dont il triomphe maintenant qu'il est actif dans sa reproduction. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la quintessence m&#234;me de ce jeu du &#171; fort-da &#187; que Lacan retrouve dans ce qu'il nomme stade du miroir. &#192; ceci pr&#232;s qu'il y distingue les trois attitudes condens&#233;es dans le &#171; fort-da &#187; du neveu de Freud, lesquelles sont celles de la parade (mise en sc&#232;ne), du despotisme (fort), de la s&#233;duction (da) : &#171; Qu'on s'arr&#234;te un instant, dit Lacan, &#224; l'enfant qui se donne en spectacle et &#224; celui qui le suit du regard : quel est le plus spectateur ? Ou bien qu'on observe l'enfant qui prodigue envers un autre ses tentatives de s&#233;duction : o&#249; est le s&#233;ducteur ? Enfin, de l'enfant qui jouit des preuves de la domination qu'il exerce et de celui qui se compla&#238;t &#224; s'y soumettre, qu'on se demande quel est le plus asservi ? Ici se r&#233;alise ce paradoxe : que chaque partenaire confond la partie de l'autre avec la sienne propre et s'identifie &#224; lui &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; la grammaire mise en &#233;vidence par Freud en 1919 lorsque, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;coutant le fantasme s'&#233;noncer sous la forme d'un &#171; On bat un enfant &#187;, il le d&#233;chiffre en faisant jouer au sujet tous les r&#244;les de ce sc&#233;nario, observant n&#233;anmoins que cet enfant battu est d'abord et avant tout un fr&#232;re ha&#239; : &#171; Dans la chambre d'enfants il y a aussi d'autres enfants, plus &#226;g&#233;s ou plus jeunes de tr&#232;s peu d'ann&#233;es, qu'on n'aime pas beaucoup, pour bien des raisons, mais principalement parce qu'on doit partager avec eux l'amour des parents, et qu'&#224; cause de cela on repousse de soi avec toute l'&#233;nergie sauvage qui est propre &#224; la vie sentimentale de ces ann&#233;es. Si c'est un petit fr&#232;re ou une petite soeur plus jeune (...) on le m&#233;prise, non content de le ha&#239;r, et il faut pourtant qu'on supporte de voir comme il tire &#224; lui cette part de tendresse que les parents aveugl&#233;s r&#233;servent chaque fois au plus jeune. On comprend bient&#244;t que le fait d'&#234;tre battu, m&#234;me si cela ne fait pas tr&#232;s mal, signifie une r&#233;vocation de l'amour et une humiliation &#187; (S. Freud, &#171; Un enfant est battu &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, vol. XV, pp. 115-146).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Freud pr&#233;cise en effet que dans un second temps, constitutif de l'intervention de la culpabilit&#233; et le refoulement du d&#233;sir incestueux, le sadisme s'inverse en masochisme. Sous l'effet de la r&#233;gression, l'&#233;criture du fantasme fondamental peut alors s'&#233;noncer d&#233;sormais ainsi : &#171; Le p&#232;re me bat (je suis battu par le p&#232;re). &#187; Cette permutation des r&#244;les - aussi bien des acteurs que des spectateurs - dans le sc&#233;nario est sp&#233;cifique du fantasme fondamental, et il en va de m&#234;me dans la formalisation du stade du miroir o&#249;, selon la formule de Lacan, &#171; chaque partenaire confond la partie de l'autre avec la sienne propre et s'identifie &#224; lui &#187;. C'est encore une fois ici le sujet lui-m&#234;me, ou encore le path&#233;tique de son propre sevrage, qu'il s'inflige &#224; nouveau, en le donnant en spectacle, en lui prodiguant des tentatives de s&#233;ductions, ou le repoussant comme un despote. Il se donne &#224; voir, &#224; se faire s&#233;duire par, ou &#224; se faire dominer par ce path&#233;tique, &#171; tel qu'il l'a subi &#187;, pour mieux en triompher dans l'activit&#233; de sa repr&#233;sentation : &#171; L'objet que choisit l'agressivit&#233; dans les primitifs jeux de la mort est, en effet, hochet ou d&#233;chet, biologiquement indiff&#233;rent ; le sujet l'abolit gratuitement, en quelque sorte pour le plaisir, il ne fait que consommer ainsi la perte de l'objet maternel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, prendre l'autre pour miroir de soi-m&#234;me permet de renvoyer une image permettant de fixer l'un des p&#244;les du masochisme primaire afin de tenter de le d&#233;passer f&#251;t-ce sur un mode hautement sacrificiel. Dans ces jeux primitifs ou ce stade, cette rencontre en miroir &#171; d&#233;bouche sur une alternative nouvelle o&#249; se joue le sort de la r&#233;alit&#233; &#187; : &#171; Ou bien il [le sujet] retrouve l'objet maternel et va s'accrocher au refus du r&#233;el et &#224; la destruction de l'autre ; ou bien, conduit &#224; quelque autre objet, il le re&#231;oit sous la forme caract&#233;ristique de la connaissance humaine, comme objet communicable, puisque concurrence implique &#224; la fois rivalit&#233; et accord ; mais en m&#234;me temps il reconna&#238;t l'autre avec lequel s'engage la lutte ou le contrat, bref il trouve &#224; la fois l'autrui et l'objet socialis&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire qu'ou bien le sujet r&#233;ussit, gr&#226;ce notamment &#224; ses identifications primaires et secondaires, &#224; d&#233;passer cette ali&#233;nation premi&#232;re de son d&#233;sir et sa captation imaginaire, ou bien il n'y r&#233;ussit pas, et il est alors irr&#233;m&#233;diablement engag&#233; sur une pente r&#233;gressive et agressive. &#171; Dans la mesure o&#249; elle r&#233;siste &#224; ces exigences nouvelles qui sont celles du progr&#232;s de la personnalit&#233;, pr&#233;cise Jacques Lacan, l'imago, salutaire &#224; l'origine, devient facteur de mort &#187; (Lacan, 1938). La rencontre avec l'autre, dans la mesure o&#249; elle r&#233;active l'absorption premi&#232;re et dans et par l'objet non-sublim&#233;, engage en effet le sujet vers la r&#233;gression du d&#233;sir &#224; un app&#233;tit. Ali&#233;n&#233; dans l'image du d&#233;sir de l'autre, le sujet ne se donne plus &#224; entendre que dans &#171; c'est un moi ou l'autre &#187;, c'est-&#224;-dire que &#171; c'est un moi ou l'autre qui doit dispara&#238;tre &#187;. Si c'est un moi, alors le sujet peut rester fixer &#224; l'imago du sein maternel, et se donne alors la mort selon cette image : gr&#232;ve de la faim ou r&#233;gime, anorexie mentale, toxicomanies, etc. C'est &#171; l'app&#233;tit de la mort &#187; &#233;crit Jacques Lacan : &#171; Cette tendance psychique &#224; la mort, sous la forme originelle que lui donne le sevrage, se r&#233;v&#232;le dans des suicides tr&#232;s sp&#233;ciaux qui se caract&#233;risent comme &#8220;non violents&#8221;, en m&#234;me temps qu'y appara&#238;t la forme orale du complexe : gr&#232;ve de la faim de l'anorexie mentale, empoisonnement lent de certaines toxicomanies par la bouche, r&#233;gime de famine des n&#233;vroses gastriques. L'analyse de ces cas montre que, dans son abandon &#224; la mort, le sujet cherche &#224; retrouver l'imago de la m&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'avec le crime de Ca&#239;n l'Ancien testament donne &#224; entendre avec Freud et Lacan, c'est que c'est tout sp&#233;cialement dans la situation &#171; fraternelle primitive &#187; que la violence primordiale se d&#233;montre. Ce ph&#233;nom&#232;ne, secondaire &#224; l'identification, est en rapport &#233;troit avec le nourrissage, selon le th&#232;me classique de la pomme et du fruit d&#233;fendu, &#233;galement illustr&#233; par le passage de saint Augustin : &#171; Nulle part ailleurs que dans la rencontre du fr&#232;re non sevr&#233;, cette ali&#233;nation fondamentale ne se donne &#224; entendre dans ses effets d&#233;vastateurs. C'est l&#224; o&#249; l'image de l'ali&#233;nation fondamentale culmine &#187;. La raison derni&#232;re en est &#171; qu'elle r&#233;p&#232;te dans le sujet l'imago de la situation maternelle et avec elle le d&#233;sir de la mort &#187; (Lacan, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus d'un enfant qui se consid&#232;re comme tr&#244;nant en s&#233;curit&#233; dans l'amour in&#233;branlable de ses parents a &#233;t&#233; d'un seul coup d&#233;chu de tous les cieux de sa toute-puissance pr&#233;somptueuse &#187;, &#233;crit Freud en 1919 (&#171; On bat un enfant &#187;). Au sortir du paradis terrestre (sevrage, ablactation), Ca&#239;n, le premier n&#233;, est surpris par l'image de son fr&#232;re nouveau-n&#233;, Abel, attach&#233; &#224; la mamelle de la m&#232;re de tous les hommes, Eve : &#171; Elle enfanta encore son fr&#232;re Abel &#187; (4,2). Le regard de l'&#201;ternel sur cette offrande est regard de la m&#232;re sur cet enfant auquel elle offre son sein, image qui r&#233;active une chute, dont la Gen&#232;se t&#233;moigne du caract&#232;re par trop pr&#233;cipit&#233; et ravageur. Au sortir de l'Eden, Ca&#239;n est litt&#233;ralement &#171; surpris par l'intrus dans le d&#233;sarroi du sevrage &#187;, et tel l'enfant observ&#233; par saint Augustin, &#171; il le r&#233;active sans cesse &#224; son spectacle &#187;. Il r&#233;gresse imm&#233;diatement et &#171; r&#233;agit &#187; rapidement &#171; par la destruction &lt;br class='autobr' /&gt;
imaginaire du monstre &#187; qui n'est autre que le simple reflet invers&#233; de son propre d&#233;sir, renvoyant ainsi Abel et l'inceste consomm&#233; dans les profondeurs des entrailles d'o&#249; il sort, celles de &#171; la terre qui a ouvert sa bouche &#187; comme le pr&#233;cisent les &#201;critures (4,11). Ca&#239;n, d&#233;sormais &#171; errant &#187; et &#171; vagabond sur la terre &#187;, est condamn&#233; - telle une fourmi sur la surface topologique -, &#224; ne jamais pouvoir y entrer si ce n'est qu'&#224; sa propre mort ; il inaugure par l&#224; m&#234;me le prototype du fantasme et de la culpabilit&#233; obsessionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous enseigne tout aussi bien la Gen&#232;se que la lettre lacanienne, c'est que &#171; la jalousie humaine &#187;, en formant son objet, &#171; se r&#233;v&#232;le comme l'arch&#233;type des sentiments sociaux &#187; (Lacan, 1938). L'&#233;ternel &#171; Faisons l'homme &#224; notre image, selon notre ressemblance &#187; ou &#171; le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu'elle nous est r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'exp&#233;rience psychanalytique &#187; (Lacan, Seuil, Paris, 1966, p. 93-100), signifie que la confrontation au d&#233;sir incestueux (ou imago maternelle) est non seulement incontournable, mais surtout qu'elle r&#233;v&#232;le la violence inaugurale et constitutive du sujet de l'inconscient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Im Anfang war die Tat !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est une premi&#232;re version d'un article ensuite publi&#233; dans &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Psychologie-de-la-violence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Psychologie de la violence&lt;/a&gt;, (sous la dir. de Christophe Bormans et Guy Massat), &#201;d. Studyrama, Paris, pp. 19-35.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Salp&#234;tre hier ; &#171; Aujourd'hui Madame &#187;</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Salpetre-hier-Aujourd-hui-Madame.html</link>
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		<dc:date>2006-07-28T07:41:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que le Salp&#234;tre ? Un vieux mot, qui provient du latin m&#233;di&#233;val &lt;i&gt;Salpetr&#230;&lt;/i&gt;, qui veut dire - nous dit le &lt;i&gt;Petit Robert&lt;/i&gt; : &#8220;Sel de pierre&#8221;. Nullement &#233;tonnant que Freud, pour en sortir, s'engouffre dans Notre Dame aux abords de laquelle les gargouilles b&#233;antes - sel du saint-esprit, ou phallus-presqu'ail&#233;s -, semblent vouloir venir se poser, comme le vautour de L&#233;onard, non pas entre ses l&#232;vres, mais entre cette trompe qu'est l'oreille de Freud-Sainte Vierge &#224; l'occasion. &#8220;Saperlipopette !&#8221; s'&#233;tonnait Tryphon Tournesol, cet astronome singulier, botaniste &#224; ses heures tout comme Freud, et passionn&#233; d'occultisme et de parapsychologie. Sourd comme un pot ! il tend, lui, son cornet acoustique entre le tout et le rien, c'est-&#224;-dire entre le capitaine &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; (&#8220;&#224; cet effet&#8221;) et &lt;i&gt;Tintin&lt;/i&gt; (&#8220;rien du tout !&#8221;) ; il nous criait-l&#224; un euph&#233;misme de &#8220;Sapristi&#8221; - dont les oiseaux de Schreber raffolaient -, c'est-&#224;-dire un euph&#233;misme de sacr&#233; ! &#8220;Nom de nom&#8221; pr&#233;f&#233;rait Lacan !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On sait que, juste avant de venir &#224; Paris, Freud a rat&#233; de peu l'invention de la coca&#239;ne ; mais en a-t-il pour autant rat&#233; l'invention de la poudre ? Poudre de perlimpinpin pour ce beau livre blanc et bariol&#233; tout de m&#234;me baptis&#233; de &#8220;noir&#8221;. Preuve s'il &#233;tait besoin d'en apporter, que le signifiant lacanien est en pleine effervescence chez ses auteurs : eux sont bien arriv&#233;s &#224; &#8220;Hommes&#8221;, et ils ne comptent pas en repartir de si t&#244;t ! &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;&#201;ditorial&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton69-d028f.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte publi&#233; &#224; l'occasion du cent-cinquanti&#232;me anniversaire de Sigmund Freud (6 mai 2006).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Freud serait pass&#233; par-l&#224; ; par la Salp&#234;tri&#232;re. Nous avons tendance &#224; ne retenir de ce voyage et du retour &#224; Vienne-Itaque qui s'en suivit, qu'un brin d'imaginaire aux abords du symbolique. Quelque chose qui, finalement, sur un n&#339;ud borrom&#233;en, participerait d'un bord hyst&#233;rique s'ouvrant sur l'&lt;i&gt;Unbewusste&lt;/i&gt;. Du sens, encore ! Mais qu'en est-il du r&#233;el dont Freud se fait en quelque sorte le &#171; porteur-saint &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Oui, je viens dans son Temple...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne voudrait rien savoir de ce qui s'invente &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Titre du second num&#233;ro &#171; Du Coq &#224; l'&#194;ne ! &#187;, Revue de l'&#201;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et ce &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; s'applique d'abord &#224; &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;, &#224; nous-m&#234;mes - &#224; moi le premier. C'est l&#224;, pourtant, l'une des premi&#232;res exp&#233;riences de notre propre cure analytique : que le re-foulement re-gagne sans cesse du terrain, que la mer re-vient sans cesse sur l'a-s&#232;chement du Zuyderzee, en conteste sans cesse ce que l'on pensait pouvoir prendre pour une victoire. &#171; Je recommence, puisque j'avais cru pouvoir finir &#187; (Lacan, 13 novembre 1973).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Salp&#234;tri&#232;re de Charcot, v&#233;ritable Temple de l'hyst&#233;rie, &#171; la Mecque des neurologues &#187;, selon l'expression de Jones&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Jones, La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud, [1953], PUF, Paris, 1958, p. 231.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; la crois&#233;e de l'imaginaire et du symbolique. On sait quel bain de sang inaugure la tirade d'Abner en son acte premier. Et Freud en raterait le r&#233;el encore une fois ! Oui, mais nous - &#212; &#171; miracle du hurlement &#187; ! -, nous n'en ratons pas moins par cette orientation historique, ce signifiant qui fini par venir se balader de quelques tours dans notre r&#233;el : &lt;i&gt;Salp&#234;tri&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Sel de pierre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est certes un h&#244;pital, mais hier c'&#233;tait encore une fabrique de Salp&#234;tre. Qu'est-ce que le Salp&#234;tre ? Un vieux mot, qui provient du latin m&#233;di&#233;val &lt;i&gt;Salpetr&#230;&lt;/i&gt;, qui veut dire - nous dit le &lt;i&gt;Petit Robert&lt;/i&gt; : &#171; Sel de pierre &#187;. Nullement &#233;tonnant que Freud, pour en sortir, s'engouffre dans Notre Dame aux abords de laquelle les gargouilles b&#233;antes - sel du saint-esprit, ou phallus-presqu'ail&#233;s -, semblent vouloir venir se poser, comme le vautour de L&#233;onard, non pas entre ses l&#232;vres, mais entre cette trompe qu'est l'oreille de Freud-Sainte Vierge &#224; l'occasion. &#171; Saperlipopette ! &#187; s'&#233;tonnait Tryphon Tournesol, cet astronome singulier, botaniste &#224; ses heures tout comme Freud, et passionn&#233; d'occultisme et de parapsychologie. Sourd comme un pot ! il tend, lui, son cornet acoustique entre le tout et le rien, c'est-&#224;-dire entre le capitaine &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; (&#171; &#224; cet effet &#187;) et &lt;i&gt;Tintin&lt;/i&gt; (&#171; rien du tout ! &#187;) ; il nous criait-l&#224; un euph&#233;misme de &#171; Sapristi &#187; - dont les oiseaux de Schreber raffolaient -, c'est-&#224;-dire un euph&#233;misme de sacr&#233; ! &#171; Nom de nom &#187; pr&#233;f&#233;rait Lacan !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que, juste avant de venir &#224; Paris, Freud a rat&#233; de peu l'invention de la coca&#239;ne ; mais en a-t-il pour autant rat&#233; l'invention de la poudre ? Poudre de perlimpinpin pour ce beau livre blanc et bariol&#233; tout de m&#234;me baptis&#233; de &#171; noir &#187;. Preuve s'il &#233;tait besoin d'en apporter, que le signifiant lacanien est en pleine effervescence chez ses auteurs : eux sont bien arriv&#233;s &#224; &#171; Hommes &#187;, et ils ne comptent pas en repartir de si t&#244;t !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Poussi&#232;re d'&#233;toile&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je re&#231;ois un patient, qui depuis peu s'est lanc&#233; dans la photographie. Revenant d'un rendez-vous o&#249; il a pr&#233;sent&#233; son travail, il semble souhaiter m'expliquer qu'il en a marre qu'on le compare au c&#233;l&#232;bre photographe des ann&#233;es 80, Helmut Newton ! Il s'adresse &#224; moi : &#171; Je ne sais pas si vous le connaissez ? &#187; Je lui r&#233;pond : &#171; Celui qui a invent&#233; la gravit&#233; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ayant pass&#233; le plus clair de son temps &#224; faire l'&#233;cole buissonni&#232;re, &#224; dormir au fond de la classe et ne comprenant pas un tra&#238;tre mot de ce qu'ont jamais racont&#233; ses professeurs - ni, d'ailleurs, &#224; ce qu'on attendait de lui -, je me demande tout de m&#234;me si le &lt;i&gt;lion&lt;/i&gt; n'avait pas bondit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une fausse man&#339;uvre est irr&#233;parable. Le proverbe, le lion ne bondit qu'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ici un peu trop vite... &lt;i&gt;Silence&lt;/i&gt;. L'inconscient, surmontant ses r&#233;sistances et ses &lt;i&gt;pesanteurs&lt;/i&gt;, allait-il trouver le chemin de sa propre &#171; loi de &lt;i&gt;gravit&#233;&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'a pas... invent&#233; la gravit&#233;... Elle existait d&#233;j&#224;, mais... il l'a trouv&#233;... &#187; Le ton &#233;tait plut&#244;t interrogatif (transf&#233;rentiel) et j'en profite alors pour enfoncer le clou : &#171; S'il l'a trouv&#233;, c'est qu'il l'a invent&#233;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois d'ici le tableau d'un de ces professeurs exasp&#233;r&#233;s, l&#226;chant &#224; propos de cet enfant - pas tr&#232;s turbulent pourtant : &#171; Celui-l&#224;, on peut dire qu'il n'a pas invent&#233; la poudre ! &#187; Oui - &lt;i&gt;sauf que&lt;/i&gt; : sc&#232;ne caract&#233;ristique des films muets des ann&#233;es 20, la sortie du petit oiseau va de pair avec l'explosion ! Coup de pied aux fesses du photographe en prime, puisqu'il a lui-m&#234;me confondu - apr&#232;s s'&#234;tre avanc&#233; plusieurs fois pour engueuler le rang d'oignon qui s'impatientait -, l'isoloir de son appareil avec les jupes d'une femme qui entre-temps s'&#233;tait elle-m&#234;me gliss&#233;e l&#224;-dessous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Shadows and dust&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore plus concr&#232;tement - puisqu'on est dans la chimie -, le salp&#234;tre est un m&#233;lange naturel de nitrates (calcium, potassium, ammonium), qui se forme sur les vieux murs et les parois des &#233;tables, et &#224; partir duquel on fabriquait autrefois de la poudre de guerre, de la poudre &#224; canon. Freud avait semble-t-il lui-m&#234;me ses raisons d'interroger Einstein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la Salp&#234;tri&#232;re, avant de devenir le temple de l'art m&#233;dical, est d'abord un arsenal : elle traite d'abord la mort avant d'en traiter les victimes, les n&#233;vroses de guerre s'entend : message invers&#233;, corps morcel&#233;, ou juste retour &#224; l'envoyeur ? Le mot &#171; poudre &#187; provient tout simplement du latin &lt;i&gt;pulvis&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;pulveris&lt;/i&gt;, ce qui veut tout simplement dire poussi&#232;re : &#171; Poussi&#232;re, tu redeviendras poussi&#232;re ! &#187; (Gen&#232;se 3,19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient du r&#234;ve dit des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, ou r&#234;ve des trois P&#226;rques (Freud, &lt;i&gt;L'interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1993, p. 181 et suiv.) et de la mani&#232;re dont Freud se pr&#233;cipite pour l'interpr&#233;ter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'avais six ans et que ma m&#232;re me donnait mes premi&#232;res le&#231;ons, elle m'enseignait que nous avions &#233;t&#233; faits de terre et que nous devions revenir &#224; la terre. Cela ne me convenait pas, j'en doutai. Ma m&#232;re frotta alors les paumes de ses mains (tout &#224; fait comme pour faire des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, mais elle n'avait pas pris de p&#226;te), et elle me montra les petits fragments d'&lt;i&gt;&#233;piderme&lt;/i&gt; noir&#226;tres qui s'en &#233;taient d&#233;tach&#233;s comme une preuve que nous &#233;tions faits de terre. Je fus stup&#233;fait par cette d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt; et je me r&#233;signai &#224; ce que plus tard j'appris &#224; formuler : &#8220;tu dois rendre ta vie &#224; la nature&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Saint qui aime / Saint phonie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la cha&#238;ne d'association conduit tr&#232;s vite Freud &#224; la coca&#239;ne, de sorte que l'on ne doit pas manquer de s'interroger ici :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt; ou poudre aux yeux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la blague roumaine que Paul aime &#224; raconter : &#171; Quelle a &#233;t&#233; la r&#233;action de Beethoven lorsqu'il a apprit qu'on allait construire un bordel juste &#224; cot&#233; de chez lui ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pom ! Pom ! Pom ! Poooooooom ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme dans la d&#233;monstration d'Amalia, la blague est tout &#224; fait gestuelle, car pour un bon effet comique, le narrateur s'en frotte autant de fois les mains, suivant ainsi les quatre notes d'introduction de la &lt;i&gt;Cinqui&#232;me symphonie&lt;/i&gt;, comme un destin qui frappe &#224; la porte au moment m&#234;me o&#249; le compositeur, semblable au Tournesol d'Herg&#233;, semble y devenir de plus en plus sourd !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Colonel Chabert&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce &lt;i&gt;pulvis&lt;/i&gt; - ce &#171; sel de pierre &#187; de la Salp&#234;tri&#232;re -, Freud n'est-t-il pas l&#224;, d&#233;j&#224;, confront&#233; &#224; la &#171; pulsion &#187; dans un &#171; au-del&#224; &#187; du principe de plaisir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le verbe &#171; salp&#234;trer &#187; s'&#233;crit pourtant - et peu avant que Freud vienne &#224; Paris. Sous la plume de Balzac, notamment, qui d&#233;peint ainsi les murs de la chambre humide du Colonel Chabert - bien rang&#233; des canons, lui -, lorsqu'il y re&#231;oit, penaud, le fameux Derville :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le lit du colonel consistait en quelques bottes de paille sur lesquelles son h&#244;tesse avait &#233;tendu deux ou trois lambeaux de ces vieilles tapisseries, ramass&#233;es je ne sais o&#249;, qui servent aux laiti&#232;res &#224; garnir les bancs de leurs charrettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plancher &#233;tait tout simplement en terre battue. Les murs salp&#234;tr&#233;s, verd&#226;tres et fendus r&#233;pandaient une si forte humidit&#233;, que le mur contre lequel couchait le colonel &#233;tait tapiss&#233; d'une natte en jonc &#187; (Balzac, &lt;i&gt;Le Colonel Chabert&lt;/i&gt;, Chapitre III).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;el, b&#233;ance des murs qui n'est pas sans nous rappeler le film &#171; R&#233;pulsion &#187; de Roman Polanski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Cure-dent&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous discutions l'autre soir avec Paul Papahagi et Agn&#232;s Sofyiana - recevant notre ami et psychanalyste br&#233;silien, Cyro Marcos da Sylva : &#171; Pourquoi cela sent-il si vite la poudre dans les institutions analytiques ? &#187; Rien d'&#233;tonnant si nous admettons que nous venons l&#224;, chacun avec notre &#171; trognon &#187; comme dit Lacan, c'est-&#224;-dire avec ce bout de r&#233;el encore empreint des &lt;i&gt;dents de lion&lt;/i&gt; de notre propre cure analytique. Mais l'institution n'est pas un cure-dent ! Elle est explosive, peut-&#234;tre par n&#233;-cecit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salp&#234;tre hier, et aujourd'hui Madame, puisque la question du f&#233;minin et de sa jouissance traverse aujourd'hui l'&#201;cole psychanalytique de la Salp&#234;tri&#232;re ; peut-&#234;tre, d'ailleurs, &#224; la mani&#232;re de cette fl&#232;che que l'ange en &lt;i&gt;extension&lt;/i&gt; du Bernini entend faire traverser &#224; la mystique Sainte-Th&#233;r&#232;se en sa pleine extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;S(&lt;s&gt;A&lt;/s&gt;)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aujourd'hui Madame&lt;/i&gt;, car je me souviens des apr&#232;s-midis o&#249; n'allant justement pas &#224; l'&#233;cole, je restais &#224; &lt;i&gt;couver&lt;/i&gt; ma petite &#171; grippe &#187; de &lt;i&gt;mal fichu&lt;/i&gt; en regardant cette &#233;mission &#171; propos&#233;e &#187; - selon la formule de l'&#233;poque -, par Armand Jammot. Quel &#233;trange nom : JAM-maux ? JA-Mot ? Quelque mot se barrant de Jouissance Autre ; et me rappelle qu'&#224; l'&#233;poque, cela sentait bien cet &lt;i&gt;Unheimlich&lt;/i&gt; freudien, d'&#234;tre-l&#224; - petit gar&#231;on -, et de se retrouver &#224; prendre quelque plaisirs &#224; regarder cette &#233;mission intitul&#233;e : &lt;i&gt;Aujourd'hui Madame&lt;/i&gt;. C'est pourquoi je relis avec un plaisir non moins renouvel&#233; cette &#171; Instance de la lettre dans l'inconscient &#187;, puisque c'est d'un support visuel, l&#224;-encore, que se pose la question de la place du signifiant dans ce que Lacan appelle la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &lt;i&gt;Salp&#234;tre&lt;/i&gt; est-il encore dans le r&#233;el ? si partis de lui, nous sommes arriv&#233;s &#224; &#171; Dames ! &#187; (Jacques Lacan, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966, p. 500).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Mordicus&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils ne savent pas que nous leur apportons la peste ! &#187; aurait dit Freud &#224; Jung aux abords des c&#244;tes am&#233;ricaines, apercevant peut-&#234;tre au loin New York et sa &#171; c&#233;l&#232;bre statue &#233;clairant l'univers &#187; (Lacan, &#171; La chose freudienne &#187;, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966, p. 403). Je n'en d&#233;mordrais pas que ce mot a simplement &#233;t&#233; invent&#233; de toute pi&#232;ce par Lacan - soutenant pourtant &#171; &lt;i&gt;mordicus&lt;/i&gt; &#187; le tenir de la bouche m&#234;me de Jung.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#234;tre pass&#233; par la Salp&#234;tri&#232;re pour revenir &#224; Vienne-Itaque afin de tenter d'embarquer (d'a-bord) Breuer dans cette travers&#233;e orageuse de l'hyst&#233;rie, je me plais &#224; croire, pour ma part, que Freud lui aurait, un soir, susurr&#233; &#224; l'oreille, alors qu'ils se trouvaient tous les deux au chevet d'Anna O.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une Anna O. mythique - bien s&#251;r - &#224; la mani&#232;re de la mise en sc&#232;ne par un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Ils ne savent pas que nous inventons la poudre ! &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Titre du second num&#233;ro &#171; Du Coq &#224; l'&#194;ne ! &#187;, &lt;i&gt;Revue de l'&#201;cole Psychanalytique de la Salp&#234;tri&#232;re&lt;/i&gt;, pour lequel ce texte &#233;tait pr&#233;vu, mais qui n'y a jamais vu le jour.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Jones, &lt;i&gt;La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud&lt;/i&gt;, [1953], PUF, Paris, 1958, p. 231.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Une fausse man&#339;uvre est irr&#233;parable. Le proverbe, le lion ne bondit qu'une fois, a n&#233;cessairement raison &#187; (S. Freud, &#171; L'analyse avec fin et l'analyse sans fin &#187; [1937], &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes&lt;/i&gt;, tome II, trad. fr., Paris, PUF, 1985, p. 234.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une Anna O. mythique - bien s&#251;r - &#224; la mani&#232;re de la mise en sc&#232;ne par un John Huston des &lt;i&gt;passions secr&#232;tes&lt;/i&gt; de Freud-Montgomery-Clift.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Freud et le souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Le-Leonard-de-Vinci-de-Freud.html</link>
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		<dc:date>2006-03-17T14:58:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ces &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, - ces boulettes de la m&#232;re -, associ&#233;es, ici, avec la fourrure du pardessus, la longue queue, la petite barbe en pointe, les turqueries, un Freud &#8220;stup&#233;fait&#8221; par la d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt;... &#199;a nous parle quand m&#234;me un peu tout &#231;a :&lt;br /&gt;
&#8220;Mon r&#234;ve des trois Parques, dit Freud beaucoup plus loin, est un r&#234;ve de faim, tr&#232;s net, mais il ram&#232;ne le besoin de nourriture &#224; la nostalgie de l'enfant pour le sein maternel et il utilise un penchant innocent pour en couvrir un plus grand qui, lui, ne peux s'ext&#233;rioriser franchement&#8221; (&lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt;, p. 204).&lt;br /&gt;
R&#233;fl&#233;chissons : ne serait-ce pas l&#224; ce &lt;i&gt;penchant plus grand&lt;/i&gt; du r&#234;ve des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, qui viendrait, justement, faire irruption dans le sujet qui nous pr&#233;occupe, - au travers de ce &#8220;Vautour-Geier&#8221; du &lt;i&gt;Souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci&lt;/i&gt; ? Non pas tant, ici, comme un &lt;i&gt;lapsus&lt;/i&gt;, encore moins comme un jugement conscient, que les auteurs du &lt;i&gt;Livre noir&lt;/i&gt; s'empressent bien vite &#224; qualifier de &#8220;mauvaise foi&#8221;, mais bien comme un jugement inconscient, quelque chose qui serait ici de l'ordre de ce que Freud qualifiera de &#8220;&lt;i&gt;Verleugnung&lt;/i&gt;&#8221; dans son article sur le &#8220;F&#233;tichisme&#8221; - c'est-&#224;-dire : un d&#233;ni &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;Da Vinci Ode&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Seminaires-.html" rel="directory"&gt;S&#233;minaires psychanalytiques&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton65-c2632.gif?1757671327' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de l'intervention au s&#233;minaire interne de l'&#201;cole Psychanalytique de la Salp&#234;tri&#232;re (EPSa - &lt;i&gt;Sexe&lt;/i&gt;-poser) le mercredi 14 d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Lorsque la recherche m&#233;dicale sur l'&#226;me, qui d'ordinaire se contente d'un mat&#233;riel humain m&#233;diocre, aborde l'un des Grands du genre humain, elle n'ob&#233;it pas pour autant aux motifs qui lui sont si fr&#233;quemment imput&#233;s par les profanes. Elle ne tend pas &#8220;&#224; noircir ce qui rayonne, ni &#224; tra&#238;ner le sublime dans la poussi&#232;re&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi - par ces cinq lignes - que Freud ouvre son Essai : &#171; Un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci &#187;. Au-del&#224; de la r&#233;sonance que peut avoir, aujourd'hui, pour nous - apr&#232;s la publication du &lt;i&gt;Livre noir de la psychanalyse&lt;/i&gt; -, ces quelques lignes introductives, je vous demanderai, bien entendu, de pr&#234;ter ici attention &#224; un signifiant : le signifiant &#171; poussi&#232;re &#187; (&#171; Staub &#187;), que Freud emprunte ici &#224; Schiller. Je ne vous le citerai pas en Allemand (le mien est d&#233;plorable ), mais en Fran&#231;ais, &#231;a donne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le monde aime &#224; noircir ce qui rayonne&lt;br /&gt;
Et &#224; tra&#238;ner le sublime dans la poussi&#232;re &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... Tra&#238;ner le sublime dans la poussi&#232;re... &#187; Deux vers, tir&#233;s d'un po&#232;me de Schiller, dont le titre et l'apostrophe ne sont pas ici anodin - bien au contraire -, puisqu'il s'agit de &#171; Das Madchen von Orleans &#187; (&#171; La Jeune fille d'Orl&#233;ans &#187;), po&#232;me ins&#233;r&#233; comme prologue &#224; l'&#233;dition de 1801 de sa pi&#232;ce &#171; Die Jungfrau von Orleans &#187;, autrement dit, cette fois, que l'on peut bien traduire par : &#171; La pucelle d'Orl&#233;ans &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. F. von Schiller, &#171; article 618 &#187;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et la pi&#232;ce, nous dit-on, est une attaque violente contre &#171; La Pucelle d'Orl&#233;ans &#187; de Voltaire (1762), que Schiller (entre autre) juge blasph&#233;matoire, et c'est par ce po&#232;me, qu'il d&#233;cide, justement, de rendre &#224; Jeanne d'Arc, disons toute sa &#171; dignit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud ne pouvait r&#234;ver mieux pour introduire son essai sur L&#233;onard de Vinci !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci &#187; (&#171; Eine Kindheitserinnerung des L&#233;onardo Da Vinci &#187;) - mais qu'il aurait peut-&#234;tre &#233;t&#233; plus juste d'intituler : &#171; Une fantaisie infantile de L&#233;onard de Vinci &#187; -, est publi&#233; pour la premi&#232;re fois en mai 1910, chez Franz Deuticke : le manuscrit fait 71 pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud n'y fera que deux ajouts, lors de la publication de la seconde et de la troisi&#232;me &#233;dition, respectivement en 1919 et 1923, nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage a d'abord &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais par M. Bonaparte, en 1927, puis ensuite, par J. Altounian et &lt;i&gt;ali&lt;/i&gt; (A. et O. Bourgignon, P. Cotet et A. Rauzy) en 1987 (dont est paru une &#233;dition bilingue en 1991) ; puis enfin, dans les &#339;uvres compl&#232;tes de Sigmund Freud (volume X), publi&#233;e chez PUF en 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces deux derni&#232;res &#233;ditions - et notamment l'&#233;dition bilingue - que j'utiliserai ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que Freud avait, depuis semble-t-il assez longtemps, un faible pour L&#233;onard de Vinci. Il soumet notamment son cas &#224; Fliess, dans une lettre dat&#233;e du 9 octobre 1898, dans le cadre d'une sombre th&#233;orie des gauchers &#224; laquelle Fliess para&#238;t s'int&#233;resser &#224; l'&#233;poque. En 1907 (ann&#233;e de la publication sur la &#171; Gradiva de Jensen &#187;), invit&#233; par Hugo Heller &#224; r&#233;v&#233;ler ses dix livres pr&#233;f&#233;r&#233;s, il place le roman de Dimitri Merejkovski sur L&#233;onard &#224; la cinqui&#232;me place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet essai - &#171; Un souvenir d'enfance sur L&#233;onard de Vinci &#187; occupe - non pas dans l'&#339;uvre de Freud, mais - pour l'Homme-Freud, une place tout &#224; fait particuli&#232;re, une place cruciale, disons pivot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, peut-&#234;tre, parce que c'est &#224; son retour d'Am&#233;rique (en octobre 1909) - que lui vient l'id&#233;e - disons ici particuli&#232;rement &#171; fix&#233;e &#187;, si ce n'est &#171; fixe &#187; - d'&#233;crire cet ouvrage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis mon retour, &#233;crit-il &#224; Jung dans une tr&#232;s longue lettre dat&#233;e du 17 octobre 1909, j'ai eu une seule id&#233;e. L'&#233;nigme du caract&#232;re de L&#233;onard de Vinci est tout &#224; coup devenue transparente pour moi. Ce serait donc l&#224; un premier pas dans la biographie. Mais le mat&#233;riel sur L[&#233;onard] est si maigre que je d&#233;sesp&#232;re d'exposer de mani&#232;re saisissable aux autres ce dont je suis &#224; bon escient convaincu. J'attends &#224; pr&#233;sent avec impatience un ouvrage italien sur sa jeunesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit tr&#232;s certainement de N. Smiraglia Scognamiglio, Ricerche e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que j'ai command&#233;. Entre-temps je peux vous r&#233;v&#233;ler le secret. - Vous [et l&#224; il y a, dans la lettre originale, un lapsus de Freud, qui &#233;crit &#171; mich &#187; (moi) au lieu de &#171; sich &#187; (vous)] - Vous rappelez-vous ma remarque dans les Th&#233;ories sexuelles infantiles (2e &#171; recueil &#187; [l'essai vient d'&#234;tre r&#233;imprim&#233; en f&#233;vrier 1909]), sur l'&#233;chec n&#233;cessaire de cette investigation primitive des enfants, et l'effet paralysant qui r&#233;sulte de ce premier &#233;chec ? Relisez ces mots ; ils n'&#233;taient alors pas compris aussi s&#233;rieusement que je les comprends maintenant. Or, le grand L&#233;onard, qui &#233;tait sexuellement inactif ou homosexuel, &#233;tait &#233;galement un tel homme, qui a t&#244;t converti sa sexualit&#233; en pulsion de savoir, et qui est rest&#233; accroch&#233; &#224; l'exemplarit&#233; [&lt;i&gt;Vorbildlichkeit&lt;/i&gt;] de l'inach&#232;vement &#187; (Freud-Jung, Correspondance, Gallimard, Paris, 1975, p. 336).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, le moment auquel Freud se lance dans ce projet d'&#233;crire son essai sur L&#233;onard de Vinci, semble en tous points pivot : de retour de ce formidable voyage en Am&#233;rique, nous allons, tout doucement, vers le IIe congr&#232;s de Psychanalyse (apr&#232;s celui de Salzbourg en 1908), le Congr&#232;s de Nuremberg (30 et 31 mars 1910), et o&#249; seront fond&#233;s le &lt;i&gt;Zentralblatt fur Psychoanalyse&lt;/i&gt; et, surtout, l'IPA, o&#249; C. G. Jung prendra place dans son premier fauteuil pr&#233;sidentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud semble totalement absorb&#233; par son essai, &#224; tel point qu'il interrompt la r&#233;daction de ses &lt;i&gt;Cinq Le&#231;ons&lt;/i&gt; (ses le&#231;ons d'Am&#233;rique - trois seulement sont termin&#233;es) pour se consacrer uniquement &#224; son &#233;tude sur L&#233;onard de Vinci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; &#224; la fin mai 1910, cet essai restera pendant longtemps son ouvrage de pr&#233;dilection, &#233;crivant encore &#224; Ferenczi en 1919 (soit 9 ans apr&#232;s, dans une lettre dat&#233;e du 13 f&#233;vrier), que ce texte est &#171; la seule belle chose &#187; qu'il ait jamais produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; : &#171; ... une seule id&#233;e &#187; (&#224; Jung), &#171; ... la seule belle chose... &#187; (&#224; Ferenczi), tout ici nous laisse entendre que cette &lt;i&gt;Fantaisie de L&#233;onard&lt;/i&gt;... H&#233; bien c'est son essai &#171; F&#233;tiche &#187; &#224; Freud - et je n'avance peut-&#234;tre pas ce mot au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors effectivement, l'essai commence bien par ce fameux &#171; secret &#187;, - secret de &#171; l'&#233;nigme &#187;, pour reprendre les propres mots de Freud, &#171; secret &#187; qu'il &#171; r&#233;v&#232;le &#187; &#224; Jung en octobre 1910 (&lt;i&gt;lapsus calami&lt;/i&gt; en prime) -, Freud red&#233;couvrant son propre texte, le second des &#171; Trois essais... &#187; (celui sur les &#171; Th&#233;ories sexuelles infantiles &#187;) ; ce texte donc sur &#171; l'&#233;chec n&#233;cessaire de cette investigation primitive des enfants &#187;, c'est par l&#224; que Freud commence, d&#232;s la premi&#232;re section de l'essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais auparavant, bien s&#251;r, il nous touche quelques mots de la vie, de l'&#339;uvre et de la sexualit&#233; de L&#233;onard. Ce que nous allons tout de m&#234;me faire ici, nous aussi.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;I&lt;br /&gt;
L&#233;onard de Vinci et &#171; &lt;i&gt;il primo motore&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard, est n&#233; en 1452 dans la petite ville de Vinci (entre Florence et Empoli).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Enfance de L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un enfant hors mariage, d'un p&#232;re, Ser Piero da Vinci, &#171; notaire et rejeton d'une famille de notaires et de cultivateurs &#187; - lesquels tenaient leur nom de la localit&#233; de Vinci - ; et d'une m&#232;re, une certaine Catarina, vraisemblablement &#171; une jeune paysanne &#187;, nous dit Freud, et qui &#233;pousera plus tard, en secondes noces, un autre habitant de la localit&#233; de Vinci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard passe, selon Freud, les premi&#232;res ann&#233;es de sa jeune vie (&#171; d&#233;cisives &#187;, nous pr&#233;cise-t-il) chez sa m&#232;re, &#171; pauvre et abandonn&#233;e &#187; ; et, &#224; l'&#226;ge de cinq ans (d'apr&#232;s les registres des imp&#244;ts), il est accueilli dans la maison de son p&#232;re, lequel s'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment re-mari&#233; avec une noble femme - Donna Albiera -, l'ann&#233;e m&#234;me de la naissance de L&#233;onard, mais qui n'avait pas encore eu d'enfant. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette &#171; absence &#187;, suppose Freud - &#171; l'absence d'enfant dans ce mariage &#187; - que L&#233;onard doit d'&#234;tre &#171; accueilli au cours de sa cinqui&#232;me ann&#233;e (...) dans la maison paternelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette maison paternelle, L&#233;onard est donc tout d'abord un &#171; enfant ill&#233;gitime &#187;, Freud prend bien soin de le pr&#233;ciser ; mais des enfants l&#233;gitimes viendront ensuite - et en nombre -, puisque L&#233;onard, aura finalement 12 fr&#232;res et s&#339;urs (10 fr&#232;res et 2 s&#339;urs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit L&#233;onard est donc &#233;lev&#233; dans la maison paternelle &#224; partir de 5 ans, jusqu'&#224; ce qu'il entre comme apprenti dans l'atelier d'Andrea del Verrocchio (&#224; un &#226;ge que l'on ignore), mais probablement fort jeune - tout ce que l'on sait, c'est que le nom de L&#233;onard figure d&#233;j&#224;, en 1472 (il a donc 20 ans), sur la liste des membres de la &#171; Compagnia del Pittori &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, voil&#224;, c'est tout ce que l'on sait sur l'enfance de L&#233;onard de Vinci. Et encore, une bonne moiti&#233; a l&#224;-d&#233;j&#224; &#233;t&#233; reconstruit par Freud, on verra peut-&#234;tre comment ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin nous voyons l&#224; d&#232;s le d&#233;part, un certain nombre de signifiants qui, bien entendu, int&#233;ressent Freud au plus pr&#232;s, pour qui se souvient de la configuration familiale d'un Freud, fils a&#238;n&#233; du troisi&#232;me mariage de son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un Grand homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de l'essai, en effet, Freud nous d&#233;peint ce L&#233;onard en &#171; Grand &#187; : un &#171; G&#233;nie universel &#187;, un homme &#171; d'une beaut&#233; achev&#233;e du visage &#187;, &#171; d'une force corporelle inaccoutum&#233;e &#187;, &#171; enchanteur dans ses mani&#232;res &#187;, &#171; ma&#238;tre du discours &#187;, portant volontiers des &#171; v&#234;tements fastueux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme Grand, donc (avec un grand G), et un homme tout &#224; fait myst&#233;rieux : &#171; &#201;nigmatique &#187;, &#171; Ma&#238;tre myst&#233;rieux &#187;, soup&#231;onner de s'adonner &#224; la &#171; magie noire &#187;, diss&#233;quant &#171; des cadavres de chevaux ou d'hommes &#187;, et construisant des &#171; appareils &#187; pour le moins curieux. Voil&#224; un homme qui, pour Freud, s'&#233;cartait &#171; consid&#233;rablement des commentateurs d'Aristote et se rapprochait des alchimistes m&#233;pris&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud nous cite un extrait de son &lt;i&gt;Trait&#233; de la peinture&lt;/i&gt;, &#171; significatif &#187; selon l'expression de Freud, dans lequel L&#233;onard, comparant la peinture &#224; la sculpture, d&#233;crit les incommodit&#233;s du travail du sculpteur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le voici [le sculpteur] avec le visage tout barbouill&#233; et poudr&#233; de poussi&#232;re de marbre, si bien qu'il a l'air d'un boulanger et est tellement recouvert de petits &#233;clats de marbre qu'il semble avoir re&#231;u de la neige sur le dos, et sa demeure est pleine d'&#233;clats de pierre et de poussi&#232;re. C'est tout le contraire dans le cas du peintre, car le peintre est assis tr&#232;s confortablement devant son oeuvre, bien habill&#233;, et manie le tr&#232;s l&#233;ger pinceau aux aimables couleurs. Il est par&#233; d'habits &#224; sa guise. Et sa demeure est pleine de peintures enjou&#233;es, et d'une propret&#233; resplendissante. Il a souvent de la compagnie, musique ou lecteurs de diverses belles oeuvres, ce qu'on &#233;coute avec grand agr&#233;ment sans fracas de marteau ni autre bruit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; ce jeune homme enjou&#233; et plein de poussi&#232;re, ce beau, grand et myst&#233;rieux L&#233;onard, se combine et, surtout, succ&#232;de (apr&#232;s la premi&#232;re p&#233;riode de L&#233;onard de Vinci) un chercheur, faisant place, lui, &#224; une certaine &#171; lenteur &#187;, voire une certaine &#171; inhibition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revirement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce revirement, Freud le situe au moment de son d&#233;part de Milan, apr&#232;s le d&#233;clin du r&#232;gne de Ludovic Sforza, dit le More (&#224; la cour duquel, nous rappelle Freud, L&#233;onard s'&#233;tait introduit comme joueur de luth). &#192; un L&#233;onard qui, dans une premi&#232;re p&#233;riode, semble d'abord travailler sans inhibition, d'une &#171; force cr&#233;atrice virile &#187; et connaissant, &#224; Milan, une forte &#171; productivit&#233; artistique &#187;, succ&#232;de donc, en France (&#171; son dernier asile &#187;), un homme &#171; instable &#187;, &#171; peu riche en succ&#232;s ext&#233;rieurs &#187; ; un homme dont &#171; l'&#233;clat &#187; de &#171; l'humeur (...) p&#226;li &#187;, nous dit Freud, et dont les int&#233;r&#234;ts en viennent toujours plus &#224; se porter &#171; de son art [peinture et sculpture] vers la science &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc deux p&#233;riodes : avant et apr&#232;s 1499, lorsqu'il part de Milan pour aller &#224; Florence, puis &#224; Paris (1516).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, il est peut-&#234;tre n&#233;cessaire de relativiser un peu ici : sa &#171; lenteur &#187; - &#171; proverbiale &#187;, pr&#233;cise Freud -, s'&#233;tait manifest&#233;e d&#232;s le d&#233;but de son &#339;uvre, et notamment dans l'ex&#233;cution d'un de ces chef-d'&#339;uvre, la C&#232;ne, &#224; tel point que, selon Freud, c'est elle, cette lenteur, qui est la cause premi&#232;re de la d&#233;t&#233;rioration si rapide de la fresque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est elle [sa lenteur] aussi qui d&#233;termina le destin de la C&#232;ne, qui n'&#233;tait pas imm&#233;rit&#233;. L&#233;onard ne put se familiariser avec la peinture al fresco [En italien dans le texte. Peinture &#8220;al fresco&#8221;, c'est-&#224;-dire sur un support &#8220;frais&#8221; ; d'o&#249; l'expression fran&#231;aise peinture &#224; fresque ; c'est donc en un sens impropre que &#8220;fresque&#8221; peut designer une peinture murale r&#233;alis&#233;e selon un autre proc&#233;d&#233;, comme celui de L&#233;onard.] qui requiert de travailler rapidement, tant que l'enduit est encore humide ; aussi choisit-il des couleurs &#224; l'huile dont la dessiccation lui permettait de tirer en longueur l'ach&#232;vement de la fresque, selon l'humeur et &#224; loisir. Mais ces couleurs se d&#233;tach&#232;rent de l'enduit sur lequel elles furent appliqu&#233;es et qui les isolait du mur ; les d&#233;fauts de ce mur et les destins subis par ce lieu concoururent &#224; provoquer la d&#233;t&#233;rioration in&#233;luctable, semble-t-il, de la fresque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lenteur proverbiale &#187; donc : pas moins de 3 ans pour peindre la C&#232;ne du couvent de Santa Maria delle Grazie &#224; Milan, pas moins de 4 ans pour le portrait de Monna Lisa, sans compter, que cette &#171; lenteur &#187;, l'oblige &#224; laisser inachev&#233;es bon nombre de ses &#339;uvres (comme ces derniers tableaux : la L&#233;da, la Madone de Sant'Onofrio, le Bacchus et le Saint Jean-Baptiste jeune), et ce, semble-t-il, dans la plus grande indiff&#233;rence du ma&#238;tre lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette &#171; lenteur proverbiale &#187;, de cette &#171; inactivit&#233; et indiff&#233;rence &#187; et, finalement, de ce &#171; d&#233;tournement &#187; de l'int&#233;r&#234;t de L&#233;onard pour la peinture, au profit d'un int&#233;r&#234;t a priori &#171; &#233;tranger &#187; - &#171; celui de l'exp&#233;rimentateur &#187; -, Freud en fait le &#171; sympt&#244;me &#187; d'une &#171; inhibition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que du point de vue de sa sexualit&#233;, L&#233;onard semble &#233;galement - de ce qu'on peut en savoir : et justement on en sait peu, ce qui est bien une preuve pour Freud -, L&#233;onard semble donc du point de vue de la sexualit&#233;, relativement : &#171; inhib&#233; &#187;, l&#224; encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sexualit&#233; de L&#233;onard de Vinci&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et L&#233;onard, nous dit Freud, donne en effet &#171; l'exemple d'une froide r&#233;cusation du sexuel, qu'on n'attendrait pas d'un artiste et peintre de la beaut&#233; f&#233;minine. Solmi cite de lui la phrase suivante, caract&#233;ristique de sa frigidit&#233; : &#8220;L'acte de procr&#233;ation, et tout ce qui s'y relie, est si r&#233;pugnant que les humains finiraient bient&#244;t par s'&#233;teindre s'il ne s'agissait l&#224; d'une coutume transmise de tout temps et s'il n'y avait pas encore de jolis visages et des pr&#233;dispositions sensuelles&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de sa sexualit&#233;, Freud nous d&#233;crit un L&#233;onard de Vinci &#171; chaste &#187;, voire &#171; abstinent &#187;, v&#233;g&#233;tarien - il &#171; refusait, &#224; ce qu'on dit, l'alimentation carn&#233;e parce qu'il ne trouvait pas justifi&#233; de ravir la vie aux animaux &#187; - &#171; chaste &#187; et &#171; abstinent &#187;, donc, et ce jusqu'au point o&#249; il est m&#234;me &#171; douteux &#187;, nous dit Freud, &#171; que L&#233;onard ait jamais &#233;treint amoureusement une femme &#187; et, du reste, &#171; on n'a pas connaissance non plus, pr&#233;cise Freud, d'une intime relation d'&#226;me &#224; &#226;me avec une femme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment encore : lorsqu'il &#233;tait encore apprenti et vivait dans la maison de son ma&#238;tre Verrocchio, il aurait &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; (avec d'autres) pour commerce homosexuel interdit - laquelle d&#233;nonciation aurait n&#233;anmoins abouti &#224; un non-lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce sujet, Freud pr&#233;cise que, comme Ma&#238;tre, il s'entourait soit de gar&#231;ons de mauvaises r&#233;putations (comme mod&#232;les), soit de beaux gar&#231;ons qu'il prenait pour &#233;l&#232;ves. D'ailleurs, c'est au dernier de ses &#233;l&#232;ves, Francesco Melzi (qui apr&#232;s l'avoir accompagn&#233; en France, resta pr&#232;s de lui jusqu'&#224; sa mort), qu'il l&#233;gua son h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc un homme, L&#233;onard, qui est apparemment sexuellement abstinent ; et c'est cela qui int&#233;resse Freud au plus haut point, c'est le cas de le dire. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La clef de son &#234;tre &#187; : &#171; &lt;i&gt;Il primo motore&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, nous dit Freud, dans un extrait d'un texte de ses &lt;i&gt;Conf&#233;renze Florentine&lt;/i&gt;, que L&#233;onard nous livre &#171; la clef de son &#234;tre &#187; (et il nous cite l&#224; un passage de ces Conf&#233;renze) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aucune chose ne se peut aimer ou ha&#239;r si l'on n'en a pas d'abord connaissance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentant cette phrase de L&#233;onard, Freud aboutit &#224; la conclusion que Leonard n'a pu vouloir dire que ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On devrait aimer d'une telle fa&#231;on qu'on retienne l'affect, qu'on le soumette au travail de la pens&#233;e et qu'on ne lui donne pas libre cours avant qu'il n'ait subi l'examen par la pens&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est donc bien l&#224; dans ce que Freud avan&#231;ait &#224; Jung, (la r&#233;v&#233;lation de ce &#171; secret &#187; de &#171; l'&#233;nigme &#187;, &#171; la clef de son &#234;tre &#187;) : Ce &#171; grand L&#233;onard, qui &#233;tait sexuellement inactif ou homosexuel &#187;, et qui &#171; &#233;tait &#233;galement un tel homme, qui a t&#244;t converti sa sexualit&#233; en pulsion de savoir &#187;, mais &#171; qui est rest&#233; accroch&#233; &#224; l'exemplarit&#233; de l'inach&#232;vement &#187; (&lt;i&gt;Lettre &#224; Jung&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que Freud voulait en venir, en partant de cette citation de L&#233;onard extraite des Conf&#233;renze Florentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;nigme de la sphinge&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, Freud nous r&#233;-expose ces fameuses pulsions de la toute premi&#232;re enfance, cette p&#233;riode de la recherche sexuelle infantile, ou d'investigation sexuelle infantile (&lt;i&gt;infantielen sexualforschung&lt;/i&gt;) ; cette recherche sexuelle, se portant sur ce que Freud appelle l'&#233;nigme de la sphinge : &#224; savoir, la question de savoir d'o&#249; viennent les enfants, et c'est sur cette voie, que l'enfant semble infatigable (&#171; l'infatigable plaisir &#224; questionner &#187; - &lt;i&gt;fragelust&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans ses recherches, l'enfant arrive &#224; quoi ? H&#233; bien, la plupart du temps, sur des choses que l'on va retrouver dans l'inconscient, &#224; savoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le s&#233;jour de l'enfant dans le ventre de la m&#232;re ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des vues sur la provenance de l'enfant &#224; partir de l'acte de manger ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur sa mise au monde par l'intestin ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur le r&#244;le du p&#232;re, &#171; difficile &#224; d&#233;gager &#187;, nous dit Freud, puisque l'enfant pressent d&#233;j&#224; l'existence de l'acte sexuel, mais celui-ci lui appara&#238;t comme quelque chose d'hostile et de violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui mais voil&#224; ! - parce qu'il y a un &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Comme sa propre constitution sexuelle n'est pas encore en mesure d'assumer la t&#226;che de la procr&#233;ation &#187; (&#171; l'anatomie c'est le destin &#187; dira ailleurs Freud, reprenant la phrase de Napol&#233;on), cette recherche va n&#233;cessairement venir se perdre dans le &#171; sable &#187;, dit Freud - et je dirai, pour ma part, dans la poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte, apr&#232;s ce que l'on peut appeler une premi&#232;re v&#233;ritable exp&#233;rience &#171; d'autonomie intellectuelle &#187;, une frustration ressentie comme &#171; profond&#233;ment d&#233;primante &#187;, dit Freud. L'enfant ne pardonnera plus jamais aux adultes d'avoir &#233;t&#233;, en cette occasion &#171; frustr&#233; de la v&#233;rit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, Freud parle ici de &#171; frustration &#187;, et intervient ensuite, ce qu'il appelle le refoulement (Verdrangung), lequel porte sur le sexuel, il s'agit d'un refoulement sexuel (&lt;i&gt;Sexualverdrangung&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Forschung et destin de la forschung&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, que devient, ult&#233;rieurement, ces ou cette pulsion(s) de recherche (&lt;i&gt;forschertriebes&lt;/i&gt;), quel est son destin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; trois possibilit&#233;s distinctes, r&#233;pond Freud : inhibition, contrainte ou sublimation ; et ce, selon qu'elle (la &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt;) reste plus ou moins li&#233;e &#224; - selon qu'elle partage plus ou moins le m&#234;me destin que celui de - la pulsion sexuelle (&lt;i&gt;Sexualtriebe&lt;/i&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Car ou bien cette &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt; partage le m&#234;me destin que la sexualit&#233;, et le d&#233;sir de savoir (&lt;i&gt;Wi&#223;begierde&lt;/i&gt;) reste alors inhib&#233; et la libre activit&#233; de l'intelligence restreinte - &#171; peut-&#234;tre &#224; vie &#187;, pr&#233;cise Freud : c'est l&#224; l'inhibition, le &#171; type de l'inhibition n&#233;vrotique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ou bien, le d&#233;veloppement intellectuel est d&#233;j&#224; suffisamment vigoureux pour que cette &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt; puisse &#171; r&#233;sister &#187; &#224; ce refoulement sexuel qui le &#171; harc&#232;le &#187;, et alors, on &#233;chappe &#224; l'inhibition ; mais l'inconscient faisant toujours retour (la recherche sexuelle r&#233;prim&#233;e faisant retour de l'inconscient), la recherche (&lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt;) est &#171; d&#233;form&#233;e &#187; en contrainte - en &#171; contrainte de rumination &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, le troisi&#232;me type - &#171; le plus rare et le plus parfait &#187;, prend bien soin de pr&#233;ciser Freud -, dans lequel la &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt; &#233;chappe au refoulement sexuel (&lt;i&gt;Sexualverdrangung&lt;/i&gt;) et, par cons&#233;quent, le sujet &#233;chappe &#224; l'inhibition et &#224; la contrainte de pens&#233;e n&#233;vrotique : c'est la sublimation (&lt;i&gt;sublimierung&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Freud, le L&#233;onard des premi&#232;res ann&#233;es, est un &#171; cas exemplaire &#187; du troisi&#232;me type, c'est-&#224;-dire de sublimation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'apr&#232;s l'activit&#233; infantile du d&#233;sir de savoir au service d'int&#233;r&#234;ts sexuels, il ait ensuite r&#233;ussi &#224; sublimer en pouss&#233;e &#224; la recherche la plus grande part de sa libido, tels seraient, nous dit Freud, le noyau et le secret de son &#234;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, justement, lorsque l'on a affaire &#224; un homme d'un tel type, on ne peut s'emp&#234;cher de se demander : pourquoi et comment ? Pourquoi lui, n'est-ce pas... Et pourquoi pas moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'est certes pas ais&#233; d'apporter la preuve de cette conception &#187;, nous dit Freud ; et pourtant c'est bien cette preuve qu'il va aller chercher, dans ce souvenir, cette fantaisie infantile, qu'il trouve et qu'il nous expose dans la seconde section de son essai.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;II&lt;br /&gt;
L'Enfant-vautour&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le souvenir en question, autour duquel le travail de Freud tourne - comme on tourne autour d'un trou, justement -, c'est celui-ci, que Freud extrait de ses &#233;crits scientifiques, et avec lequel Freud d&#233;bute la seconde section de son petit essai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une seule et unique fois, &#233;crit Freud, autant que je sache, pr&#233;cise-t-il de surcro&#238;t, L&#233;onard a ins&#233;r&#233; dans un de ses &#233;crits scientifiques une indication sur son enfance. &#192; un endroit qui traite du vol du vautour, il s'interrompt soudain pour suivre un souvenir qui surgit en lui du fond de ses toutes premi&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Il semble qu'il m'&#233;tait d&#233;j&#224; assign&#233; auparavant de m'int&#233;resser aussi fondamentalement au vautour, car il me vient &#224; l'esprit comme tout premier souvenir qu'&#233;tant encore au berceau, un vautour est descendu jusqu'&#224; moi, m'a ouvert la bouche de sa queue et, &#224; plusieurs reprises, a heurt&#233; mes l&#232;vres de cette m&#234;me queue.&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, tout de suite, Freud va situer ce souvenir du c&#244;t&#233; de la fantaisie, certes, mais il n'en fait pas moins remarquer que, pour exhumer et fa&#231;onner une telle fantaisie, celle-ci doit s'appuyer sur un &#171; rien r&#233;el &#187;, &lt;i&gt;reale nichtigkeit&lt;/i&gt;, - ce qui peut &#233;galement se traduire, remarquons-le ici, par &#171; nullit&#233; vraie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Freud analyse bien sur cette fantaisie, comme toute cr&#233;ation psychique (r&#234;ve, vision, d&#233;lire, etc.) et, bien entendu, l'interpr&#232;te, lui donne un sens, disons une signification sexuelle et inconsciente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors la &#171; Queue &#187;, c'est, bien entendu, le membre viril en italien (&lt;i&gt;coda&lt;/i&gt;). Et Freud en conclue imm&#233;diatement qu'il s'agit l&#224; d'un fantasme de fellation, autrement dit d'un acte sexuel, et qui plus est : &#224; caract&#232;re passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, Freud remonte l'&#233;quation bien connue (sein = f&#232;ces = enfant = phallus), et nous dit que cette fantaisie est certainement une r&#233;-&#233;laboration d'une premi&#232;re jouissance (&#171; vitale &#187;, pr&#233;cise Freud), laquelle serait rest&#233;e &#171; indestructiblement empreinte &#187; dans le psychisme de L&#233;onard : celle du sein, de la t&#233;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re cette fantaisie ne se cache donc rien d'autre qu'une &#171; r&#233;miniscence &#187; : &#171; t&#233;ter le sein de la m&#232;re &#187;, laquelle r&#233;miniscence est tout autant significative pour les deux sexes. Seulement-l&#224;, elle aurait &#233;t&#233; &#171; r&#233;-&#233;labor&#233;e &#187; par L&#233;onard de Vinci, en fantaisie homosexuelle passive, et Freud pr&#233;cise bien, dans l'inconscient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il nous est indiff&#233;rent que l'accusation port&#233;e contre l'adolescent L&#233;onard ait &#233;t&#233; justifi&#233;e ou non ; ce n'est pas l'activit&#233; r&#233;elle, mais la mani&#232;re de sentir qui nous fait d&#233;cider si nous devons reconna&#238;tre &#224; quelqu'un la particularit&#233; de l'inversion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La substitution du vautour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement l&#224;, dans cette fantaisie de la t&#233;t&#233;e, la m&#232;re a &#233;t&#233; remplac&#233;e par : un Vautour. D'o&#249; vient ce vautour et comment appara&#238;t-il &#224; cet endroit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et remarquez-bien que jusque-l&#224;, Freud n'a absolument pas besoin du fameux vautour : la fantaisie se tient sans cela. Mais Freud en rajoute une couche, il se fait plaisir, disons, et un plaisir qui a &#224; voir, pour le coup, avec cette activit&#233; de recherche (&lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voici, dit-il, que surgit une id&#233;e, si &#233;loign&#233;es qu'on serait tent&#233; d'y renoncer. Dans les pictogrammes sacr&#233;s des anciens &#201;gyptiens, &#8220;m&#232;re&#8221; s'&#233;crit en effet par l'image du vautour. Ces &#201;gyptiens v&#233;n&#233;raient aussi une divinit&#233; maternelle qui fut repr&#233;sent&#233;e avec une t&#234;te de vautour ou avec plusieurs t&#234;tes dont l'une au moins &#233;tait celle d'un vautour. Le nom de cette d&#233;esse se pronon&#231;ait Mout ; la similitude de son avec notre mot &#8220;Mutter&#8221; ne serait-elle que fortuite ? Le vautour se trouve ainsi r&#233;ellement en rapport avec la m&#232;re, mais &#224; quoi cela peut-il nous servir ? Avons-nous le droit de supposer chez L&#233;onard cette connaissance, alors que le premier &#224; avoir pu d&#233;chiffrer les hi&#233;roglyphes est Fran&#231;ois Champollion (1790-1832) ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, Freud cite pour preuve &#224; l'appui de son hypoth&#232;se, les &lt;i&gt;Hieroglyphica&lt;/i&gt; d'Horapollon et le &lt;i&gt;Livre de sagesse sacerdotale de l'Orient&lt;/i&gt; transmis sous le nom du dieu Herm&#232;s Trism&#233;giste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le d&#233;nomm&#233; Horapollon, en effet, nous dit bien que les &#201;gyptiens utilisent l'image du vautour pour d&#233;signer une m&#232;re (j'ai moi-m&#234;me pu retrouver l'ouvrage, et ce Horapollon, il dit ceci) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quant ils voulaient d&#233;noter une m&#232;re (...), il peignaient un vautour (...) pour ce qu'en cette esp&#232;ce d'oiseaux ne s'y trouve point de m&#226;le et sont engendr&#233;s en cette mani&#232;re : Quant le vautour veut concevoir, il tourne le derri&#232;re vers la bise et demeure ainsi par cinq jours durant lesquels il ne boit ni mange, en telle forme s'emplit et con&#231;oit ; il y a d'autres genres de vautours qui ne con&#231;oivent point au vent, mais leurs oeufs sont inutiles &#224; g&#233;niture, seulement sont bons a manger. (...) Par lui aussi ils d&#233;notent la m&#232;re car &#234;tre m&#232;re appartient au f&#233;minin &#187; (Horapollon, &#171; &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/spip.php?page=article&amp;id_article=625'&gt;article 625&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;De la signification des notes hi&#233;roglyphiques des &#201;gyptiens&lt;/i&gt;, Traduit du grec par Jean Martin, J. Kerver, Paris, 1543).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, nous pr&#233;cise Freud, les P&#232;res de l'&#201;glise se seraient empar&#233;s de cette l&#233;gende des vautours, afin de tirer argument de cette histoire contre les sceptiques qui ne voulaient pas croire &#224; l'histoire Sainte, celle de la Vierge Marie, f&#233;cond&#233;e par le vent, c'est-&#224;-dire par le souffle du Saint-Esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud pense que c'est comme &#231;a, que L&#233;onard aurait eu vent (c'est le cas de le dire), de cette fable des vautours, et l'aurait finalement r&#233;investi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous pouvons maintenant nous repr&#233;senter la gen&#232;se de la fantaisie du vautour chez L&#233;onard de la mani&#232;re suivante. Le jour o&#249; il lut chez un P&#232;re de l'&#201;glise ou dans un livre de sciences naturelles que les vautours &#233;taient tous femelles et savaient se reproduire sans le concours de m&#226;les, surgit en lui un souvenir qui se transforma en cette fantaisie, mais qui voulait dire qu'il avait &#233;t&#233; lui aussi un de ces enfants de vautour, qui avait eu une m&#232;re mais pas de p&#232;re, et &#224; cela s'associa, de la fa&#231;on dont seules des impressions si anciennes peuvent s'exprimer, un &#233;cho de la jouissance qui lui avait &#233;t&#233; dispens&#233;e sur le sein maternel. (...) N'en vint-il pas ainsi &#224; s'identifier au Christ enfant, au consolateur et r&#233;dempteur, pas seulement de cette unique femme ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, apr&#232;s &#171; L'Homme-aux-rats &#187; et peu avant &#171; L'Homme-aux-loups &#187;, Freud nous propose L&#233;onard en &#171; Enfant-vautour &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'enfant-vautour &#187;, telle est donc, selon Freud, la condensation, l'aboutissement de sa &lt;i&gt;sexualforschung&lt;/i&gt;, laquelle condensation, comme image subliminale ou sublim&#233;e, &#233;chappe au refoulement et fait surgir son avidit&#233; de savoir et l'oriente vers des recherches sur le vol des oiseaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vautour et phallus maternel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi, demande Freud, ce contenu mn&#233;sique a-t-il &#233;t&#233; r&#233;&#233;labor&#233; en une situation homosexuelle, o&#249; L&#233;onard re&#231;oit la queue, le p&#233;nis masculin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien pr&#233;cis&#233;ment, dans la plupart des figurations de la D&#233;esse &#233;gyptienne &#224; t&#234;te de Vautour (Mout), celle-ci est &#233;galement dot&#233;e par les &#201;gyptiens d'un phallus : &#171; son corps, caract&#233;ris&#233; comme f&#233;minin par les seins, portait aussi un membre viril en &#233;tat d'&#233;rection &#187;, dit Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or si le vautour vient &#224; la place de la m&#232;re, c'est que notre L&#233;onard en est rest&#233; &#224; l'hypoth&#232;se enfantine du p&#233;nis maternel, laquelle est justement la source commune d'o&#249; proc&#232;de la formation androgyne des divinit&#233;s maternelles. Et ce phallus n'est pas le seul apanage de la Mout &#233;gyptienne, puisqu'on le retrouve, &#224; l'origine, chez Neith de Sais, l'Ath&#233;na grecque, et Aphrodite notamment : &#171; le phallus adjoint au corps f&#233;minin signifie la force cr&#233;atrice originelle de la nature &#187;, la &#171; perfection divine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas tant d'hermaphrodisme, au sens m&#233;dical du mot, pr&#233;cise Freud :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elles [ces D&#233;esses] ajoutent simplement aux seins, pris comme embl&#232;mes de la maternit&#233;, le membre viril tel qu'il se trouvait dans la premi&#232;re repr&#233;sentation du corps de la m&#232;re par l'enfant. La mythologie a conserv&#233; pour les croyants cette v&#233;n&#233;rable et toute premi&#232;re image du corps de la m&#232;re que forme la fantaisie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud d'achever la traduction de la fantaisie de L&#233;onard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au temps o&#249; ma tendre curiosit&#233; se portait sur la m&#232;re et o&#249; je lui attribuais encore un organe g&#233;nital tel que le mien &#187; : &#171; Par cette relation &#233;rotique &#224; la m&#232;re, je suis devenu un homosexuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud enfonce-l&#224; le clou, du c&#244;t&#233; de la m&#232;re de L&#233;onard cette fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi, &#224; la fa&#231;on de toutes les m&#232;res insatisfaites, mit-elle son jeune fils &#224; la place de son mari et lui ravit-elle par une maturation trop pr&#233;coce de son &#233;rotisme une part de sa virilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;sumer mieux que Lacan dans &lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; cette th&#232;se freudienne ici fondamentale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ordre familiale ne fait que traduire que le P&#232;re n'est pas le g&#233;niteur, et que la M&#232;re reste contaminer la femme pour le petit d'homme ; le reste s'ensuit &#187; (p. 51).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais se pose tout de m&#234;me ici, chez Freud, un probl&#232;me - que je laisserai ici en suspend pour le moment ; car si l'on comprend bien, la sublimation se base ici sur quelque chose qui est de l'ordre d'un d&#233;ni :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est possible que dans ces figures L&#233;onard ait d&#233;ni&#233; le malheur de sa vie amoureuse et l'ait surmont&#233; par l'art en figurant l'accomplissement du d&#233;sir, chez le gar&#231;on fascin&#233; par sa m&#232;re, dans cette r&#233;union bienheureuse du masculin et du f&#233;minin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;III&lt;br /&gt;
L'erreur de Freud&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;H&#233; bien justement, il s'agit tout de m&#234;me et pr&#233;cis&#233;ment d'un trou, ici, - d'un trou autour duquel Freud va donc tourner -, puisqu'il s'agit d'un &lt;i&gt;lapsus&lt;/i&gt;, d'un &lt;i&gt;lapsus calami&lt;/i&gt; en l'occurrence, lequel concerne un &#171; nom d'oiseau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le probl&#232;me est que le fameux oiseau auquel L&#233;onard fait r&#233;f&#233;rence, est un &#171; nibio &#187; (en italien), et que ce &#171; nibio &#187;, &#231;a n'est pas un vautour, mais un milan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, pour la premi&#232;re fois, l'historien de l'art Eric Maclagan, dans un article intitul&#233; &#171; Leonardo in the consulting room &#187; (Burlington Magazine for Connoisseurs, n&#176; 42, 1923, p. 54-57) qui r&#233;v&#232;le, en 1923, cette erreur de traduction. Cette &#171; trouvaille &#187; a &#233;t&#233; reprise par Meyer Shapiro, dans son article &#171; Leonardo and Freud : an art-historical study &#187; (Journal of the History of Ideas, n&#176; 17, 1956, p. 147-178) publi&#233; en 1956, puis r&#233;cemment, par le fameux &lt;i&gt;Livre noir de la psychanalyse&lt;/i&gt; (Vivre, penser et aller mieux sans Freud, Les Ar&#232;nes, Paris, 2005), et notamment : l'article d'Han Isra&#235;ls (&#171; L'Homme au vautour : Freud et L&#233;onard de Vinci &#187;), ainsi que l'article de Mikkel Borch-Jacobsen (&#171; Une erreur de traduction ? &#187;) qui le prolonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient l'erreur ? Apparemment, seulement quatre ouvrages en allemand, parmi la bibliographie cit&#233;e par Freud, donnent &#233;galement le passage de L&#233;onard sur le &#171; nibio &#187;-milan. Sur les quatre, deux - dont celui d'Edmondo Solmi, que Freud cite abondamment -, donne pour traduction allemande de ce &#171; Nibio &#187;, &#171; Geier &#187; (Vautour) au lieu de &#171; H&#252;hnergeier &#187; (Milan).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, se trouverait-il l'origine de l'erreur ? Difficile &#224; dire, d'abord parce que, inversement, les deux autres ouvrages en allemand qui reproduisent le souvenir d'enfance, celui de Woldemar von Seidlitz et celui de Marie Herzfeld donnent tous les deux la traduction correcte : H&#252;hnergeier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc : s'agit-il v&#233;ritablement d'une erreur ? Difficile &#224; dire, parce que Freud, dans son essai, au moment m&#234;me o&#249; il cite ce souvenir, donne, en bas de page, le texte en Italien. Or Freud conna&#238;t parfaitement bien l'Italien. Du reste, tout au long de son essai, Freud pars&#232;me litt&#233;ralement son texte de citations en Italien, dont il ne fait que donner la traduction allemande en bas de page (la plupart du temps, c'est donc l'inverse). &#192; cet &#233;gard d'ailleurs, la traduction du fameux souvenir infantile est la propre traduction de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand bien m&#234;me il n'aurait pas connu pas la traduction de &#171; nibio &#187;, il est difficile de croire qu'il n'aurait pas pris la peine de v&#233;rifier dans son dictionnaire allemand-italien apr&#232;s avoir reconnu les divergences de traduction entre les livres de Merejkovski et de Herzfeld.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus difficile, que Han lsra&#235;ls a pu &#233;tablir que lors d'une Conf&#233;rence sur L&#233;onard donn&#233;e le 1er d&#233;cembre 1909 &#224; la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Vienne - intitul&#233;e &#171; Une fantaisie de L&#233;onard de Vinci &#187;, et dont il se d&#233;clare insatisfait dans une lettre &#224; Ferenczi dat&#233;e du 3 d&#233;cembre &#224; Ferenczi - Freud a bel et bien utilis&#233; (au moins une fois) la traduction correcte, puisqu'il en est rest&#233; une trace, sous forme des minutes prises &#224; cette occasion par Otto Rank.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus difficile que l'on sait que Freud avait l'habitude de tracer, dans les livres qu'il lisait, un trait vertical au crayon vert ou brun, les passages qui l'int&#233;ressaient ou qu'il comptait citer plus tard. Or, s'&#233;tant rendu au Freud Mus&#233;um de Londres, Han Isra&#235;ls y a consult&#233; l'exemplaire du livre de Marie Herzfeld de la biblioth&#232;que de Freud, et, &#224; l'endroit pr&#233;cis du H&#252;hnergeier (Milan) de L&#233;onard, Mikkel Borch-Jacobsen, nous dit : &#171; le sceptique pourra alors constater de ses propres yeux que Freud a bien trac&#233; dans la marge non pas un, mais deux traits verticaux au crayon brun... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, deux traits verticaux, une trace, de &#171; ses propres yeux &#187;, c'est tout &#224; fait cela, pourrait-on r&#233;pondre &#224; M. Borch-Jacobsen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car enfin, de quoi s'agit-il, ici, si ce n'est pas d'un lapsus ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;IV&lt;br /&gt;
La &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt;, l'image devinette et la lettre V&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Alors, partons tout d'abord, si vous le voulez bien de cette &lt;i&gt;Forschung&lt;/i&gt;, qui est tout de m&#234;me au centre de cet essai de Freud ; - c'est d'ailleurs de l&#224;, rappelez-vous qu'il part, expliquant &#224; Jung, &#224; son retour d'Am&#233;rique, dans cette id&#233;e fix&#233;e, que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces mots [ceux de ses &lt;i&gt;Trois essais&lt;/i&gt;] ; ils n'&#233;taient alors pas compris aussi s&#233;rieusement que je les comprends maintenant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a, &#231;a doit vous rappelez, tout de m&#234;me n'est-ce pas, un processus psychique, inconscient : quelque chose qui serait entre l'inqui&#233;tant (&lt;i&gt;Unheimlich&lt;/i&gt;) et le d&#233;j&#224; vu... Tout un programme, s'agissant, au plein c&#339;ur de l'ouvrage, d'un phallus maternel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#234;ve des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, si j'ai insist&#233; sur le signifiant &#171; poussi&#232;re &#187; tout &#224; l'heure, &#224; la fois s'agissant de Freud (qui le cite d'embl&#233;e par les vers de Schiller), et &#224; la fois s'agissant de L&#233;onard, comparant le sculpteur au peintre (et l'on sait que Freud situe la psychanalyse, compar&#233;e justement &#224; la peinture, du cot&#233; de la sculpture) -, si j'ai donc insist&#233; sur ce signifiant poussi&#232;re, c'est qu'il nous tient &#224; c&#339;ur, certainement, mais aussi parce qu'il tient Freud &#224; c&#339;ur, et on le sait notamment par ses associations sur le r&#234;ve dit des trois parques, ou des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je r&#234;ve - Je vais dans une cuisine pour me pr&#233;parer un entremets. Il y a l&#224; trois femmes. L'une est l'h&#244;tesse, elle tourne quelque chose dans ses mains, para&#238;t faire des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;. Elle r&#233;pond que je n'ai qu'&#224; attendre qu'elle ait fini (il n'est pas s&#251;r qu'elle parle). Je m'impatiente et m'en vais, f&#226;ch&#233;. Je mets un pardessus, mais le premier que j'essaie est trop long pour moi. Je l'enl&#232;ve, un peu surpris qu'il soit garni de fourrure. Le second a une longue queue avec des dessins turcs. Un &#233;tranger, qui a une longue figure et une petite barbe en pointe, survient et m'emp&#234;che de le mettre, en d&#233;clarant que c'est le sien. Je lui montre qu'il est couvert de broderies turques. Il demande : En quoi les turqueries (tra&#238;ne, dessins...) vous regardent-elles ?... Nous sommes ensuite tr&#232;s amis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les derni&#232;res associations du r&#234;ves, sur les turqueries, vous rappellent peut-&#234;tre le fameux Signorelli (oubli de nom) et les fameux m&#339;urs des turcs, concernant la mort et la sexualit&#233;. Du reste, le fameux Boltrafflo, qui vient &#224; Freud, en lieu et place de Signorelli, est, pr&#233;cis&#233;ment, un &#233;l&#232;ve de L&#233;onard de Vinci, et &#224; ce titre, est incidemment cit&#233; par Freud au cours de son essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les Kn&#246;del, ce sont des boulettes de farine ou de semoule - c'est un plat tr&#232;s courant en Autriche -, lesquelles boulettes peuvent aussi garnies de viande : &lt;i&gt;fleischkn&#246;del&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Celle qui les roule (l'h&#244;tesse du r&#234;ve), c'est la premi&#232;re des trois Parques : la m&#232;re qui donne la vie et aussi (mon cas dans le r&#234;ve dit Freud) la premi&#232;re nourriture au vivant (le sein).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, une des Parques frotte ses mains comme si elle voulait faire des Kn&#246;del - &#171; Occupation singuli&#232;re pour une Parque ! Il faut trouver une explication &#187;, dit Freud. Et l&#224;, il lui revient un &#171; souvenir &#187; de sa &#171; premi&#232;re enfance &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'avais six ans et que ma m&#232;re me donnait mes premi&#232;res le&#231;ons, elle m'enseignait que nous avions &#233;t&#233; faits de terre et que nous devions revenir &#224; la terre. Cela ne me convenait pas, j'en doutai. Ma m&#232;re frotta alors les paumes de ses mains (tout &#224; fait comme pour faire des Kn&#246;del, mais elle n'avait pas pris de p&#226;te), et elle me montra les petits fragments d'&#233;piderme noir&#226;tres qui s'en &#233;taient d&#233;tach&#233;s comme une preuve que nous &#233;tions faits de terre. Je fus stup&#233;fait par cette d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt; et je me r&#233;signai &#224; ce que plus tard j'appris &#224; formuler : &#8220;tu dois rendre ta vie &#224; la nature&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... &#171; Que nous avions &#233;t&#233; faits de terre et que nous devions revenir &#224; la terre &#187;... Vous connaissez : &#171; Poussi&#232;re, tu redeviendras poussi&#232;re ! &#187; (Gen&#232;se 3,19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud nous pr&#233;cise, en note de bas de page, que les &#171; deux sentiments qui se font jour dans cette sc&#232;ne &#187;, sont bien la &#171; stup&#233;faction &#187; et la &#171; r&#233;signation &#224; l'in&#233;vitable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, - ces boulettes de la m&#232;re -, associ&#233;es, ici, avec la fourrure du pardessus, la longue queue, la petite barbe en pointe, les turqueries, un Freud &#8220;stup&#233;fait&#8221; par la d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt;... &#199;a nous parle quand m&#234;me un peu tout &#231;a :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Mon r&#234;ve des trois Parques, dit Freud beaucoup plus loin, est un r&#234;ve de faim, tr&#232;s net, mais il ram&#232;ne le besoin de nourriture &#224; la nostalgie de l'enfant pour le sein maternel et il utilise un penchant innocent pour en couvrir un plus grand qui, lui, ne peux s'ext&#233;rioriser franchement&#8221; (&lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt;, p. 204).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chissons : ne serait-ce pas l&#224; ce &lt;i&gt;penchant plus grand&lt;/i&gt; du r&#234;ve des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, qui viendrait, justement, faire irruption dans le sujet qui nous pr&#233;occupe, - au travers de ce &#8220;Vautour-Geier&#8221; du &lt;i&gt;Souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci&lt;/i&gt; ? Non pas tant, ici, comme un &lt;i&gt;lapsus&lt;/i&gt;, encore moins comme un jugement conscient, que les auteurs du &lt;i&gt;Livre noir&lt;/i&gt; s'empressent bien vite &#224; qualifier de &#8220;mauvaise foi&#8221;, mais bien comme un jugement inconscient, quelque chose qui serait ici de l'ordre de ce que Freud qualifiera de &#8220;&lt;i&gt;Verleugnung&lt;/i&gt;&#8221; dans son article sur le &#8220;F&#233;tichisme&#8221; - c'est-&#224;-dire : un d&#233;ni !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Scotomisation et image-devinette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez comment Freud introduira ce d&#233;ni ? C'est par la &#171; scotomisation &#187; de Laforgue. Le scotome, c'est l'obscurcissement, &#224; proprement parler : une lacune dans le champs visuel (due semble-t-il &#224; l'insensibilit&#233; de certains points de la r&#233;tine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lacune dans le champs visuel &#187;... Or, en 1919, Freud rajoute une tr&#232;s longue note (p. 211, 213 et 215 de l'&#233;dition bilingue) avec en prime un beau dessin, reprenant le tableau du Louvre de Sainte Anne en tierce (l'agneau en prime). Cette note, c'est Oskar Pfister qui lui la sugg&#232;re, lequel Pfister aurait fait une &#171; singuli&#232;re d&#233;couverte &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il a d&#233;cel&#233; dans le drap&#233;, bizarrement arrang&#233; et malais&#233; &#224; comprendre, de Marie, le contour du vautour et l'interpr&#232;te comme image-devinette inconsciente (voir fig. 2). &#187; (p. 213).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, je n'ai jamais vu de vautour dans ce tableau, que ce soi dans l'original, ou dans le dessin joint par Pfister. N&#233;anmoins, ce qui est curieux, c'est qu'il y a bien un tableau de L&#233;onard de Vinci, dans lequel il y a de fameuses &#171; images-devinettes &#187;, pour reprendre ici l'expression de Pfister. Ce tableau, Freud l'&#233;voque, mais non pas tant pour le commenter, ce qui est dommage, mais pour illustrer la &#171; lenteur &#187; de L&#233;onard de Vinci : ce tableau, c'est la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, chose curieuse, il ne remarque pas toutes les anomalies que L&#233;onard de Vinci a glisser dans ce tableau. Elles ont &#233;t&#233; &#171; r&#233;v&#233;l&#233; &#187;, pourrait-on dire, par le fameux Da Vinci Code, le livre de Dan Brown, publi&#233; en 2003. Il y en a essentiellement quatre, quatre &#171; images-devinettes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'abord, qu'il n'y pas de Graal, sur la fresque qui est cens&#233;e le repr&#233;senter ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ensuite, le personnage assis &#224; la droite du Christ, est une femme ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Troisi&#232;mement, il y a un couteau qui se ballade dans une main qui ne semble appartenir &#224; personne ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et enfin, - &#171; last but not least &#187; - le Christ et la femme &#224; sa droite, forment une lettre : un V.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous &#233;pargnerai tous les d&#233;veloppements que j'ai fais l'autre jour sur ce tableau - ce n'est pas le propos de ce soir -, mais cette &#171; devinette &#187;, peinte sciemment par L&#233;onard de Vinci, a pour r&#233;ponse ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce V de la C&#232;ne, repr&#233;sente le F&#233;minin sacr&#233; (Ewig-Weibliche) : il est l'ancien symbole de la d&#233;esse-plan&#232;te V&#233;nus, embl&#232;me de l'ut&#233;rus, disons de la f&#233;condit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas-l&#224;, cette d&#233;esse-m&#234;me, que Freud introduit dans son texte par cette &#171; Une-B&#233;vue &#187;, par ce Vautour D&#233;esse maternelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'homme &#224; la lettre V&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, vous allez me dire, tous ces &#171; symboles &#187;, ces &#171; image-devinettes &#187;, c'est de l'imaginaire ! La lettre V, c'est &#171; significatif &#187; du cas de l'Homme aux-loups ; qu'est-ce que cela vient faire ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;h bien justement, Freud qui n'avait pas insist&#233; sur le Vautour dans sa Conf&#233;rence de d&#233;cembre 1909, il y insiste, justement, au moment de sa publication en mai 1910. Or, que s'est-il pass&#233; entre-temps ? Dans sa clinique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; bien l'Homme-aux-loups arrive, bien tranquillement, et se pr&#233;sente &#224; Freud, au tout d&#233;but de l'ann&#233;e 1910, au mois de janvier 1910 tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment ; c'est-&#224;-dire, au moment m&#234;me o&#249; Freud commence &#224; r&#233;diger son essai sur L&#233;onard (l'essai est r&#233;dig&#233; entre janvier et mars 1910).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serguei Pankejeff, donc, immortalis&#233; par le cas dit de l'Homme-aux-loups, lequel, comme le rappelait Bernard Roland l'autre jour, nous est surtout connu par le fameux r&#234;ve (cauchemar) des cinq (ou six) loups, perch&#233;s sur un arbre, en train de le regarder fixement ; lesquels loups ont les oreilles dress&#233;es, taill&#233;es en pointe, comme un V ou un &#171; double &#187; V ; lesquels loups, encore, forment une pyramide (un V l&#224; encore), dont on ne comprend pas bien si elle est invers&#233;e ou non (puisque le loup sans queue en formerai &lt;i&gt;seul&lt;/i&gt; la base).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Vn c'est aussi le papillon qu'il chasse, dont il devient phobique, ce &#171; grand et beau papillon, aux ailes ray&#233;es de jaune, termin&#233;es en pointe &#187;, un &#171; papillon machaon &#187; dit Freud, ou &#171; Queue d'hirondelle &#187;, lequel forme un V fixe en se posant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cauchemar, Serguei le fait &#224; cinq heure, et Freud d'insister sur ce V (ce cinq romain), sans sembler vouloir savoir, dans ce cas, que c'est l&#224; l'embl&#232;me de cette divinit&#233; maternelle et phallique qu'il d&#233;peint sous les traits de son Vautour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce ici une simple co&#239;ncidence ? Certes, Freud gardera longtemps l'Homme aux loups en analyse, mais il pr&#233;cise tr&#232;s clairement dans l'&#233;tude du cas que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le patient avait communiqu&#233; le r&#234;ve de tr&#232;s bonne heure et adopt&#233; tr&#232;s t&#244;t ma conviction que derri&#232;re lui se trouvait dissimul&#233;e la causation de sa n&#233;vrose infantile &#187; (p. 31).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t, &#231;a veut dire chez Freud, pour qui une analyse didactique peut se faire en quelques heures, &#231;a peut assur&#233;ment vouloir dire tout de suite : c'est-&#224;-dire d&#232;s le d&#233;but de l'analyse (janvier-f&#233;vrier 1910).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, la principale origine de l'erreur de Freud, comme vous l'avez peut-&#234;tre devin&#233;, se trouve dans la traduction allemande d'un roman, russe, sur L&#233;onard de Vinci, celui de l'&#233;crivain Dimitri Serghe&#239;evitch Merejkovski (celui-l&#224; m&#234;me que Freud cite en 1907 parmi ses livres pr&#233;f&#233;r&#233;s). Car en russe, en effet, le mot &#171; korshun &#187; d&#233;signe aussi bien un &#171; vautour &#187; qu'un &#171; milan &#187;, et de fait, le traducteur allemand avait fait l'erreur de choisir le premier de ces deux termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, et curieusement, nous dit Borch-Jacobsen, les fameux deux traits verticaux, que Freud a trac&#233; dans la marge &#224; cot&#233; du passage sur le milan dans le livre de Marie Herzfeld, - cette marque se trouve &#224; la page V...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comble, c'est qu'&#224; ce m&#234;me endroit du fameux &lt;i&gt;Livre noir de la psychanalyse&lt;/i&gt;, &#224; la page 118 de mon &#233;dition, Borch-Jacobsen en commet lui-m&#234;me un &lt;i&gt;lapsus calami&lt;/i&gt; lorsqu'il souhaite &#233;crire &#171; vautour &#187; en Allemand, puisqu'il &#233;crit : &#171; Geir &#187; &#224; la place de &#171; Geier &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que l'Homme-aux-loups est n&#233; le m&#234;me jour que le personnage int&#233;ress&#233; de la C&#232;ne, et qu'il s'identifiait lui-aussi, tout comme L&#233;onard de Vinci, au Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &lt;i&gt;ouketi&lt;/i&gt; : r&#233;el de transfert ou transfert de r&#233;el ? Puisqu'alors que chez l'Homme-aux-loups, la lettre (V) repr&#233;sente la sc&#232;ne (originaire), chez l'enfant-vautour, L&#233;onard, la m&#234;me lettre (V), est pr&#233;cis&#233;ment repr&#233;sentante-repr&#233;sent&#233;e de-dans la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud n'en voulut-il &#171; rien savoir au sens du refoulement &#187;, de ce &#171; nibio &#187; ? Ou bien toute sublimation se construit-elle sur des nids (d&#233;ni) de poussi&#232;res, qui finissent toujours par nous ravir vers d'autres cieux ? - Sphinges rapaces, oiseaux de proie, r&#233;el inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*-*&lt;br /&gt;
*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, cette d&#233;esse-vautour, c'est bien elle qui le ravit, Freud, au sens plein de ce &#171; ravissement &#187; dans lequel la lettre V est l&#224;-encore, int&#233;ress&#233;e ; &#224; savoir ce ravissement, tel que Marguerite Duras nous l'&#233;nonce - celui de Lol V. Stein -, et tel que Lacan nous le commente dans son texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ailes de papier, V ciseaux, Stein, la pierre, au jeu de la mourre tu te perds. &#187;... Tel que j'esp&#232;re m'&#234;tre perdu ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224;, - peut-&#234;tre pour ouvrir le d&#233;bat - je vous poserai cette question que, finalement, je me suis pos&#233;e ce soir : S'agit-il, dans ce &#171; Vautour-Geier &#187; qui fait litt&#233;ralement irruption dans ce L&#233;onard de Vinci de Freud, - s'agit-il : de refoulement (&lt;i&gt;lapsus&lt;/i&gt;), de d&#233;ni (&lt;i&gt;Verleugnung&lt;/i&gt;), de forclusion (&lt;i&gt;Verworfung&lt;/i&gt;) ou de sublimation (&lt;i&gt;Sublimierung&lt;/i&gt;) ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. F. von Schiller, &#171; &lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/spip.php?page=article&amp;id_article=618'&gt;article 618&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit tr&#232;s certainement de N. Smiraglia Scognamiglio, &lt;i&gt;Ricerche e Documenti sulla Giovinezza di Leonardo da Vinci&lt;/i&gt;, Naples, 1900.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Da Vinci Code, qu&#234;te du Graal et Cause freudienne</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/Da-Vinci-Code-quete-du-Graal-et.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/Da-Vinci-Code-quete-du-Graal-et.html</guid>
		<dc:date>2006-01-21T12:10:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ce &#8220;Sang r&#233;el&#8221;, donc, qui jaillit de la gorge d'Irma-Marie, ce r&#234;ve princeps, comment ne pas voir qu'il v&#233;hicule ce f&#233;minin, sacralis&#233;, dont Freud est porteur au moment m&#234;me o&#249; il se lance dans cette &#8220;voie royale&#8221;, selon sa propre expression, qui le m&#232;ne de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves et l'inconscient.&lt;br /&gt;
Voil&#224; donc l'h&#233;r&#233;sie (RSI) : Lacan ne s'y trompera pas ! L'h&#233;r&#233;tique, c'est au sens premier, quelqu'un qui a la connaissance des secrets de la religion. Ainsi, celui qui pr&#233;f&#233;rait les &#233;vangiles apocryphes - du grec &lt;i&gt;apokruphos&lt;/i&gt;, &#8220;rendu secret&#8221; -, ou non conformes &#224; la publication de l'Empereur Constantin, &#233;tait consid&#233;r&#233; comme h&#233;r&#233;tique.&lt;br /&gt;
Le mot h&#233;r&#233;sie vient du grec &#8220;airesis&#8221;, qui signifie &#8220;choix&#8221;. En ce sens, les premiers h&#233;r&#233;tiques, ce sont ceux qui ont fait le choix de Marie-Madeleine, le choix du f&#233;minin. &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;8 d&#233;cembre 2005&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Seminaires-.html" rel="directory"&gt;S&#233;minaires psychanalytiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Interpretation-des-reves-+.html" rel="tag"&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton64-81268.jpg?1757670738' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de l'intervention du jeudi 8 d&#233;cembre 2005 au cartel &#171; Jouissance f&#233;minine et mystique &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce soir je vais vous raconter des histoires... Des histoires qui vont nous donner du grain &#224; moudre, ou plut&#244;t apporter de l'eau &#224; notre moulin ; car un cartel, &#231;a mouline. Des histoires, donc, et &#224; proprement parler, deux histoires : d'abord, celle du Saint-Graal, telle qu'elle nous est pr&#233;sent&#233;e par Dan Brown dans son fameux Da Vinci Code - sorte de synth&#232;se romanc&#233;e sur ce que les historiens s'accordent aujourd'hui - ; ensuite, celle de nos Saintes reliques &#224; nous, de notre &#171; Nativit&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire l'histoire de ce que l'on a appel&#233; la &#171; Naissance de la psychanalyse &#187; - vous l'aurez compris, celle des lettres de Freud &#224; Fliess. Pourquoi vous raconter ces deux histoires, et les mettre, disons, en parall&#232;le ? Parce qu'elles ont - vous allez le comprendre tr&#232;s vite en ce qui concerne la premi&#232;re -, elles ont comme point central, comme point pivot, le th&#232;me qui nous pr&#233;occupe cette ann&#233;e : &#171; Le f&#233;minin et la mystique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PREMI&#200;RE PARTIE. - Le Da Vinci Code et le Saint-Graal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du best-seller am&#233;ricain le &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, roman policier publi&#233; par Dan Brown en 2003, est tr&#232;s simple : tout commence par l'assassinat annonc&#233; d'un homme, Jacques Sauni&#232;re - Conservateur du Mus&#233;e du Louvre &#224; Paris - qui a le temps, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; assassin&#233; &#224; son bureau (mais avant de mourir), de r&#233;v&#233;ler, sous une forme cod&#233;e, le motif de son propre assassinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme et un homme, en l'occurrence Sophie Neveu (la petite fille de Jacques Sauni&#232;re) et Robert Langdon, professeur de symbolique religieuse &#224; l'Universit&#233; de Harvard - tous les deux pr&#233;venus par Jacques Sauni&#232;re lui-m&#234;me sentant l'imminence du danger qui le guettait -, arrivent sur les lieux du crime avant la police, et &#224; ce titre, vont &#234;tre imm&#233;diatement accus&#233;s par elle et poursuivis tout au long du roman, sorte de course poursuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette course, ils n'auront de cesse de d&#233;couvrir le mobile du crime, non seulement afin de se disculper, mais aussi et surtout, parce que le jeu de piste laiss&#233; derri&#232;re lui par Jacques Sauni&#232;re, semble en valoir la chandelle, puisque le mobile du crime n'est autre que : le myst&#232;re du Saint-Graal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au chapitre 55 du roman, que le puzzle va commencer &#224; se mettre en place, pour les deux personnages principaux, et que l'auteur du livre - Dan Brown - va nous expliquer sa version de la l&#233;gende du Graal, intimement li&#233;e &#224; celle du Nouveau testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Nouveau Testament et l'Empereur Constantin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant la phrase du Docteur Martyn Percy, docteur en droit canon, Dan Brown nous explique en effet que &#171; La Bible n'a pas &#233;t&#233; transmise par fax c&#233;leste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons, nous, d&#233;couvert avec Freud (et ses ap&#244;tres pourrait-on dire, notamment Karl Abraham), la Bible a &#233;t&#233; &#233;crit par diff&#233;rents auteurs, &#224; diff&#233;rentes p&#233;riodes de l'histoire, et a finalement subie au cours des temps, de tr&#232;s grosses distorsions au travers de ses diff&#233;rentes traductions, additions et r&#233;visions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le Nouveau Testament tel que nous la connaissons aujourd'hui, a &#233;t&#233; disons standardis&#233;e par un pa&#239;en, l'empereur Constantin le Grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le pr&#233;cise Dan Brown, &#171; plus de quatre-vingts &#233;vangiles auraient pu figurer dans le Nouveau Testament, mais seulement quatre d'entre eux ont &#233;t&#233; retenus - ceux de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait l'Empereur Constantin ? C'est un Empereur - n&#233; entre 280-288, et mort en 327 - qui &#171; a pass&#233; toute sa vie dans le paganisme &#187;, et qui n'aura &#233;t&#233; baptis&#233; qu'&#224; la toute fin de sa vie. &#171; Pendant son r&#232;gne, nous dit Dan Brown, la religion officielle de Rome &#233;tait le culte du Soleil invincible - &lt;i&gt;Sol invictus&lt;/i&gt; &#187;, et l'Empereur en &#233;tait lui-m&#234;me le &#171; grand pr&#234;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc d&#233;j&#224; &#224; la fin du IIIe si&#232;cle et, depuis la crucifixion du Christ, les chr&#233;tiens d'un cot&#233;, qui sont en pleine expansion, et les Pa&#239;ens de l'autre, s'affrontent sans discontinu&#233;. Au d&#233;but du IVe si&#232;cle, cependant, le conflit avait pris de telles proportions qu'il en &#233;tait devenu une menace pour l'Empire. En &#171; homme d'affaire avis&#233; &#187;, selon l'expression de Dan Brown, Constantin d&#233;cide alors de miser sur ce qu'il croit &#234;tre le &#171; meilleur cheval &#187; : le Christianisme ; et en 325, par un exceptionnel tour de force, Constantin unifie Rome en imposant une seule et unique religion : c'est le fameux concile de Nic&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tour de force, c'est que &#171; par une astucieuse fusion des dates, des rituels et des symboles pa&#239;ens dans la tradition chr&#233;tienne en formation, il a r&#233;ussi &#224; cr&#233;er une religion hybride, assimilable par tous ses sujets. &#187; C'est l&#224; ce qu'on appelle aujourd'hui le Christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Dan Brown peut-il nous &#233;num&#233;rer les reste des vestiges pa&#239;ens au sein de la nouvelle symbolique chr&#233;tienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le disque solaire du dieu &#233;gyptien est devenu aur&#233;ole des saints, le pictogramme d'Isis allaitant son nouveau-n&#233; Horus a servi de base aux images de la Vierge et de l'Enfant J&#233;sus. Une majorit&#233; des &#233;l&#233;ments du rituel catholique, comme la mitre, l'autel de la doxologie et l'eucharistie - le fait de manger le corps de Dieu -, tout cela vient en droite ligne des religions pa&#239;ennes de l'Antiquit&#233;. (...) Il n'y avait pas grand-chose de purement chr&#233;tien dans la nouvelle religion proclam&#233;e par Constantin, nous dit Dan Brown. Le dieu Mithra - [&#171; Dieu solaire de l'ancien Iran, dont le culte se r&#233;pandit dans le monde hell&#233;nistique, puis romain &#187;, nous pr&#233;cise le traducteur du roman] - &#233;tait depuis longtemps appel&#233; Fils de Dieu et Lumi&#232;re du Monde. On c&#233;l&#233;brait sa naissance le 25 d&#233;cembre, qui &#233;tait aussi la f&#234;te anniversaire d'Osiris, d'Adonis et de Dionysos. Il a &#233;t&#233; enterr&#233; dans une caverne rocheuse, et il est ressuscit&#233; trois jours plus tard. Le nouveau-n&#233; Krishna a re&#231;u en cadeau de l'or, de l'encens et de la myrrhe. M&#234;me le jour saint hebdomadaire a &#233;t&#233; calqu&#233; sur celui des pa&#239;ens. (...) &#192; l'origine (...) les chr&#233;tiens honoraient le sabbat juif le samedi. C'est Constantin qui l'a d&#233;plac&#233; pour le faire co&#239;ncider avec la c&#233;l&#233;bration du dieu Mithra. Aujourd'hui - nous dit Dan Brown -, la plupart des chr&#233;tiens assistent au service dominical, sans savoir qu'ils c&#233;l&#232;brent la f&#234;te du dieu Soleil &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; coup de pouce &#187; &#224; la &#171; divinit&#233; de J&#233;sus &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si aucun historien n'a jamais ni&#233; l'existence de J&#233;sus, il reste qu'il semblait &#234;tre avant tout consid&#233;r&#233; - jusqu'au fameux concile de Nic&#233;e - comme un proph&#232;te, et &#224; ce titre - et &#224; l'instar de Socrate - : comme un mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais afin d'intimider les pa&#239;ens r&#233;calcitrants, tout en signifiant aux chr&#233;tiens qu'ils n'obtiendraient leur salut que par l'ob&#233;dience &#224; la nouvelle &#201;glise catholique romaine, le concile de Nic&#233;e a donn&#233; en quelque sorte un &#171; coup de pouce divin &#187;, selon l'expression de Dan Brown, au nouveau statut de J&#233;sus, et ce, pas moins de trois si&#232;cles apr&#232;s sa mort (c'est, en quelque sort, une seconde r&#233;surrection).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concile de Nic&#233;e a donc forg&#233; et impos&#233; un &#171; J&#233;sus divin &#187; transcendant la r&#233;alit&#233; du monde humain, afin que sa puissance ne soit plus discutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour cela, il a fallut exclure de la r&#233;daction du Nouveau Testament, tous les textes qui racontaient la vie de simple mortel de J&#233;sus, et, au contraire, privil&#233;gier - en les adaptant au besoin -, ceux qui le faisaient appara&#238;tre comme divin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis, nous avons, nous scientifiques, d&#233;couvert certains de ces &#233;vangiles apocryphes, qui ont n&#233;anmoins surv&#233;cu. Ce sont, par exemple, les parchemins coptes d'Hag Hammadi, d&#233;couvert en 1945, ou les fameux &#171; Manuscrits de la mer Morte &#187;, d&#233;couverts en 1947 dans une grotte de Qumram (d&#233;sert de Jud&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, tous ces textes, outre de d&#233;peindre J&#233;sus en simple mortel, nous mettent sur la piste du mobile qui nous pr&#233;occupe ici : la &#171; v&#233;ritable nature du Saint-Graal &#187;. De quoi s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Saint-Graal r&#233;v&#233;l&#233; par la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; bien, selon Dan Brown, L&#233;onard de Vinci &#233;tait au parfum ! C'est-&#224;-dire qu'il connaissait le secret du Saint-Graal : il en aurait laiss&#233; des indices dans ses oeuvres, allant m&#234;me jusqu'&#224; le peindre - peindre le Saint-Graal -, et pr&#233;cis&#233;ment dans la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La C&#232;ne, c'est, vous le savez, la fresque peinte par Leonardo De Vinci pour l'&#233;glise Santa Maria delle Grazie (Sainte-Marie-des-Gr&#226;ces) &#224; Milan : elle est consid&#233;r&#233; comme son v&#233;ritable chef-d'oeuvre. Elle a &#233;t&#233; command&#233;e par Ludovic le More pour le r&#233;fectoire de l'&#233;glise. C'est une peinture murale de 4,60 m de haut sur 8,85 m de large, ex&#233;cut&#233;e entre 1495 et 1497. Elle repr&#233;sente, on le sait, le dernier repas de J&#233;sus avec ses disciples, au moment pr&#233;cis o&#249; il leur annonce qu'un des leurs l'a trahi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais o&#249; est le Saint-Graal ? Je vous rappelle les &#233;v&#233;nements, la sc&#232;ne, elle se situe au moment de la f&#234;te de P&#226;que (la derni&#232;re P&#226;que), un soir, dans une maison de ville pas tr&#232;s loin de J&#233;rusalem. Je vous renvoie ici au premier &#201;p&#238;tre de Paul au Corinthiens, Chapitre 11. Juste apr&#232;s, J&#233;sus avertira Pierre de son reniement. Mais si l'on s'en tient &#224; cette C&#232;ne, et si l'on s'en r&#233;f&#232;re uniquement &#224; Paul : &#171; Apr&#232;s le repas, il prit la coupe, en disant : &#034;Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; chaque fois que vous en boirez, faites-le en m&#233;moire de moi.&#034; &#187; (Paul, Premier &#201;p&#238;tre aux Corinthiens, Chapitre 11, verset 25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or o&#249; est cette coupe, ce calice, ce Graal, justement, dans la C&#232;ne peinte par L&#233;onard ? Tous les ap&#244;tres, J&#233;sus compris, ont devant eux un petit verre rempli de vin. Donc treize en tout : il n'y a donc pas de calice, pas de Saint-Graal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH164/I-1-0b102.jpg?1757670738' width='300' height='164' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or, si &#171; tout le dogme &#233;tabli par la Bible (...) &#233;voque unanimement le calice dans lequel le Christ avait transform&#233; le vin en son propre sang &#187;, demande Dan Brown, comment se fait-il que L&#233;onard De Vinci ne l'ait justement pas repr&#233;sent&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a encore plus troublant ; car, nous dit l'auteur, la fresque de la C&#232;ne est &#171; la cl&#233; de tout le myst&#232;re du Graal &#187;, et L&#233;onard de Vinci la fait clairement appara&#238;tre, seulement... - et je vous r&#233;v&#232;le ici le secret - : &#171; Le Graal n'est pas une chose... c'est une personne... C'est m&#234;me une femme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Graal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Graal du Nouveau Testament, est donc une femme, et &#171; une femme, nous dit Dan Brown, d&#233;tentrice d'un secret tellement grave que sa r&#233;v&#233;lation mena&#231;ait de d&#233;truire les fondements de la chr&#233;tient&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est de cette femme, justement, que L&#233;onard de Vinci a fait le portrait dans la C&#232;ne, o&#249; il lui r&#233;serve la place d'honneur, &#224; la droite du Seigneur. Qu'observe-t-on en effet &#224; cette place ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_12 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH300/I-2-2ed50.jpg?1757670738' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De longs cheveux roux, des petites mains fines modestement pos&#233;es sur la table, comme une &#171; poitrine l&#233;g&#232;rement arrondie &#187;, une &#171; courbe gracieuse du cou &#187;, une &#171; expression retenue... &#187; Elle semble jeune, avoir l'air &#171; sage et modeste &#187;... Cela ressemble en tous points &#224; l'image d'une femme ! Et j'esp&#232;re qu'&#224; vous, elle n'est pas sans vous rappeler le visage et, disons la posture - invers&#233;e - de la Sainte Th&#233;r&#232;se du Bernin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ne pas l'avoir remarqu&#233; plus t&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une premi&#232;re explication qui est d'ordre technique. Je ne vous raconte pas l'histoire de la fresque, mais je prie de vous r&#233;f&#233;rez &#224; un texte de G&#339;the, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/La-Cene-de-Leonard-de-Vinci.html&#034;&gt;La C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci&lt;/a&gt; &#187;, lequel relate toutes les p&#233;rip&#233;ties (et intemp&#233;ries) par lesquelles est pass&#233;e cette fresque, qui a &#233;t&#233; peinte &#224; la d&#233;trempe (&lt;i&gt;al fresco&lt;/i&gt;, comme le pr&#233;cise Freud) sur un fond de pl&#226;tre sec, lequel commen&#231;a tr&#232;s vite &#224; se d&#233;t&#233;riorer, et ce d&#232;s apr&#232;s que L&#233;onard de Vinci l'eut r&#233;alis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sorte que lorsque vous aurez lu le texte de G&#339;the en question - bien sur je n'ai pas choisi cet auteur au hasard -, la v&#233;ritable question, &#224; vrai dire, que nous devrons nous poser, c'est : comment se fait-il, qu'apr&#232;s tous ces avatars subies par la fresque, l'on ait encore la chance de pouvoir l'observer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore, G&#339;the a &#233;crit son texte &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, autrement dit, avant que sa grande restauration de 1954, ait &#233;t&#233; achev&#233;e. Au cours de cette derni&#232;re restauration, on a d&#251; retirer, millim&#232;tre par millim&#232;tre, les couches de crasse et de peinture surajout&#233;e, notamment au XVIIIe si&#232;cle, par des mains parfois maladroites, afin de rendre &#224; nouveau visible l'&#339;uvre de L&#233;onard De Vinci telle qu'on peut penser qu'il l'avait con&#231;ue et r&#233;alis&#233;e. Or, la plupart des reproductions de la C&#232;ne datant d'avant cette restauration, vous comprendrez qu'il &#233;tait difficile jusqu'&#224; peu de temps, d'y lire v&#233;ritablement le tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une seconde explication qui nous concerne de plus pr&#232;s - je vous renvoie au S&#233;minaire X de Lacan et surtout au texte de Freud sur le f&#233;tichisme. Je cite Dan Brown :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La notion pr&#233;con&#231;ue que l'on a du tableau l'emporte sur nos capacit&#233;s d'observation et emp&#234;che notre cerveau de remarquer ce qui ne cadre pas avec elle. C'est un ph&#233;nom&#232;ne visuel, pr&#233;cise Dan Brown, qu'on appelle scotome (...), une sorte de &#8220;lacune&#8221; dans le champ visuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, bien entendu, cette femme, au centre de la C&#232;ne, &#224; la droite du Christ, que l'on &#171; scotomiserait &#187;, vous l'aurez compris, c'est Marie Madeleine, laquelle n'&#233;tait pas une prostitu&#233;e, mais tout simplement la compagne de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie Madeleine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de m&#234;me que Rome voulait convaincre ses sujets que J&#233;sus le proph&#232;te &#233;tait un &#234;tre divin, de m&#234;me le Concile de Nic&#233;e a rejet&#233; du Nouveau Testament tous les r&#233;cits de sa vie &#233;voquant la v&#233;ritable identit&#233; de Marie-Madeleine. Et &#171; il y avait un th&#232;me r&#233;current dans tous les &#233;vangiles &#187;, semble-t-il, c'est celui selon lequel Marie Madeleine &#233;tait bien la compagne de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, notons avec Dan Brown, la stricte correspondance des v&#234;tements de J&#233;sus et de Marie Madeleine dans la C&#232;ne peinte par L&#233;onard de Vinci : &#171; robe rouge et cape bleue pour J&#233;sus - robe bleue et cape rouge pour Marie Madeleine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue historique, un grand nombre d'historiens - sur lesquels s'est appuy&#233; Dan Brown -, sont d'accords pour soutenir la th&#232;se de &#171; Marie Madeleine-compagne de J&#233;sus &#187;. Je cite Dan Brown :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un J&#233;sus mari&#233; est beaucoup plus vraisemblable qu'un J&#233;sus c&#233;libataire. (...) Parce qu'il &#233;tait juif, (...) et que la soci&#233;t&#233; juive de son &#233;poque proscrivait, dans les faits, le c&#233;libat &#187;. Le c&#233;libat &#233;tait, en effet, condamn&#233; par la coutume et &#171; tout p&#232;re juif se devait de trouver une femme qui convienne &#224; son fils. Si J&#233;sus n'avait pas &#233;t&#233; mari&#233;, on en trouverait mention au moins dans l'un des quatre &#201;vangiles, accompagn&#233;e d'une explication de son statut si peu conventionnel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;vangile Gnostiques (&#171; du grec gnostykos &#8220;qui sait&#8221;, nous pr&#233;cise le traducteur du roman), et notamment dans celui de Philippe, retrouv&#233; dans des papyrus coptes de Nag Hammadi et des manuscrits aram&#233;ens de la mer Morte, on peut en effet lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et le Sauveur avait pour compagne Marie Madeleine. Elle &#233;tait la pr&#233;f&#233;r&#233;e du Christ, qui l'embrassait souvent sur la bouche. Les autres ap&#244;tres en &#233;taient offens&#233;s et ils exprimaient souvent leur d&#233;saccord. Ils disaient &#224; J&#233;sus : &#034;Pourquoi l'aimes-tu plus que nous ?&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58 ; ces textes sont tr&#232;s ais&#233;ment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en aram&#233;en, le mot &#171; compagne &#187;, signifierait, justement, &#233;pouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire : on trouve &#233;galement, dans ces Manuscrits, une &#233;vangile selon Marie Madeleine, c'est un apocryphe copte qui date du second si&#232;cle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors Pierre dit : &#8220;Est-il possible que le ma&#238;tre se soit entretenu ainsi avec une femme sur des secrets que nous, nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes, et tous &#233;couter cette femme ? L'a-t-il vraiment choisie et pr&#233;f&#233;r&#233;e &#224; nous ?&#8221;... Et L&#233;vi r&#233;pondit : &#8220;Pierre, tu as toujours &#233;t&#233; un emport&#233;. Je te vois maintenant acharn&#233; contre la femme, comme le sont nos adversaires. Pourtant, si le Ma&#238;tre l'a agr&#233;&#233;e, qui es-tu pour la rejeter ? Assur&#233;ment le Ma&#238;tre la conna&#238;t tr&#232;s bien. il l'a aim&#233;e plus que nous&#8221;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58 ; texte &#233;galement tr&#232;s facilement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme dont parle ici Pierre est Marie Madeleine, dont Pierre &#233;tait manifestement jaloux, et selon Dan Brown, &#171; les enjeux d&#233;passaient de loin la question affective &#187;, puisqu'il semble que ce soit &#224; Marie Madeleine, que J&#233;sus souhaitait confier le soin de conduire son &#201;glise apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit tout &#224; l'heure, &#171; Marie Madeleine, dont Pierre &#233;tait manifestement jaloux &#187;, car chose &#233;trange, cette jalousie de Pierre envers Marie Madeleine, est parfaitement bien repr&#233;sent&#233;e dans la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci. De fait, il tend une main mena&#231;ante sous le cou de ce personnage assis &#224; la droite du Christ...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH233/I-3-fee0a.jpg?1757670738' width='300' height='233' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;S'il ne s'agissait pas de Marie Madeleine, pourquoi L&#233;onard De Vinci aurait-il d&#233;peint ainsi un Pierre aussi agressif ? Ce qui confirme la th&#232;se de l'&#201;vangile Copte : Pierre semble furieux d'apprendre qu'il va devoir jouer les seconds r&#244;les, qu'il va devoir se soumettre... au f&#233;minin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, la castration en surgit d'une mani&#232;re d'autant plus surprenante : puisqu'une main surgit, qui tend un poignard ! &#192; qui appartient-elle ? Si l'on compte les bras, para&#238;t-il, elle ne semble appartenir personne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;tonymie et r&#233;v&#233;lation de l'&#233;nigme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait Marie Madeleine ? En &#171; r&#233;alit&#233; &#187;, Marie Madeleine appartenait, para&#238;t-il, &#224; la tribu de Benjamin : elle devait &#234;tre par cons&#233;quent elle aussi de descendance royale, tout comme J&#233;sus qui, lui, appartenait &#224; la maison de David, descendant de Salomon, roi des Juifs. De sorte que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mariage de J&#233;sus avec une h&#233;riti&#232;re de la puissante maison de Benjamin r&#233;unissait deux lign&#233;es de sang royal. Ce qui en faisait une s&#233;rieuse menace de restauration de la dynastie royale, avec le pouvoir qui &#233;tait le sien du temps de Salomon. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'&#233;nigme que donne &#224; entendre Dan Brown devient &#233;vidente : lorsqu'on parle l&#233;gende du Calice, lorsque l'on parle du &#171; Calice qui contient le sang du Christ &#187;, c'est pour &#233;voquer Marie Madeleine, laquelle portait en elle la lign&#233;e royale de J&#233;sus. Le Calice, c'est le vase sacr&#233; - Marie Madeleine -, d&#233;positaire de la lign&#233;e puisque porteuse du fruit d'une union royale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi parler de Saint-Graal ? Le processus ici &#224; l'&#339;uvre, nous est familier - il s'agit d'une m&#233;tonymie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mot Sangr&#233;al est d&#233;riv&#233; de San Greal ou Saint-Graal. Mais, sous sa forme la plus ancienne, le mot &#233;tait coup&#233; d'une autre fa&#231;on. (...) Sang Real (...) Sang r&#233;al signifiait Sang royal. (...) San gr&#233;al... Sang real... San Greal... Sang royal... Saint-Graal. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc la s&#233;quence suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sang real (sang royal ou r&#233;el) - San Greal (d&#233;placement de la lettre : G) - Saint-Graal (refoulement du e et redoublement du a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Saint-Graal &#187;, c'est donc, pour nous, le &#171; Sang r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc pour asseoir son pouvoir et se d&#233;clarer &#171; seule et unique voie de la r&#233;demption et de la vie &#233;ternelle &#187;, que Rome a du propager l'image de prostitu&#233;e de Marie Madeleine, et dissimuler toutes preuves de son union avec J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende raconte d'ailleurs, que Marie Madeleine, enceinte lorsque J&#233;sus a &#233;t&#233; crucifi&#233;, aurait &#233;t&#233; contrainte de fuir la Terre sainte - avec l'aide de Joseph d'Anmathie -, afin de prot&#233;ger sa descendance. Elle serait partie clandestinement en France (Gaule), o&#249; elle aurait trouv&#233; refuge aupr&#232;s d'une communaut&#233; juive, et l&#224;, aurait mis au monde une fille, du nom de Sarah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende veut &#233;galement, que la descendance de J&#233;sus perp&#233;tu&#233;e en France, se serait enrichie, au Ve si&#232;cle, en se m&#234;lant avec un autre sang royal, pour cr&#233;er la lign&#233;e m&#233;rovingienne (je ne vais pas d&#233;velopper cela ce soir, je vous renvoie aux textes et ouvrages d'historiens qui abondent dans ce sens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Langue des oiseaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors vous allez me dire : comment &#231;a se fait qu'on n'en sait rien de tout &#199;a ? Ou, inversement, comment est-ce qu'on le sait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du Saint-Graal a en fait &#233;t&#233; cri&#233;e sur tous les toits pendant des si&#232;cles, mais sous forme de m&#233;taphores et de symboles. Et c'est l&#224; que nous allons en revenir &#224; la langue des oiseaux (peut-&#234;tre pas tout &#224; fait ce soir, mais la prochaine fois). Dans l'art et les l&#233;gendes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la peinture, la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci en est peut-&#234;tre le plus parfait exemple. Mais, para&#238;t-il, Botticelli, Poussin, et le Bernin y sont &#233;galement all&#233;s de leurs repr&#233;sentation. Je ne citerai ici que le tableau de Poussin : Les Bergers d'Arcadie, expos&#233; lui-aussi au Louvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la musique, je ne citerai que Mozart, dont &#171; La Fl&#251;te enchant&#233;e &#187; - ce n'est quasiment plus un secret pour personne -, regorge litt&#233;ralement de symboles et d'allusions au Saint-Graal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les l&#233;gendes c&#233;l&#232;bres comme celles du &#171; Roi Arthur &#187; ou &#171; Notre-Dame de Paris &#187;, etc. Des contes comme &#171; Cendrillon &#187;, nous dit Dan Brown, &#171; La Belle au bois dormant &#187; ou &#171; Blanche-Neige &#187;, sont autant d'all&#233;gories du F&#233;minin sacr&#233; emprisonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la litt&#233;rature, l'exemple le plus remarquable nous est certainement donn&#233; par un auteur qui nous est cher - puisqu'inestimable pour Freud -, et que j'ai d&#233;j&#224; cit&#233; ce soir : c'est G&#339;the, qui ne cesse de promouvoir le F&#233;minin sacr&#233; que Rome aurait banni : le fameux &#171; Ewig-Weibliche &#187; (L'&#201;ternel f&#233;minin ou F&#233;minin sacr&#233;), si cher &#224; Wladimir Granoff&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Wladimir Granoff, La pens&#233;e et le f&#233;minin, Champs-Flammarion, Paris, 2004.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a tr&#232;s bien saisi le v&#233;ritable aiguillage vers le f&#233;minin sacr&#233; que l'&#339;uvre G&#339;the constitue pour l'orientation de celle de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Freud, L&#233;onard de Vinci et la lettre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, un si&#232;cle avant le best-seller am&#233;ricain de Dan Brown, c'est bien chez L&#233;onard de Vinci, que Freud &#233;tait venu - pour la premi&#232;re fois -, chercher le f&#233;minin sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard de Vinci, qui aurait &#233;t&#233; &#233;lev&#233;, sans p&#232;re, par une m&#232;re et sa propre m&#232;re, &#224; l'instar de J&#233;sus dans les jupes de Marie et de Sainte Anne, &#233;ternis&#233; par le tableau dit de la Vierge et l'enfant J&#233;sus avec Sainte Anne (je commenterai ce tableau un autre jour, car il s'agira d'y rep&#233;rer un quatri&#232;me personnage, le sinthome &#224; proprement parler : l'agneau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si un si&#232;cle plus tard - &#224; la lumi&#232;res de nouvelles recherches sur L&#233;onard de Vinci - tout cela s'av&#232;re faux, si l'imaginaire de Freud l'avait dup&#233;, voir si le symbolique l'avait l&#226;ch&#233; - le conduisant &#224; la fameuse b&#233;vue, aux fameux lapsus sur le &#171; Vautour &#187;, dont je parlerai bient&#244;t -, il reste que dans tout cela (en-dessous de l'imaginaire et par-dessus le symbolique), il y touchait bien &#224; un r&#233;el (&#171; toucher &#187; &#233;tant &#224; prendre ici, au sens o&#249; il suffit que la clef de Faust touche - et non pas ouvre - le tr&#233;pieds des M&#232;res dans le second Faust), toucher &#224; un r&#233;el donc, et pr&#233;cis&#233;ment : une lettre. C'est ce que j'essaierai de mettre en lumi&#232;re la prochaine fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contentons ici de travailler &#224; d&#233;ployer des pistes. Et j'en vois ici essentiellement trois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Celle, historique et r&#233;elle, des lettres et du f&#233;minin dans l'histoire - non pas du mouvement analytique -, mais de la Chose freudienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 &#176; - Celle, freudienne et th&#233;orique, de la sexualit&#233; f&#233;minine et du tabou de la virginit&#233; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3&#176; - Celle de l'&#233;thique h&#233;r&#233;tique de Jacques Lacan, laquelle part de la sublimation dans l'amour courtois (1959), pour &#171; d&#233;boucher &#187;, au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, sur l'&lt;i&gt;objet a&lt;/i&gt; et le RSI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aurai &#233;videmment pas le temps d'aborder tout cela ce soir ; mais commen&#231;ons tout de m&#234;me ; et par la piste historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DEUXI&#200;ME PARTIE. - La Cause freudienne et le F&#233;minin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, toute cette histoire de Saint-Graal peut nous sembler abracadabrante, n'est-ce pas, rocambolesque : mais regardons un temps soit peu sous nos yeux, ce qu'il s'est effectivement pass&#233; avec le mouvement analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces Jung, Ferenczi et autres - cette ceinture rapproch&#233;e, par Jones, ces v&#233;ritables ap&#244;tres de la Cause freudienne -, rassembl&#233;s autour d'un Freud qui, &#224; l'instar d'un nouveau Messie, va finalement souhaiter confier l'avenir de sa Cause &#224; une femme qui n'a, depuis, cess&#233;e d'&#234;tre attaqu&#233;e de toute part, nomm&#233;ment Anna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les lettres d&#233;rob&#233;es et Sainte-Irma&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre Saint-Graal a nous aussi, existe. Il nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; (en partie), par (non pas le Christ) mais tout de m&#234;me un certain Kris. Vous connaissez en effet peu ou prou l'histoire de notre &#171; Nativit&#233; &#187; &#224; nous, celle de la &#171; Naissance de la psychanalyse &#187;. Rappelez-vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes &#224; peu apr&#232;s en l'an de gr&#226;ce 1900, et Freud - furieux du sale tour qui lui est arriv&#233; dans son &#171; hainamoration &#187; du fameux Otto (rhinolaryngologiste) berlinois - Freud, soudain, d&#233;truit les lettres de Fliess. Seulement de son cot&#233;, Fliess, lui, les conserve, bien au chaud semble-t-il. De sorte que juste apr&#232;s sa mort, en 1928, sa veuve de femme - la fameuse &#171; m&#233;chante femme &#187; comme l'appelait Freud -, vend le paquet de quelques 284 lettres &#233;crites de la main m&#234;me de Freud (ainsi que les notes et manuscrits qui vont avec), &#224; un libraire berlinois, Reinhold Stahl. Mais &#224; cette condition pr&#232;s - express&#233;ment exprim&#233;e par Madame Fliess -, que le libraire s'engage &#224; ne pas retourner les lettres &#224; son envoyeur, c'est-&#224;-dire, en l'occurrence, &#224; Freud ; afin, bien &#233;videmment, qu'il ne les d&#233;truise pas, ce sur quoi son pouvoir, d'imaginaire, serait aussit&#244;t r&#233;duit &#224; n&#233;ant par le feu froid du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;chante femme &#233;tait donc notre Ministre avant l'heure, tenant &#224; ce que la lettre soit exhiber de la plus belle mani&#232;re, tout en ne sachant qu'en faire. Tellement en &#233;vidence, que le fameux libraire (Stahl), fuyant le r&#233;gime nazi et se r&#233;fugiant en France, ne tarde pas &#224; y rencontrer notre Marie Bonaparte nationale, lui offrant sur le champ le paquet de lettre pour la modique somme de 100 &#163;. Et Mme Marie Bonaparte s'en empare donc en 1937... Ou plut&#244;t s'en-pare, puisqu'en analyse avec Freud &#224; l'&#233;poque, elle les emporte &#224; Vienne afin de lui lire sous son nez, sur son divan m&#234;me, disons &#224; sa barbe ! C'est l&#224;, para&#238;t-il, qu'il lui aurait racont&#233; l'histoire juive sur la mani&#232;re de cuisiner le faisan :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous commencez par enterrer l'oiseau et vous le laissez sous terre une semaine, ensuite vous le d&#233;terrez.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et apr&#232;s ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Eh bien apr&#232;s, vous le jetez ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jones, Vie et oeuvre de Freud, vol. I, PUF, p. 319&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, Freud ayant essay&#233; de la convaincre de les d&#233;truire, elle n'en voulut rien savoir et d&#233;posa les documents &#224; la banque Rothschild &#224; Vienne ! Oui, mais nous sommes &#224; l'hiver 1937-1938, et en mars 1938, Hitler envahit l'Autriche... et il &#233;tait pr&#233;visible que la banque serait d&#233;valis&#233;e par les Morfaloux... Mais, &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt;, Marie Bonaparte se pr&#233;cipite &#224; Vienne, et en sa qualit&#233; de Princesse du Danemark, mais surtout de Gr&#232;ce, elle obtient l'autorisation de retirer son pr&#233;cieux magot sous le regard inquisiteur de la Gestapo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Paris, elle les met, croit-elle, en s&#251;ret&#233;, mais en 1941, c'est uniquement gr&#226;ce &#224; la cl&#233;mence du g&#233;n&#233;ral von Choltitz - qui finit par d&#233;sob&#233;ir aux ordres d'Hitler &#224; la fin de la guerre -, que les lettres peuvent finalement sortir de L&#233;gation de Danemark, o&#249; elles avaient fini par atterrir, pour ensuite traverser la Manche min&#233;e, et arriver en bon &#233;tat &#224; Londres, envelopp&#233;es d'un &#171; tissu imperm&#233;able l&#233;ger, nous dit Jones, afin, qu'en cas de naufrage, elle eussent quelque chance d'&#234;tre conserv&#233;es. &#187; (Jones, vol. I, p. 319).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les lettres, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; copi&#233;es, ont &#233;t&#233; soigneusement s&#233;lectionn&#233;es par Anna Freud et Ernst Kris, puis finalement publi&#233;es, et &#171; Ernst Kris &#233;crivit pour le recueil une belle pr&#233;face et y adjoignit un grand nombre de notes propres &#224; lui assurer la reconnaissance de tous ceux qui s'int&#233;ressent aux id&#233;es et &#224; la vie de Freud &#187; ; &#231;a c'est la vacherie de Jones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voyages suppos&#233;s du Saint-Graal, d&#233;crits par Dan Brown, voyages des soi-disant coffres d'&#233;crit apocryphes et des reliques de Marie Madeleine, ne vous rappellent-t-ils pas les p&#233;rip&#233;ties, bien r&#233;elles pourtant, des lettres de Freud &#224; Fliess, convoy&#233;es par &#171; Marie-Madeleine &#187; Bonaparte : n'est-ce pas l&#224; nos saintes reliques &#224; nous, Templiers de la Cause freudienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les documents du Graal &#233;taient para&#238;t-il transport&#233;s dans quatre &#233;normes malles, lesquelles renfermeraient la l&#233;gendaire Source Q - c'est-&#224;-dire un manuscrit qui pourraient &#234;tre &#233;crits de la propre main de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que dans notre cas, bien entendu, la Marie Madeleine en question, ce serait plut&#244;t Sainte Anne elle-m&#234;me - la m&#232;re du Christ - c'est-&#224;-dire Anna. Ou du moins, si c'est la fille, une chose est certaine : c'est qu'elle est bien de Sang royal, de sang r&#233;el, c'est-&#224;-dire de la descendance de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'important est que dans cette publication, l&#224; encore, il s'agit d'un v&#233;ritable concile de Nic&#233;e, s'agissant de document &#233;crits par la main m&#234;me de Freud. Pourquoi est-ce que je dis &#231;a ? Parce qu'il semble que les documents qui auraient pu servir &#224; une v&#233;ritable interpr&#233;tation du r&#234;ve canonique, celui de l'injection faite &#224; Irma, ont bien &#233;t&#233; occult&#233; : on a, l&#224; encore, essay&#233; de donn&#233; un &#171; coup de pouce divin &#187; &#224; l'&#339;uvre de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de cette publication, a &#233;t&#233; occult&#233;, semble-t-il - dans ce concile de Nic&#233;e de la Psychanalyse -, quelque chose qui a attrait &#224; ce r&#234;ve princeps de la &lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt;, et dont Freud nous dit pourtant, dans l'ouvrage m&#234;me, et &#171; malgr&#233; toute l'&#233;tude &#224; laquelle Freud le soumet &#187;, comme le fait remarquer W. Granoff qui rapporte l'affaire, que &#171; plus d'un fil y est laiss&#233; dans l'ombre, parce qu'il ne peut aller au-del&#224; &#187;... &#171; Au-del&#224; &#187; de ce r&#234;ve qui &#171; repr&#233;sente l'int&#233;rieur d'un corps f&#233;minin &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Wladimir Granoff, La pens&#233;e et le f&#233;minin, Champs-Flammarion, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve, vous le savez, date de juillet 1895 (&#224; Bellevue). Ce r&#234;ve, Freud, lui donne une importance telle qu'en 1900 avec Fliess, et quelques ann&#233;es plus tard avec Jones, il jouera avec l'id&#233;e d'apposer une plaque sur cette maison de Bellevue, laquelle dirait : &#171; Dans cette maison, le secret des r&#234;ves fut r&#233;v&#233;l&#233; au docteur S. Freud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se joue-t-il dans ce r&#234;ve - &#171; au-del&#224; &#187; de &#171; la symbolique &#187; freudienne, dirai-je ? La fameuse, Irma - dont je vous fait tout de ma remarquer que l'anagramme phon&#233;tique est Marie - s'appelait en fait Emma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emma Eckstein (1865-1924).&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'&#233;tait tout d'abord, il faut le pr&#233;ciser d'embl&#233;e, une amie intime de la famille et une jeune fille tr&#232;s proche de Freud. Mais bien sur, c'est &#233;galement une patiente de Freud, depuis 1892 semble-t-il, et qui plus est, une patiente qui souffre dans son corps, et de quelque chose qui a avoir avec l'oto-rhino-laryngologie et la th&#233;orie de Fliess : de dysm&#233;norrh&#233;es et des sinus. C'&#233;tait, bien entendu, viser dans le mille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette souffrance (ou de cette passion) : Ni une ni deux - comme on dit - Freud la fait examiner puis op&#233;rer par le Dr Fliess. &#171; Car, pour elle, pr&#233;cise Granoff ironique, Freud voulait le meilleur sp&#233;cialiste &#187;. Fliess arrive, accourt de Berlin &#224; Vienne, et op&#232;re les sinus de la dite Irma (op&#233;ration comportant la r&#233;section de la cr&#234;te dite turbinale, nous dit Granoff).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est qu'apr&#232;s la fameuse op&#233;ration, l'&#233;tat de la malade ne cesse d'empirer - elle passe du p&#232;re au pire - ; et il faut se rendre &#224; l'&#233;vidence : un autre sp&#233;cialiste doit intervenir, viennois celui-l&#224;, on doit faire au plus vite. On la r&#233;-op&#232;re donc et oh ! surprise : il d&#233;gage du champ op&#233;ratoire du pr&#233;c&#233;dent op&#233;rateur, &#171; environ cinquante centim&#232;tres de pansement que le bon Dr Fliess y avait oubli&#233;s, c'est-&#224;-dire de la gaze &#187;, nous pr&#233;cise Granoff&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W. Granoff, Op. Cit., p. 169.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;morragie, &#233;tat de choc, on arr&#234;te finalement le flot, mais Freud, qui assiste &#224; cette nouvelle op&#233;ration se sent mal et quitte la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous comprenez maintenant, je suppose, tout le remue-m&#233;nage du r&#234;ve, tout le chass&#233;-crois&#233; des m&#233;decins examinant et contre-examinant la pauvre Irma : les docteurs M., le fameux Otto et autres L&#233;opold. D'autant qu'il y eut ensuite, semble-t-il, d'autres h&#233;morragies et d'autres interventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous comprenez &#233;galement ce qui est int&#233;ress&#233; dans le r&#234;ve :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1&#176; non seulement, ce flot de sang qui jaillit de l'int&#233;rieur de ce corps f&#233;minin, &#224; la suite de la chute de cette fine membrane (de la gaze oubli&#233;e par Otto) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2&#176; mais corr&#233;lativement, comme allant de pair avec ce myst&#232;re du f&#233;minin, quelque chose qu'il serait peut-&#234;tre int&#233;ressant de situer du cot&#233; d'un r&#233;el de transfert, ou d'un transfert de r&#233;el, puisqu'imm&#233;diatement apr&#232;s, s'engage entre Freud et Fliess un &#233;change de lettres, qui comme les &#233;vangiles apocryphes, ont &#233;t&#233; banni du faire-part de &#171; La naissance de la psychanalyse &#187;. Que se passe-t-il dans ces lettres ? &#201;changes &#171; enfi&#233;vr&#233;es &#187;, nous dit Granoff, surtout &#171; de la part de Freud, qui litt&#233;ralement se rua &#224; la d&#233;fense anticip&#233;e de son ami et se multiplia en t&#233;moignages de consid&#233;ration inentam&#233;e quant &#224; la valeur scientifique de son coll&#232;gue &#187; (Granoff, p. 168 et suiv.). Et c'est cela qui se passe entre f&#233;vrier 1895 (date de la r&#233;-op&#233;ration) et la fameuse nuit du 23-24 juillet 1895, o&#249; se d&#233;clenche ce r&#234;ve princeps du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; Sang r&#233;el &#187;, donc, qui jaillit de la gorge d'Irma-Marie, ce r&#234;ve princeps, comment ne pas voir qu'il v&#233;hicule ce f&#233;minin, sacralis&#233;, dont Freud est porteur au moment m&#234;me o&#249; il se lance dans cette &#171; voie royale &#187;, selon sa propre expression, qui le m&#232;ne de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves et l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc l'&#171; H&#233;r&#233;sie &#187; (RSI) : Lacan ne s'y trompera pas ! L'h&#233;r&#233;tique, c'est au sens premier, quelqu'un qui a la connaissance des secrets de la religion. Ainsi, celui qui pr&#233;f&#233;rait les &#233;vangiles apocryphes - du grec apokruphos, &#171; rendu secret &#187; -, ou non conformes &#224; la publication de l'Empereur Constantin, &#233;tait consid&#233;r&#233; comme h&#233;r&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot h&#233;r&#233;sie vient du grec &#171; airesis &#187;, qui signifie &#171; choix &#187;. En ce sens, les premiers h&#233;r&#233;tiques, ce sont ceux qui ont fait le choix de Marie-Madeleine, le choix du f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi ce choix nous int&#233;resse-t-il dans le cadre de notre int&#233;r&#234;t pour le L&#233;onard de Vinci, et plus particuli&#232;rement le L&#233;onard de Vinci de Freud ? Je vous le dirai, mais d'abord revenons-en au L&#233;onard de Vinci de la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La C&#232;ne et le F&#233;minin sacr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons tous les ic&#244;nes modernes du masculin et du f&#233;minin que sont, d'une part, ce petit cercle surmont&#233; d'une fl&#232;che partant vers la droite lorsqu'on le regarde (mais vers sa gauche &#224; lui, le cercle qui nous regarde), et d'autre part, cet autre petit cercle - cette petite t&#234;te - qui surmonte une sorte de croix, ou de signe plus pour les math&#233;maticiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ces symboles proviennent de symboles astronomiques anciens qui sont respectivement sens&#233;s repr&#233;sent&#233;s celui du dieu-plan&#232;te Mars (masculin), et de la d&#233;esse-plan&#232;te V&#233;nus (f&#233;minin), lesquels symboles avaient autrefois une forme beaucoup plus simple, nous dit le &#171; Da Vinci code &#187;, puisqu'ils &#233;taient ceci :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un V invers&#233;, ou une sorte de ? (delta majuscule) ou triangle sans base, pour l'homme. Ce symbole, on l'appelait la &#171; Lame &#187; ; il &#233;tait sens&#233; repr&#233;senter l'agression et la virilit&#233;, un symbole phallique. (Mais vous pouvez &#233;galement faire raisonner le signifiant &#171; Lame &#187; &#224; votre guise).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et, pour l'ic&#244;ne du f&#233;minin, nous avions, &#224; l'oppos&#233;, un v&#233;ritable V, ce que l'on appelait, para&#238;t-il, &#171; Calice &#187;, ce qu'il ressemble &#224; une coupe, ou &#224; un vase, c'est-&#224;-dire, vous l'aurez compris, qu'il est sens&#233; symboliser l'ut&#233;rus, embl&#232;me de la f&#233;condit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc bien que, lorsque l'on dit que le Graal est un calice, il s'agit en fait bien l&#224; d'une all&#233;gorie pour d&#233;signer le fameux F&#233;minin sacr&#233; (Ewig-Weibliche), si cher &#224; G&#339;the et Granoff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sachant cela, si l'on observe bien la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci, on observe que J&#233;sus et sa compagne, &#224; partir de leur tailles qui semblent jointes, s'&#233;cartent l'un de l'autre, afin de former d'une mani&#232;re fort peu discutable, entre leurs deux bustes, un V.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH210/I-4-d166f.jpg?1757670738' width='300' height='210' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la C&#232;ne rec&#232;le - non pas comme une anamorphose comme dans le tableau des &#171; Ambassadeurs &#187; de Hans Holbein (1533 - National Gallery, Londres) - mais bien, tout de m&#234;me, une image cach&#233;e, secr&#232;te pour celui qui la d&#233;couvre : une lettre peinte par les deux corps joints et disjoints, le V symbole du Calice, du f&#233;minin sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne vous &#233;tonnez pas : L&#233;onard de Vinci connaissait le principe de l'image cach&#233;e et de l'anamorphose, puisque l'anamorphose est un proc&#233;d&#233; ant&#233;rieur &#224; L&#233;onard de Vinci - les anamorphoses chinoises datent de l'&#233;poque Ming (1368 &#224; 1644) - et surtout, puisqu'on conna&#238;t de lui cette anamorphose d'un visage d'enfant et d'un &#339;il, qui date de 1485 (Codex Atlanticus). Sur ce dessin, il faut regarder depuis la droite du dessin, en regard frisant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH127/I-5-a8081.jpg?1757670738' width='300' height='127' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout porte &#224; croire, donc, que dans ce tableau de la C&#232;ne, une lettre, un V, t&#233;moigne (en chute) du passage, si longuement d&#233;crit par Freud dans son dernier ouvrage - &lt;i&gt;L'Homme Moise et le monoth&#233;isme&lt;/i&gt; -, du passage du F&#233;minin sacr&#233;, de la D&#233;esse, &#224; une religion monoth&#233;iste, d'essence masculine, pour laquelle la D&#233;esse semble repr&#233;senter une terrible menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans ce passage de l'imaginaire au symbolique - comme l'explique tr&#232;s clairement Freud dans son ouvrage de 1939 -, lequel est, insiste-t-il, certes cr&#233;ateur et apaisant pour la civilisation dans son ensemble, il n'en reste pas moins qu'une lettre, un r&#233;el, est v&#233;ritablement escamot&#233;e. C'est cette lettre, semble-t-il, qui fait retour ici, dans ce texte d'un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci, lequel, faut-il le rappeler, date de 1910, c'est-&#224;-dire de cette ann&#233;e qui marque un tournant dans l'histoire du mouvement psychanalytique : Freud y revient d'Am&#233;rique, c'est le premier congr&#232;s de l'IPA, au cours duquel il va installer Jung dans le fauteuil de Pr&#233;sident - et ce, malgr&#233; les premiers signes avant-coureurs de la brouille qui se font sentir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Et justement - je vous invite &#224; relire la correspondance -, ces premi&#232;res &#233;chauffour&#233;es ont lieu, pr&#233;cis&#233;ment, &#224; propos de la question de l'inceste, certes, mais en ce qu'elle est intimement li&#233;e, &#224; l'origine du d&#233;bat qui se noue l&#224; entre Freud et Jung, &#224; celle du f&#233;minin sacr&#233; et de ses traces dans l'Antiquit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, Freud finissant par comprendre, en 1912, o&#249; Jung voulait en venir, lui renvoie dans une lettre du 14 mai 1912 - comprenant enfin l&#224; o&#249; il s'&#233;garait et esp&#233;rant qu'il allait revenir sur le droit chemin - qu'il ne faut pas confondre le droit maternel (mutterrecht) avec le gouvernement des femmes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; &lt;i&gt;Cher ami,&lt;br /&gt; Comme vous vous y attendez certainement, votre conception de l'inceste n'est toujours pas tout &#224; fait claire pour moi. Parfois il me semble qu'elle ne s'&#233;loigne pas de la conception que nous avons eue jusqu'ici, mais cela peut &#234;tre &#233;clairci par une discussion plus approfondie. &#192; vos arguments j'aurais trois choses &#224; observer - des r&#233;ticences, pas pr&#233;cis&#233;ment des r&#233;futations. (...) 2&#176; - Le droit maternel ne doit pas &#234;tre confondu avec le gouvernement des femmes. Peu de choses parlent en faveur de ce dernier. Le droit maternel s'accorde particuli&#232;rement bien avec l'avilissement polygamique de la femme.&lt;/i&gt; &#187; (pp. 633-634).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans ce &#171; droit maternel &#187; (Mutterrecht), Freud d&#233;signe clairement un &#233;tat de la soci&#233;t&#233; dans lequel les femmes r&#232;gnent moins par le pouvoir politique que par les liens de parent&#233; et la religion. L'expression de &#171; Mutterrecht &#187; est due au philosophe suisse Johann Jakob Bachofen (1815-1887), dont l'ouvrage principal, &#171; Das Mutterrechi &#187; (Stuttgart 1861) est &#233;galement cit&#233; par Freud dans la derni&#232;re partie de Totem et Tabou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car dans ce passage du F&#233;minin sacr&#233; au monoth&#233;isme, dans ce passage de l'imaginaire au symbolique, le r&#233;el de la lettre n'y est qu'escamot&#233;e, puisqu'en v&#233;rit&#233;, les traditions pa&#239;ennes n'ont pas v&#233;ritablement disparu... Et Freud y insiste et en t&#233;moigne, par un petit texte tr&#232;s court et tr&#232;s &#233;nigmatique - et par lequel je terminerai ce soir : &#171; Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Gross ist die Diana der Epheser &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud, Oeuvres compl&#232;tes, vol. XI, PUF, Paris, 1998, pp. 49-53.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, texte publi&#233; en 1911 dans le Zbl. Psychoanal. (vol. 2, n&#176;3), et dans lequel Freud s'appuie sur un livre, celui de F&#233;lix Sartiaux, &#171; Villes mortes d'Asie Mineure &#187;, publi&#233; &#224; Paris, en 1911, mais &#233;galement sur un tr&#232;s court po&#232;me de l'incontournable G&#339;the, auquel justement et curieusement (car il n'y fait aucune allusion), Freud emprunte le titre : &#171; Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte de Goethe est publi&#233; en post-scriptum de la premi&#232;re publication de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud y &#233;voque d&#233;j&#224; l'Ap&#244;tre Paul - qui restera tout au long de son &#339;uvre son v&#233;ritable cheval de bataille, c'est le cas de le dire (&#171; arri&#232;re cocotte ! &#187;) -, lequel Paul, serait venu &#224; &#201;ph&#232;se vers l'an 54 de notre &#232;re, - qui plus est avec Marie (son Irma &#224; lui) -, et y aurait tent&#233; de substituer sa nouvelle d&#233;esse maternelle, &#224; l'ancienne divinit&#233; Art&#233;mis (Diane).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les artisans et orf&#232;vres qui fabriquaient pour les p&#232;lerins des reproductions du temple et de la divinit&#233; &#171; durent alors trembler, nous dit Freud, pour leur d&#233;esse comme pour leur n&#233;goce. Ils se soulev&#232;rent et, aux cris sans cesse r&#233;p&#233;t&#233;s de &#8220;Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens&#8221;, ils se r&#233;pandirent &#224; travers la rue principale, Arkadian&#232;, jusqu'au th&#233;&#226;tre o&#249; leur meneur D&#233;m&#233;trios tint un discours incendiaire contre les Juifs et contre Paul. C'est avec peine que les autorit&#233;s parvinrent &#224; &#233;touffer l'&#233;meute en assurant que la majest&#233; de la grande d&#233;esse &#233;tait intangible et hors de toute attaque &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud, Op. cit., p. 52.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, - je vous renvoie-l&#224; aux Actes des Ap&#244;tres de la Bible de J&#233;rusalem, chapitre XIX :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tous se mirent &#224; scander d'une seule voix (...) : Grande est l'Art&#233;mis d'&#201;ph&#232;se ! &#187; (verset 34).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, je vous laisse l&#224;-dessus pour aujourd'hui, et la prochaine fois que j'interviendrai, nous continuerons - dans le droit fil de ce que je viens d'avancer ce soir - en abordant l'h&#233;r&#233;sie de Lacan, et pr&#233;cis&#233;ment le traitement qu'il fait subir &#224; la sublimation dans ses d&#233;veloppements sur &#171; &lt;i&gt;Das Ding&lt;/i&gt; &#187; et l'Amour courtois dans &#171; L'&#201;thique de la psychanalyse &#187;. Le titre anticip&#233; en est : &#171; Cathares et Catharsis &#187;, et nous essaierons d'entendre, si oui ou non, Lacan - contrairement &#224; Freud peut-&#234;tre - d&#233;sacralise le f&#233;minin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58 ; ces textes sont tr&#232;s ais&#233;ment consultables sur internet&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58 ; texte &#233;galement tr&#232;s facilement consultable sur internet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Wladimir Granoff, &lt;i&gt;La pens&#233;e et le f&#233;minin&lt;/i&gt;, Champs-Flammarion, Paris, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jones, &lt;i&gt;Vie et oeuvre de Freud&lt;/i&gt;, vol. I, PUF, p. 319&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Wladimir Granoff, &lt;i&gt;La pens&#233;e et le f&#233;minin&lt;/i&gt;, Champs-Flammarion, Paris, 2004, p. 168-170&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emma Eckstein (1865-1924).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W. Granoff, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud, Oeuvres compl&#232;tes, vol. XI, PUF, Paris, 1998, pp. 49-53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le texte de Goethe est publi&#233; en post-scriptum de la premi&#232;re publication de ce texte sur &lt;i&gt;Psychanalyse-paris.com&lt;/i&gt; : &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/Da-Vinci-Code-quete-du-Graal-et.html&#034;&gt;Da Vinci Code, qu&#234;te du Graal et Cause freudienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud, &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#338;dipe petit n&#232;gre</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/L-OEdipe-petit-negre.html</link>
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		<dc:date>2005-11-28T08:16:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Lacan</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; On veut tuer Freud mais il est d&#233;j&#224; mort ; alors &#8220;On&#8221; tourne en rond. Pourquoi ? Parce que maintenant qu'il est mort - et que l'on croit que &#8220;On&#8221; l'a tu&#233; - il s'agirait justement de le bouffer : c'est &#231;a, la th&#233;orie de Freud sur le meurtre du p&#232;re !&lt;br /&gt;
Mais l&#224;, il ne semble plus y avoir grand monde. On a peur de le bouffer tout cru, justement, ce cadavre du bon vieux docteur. Alors on le regarde, ce cadavre, l&#224;, juste sous nos yeux, et on dit : &#231;a sent pas bon... J'en veux pas... J'ai pas faim... Comme quand on a cinq ans devant le plat de rognons qui nous r&#233;pugne, &#8220;On&#8221; ne sait pas pourquoi... Eh bien &#8220;On&#8221; ira chez le psychanalyste pour le savoir, et il s'agira de demander la permission de se lever du divan avant d'avoir tout fini : &#8220;mange ton dasein&#8221; ! Et la fin de l'analyse, pr&#233;cis&#233;ment, c'est l&#224; o&#249; il faut mettre les bouch&#233;es doubles...&lt;br /&gt;
&#8220;On&#8221; conna&#238;t l'histoire que raconte personne dans le film du m&#234;me nom : la morale y &#233;tait que parfois, il vaut mieux &#234;tre bien au chaud dans la merde, plut&#244;t que de se faire bouffer tout cru. Dans l'inconscient, c'est l'inverse.&lt;br /&gt;
Ulysse s'y &#233;tait essay&#233; avec le Cyclope, pour ma part, si la psychanalyse avait besoin d'un slogan publicitaire, je proposerai celui-ci :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous en avez marre d'&#234;tre comme tout le monde ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous voulez enfin &#234;tre quelqu'un ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Faites une analyse...&lt;br /&gt;
... Ne soyez plus personne ! &#187; (C. Bormans, 19 novembre 2005).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton63-36461.jpg?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'&#338;dipe petit n&#232;gre &#187; parce qu'on ne veut rien en savoir de cet &#338;dipe. Juste ce qu'il y a d'imprim&#233; de mani&#232;re quasi-ind&#233;(l&#233;)bile sur le papier glac&#233; de nos manuels de psychologie... ou dans les journaux ou magazines du m&#234;me nom ; bref, du &#171; petit n&#232;gre &#187;. Un con-pillage de journaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chaque psychanalyste, - pour peu qu'il ait un site internet -, est sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de soi-disant &#171; professionnel &#187; ne souhaitant qu'une seule chose : ne pas y toucher, le refouler du mieux qu'il peut jusqu'aux plus lointains tr&#233;fonds de l'inconscient, cet &#338;dipe ; mais le &lt;i&gt;&#199;a&lt;/i&gt; n'est pas un &lt;i&gt;&#199;ac&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je dis &#171; On &#187; - &#171; On &#187; ne veut rien en savoir de cet &#338;dipe -, celui qui s'est quelque peu frott&#233; au r&#233;el aura compris qu'il s'agit-l&#224;, bien sur, d'un fantasme - dont je ne suis pas exempt d'ailleurs - et qu'il s'agit, justement, d'en sortir de ce fantasme - de ce &#171; On &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des enfants battent le &#171; On &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#187; : comme dans le fameux &#171; On bat un enfant &#187;. Or aujourd'hui, c'est l'inverse. Ce sont des enfants qui battent... Et il semble-l&#224; qu'il n'y ait plus grand monde pour savoir y faire avec Freud. Parce qu'une fois qu'on a bien r&#233;cit&#233; sa le&#231;on de &#171; psy &#187; apprise par c&#339;ur dans les manuels, on ne sait plus vraiment quoi en faire du bon vieux docteur : il ne nous nourrit plus ; il ne nous soigne plus ; bref, &#171; On a aval&#233; la ba-balle ! &#187;, selon la tirade du Dr V&#233;t&#233;rinaire Jean Carmet, dans le film de Francis Weber : &#171; Les fugitifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &#233;ventuellement, &#171; On &#187; se retourne du cot&#233; du &#171; Livre noir &#187; ; du cot&#233; aussi b&#234;te qu'obscur, non pas de la force que du for&#231;age. Et on n'y voit comme dans le cul d'un n&#232;gre l&#224;-dedans, c'est le cas de le dire ! Ou alors, &#171; On &#187; en revient &#224; ce qu'on a appris en cours, &#224; l'Universit&#233; : et l&#224;, les fameuses &#171; Banlieues &#187; redeviennent rapidement ce qu'elles n'auraient jamais du cess&#233; d'&#234;tre : de la sociologie, de l'&#233;conomie, de la &#171; nouvelle &#233;conomie psychique &#187; m&#234;me, enfin tout ce qu'on veut, mais surtout plus d'&#338;dipe, encore moins d'inconscient. &#199;a doit &#234;tre du symbolique non trou&#233; qu'on doit bien avoir rang&#233;-l&#224; quelque part, on ne sait plus o&#249;, mais &#171; On &#187; va retrouver...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'est-ce qu'ils battent ces enfants ? Parce &lt;i&gt;con&lt;/i&gt; a mal appris sa le&#231;on - &#171; Ein kind wird geschlagen &#187; - ; parce que Freud l'a &#233;crit tr&#232;s clairement : le propre du fantasme est d'&#234;tre r&#233;versible, interchangeable, c'est-&#224;-dire de passer du dessus au dessous ni vu ni connu - comme la barbe du capitaine &#171; ad hoc &#187;. Mais &#231;a, c'est vrai que c'est plus difficile, parce qu'il faut l'avoir tout de m&#234;me &#233;prouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, ces enfants, ils sont comme vous et moi, ils essayent de sortir du fantasme, mais ils ont toutes les peines du monde pour y arriver. Alors ils battent justement ce &#171; On &#187; ; c'est-&#224;-dire qu'ils tapent, frappent : &#224; proprement parler, &lt;i&gt;geschlagen&lt;/i&gt;, c'est frapper... Mais sur quoi frappent-ils ? &#192; l'acm&#233; du fantasme, l'enfant est frapp&#233; &#171; &#224; l'&#233;cole &#187;, &#171; sur le popo tout nu &#187;, nous dit Freud, voir sur son &#171; wiwimacher &#187;, comme disait le petit Hans. C'est donc en toute logique - inconsciente - que ces enfants vont frapper ces objets : voitures, &#233;coles, monuments ou b&#226;timents publics - objets corporels, car objets du &#171; corps social &#187; comme on dit, objets corporels du &#171; On &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marqu&#233; par un blanc ou occup&#233; par un mensonge : c'est le chapitre censur&#233;. Mais la v&#233;rit&#233; peut &#234;tre retrouv&#233;e ; le plus souvent d&#233;j&#224; elle est &#233;crite ailleurs. &#192; savoir :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans les monuments : et ceci est mon corps, c'est-&#224;-dire le noyau hyst&#233;rique de la n&#233;vrose o&#249; le sympt&#244;me hyst&#233;rique montre la structure d'un langage et se d&#233;chiffre comme une inscription qui, une fois recueillie, peut sans perte grave &#234;tre d&#233;truite&lt;/i&gt; &#187; (Jacques Lacan, &#171; Fonction et champ du langage et de la parole en psychanalyse &#187;, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, p.. 259).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans ce d&#233;cha&#238;nement sadique sur les objets corporels du &#171; On &#187; se donne &#224; entendre toute la violence masochiste du fantasme sexuel inconscient. Comme l'&#233;crit Frans Tassigny, &#171; &#224; chaque voiture incendi&#233;e dans Paris, c'est &#8220;le petit a&#8221; &#187; qui sexe-prime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour faire court, &#171; On &#187; peut dire que ces enfants frappent sur ceux qui colportent ce &#171; On &#187;, qui prennent la parole sans dire &#171; Je &#187;. Et dieu sait qu'il y en a toute une tripot&#233;, que la liste est longue. Cantonnons-nous au &#171; On &#187; qui colporte &#171; La &#187; psychanalyse sans jamais avoir os&#233; demander quelque chose au r&#233;el de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Psy-Pride&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en a eu un exemple avec BHL lors de la grande parade - la &lt;i&gt;Psy-pride&lt;/i&gt;, pourrait-on dire - organis&#233;e par JAM : &#171; Avec Freud et Lacan, pour les Lumi&#232;res &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard-Henri L&#233;vy, &#171; Avec Freud et Lacan, pour les Lumi&#232;res &#187;, LePoint.fr ().&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais BHL ne va pas nous dire qu'il ne sait pas que, ce qu'il appelle les &#171; Lumi&#232;res &#187;, ne sont que des vessies ? Que c'&#233;tait juste une bande de parano&#239;aques &#171; mytheux &#187; qui voulait juste se refaire le monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce point notre article dans le dernier num&#233;ro de la revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - comme tout le monde ! -, alors que dans le m&#234;me temps, Ji-Ji Rousseau pleurait encore sa m&#232;re ou Mlle Lambercier ou je ne sais qui ! Mais non, il recommence la semaine derni&#232;re &#224; nous faire croire quelque chose... Quoi ? Je ne sais pas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce vers de Virgile que Freud place en exergue de &#8220;&lt;i&gt;La science des r&#234;ves&lt;/i&gt;&#8221; : &#8220;&lt;i&gt;Flectere si nequeo Superos, Acheronta movebo&lt;/i&gt;&#8221; - si je ne peux fl&#233;chir les dieux, je saurai &#233;mouvoir le fleuve des ombres. C'est &lt;i&gt;tout cela&lt;/i&gt;, la psychanalyse. Et ce n'est, en m&#234;me temps, &lt;i&gt;que cela&lt;/i&gt;. Avis aux amateurs du &#8220;Livre noir&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard-Henri L&#233;vy, &#171; Suite dans les id&#233;es &#187;, LePoint.fr ().&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, &#231;a part sur Lacan, puis sur tout et sur rien : c'est du Francis Lalanne la guitare en moins ! Le couplet est toujours le m&#234;me : &#171; Malgr&#233; les mutins tout r&#233;ussira ! &#187;, et &#171; On &#187; ne semble pas entendre poindre au loin, la r&#233;p&#233;tition quelque peu modernis&#233;e de l'&#233;trange et familier refrain r&#233;volutionnaire : Ca... Caillera ! Caillera ! Caillera ! Les &#171; Lumi&#232;res &#187; &#224; la lanterne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moins ces soi-disantes &#171; Cailleras &#187; nous &#233;parpillent un peu de &lt;i&gt;dawa&lt;/i&gt; dans cet univers si bien huil&#233; qu'on appelle la r&#233;alit&#233; sociale ; r&#233;alit&#233; qui ne respire pas - puisqu'elle n'est faite d'autres choses que d'aspirations : au confort, &#224; l'harmonie, &#224; la tranquillit&#233;, etc. ; bref, autant de compromis n&#233;vrotiques - comme le rappelait Cyro Marcos Da Sylva dans son article sur la notion de &#171; naturel &#187; dans le droit. Pour s'en convaincre d&#233;finitivement, il suffisait de lire la double page consacr&#233;e &#224; Jean-Louis Servan-Schreiber dans le &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt; de la semaine derni&#232;re, o&#249; il nous vantait les m&#233;rites de toutes sortes de bonheurs st&#233;r&#233;otyp&#233;s plus navrants les uns que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non plus tant &#171; malaise &#187;, mais bien - comme le pr&#233;cisait justement Lacan dans &lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; - &#171; sympt&#244;me dans la civilisation &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puisqu'il &#233;tait question, dans le bloc-note, d'explication de texte, pourquoi ne pas plut&#244;t se coller &#224; cette phrase de Lacan, tir&#233;e de la pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;L'&#201;veil du printemps&lt;/i&gt; de F. Wedekind :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Qu'on dise reste oubli&#233; derri&#232;re ce qui se dit dans ce qui s'entend&lt;/i&gt; &#187; (J. Lacan, pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;L'&#201;veil du printemps&lt;/i&gt;, In F. Wedekind, Th&#233;&#226;tre, pages 9-12. NRF, Paris, 1974).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, cette fois, BHL situait Freud du cot&#233; des &#171; ombres &#187;, et non plus des &#171; Lumi&#232;res &#187;... C'est d&#233;j&#224; &#231;a de gagner ! Shadows and dust...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ivre noir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ombres et poussi&#232;re... Pour ce qui est de la poussi&#232;re, qu'&#171; On &#187; aille peut-&#234;tre pousser un peu plus loin que l'exergue, et y d&#233;chiffrer, dans cette &lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt;, le r&#234;ve dit des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;. Pour ce qui est des ombres, celle du &#171; Livre noir &#187; semble s'&#233;tendre sur nos planchers, pour ne pas parler ici de plate-bandes. Mais quand les dits auteurs aurons un jour compris qu'il s'agit d'une plate-bande de moebius, ils s'arr&#234;terons peut-&#234;tre de tourner en rond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#187; veut r&#233;gler son compte &#224; Freud. Certes, mais d'une part il est d&#233;j&#224; mort, et de l'autre, ce serait tout de m&#234;me beaucoup plus amusant de l'ex&#233;cuter &#224; l'aune de sa propre th&#233;orie. C'est d'ailleurs ce &#224; quoi pensent s'essayer Mikkel Borch-Jacobsen et ses acolytes. Seulement Borch-Jacobsen se trompe : il ne d&#233;nonce pas tant les arguments de Freud, que ceux d'une th&#233;orie soi-disant psychanalytique qu'il a appris je ne sais pas o&#249; - de je ne sais quel &#171; On &#187; justement -, et &#224; laquelle il apporte d&#233;sormais sa propre contribution. D'ailleurs tout le livre ne d&#233;nonce que &#231;a : des th&#233;ories pseudo-psychanalytiques, qui ne sont en fait que des relectures de psychiatres ayant entendu parler de psychanalyse... Certains s'y sont reconnus, tant pis pour eux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y &#233;nonce la soi-disante homophobie de Freud et, dans le m&#234;me temps, sa b&#233;vue dans un livre sur L&#233;onard de Vinci, o&#249; Freud hisse justement l'homosexualit&#233; de ce dernier au rang du sublime :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsque la recherche m&#233;dicale de l'&#226;me, qui d'ordinaire se contente d'un mat&#233;riel humain m&#233;diocre, aborde l'un des Grands du genre humain, elle n'ob&#233;it pas pour autant aux motifs qui lui sont si fr&#233;quemment imput&#233;s par les profanes. Elle ne tend pas &#8220;&#224; noircir ce qui rayonne, ni &#224; tra&#238;ner le sublime dans la poussi&#232;re&#8221; &#187; (S. Freud, Un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci, &#338;uvres compl&#232;tes, volume X, PUF, Paris, 1993, pp. 79-164).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques lignes - les premi&#232;res de l'ouvrage - que Freud emprunte lui-m&#234;me &#224; Schiller, pour peut-&#234;tre faire en sorte que les profanes auteurs de ce &#171; Livre noir &#187; aillent se faire r&#233;fl&#233;chir ailleurs, bien qu'ils semblent d&#233;finitivement &#171; perdus pour la science &#187; selon l'expression si bien consacr&#233;e ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On veut tuer Freud mais il est d&#233;j&#224; mort ; alors &#171; On &#187; tourne en rond. Pourquoi ? Parce que maintenant qu'il est mort - et que l'on croit que &#171; On &#187; l'a tu&#233; - il s'agirait justement de le bouffer : c'est &#231;a, la th&#233;orie de Freud sur le meurtre du p&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224;, il ne semble plus y avoir grand monde. On a peur de le bouffer tout cru, justement, ce cadavre du bon vieux docteur. Alors on le regarde, ce cadavre, l&#224;, juste sous nos yeux, et on dit : &#231;a sent pas bon... J'en veux pas... J'ai pas faim... Comme quand on a cinq ans devant le plat de rognons qui nous r&#233;pugne, &#171; On &#187; ne sait pas pourquoi... Eh bien &#171; On &#187; ira chez le psychanalyste pour le savoir, et il s'agira de demander la permission de se lever du divan avant d'avoir tout fini : &#171; mange ton dasein &#187; ! Et la fin de l'analyse, pr&#233;cis&#233;ment, c'est l&#224; o&#249; il faut mettre les bouch&#233;es doubles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#187; conna&#238;t l'histoire que raconte personne dans le film du m&#234;me nom : la morale y &#233;tait que parfois, il vaut mieux &#234;tre bien au chaud dans la merde, plut&#244;t que de se faire bouffer tout cru. Dans l'inconscient, c'est l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ulysse s'y &#233;tait essay&#233; avec le Cyclope, pour ma part, si la psychanalyse avait besoin d'un slogan publicitaire, je proposerai celui-ci :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous en avez marre d'&#234;tre comme tout le monde ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous voulez enfin &#234;tre quelqu'un ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Faites une analyse...&lt;br /&gt;
... Ne soyez plus personne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la peste &#224; la grippe a-V'hier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors devant cet empire du &#171; On &#187; (et du &#171; n'On &#187; d'ailleurs, comme en mai dernier), ce sont, en attendant que quelques-uns se d&#233;cident &#224; dire &#171; Je &#187;, les Banlieues qui nous r&#233;veillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Enfant en danger, enfant dangereux &#187; : tel &#233;tait le titre du colloque, de la rencontre franco-br&#233;silienne de droit et psychanalyse, que nous annoncions il n'y a pas un mois sur le site. Mais on se demande toujours en danger de quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas six mois &#8212; au d&#233;but de l'ann&#233;e &#8212;, nous publiions un livre, intitul&#233; : &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.psychanalyste-paris.com/Psychologie-de-la-violence.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Psychologie de la violence&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Violence du livre d'abord : commande d'un &#338;di(p)teur en qu&#234;te de bonnes ventes, qui n'escomptait s&#251;rement pas que &#231;a dise pourquoi, mais bien que &#231;a p&#232;te ! C'est chose faite ! Pour ma part, j'essayai d'y lire comment l'&#338;dipe se fait entendre dans ce que l'on nomme &#224; juste titre le probl&#232;me des &#171; Banlieues &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#034;Quel est l'&#234;tre... ?&#8221; &#338;dipe face &#224; l'&#233;nigme de la violence &#187;, Psychologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - du lieu de la mise au ban. J'y soutenais une r&#233;ponse &#224; la sempiternelle question que l'on pose &#224; la psychanalyse : certes, l'imaginaire sociale - la soci&#233;t&#233;, la civilisation - a peut-&#234;tre &#233;volu&#233;e, certes la symbolique juridique et &#233;conomique s'est peut-&#234;tre modifi&#233;e, mais l'inconscient, lui, le r&#233;el, c'est ce qui revient toujours &#224; la m&#234;me place ! Pour preuve, dans le r&#244;le aujourd'hui de la Sphinge, les gardiens de la place, justement, comme les appelle Dembo Goumane. Ceux qu'on appelle les &#171; Dit-leurs &#187; ont justement ce r&#244;le d'interrogation que la Sphinge occupait aux abords - c'est-&#224;-dire, d&#233;j&#224;, &#224; la banlieue - de la cit&#233; Th&#233;baine. Si Sarkozy s'y prend pour &#338;dipe - veut tuer son Chirac de p&#232;re pour &#233;pouser la Reine-M&#232;re-patrie -, c'est son probl&#232;me : une fois qu'il se sera crev&#233; les yeux, &#171; &#199;a ira &#187; mieux ! Au moins, lui se confronte &#224; la Sphinge !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simple d&#233;nonciation d'une soci&#233;t&#233; narcissique, voir narcissis&#233;e, ne change rien. Par qui ? Les magasins et les magazines ? Certes, les &#233;meutiers, c'est comme les louveteaux, &#231;a aime la meute ! Mais qu'&#171; On &#187; relise plut&#244;t &#171; La psychologie de la foule &#187; freudienne, en essayant cette fois peut-&#234;tre d'y entendre quelque chose de cet objet a. Narcissisme peut-&#234;tre : mais il s'agit tout de m&#234;me de ne pas confondre la Sphinge et l'Haine-igme ; quant &#224; la peste, elle aussi revient toujours &#224; la m&#234;me place, puisqu'elle est d&#233;j&#224; l&#224;, annonc&#233;e, mena&#231;ant de nouveau de se r&#233;pandre en cette pand&#233;mie moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#338;dipe, est, pour la plupart d'entre-nous du petit n&#232;gre : on n'y comprend rien, m&#234;me s'il est, bien s&#251;r, toujours possible de faire semblant. C'est forclore l'inconscient qui nous croque &#224; pleine dents nuit et jour, &lt;i&gt;Night and day&lt;/i&gt; comme l'&#233;crivait ce n&#232;gre-blanc de Cole Porter, homosexuel &#224; ses heures, qui avait, lui, quelque appr&#233;hension de l'&lt;i&gt;automaton&lt;/i&gt; ; quelque chose qui nous croque nos mythe-haines, c'est-&#224;-dire notre narcissisme peut-&#234;tre. C'est bien pour cela qu'&#224; &#171; L'&#338;dipe petit n&#232;gre &#187;, l'inconscient r&#233;pond du tac au tac : &#171; Morsure le nihil &#187; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chaque psychanalyste, - pour peu qu'il ait un site internet -, est sans cesse d&#233;rang&#233; par ces coups de t&#233;l&#233;phone intempestifs de soit-disant journaliste qui veulent savoir ce que le &#171; psy &#187; en pense, pour savoir ce qu'il peut en penser lui-m&#234;me. Le coup de t&#233;l&#233;phone ne doit pas durer plus de cinq minutes et le souci principal de votre interlocuteur, on apprend vite &#224; le conna&#238;tre : surtout se faire confirmer ce qu'il croyait avoir compris - c'est-&#224;-dire son &#171; petit n&#232;gre &#187; &#224; lui !&lt;br /&gt;
Une anecdote &#224; la fois comique et navrante : &#224; l'&#233;poque de l'assassinat d'une femme par un homme qui sortait tout droit d'un asile psychiatrique, je re&#231;ois un coup de t&#233;l&#233;phone d'un de ces journalistes. Le ton est bien sur p&#233;remptoire : il voulait parler &#224; Monsieur Ball&#233;... Ballet ? Je lui dit que &#231;a doit &#234;tre une erreur, qu'il s'est tromp&#233; de num&#233;ro... Pourtant il me demande : &#171; Je ne suis pas &#224; l'association de psychanalystes ? &#187; &#171; -Si, mais je ne connais pas ce nom l&#224; ! &#187; &#171; -... Il est psychiatre... et s'int&#233;resse &#224; la question des troubles mentaux... Il a &#233;crit des articles sur votre site... &#187; &#171; - Ah ! Benjamin Ball !... Mais il est mort il y a longtemps mon vieux ! &#187;&lt;br /&gt;
Le gars - dont c'est le m&#233;tier de lire et d'&#233;crire - n'avait pas vu le sous-titre qui donnait la date de publication du dit article : 1888 ! Qui plus est, en survolant l'article, il n'avait m&#234;me pas reconnu le style bien caract&#233;ristique car quelque peu ampoul&#233; des litt&#233;rateurs du XIXe si&#232;cle ! Navrant !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard-Henri L&#233;vy, &#171; Avec Freud et Lacan, pour les Lumi&#232;res &#187;, LePoint.fr (&lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/edito/document.html?did=138498&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lepoint.fr/edito/document.html?did=138498&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sur ce point notre article dans le dernier num&#233;ro de la revue &lt;i&gt;M&#233;diaMorphoses&lt;/i&gt; : &#171; Les m&#233;dias nous psychanalysent-ils ? &#187; (&lt;i&gt;M&#233;diaMorphoses&lt;/i&gt; n&#176; 14 : &#171; Peut-on psychanalyser les m&#233;dias ? &#187;, Ina-Armand Colin, Paris, septembre 2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard-Henri L&#233;vy, &#171; Suite dans les id&#233;es &#187;, LePoint.fr (&lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/edito/document.html?did=170098&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lepoint.fr/edito/document.html?did=170098&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#034;Quel est l'&#234;tre... ?&#8221; &#338;dipe face &#224; l'&#233;nigme de la violence &#187;, &lt;i&gt;Psychologie de la violence&lt;/i&gt;, Studyrama, Paris, 2005, pp. 128-144.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De J&#233;sus &#224; Joyce et du Luxe &#224; l'Ics : &#171; Non serviam &#187; !</title>
		<link>https://www.psychanalyste-paris.com/De-Jesus-a-Joyce-et-du-Luxe-a-l.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.psychanalyste-paris.com/De-Jesus-a-Joyce-et-du-Luxe-a-l.html</guid>
		<dc:date>2005-06-11T11:34:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &#8220;Moi J&#233;sus (...) Je suis le rejeton et la post&#233;rit&#233; de David, l'&#233;toile brillante du matin&#8221; (Apocalypse, Chapitre 22, verset 12).&lt;br /&gt;
Alors qu'est-il arriv&#233; &#224; ce &#171; Luxe &#187; - &#224; cette fameuse &#201;toile du matin ?&lt;br /&gt;
Le fameux Lucifer, on le sait, est tomb&#233; du ciel :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#8220;Comment es-tu tomb&#233; du ciel, Lucifer, toi qui te levais si brillant le matin ?&#8221; demande Isaie (au Chapitre 14 de son Livre, verset 12).&lt;br /&gt;
Comment est-il tomb&#233; du ciel, ce Lucifer ? C'est la question &#224; laquelle James Joyce r&#233;pond tr&#232;s simplement dans son premier grand roman autobiographique (Portrait de l'artiste en jeune homme), dans lequel Stephen le H&#233;ros reprend la question d'Isaie.&lt;br /&gt;
Et l&#224;, Joyce le mystique r&#233;pond :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#8220;&lt;i&gt;Non serviam&lt;/i&gt;, - Je ne servirai point&#8221; (Gallimard, Paris, 1992, Chapitre III, p. 185) &#187; (&lt;i&gt;De J&#233;sus et Joyce et du Luxe &#224; l'Ics&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/-Seminaires-.html" rel="directory"&gt;S&#233;minaires psychanalytiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton57-3cb8f.jpg?1757671327' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerai surtout revenir sur l'intitul&#233; de la Conf&#233;rence de cette ann&#233;e : &#171; Les Nouveaux Codes du Luxe &#187;. Il y a l&#224; essentiellement trois mots, trois mots-cl&#233;s :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Codes,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Luxe,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et l'adjectif &#171; Nouveaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la question que l'on se pose finalement ? N'est-ce pas tout simplement : &#171; Qu'est-ce que le luxe ? &#187; - ou, plus exactement : &#171; Qu'est-ce que le Luxe... Aujourd'hui ? &#187;, puisqu'il y a cet adjectif, &#171; Nouveaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il me semble important de noter dans tout ce qui a &#233;t&#233; dit jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; propos du Luxe, c'est que le Luxe ne se laisse pas d&#233;finir simplement - ou plut&#244;t que le Luxe c'est peut-&#234;tre et avant tout :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le contradictoire,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le paradoxal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour preuve, la question pos&#233;e ici : &#171; Pourquoi donne-t-on du prix &#224; ce qui co&#251;te cher ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question int&#233;ressante - justement pour le paradoxe qu'elle met en &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans la conception courante - je vous rappelle que le paradoxe : c'est ce qui est &#224; cot&#233; ou va &#224; l'encontre (para) de la doxa (la conception courante) -, pour la conception courante donc, le prix est un simple indicateur, un indicateur de chert&#233;. Cela ne souffre d'aucune contradiction : si c'est cher, c'est que le prix est &#233;lev&#233; ; si le prix est &#233;lev&#233;, c'est que c'est cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le Luxe, cependant, on sent bien que l'on ne peut pas raisonner comme &#231;a. On pressent, avec le Luxe, que l'on &#233;chappe au raisonnement - &#224; la raison - &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de toute critique de l'&#233;conomie politique, ce paradoxe, ce contradictoire - que l'on ressent d&#232;s que l'on s'int&#233;resse au Luxe -, on le saisi peut-&#234;tre plus imm&#233;diatement dans les mots eux-m&#234;mes, seuls v&#233;ritables v&#233;hicules de la valeur (c'est-&#224;-dire, de la jouissance).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. - Le Luxe : entre Lumi&#232;re et Luxure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce contradictoire, ce paradoxe, se manifeste d'abord dans le mot Luxe lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Le Luxe comme &#171; Lumi&#232;re &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a parl&#233; du Luxe comme Lumi&#232;re (c'est l'&#233;tymologie du mot) : c'est le fameux &#171; Fiat Lux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception du Luxe comme Lumi&#232;re (v&#233;ritable), est parfaitement coh&#233;rente avec la conception du Luxe telle que la d&#233;fendent les Cr&#233;ateurs : le Luxe comme &#233;tant par excellence &#171; L'Univers du cr&#233;ateur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est coh&#233;rent, car de &#171; L'Univers du cr&#233;ateur &#187; au &#171; Cr&#233;ateur de l'Univers &#187;, il n'y a qu'un pas (ou plut&#244;t qu'une torsion de syntaxe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; ce Luxe comme Lumi&#232;re, &#224; ce Luxe comme bien supr&#234;me, s'oppose le Luxe comme &#233;tant l'Univers de l'ombre, comme L'Univers des T&#233;n&#232;bres, c'est-&#224;-dire - vous l'aurez compris - le Luxe comme &#171; Luxure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2. Le Luxe comme &#171; Luxure &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le Luxe, c'est aussi la luxure, c'est-&#224;-dire &#171; L'Univers de Lucifer &#187; cette fois. Ce qui n'est contradictoire qu'en apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on sait en effet que Lucifer veut d'abord dire porte lumi&#232;re. Le &#171; Porte lumi&#232;re &#187;, c'est le nom mythologique pour l'&#201;toile du matin. &#171; Porte lumi&#232;re &#187;, c'est Phosphoros en Grec, &lt;i&gt;L'Astre du matin&lt;/i&gt; que les Romains appelleront Lucifer en Latin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Apocalypse de Saint-Jean, par exemple, J&#233;sus-Christ est appel&#233; l'&#201;toile du matin - c'est-&#224;-dire le nom que l'on attribuera plus tard &#224; Lucifer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi J&#233;sus (...) Je suis le rejeton et la post&#233;rit&#233; de David, l'&#233;toile brillante du matin &#187; (Apocalypse, Chapitre 22, verset 12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'est-il arriv&#233; &#224; ce &#171; Luxe &#187; - &#224; cette fameuse &#201;toile du matin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fameux Lucifer, on le sait, est tomb&#233; du ciel :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Comment es-tu tomb&#233; du ciel, Lucifer, toi qui te levais si brillant le matin ? &#187; demande Isaie (au Chapitre 14 de son Livre, verset 12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment est-il tomb&#233; du ciel, ce Lucifer ? C'est la question &#224; laquelle James Joyce r&#233;pond tr&#232;s simplement dans son premier grand roman autobiographique (Portrait de l'artiste en jeune homme), dans lequel Stephen le H&#233;ros reprend la question ISAIE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, Joyce le mystique r&#233;pond :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Non serviam&lt;/i&gt;, - Je ne servirai point &#187; (Gallimard, Paris, 1992, Chapitre III, p. 185).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes : Lucifer n'a pas voulu servir ! Voil&#224; pourquoi... Il est tomb&#233; du ciel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduisons (et interpr&#233;tons) :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le &#171; Luxe &#187; (pris dans le sens de Lucifer) ne sert pas ! Le Luxe, ici, ne sert &#224; rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on retrouve par l&#224;, par ces associations &#233;tymologico-mythologiques, le probl&#232;me majeur du Luxe : C'est que le Luxe est comparable &#224; la Lumi&#232;re (m&#233;taphore de la plus grande des valeurs), et pourtant &#231;a ne sert &#224; rien ( &#171; non serviam &#187;) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le Luxe, &#233;chappant ici &#224; toute utilit&#233;, &#233;chappe par la m&#234;me &#224; la question (raisonnement) &#233;conomique : &#171; Pourquoi donne-t-on du prix &#224; ce qui est cher ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est devant autant de paradoxes et de contradictions - que concentre en lui ce seul mot &#171; Luxe &#187; -, qu'il devient bien l&#233;gitime de chercher des Codes. Et l'on met devant l'adjectif &#171; Nouveaux &#187; pour faire comme si on connaissait les &#171; anciens &#187;, alors m&#234;me que depuis la mythologie Greco-romaine, le terme de Luxe est associ&#233; au paradoxe et &#224; la contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Codes - Codex, Loi et d&#233;sir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; Code &#187;, nous vient du latin &#171; Codex &#187; qui veut dire tronc d'arbre. Des troncs d'arbres d&#233;coup&#233;s, dont on se servait pour confectionner des tablettes - sur lesquelles &#233;taient &#233;crits les codes, c'est-&#224;-dire la Loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot code signifie donc la Loi. Mais qu'est-ce que la Loi ? Dans le conscient : Nul n'est sens&#233; l'ignorer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avec le Luxe, cet univers du paradoxe et du contradictoire, on entre dans l'inconnu (le X - comme disent les math&#233;maticiens), ou dans l'Ics, comme le nommait Freud, c'est-&#224;-dire dans l'Inconscient... (Le cot&#233; obscur si vous voulez...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, c'est une autre paire de manche...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors : qu'est-ce que la Loi dans l'Inconscient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait c'est encore une fois assez simple - m&#234;me si c'est tr&#232;s difficile &#224; saisir v&#233;ritablement : Dans l'Inconscient, la Loi c'est le d&#233;sir. Pourquoi ? H&#233; bien pour la bonne et simple raison que l'on ne voit pas quelle n&#233;cessit&#233; il y aurait &#224; d&#233;fendre (c'est-&#224;-dire &#224; interdire par la loi), ce que personne ne d&#233;sirait faire ! Ceci pour reprendre ici le c&#233;l&#232;bre aphorisme que FREUD emprunte &#224; l'Anthropologue Frazer, dans son ouvrage de 1914 (Freud, Totem et Tabou, p.74).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes : si il y a de l'interdit (de la Loi), c'est qu'il y a d'abord du d&#233;sir. Dans l'inconscient, c'est le d&#233;sir qui est premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, acc&#233;der &#224; la Loi dans l'Inconscient, c'est acc&#233;der &#224; son propre d&#233;sir inconscient (et ce n'est qu'alors qu'il devient possible d'aller &#171; par-del&#224; le bien et le mal &#187;, comme le dit Nietzsche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela &#8220;savoir y faire&#8221; avec le contradictoire, avec le Luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; veux-je en venir ? Si la Loi c'est avoir acc&#232;s au d&#233;sir interdit, tout &#171; nouveau code &#187; est d'abord l&#224; pour &#234;tre transgress&#233; - &#224; la vitesse de la Lumi&#232;re dans le domaine Luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se situer dans le domaine du Luxe, c'est se situer dans un domaine hautement contradictoire et paradoxal : c'est ce qui fait justement, &#224; mon sens, l'int&#233;r&#234;t de la Chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; trop vouloir fixer des &#171; codes &#187;, on risque de tomber dans un d&#233;sir &#171; hors temps &#187; - c'est-&#224;-dire un d&#233;sir d&#233;croch&#233; du contradictoire et de sa dynamique -, et de tomber ainsi dans un d&#233;sir en quelque sorte &#171; fig&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire dans le fantasme (tel est sa d&#233;finition clinique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire du Luxe un d&#233;sir plut&#244;t qu'un fantasme, gageons que c'&#233;tait l&#224;, comme l'a rappel&#233; &#224; sa mani&#232;re Jean-Charles de CastelBajac, l'enjeu de cette journ&#233;e sur le Luxe !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cette intervention a &#233;t&#233; prononc&#233;e &#224; la Conf&#233;rence sur &lt;i&gt;Les Nouveaux Codes du Luxe&lt;/i&gt; organis&#233;e le mardi 7 juin 2005 par le journal &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt;, sous le titre &#171; Pourquoi donne-t-on du prix &#224; ce qui co&#251;te cher ? &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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