« Toute la fabrication de Pinocchio résume et symbolise cet acte de la pénétration du membre viril du père dans le ventre maternel : Pinocchio est un pantin de bois, certes, mais c’est d’abord, dans le conte, un morceau de bois à brûler destiné à être jeté à la va-vite dans un poêle ou dans la cheminée et qu’au dernier moment, le père-menuisier Geppetto décide de sauver du feu et de sculpter pour lui-même. Si nous avons vu que l’expression avoir un Polichinelle dans le tiroir signifie avoir un enfant dans le ventre, celle d’avoir une brioche au four lui est équivalente et l‘expression populaire sait que le four ou la cheminée sont synonymes, dans l’inconscient, du réceptacle maternel. Ainsi, si la bûche à l’état brut représente symboliquement et dans l’inconscient le membre viril du père et la cheminée le réceptacle (ou ventre maternel), ce morceau de bois désormais sculpté et baptisé Pinocchio est bien l’enfant issu d’un acte sublimé échappant ainsi au feu de l’orgasme sadique et purement sexuel.
Le dessin animé Pinocchio nous présente donc une théorie sexuelle de la conception et de la naissance extrêmement aboutie et dans laquelle la pénétration et le rôle du père sont pleinement symbolisés et, comme tels, soumis aux yeux des jeunes spectateurs ravis.
En témoigne une dernière fois, à la toute fin du film, l’activité manifeste du père dans le ventre de la baleine, au moment où les thons entrent par bancs entiers dans le ventre du monstre marin. S’affairant soudain avec sa canne à pêche qui subitement s’arcboute et n’en peu plus de frétiller, l’entrée des thons métaphorise manifestement l’activité sexuelle du père et l’entrée des spermatozoïdes dans le ventre de la mère. De passif qu’il était, le père devient soudain actif et ce revirement figure magnifiquement comment l’enfant peut véritablement anticiper le rôle du père dans le coït.
L’enfant comprend enfin comment il entre dans le ventre de la mère : non pas tant comme une petite graine, mais bien comme Pinocchio dans le dessin animé : c’est-à-dire comme un thon-spermatozoïde au bout de la canne à pêche du père, spermatozoïde qui sera finalement élu pour la fécondation et sa rencontre avec l’ovule. Il y séjournera ensuite le temps nécessaire à sa maturation et le problème sera alors d’en sortir.
Là encore, la métaphore du bois et de la bûche est poussée jusqu’à sa dernière logique. Si Pinocchio est un enfant issue d’une bûche de bois qui était prédestinée à se consumer dans l’orgasme du coït au sein du ventre fécond, c’est en acceptant cet orgasme, symbolisé par le feu qu’il allume dans le ventre de la baleine, que Pinocchio arrivera à sortir du ventre maternel.
Enfin, les éternuements successifs de la baleine symbolisent bien évidemment la perte des eaux, les contractions utérines et finalement l’expulsion de l’enfant de l’utérus maternel et la délivrance ultime. Juste un court laps de temps d’adaptation à la vie extra-utérine et d’un coup de baguette magique (de la fée bleue), le souffle de la vie anime le nouveau-né Pinocchio qui s’éveille : cette fois, tout le processus du « comment fait-on les enfants » est symbolisé du début jusqu’à la fin. L’énigme de la sphinge est magnifiquement métaphorisée par le célèbre dessin animé de Walt Disney, Pinocchio, pour le plus grand plaisir du jeune spectateur » (Christophe Bormans, Psychanalyse des contes et dessins animés).